fév 272014
 

(ouest france)

Ils ne leur manquent plus qu’un ingrédient… « Je vais passer quelques coûts de fil pour voir si on peut nous faire un prix, pour 110 kg d’oeufs », explique Eric Voisin, un annuaire entre les mains. Cet ex-salarié de la biscuiterie Jeannette reprend sa casquette de chef adjoint de fabrication. Les ingrédients des célèbres madeleines, il les connaît par coeur. Alors lundi, il cherchait des oeufs. « Pour le reste, on a ce qu’il faut. » L’idée a été lancée lundi midi en assemblée générale, à l’usine.

« Les salariés ont voté la remise en place de la production. Ils ont déjà commencé à vérifier l’état des machines pour voir si c’est possible de faire redémarrer l’usine », explique Franck Merouze, secrétaire de l’union locale de la CGT. Deux mois après l’arrêt des machines, l’odeur de biscuits chauds va-t-elle de nouveau flotter rue Charlotte-Corday ? C’est l’objectif. « Refaire une fournée de madeleines. Si les délais sont tenus, une vente sera organisée vendredi matin, place Saint-Sauveur, et devant l’usine. Et peut-être même dimanche. »

Tous les ingrédients

Si les stocks de produits finis sont épuisés, il y a encore de la matière première prête à être utilisée. « En une heure, on peut fabriquer 500 kg de madeleines. Il faut 400 kg de farine, 200 kg de sucre, 150 kg de glucose, 400 kg d’huile de colza et des arômes de vanille et d’amandes amères, détaille Eric Voisin. À la fin, on produisait 30 pétrins de 250 kg chaque jour. Quand l’usine tournait à fond, on sortait 200 pétrins quotidiennement. »

 

L’idée de sortir une nouvelle fournée de madeleines dans leur usine, qui devrait désormais être vide, enthousiasme particulièrement les hommes et les femmes qui se relaient depuis jeudi pour occuper l’usine 24 heures sur 24. « On a déjà vérifié un compresseur et une chaîne de fabrication, ça fonctionne », constate Jean-Jacques Ballard. Ne reste plus qu’à remettre un peu d’huile dans certains rouages, et l’usine pourrait revivre encore un peu.

Toujours pas de dialogue

Pour le reste, le dialogue n’a toujours pas été rétabli avec le cabinet mandataire Lizé et le médiateur désigné par le préfet pour sortir de l’ornière. « Les salariés accepteront de discuter, à condition que la réunion se déroule à l’usine ou à la maison des syndicats », précise Franck Merouze. Dans quel but ? « Avoir des explications pour savoir quel travail a réellement été fait pour sauver la biscuiterie Jeannette. Ensuite, pour que chaque salarié obtienne une prime de 20 000 € supplémentaire aux indemnités légales de licenciement. »

Du côté des autorités, une rencontre est proposée à Hérouville-Saint-Clair, dans les locaux de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de lemploi). « Mon bureau est ouvert aux salariés de Jeannette 24 h sur 24, explique El Houcine Ouarraou, commissaire au redressement productif, désigné comme médiateur par le préfet du Calvados. Mais nous souhaitons que la discussion se déroule dans un lieu neutre, calme et apaisé. »

 

Pascal SIMON

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