A Saint-Denis aussi, ça bouge et ça flique.

 Posted by on 2 décembre 2014 at 2 h 36 min  Anarchisme, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés
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dimanche 30 novembre 2014

En réaction aux violences policières, le lundi 10 novembre, des élèves de plusieurs lycées de Saint-Denis décident de bloquer l’entrée de leurs bahuts. Après avoir mis le feu à des conteneurs et poubelles devant les portes de leurs lycées ils partent en manif sauvage dans le centre ville. Il y aura quelques attaques sur des vitrines de magasin sur le trajet, une incursion dans le Go Sport et une attaque contre un bus des expulseurs de la RATP. La station de métro Basilique sera fermée pendant plus d’une heure, et le tramway sera aussi stoppé. Pour gérer cette belle horde d’ados enragés, plus de 200 flics seront déployés, aidés d’un hélicoptère.

 

Dans une continuité répressive le jeudi 13 novembre les élèves du lycée pro ENNA se font charger par la police montée sur la Place du 8 mai, devant leur bahut. En parallèle 300 rroms se font expulser d’un hangar vide qu’ils occupaient depuis septembre.
D’un autre côté certains en profitent pour surfer sur la vague sécuritaire. Le même jeudi, 150 gardien-nes d’immeubles de Plaine Commune Habitat manifestent pour réclamer plus de sécurité ; une revendication qui va dans le sens des divers politicards locaux qui au dernier conseil municipal ont débattu sur la sécurité, en évoquant l’installation de nouvelles caméras et l’embauche de plus de 200 flics.
Comme si l’occupation policière des dernières semaines n’était pas suffisante. Car depuis le petit éclat surprise du 10 novembre il y a eu pendant plusieurs jours des CRS aux quatre coins de la Place du 8 mai et dans les rues Gabriel Péri et République, en mode ont tient la rue, des crottins de cheval qui parsèment le centre ville pour nous rappeler que les flics montés sont passés par là, et qu’ils n’hésiteront pas au besoin à charger de nouveau les lycéens (ou autres) un peu trop destructeurs à leur goût.

Zone de Sécurité Prioritaire, gentrification et nid de flics

Mais ne nous trompons pas, l’occupation policière à Saint-Denis ne date pas des éclats lycéens de ce mois de novembre. Depuis 2012, le centre ville de Saint-Denis est classé en Zone de Sécurité Prioritaire. Ce qui veut dire une omniprésence de flics (BAC, municipale, etc), une quarantaine de caméras installées, et d’autres à venir.
Et ces dernières semaines on a pu observer que la police municipale prend de plus en plus son aise pour emmerder les vendeurs ambulants, que ce soit sur le marché ou devant la gare, où ces sadiques en uniforme s’amusent à faire cavaler les vendeurs de maïs ou de cacahuètes qui ne veulent pas se faire voler leur seul moyen de survie.

C’est que Saint-Denis n’est pas n’importe quelle ville de banlieue. Des gens dans de beaux bureaux planifient un vaste projet de transformation de cette agglomération aux portes de Paris. On le voit avec le nouveau tramway qui va bientôt être inauguré, et avec la rénovation de certains quartiers, notamment autour de la gare et de la Plaine, sorte de nouveau quartier des affaires parisien.

Et ça n’est pas difficile de voir que le processus de gentrification est déjà en marche. On peut prendre pour exemple le TGP (le Théâtre Gérard Philippe) qui propose des navettes spéciales pour pouvoir rentrer sur Paris après les représentations… une astucieuse manière d’attirer les bobos parisiens dans la ville, d’habituer leurs narines à l’air ambiant.
Certes pour le moment ça n’est pas avec le nombre de bars PMU au mètre carré que le centre ville de Saint-Denis va se transformer en un brooklyn pour hipsters, mais on peut facilement imaginer le vent tourner rapidement comme on peut le voir dans des quartiers parisiens comme la Goutte d’Or ou Belleville, à coup d’augmentation des loyers, d’expulsions d’immeubles déclarés vétustes pour les besoins de la gentrification, de chasse aux pauvres et de réaménagement du territoire. En gros, une aseptisation de la ville, qui repoussera les pauvres toujours plus loin en banlieue.

Et cerise sur le gâteau (probablement pas sans lien avec le reste), en 2017, un nouveau commissariat ainsi que l’antenne francilienne de l’Institut national de la police scientifique (INPS), la crème des crèmes de la police en blouse blanche, vont s’installer à Saint-Denis. Au total, près de 500 policiers s’implanteront sur le site de l’ancienne Sécurité sociale, avenue Jean-Moulin, en plein centre ville.

Alors à Saint-Denis comme partout ailleurs, nique la police et la rénovation urbaine !

[Extrait de Lucioles n°20, Bulletin anarchiste de Paris et sa région, décembre 2014.]

Source : Non Fides.

Police partout ! Assemblées itou ?

 Posted by on 2 décembre 2014 at 2 h 23 min  Actualité nationale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés
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GREVE CHEZ CITROEN-JAVEL, PARIS, 1938

Police partout ! Assemblées itou ? Réflexions collectives de retour du Testet

Nous nous constituons en assemblée depuis plus d’un an en Ariège.
Nous nous réunissons une fois par mois pour apprendre à discuter, hors de l’urgence, de nos pratiques collectives et des luttes auxquelles nous participons. Certain.es d’entre nous se sont rendu.es au rassemblement du 25 octobre au Testet au cours duquel un manifestant a été tué par les gardes mobiles. Face à la confusion politicienne et médiatique, nous voulions soulever quelques questions qui nous semblent essentielles pour les luttes à venir.

• L’opposition au barrage du Testet exprime un refus de l’aménagement économique du territoire. Ici une carrière, là une éolienne, ailleurs une ligne de TGV ou un aéroport : en réaction à ces agressions et à cette dépossession, les habitant.es réagissent, les luttes locales se multiplient. Pas un hectare ne doit échapper à la valorisation marchande. Ni à la police.

• Chaque jour, la police gaze, blesse, estropie. Elle tue aussi. C’est dans son rôle, elle est la main armée des dirigeants au pouvoir, de la classe dominante et possédante. Avec le meurtre de Rémi, cette réalité nous éclate à la figure, une fois
de plus. La violence d’État exercée et justifiée avec cynisme a provoqué la colère de la rue. À côté des hommages à la mémoire de Rémi s’exprime aussi la haine d’un pouvoir assassin. Et la rue, son désordre, sa vie propre – et sale – ne peut qu’avoir tort, être coupable.

• Rémi Fraisse est le premier manifestant tué par la police en France depuis 1986. Cette fois, les médias s’acharnent à créer une image propre et récupérable de Rémi en invoquant son milieu social, son absence de casier judiciaire, son dit pacifisme. Sa mort est devenue une affaire d’État. La semaine précédente, la police toulousaine abattait Timothée Lake, un jeune homme du même âge, soupçonné de braquage et muni d’un pistolet en plastique. Un simple article dans la presse locale. Les morts qui comptent sont ceux que l’on peut utiliser pour se faire une place au chaud au
gouvernement, dans l’opposition ou à la table des futures négociations sur le barrage du Testet.

• Les « casseurs » , « djihadistes verts », et autres « nihilistes noirs » ont envahi… la presse. Et tout le monde est sommé de se positionner, de se désolidariser. Journalistes, politiciens et militants autoproclamés « pacifistes » réactivent une opposition artificielle entre dits violents et dits non-violents. Cette stigmatisation permet de déshumaniser celles et ceux qui ne respectent pas la légalité, offrant ainsi un permis de tuer à une police militarisée. Comme si la police avait face à elle des adversaires de force égale, des « professionnels de l’affrontement », des « combattants ».

• Considérer qu’il est « violent » de casser une vitrine ou de jeter une motte de terre sur des militaires en armure revient à vider ce mot de son sens. Ces pratiques qualifiées de violentes ont existé de tous temps et coexistent avec beaucoup d’autres. Beaucoup de manifestant.es passent des unes aux autres. Une manifestation n’est pas un « cortège discipliné et pacifique ». Si une manifestation ne porte pas en elle de menace de désordre, quel rapport de force peut-elle créer ?

• À l’heure où les vendeurs de solutions politiques dénoncent le fait même de se protéger de la police, la seule forme de violence tolérée devient celle exercée contre soi-même. Faire des grèves de la faim, se coucher devant des bulldozers, s’enterrer ou se dénuder à la merci de la violence étatique, n’est pas, pour nous, relever la tête face à la destruction organisée de nos vies. Nous refusons de nous soumettre au culte du martyr, à l’image choc qui ferait basculer l’opinion publique.

• Les questions de la confrontation avec la police, de la peur qu’elle suscite, sont inévitables et devraient être posées en assemblée au lieu d’être évacuées sous prétexte de pacifisme ou appropriées par des petits groupes. Quels rapports avons-nous à l’action directe, à l’illégalité ? Pourquoi et comment riposter ? Comment se protéger les un.es les autres ? Comment prendre en charge les conséquences judiciaires ? L’assemblée nous parait un outil indispensable pour fabriquer la confiance et la solidarité nécessaires à une action collective. A fortiori pour réagir à un événement aussi grave que la mort d’un manifestant.

2 novembre 2014
Assemblée Al Païs

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  sur Rebellyon.

Nous étions plus de 4000 ce samedi après-midi 29 novembre à Lyon. Les nombreux appels avaient donné le ton et si la mobilisation appelée par les habituels « partis et syndicats de gôche » ciblait uniquement le FN et son congrès, l’opposition du jour couvrait un champ quelque peu plus large : celui du racisme (d’état) et de la violence policière (lesquels s’exercent régulièrement de façon conjointe). Quel intérêt d’ailleurs de s’opposer uniquement à un FN bunkerisé à la tête d’Or protégé par la police, et que médias et politiques ont déjà rendu « acceptable » en reprenant et appliquant ses idées racistes et réactionnaires.

Le déploiement policier du jour était sans commune mesure pour une manifestation « antifasciste » : plusieurs dizaines de camions de CRS, autant de gardes mobiles, la BAC, un canon lance à eau, et même un hélicoptère. Mais depuis plusieurs semaines et les mobilisations anti-répressions, nasses policières [1] et déploiement ostentatoire sont devenus la règle, peu s’en sont étonnés. L’histoire avait déjà été vendue au quidam par les médias et le préfet Carenco : un centre-ville impraticable et des hordes de « casseurs » à la violence prétendument « gratuite ».

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La pression policière s’est fait sentir avant même le début de la manifestation : les bus venant de Paris, d’Italie, de Grenoble ou de Berne ont été arrêtés sur le trajet, avec contrôle systématique des papiers et fouille. Certains n’ont pas pu se rendre au point de départ de la manifestation. Sur place des barrages de police sur toutes les rues débouchant à Jean Macé ont permis aux flics de fouiller une bonne partie des manifestants (on vous laisse deviner les critères arbitraires de ciblage) et d’arrêter au moins une personne. D’autres personnes ont été embarquées par la police après des fouilles et contrôles dans un bar.

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La manifestation finit tout de même par quitter la place Jean Macé pour remonter l’avenue Jean Jaurès vers 15h. Partis et associations ouvraient le cortège suivi des syndicats (surréaliste camion-scène de concert de la CFDT). La deuxième moitié de la manifestation s’agrégeait derrière une banderole : « OFFENSIVE CONTRE LE RACISME D’ÉTAT LE FN ET LES VIOLENCES POLICIÈRES » . Les habituels slogans contre le FN et le racisme d’état fusent, quelques pétards explosent le long du cortège, quelques coups de bombes de peinture sur les murs ou directement sur le sol finissent de poser l’ambiance. La présence policière se fait moins pesante aux abords du cortège, les flics sont regroupés devant et derrière la manifestation.

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À l’approche de Saxe Gambetta, l’ambiance commence à monter. Quelques banques sont taguées, leurs vitrines et distributeurs prennent des coups. Un flic en civil (DCRI ?) présent au bord du cortège est pris à partie et doit fuir. Les flics commencent alors à mettre la pression sur l’arrière du cortège, et beaucoup de gens remontent sur les côtés. La manifestation arrivée sur le cours Gambetta, les premières grenades lacrymo tombent. Quelques mouvements de foules font accélérer la manifestation. Jusqu’au pont de la Guillotière, les banques continuent de prendre des coups et le Mc Donald perd ses vitrines.

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À la fosse aux ours sur les quais, les CRS chargent le cortège et scindent la manifestation en deux. Une partie des personnes déjà engagée sur le pont fait demi-tour, et fait face à la police, pendant que la fin du cortège se retrouve prise dans une nasse, encerclée par les flics. Le reste de la manifestation continue de traverser le pont, puis de suivre les quais en direction des Terreaux. Ceux qui ont échappé à la nasse sont finalement obligés de suivre le reste du cortège sous la pression policière. Un canon lance à eau se met à asperger la foule au croisement de la rue de la Barre. Les CRS talonnent le cortège, projectiles divers contre lacrymo. Cette marche forcée continuera jusqu’à la passerelle du collège, à quelques centaines de mètres seulement de la place des Terreaux. Les flics y empêchent le cortège de poursuivre alors que les lacrymo tombent jusque dans les premiers rangs de la manifestation. Quelques groupes continuent dans les ruelles de la presqu’île, d’autres traversent le Rhône sur l’injonction des flics. Si plus rien ou presque ne se passe en centre-ville à partir de ce moment-là, le quadrillage policier se maintient tout le début de soirée, les quelques groupes de manifestants restés sur les quais se retrouvant rapidement face aux flics.

Le bilan répressif de la manifestation, outre les violences physiques d’une police sur les nerfs, s’élève à au moins 17 personnes interpellées selon les informations de la Caisse de Solidarité. Au moins une des personnes arrêtées avant le début de la manifestation a déjà été relâchée.

MàJ 30/11 1h30 : La police annonce 14 interpellations, dont au moins cinq pour « agressions physiques sur des policiers ».

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« Un autre témoignage

J’étais au sein de la manifestation de samedi 29 novembre après midi. En arrivant, déjà un contrôle d’identité et fouille de sac pour un ami et moi, tandis que d’autres amies ne se sont pas fait contrôler. En effet, nous étions habillés avec des vestes de sport et sac à dos tandis qu’elles étaient habillées en « filles ».

Attente longue place Jean Macé, départ vers 15h. A l’arrière du cortège, alors que nous venions de quitter Jean Macé, une charge de policiers a fait paniquer la foule. C’était le long de l’avenue Jean Jaurès, ou des vitrines ont été brisées. Les différentes organisation de queue de cortège (CNT, AL, NPA…) se sont retrouvées mélangées, et au niveau du métro Saxe-Gambetta, des grenades lacrymogènes ont été lancées. Les manifestants se sont précipités en avant en direction de la place du Pont tandis que d’autres leur permettaient de s’éloigner des CRS (au moins un centaine) en formant un ligne à l’arrière du cortège. Au niveau de la place du Pont, les restes de la queue de cortège étaient plutôt compacts, et des colonnes de CRS avançaient à côté de nous en resserrant le passage (il y avait des barrières en travers des voies du tram). Le reste de la manifestation à ce moment était déjà au-delà du pont de la Guillotière. Aux environs de 15h30, notre groupe a été bloqué pendant quelques minutes place du Pont, un cordon de CRS nous empêchait d’aller sur le pont de la Guillotière. Nous étions 500 personnes, le reste de la manifestation était déjà sur le pont. Ensuite, nous avons réussi à passer en formant des lignes et en se tenant par les coudes. Une fois sur le pont, nous étions sur la droite puisque les policiers avançaient toujours en même temps que nous sur la gauche. Nous sommes restés un long moment (20 minutes ?) au bout du pont, bloqués par une trentaine de camions derrière, par le canon à eau en direction de Bellecour, et encadrés par des CRS. Vers 16h, nous avons fini par avancer parce que des personnes ont négocié un parcours en direction de Perrache. Nous avons tourné à droite, jusque devant l’Hôtel-Dieu, et nous sommes restés encore 30 minutes là. Des fascistes ont été aperçus, entraînant un mouvement de foule, les policiers ont bloqué la foule, protégeant les fascistes qui se trouvaient juste derrière eux. Vers 16h30 enfin nous avons tourné pour passer dans le tunnel qui redescend le long des quais en direction de Perrache, toujours encadrés par un dispositif policier impressionnant. Le cortège a continué d’avancer vers le sud, jusqu’à ce que nous arrivions au voies du tram T2/T1, à côté du pont Galieni. À 17h20 environ la sono a fait l’annonce comme quoi le moment était venu de se disperser, en direction de la gare de Perrache et de Jean Macé pour que les personnes venant d’autres villes puisse retrouver leurs transports. Nous n’avons pu sortir de la manifestation que au compte-gouttes, triés par les policiers.

Une manifestante. »

 

Complément : Rendu du procès : Refus de comparution immédiate, procès fixer au 8 janvier pour les 2 personnes. En attendant contrôle judiciaire avec pointage une fois par semaine au commissariat de leur ville et interdiction de sortir de leur département.

Prendre parti contre le front national.

 Posted by on 2 décembre 2014 at 1 h 58 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés
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Le texte Prendre parti contre le front national  est  intéressant, malgré quelques accents « appellistes »  – sur l’idée de prendre parti,  sur la mise en avant de possibilités de retournement qui  se feraient sentir, sur la France qui serait dans une situation explosive…  Il l’est parce qu’il se confronte à la question du FN à partir d’un point de vue révolutionnaire et non de l’antifascisme. Il ne se contente pas du vieux slogan No Passaran. Et ce pas d’un point de vue idéologique mais en appuyant sur la situation de plus en plus singulière et confuse qui permet aujourd’hui encore moins qu’hier et surtout que demain de distinguer des frontières claires entre les discours et les attitudes dites républicaines et celles du FN et de ses amis. Il touche juste sur l’inconsistance d’un antifascisme qui n’en resterait qu’à suivre un  front républicain dont le FN se fait de plus en plus le porte drapeau.

 Au Japon, le national-nucléarisme décrit par Nadine et Thierry Ribault est une preuve qu’un monde même envahi par la radioactivité est loin de sombrer, mais reste bien solide, et que l’économie continue de porter une force de mobilisation pas si anodine que certains et certaines veulent nous  (se) le faire croire.

Prendre parti contre le Front National

Tract pour la manif du 29 novembre à Lyon contre le congrès du Front National.

Ces derniers temps, en France, on a l’impression de manquer d’air. Avec les dernières percées électorales du Front National, les sorties sur la décadence de la France d’un Zemmour ou d’un Soral, les buzz des vidéos de Dieudonné, le petit peuple de droite qui sort à l’appel de la « Manif pour tous » en nous expliquant ce qu’est un « homme », une « femme », une « famille ». Sans parler des mobilisations d’acharnés contre la « théorie du genre » et pour « Jour de colère », le développement des « voisins vigilants », petits groupes de vieux bourgeois calfeutrés derrière leur fenêtre à défendre leur pré-carré pavillonnaire.

Ajoutez à cela les appels à déloger les squats de migrants à Calais, des riverains s’organisant pour aller incendier le camp de Rroms d’à coté (à Bobigny, à Marseille), un bijoutier qui récolte un million de « likes » sur Facebook après avoir tué son braqueur d’une balle dans le dos, et on peut se dire que les temps sont à la radicalisation. Maintenant, n’importe qui peut se mettre à faire le flic pour de vrai et à vous écraser la gueule s’il s’estime dans son bon droit. L’époque du ressentiment, de la colère rentrée, c’est terminé. Les forces conservatrices se la jouent décomplexé.

Face à cette réalité qui déboule, le réflexe gauche reste l’indignation, quand ce n’est pas la dénégation. On réagit en s’offusquant et en criant à la « montée du fascisme », en appelant à la « vigilance constante » – et surtout, le moment venu, à retourner voter PS. C’est un peu limité. Un peu débile. On sent bien que tout ça manque d’ambition. On sent bien à travers ces bêtises qu’aujourd’hui la politique française se résume à la gestion d’une cocote-minute sous pression : freiner la montée du chômage, freiner la progression du Front National, freiner l’inexorable réchauffement climatique, etc. Retarder autant que possible l’explosion.

Dans ce contexte, le FN occupe naturellement le devant de la scène. Il est une boussole aussi bien pour les groupes nationalistes qui naviguent à ses bords que pour la classe politique dans son ensemble. À bien regarder, une bonne partie des thématiques, des idées, des propositions du FN se trouvent déjà dans les programmes de ses concurrents. Une bonne part de notre actuel « débat public » – la surenchère à propos de l’Islam, la haine des Rroms et tout le discours sur le « droit à la sécurité » – se structure autour de thèses formulées par ce parti, dans les dernières années. Ce n’est pas un obscure fasciste qui disait, il y a quelques mois, que les Rroms étaient in-intégrables et qu’ils avaient vocation à retourner en Roumanie, mais Manuel Valls, ministre de l’Intérieur d’un gouvernement socialiste. Et ce n’est pas un jeune néo-nazi qui fanfaronnait, en 2010, sur « les civilisations qui ne se valent pas » et qui s’alarmait, deux ans plus tard, que « les Français ne se sentent plus chez eux » ; mais Claude Guéant, également ministre de l’Intérieur ; sous Sarkozy cette fois [1].

Que le FN soit l’usine à gaz idéologique des autres formations politiques n’est ni nouveau ni scandaleux. La circulation d’idée se fait depuis au moins trente ans. Ce qui est radicalement nouveau, en revanche, c’est que le FN se présente maintenant comme un parti de gouvernement. Le FN est devenu, par un travail de purge interne et de drague journalistique, un parti « à la mode » avec une vocation gouvernementale. Là où, en avril 2002, la présence de Le Pen au deuxième tour avait provoqué un tollé et mobilisé lycéens et médias pendant les deux semaines de l’entre deux tours, il semble que de plus en plus de monde s’attende à ce que le mouvement bleu marine puisse réellement « accéder aux responsabilités »,

Mais, autant le dire tout de suite : il n’y aura pas de sursaut républicain contre le FN pour la simple et bonne raison que le FN est en tout point un parti républicain – à l’image de tous les autres. En fait c’est avec toute une rhétorique de gauche contre le FN qu’il s’agit de rompre définitivement. Rompre avec cette rhétorique qui le rejette du côté des extrêmes de la politique.

Ce n’est surtout pas au nom de valeurs républicaines que le FN n’incarnerait pas qu’il faut s’opposer à cette machine lancée contre nous. C’est parce qu’on a d’autres choses à vivre que leur sécurité et les misères de l’économie, qu’on peut être amené à s’affronter aux frontistes, et pas sur un mode uniquement défensif (défendre la gentille République face au méchant fascisme). Des mouvements aussi divers que le Front National, le Tea Party américain, l’Aube Dorée grecque ou Casa Pound en Italie tirent leur énergie d’une haine de plus en plus partagée et diffuse contre les institutions supra-nationales, les médias, les élites, etc. bref contre l’ordre démocratique ; alors c’est depuis une position qui n’a rien à voir avec cet ordre démocratique, depuis une position révolutionnaire qu’on peut s’affronter le plus sûrement à cette lame de fond nationaliste qui balaie l’Europe en ce moment. Un saut vers l’inconnu, pour dépasser effectivement ce qui nous contrôle et nous gouverne, renverrait ces apprentis-fascistes à leur néant et leurs petites peurs.

Le FN pose un problème spécifique. C’est qu’il a pris la sale habitude de se poser comme recours face à « la crise », au chômage. Il dit incarner un avenir moins corrompu que notre présent. Il est aujourd’hui le parti « à la mode » au sein de la démocratie. Et c’est parce qu’il capte et capture à la fois des aspirations à la rupture et la possibilité réelle d’un changement que le FN constitue une position sérieusement ennemie. C’est bien parce que, dans une situation aussi explosive que celle de la France d’aujourd’hui, leurs propositions désolantes de connerie (sortie de l’Euro, restaurer la souveraineté française, fermer les frontières) font écran aux possibles révolutionnaires du présent, qu’ils sont à combattre.

La position conservatrice n’est bien souvent que l’envers de la position progressiste. Dans un contexte de crise, les nationalistes clament « nous sommes français, c’est là notre force, nous en sommes fiers », « « ils » essaient de briser la France, nous allons la défendre » comme à gauche certains disent, face à la restructuration néo-libérale, « il faut défendre l’État providence et le service public » car « « ils » essaient de le casser ». Des deux cotés, il y a la même mythologie à l’œuvre, une même abstraction à défendre. C’est depuis une position tout autre que nous partons : non plus s’arc-bouter à ce qui visiblement s’effondre mais faire exister d’autres mondes. Ce ne sont pas ces mauvaises bouées de sauvetage (la France, l’État providence et ses services publiques) qui nous sauveront mais notre capacité en situation critique à faire le choix de l’inconnu révolutionnaire. Des mondes où il n’y a pas de place pour une sixième République à la Montebourg, ni pour un redressement économique, social et moral de la France façon Marine Le Pen. Des avenirs révolutionnaires depuis lesquels tout ce qui est estampillé « national » – Assemblé Nationale, Front National, police nationale, identité nationale, richesse nationale, hymne national, fêtes nationales – est d’emblée étranger, hostile, et n’a finalement pas de place.

La rupture avec les institutions proposée, en plus d’être bête et méchante, et faible parce fondée sur la trouille et le ressentiment, est illusoire : la nation française est tout aussi abstraite et coercitive que l’Europe de Maastricht ; le franc comme monnaie nationale implique toujours autant de dépossession et de violence (les pauvres seront toujours aussi pauvres en franc comme en euro) ; les petits chefs et les petits commerçants qui rêvent de parvenir aux responsabilités n’ont pas plus de morale ou de force d’âme que les technocrates de Bruxelles ou de l’ENA. Rompre réellement avec l’ordre des choses, ne plus jouer le jeu, c’est rompre avec l’idée de gouvernement. S’organiser là où on vit, se donner les moyens de vivre ensemble sans avoir à mendier ou s’en remettre à une quelconque police ou autorité supérieure, sans attendre l’homme ou la femme providentielle. Ce qu’on veut c’est des quartiers en sécession ; des ZAD depuis lesquelles vivre ensemble, partager la terre et se jeter à la rencontre. Tout un monde plutôt que leur France.

Les possibilités de retournement se font sentir. La situation est ouverte. Ce qui en découlera est à batailler dès aujourd’hui. La manifestation du 29 novembre à Lyon serait un énième coup d’épée dans l’eau si elle n’était qu’une simple indignation journalière, qu’un défilé sans conséquences. Le 29 novembre ne doit pas être un jour ordinaire.

Manifestation offensive contre le congrès du FN à Lyon
Le 29 novembre 2014 à 14h.

Notes

[1S’il s’avérait dans les prochaines années qu’il doive y avoir un ministre de l’Intérieur Front National, on lui souhaite bien du courage pour arriver à se démarquer, dans la radicalité verbale, de ses prédécesseurs.

 

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