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« Operación Pandora »

Espagne : Grosse vague de perquisitions et arrestations à Barcelone et Madrid

mercredi 17 décembre 2014

Ce mardi (16/12/2014), à 5h du matin, commençait la bien nommée opération antiterroriste appelée « Pandore », contre le dit « terrorisme anarchiste ». Des personnes ont été arrêtées, accusées d’appartenir à une organisation anarchiste à laquelle plusieurs attaques par engins explosifs sont attribuées. L’opération, sous la direction de la Cour Nationale de Madrid, a mobilisé 450 flics des Mossos d’Esquadra catalans, qui dès 5h30 ont perquisitionné 13 domiciles en Catalogne -8 à Barcelone, un à Sabadell et un à Manresa- mais aussi une personne à Madrid par la Guardia Civil.

 

Les flics sont rentrés dans le squat Kasa de la Muntanya, à Barcelone, autour duquel des centaines de policiers se sont déployés, pendant qu’un hélicoptère assistait l’opération en éclairant les lieux. Les médias présentent la Kasa de la Muntanya comme le « centre opérationnel des terroristes anarchistes » (sic !). La perquisition a duré plus de 13 heures, pendant lesquelles la vingtaine d’habitants était retenue dans le gymnase du squat, tandis que les flics fouillaient chaque pièce de l’immeuble. Ensuite ont eu lieu d’autres perquisitions, dans les Athénées libertaires de Sant Andreu et du Poble Sec, à Barcelone. Les flics ont embarqué les portables, ordinateurs et matériel informatique, de l’argent liquide et des livres.

Au cours de l’opération sept femmes et quatre hommes ont été arrêté-e-s, entre 31 et 36 ans, de nationalités espagnole, uruguayenne, italienne et autrichienne.

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Le juge Javier Gómez Bermúdez, en charge de l’opération

Les arrestations sont liées à plusieurs attaques qui ont eu lieu en 2012 et 2013, notamment des attaques explosives sur des DAB de succursales bancaires. L’Audience Nationale fait un lien entre ces attaques et le Comando Insurreccional Mateo Morral, qui a revendiqué avoir posé une bombe dans la cathédrale madrilène de La Almudena le 7 février 2013, et une autre à la basilique El Pilar de Saragosse le 3 octobre 2013. Deux attaques pour lesquelles sont accusé-e-s les compagnon-ne-s Mónica Caballero et Francisco Solar, arrêté-e-s le 13 novembre 2013 à Barcelone, et en prison depuis.

On peut remarquer la coordination immédiate qui a lieu entre l’Audience Nationale, les flics catalans et les médias, tous servant la même version des faits, en mettant en scène un état d’alerte maximum.

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Manif de solidarité à Barcelone

À 19h plusieurs milliers personnes ont manifesté dans le centre ville de Barcelone, en bloquant plusieurs rues, il s’agit d’une des plus grandes marches solidaires spontanées depuis les années 70 en Catalogne. Des vitrines de banques et d’agences immobilières ont été fracassées, des projectiles ont été lancés sur les flics, et des bennes à ordures ont été brûlées. A priori il n’y aurait pas eu d’arrestations malgré quelques charges policières au cours de cette manifestation. D’autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. A Madrid il y aurait au moins trois arrestations.

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Manif de solidarité à Madrid

Ces quelques manifestations offensives sont importantes, elles montrent à l’Etat que les anarchistes ne se terrent pas sous la première grotte dès que la répression frappe. Les compagnons devraient faire face au juge Javier Gómez Bermúdez, ce mercredi 17 décembre ou demain, accusés d’ »appartenance à une organisation criminelle de nature anarchiste à des fins terroristes », rien que ça. Il sera alors décidé de les libérer ou de les incarcérer en détention préventive.

Nous ajouterons des informations sur ce site lorsque nous en aurons plus.

Solidarité avec les compagnon/nes arrêtés en Espagne le mardi 16 décembre.
Liberté pour Monica et Francisco.
Liberté pour tou/tes les prisonnier/es de la guerre sociale.

[Synthèse réalisée à partir de sites compagnons et de la presse à purée espagnole, le mercredi 17 décembre 2014.]

Source : Non fides.

 

A Saint-Denis aussi, ça bouge et ça flique.

 Posted by on 2 décembre 2014 at 2 h 36 min  Anarchisme, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés
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dimanche 30 novembre 2014

En réaction aux violences policières, le lundi 10 novembre, des élèves de plusieurs lycées de Saint-Denis décident de bloquer l’entrée de leurs bahuts. Après avoir mis le feu à des conteneurs et poubelles devant les portes de leurs lycées ils partent en manif sauvage dans le centre ville. Il y aura quelques attaques sur des vitrines de magasin sur le trajet, une incursion dans le Go Sport et une attaque contre un bus des expulseurs de la RATP. La station de métro Basilique sera fermée pendant plus d’une heure, et le tramway sera aussi stoppé. Pour gérer cette belle horde d’ados enragés, plus de 200 flics seront déployés, aidés d’un hélicoptère.

 

Dans une continuité répressive le jeudi 13 novembre les élèves du lycée pro ENNA se font charger par la police montée sur la Place du 8 mai, devant leur bahut. En parallèle 300 rroms se font expulser d’un hangar vide qu’ils occupaient depuis septembre.
D’un autre côté certains en profitent pour surfer sur la vague sécuritaire. Le même jeudi, 150 gardien-nes d’immeubles de Plaine Commune Habitat manifestent pour réclamer plus de sécurité ; une revendication qui va dans le sens des divers politicards locaux qui au dernier conseil municipal ont débattu sur la sécurité, en évoquant l’installation de nouvelles caméras et l’embauche de plus de 200 flics.
Comme si l’occupation policière des dernières semaines n’était pas suffisante. Car depuis le petit éclat surprise du 10 novembre il y a eu pendant plusieurs jours des CRS aux quatre coins de la Place du 8 mai et dans les rues Gabriel Péri et République, en mode ont tient la rue, des crottins de cheval qui parsèment le centre ville pour nous rappeler que les flics montés sont passés par là, et qu’ils n’hésiteront pas au besoin à charger de nouveau les lycéens (ou autres) un peu trop destructeurs à leur goût.

Zone de Sécurité Prioritaire, gentrification et nid de flics

Mais ne nous trompons pas, l’occupation policière à Saint-Denis ne date pas des éclats lycéens de ce mois de novembre. Depuis 2012, le centre ville de Saint-Denis est classé en Zone de Sécurité Prioritaire. Ce qui veut dire une omniprésence de flics (BAC, municipale, etc), une quarantaine de caméras installées, et d’autres à venir.
Et ces dernières semaines on a pu observer que la police municipale prend de plus en plus son aise pour emmerder les vendeurs ambulants, que ce soit sur le marché ou devant la gare, où ces sadiques en uniforme s’amusent à faire cavaler les vendeurs de maïs ou de cacahuètes qui ne veulent pas se faire voler leur seul moyen de survie.

C’est que Saint-Denis n’est pas n’importe quelle ville de banlieue. Des gens dans de beaux bureaux planifient un vaste projet de transformation de cette agglomération aux portes de Paris. On le voit avec le nouveau tramway qui va bientôt être inauguré, et avec la rénovation de certains quartiers, notamment autour de la gare et de la Plaine, sorte de nouveau quartier des affaires parisien.

Et ça n’est pas difficile de voir que le processus de gentrification est déjà en marche. On peut prendre pour exemple le TGP (le Théâtre Gérard Philippe) qui propose des navettes spéciales pour pouvoir rentrer sur Paris après les représentations… une astucieuse manière d’attirer les bobos parisiens dans la ville, d’habituer leurs narines à l’air ambiant.
Certes pour le moment ça n’est pas avec le nombre de bars PMU au mètre carré que le centre ville de Saint-Denis va se transformer en un brooklyn pour hipsters, mais on peut facilement imaginer le vent tourner rapidement comme on peut le voir dans des quartiers parisiens comme la Goutte d’Or ou Belleville, à coup d’augmentation des loyers, d’expulsions d’immeubles déclarés vétustes pour les besoins de la gentrification, de chasse aux pauvres et de réaménagement du territoire. En gros, une aseptisation de la ville, qui repoussera les pauvres toujours plus loin en banlieue.

Et cerise sur le gâteau (probablement pas sans lien avec le reste), en 2017, un nouveau commissariat ainsi que l’antenne francilienne de l’Institut national de la police scientifique (INPS), la crème des crèmes de la police en blouse blanche, vont s’installer à Saint-Denis. Au total, près de 500 policiers s’implanteront sur le site de l’ancienne Sécurité sociale, avenue Jean-Moulin, en plein centre ville.

Alors à Saint-Denis comme partout ailleurs, nique la police et la rénovation urbaine !

[Extrait de Lucioles n°20, Bulletin anarchiste de Paris et sa région, décembre 2014.]

Source : Non Fides.

nov 072014
 
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Paris : Énièmes coups de pressions contre le bulletin Lucioles

mercredi 5 novembre 2014

L’après-midi du 27 octobre 2014, au métro Belleville, la BST débarque une fois de plus. Cette fois-ci, ils sont là pour nous, certainement après nous avoir repéré à travers leurs caméras pendant que nous diffusions le bulletin. Ils arrachent alors des exemplaires du n°19 accrochés aux grilles. Après avoir décortiqué le contenu du journal (oui, ils savent lire), ils décident de contrôler les deux premières personnes qui leur tombent sous la main. Les deux compagnons se font alors embarquer et seront placés en garde à vue au commissariat central du XIXe arrondissement, rue Erik Satie. Ils seront déférés après 24h et inculpés pour refus d’empreintes (une date de procès a été fixée pour janvier). Ils ressortent également avec une convocation pour « injure publique », se référant au contenu du bulletin, visiblement par rapport au court article « « Maïs chaud ! » et harcèlement de rue à Belleville ». Depuis quelques années, nous ne comptons plus les contrôles, les menaces, les convocations, vérifications d’identité, tentatives d’intimidation, les gardes à vues et les vols liés à la diffusion du bulletin dans le Nord-Est de Paris. Il s’agit de leur part, en toute logique et sans surprise, de mettre un frein à la diffusion des idées et pratiques anarchistes et révolutionnaires dans le quartier.

 

Nous sommes bien conscients de n’être qu’une petite épine dans le pied de ces sales flics (BST & compagnie) dont le véritable travail reste de mener la guerre aux indésirables (harcèlement des vendeurs de maïs et des prostituées, rafles de sans-papiers, etc.). En pissant là pour marquer leur territoire, ils cherchent à empêcher que les diverses formes de révoltes puissent se rencontrer. Empêcher la diffusion du bulletin est une petite partie de cette stratégie.

Ce communiqué n’a pas pour but de nous victimiser lorsque tant de gens vivent chaque jour une répression bien plus violente de la part des assassins en uniformes. Notre but est de sortir de la logique que l’ennemi cherche à faire prévaloir : une gueguerre privée entre eux et nous, de laquelle nous ne ressortirons jamais gagnants en raison de l’asymétrie des forces. Car nous nous foutons bien d’eux, et c’est avec les habitants du quartier avec qui nous partageons ce bulletin depuis plusieurs années que nous souhaitons dialoguer, en espérant partager bien plus que la belle mais banale haine du flic. Celles et ceux qui se mangent la même répression que nous, et qui se reconnaissent potentiellement en nous comme nous nous reconnaissons en eux et en elles. L’objectif principal de Lucioles étant de maintenir la continuité de la diffusion des idées anarchistes dans la rue, rien ne nous arrêtera. Et que cette petite feuille puisse être un instrument, parmi d’autres, dans les mains des exploités, tant que ce monde d’autorité ne sera pas détruit, continuera la guerre sociale en cours depuis toujours.

Tout continue, vive l’anarchie.

Quelques contributeur/ices de Lucioles.

Source : Non Fides.

 

La neutralisation de la dissidence

 Posted by on 11 octobre 2014 at 16 h 02 min  Anarchisme, Luttes sociales  Commentaires fermés
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La neutralisation de la dissidence

non-fides.fr

Du refus à la demande d’améliorations

vendredi 10 octobre 2014

Nous vivons une époque difficile, c’est clair. À première vue on ne voit aucune lutte qui puisse nous convaincre et même si nous ressentons le mal-être et le mécontentement social dans toutes les sphères du quotidien, nous voyons aussi le panel de thérapies que le système nous propose pour supporter ce qui devient insupportable : l’aliénation du contrôle sur nos vies et la solitude à laquelle nous lie l’individualisme exaspéré. Cela nous affecte, provoque de la souffrance, nous détruit.

 

Face à ça certain-e-s d’entre nous tombent dans l’activisme, dans le “faire quelque chose” même si c’est dans une optique d’auto-satisfaction face au sentiment d’impossibilité d’un changement réellement structurel. Le besoin de transformer une réalité qui nous étouffe nous amène trop souvent au “geste pour le geste”, tombant souvent dans la sectorisation des luttes et dans la perte d’un discours radical, c’est-à-dire un discours qui agisse véritablement sur la racine du conflit et pas sur la diversité de ses manifestations.

La majorité des luttes sociales (ou vitales) commencent par un refus de la réalité, c’est-à-dire, le refus d’une réalité établie. Face à ça l’administration, l’État ou l’institution démocratique du système font l’impossible pour pouvoir diriger cette négation vers une proposition positive dans le but de comprendre le mal-être (et son origine) et ainsi de phagocyter la proposition critique, se rendant plus pervers et aimable ; rendre chaque fois plus supportable la vie niée, sans que son hégémonie ne soient altérée. C’est-à-dire, sans que sa figure de père-protecteur ne soit remise en question.

Les faits prouvent cette mutabilité de l’État-démocratique et le phagocytage des luttes qui d’entrée affrontent son Pouvoir, et nous en avons une multitude d’exemple au cours du XXe et XXIe siècle. Tel est le cas des luttes anti-autoritaires débutées par Laing, Cooper ou Basaglia contre l’institution psychiatrique et contre la psychiatrie en général, et qui ont permis à ces institutions de se réformer jusqu’au point de rendre chaque fois plus invisibles ses perversions ainsi que l’adoption d’un discours anti-autoritaire jusqu’à le rendre inoffensif. On pourrait dire la même chose de Foucault avec le reste des institutions totales, ou encore de l’idée que l’école fasse du réformisme pédagogique et aille même à proposer la déscolarisation ; tous ces cas ne devraient pas nous laisser indifférents. Tout cela parce que le discours est compréhensible par l’institution, est rationnel, et devient donc assimilable.

À notre époque il se passe quelque chose d’identique. Des luttes naissent du refus de la réalité mais s’étiolent dès qu’elles cherchent à élaborer un discours compréhensible, dès qu’elles essaient de rationaliser une impulsion vitale (et habituellement irrationnelle, émotionnelle) comme l’est l’insoumission et la rébellion face à une injustice quelconque. Nous pensons que dans l’élaboration d’un discours ou dans l’articulation d’une émotion qui nous amène à dire “ça suffit” nous perdons de la puissance dû au fait que le monde que nous voulons transformer ne peut pas être transformé à partir de mots qui recréent ce même monde. Je ne dis pas par là que nous devons inventer un nouveau vocabulaire, rien de tel. Je veux juste dire qu’il faut redonner un sens aux mots et utiliser ceux que nous voulons utiliser et pas ceux que les médias ou autres nous font utiliser en leur faveur. Tout ça peut sembler abstrait mais ramenons-le à un cas concret : la lutte contre l’EES ( espace européen de l’enseignement supérieur) ou Processus de Bologne.

À l’origine le mouvement étudiant s’est déclenché face à l’imposition d’un nouveau plan d’études qui faisait un pas de plus dans le processus de libéralisation de l’Éducation Supérieure. Mais même si nous partagions un “NON” frontal face à ce processus, dès le premier jour de blocage dans le Rectorat Supérieur de la UB (NdT : Université de Barcelone) le discours a pris la forme d’une demande à l’administration, favorisée par la criminalisation de la part des médias de désinformation qui exigeaient que nous fassions une proposition pour ne pas être destructifs mais constructifs. C’est de cette manière qu’est arrivée la proposition : une demande de dialogue. Bien sûr face à ça l’institution voyait ses attentes satisfaites et nous demandait ce que nous voulions pour pouvoir faire une étude de nos réclamations. De cette façon nous avons commencé un dialogue impossible car nous savions (ou pressentions) que la situation d’asymétrie dans le conflit dans lequel on était impliqué permettait uniquement, d’un côté, l’exercice du pouvoir, et de notre côté, de l’accepter. Face à ça on ne pouvait pas parler de dialogue mais de bavardage, et même ainsi on continuait de demander un dialogue en exigeant que ce soit un débat ouvert auquel participeraient tous les agents impliqués dans le futur de l’Université. La pantomime d’une Table Nationale pour l’Éducation, avec le spectacle de Blanca Palmada (alors Mandatée pour les Universités et la Recherche de la Generalitat [Ndt : le gouvernement catalan]), en plus d’un référendum frauduleux, ont contribué au bouillon de culture idéal pour légitimer une intervention des forces répressives une fois que les mesures moins explicites de la démocratie étaient épuisées.

La même chose peut se passer avec les squats et l’assimilation que l’État-ville fait d’eux. Dernièrement nous avons pu voir un article du Département de la Jeunesse de la Generalitat qui met en valeur le travail qu’on fait certains centres sociaux dans la revitalisation du tissu associatif de quartier, créant des réseaux et démocratisant la façade de la ville. Jusqu’à quel point le discours citoyenniste ne s’est pas vu perméabiliser par ceux qui (autant le voisinage que les athénées à leur origines ou l’associationnisme) lui ont apporté ?

Et un dernier point. Nous pensons qu’il est nécessaire de faire au moins une mise en garde au sujet des mouvements altermondialistes. Bien entendu l’hétérotopie qu’offrent ces mouvements nous aide à nous nourrir et nous renforcer dans la conviction qu’il y a d’autres façons de se mettre en rapport et de “faire” au delà du capitalisme, mais, et c’est là qu’est la mise en garde, nous n’avons qu’un monde, il n’y a pas d’autre monde possible, et celui-ci est celui que nous avons et c’est urgent, nécessaire, indispensable, de le changer. Je reviens au début, et je m’en remets à Bonanno lorsqu’il déclare, en parlant des prisons, que le fait de changer une institution, la transformer ou même l’abolir fait que le système cherche de nouvelles institutions pour remplir la fonction sociale attribuée à l’institution antérieure, et l’hégémonie du système étant ainsi de nouveau restituée (et parfois après la crise).

Pas besoin d’être une flèche pour se rendre compte que le discours altermondialiste est l’un de ceux assimilés le plus facilement par le système vu qu’il ne met pas l’accent sur la destruction du système dominant, et c’est pourquoi il sert le système, actuellement douloureux, pour devenir chaque fois plus attirant et obtenir ainsi que, petit à petit, nous nous rapprochions, si on ne fait rien, au bonheur que Huxley fait rechuter dans son monde heureux. À coup de Soma, de traitements thérapeutiques ou de notre petite (ou grande) contribution à l’élaboration de cellules isolées de vie, en fin de compte des petits ( ou grands) bastions thérapeutiques qui ne règlent pas le problème mais qui nous permettent de vivre avec. De cette façon on ne se rend pas compte de la facilité que c’est de tomber dans le piège de l’auto-satisfaction, dans le piège de chercher des actions palliatives qui nous aident à vivre avec notre aliénation, l’aliénation du contrôle total de nos vies.

Mars 2010.

[Extrait de Terra Cremada. Traduit de l’espagnol par Camotazo.]

 

sept 072014
 
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CONTRIBUTION. RECONSTRUIRE DES PERSPECTIVES REVOLUTIONNAIRES.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la solide résignation et l’inertie politique. Le monde apparaît de plus en plus comme une immense machine de gestion qui élimine toute perspective de vivre autrement. Plus, le système capitaliste et industriel d’aujourd’hui a évincé jusqu’à la capacité à imaginer autre chose.

Il persiste toujours des révoltés et des empêcheurs de tourner en rond qui refusent l’idée qu’il n’y aurait pas d’ennemis à combattre, que les structures de domination seraient indépassables, que la civilisation capitaliste serait immuable. Comme toute civilisation, elle finira pourtant par s’achever. Elle n’aura probablement pas duré très longtemps. Ce que le système a réussi de mieux, c’est de s’incorporer en chacun de nous, de s’être rendu « naturel » et « nécessaire » dans les esprits, tout autant que matériellement. Au cas où, les capitalistes, politiciens et technocrates ont mis de leur côté une foule de gadgets et de dispositifs répressifs. On ne sait jamais.

Les fractions rebelles ne portent aujourd’hui pas suffisamment de perspectives révolutionnaires. Trop souvent, l’idée de révolution devient un slogan, un moyen de se positionner politiquement sur l’échiquier politique, un gage de radicalité. Le Spectacle, pour paraphraser les situationnistes, en a même fait une marchandise. L’époque fait tout pour ne pas prendre cette idée au sérieux. Si c’est au moment où l’idée de rupture semble la plus lointaine qu’il faut la marteler avec le plus d’insistance, il ne faudrait pas pour autant en faire un réflexe idéologique. Elle mérite mieux.

Nous nous retrouvons finalement dans la situation des révoltés et révolutionnaires de la fin 18ème et du début 19ème siècles, qui ont construit le vieux mouvement ouvrier et les formes d’activités communistes, socialistes et anarchistes. Ce que des historiens non alignés comme Edward Thompson ont contribué à montrer, c’est qu’il n’y a jamais eu de prolétariat spontané, ni de sujet révolutionnaire naturel. L’émergence des aspirations révolutionnaires n’est pas seulement le fruit des conditions sociales, mais surtout du volontarisme de militants, s’appuyant sur la sociabilité de la rue, la diffusion de journaux et de brochures, la débrouille solidaire des petites gens, et la rancœur vis-à-vis des exploiteurs. Au départ, quelques personnes volontaristes se sont battus et ont su trouver un écho dans une fraction large des populations. Ils n’étaient pas bien nombreux, puis leur révolte a résonné.

Ils ne sont pas partis de rien : les références étaient les formes d’autogouvernement et de lutte des paysans, le communalisme et l’autonomie des villes, les théories de Rousseau, Godwin, Thomas Paine et d’autres intellectuels. Ils ont aussi repris à leur compte l’espace public bourgeois qui luttait contre la vieille société aristocratique, le détournant pour lutter pour leur dignité et la justice sociale. C’est peut-être un élément essentiel qui a permis la constitution des mouvements contre l’Etat et le capital, et au-delà contre toutes les formes de domination. Rien ne prouve aujourd’hui la nécessité d’un tel appui. Il est clair que les mouvements révolutionnaires dans un direction libertaire ne résonnent pour l’instant que faiblement dans une situation contre-révolutionnaire, et doivent en finir avec les faux amis qui bloquent toute conflictualité ouverte tels le citoyennisme et l’extrême-gauche nationaliste et productiviste. Par ailleurs, les ravages industriels et le réchauffement climatique pressent de plus en plus à en finir avec le monde tel qu’il tourne au désastre. Un mouvement comme la lutte dite contre le CPE, en 2006, a par ailleurs montré que dans certaines situations, les révoltes pouvaient être soutenues par une large partie des populations, même si elles ne s’impliquent pas ou peu dans la lutte.

Nous ne partons pas de rien non plus : les mouvements révolutionnaires d’autrefois donnent des appuis théoriques et pratiques. S’il y a à trouver les mots et les pratiques d’un mouvement révolutionnaire d’aujourd’hui, jeter aux oubliettes des expériences d’émancipation qui sont allées plus loin que n’importe quelle lutte récente serait de la folie. La reconstruction d’un réel mouvement révolutionnaire passe par une analyse lucide des révolutions espagnoles et russes, des révoltes de l’après première guerre mondiale, des guerres de libération nationale, des soulèvements antibureaucratiques au sein du bloc soviétique, de l’effervescence des années 60 et 70 au sein des pays les plus riches. Sur ce point des analyses ont déjà été produites, et des discussions engagées.

Par ailleurs, les luttes d’aujourd’hui ne sont pas sans apports. Toute perspective révolutionnaire et libertaire ne peut se penser qu’en résonnance avec les luttes concrètes. Les révoltes successives en Grèce nous apprennent par exemple que tenir la rue ne suffit pas pour en finir avec l’Etat, mais qu’investir uniquement les alternatives sans grèves insurrectionnelles et soulèvements cherchant à en finir avec l’Etat et le capital ne permet qu’une amélioration ponctuelle et parcellaire des situations individuelles. En outre, à l’heure où l’exercice du pouvoir est supranational (G8, FMI, Banque mondiale, OMS, OMC, UE etc.), où les entreprises qui dominent sont multinationales et plus puissantes que la plupart des Etats (Barclays, Axa, Natixis, Mitsubishi, Shell, Veolia, Gazprom, Google, GDF-Suez, Novartis, Nestlé, State Grid Corporation, Wells Fargo, Samsung, IBM etc.), la généralisation du conflit à d’autres pays et des coordinations mondiales sont indispensables. D’autres luttes peuvent fournir des éléments pour la constitution d’un mouvement révolutionnaire en résonnance avec son temps. C’est le cas des communautés indigènes du Mexique, par leur autonomie et leur ancrage solidaire, mais aussi par la révélation de la force d’une identité collective exprimée dans une dimension culturelle. D’ailleurs, pas de mouvement révolutionnaire sans contenus culturels populaires, qui ne sont pas seulement artistiques comme voudrait nous le faire croire un monde désincarné, mais des références partagées et des vécus communs. Les révoltes au Maghreb, en Turquie, au Brésil, en Chine etc. sont aussi porteuses d’apports. Les luttes à venir qui iront le plus loin dans des perspectives révolutionnaires viendront sans doute des pays qu’on dit « périphériques ». En France, la lutte contre le CPE a montré la force de vivre collectivement en autogestion : rien ne remplace l’expérience commune de la révolte et de l’auto-organisation. Une grève, au-delà de ce qu’elle revendique, est surtout un moment de suspension de la routine capitaliste et de réappropriation de sa vie. La révolte de Guadeloupe en 2009 a dévoilé des pistes pour que s’impulse une grève générale qui se concrétise en une révolte populaire massive, en continuant à bouffer sans aller travailler, mais aussi des impasses à éviter. Le dernier mouvement des retraites a réaffirmé la nécessité de s’organiser de façon autonome sans être à la traîne des partenaires sociaux et des intersyndicales, et en portant des positions plus offensives contre l’Etat et le capital. La lutte contre l’aéroport de Notre-dame-des-Landes et la création de la ZAD va peut-être donner la victoire que le mouvement social cherche depuis des années. Sur ce point de l’analyse des luttes plus récentes, tout est encore à approfondir. Refaire l’histoire des mouvements locaux notamment reste largement à faire et à transmettre. Le mouvement social n’est pas condamné à ne pas avoir de mémoire…

De tous ces apports, il n’y a aucun programme révolutionnaire à conclure : la seule révolution légitime est une révolution qui cherche à en finir avec tout ce qui nous opprime, et en premier lieu avec les dirigeants qui cherchent à dicter nos vies, serait-ce pour faire notre bonheur. En revanche, des pistes révolutionnaires, des repères, des références à quoi se raccrocher peuvent être avancées. Ce n’est pas dans l’urgence de l’action que les questions peuvent se poser avec lucidité et se réfléchir ; c’est en revanche la situation révolutionnaire et celles et ceux qui la mèneront qui les trancheront.

 

La question du surgissement. Qu’est-ce qui fait que des gens rentrent en lutte et se mettent à imaginer d’autres manières de vivre collectivement ? Cette question est peut-être la plus importante aujourd’hui. Mener des enquêtes sociales, à la fois pour savoir qui nous sommes, qu’est-ce qui mobilise, comment émerge du nouveau, mais aussi comme moyen de rencontres et d’informations, est une piste pour y répondre. Les perspectives révolutionnaires ne sortent pas de nulle part, ou d’un sujet révolutionnaire qui n’existe pas en soi. Et si la révolution ne devait pas arriver, nous aurons déjà organisé un noyau du nouveau monde dans la coquille de l’ancien, nous aurons commencé à vivre dans l’esprit de l’anarchie, en essayant de ne plus être dominé ni de dominer, nous aurons été un peu plus vivants. Et c’est bien là l’objectif, l’activité révolutionnaire transformant nos vies avec toutes les contradictions qui ne peuvent être pensées comme telles que parce que justement on est en mouvement. La pureté et l’exhaustivité sont le privilège des inactifs. Ce qui n’empêche pas de vouloir être conséquent…

Le surgissement passe aussi par construire un mouvement révolutionnaire explicite et s’assumant comme tel, qui pose des bases et des perspectives révolutionnaires claires, y compris dans des situations réformistes : en finir avec le salariat, la propriété privée, l’argent, la production industrielle, les frontières, l’administration séparée, la représentation sont déjà quelques objectifs. L’époque nous rend presque honteux de vouloir renverser le vieux monde, et c’est peut-être ce que capitalistes et bureaucrates ont réussi de mieux.

Ce mouvement révolutionnaire assumé doit aussi être autonome : autonome non seulement par rapport aux organisations partisanes et syndicales, mais qui cherche aussi à développer ses propres dynamiques et ses propres rythmes, sans être à la traîne de situations réformistes et de mots d’ordre défensifs. Si c’est dans les luttes que des choses se partagent et que des gens se rencontrent, construire des dynamiques révolutionnaires demande de sortir de l’urgence de la lutte et de développer des espaces et des moyens d’autonomie. Construire un mouvement révolutionnaire, c’est s’organiser pour lutter contre ce qui nous opprime, créer des structures favorables à l’entraide et permettant de gagner un peu d’autonomie : fédérations d’entraide, magasins gratuits, ateliers coopératifs, potagers et vergers collectifs, causeries populaires, concerts gratuits, coopératives de consommation, communautés intentionnelles, contre-culture etc. C’est aussi entretenir des liens avec celles et ceux qui veulent en finir avec la domination sans taire les divergences, conspirer sans cesse pour en finir avec le vieux monde. Autodéfense, face aux administrations qui nous enserrent, au sexisme, aux racistes, aux patrons et au travail, mutualité, pour vivre mieux dès maintenant et donner au mouvement davantage d’autonomie et de puissance, action politique, de l’intervention au sabotage et à la grève insurrectionnelle, tant pour convaincre qu’en découdre.

 

La question du pouvoir et de l’institution. La domination ne s’évapore pas. Il est donc impossible de penser en finir avec tout ce qui nous opprime sans institutions libres ni structures qui permettent aux gens de vivre ensemble sans se dominer. L’acte de détruire les catégories existantes du pouvoir ne comble pas le vide en lui-même, comme pouvait le laisser supposer l’optimisme de Bakounine, pour qui la destruction est un acte constructif en soi un peu de manière magique. Surtout qu’aujourd’hui, on peut en finir avec les technocrates, il y aura toujours à faire avec leurs désastres, au premier rang desquels les déchets nucléaires et la radioactivité. Sans s’avancer sur des questions qui pourraient être spécifiques (que faire avec les pollutions dont on hérite ?), cet état de fait renforce la nécessité de s’organiser pour se défaire de la domination. Par conséquent, il faut bien envisager et construire les institutions libres qui seront les lieux politiques, c’est-à-dire de prises de décisions collectives, tant du moment révolutionnaire que de l’après. Auto-institution, c’est-à-dire l’anarchie : un monde sans ancrage absolu auquel raccrocher les valeurs et les vérités, mais dans lequel c’est la société qui se dote explicitement de ses croyances et principes, toujours fragiles, toujours discutables. Ce n’est pas pour cela qu’il n’y a pas de rites, de symboles, de rapports sociaux qui ont tendance à s’autonomiser et s’échapper à la conscience. Le tout est de briser le fétichisme et d’être conscient que les relations et les objets apparemment figés sont en réalité des éléments d’une construction sociale en cours qui ne peut que nous échapper en partie. Le tout est d’en faire un savoir qui n’en supprime pas la véritable magie : la question de la domination ne se rationalise pas – ce qui revient en fait à la refouler et la faire ressurgir – mais elle se contrôle et s’expie. Le rite fonctionne mieux que le rationalisme pour éliminer la domination, ce qui ne veut pas dire que les personnes croient réellement aux symboles. L’important, c’est que ça marche et que la société soit équilibrée et sans rapports stables de domination. La révolution aura quelque chance de subvertir le monde désincarné d’aujourd’hui si nous sommes capables d’inventer d’autres formes sociales et culturelles qui nous permettent non pas la maîtrise mais la lucidité.

Le drapeau de la révolution, c’est l’autogouvernement, et donc l’absence de chefs et de dirigeants qui guident les autres. Sur une base essentiellement territoriale, sectorielle, affinitaire ? Sortir du productivisme et du carcan capitaliste du travail passe par ne pas reproduire un fédéralisme basé sur les catégories productives, surtout que cela alimente l’illusion qu’il suffirait de tenir les moyens de production pour mener une révolution, comme si le pouvoir n’était pas aussi militaire, politique, symbolique et dans nos têtes. Une base territoriale, avec la ségrégation spatiale qu’on connaît et dont on ne peut qu’hériter au début, laisserait s’organiser entre eux des bourgeois et réactionnaires. Sans oublier que certains espaces sont durablement contaminés pour très longtemps. Une base affinitaire laisserait la part belle aux guerres de chapelle. Que les révolutionnaires les plus avancés s’assument et s’organisent pour éviter que la révolution se fixe et finalement échoue sera essentielle, à la condition d’avoir en tête les dérives avant-gardistes et l’intention de partager et convaincre. Renouer avec le fédéralisme, avec pour principe la liberté individuelle dans la responsabilité collective. Eviter la résurgence d’un Etat qui ne dirait pas son nom implique de mettre au premier plan l’auto-organisation des opprimés, et permettre que se créent autant d’espaces collectifs d’organisation que ne le souhaitent les protagonistes, espaces pouvant être en conflit avec d’autres. C’est pourquoi il faudra tout autant mettre l’accent sur les convergences, sur la fédération. Et trouver des solutions contre les groupes qui en profiteront pour satisfaire leurs propres intérêts, qui tomberont dans des dérives autoritaires, qui alimenteront des logiques haineuses…

 

La question de la généralisation du conflit. Sans attendre une potentielle situation favorable qui, si on ne la provoque pas, ne vient jamais, en découdre avec le vieux monde demande de s’organiser et de la lucidité. Chaque lutte ne peut pas être envisagée comme séparée, comme un combat spécifique, mais bien comme une pierre de l’édifice révolutionnaire. Il n’y a pas de conflit central, à même de créer une situation révolutionnaire, ou plutôt il y en a plusieurs. Bon courage à celles et ceux qui voudraient mesurer quelle domination est la plus centrale entre l’exploitation, le racisme, le patriarcat, les ravages industriels etc.

La question de la généralisation du conflit, c’est aussi celle du mode d’organisation et des bases d’une communauté de lutte. Tendre dès le départ vers une direction réellement révolutionnaire (en finir avec le salariat, la propriété privée, les lieux séparés de la société où se prennent des décisions etc.) est la condition d’une subversion du monde tel qu’il est et d’éviter de ne changer que les chefs. En même temps, ce ne seront pas les militants doctrinaires qui feront la révolution, et des directions très diverses et tout à fait opposées seront en présence.

Renforcer son autonomie, qu’elle soit de subsistance, politique, culturelle, est le seul moyen de ne pas se faire absorber par le système et la réaction. Cette autonomie se pose aussi par rapport au rythme de la révolte : pas toujours être dans l’urgence activiste et défensive. Pour autant, une lutte est justement le moment où tout peut se discuter, les rencontres se font, les expériences mutuelles sont les plus solides, bien au-delà des milieux militants et autres révolutionnaires professionnels. Ces derniers seront même probablement à la traîne d’un soulèvement révolutionnaire. C’est donc aussi la question de la composition qui se pose, et surtout de la manière dont les positions des uns, des unes et des autres peuvent se construire, s’exprimer, s’opposer. C’est peut-être le point le plus central et le plus difficile. On n’a pas encore trouvé mieux que les assemblées populaires, les conseils de travailleurs ou de bon gouvernement, les arouch, ou peu importe comment on nomme les formes d’autogouvernement.

 

La question du processus révolutionnaire. Les expériences révolutionnaires passées montrent que toute phase de transition vient en réalité fixer et stopper la révolution avant qu’elle ne devienne irréversible. Les plus opportunistes en profitent alors pour instituer un gouvernement provisoire sans lien avec le soulèvement, leur garantissant le maintien de leurs privilèges. En revanche, une révolution ne se réalise pas spontanément, en quelques jours ou quelques semaines. Les rapports de domination ont la fâcheuse tendance à persister, et en finir avec les capitalistes ne suffit pas à en finir avec le capitalisme, avec les autoritaires en finir avec l’autoritarisme etc., même si c’est un début nécessaire. Le carcan du système n’est pas seulement extérieur, c’est aussi des rapports, habitudes et imaginaires qui nous tiennent. Pas de transformation extérieure sans transformation intérieure dans le même mouvement. De toute façon, ce n’est pas parce qu’une révolution est faite qu’il n’y en a plus à faire. Il y a, et aura, toujours des situations de domination à combattre. Ce sera probablement bien plus facile, et ces situations ne se fixeront pas en division permanente de genres, de classes et de statuts.

Par ailleurs, une révolution, avant de se réaliser, fait toujours face à des forces contre-révolutionnaires. Comment continuer la révolution tout en organisant de façon conséquente la défense ? Comment ne pas instituer une hiérarchie paramilitaire ? Parmi les revendications des Enragé-es de la révolution française, parmi lesquels Pauline Léon, il y avait celui du droit de s’armer, y compris et surtout pour les femmes. Si l’Etat se définit d’abord par le monopole de la violence, c’est une revendication justifiée. A la condition de ne pas créer le far west, ce qui pose la question du contrôle collectif de l’usage des armes… En tous cas, pas de révolution sans envisager sérieusement les problèmes d’ordre politico-militaire qu’une telle initiative fera surgir, surtout dans un contexte jamais égalé d’un surarmement des appareils étatiques.

La meilleure défense, c’est l’attaque. La révolution doit sans cesse avancer, et l’expérience montre que ce n’est surtout pas la question de la défense contre la réaction qui doit servir de prétexte au ralentissement du processus révolutionnaire. Il est trop tard pour gagner militairement quand les gens ont appris à vivre autrement, il est trop tard pour gouverner quand la plupart des personnes vivent ici et maintenant comme s’ils étaient déjà pleinement libres.

                                                   

 

Non pour demain, c’est pour aujourd’hui qu’il faut lutter pour une révolution, parce que c’est la condition de vivre un peu plus libre et plus joyeusement.

Et parce que la résignation et le pessimisme nous emmerdent.

 

Piou-Piou

 

COMMUNISME ? ANARCHISME ?

 Posted by on 29 août 2014 at 13 h 10 min  Anarchisme  Commentaires fermés
août 292014
 
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COMMUNISME ? ANARCHISME ?

Posted on Vendredi, août 23, 2013 in Ailleurs, Ressources

Repris du blog de la revue Bad kids.

[Cet article est tiré des Cuadernos de Negación (numéro 2 – Juillet 2009). Revue produite par des camarades argentins. Le premier numéro a paru à l’automne 2007. L’intégralité des numéros de cette revue thématique sont disponibles sur le blog : http://cuadernosdenegacion.blogspot.fr/
Mis à part deux trois références très localisées dans le contexte sud-américain, en tous cas argentin, ce que les notes de bas de page se chargent de rendre plus lisibles, l’article qui suit critique avec simplicité le rapport à l’idéologie et ses écueils dans une perspective authentiquement révolutionnaire, celle de l’abolition des classes. En partant de deux tendances majeures du mouvement révolutionnaire : l’anarchisme et le communisme, et sans en renier les influences, les animateurs de la revue contribuent au débat sur le dépassement des formes militantes sclérosées.
]

 

 

 

Nous voulons en finir avec le capitalisme et cela ne se réalise pas simplement en faisant appel à une forme ou une autre comme celui qui invoque un sort étrange.
Groupe « Ruptura », Communistes ou anarchistes ? [1]

Le communisme ce n’est pas une société qui satisferait adéquatement celui qui a faim, soignerait le malade, logerait ceux qui n’ont pas de maison… Il ne peut reposer sur la satisfaction des besoins tels qu’ils existent aujourd’hui, ni comme on pourrait les imaginer dans le futur. Le communisme ne produit pas assez pour tout le monde et le répartit de façon égalitaire entre tous. C’est un monde où les gens entrent dans des relations et des actes (entre autres choses) desquels résulte qu’ils sont capables de s’alimenter, se soigner, se loger… eux-mêmes. Le communisme n’est pas une organisation sociale. C’est une activité. C’est une communauté humaine.
Gilles Dauvé, Déclin et renouveau de la perspective communiste.

Se revendiquer de l’anarchie et du communisme actuellement peut être surprenant pour beaucoup de gens, puisque les deux catégories sont imprégnées (et non sans raison) de beaucoup de déchets, et certains les considèrent même antagoniques. Au-delà des signes [2] et de ce qui se dit, il y a la réalité de ce qui se fait : se définir comme communiste-anarchiste ne signifie pas nécessairement que notre praxis le soit. De la même manière, les formes de praxis aussi dites communistes-anarchistes, ne sont pas nécessairement portées par des individus qui se définissent comme tels. De fait, la majeure partie des personnes qui participèrent aux tentatives révolutionnaires n’étaient pas des partisans de telle ou telle idéologie révolutionnaire.

Les exemples abondent : un grand nombre de communistes autoproclamés jacassent à propos de leur internationalisme et position de classe, mais dans la pratique ils ne font jamais plus que de choisir un camp dans les guerres capitalistes – de préférence celui de « la nation la plus opprimée » ou la moins développée pour justifier ce « moindre mal » qu’est l’anti-impérialisme. D’autres communistes autoproclamés peuvent, également, mettre en avant la nécessaire destruction de l’État, mais dans leur pratique ils en assument la défense jusqu’à l’extrême, pas seulement en participant de façon répétitive aux élections parlementaires, mais en le pressant encore et encore d’accomplir sa fonction et arrêter son déséquilibre. Pour, en définitive, le maintenir debout et repousser sa destruction aux calendes grecques.

En outre, certains autres anarchistes auto-définis, soi-disant ennemis irréconciliables de l’État, ont occupés des postes dans le gouvernement de la République espagnole de 36. Il y a aussi des exemples plus autochtones et plus camouflés comme les anarchistes K [3] qui soutiennent activement et « de manière critique » le gouvernement des Kirchner en Argentine.
Donc nous l’affirmons : se définir de telle ou telle doctrine n’apporte aucune garantie. Et d’ailleurs les raisons abondent encore pour affirmer : soit on prépare les élections, soit on prépare la révolution.

Le communisme et l’anarchie ne sont pas un idéal à atteindre : ce sont des formes d’activité et des rapports sociaux qui se manifestent comme une tendance dans les luttes réelles et concrètes contre le capital et l’aliénation en général. A travers le communisme dans l’anarchie on ne peut pas donner de solutions aux problèmes du capitalisme, on ne propose pas que celui-ci soit plus rationnel ou moderne : ce sont là les fondations du vieux monde, justement celles que l’on veut détruire, et non pas améliorer, cela c’est le travail du réformisme, pas des révolutionnaires. Puis lorsqu’on nous demande « mais quelle société vous proposez ? » nous concluons : qu’en attendant les réponses aux questions de ce monde, ce ne sont pas les réponses qui échouent, mais la question qui est un échec.
L’anarchie n’est pas un ensemble de mesures à prendre au lendemain de la révolution, c’est ce que nous faisons aujourd’hui pour y arriver, ou pour mieux nous développer dans une situation pré-révolutionnaire.
Nous comprenons que des décennies et des décennies de contre-révolution et de passivité des « communistes » et des « anarchistes » provoquent le dégoût pour ces concepts : les pays dits « communistes », les groupuscules nationalistes, populistes, stalinistes, trotskystes, léninistes, maoïstes d’une part ; et libéraux, artistes, opportunistes, pacifistes, intellectuels, punks drogués, hippies accrocs à la consommation de misère et d’autres vomissements de la sous-culture de l’autre… ont seulement servi d’obstacles au développement des outils pour l’auto-suppression de notre classe. Mais malgré tout ça, nous refusons de rejeter tout l’arsenal du mouvement révolutionnaire, car il fait partie de notre histoire et nous ne permettrons pas qu’il reste entre les mains des imbéciles de toujours.

Nous comprenons l’activité révolutionnaire comme une tension [4], puisqu’elle dépasse ce que peut être une philosophie, une théorie politique et même une pratique : c’est une manière de concevoir la vie, de s’impliquer dans ce qu’on essaie de transformer. Cela ne peut en aucune manière être autre chose que la réalité, et c’est clairement pour cela que nous changeons personnellement, mais ce ne sera jamais l’objectif final, mais seulement une conséquence logique, interne à ce que nous appelons communément « les contradictions que nous vivons ». Ce concept est aussi relativement discutable, car comme nous le disions auparavant, notre intention n’est pas de transformer un objet extérieur à nous-mêmes mais transformer la vie, cette même vie qui nous contient : nous voulons abolir la contradiction entre cette forme de non-vie et précisément l’humain.

Cette contradiction, à son tour, n’apparaît pas au moment de l’adoption d’une idéologie particulière. De fait, les idéologies n’apporteront en ce sens rien de plus que le sentiment d’appartenance et mouvement, comme si l’adhésion allait conduire à la révolution finale. En définitive, nous voulons faire comprendre ceci : nous ne sommes pas en contradiction avec cette réalité en raison de l’idéologie à laquelle nous adhérons ou pas, c’est à dire que nous ne sommes en contradiction parce que nous sommes communistes et que nous vivons dans le monde de la propriété privée, nous ne sommes pas en contradiction parce que nous sommes anarchistes et vivons sous le regard de dieu et sous la semelle d’un gouvernement. Nous sommes en contradiction parce que nous sommes salariés, exploités et opprimés dans tous les aspects de notre vie et c’est cela qui nous pousse à lutter. Nous reconnaîtrons plus clairement la contradiction entre la vie et ce qui la menace, mais jamais nous ne sortirons de la réalité, pour la simple et bonne raison que nous vivons dans ce monde.

La simple idée d’être libres dans un monde d’esclaves est inadmissible, comme est inadmissible pour cette même situation la justification d’autres « contradictions idéologiques » qui sont elles-mêmes résolubles comme la cohérence entre les moyens et la fin, la solidarité, etc. La réalisation immédiate [5] de l’individu l’est aussi, car il semblerait que la propagande capitaliste ait porté ses fruits : nous voulons tout, ici et maintenant, et si quelque chose ne nous l’offre pas, nous ne l’achetons pas… Si, nous achetons ! Parce que parfois on comprend la théorie-pratique révolutionnaire comme une marchandise supplémentaire, qui peut et doit plaire, donner une identité avec laquelle il est possible de sympathiser, et finalement l’abandonner quand bon nous semble, parce qu’il s’agit d’une partie séparée de notre vie, de laquelle on pourra se passer quand ce sera nécessaire.

Mais nous avons compris, comme beaucoup de gens que la révolution n’a de sens que comme transformation du quotidien, même si malheureusement cela a été mal interprété au point de croire qu’une transformation du quotidien équivaudrait à une révolution [6].

Cette conception est similaire aux tendances, pas si nouvelles que ça, du new age, qui nous disent qu’on peut être heureux et accomplis si nous avons la « paix intérieure », c’est juste que certains en arrivent à la même conclusion avec une « révolution intérieure ». Révolution intérieure que nous croyons nécessaire au préalable, comme une étape essentielle, mais qui nous dépasse dans le même instant car il ne s’agit pas d’une invention individuelle de chacun, c’est peut-être un aspect de la lutte révolutionnaire qui peut commencer en modifiant certains aspects de nos vies et en nous poussant plus tard à avoir un rôle dans l’extension de ces changements à la totalité du monde… Puisque nous ne pouvons nous réaliser en tant qu’individu que dans la mesure où nous interagissons avec d’autres gens.

« Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu’il y a de subversif dans l’amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont un cadavre dans la bouche », affirmait Raoul Vaneigem, et derrière cette affirmation se sont planqués, et non sans raison, lui comme les autres « réformateurs de la vie quotidienne ». Mais nous pourrions aussi comprendre cette déclaration en comprenant son autre face : que ceux qui parlent de transformer la vie quotidienne sans se référer explicitement à la révolution et à la lutte des classes, sans comprendre ce qu’il y a de subversif dans l’action individuelle mais aussi sociale et de positif dans le refus des idéologies individualistes, ceux-là ont aussi un cadavre dans la bouche… Les deux affirmations sont vraies, mais séparées ce ne sont que des vérités partielles.

Notre plus grande force réside dans la globalité de notre implication, dans notre adhésion non pas à un groupe, une contre-culture, une idéologie ou un chef… mais au mouvement réel d’abolition de tout ce fait de nous des étrangers à nous-mêmes. « Ce qui rend une lutte globale et universelle, ce n’est pas sa généralisation ou sa généralité, mais sa radicalité ; c’est à dire son aspect transgressif, subversif, sa capacité à menacer la totalité du système et sa légitimité.Bien que partielle, locale ou ponctuelle, cette lutte contre chaque aspect de la violence capitaliste prend, si elle est radicale, un caractère total. Elle ne débouche pas sur une distribution différente du pouvoir mais sur sa destruction. Elle ne vise pas la nationalisation des moyens de production mais la destruction de la valeur d’échange et la gratuité du don [7] ».

POST DATA :

Nous n’avons ni l’intention d’adhérer ni de contribuer à ces courants hybrides appelés « marxisme libertaire » ou « anarcho-marxisme », nous ne sommes pas en train de fabriquer un casse-tête, et n’ajoutons aucun fragment de Marx à Bakounine (ou vice versa), mais nous prenons plutôt en compte certains anarchistes et Marx (mais pas les marxistes) comme ils durent évaluer certains révolutionnaires du passé pour pouvoir les dépasser.

D’une part, derrière la catégorie « anarchisme » certains ont nommé, tel que nous l’avions déjà dit, plusieurs courants et conceptions du monde, même antagoniques, peut-être à cause de leur propre manque d’un guide ou d’une doctrine plus rigide. Ça a heureusement permis à certains anarchistes d’avancer véritablement sans le poids de cette « Sainte Famille » de penseurs et de dogmes, pour d’autres ça leur a permis d’appeler « anarchisme » tout ce qu’ils ont envie. D’autre part les marxistes, avec les textes de Marx qui clama expressément « je ne suis pas marxiste », ont aussi fait ce qui leur faisait envie. Comme quoi, ajouter un « isme » au nom d’une personne déjà morte ne garantit rien non plus.

Depuis les débuts du mouvement ouvrier, les deux courants historiques avaient en leur sein une expression réformiste et une autre révolutionnaire, mais il semble que maintenant au lieu de réfléchir sur leurs points forts, ils revendiquent leurs faiblesses, et ne pas seulement de la part de leur rival respectif et pour le triomphe de son idéologie dans une discussion médiocre, mais aussi définis par le « iste » dont on parlait. Dans le passé, s’être défini comme bakouniniste ou comme marxiste ne permit pas de dépasser ces deux idéologies, et c’est aujourd’hui que cette division nous arrive rampante du passé et à chaque fois plus pourrie. Notre avantage de les considérer comme des idéologies réside dans le fait montrer clairement la nécessité de dépasser ce que cette division a de faux problème. Pour Debord, chacune d’elle possède « une critique partiellement vraie, mais perdant l’unité de la pensée de l’histoire, et s’instituant elles-mêmes en autorités idéologiques  ».

Un courant peut avoir compris que l’État doit être aboli de n’importe quelle manière, l’autre aura compris quelles sont les raisons qui conduisent à instituer un État et dans quel but il existe, par exemple… alors qu’allons-nous faire ? Chacun défendre son « isme » contre celui de l’autre pour ainsi chacun avoir une vérité partielle, qui séparées l’une de l’autre n’aboutirons jamais à rien ?Retour ligne automatique
Si nous nous subordonnons à un « isme », nous serons toujours moins critique à propos de lui que des autres, puisque nous subordonnerons toute notre activité (y compris la critique) au triomphe de l’« isme » pour lequel on a pris partie. Nous nous transformerons en défenseur de cet « isme », en conservateur de cette tradition spécifique [8].

Ces tendances (anarchisme, marxisme…) sont des exigences de la pratique, mais ce dont il s’agit c’est de la théorie du prolétariat, qui est requise par sa pratique pour s’auto-supprimer en tant que classe.

Notes :

1Texte paru dans le numéro 2 de la revue Ruptura, éditée à Madrid. Recommandé pour approfondir cette question. http://gruporuptura.wordpress.com/about/

 

2Dans notre histoire, les révolutionnaires se sont appelés ainsi eux-mêmes ou ont été nommés de plusieurs façons : luddites, communistes, socialistes, nihilistes, anarchistes, libertaires, situationnistes, encapuchonnés et même libéraux (comme le groupe auquel participait Ricardo Flores Magon). Ces adjectifs ont aussi qualifié divers réformistes et bourgeois. Et bien que ces catégories tendent à améliorer la communication et la compréhension, bien souvent elles provoquent l’inverse.

 

3Pour plus d’informations à ce sujet, lire l’article écrit par Federico Martelli, dans la revue Veintitrès (Fév. 2007), intitulé « Los anarquistas de Scioli », où on peut lire des choses du style : « J‘ai une formation anarchiste, socialiste et péroniste. J’essaie de garder le meilleur de chacun de ces courants. Je garde de l’idéologie libertaire l’amour de la liberté. Du péronisme les profondes transformations sociales réalisées. Des partis il peut y en avoir beaucoup, l’important c’est de savoir quel est le mouvement national qui représente les travailleurs. » Extrait du numéro 42 de la revue ¡Libertad! (publiée par le groupe du même nom). [NdT : Se référer aussi l’article de Juan Manuel Ferrario, intitulé « Anarcho-péronistes ? », traduit par le collectif de traduction CATS et accessible sur leur site : http://ablogm.com/cats/].

 

4« Voici ce qui différencie un politicien d’un révolutionnaire anarchiste. Pas les mots, pas les concepts et si vous le permettez, à certains égards même pas les actions, car sa finalité n’est pas de se conclure dans une attaque – disons radicale – ce qui les qualifie, mais dans le mode dans lequel est la personne, le compagnon qui effectue ces actions, et parvient à en faire un moment expressif de sa vie, une caractérisation spécifique, de la force pour vivre, de la joie, du désir, de la beauté, et pas une réalisation pratique, pas la réalisation d’un acte qui se suffit mortellement à lui-même et octroie le pouvoir de dire : « j’ai fait ça aujourd’hui ». Alfredo M. Bonanno, La tension anarchiste.

 

5Ici réapparaît la vision moderne du monde selon laquelle tout est instantané… dans l’imaginaire révolutionnaire, nous commettons souvent l’erreur de vouloir utiliser comme synonymes « spontané » et « immédiat ». Dans les faits, « spontané » fait référence à ce qui est réalisé sans être provoqué par des éléments externes, et pas par l’immédiateté (ou pas) avec laquelle s’effectue l’acte révolutionnaire.

 

6Gilles Dauvé, Préface à l’édition espagnole de Déclin et renouveau de la perspective communiste, aux éditions Espartaco Internacional. http://www.edicionesespartaco.com/

 

7Etcétera, Glosa marginal a las « Glosas criticas marginales »http://www.sindominio.net/etcetera/

 

8N’importe quel exemple peut toujours être mal interprété (ou mal compris), particulièrement dans celui-ci, nous ne nous affairons pas, comme certains le prétendent, à combiner « l’idéalisme anarchiste » à « l’économicisme de Marx », d’une part car ça ne nous intéresse pas de le faire et d’autre part, et c’est la raison principale, car nous caricaturons pas ces courants à base d’adjectifs stupides et erronés.

 

9Ricardo Fuego, La propaganda subversiva y los « ismos » (2006)http://proyectocai.zymichost.com/nuestros/index_nuestros.html

Belgique : Court-circuit des élections ?

 Posted by on 30 juillet 2014 at 19 h 26 min  Actualité Internationale, Anarchisme  Commentaires fermés
juil 302014
 
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Deux pylônes de transmission RTBF et VRT incendiés la veille des élections

jeudi 10 juillet 2014

SABOTAGE La veille des élections. Le cirque des opinions et du bombardement incessant de mensonges et de promesses touche à sa fin. L’électeur se prépare à faire son devoir de citoyen. Il se plaint, sans doute. Il se plaint que les politiciens n’ont plus d’idées, qu’ils sont tous pareils, qu’ils forment tous une grande mafia. Mais il va quand même aux urnes. Il va quand même choisir son maître et donner son approbation à ce que tout continue comme avant. Et ainsi, il devient complice des politiciens. Et ainsi, il devient aussi l’ennemi de ceux qui rejettent toute ce cirque, de ceux qui refusent d’avoir encore des maîtres ou des patrons, de gauche comme de droite, corrompus comme « intègres ». Il devient notre ennemi, l’ennemi de ceux qui aiment la liberté.

 

La veille des élections. Pendant la nuit, à Wavre, un énorme pylône de transmission appartenant à la RTBF est incendié. C’est le black-out total pour plusieurs émissions de radio, des émissions de télévision digitales sont perturbées. En Brabant Wallon et dans le sud de Bruxelles, il n’y a tout simplement plus de réseau de téléphonie et d’internet mobile de Base, car le pylône servait aussi de nœud entre des dizaines, voir des centaines, de relais de téléphonie mobile. Et ailleurs, à Veltem-Beisem près de Louvain, cette même nuit, un autre pylône de transmission, appartenant cette fois-ci à la VRT, est également saboté avec le feu. Là, sont surtout touchées quelques radios flamandes dont les émissions sont perturbées. Ainsi, la veille des élections, le jour des élections, des centaines de milliers de personnes se retrouvent pour une fois à l’abri du bombardement de données, de la frénésie de la communication moderne qui n’est qu’aliénation, du contrôle sur les cerveaux que les puissants exercent via leurs appareils de propagande.

Le jour des élections, on était tous supposés d’écouter la voix du maître qui nous parvient depuis l’internet, la télévision et la radio. On était supposé de parler toute au longue de la journée des résultats des élections. Mais peut-être, grâce à ces sabotages, il y en a qui ont parlé d’autre chose, qui sait. Le sabotage provoque une rupture, une fissure dans la normalité. Quelque chose qui n’était pas supposée d’avoir lieu. Quelque chose d’anormal. Ce n’est pas pour rien que l’administrateur de la RTBF disait que « Quand on attaque un média, c’est grave pour tout le monde. Je pense qu’on a voulu envoyer un signal nauséabond. » Nauséabond, pour qui ? Nauséabond, c’est le mot qu’on réserverait plutôt pour le cirque des élections, pour le monde dans lequel on vit, pour le spectacle par lequel le pouvoir s’assure d’une adhésion de ses sujets en le présentant comme « un choix ». Nauséabond, ce sont les médias qui lavent les cerveaux, ce sont les journalistes qui transmettent la voix du pouvoir et légitiment toutes les atrocités commis au nom du pouvoir, de la guerre en passant par l’empoissonnement total de l’environnement aux assassinats policiers. Nauséabond, c’est que nous vivons dans une époque où les moyens de communications sont omniprésents, mais où plus personne ne sait communiquer, dialoguer, discuter, réfléchir, car tout le monde répète ce que les machines et les écrans leur disent.

Les anarchistes sont des ennemis de toute autorité, qu’elle soit étatique, capitaliste ou patriarcale. Ils sont pour la liberté et contre l’esclavage. Mais ils ne sont pas dupes. Ils savent que l’autorité, ce ne sont pas seulement les politiciens, les capitalistes et les chefs. Ce sont aussi ceux qui obéissent, qui acceptent d’être exploités, qui suivent les ordres. Si on ne mettra jamais sur le même plan ceux qui exercent et ceux qui subissent l’autorité, ceux qui possèdent les industries et ceux qui sont exploités dans les usines, ceux qui portent l’uniforme et ceux qui se voient forcés à le respecter, on ne cessera pas d’indiquer que le seul chemin pour s’affranchir, c’est d’entrer en lutte, c’est de casser la cohabitation entre maîtres et esclaves.

On est probablement nombreux à se le demander. Comment ça se fait qu’à travers des siècles d’oppression et d’exploitation, le système capitaliste et le pouvoir étatique semblent toujours en bonne santé ? Pourquoi n’ont-ils pas été effacés de la surface de la planète, jetés dans les égouts comme toute pourriture ? Beaucoup de tentatives ont été faites, des tentatives d’insurrection et de révolution sociale. Mais aujourd’hui, il faut prendre acte du fait que la domination a réussi à inclure une grande majorité des exploités mêmes. A travers le fétichisme de la consommation, l’abrutissement généralisé, la décentralisation du pouvoir dans tous les sphères de la vie humaine, le capital et l’Etat semblent, pour l’instant, réussir à bloquer tout horizon autre que la reproduction de ce qui existe. Cette reproduction-là, la reproduction sociale de la domination, c’est probablement la cible principale de l’intervention révolutionnaire d’aujourd’hui. Si il y a parfois de révoltes, un mécontentement qui s’exprime dans la rue, des réactions virulentes contre une énième crime du pouvoir, il s’agit de cibler plus loin, plus profond, plus fondamental : il s’agit de cibler ce qui est supposé de garantir « le cours normale des choses ».

Pour retourner aux sabotages de pylônes de transmission de la RTBF et du VRT, on croît qu’ils fournissent quelques indications importantes quant aux méthodes de lutte à employer et aux champs d’intervention possibles. Si le monde technologique instille en permanence, 24h sur 24, la résignation et l’acceptation de notre « place » dans la société, la place de moutons qui consomment, travaillent et obéissent, il dépend en même temps de très nombreuses structures, disséminées partout autour de nous, qui sont assez faciles à saboter. Et aucune force militaire ou surveillance accrue ne pourrait jamais les protéger efficacement.

Provoquer le court-circuit dans le quotidien fait d’abrutissement et d’exploitation revient à fissurer la couche de béton qui nous écrase tous et toutes. Il n’y a pas à attendre un moment magique où « les gens » prendront conscience de leur situation et descendront dans la rue. Toute attente joue en effet le jeu de la domination, qui jour après jour se construit et se consolide, dans le matériel (nouvelles prisons, nouveaux commissariats, nouvelles industries, nouveaux réseaux de contrôle) comme dans l’esprit (lavage de cerveaux, effacement de l’idée même de révolte, réduction de la vie à la marchandise). C’est depuis les fissures que les révoltés sauront provoquer qui pourrait surgir un autre horizon, un horizon de liberté et de révolution sociale.

[Extrait de Hors Service n°45, juillet 2014.]

Source : Non fides.

juil 222014
 
IM804

Sur leur site, les giménologues qui poursuivent une recherche sur la révolution espagnole et ses suites proposent trois textes sur la lutte armée menée à partir de France contre le franquisme dans les années 60-70. :

 

Les amis des giménologues publient
Ombres et hombres
http://www.gimenologues.org/spip.php?article610

Les amis des giménologues publient
Trois libertaires français dans les prisons franquistes
L’HISTOIRE D’ALAIN PECUNIA, BERNARD FERRI ET GUY BATOUX
Article de Steven Forti publié dans la revue Atlántica XXII , mai 2014
http://www.gimenologues.org/spip.php?article609

Les amis des giménologues publient
La Société du Bien-être d’Agustín García Calvo
Paru en 2014 aux Éditions Le pas de côté
http://www.gimenologues.org/spip.php?article608

Les giménologues, juillet 2014

9 nouvelles mises en lignes du CATS de Caen et d’ailleurs

 Posted by on 21 juin 2014 at 14 h 11 min  Anarchisme  Commentaires fermés
juin 212014
 

Salut,

 

Le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation (CATS) de Caen (et d’ailleurs…) vous annonce aujourd’hui la mise en ligne de 9 textes scannés, librement téléchargeables et diffusables sur notre site à l’adresse suivante http://ablogm.com/cats/ . Un documentaire traduit sous-titré en français par nos soins a également été mis en ligne.

Les textes que nous publions aujourd’hui ont été scannés et passés à la reconnaissance de caractère avant d’être vérifiés et corrigés. Nous offrons ainsi des versions informatisées de ces textes afin de faciliter leur remise en circulation..

Voici la liste des textes scannés que nous (re)publions aujourd’hui :

Tout d’abord une série d’articles tirés de la revue « Autogestion et socialisme », cahier N°18-19, janvier-avril 1972, numéro sur le thème « Les anarchistes et l’autogestion ».

- Conceptions anarcho-syndicalistes de l’autogestion : Un article de René Berthier.

- Une conception scientifique du communisme libertaire – Diego Abad de Santillán :Article d’Antonio Elorza.

- Rapport du syndicat des arts graphiques de Barcelone (avril 1936) : Une brève présentation du projet communiste libertaire, influencée par les idées de Diego Abad de Santillán.

- Les collectivités espagnoles pendant la révolution (1936-1939) : Article de Violette Marcos-Alvarez.

- Enseignements de la révolution espagnole : Article de Frank Mintz.

- Une vision peu connue de la collectivisation espagnole – Munis : Quelques extraits choisis et traduits du livre de Munis « Jalones de derrota : promesa de victoria ».

Ensuite, nous publions le long texte (un petit livre en fait) de Maurice Brinton – du groupe Solidarity de Londres – intitulé « Les bolcheviks et le contrôle ouvrier 1917-1921 » qui détaille clairement, année par année, le processus politique, légal, institutionnel et répressif mis en œuvre par les bolcheviks pour étouffer les soviets et les comités d’usines. Ce texte est repris de la revue « Autogestion et socialisme », cahier N°24-25, septembre-décembre 1973.

Puis, nous mettons en ligne deux livres des années 1960, publiés aux éditions « Notre Route », liées au mouvement anar bulgare en exil, « G. Cheïtanov : pages d’histoire du mouvement libertaire bulgare » de Balkanski et « Un centenaire bulgare parle » de Nicolas Stoïnoff. Ces deux livres, parfois datés dans le style, font partie des rares et précieuses sources d’informations en français sur la situation sociale et politique de la Bulgarie, des années 1900 jusqu’au milieu des années 1920, et sur celle de l’actif mouvement anar au sein de ce pays.

Pour finir nous avons le plaisir d’annoncer la mise en ligne du premier documentaire vidéo traduit et sous-titré par le CATS. Il s’agit de « Guarda bosques : gardes forestiers, autodétermination et autodéfense à Cheran, Michoacan, Mexique ». Ce documentaire, réalisé par des habitantEs en lutte de Cheran, raconte pourquoi et comment la population, essentiellement indienne, de cette localité s’est révoltée, à l’initiative de nombreuses femmes, contre le pillage de ses ressources forestières et la destruction du milieu naturel par le crime organisé. Le maire a été chassé de la bourgade, ainsi que la police, corrompue, dont les armes ont été gardées par la population qui a organisé son autodéfense et son auto-administration.

Le serveur sur lequel le CATS est hébergé n’étant pas très puissant et risquant de planter rapidement face aux téléchargements de la vidéo, celle-ci a été hébergées sur You Tube (ici : http://www.youtube.com/watch?v=pvL-sIXY2GY). Pour accéder aux sous-titres en français, il suffit d’activer l’icone « Sous titre » en bas à droite de l’écran de visionnage.

 

On signale enfin également, pour celles et ceux que le sujet intéresse, la publication aux éditions Spartacus d’un livre d’Agustin Guillamon, sur Josep Rebull et l’opposition révolutionnaire au sein du POUM durant la révolution espagnole, livre traduit partiellement depuis l’espagnol par le CATS : « Espagne 1937, Josep Rebull : la voie révolutionnaire ».

 

Le CATS poursuit par ailleurs, cahin caha, ses activités de traduction de textes. Nous espérons être en mesure de publier une nouvelle série de textes traduits en fin d’année.

Certains textes sont dors et déjà traduits, d’autres sont en cours de traduction, d’autres traductions seront entamées et menées à bien dans les mois qui viennent.

 

Pas mal de textes, assez longs, restent à traduire en anglais (et aussi un peu en espagnol), on continue donc à en appeler aux bonnes volontés, ayant du temps et de la patience, pour prendre en charge certaines traductions. On peut nous contacter à l’adresse mail suivante : catscaen(a)voila.fr

 

Salutations anarchistes

.Chat livre

ukraine: l’anarchisme….‏

 Posted by on 16 mai 2014 at 10 h 16 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 162014
 

UKRAINE: L’anarchisme dans un contexte de guerre civile

Wednesday May 14, 2014 04:47author by Par Antti Rautiainen (version anglaise sur Tahrir-ICN, LibC Report this post to the editors
Vendredi 2 mai, la maison des syndicats d’Odessa a pris feu. Au moins 42 personnes ont trouvé la mort au cours des affrontements qui ont lieu dans cette ville, la plupart dans l’incendie et quelques autres dans les combats de rues. Il y a un excellent témoignage direct des événements disponible ici : http://napaki.livejournal.com/100072.html (en russe, non lu par le traducteur).
Les événements ont commencé alors que des combattants armés antiMaidan et pro-russes ont attaqué une manifestation organisée par des ultras de football aux sympathies nationalistes. Cette agression a fait quelques morts mais les pro-russes se sont rapidement retrouvés dans une situation défavorable. Ils se sont retirés vers leur campement de protestation dans le parc de Kulikovo mais les manifestants pro-Kiev les y ont suivis et ont mis le feu au camp. Les pro-russes se sont ensuite réfugiés dans la maison des syndicats, qui a rapidement pris feu aussi. On peut voir sur cette video (http://www.youtube.com/watch?v=s9AMjLBIliw&feature=youtu.be) comment l’incendie s’est propagé. A la deuxième minute, on peut voir une flamme derrière une fenêtre fermée, ce qui laisse supposer qu’une partie de l’incendie a démarré à l’intérieur. Ce qui est possible, à cause des accidents liés à l’utilisation de cocktails Molotov, utilisés des deux côtés lors des combats. Cela dit, on voit aussi des nationalistes pro-ukrainiens jeter des cocktails Molotovs, ce qui les rend au moins partiellement responsable de l’incendie.
Il y a des doutes quant au fait de savoir si le noyau dur des pro-russes qui ont attaqué la manifestation avec des armes à feu étaient, ou non, des provocateurs hors-sol. Dans tous les cas, il est certain que parmi les gens qui étaient dans la maison des syndicats, il en était qui n’avaient absolument rien à voir avec l’agression. Dans un certain nombre de photos, on peut voir la police protéger le noyau dur des agresseurs. En dehors de ça, la police a été très passive pendant l’incendie et n’est pas intervenue dans les évènements. Même si elle n’était peut-être pas partie prenante d’une conspiration, ils n’ont dans tous les cas pas du tout agi de manière professionnelle.
Pendant le week-end, les troupes du gouvernement central et les « fédéralistes » locaux ont levé une guerre dans la ville de Kramatorsk en Ukraine de l’est. Ce qui signifie que ce qui se passe actuellement en Ukraine peut d’ors et déjà être considéré comme une guerre civile. Dans les semaines qui viennent, nous allons découvrir à quel point cette situation de guerre va s’étendre et si la Russie va y intervenir, ou non. Je me considère très informé du contexte russe puisque j’ai vécu plus de 12 ans à Moscou, mais cela ne veut pas dire que je le suis autant pour l’Ukraine. Je n’ai seulement visité le pays que trois fois dans les dernières années et je n’ai guère plus qu’une vingtaine d’ami-e-s là-bas. Malgré tout, en me renseignant un peu sur ce qui se passe en Ukraine, j’ai vite compris qu’une guerre civile pouvait devenir un scénario possible là-bas.
Tous mes ami-e-s ukrainiens, cependant, étaient absolument certain-e-s qu’une telle chose ne pouvait arriver là-bas. Et ce malgré toutes les différences entre l’Ukraine occidentale et l’Ukraine orientale, personne n’était préparé à tuer en leurs noms. Illes étaient convaincu-e-s que l’Ukraine ne deviendrait jamais une autre Yougoslavie.
Tou-te-s avaient des connaissances, des ami-e-s et des amant-e-s des deux côtés du fleuve Dnieper, et ukrainophones et russophones. Mais en ne prenant en compte que ses propres ami-e-s, on tombe vite dans le piège du microscope, oubliant de ce fait tous les mécanismes qui créent de la haine sur un large niveau.
La guerre ne requiert pas une haine personnelle entre les gens, les raisons économiques et géopolitiques sont suffisantes. Et en Ukraine, les intérêts géopolitiques sont nettement plus grands qu’en Yougoslavie. Si quelqu’un a intérêt à attiser les haines ethniques ou les sentiments belliqueux, un simple petit accrochage à base ethnique suffit. Quelques violences, meutres et kidnappings et tout le monde est en ordre en bataille. Ca a marché aujourd’hui en Ukraine juste comme ça a marché dans de nombreux autres endroits.
A l’heure actuelle, la « gauche » occidentale semble assez désorienté à propos des évènements en cours là-bas. C’est parce que la « gauche », au sens large, n’est pas vraiment un concept utile dans l’ex-URSS, puisqu’elle peut signifier n’importe quoi depuis les sociaux-démocrates jusqu’aux anarchistes, en passant par les staliniens qui soutiennent Poutine. Personnellement, je préfère toujours écrire ce mot entre guillemets. Je me sens anarchiste, pas de « gauche », puisque depuis maintenant un certain nombre d’années les anarchistes ont été la seule force politique en Russie qui combinait les principes éthiques d’opposition au racisme, au sexisme et à l’homophobie avec ceux de l’égalité sociale. Jusqu’à très récemment, il n’y a pas vraiment eu quelque chose de l’ordre de la « nouvelle gauche » en Russie, à l’exception d’une poignée de trotskistes.
Une fracture au sein de la « gauche » en Ukraine est non seulement très probable mais aussi nécessaire. A Kharkiv, dans les combats de rues, l’organisation stalinienne « Borotba » (qui signifie lutte en ukrainien) a combattu contre les côtés où se trouvaient les anarchistes. Dans la région de l’ex-URSS, 99,9 % de la « gauche » supportera toujours l’impérialisme sous prétexte d’être « avec le peuple ». Il est temps que les anarchistes refuse l’association sémantique avec le terme « gauche ». Nous n’avons rien en commun avec ces gens.
Mais les anarchistes aussi peuvent se retrouver facilement manipulé-e-s avec des expressions à la mode tels que « auto-organisation » et « démocratie directe ». Par exemple, Boris Kagarlitsky, un russe intellectuel très connu dans la « gauche » occidentale et fréquemment invité dans les Forums Sociaux Mondiaux a trouvé un terrain favorable en Occident en utilisant de tels expressions à la mode.
Apparemment, les anarchistes d’Ukraine et de Russie n’ont pas pu anticiper les développements qui ont mené à la guerre civile. On n’y a seulement débattu autour de Maidan en se demandant si ce mouvement pouvait offrir quelque chose de mieux que le régime de Yanukovitch. On ne s’y attendait pas à ce que la Russie réagisse à une victoire de Maidan par une escalade consciente de la violence du conflit, et qu’il pourrait finalement dégénérer en guerre civile.
Alors que la Russie est la machine de propagande et le fournisseur d’armes principal du conflit, les pays occidentaux ne font guère mieux, en ne prenant en compte que les intérêts du nouveau gouvernement à Kiev et présentent le mouvement en Ukraine orientale comme un ensemble de pantins de la Russie. La branche armée des « fédéralistes » sont indéniablement des pantins du Kremlin, mais si le mécontentement n’était pas largement partagé et qu’il n’y avait pas de manifestation contre le nouveau régime de Kiev, cette branche armée n’aurait jamais fleurie.
Je ne crois pas qu’une guerre civile était l’objectif du Kremlin. En premier lieu, il s’agissait de déstabiliser l’Ukraine au maximum afin de forcer Kiev à abandonner ces velléités de regagner le contrôle sur la Crimée. Maintenant la situation est hors de contrôle du Kremlin et il sera peut-être contraint d’envoyer des troupes régulières pour remplir sa promesse de soutien donnée aux « fédéralistes ».
Le gouvernement à Kiev a envoyé tellement de « derniers ultimatums » aussi vite oubliés et a annoncé tellement d’ « opérations anti-terroristes » qui n’existaient pas qu’il est clair qu’il n’a que très peu de troupes opérationnelles. A quelques occasion, les troupes du gouvernement central ont en réalité pris part aux évènements et les résultats en ont été tragi-comiques. En conséquence, le gouvernement comprend bien que la question reste ouverte quant à savoir s’il est en capacité de remporter une guerre civile si celle-ci viendrait à se développer. Cependant, il comprend aussi que la guerre peut permettre de discipliner la société et de stabiliser le nouvel ordre et que soient oubliées et enterrées les promesses faites au mouvement. Avec le temps, les deux camps en sont arrivés à la conclusion qu’une véritable guerre civile pourrait s’avérer nécessaire pour leurs intérêts, même si personne ne l’avait programmé au début pour autant.Désaccord dans le mouvement anarchiste

Au cours des évènements, les mouvements anarchistes d’Ukraine et de Russie ont explosé en trois camps distincts. Un premier groupe s’est concentré sur la production de communiqués internet condamnant les deux côtés du conflit. Pour elleux, rester en dehors de toute dynamique sociale est une question de principe et ils ne veulent que relater et analyser. Participer à la protestation sociale n’est pas un but pour elleux et ils préfèrent garder les mains propres. Puisque chacun des camps est influencé par des libéraux écoeurants, des nationalistes détestés et des affreux staliniens, tous en même temps, ou par d’autres indésirables, on ne peut pas pleinement participer à rien et la seule alternative est de rester à la maison et de publier des communiqués sur Internet à propos de comment la situation va de pire en pire. Cependant, la majeure partie du temps, ces communiqués sont tout simplement évidents et remplis de banalités.

Un deuxième groupe s’est composée autour de celleux qui se sont trouvé-e-s tout excité-e-s par tout ce « riot-porn » et cette violence anti-police à Kiev, sans véritablement considérer qui perpétrait ces violences et dans quels intérêts. Certains antifascistes ont même dérivé au point de soutenir « l’unité nationale » dans Maidan et de menacert des anarchistes de Kiev qui critiquaient Maidan et refusaient d’y participer. La plupart des gens de ce camp sont juste des fans de la violence anti-police sans autre cadre théorique mais quelques uns essaient de donner à Maidan un parfum (imaginé) anti-autoritaire, en prétendant que l’assemblée générale de Maidan (« Veche ») équivaut aux conseils révolutionnaires mis en place durant les révolutions du 20ème siècle. Ils appuient cette analyse sur les revendications sociales qui sont parfois présentées à Maidan, mais ces revendications étaient toujours à la marge de l’ordre du jour de Maidan.
L’une de ces revendications périphérique étaient que les oligarques devraient payer un dixième de leurs revenus en taxes et était généralement articulée avec un populisme nationalisme. Cependant, les revendications de Maidan Kiev étaient toujours très loin de ramener à la société les milliards volés par les oligarques. A Vinnytsa et Zhitomir, il y a eu une tentative d’exproprier des usines appartenant à des capitaux allemands mais c’était le seul cas d’un éventuel dépassement du cadre libéral-national auquel je suis familier.
Dans tous les cas, le problème principal de Maidan n’était pas le manque d’un ordre du jour social ou le manque de démocratie directe, mais bien le fait que les gens ne le revendiquaient même pas. Même si tout le monde n’arrêtait pas de répéter qu’illes ne voulaient pas d’une autre « révolution orange » comme en 2004, ni d’un retour de Yulia Timoshenko, ce sont à la fin toujours les industriels du chocolat Poroshenko and Vitaly Klitchko qui sont en tête des sondages. C’était le choix du peuple après être ressorti épuisé de la voie révolutionnaire proposée par les nationalistes radicaux du Secteur Droit. Comme c’est là, les gens veulent retourner à « la vie normale », la vie avant Yanukovitch et ne sont pas prêt-e-s à faire des sacrifices que des développements révolutionnaires plus profonds exigeraient. La démocratie représentative est bien comme un hydre, si tu en coupes une tête, deux poussent à sa place.
Cependant, aucune des craintes de « renversement fasciste » ne s’est matérialisée. Les fascistes n’ont gagné que très peu de pouvoir et leur rôle historique en Ukraine va désormais être de jouer les troupes d’élites pour faire appliquer les réformes libérales exigées par le FMI et l’Union Européenne, c’est-à-dire des coupes budgétaires dans les retraites, une augmentation par 5 fois du prix du gaz etc. Le fascisme en Ukraine est traditionnellement assez puissant, mais il a été incapable de promouvoir réellement son propre agenda dans la vague révolutionnaire. C’est un schéma largement similaire à celui du parti Svoboda [stalinien] qui va complètement se discréditer vis-à-vis de ses électeurs.
Mais n’importe qui essayant d’intervenir, anarchistes compris, s’est retrouvé dans cette même situation – qui est d’être mis sur la touche after tous ces efforts. Pendant les manifestations, les anarchistes et la « gauche » enviait jalousement le Secteur Droit mais finalement toute la visibilité et la notoriété qu’ils ont chèrement payées n’ont pas suffi à leur offrir une véritable influence.
Si les anarchistes avaient adopté la position d’ « observateurs-trices neutres » après que Yanoukovitch ait tué des manifestant-e-s, illes auraient été complètement discrédité-e-s. Si après avoir été tué-e-s, la classe des travailleu-r-ses ou plus exactement « le peuple », c’est-à-dire la classe des travailleu-r-ses associée aux couches les plus basses de la bourgeoisie, avaient échoué à renverser Yanoukovitch, la société ukrainienne aurait plongé dans un sommeil léthargique comme les sociétés russes et biélorusses en font l’expérience. Evidemment, après le massacre, il ne restait plus le choix : il fallait renverser le pouvoir, quoiqu’il puisse arriver à sa place après. Les anarchistes à Kiev n’étaient absolument pas en position d’influencer la situation de manière significative, mais rester à côté n’était plus une option envisageable.
Et c’est là que nous arrivons à la troisième et dernière position envisagée par les anarchistes et que nous appellerons « centriste » : entre l’activisme sans cervelle, et la neutralité des communiqués sur Internet. Le camp des anarchistes réalistes ont compris que, même si les protestations de Maidan manquaient définitivement d’un programme conséquent et positif, il fallait faire quelque chose ou le futur serait terrible.Les limites de l’intervention

A Kiev, les anarchistes ont pris part à un certain nombre d’initiatives importantes au cours de la vague révolutionnaire – d’abord l’occupation du ministère de l’éducation1 ou encore le raid contre le bureau de l’immigration par le groupe local NoBorder, qui cherchaient des preuves de la collaboration illégale avec les services de sécurité d’autres pays. Mais l’intervention anarchiste la plus réussie a été celle de Kharkiv, où Maidan était relativement faible mais aussi davantage libéré de l’influence nationaliste.
Malgré tout, un tel centrisme a aussi ses propres problèmes. L’un d’entre eux est qu’il peut favoriser les mauvaises forces politiques à gagner du pouvoir et ainsi discréditer la protestation radicale. Un deuxième problème peut aussi être celui de finir par se battre pour un combat qui n’est pas le nôtre. Quand les antiMaidan ont attaqué Maidan dans la ville de Kharkiv, leurs ennemis fantasmés n’étaient pas les anarchises mais l’OTAN, l’UE ou les fascistes de l’Ukraine occidentale. Puisque les anarchistes y avaient fait le choix de rejoindre Maidan, il aurait été lâche de leur part de déserter une fois le combat engagé. Donc, les anarchistes ont fini par se battre aux côtés des libéraux et des fascistes. Je ne veux pas critiquer les anarchistes de Kharkiv ; après tout ce qu’illes ont fait était peut-être la tentative la plus aboutie parmi les anarchistes ukrainiens d’influencer le cours des choses mais ce n’était pas, loin de là, la bataille et les alliés qu’ils auraient souhaité.

Et donc, vient le moment où la désertion se fait impérative, et c’est quand commence la guerre civile. Là maintenant, il est encore trop tôt pour faire un véritable bilan définitif des tentatives des anarchistes pour influencer Maidan mais après le début de la guerre civile, Maidan ne jouera plus de rôle véritable. A partir de là, l’assemblée va progressivement se tourner vers l’armée et les fusils d’assaut remplacer les cocktails Molotov. La discipline militaire remplace l’organisation spontanée.
Quelques partisan-e-s de l’organisation ukrainienne Borotba (qui veut dire Struggle) et le Front de Gauche Russe prétendent qu’illes essaient de faire actuellement la même chose que ce que les anarchistes ont fait à Maidan, c’est-à-dire diriger les manifestations vers des revendications sociales. Mais le mouvement AntiMaidan n’a pas de structures de démocratie directe, pas même déformées. Il a rapidement adopté un modèle hiérarchique hérité des organisations militaires. Les leaders d’AntiMaidan sont en réalité d’anciens officiers de police et de l’armée de réserve. Ce mouvement ne cherche pas à exercer de l’influence sur les masses mais à s’imposer par le pouvoir militaire et les armes. C’est parfaitement logique puisque, si l’on en croit un récent sondage, même dans la région la plus « fédéraliste » de Lugansk, seule 24 % de la population est favorable à un renversement armé des structures de gouvernement2. Dans cette situation, AntiMaidan ne peut compter sur une victoire à travers des manifestations de masse.
Alors que, dans sa nature, Maidan était une protestation nationaliste et libérale de classe moyenne soutenue par une partie de la bourgeoisie, AntiMaidan est purement contre-révolutionnaire, en tendance. Bien sûr, AntiMaidan a ses propres bases. On pourrait être tenté d’y intervenir, mais une intervention supposerait une approche de type soviétique et impérialiste. Le Parti Communiste Russe, Borotba, le Front de Gauche Russe et Boris Kagarlitsky ont tous rejoint ce camp soviético-patriote. Intervenir au sein de Maidan faisait davantage de sens tant que l’ennemi restait les forces de police anti-émeute « Berkut » et des truands mercenaires. Quand les opposants sont des participants d’AntiMaidan induits en erreur, il ne fait dès lors plus sens de se battre dans la rue.
Quand on regarde des deux côtés de ce conflit, on peut voir une tendance dangereuse, que chaque anarchiste et anti-autoritaire va devoir affronter dans l’avenir : la récupération de la rhétorique et de la terminologie anti-autoritaire pour servir les idéologies hiérarchiques. D’un côté, les « nationalistes autonomes » qui ont trouvé beaucoup de sympathies parmi les anarchistes et de l’autre, des intellectuels tels que Boris Kagarlitsky. Tout deux définissent leur propre camp belliqueux avec des attributs comme « démocratie directe » et « auto-organisation ». En réalité, ces caractéristiques sont soit présentes de manière déformée soit pas du tout. Quand deux courants nationalistes différents « s’auto-organisent » pour s’entre-mutiler et s’entretuer, il n’y a rien à célébrer. A la suite des évènements en Ukraine, il est clair que les anarchistes doivent expliquer au monde la différence de nature entre « auto-organisation » et auto-organisation…
Selon le sondage auquel je me référais plus haut, en Ukraine orientale dans son ensemble, seulement 12 % soutiennent les actions armées des « fédéralistes », alors que le gouvernement de Kiev est soutenue par environ 30 % de la population. Les 58 % restants ne soutiennent aucun des deux partis belligérants et dans des conditions de guerre civile, c’est la majorité sur laquelle on devrait compter. Nous devrions encourager les désertions et les évitements de conflit. Sous de totalement autres conditions, et si les anarchistes avaient davantage d’influence, nous pourrions former des unités indépendantes contre les deux camps belligérants.
Des civils non armé-e-s sont parvenu-e-s à empêcher des bains de sangs en se plaçant au milieu des troupes comme des boucliers humains. Sans une telle forme de désobéissance civile, une véritable guerre aurait probablement pu éclater bien avant. Nous devrions soutenir ce mouvement et tenter de le diriger à la fois contre les « fédéralistes » and les troupes gouvernementales.
Au cas où la Russie réagirait en occupant des territoires en Ukraine orientale ou le pays dans son ensemble, nous pourrions nous inspirer des partisan-e-s anarchistes de la 2nde Guerre Mondiale qui se sont battu-e-s en France et en Italie. Dans de telles conditions, l’ennemi principal est l’armée occupante, en tant qu’elle va s’affronter à l’ensemble de la population très rapidement. Mais il est aussi nécessaire de se garder à distance maximum des éléments nationalistes de la résistance, puisque la moindre alliance avec eux entravera la réalisation de notre programme dans le cadre de la résistance.
Les évènements à Odessa sont une tragédie et il est possible que parmi les personnes qui sont mortes dans la Maison des Syndicats certaines n’avaient pas pris part aux violences. Les gens qui ont jeté des cocktails molotovs sur le bâtiment auraient du en prévoir les conséquences. Même si la propagation de l’incendie n’est pas uniquement de leur faute, ce n’est pas qu’illes ne s’y sont pas employé-e-s.
Si la guerre civile se répand, ces morts ne sont que le début. Il ne fait aucun doute que des deux côtés, la majorité ne veut qu’une meilleure vie pour leurs proches et leur terre natale et nombreu-x-ses sont celleux qui détestent d’autant oligarques et gouvernements. Plus des gens sincèrement ingénu-e-s meurent, plus la pression se fait grande de soutenir l’une ou l’autre des factions en guerre. Et nous devons lutter contre cette pression.
Alors qu’il peut éventuellement valoir le coup d’avaler des lacrymogènes ou de tâter de la matraque pour une révolution bourgeoise, il n’y a aucun sens à mourir dans une guerre civile qui oppose deux camps également bourgeois et nationalistes. Ca ne serait pas un autre Maidan mais quelque chose de complètement différent. Aucun sang, ni celui des anarchistes ni de personne d’autre, ne devra couler pour cette stupidité.Traduction française : Gio, CGA

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Autre source d’infos (plutôt sur Maïdan)
Seulement en espagnol (pas le temps de traduire)
Rapport d’une délégation de SAC (Suède) et IP (Pologne) à Kiev

http://www.cgtvalencia.org/actualitat/20140508/informe-de-ip-y-sac-sobre-su-visita-a-ucrania/12498.html

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