déc 062014
 
logement

Tant qu’il y aura des gens à la rue, nous occuperons !!!

Depuis le mois de mai 2013, dans de nombreuses villes de France, le gouvernement socialiste a décidé de diminuer les budgets attribués aux DDCS (Directions Départementales de la Cohésion Sociale, en charge, entre autres, de l’hébergement d’urgence) et expulse par milliers des centres d’hébergement d’urgence, principalement des demandeuses et demandeurs d’asile. En effet, les politiques d’austérité (associées à la xénophobie d’État?) continuent de frapper les populations les plus précaires (sans papier-e-s, chômeur-euse-s, salarié-e-s, intérimaires, etc…). On estime à trois millions le nombre de logements vides en France, que les autorités refusent de réquisitionner alors qu’elles ont le pouvoir de le faire : il s’agit donc bien d’un choix politique que de jeter puis de laisser des individu-e-s à la rue et ce, entre autres, au profit de la spéculation immobilière, vecteur principal de la hausse des loyers.

Actuellement à Caen, ce sont plus de 150 personnes qui sont à la rue. Face à cette situation intolérable, de puis juin 2013, l’ A.G a squatté successivement 4 lieux dont 3 ont été expulsés. Le 4 ème actuel, situé 11-13 allée du saut du loup , vient d’obtenir récemment un délai de 7 mois (ce après quoi, le squat sera expulsable). Mais nous ne sommes pas dupes : cette décision arrange par certains aspects la préfecture (en se défaussant d’une partie de ses « obligations » tout en maintenant cachée la misère dont elle est responsable dans un lieu peu visible). Comme toujours, la justice bourgeoise privilégie le droit à la propriété à la satisfaction des besoins fondamentaux.

Depuis plus d’un an, la préfecture promet l’ouverture d’une structure d’hébergement d’une centaine de places (qui n’est toujours pas ouverte !) qui en réalité, s’apparente plus à un camp (logements préfabriqués avec une surveillance accrue et quotidienne) qu’à une réelle solution de logement dans de bonnes conditions (ces lieux n’ont pas pour vocation à être pérennes). Cette structure, excentrée du centre-ville, s’inscrit dans une politique de ségrégation spatiale (parquer loin du centre les populations les plus pauvres) et ne correspond aucunement à une création de places : en effet, il s’agit de vider les hôtels et ce, à des fins commerciales et touristiques.

Depuis le début de cette lutte, la situation est loin de s’améliorer : de plus en plus de personnes sont jetées à la rue. Face à cette régression, l’ A.G de lutte contre toutes les expulsions a décidé d’ouvrir un autre lieu au 37, rue Beuvrelu. L’occupation n’est pas pour nous une fin en soi mais un moyen d’action qui s’inscrit dans une lutte plus large contre les politiques antisociales et xénophobes de l’État ainsi que contre la spéculation immobilière.

Les premiers temps d’une occupation rendue publique sont toujours un peu « délicates » car la police peut tenter, avec la bénédiction de la Préfecture, une expulsion manu militari illégale. Vous êtes donc invité-e-s à y passer régulièrement dès cet instant, pour commencer à y organiser une nouvelle mise en place de la logistique d’accueil (ménage, bouffe, cuisine, dortoirs…) dans la bonne humeur et, bien sur, discuter de ce fonctionnement en assemblée générale.
Un logement pérenne et décent pour tous et toutes !

Des papiers pour toutes et tous !

CONTRE CES MESURES XENOPHOBES, ANTISOCIALES ET SECURITAIRES, LA SOLIDARITE EST NOTRE ARME !

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, Tous les vendredis, à 18h, au 11-13 Allée du Saut du loup

Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions
Contact : ag-contre-expulsions[@]mailoo.org

Grande opération policère contre les sans-papiers.

 Posted by on 16 octobre 2014 at 15 h 41 min  Actualité Internationale, Sans-papiers, Immigrations  Commentaires fermés
oct 162014
 
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[Tract] Aliam vitam, alio mores* : du 13 au 26 octobre, grande opération policière contre les sans-papiers

jeudi 16 octobre 2014

Pour les deux semaines du 13 au 26 octobre, l’Union Européenne a lancé une opération policière de grande envergure appelée « Mos maiorum« ** visant à lutter contre l’immigration clandestine, mobilisant 18 000 policiers et se traduisant par des contrôles d’identité accrus dirigés vers les personnes sans papiers. Le but est de réaliser une collecte massive d’informations pour mieux connaître la façon dont les sans-papiers sont arrivés là afin de mieux leur barrer la route à l’avenir en ciblant mieux les points de passages à surveiller et en démantelant les réseaux de passeurs. Pour amasser ces informations, la consigne est d’arrêter le plus possible de sans-papiers et de les interroger (âge, sexe, nationalité, date et lieu d’entrée dans l’UE, trajet et moyen de transport, prix payé, destination, éventuels faux papiers, démarches de droit d’asile…).

 

Tout cela n’est pas une nouveauté, car même si elles risquent d’être plus nombreuses durant cette période, les rafles et les expulsions font rage dans toute l’Europe contre ceux dont les puissants ne veulent pas ou plus. En parallèle à l’effacement relatif des frontières entre les pays de l’UE, les frontières extérieures de l’Europe se ferment de plus en plus violemment à tous ceux qui espèrent trouver ici une vie plus facile et moins dangereuse qu’ailleurs, rejoindre des proches ou fuir une situation jugée invivable.
Mais dans tous les pays (« développés » ou non ), c’est le même système de domination qui pourrit les rapports et les conditions de vie : le capitalisme et l’exploitation économique assignent chacun à un niveau de l’échelle sociale, et plus tu es pauvre, plus ils veillent à ce que tu restes à ta place, à trimer et te laisser humilier, par le patron, le contrôleur, le client, le flic, le juge, le prof…
Les politiques migratoires, en en laissant entrer certains et pas d’autres selon des critères de rentabilité économique, tentent de maîtriser les flux migratoires mais surtout de faire peur à tous par les contrôles, les expulsions ou les séjours en Centres de Rétention pour que la part de sans-papiers tolérés en Europe se tiennent à carreaux, et acculés dans la clandestinité acceptent n’importe quel travail sous-payé sans pouvoir se plaindre de quoi que ce soit. Les frontières et les absurdes identités préfabriquées qui vont avec, les nationalités, sont pour les puissants un outil pour se partager le bétail humain à gouverner, trier les indésirables, diviser les exploités et leur faire accepter des conditions de misère.

Avec cette nouvelle opération, qui a visiblement un but médiatique (faire voir aux bons citoyens que la police travaille et que les États protègent la civilisation des barbares…), la politique européenne anti-immigration va peut-être se renforcer encore, mais pas changer de fond.
Qu’est ce qui peut faire changer la donne ? Nous, les exploités, avec ou sans papiers. Parce que la chasse aux immigrés clandestins est une partie de la guerre que le pouvoir mène tous les jours contre tous les pauvres, les indésirables. Une guerre à laquelle trop souvent on ne riposte pas.
Mais on pourrait s’opposer aux rafles de sans-papiers dans la rue, ou décider de s’en prendre aux institutions, aux entreprises, aux personnes qui rendent possibles l’enfermement et les expulsions. La liste est longue : balances (RATP, banques, bureaux publics), transports utilisés pour les expulsions (SNCF, Air France), constructeurs de centres de rétention (Bouygues, Vinci, Eiffage), associations qui y travaillent et donc les cautionnent (Croix Rouge, Ordre de Malte, Cimade, France Terre d’Asile)…

Pourquoi ne pas partir à l’attaque de tous ceux qui, politiciens, patrons, flics, exploiteurs de toute sorte, font de nos vies un perpétuel esclavage, qu’on ait ou pas leurs papiers ?

À bas toutes les frontières et les nations ! Contre les politiciens, flics et collabos qui les font exister, passons à l’attaque !

* Aliam vitam, alio mores : « Autre vie, autres mœurs »
** Mos maiorum : « Mœurs de nos anciens »

Source : Non fides.

 

juil 032014
 

[Calais] Expulsions et arrestations en masse – 2 juillet 2014

02 juillet 2014

AttentionAuFeuLe lieu de distribution des repas (de l’association Salam) où étaient installé-e-s 400 migrant-e-s depuis les expulsions du 28 mai a été évacué par les flics ce matin. Trois gros squats ouverts en février ont été expulsés lors de la même opération, à grand renfort de lacrymos.  Malgré les tentatives des soutiens pour bloquer les bus, des centaines de personnes sans papiers (320 selon la préf) ont été raflées et déportées vers différents centres de rétention : Coquelles (Calais), Lille-Lesquin, le Mesnil-Amelot (77). Une cinquantaine de mineurs ont été transférés dans un camp à Boulogne sur mer et près de Béthune. Aux dernières nouvelles 50 migrant-e-s étaient encore retenu-e-s sur le lieu de distribution des repas. Enfin certaines personnes ont été embarquées pour Boulogne et Dunkerque, certainement pour attendre leur transfert vers le centre de rétention dans des commissariats. Apparemment des places sont en train d’être aménagées à Saint Jacques de la Lande (Rennes) à grand renfort de transferts, et d’autres sont mises à disposition à Plaisir (78), Palaiseau (91), Oissel (Rouen). Le président de Salam, un membre de l’Auberge des Migrants et un membre de No Border ont été arrêtés et placés en garde-à-vue.

En ce début d’été qui n’annonce pas les vacances pour tout le monde (à Paris les larbins du pouvoir se démènent actuellement pour faire place nette aux touristes en raflant dans les transports en commun), continuons à lutter contre les frontières et leurs prisons !
Et bien sûr, force, courage et détermination à celles et ceux qui s’endormiront en taule ce soir.

Repris de sanspapiersnifrontieres

mai 092014
 
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Après seulement une semaine, le squat du 5 place du 36ème RI à Caen a été expulsé ce vendredi matin à 7h par les CRS et les flics locaux. Les expulsé-es des centres d’hébergement d’urgence s’y étaient installé-es. Le bâtiment vide depuis plusieurs années appartient au groupe Allianz, société d’assurances au capital de près d’un milliard d’euros…

RDV : ce vendredi 9 mai AG au campus 1, arrêt de tram Université, au sous-sol du bâtiment Lettres (à gauche à partir de l’arrêt de tram), à 17h

manif à 18h à partir du Phénix, campus 1

BESOIN URGENT DE MATOS : tentes, matelas, couvertures principalement. Dépôt toute la journée au sous-sol du bâtiment Lettres, campus 1, arrêt de tram Université.

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mai 012014
 
apres-la-rue-de-bayeux-nouveau-squat-place-du-36eme

Non seulement, aucune solution n’a été mise en place pour reloger les personnes à la rue, expulsées du 115, qu’elles soient françaises ou étrangères, mais aujourd’hui la préfecture, par l’intermédiaire de la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), jette de nouvelles familles avec enfants à la rue.

Elle recommence comme l’an dernier à pareille époque à dire qu’il n’y a pas assez de crédits pour les hébergements. Mais rien n’a été fait pour ouvrir de nouvelles places de CADA (Centre d’Acceuil pour Demandeurs d’Asile).

La DDCS dit qu’elle va boent$ot ouvrir une structiure de 100 places, mais ce n’est pas pour loger celles et ceux qui sont à la rue, c’est pour vider une partie des hotels (70ème anniversaire du débarquement et jeux équestres obligent…).

Elle va donc continuer à jeter à la rue des familles avec enfants, voire même aussi des personnes malades.

Lors d’une action en référé contre la préfecture, son représentant ose justifier l’action de celle-ci, pour refuser de loger une famille (un couple avec 2 enfants de 5 et 15 ans) sous prétexte  que cette famille a trouvé refuge au squat du 103-109 rue de Bayeux.

L’ordonnance de référé du tribunal administratif du 18 avril 2014 déclare :

« … il résulte de l’instruction que la famille B… occupe un immeuble actuellement « squatté » également par d’autres familles demandeurs d’asile, dont il n’est pas soutenu qu’il offrirait des conditions matérielles telles qu’elles seraient incompatibles avec le respect de la dignité humaine ; qu’ainsi l’autorité administrative ne peut pas être regardée dans les circonstances de l’espèce, comme porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d’asile… »

De fait, la justice reconnait indirectement l’utilité du squat, qui loge 75 personnes (dont 16 enfants) et évite à la préfecture de faire face à ses obligations légales en matières d’hébergement des demandeurs d’asile.

Aujourd’hui, la lutte continue face à l’attitude de la préfecture. Il n’est pas question que les occupant-e-s que les occupants du 103-109 rue de Bayeux se retrouvent à la rue.
C’EST POURQUOI NOUS VENONS A l’INSTANT D’OUVRIR UN NOUVEAU SQUAT au 5 rue St Jean 14000 Caen.
L’assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions !

Caen. Après la rue de Bayeux, nouveau squat place du 36e

Un immeuble situé 5, place du 36e régiment d’infanterie, est occupé depuis mardi par une centaine de personnes. Une initiative de l’Assemblée générale contre les expulsions.

Une centaine de personnes, pour la plupart sans-papiers et demandeurs d’asile, ont investi mardi cet immeuble inoccupé depuis plusieurs années. Composé de douze appartements répartis sur quatre étages, il se trouve en bas de la rue Saint-Jean, à côté du garage Citroën. Le propriétaire pourrait être une compagnie d’assurance.

La majorité d’entre eux, au nombre de 71 dont 16 enfants, déménagent en ce moment de leur précédent squat, situé au 103-109 rue de Bayeux. Un immeuble occupé par une cinquantaine de familles depuis le mois d’octobre 2013. (ouest-france)

avr 102014
 
Valls-Dieudo

Antisémitisme, sionisme, humoriste, liberté d’expression, antisystème… , tout se mélange. Si on essayait d’y voir clair ?

mercredi 9 avril 2014, par admi2

Voilà un texte dont nous partageons globalement l’analyse et qui met les choses au point face à ceux qui font de Dieudonné un « antisystème » et les sionistes qui l’utilisent pour la défense d’Israël. Car enfin, Dieudonné et les partisans inconditionnels d’Israël disent la même chose : que Juif = sioniste ou que les partisans d’Israël sont propriétaires du génocide nazi.

OCL – http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1512

Antisémitisme, sionisme, humoriste, liberté d’expression, antisystème… , tout se mélange.
Si on essayait d’y voir clair ?

Ils disent la même chose.

Commençons par une anecdote. La veille du jour de l’an, je rentre de Gaza, la tête pleine des horreurs des effets du blocus. Je suis dans la voiture qui me ramène de l’aéroport et le téléphone sonne. C’est France-Bleu-Provence qui veut m’interviewer … sur Dieudonné, pas sur Gaza. « L’affaire » ayant fait du bruit jusqu’au Caire, je suis vaguement au courant. Sans trop réfléchir, je leur dis : « Ecoutez, je ne sais pas si Dieudonné est un agent du Mossad, mais s’il ne l’est pas, c’est que le Mossad est devenu franchement très con, ce à quoi je ne crois pas ». Je sens un grand blanc chez mon interlocutrice. J’embraye : « Car enfin, Dieudonné et les partisans inconditionnels d’Israël disent la même chose : que juif = sioniste ou que les partisans d’Israël sont propriétaires du génocide nazi ». « Et puis,Valls qui affirme que les Roms n’ont pas vocation à vivre en France est-il qualifié pour nous donner des leçons d’antiracisme ? »
Il m’est parfois arrivé de passer dans les médias. Mais cette fois-ci, mon refus de choisir entre Dieudonné et Valls ne correspondait pas à ce que les médias souhaitent. Et mon interview n’a pas été diffusée.

Le rôle historique de l’antisémitisme

Les Juifs, pour reprendre les termes de Hannah Arendt, ont été les parias de l’Europe, considérés comme des « Asiatiques inassimilables ». Il y a eu un consensus antisémite en Europe contre les Juifs, considérés comme un obstacle aux rêves fous de pureté « ethnique » ou « raciale ».

Le sionisme a transformé les Juifs en en faisant des colonisateurs européens au service de l’Occident. Les Juifs européens d’aujourd’hui ne sont plus des parias ou des dominés. L’islamophobie a remplacé l’antisémitisme comme dénominateur commun de toutes les idéologies de haine et d’exclusion.
L’extrême droite est aujourd’hui plutôt pro-israélienne à l’image de ces dirigeants (le Flamand Dewinter, le Néerlandais Wijlders ou l’Autrichien Strache) partis à Jérusalem visiter la Knesset et le musée Yad Vashem à l’invitation de leur « collègue » Lieberman.

Il est piquant de voir le n° 2 du CRIF (William Goldnadel) devenu l’avocat de l’ancien rédacteur en chef du journal Minute (Patrick Buisson) comme si les antisémites traditionnels étaient devenus fréquentables.

L’antisémitisme n’a bien sûr pas disparu, mais il n’est plus l’instrument des dominants pour écraser les dominés. Quelqu’un comme Valls qui proclame tous les jours son « philosémitisme » (« par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ») pense en même temps que « les Roms ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie ».

Dieudonné est-il antisémite ?

La question peut paraître stupide, mais de nombreuses personnes, surtout dans les quartiers populaires, nient cette évidence. Ils affirment que c’est de l’humour et/ou de la provocation et que c’est parfaitement licite. Humour l’affirmation vieille de plus de 10 ans où Dieudonné expliquait que « la traite des Noirs a été financée par des banquiers juifs ». Humour raffiné la composition de la « liste antisioniste » présentée aux élections de 2009. Pour éviter les poursuites judiciaires, je laisse aux lecteurs/trices le soin d’aller voir la biographie des grandEs humoristes/humanistes que sont Yahia Gouasmi, Alain Soral, Ginette Skandrani, Maria Poumier, Pierre Panet ou Christian Cotten. Pierre Panet est décidément un grand humoriste. Présent sur la liste du FN dans le XIIème arrondissement de Paris, il a indisposé les dirigeants de ce noble parti stupéfaits de découvrir un négationniste sur leurs listes.
Humour encore le fait d’intégrer Faurisson à son spectacle ou de manifester son amitié pour Serge Thion.

La bonne question n’est pas : « est-il antisémite  ? » mais « comment et pourquoi l’est-il devenu ? ». Je pense qu’au départ, c’est « la concurrence des victimes », l’idée juste qu’on a minimisé un crime aussi long et épouvantable que l’esclavage et la traite des Noirs alors que la Shoah (je préfère le terme « génocide nazi ») est devenue quelque chose qu’on doit célébrer, parfois sans prendre le recul pour en comprendre les ressorts.

Dieudonné est devenu monomaniaque de la dénonciation de l’esclavage. Les sionistes sont devenus monomaniaques de la Shoah au point de nier les autres génocides. Là aussi, des formes de pensée parallèles, la concurrence des victimes c’est dangereux.

L’antisémitisme de Dieudonné est devenu obsessionnel et il a repris un certain nombre de stéréotypes classiques (« Les Juifs maîtres du monde », « Les Juifs et l’argent », « Les Juifs et les médias »).

Un formidable cadeau au sionisme.

L’Etat d’Israël a été déclaré coupable du crime d’apartheid par le Tribunal Russell sur la Palestine. Aux yeux d’un nombre croissant de citoyenNEs du monde entier, Israël aujourd’hui, c’est l’Afrique du Sud d’autrefois et il faut boycotter ce pays colonialiste qui pratique des crimes de guerre. La dernière défense des partisans de la politique israélienne, c’est de brandir l’antisémitisme, c’est de dire que critiquer Israël, c’est de l’antisémitisme, c’est de s’approprier le génocide nazi et de l’utiliser pour empêcher toute critique. En Israël même, ce qui maintient le « consensus » dans la société pour écraser les PalestinienNEs, c’est le complexe de Massada, ce sentiment collectif que les victimes ont été, sont et seront toujours les Juifs, que personne ne les aime et qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre.

La guerre israélo-palestinienne n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des questions universelles fondamentales : le refus du colonialisme et l’égalité des droits. Qui dit le contraire ? les sionistes et les amis de Dieudonné. Pour les sionistes, les Juifs ont vécu en exil, ont fait leur retour dans leur pays et les Palestiniens n’existent pas ou sont des intrus. Pour Dieudonné, le mal que les sionistes infligent aux Palestiniens est intimement lié à la nature perverse des Juifs. Les sionistes disent : « c’est parce que tout le monde nous persécute qu’il nous faut un pays dominant ses voisins » ; Dieudonné leur répond : « c’est parce que les Juifs dominent le monde qu’ils persécutent les Palestiniens ».

Discours parallèles et complémentaires pour que le choix n’existe qu’entre deux formes de barbarie et de racisme.

Nous savons que l’instrumentalisation du génocide nazi par les sionistes est une escroquerie. Les sionistes n’ont joué qu’un très faible rôle dans la résistance juive au nazisme. Certains de leurs dirigeants se sont fortement compromis avec le nazisme. Et les millions de victimes de l’extermination n’avaient rien à voir avec le projet colonial qui a détruit la Palestine. Comme Dieudonné pense que juif et sioniste, c’est pareil, il multiplie les allusions obscènes sur le génocide et fréquente allègrement les négationnistes. Cela sert qui ?

Si Dieudonné n’existait pas, les sionistes l’auraient inventé. Il n’est hélas pas le seul. On trouve un tout petit nombre d’individus qui affirment que « Les Juifs sionistes et antisionistes sont les deux faces d’un même problème » ou que « la cause palestinienne est mal défendue là où la parole antisémite est brimée alors qu’elle est bien défendue là où cette parole est libre ».

Deux discours voisins

Nous vivons une période de racialisation des conflits. L’Occident est en plein dedans avec « La guerre du Bien contre le Mal » et le « choc des civilisations ». Le mal, ce sont les Arabes, les Musulmans, les bronzés, les quartiers, les pauvres. Et la Bible vient au secours de ce mode de pensée avec les Chrétiens sionistes pour qui les Arabes, c’est Armageddon et il faut les expulser.
Israël est l’élève modèle de ce discours. Mais la France aussi qui discrimine et ostracise touTEs les descendantEs de l’immigration post-coloniale.
Dieudonné fait comme les sionistes. Il essentialise les gens selon leur origine ou leur identité supposée. Il répond à la haine et la discrimination par la connerie raciste. Il ne connaît rien à la Palestine. Là-bas, celles et ceux qui souffrent savent que juif et sioniste, ce n’est pas pareil. Ils ont connu ou entendu parler de Michel Warschawski, d’Amira Hass, de Gideon Lévy ou de Juifs non Israéliens comme Stéphane Hessel ou Noam Chomski.

Antisystème, quelle blague !

La popularité de Dieudonné vient d’un sentiment diffus. Il est perçu comme un mode de rupture, comme quelqu’un « d’antisystème ». En vérité Dieudonné occupe un créneau précis : capter une partie du vote des « quartiers » au profit du Front National.

La rupture avec le système, c’est la lutte contre les ravages du capitalisme, c’est renouer avec la lutte des classes, c’est réinventer une véritable égalité sociale et l’égalité des droits.

L’idéologue qui inspire Dieudonné (Alain Soral) a beau avoir appelé son mouvement « Egalité et Réconciliation », il ne prône ni l’un ni l’autre. Il s’inspire clairement de ce qui a fait la force du fascisme : transformer la colère sociale en colère raciste, briser le mouvement ouvrier et faire disparaître les traces de son histoire.

Historiquement, Le Pen c’est l’Algérie Française, la torture, la stigmatisation permanente de « l’immigré » et de ses symboles supposés (les mosquées, le voile …). Que la violence de la crise pousse des gens dans les quartiers à entendre ce discours n’a qu’une seule source : la volonté d’une rupture avec le système.

Il est tragique que la « gauche » qui a historiquement incarné cette soif de changement soit à ce point devenue inaudible. Elle est jugée responsable du chômage, de l’abandon, des discriminations, de la désagrégation du tissu social et de la montée du racisme.

Interdire Dieudonné n’a pas de sens. Surtout quand c’est Valls qui s’en mêle et qui prétend combattre Dieudonné au nom des « valeurs républicaines ». Quelles valeurs ? Celles de la république française héritière des guerres coloniales ? Celles qui en organisant la destruction des acquis sociaux a transformé des territoires entiers en zones sans présent ni avenir ?
Il faut combattre Dieudonné idéologiquement. Il n’est pas une victime. Il est la face complémentaire de l’idéologie dominante.

Pierre Stambul

mar 262014
 
Publié le 25 mars 2014 sur le blog "Sans papiers ni frontières" puis le
même jour sur Squat!net:
http://sanspapiersnifrontieres.noblogs.org/post/2014/03/25/paris-sous-marin-policier-devant-une-maison-occupee/
http://fr.squat.net/2014/03/25/paris-sous-marin-policier-devant-une-maison-occupee/



> Paris: Sous-marin policier devant une maison occupée

Suite à la révolte du vendredi 14 février au centre de rétention de
Vincennes
[http://sanspapiersnifrontieres.noblogs.org/post/2014/02/14/vincennes-emeute-au-centre-de-retention/],
un feu d’artifice est tiré devant la prison pour étrangers. Deux détenus
sont condamnés à deux mois ferme, accusés d’avoir jeté une porte sur les
flics et l’un d’eux à deux mois de sursis supplémentaires pour avoir
refusé de donner son ADN. Deux autres personnes sont écrouées
[http://sanspapiersnifrontieres.noblogs.org/post/2014/02/18/revolte-a-vincennes-dedans-et-dehors-4-incarcerations-rassemblement-ce-soir/],
accusées d’avoir participé au feu d’artifice, puis d’avoir en garde à
vue refusé de donner noms, empreintes, photos et ADN aux flics.

Mardi 25 février, une audience de remise en liberté s’est tenue pour ces
dernier-e-s. Une vingtaine de compagnons étaient présents pour apporter
du soutien aux deux incarcéré-e-s. La juge a décidé de les faire sortir
après huit jours de taule et trois de garde à vue et dépôt avec le même
contrôle judiciaire que leurs trois co-inculpé-e-s, interdiction
d’entrer en contact et de quitter l’Ile-de-France.

Dans l’après-midi, certains compagnons présents sont suivis plus ou
moins ostensiblement. Dans le métro, le bus, dans la rue, parfois avec
un appareil photo… un flic a même pris le taxi. Dans la soirée, tandis
que les deux fraîchement libéré-e-s sont à Fleury pour prendre leurs
affaires, la surveillance est toujours plus visible. Une maison occupée,
dans le 19e arrondissement de Paris est particulièrement ciblée.

Déterminé-e-s, un groupe de personnes solidaires décide de ne pas
laisser les flics faire leur sale boulot tranquilles, et poursuit l’un
d’eux dans la rue. “Sale flic”, “Tu le diras à tes collègues”, “Eh mais
d’habitude quand on traite les gens de flics ils se retournent”, “Police
dégage”, “Remets jamais plus les pieds dans le quartier t’es grillé”.
Une partie du dispositif était apparente : alors qu’à quelques rues de
là, cinq ou six flics complotaient, le groupe découvre une camionnette
Citroën Jumpy blanche immatriculée 9420 XC 94, vingt mètres au dessus de
la maison. Les vitres arrières sont voilées par une bâche noire qui
semble bouger, et des signes de présence émanent de la voiture lorsque
le joyeux groupe s’approche.

S’approchant encore, il entend distinctement un son électronique en
fonctionnement, laissant penser qu’à l’intérieur de la voiture se trouve
du matos d’écoute et d’enregistrement. Menaces, boucan dans le
voisinage, secouage de voiture, le(s) flic(s) dedans a(ont) dû avoir un
petit coup de stress et deux de ses(leurs) collègues débarquent en
courant, l’un monte dans la camionnette, l’autre dans une voiture garée
plus haut et tous deux partent sans demander leur reste.

Les semaines suivantes la surveillance n’a pas cessé (filatures,
contrôles d’identité impromptus…). Qu’ils surveillent et répriment
celles et ceux qui affichent de ne pas se plier aux lois et aux normes,
qui décident d’apporter leur solidarité aux prisonnier-e-s mutin-e-s,
qui refusent la résignation et se révoltent n’est pas étonnant. Cela
n’empêchera pas les révolté-e-s de se battre, ici et maintenant, pour la
liberté !

(Reçu par mail.)

 * * *

- Thématique "Surveillance" sur Squat!net:
http://fr.squat.net/tag/surveillance/

- Paris sur Squat!net:
http://fr.squat.net/tag/paris/
http://en.squat.net/tag/paris/

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mar 232014
 

On fait suivre deux textes traduits sur une lutte dans la logistique en Italie :

Force contre force : la lutte des classes dans la vallée de la logistique

Le 28 janvier 2014

Anna Curcio et Gigi Roggero

Il a raison Il Sole 24 Ore, l’un des rares organes d’“information” qui rapporte les faits en précisant l’importance du match. Il le fait avec la clarté arrogante et le recours éhonté aux mensonges de ceux qui défendent sans fioriture les intérêts de leur camp, celui des patrons : « Il n’est pas facile d’être entrepreneur lorsque pendant dix mois son activité est compromise par une vingtaine de fauteurs de troubles qui bloquent de fait les opérations de l’un des principaux acteurs de l’agro-industrie italienne, dont dépendent le revenu de 2100 ménages et une filière d’au moins 10 000 personnes ».

 

Eh bien oui, effectivement, sur le conflit Granarolo est en train de se jouer un véritable “bras de fer”, d’une extraordinaire importance. D’un côté, il y a les 51 travailleurs licenciés en mai 2013 par le consortium de coopératives SGB, un des groupes qui concentrent les appels d’offres du secteur et fournit des facchini [1] à bas coût aux entreprises, qui peuvent ainsi faire croître leurs bénéfices – en l’occurrence, Cogefrin (qui gère l’import-export des matières plastiques entre les pays arabes et l’Europe à l’Interporto de Bologne [2]) et Granarolo (le géant laitier leader de l’agro-industrie en Italie, dont l’objectif estde gagner de nouveaux marchés à l’international). De l’autre, on trouve SGB et ses clients, Granarolo et Cogefrin, et Legacoop, l’organe de représentation des coopératives “rouges”. Les facchini licenciés n’ont pas l’intention d’abandonner les blocages qui depuis des mois interrompent le cycle de production/distribution des deux entreprises, ni les initiatives de boycott des produits Granarolo (qui s’étendent au contraire bien au-delà de Bologne), et de leur côté SGB, Granarolo, Cogefrin et Legacoop jouent le tout pour le tout, sans même se soucier du respect de la légalité et des droits formels. En mai 2013, ils ont demandé et obtenu que la commission de garantie sur la grève déclare « service essentiel » la distribution du lait et des produits laitiers, plaçant ainsi les marchandises distribuées par Granarolo sous la protection de la loi 146 qui fixe les limitations du droit de grève (garantissant des services d’utilité publique tels que les transports). C’est une règle juridique que les avocats du travail estiment inapplicable, parce que Granarolo n’est pas en position de monopole : même si le lait devait être considéré comme « bien de première nécessité », dans les supermarchés, les bars ou les hôpitaux il est toujours possible de se procurer du lait autre que celui de marque Granarolo.

 

Cependant, la partie ne se joue pas avec les seuls acteurs formellement impliqués. Aux côtés des 51 facchini licenciés se sont rangés un petit syndicat de base, le Si-Cobas, des centres sociaux et des collectifs d’universitaires, de précaires et d’étudiants. S’est ainsi mis au point un dispositif politique et de lutte organisé et efficace, capable de passer de l’affrontement aux initiatives de communication (faisant éclater, grâce aux sites Web et aux réseaux sociaux, la chape de silence initiale des médias), des blocages et piquets aux initiatives de boycott, de la guérilla informatique (ces derniers jours, Anonymous a attaqué et fait tomber le site de Granarolo) à la production de matériaux pour la défense juridique. De son côté, la partie adverse a fait appel aux pouvoirs en place de Bologne la “rouge” : le préfet et le procureur (les blocages ont donné lieu à des centaines de plaintes), le maire et ses adjoints, les représentants de la CGIL et les médias, tous disposés sans tergiverser à resserrer les rangs pour soutenir Granarolo, Cogefrin et Legacoop.

 

C’est dans ce cadre, donc, qu’il faut replacer l’intensification de l’offensive patronale de ces derniers jours contre le combat des facchini. Cela remonte au 20 janvier dernier, quand les travailleurs ont lancé un rassemblement permanent aux portes de l’entreprise Granarolo pour demander l’exécution de l’accord signé en préfecture, en juillet, entre les parties, à savoir le syndicat Si. Cobas, qui organise les facchini licenciés, et les représentants de Cogefrin et Granarolo, en présence de la Legacoop et de la CGIL. L’accord n’avait rien à voir avec une disponibilité de principe à négocier, il était le fruit de la radicalité de la lutte : imposé par les travailleurs et non pas offert sur un plateau par des syndicats et des patrons qui se seraient concertés. Il venait en effet après plus de soixante-dix jours de blocages et de piquets sur les deux établissements, après les charges de la police, après les initiatives de boycott, après une manifestation dans les rues de Bologne et après quatre rencontres avec le préfet, intervenu comme “médiateur”. L’accord prévoyait la réintégration de 23 des 51 travailleurs – licenciés pour avoir fait grève contre une réduction de salaire illégale de 35% pour “des raisons de crise” – et un engagement à renégocier la position des 28 salariés restants d’ici au 30 septembre. Les travailleurs et le syndicat, pour leur part, s’étaient engagés à interrompre les blocages, mais avec une promesse ferme : « S’ils ne sont pas tous réintégrés en septembre, nous retournerons à Granarolo avec toute la force dont nous avons déjà fait preuve », a écrit l’un des facchini sur son profil Facebook. Et c’est bien ce qui s’est passé.

 

La réorganisation patronale

 

Le conflit s’insère dans ce que nous avons défini comme un cycle de luttes ayant, au cours des deux dernières années au moins, contraint de nombreuses coopératives de la logistique à céder aux revendications des travailleurs. En particulier, celles portant sur l’application de la convention collective nationale du secteur et sur le respect des charges et des rythmes de travail établis par contrat mais systématiquement transgressés à force de chantages et de licenciements. Cependant, face aux victoires des facchini, le front patronal est en train de se réorganiser, cette dernière année notamment. Et plus les conquêtes des travailleurs ont été importantes, plus la réaction patronale a été dure et violente, cherchant à récupérer ce que les luttes avaient arraché avec les dents. La convention collective nationale du secteur en est un exemple : signée par la CGIL, la CISL et l’UIL, fortement contestée par les syndicats de base Si. Cobas et Adl Cobas, elle constitue un recul significatif en matière de droits des travailleurs.

 

Dans le cadre de cette réorganisation, les entreprises d’une part  changent les horaires des chargements et des déchargements de marchandises pour essayer de contourner les blocages, ou délocalisent des pans de la production – c’est ce que fait Granarolo –, d’autre part investissent partiellement dans la technologie pour réduire les coûts et l’importance de la force de travail. C’est ce que fait l’Artoni de Padoue, qui ces dernières semaines est au coeur d’un autre type d’affrontement : là, les nouvelles machines ont permis à l’entreprise de récupérer une partie des conquêtes arrachées par les travailleurs. Cela démontre au moins deux choses. Premièrement, l’exploitation politique de la crise par les patrons : les investissements dans les nouvelles technologies, ainsi que la pénétration sur les marchés internationaux, sont là pour prouver que l’austérité et les sacrifices imposés aux travailleurs sont un choix et non une nécessité. Dans la logistique, ce sont les luttes qui accélèrent le développement –la question politique, celle sur laquelle se joue l’affrontement stratégique, étant : qui le contrôle, ce développement ? Deuxièmement, que nous devons faire très attention à ne pas interpréter les conflits dans ce secteur comme un retour au passé. Il suffit de participer à un piquet pour comprendre que les pratiques de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe (comme le recours à des briseurs de grève cachés dans les camions ou embauchés pour attaquer les grévistes) se combinent avec les formes les plus avancées du développement capitaliste : la grande souffrance physique des facchini prend aujourd’hui place dans un environnement productif à forte concentration de connaissances. Ce qui confirme la centralité du savoir, un savoir circulant dans les chaînes ou condensé sous forme de machines ; mais, loin de toute interprétation progressiste et déterministe, la connaissance est également un dispositif de hiérarchisation et d’exploitation, un champ de bataille pour et contre l’accumulation du capital. « La logistique est la logique du capital », a expliqué lors d’un débat un facchino à l’Interporto de Bologne, également étudiant en informatique – et il s’appuyait non sur un concept abstrait, mais sur sa détermination dans la lutte. Posséder les connaissances du cycle de production, ses coordonnées spatiales et temporelles, c’est une arme redoutable, une arme forgée dans les arsenaux du patron et retournée contre lui.

 

Ce à quoi nous assistons ces jours-ci à Bologne est aussi une des conséquences de cette réorganisation. Là, elle se joue en faisant appel à la collaboration conjointe de la politique et du pouvoir judiciaire, du système économique et des médias, pour tenter de raconter une autre histoire. A travers une offensive de communication de grand style, qui a mis mal à l’aise jusqu’aux plumes prestigieuses de la presse nationale, ils se sont mis à raconter que Granarolo est à la merci d’un groupe de provocateurs et que si l’accord signé à la préfecture en juillet n’a pas été respecté, c’est parce que les manifestations n’ont jamais cessé. Le préfet Sodano a pris soin d’en rajouter en déclarant qu’« on ne peut pas négocier avec un pistolet sur la tempe ». Dans le même élan certains ont encouragé et même essayé de justifier l’arrestation de deux travailleurs (dont un représentant syndical), arrestation effectuée par la police, couverte par le procureur, soutenue par la CGIL, qui dans un communiqué infâme se dit inquiète du sort des deux cents travailleurs… présents dans l’entreprise ! Seule la détermination des travailleurs et des camarades, aidés de multiples preuves vidéo et d’avocats compétents, a permis qu’ils soient remis en liberté. Preuve qu’à Bologne la fracture entre les classes peut enfin s’exprimer : c’est l’un des terrains sur lesquels insister, pour généraliser les luttes.

 

Granarolo a entre-temps écrit une lettre aux Bolognais, sous forme de publication payante dans les journaux locaux. Elle fait mine de prendre ses distances avec les coopératives qui ont mis à pied les 51 facchini, celles qui ces dernières années lui ont permis d’atteindre un chiffre d’affaires à neuf zéros, et se plaint des dommages subis par l’entreprise et les citoyens du fait des blocages. Pendant ce temps, dans les supermarchés, on voit de plus en plus de produits Granarolo vendus au rabais, un stratagème destiné à reconquérir la part de marché perdue, vu que de moins en moins de gens se laissent prendre au discours de la marque “solidaire”. D’ailleurs, ces jours-ci, Granarolo semble ne pas lésiner sur les cadeaux. Le 23 janvier, avant que la police ne s’acharne avec une grande violence sur un piquet de grève pacifique, en recourant à des moyens offensifs comme les gaz urticants, les techniques de rupture des articulations et les coups de poing dans la figure, les hommes de l’unité mobile qui défendaient l’établissement ont été vus sortant avec des cartons de lait et de mozzarelle. Une prime d’encouragement pour le sale travail qu’ils allaient faire quelques heures après !

 

Face à face avec l’Émilie ‟rouge”

 

Dès le début, la lutte de Granarolo avait pris des caractères exemplaires. En arrivant dans l’Émilie ‟rouge”, les conflits avaient atteint le cœur du système de coopératives, autour duquel est organisé le travail dans la logistique de distribution. Le système d’intermédiation du travail par le biais des coopératives s’est trouvé ainsi attaqué là où il est historiquement le plus fort, là où les coopératives constituent une articulation fondamentale entre pouvoirs économique, politique et social, pouvoirs imbriqués et fermement détenus par la gauche depuis la Seconde Guerre mondiale. Ayant perdu jusquà la mémoire lointaine du mutualisme conflictuel et autonome des origines, les coopératives fonctionnent désormais exclusivement comme des canaux d’intermédiation du travail, de réduction de ses coûts et de privatisation du Welfare, opérant dans une sorte de zone franche où les droits des travailleurs et les réglementations en matière de fiscalité sont systématiquement contournés. Et la distinction faite méthodiquement par Legacoop entre coopératives ‟vertueuses” qui respectent les droits des travailleurs et ‟fausses” coopératives qui les négligent ne suffit pas. C’est le système d’intermédiation en tant que tel, autrement dit la dérégulation continue du travail que cela comporte, qui est le problème. Un problème manifestement aggravé par la présence prépondérante de travailleurs migrants regroupés racialisés, fortement sensibles au chantage et donc soumis à des temps et des rythmes de travail particulièrement insupportables.

Mais le caractère exemplaire de la lutte des facchini de Cogefrin et de Granarolo tient aussi au fait qu’en attaquant le système des coopératives, elle a touché un nerf sensible dans le système actuel de gestion et d’organisation d’une grande partie du travail précaire en Italie. Ce qui est en jeu, c’est donc quelque chose qui va bien au-delà d’un conflit de secteur. Gagner cette bataille, c’est ouvrir une fenêtre d’opportunité pour améliorer les conditions de vie et de travail des facchini dans toute l’Italie, mais aussi de tant de précaires soumis au système pervers de chantage et d’exploitation des coopératives. Legacoop et la CGIL le savent bien. C’est pourquoi ils ont tellement peur de 51 travailleurs migrants licenciés, d’un petit syndicat de base, des étudiants et des militants des centres sociaux et des collectifs étudiants, et c’est pourquoi ils sont prêts à tout jouer pour le tout.

De leur côté, les entreprises, en l’occurrence Cogefrin et surtout Granarolo, observent les blocages de la production avec une extrême appréhension. Lorsque des piquets bloquent les portes de Cogefrin, c’est toute la chaîne de distribution qui saute : les produits ne sortent pas de l’usine, n’arrivent pas à temps sur les navires et donc à destination. Et pour ramener le système à son rythme normal, il faut au moins dix jours. Il ne s’agit donc pas seulement de pertes financières, m^me si celles-ci restent importantes ; le ralentissement de la chaîne de distribution se répercute sur l’ensemble du système, produisant aussi des dégâts dans d’autres sociétés, et aucune entreprise n’est prête à assumer cette responsabilité. Dans un établissement comme Granarolo qui travaille des produits ‟frais”, un blocage de quatre heures signifie 2-300.000 euros de dégâts, auxquels il faut ajouter la perte en termes d’image, amplifiée par les campagnes de boycott. Et, dans le capitalisme contemporain, on sait bien que s’attaquer à l’image, c’est s’attaquer immédiatement aux processus de valorisation du capital. En bref, si les facchini de la logistique avaient voulu se débarrasser de la dimension rituelle des luttes des confédérations syndicales sur le travail pour faire vraiment mal aux patrons, ils y ont pleinement réussi. Et leur force, la force de leur lutte, est ce qui, aujourd’hui, plus que tout, fait peur.

 

Un extraordinaire espace de subjectivation

 

Si le front patronal est bien conscient des enjeux de ce ‟bras de fer”, comme l’indique sur ce point le journal de la Confindustria, le camp du travail vivant a lui aussi les idées claires. Les étudiants, précaires et militants qui sont depuis longtemps aux côtés des travailleurs à la porte des entreprises de logistique ne sont pas exclusivement poussés par un sens éthique de la solidarité, même si l’indignation est évidemment un moteur d’une grande importance dans tout processus de conflit élargi. Ils sont là, d’abord et avant tout, parce qu’ils reconnaissent dans ces luttes et ces travailleurs un trait commun. Aujourd’hui, dire « nous sommes tous des facchini » ne signifie pas se plonger dans des rêves de palingénésie sociale ou tiers-mondiste, ni – comme l’affirment d’une surprenante même voix quelques théoriciens militants et la partie adverse – faire abstraction des différences évidentes qui existent entre un facchino et un étudiant. Si l’on s’en tenait à ce constat sociologique, il faudrait logiquement considérer que les facchini devraient rester seuls aux portes de leur entreprise et les étudiants à l’université, comme le voudraient précisément les patrons. Outre que c’est oublier ces facchini qui sont aussi des étudiants ou ces étudiants exploités par le système des coopératives, et ne rien comprendre aux processus de précarisation et d’appauvrissement structurels qui investissent la totalité du travail vivant, l’élément politique que certains semblent ignorer, c’est que gagner à Granarolo, cela veut dire être tous plus forts, et perdre, être tous plus faibles. En disant et en répétant que les luttes de la logistique ont la possibilité de se généraliser, nous avons touché au coeur du problème : il ne s’agit pas d’imaginer, de façon linéaire, que l’on a trouvé un petit bout de la recomposition, mais simplement de reconnaître que ces luttes sont aujourd’hui l’un des centres névralgiques du conflit social dans son ensemble.

Elles sont aussi, voire surtout, un extraordinaire espace de subjectivation. Ici, dans la dure réalité  matérielle de l’exploitation et du conflit, de la nécessité de s’attaquer quotidiennement à l’élaboration de rapports de force, il n’y a vraiment pas de place pour les certitudes idéologiques et identitaires où les organisations du mouvement trouvent refuge dans les moments d’impasse et de difficulté. C’est pourquoi ces luttes sont un espace crucial de croissance subjective et de formation, voire de reformation, y compris pour les militants, jeunes et moins jeunes, qui y participent. C’est là, après tout, une constante de l’histoire : dans les luttes, les processus de subjectivation s’accélèrent de façon spectaculaire. Ou, pour le dire avec les mots de Marx : « Lors les grands développements historiques, vingt ans ne valent qu’un seul jour, mais ensuite peuvent venir des journées qui concentrent en elles vingt ans. »

 

La question de la corruption et le slogan « Legacoop Mafia !», par exemple, reviennent sans arr^et dans les discussions, dans un langage assez différent du lexique politique établi du mouvement. Les coopératives qui volent l’argent des travailleurs, les flics qui sortent avec des cartons de mozzarella offerts par Granarolo en récompense des services rendus, les patrons voleurs qui profitent de la crise pour licencier et restructurer à leur avantage les salaires et les conditions de travail : les habitués des argumentations raffinées feront sans doute la grimace, mais pour nous, tout cela est constitutif de la lutte de classe. Ce n’est que par là, et non par des raccourcis rhétoriques, que la lutte contre la corruption peut devenir une lutte contre un système qui produit la corruption.

 

Même les ‟passions”, sur la base desquelles, tristesse ou joie, de nombreux camarades fondent leurs jugements, reprennent pied ici dans l’affrontement de classe. La colère et même l’exaspération se combinent avec la gaieté; le désir de vengeance contre les patrons et leurs laquais est en même temps un désir du commun. Nous nous souvenons encore de ce qu’a écrit récemment un travailleur de l’Interporto sur son profil Facebook : « Je vous jure que le directeur d’Arco Spedizioni décharge et charge les caisses par – 2 degrés tandis que les travailleurs restent au chaud à faire le barbecue en écoutant de la musique. C’est pas ça le communisme ? » Pour de nombreux travailleurs migrants, la lutte n’est plus seulement une phase temporaire dans le but d’obtenir quelque chose : c’est devenu un mode de vie et de socialisation. Ils demandent à retourner au travail, c’est-à-dire au salaire, mais en aucune manière on ne peut les contraindre au retour à la normalité de l’exploitation. Nous osons même utiliser, pour en renverser le sens, un terme qui nous a toujours été correctement ennemi : intégration. Dans la rhétorique officielle, en fait, il ne s’agit que d’intégration dans l’État et la citoyenneté, dans le ciel de l’égalité formelle et l’enfer de l’inégalité substantielle, en somme, dans les circuits de l’exploitation et de la valorisation du capital. L’intégration dans les luttes, c’est au contraire la rupture de l’intégration capitaliste, c’est l’ouverture de l’espace du commun et de l’autonomie. Cela montre bien que le constat tout court de l’hétérogénéité dans la composition de travail vivant est susceptible d’essentialiser l’hétérogénéité elle-même, de la transformer en un fait de nature, au risque de stériliser toute perspective de recomposition. Dans les piquets de grève et dans les blocages, dans cet espace commun déterminé par les luttes, les différences deviennent au contraire des éléments de création collective.

 

« Facchini sans loi » titre un article de Dario Di Vico paru récemment dans Il Corriere : dans la « vallée de la logistique », explique le célèbre journaliste de via Solferino, tout risque de sauter. Les patrons commencent à avoir peur parce qu’ils craignent que le chantage cesse d’être toujours du même côté. Le préfet Sodano aimerait que les travailleurs soient les seuls à avoir un pistolet pointé sur la tempe. Mais les choses peuvent changer, et ce ne sont pas toujours les mêmes qui se trouvent – métaphoriquement – du côté du canon.

 

Original : http://www.commonware.org/index.php/cartografia/239-forza-contro-forza

Traduction : XYZ

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Notes de la traduction :

[1] Facchino : “porteur”, mais aussi terme couramment employé en Italie pour désigner les ouvriers et manœuvres de la logistique.

[2] Interporto = dry port (“port sec”) ou hub logistique. Comme un port maritime, mais sur terre, c’est une plateforme regroupant un ensemble d’infrastructures par et dans lesquelles transitent des conteneurs, qui arrivent, sont triés et aiguillés, déchargés et rechargés pour repartir vers une nouvelle destination (autre hub ou destinataire final).

 

 

 

Gagner est possible : généraliser la logistique des luttes

Le 3 mars 2014.

Entretien avec ALDO MILANI – GIGI ROGGERO

Après une grève, 51 travailleurs sont licenciés de la SGB, un consortium de coopératives qui gère en sous-traitance la force de travail pour Granarolo et Cogefrin. C’était au début du mois de mai 2013 : s’en sont suivi 10 longs mois de piquets, de blocages, de plaintes, de négociations et d’accords non respectés par les employeurs. Depuis le 20 janvier 2014, avec le début d’un rassemblement permanent aux portes de Granarolo, une semaine d’intenses émotions a commencé : blocages sauvages, de nouveau avec la capacité de frapper les intérêts matériels du patron ; charges et coups de la police, gaz urticant, travailleurs et syndicalistes arrêtés. L’adversaire, avec prétention, pensait qu’il pourrait balayer cette étrange armée de travailleurs migrants, de syndicalistes de base, de collectifs militants, d’étudiants et de précaires. Mais le mur commence à céder, les luttes à se frayer une voie, le patron est obligé de se rasseoir à la table des négociations. Vendredi, en même temps qu’une autre journée de grève importante de la logistique, le SI Cobas (Sindacato Intercategoriale Comitati di Base) se réunit à la préfecture avec le géant Legacoop, qui, avec son président Poletti au ministère du travail est devenu un pilier du gouvernement national. Legacoop dit qu’il est prêt à accepter tout ou presque : la reprise des travailleurs d’ici le mois de juin, le remplacement ou une solution économique pour les travailleurs de la Cogefrin, le retrait des plaintes. Ce serait une grande victoire, mais pour l’instant – en l’absence de faits concrets – ce n’est qu’une première étape, quoique fondamentale.

 

« Les journaux parlent de notre euphorie après la rencontre, mais ce n’est pas exact » dit Aldo Milani, coordinateur national du Si Cobas. « Mais il est clair que pour nous, le fait que Legacoop nous reconnaisse comme syndicat sur la base de la lutte et sur les rapports de force que nous avons construits est un résultat politique fort. La dimension du conflit est devenue maintenant nationale et plus seulement à l’échelle d’une entreprise. Ce qui a par exemple influé est le fait qu’ils ont maintenant Poletti [1] comme ministre du Travail, donc avec une situation de confrontation directe, c’était très risqué pour eux. Déjà, dans les jours qui ont précédé la rencontre à la préfecture de la semaine dernière, nous avions eu l’impression que les choses évoluaient dans cette direction, c’est-à-dire qu’ils étaient en grande difficulté de ne pas trouver de solution. Nous avons fait une déclaration dans laquelle nous disions que la lutte allait se durcir et les patrons ont fait leurs évaluations. Nous en sommes à dix mois de lutte maintenant : il y avait une radicalisation et un élargissement, il y a aussi la fatigue des travailleurs qui la mènent, nous devons donc tenir compte de tout cela. Lors d’une réunion récente, quelques camarades ont posé le problème de pouvoir clore le conflit rapidement ; même au sein de notre syndicat, il y en avait qui ont souligné l’attaque dure, aussi sur le plan administratif (nous pouvons être condamnés financièrement pour les dommages que nous causons à l’entreprise, au mépris du droit de grève). J’ai insisté sur le fait que c’était là les conditions pour gagner, donc qu’il fallait faire un effort supplémentaire : à la fin nous avons décidé d’aller de l’avant ».

 

Quels sont les principaux éléments de ce cycle de luttes de la logistique ?

 

Un élément essentiel concerne les relations qui se sont construites avec différents milieux sociaux et militants. Dès le début, sur la base de relations antérieures, y compris individuelles, beaucoup ont pris part et, peu à peu, il y a eu une adhésion consciente. Déjà, dans les Slai Cobas, quelques-uns des éléments qui avaient conduit à notre division étaient la logistique et les migrants. Nous nous sommes caractérisé pour avoir défini les luttes, non sur des résultats immédiats dans l’entreprise, mais en les faisant circuler dans les différentes réalités des travailleurs, y compris du point de vue physique, reprenant ainsi certaines traits des expériences les plus positives de l’histoire des luttes ouvrières italiennes et internationales (des IWW aux années 1960). Au début, nous n’avions pas une connaissance claire et détaillée de la présence de la force de travail immigrée, mais sa forte concentration dans la logistique a permis de promouvoir cette initiative en se déplaçant sur le territoire, donc en ne restant pas dans l’entreprise. Nous sommes allés d’une coopérative à l’autre pour obtenir des informations et des contacts que nous ont donnés les travailleurs qui menaient la lutte avec nous. Les travailleurs migrants se sont sentis abandonnés, beaucoup d’entre eux étaient entrés en contact avec les syndicats confédérés pour obtenir un permis de séjour ou comme intermédiaires des services de l’emploi, comme des agences de services. Nous avons apporté ce qu’ils appellent la dignité, ce qui a ensuite payé y compris du point de vue des accords qui ont été conclus par les luttes. Il suffisait de déboucher la situation d’où est sorti ce flux de la lutte.

 

Nous ne devons pas idéaliser la réalité, il y a aussi des problèmes a posteriori. Là où nous avons mené des luttes les plus importantes, il y a une tendance chez les travailleurs qui obtiennent des résultats concrets (compter dans l’entreprise, avec un meilleur salaire) à se sentir plus à l’aise, parfois trop. Ils se rendent compte qu’à ce moment-là, ils ont de la force et obtiennent des résultats, avec une difficulté à voir au-delà des données immédiates. Il s’agit donc de créer des cadres conscients, sinon on risque de se limiter à une lutte radicale mais trade-unioniste, sans un cadre plus général. Ces travailleurs, en effet, vivent sur le territoire, louent un logement, ont des enfants qui vont à l’école : la contamination avec des éléments solidaires qui viennent d’expériences militantes et qui peuvent avoir une formation parfois un peu idéologique est donc importante, de même que la confrontation directe avec la police qui vient réprimer ou avec Poletti qui est devenu ministre du Travail, parce qu’il se crée alors une concaténation d’éléments qui élargissent le cadre de référence. Le manque de conscience politique des travailleurs peut être une force comme impulsion et une faiblesse en termes de perspective : ils mènent une lutte dure, ils agrègent leurs amis dans l’entreprise, mais il faut aussi relier les luttes. Pour cette raison, nous avons commencé à faire de la formation interne au SI Cobas, non seulement sur les salaires mais aussi du point de vue politique. Nous ne pouvons pas avoir une conception gradualiste dans laquelle on mène d’abord la lutte syndicale et ensuite viendra la lutte politique : là où nous avons commis cette erreur, il a été plus difficile de reprendre une bataille générale. D’autre part, il n’est pas étonnant qu’à  Bologne sept ou huit travailleurs, devenus militants syndicaux, commencent à s’exprimer presque plus sur le plan politique, parfois c’est moi qui doit les forcer à retourner au travail dans l’entreprise parce que sinon ils risquent de perdre ce terrain de lutte.

 

Il y a eu donc un enchaînement d’éléments qui sont issus de l’expérience et des relations de certains d’entre nous, qui sont liés de manière pragmatique à des situations concrètes sur les territoires. Dans ce court laps de temps, à Milan, il y a même eu l’adhésion au Si Cobas d’une série de compagnons de groupes radicaux. Nous sommes un syndicat qui, en partants de la formation léniniste de certains, est le plus anarchiste du point de vue de son développement, parce que nous n’avons pas de structures trop formelles comme les autres syndicats de base.

 

Cependant, c’est aussi une force, parce que c’est ce qui permet l’auto-organisation concrète des travailleurs…

 

Je crois que oui. Il faut dire aussi qu’avec la logistique, nous avons découvert une mine d’or. Quelqu’un a dit que l’on ne peut pas être seulement dans la logistique, comme pour minimiser son importance. Nous étions également présents parmi les métallurgistes de l’Alfa, la sidérurgie à Breda, nous avons bloqué l’ATM à Milan il y a dix ans [2]. A Milan, nous avions fait un travail avec les Roms, mais dans la logistique nous avons trouvé une condition particulière : en effet, nous avons rencontré une volonté subjective disponible à la radicalité du point de vue politique et syndical. La condition est particulière même par rapport à d’autres pays. Nous devons toujours avoir à l’esprit que le système italien de la logistique est caractérisé par les coopératives, avec la surexploitation de la force de travail, un faible niveau de l’investissement technologique et une certaine difficulté à rester sur le marché international. Dans la mesure où nous avons élevé le niveau du coût de la force de travail, nous obtenons des résultats. Chez Bartolini, TNT, DHL, GIs et ailleurs, nous gagnons des accords d’entreprises qui remettent en question les conventions nationales et nous commençons à poser concrètement les bases pour aller au-delà des coopératives. Même certains grands groupes de commanditaires (évidemment pas LEGACOOP, mais TNT ou DHL) se posent le problème de surmonter ce stade où ils ont utilisé les coopératives qui, en effet, représentent un coût supplémentaire et n’est plus une opportunité. Qu’est-ce qui s’oppose à cette poussée ? L’élément essentiel est la présence de la Mafia, la Camorra et ‘Ndrangheta dans le secteur coopératif, à travers une relation directe avec le commanditaire. La coopérative n’est pas seulement une force du point de vue économique comme le trafic de drogue (sans investissement, avec le contrôle de la force de travail tandis que le chiffre d’affaires est tout bénéfice), mais sert également à laver l’argent sale – il suffit de penser aux coopératives qui construisent l’Expo à Milan. Pourquoi à Esselunga, un des plus grands centres de distribution avec 600 personnes, les coopératives sont-elles dirigées par les sœurs Mangano avec Dell’Ultri et la relation avec la Mafia ? Donc, je ne pense pas que les clients peuvent rompre avec ce système. Un des exemples récents est que DHL Express a viré ses deux principaux dirigeants, des gens à 600.000 euros par an, en raison de ce type de rapports. DHL, en baisse à Rome, a pu construire des entrepôts grâce à la présence de la Mafia et la Camorra, les différents entrepôts ne sont même pas leur propriété. Ou, autre exemple, l’entrepôt de TNT de Piacenza qui appartient à un consortium.

 

Indubitablement, l’adversaire se réorganise. Un des facteurs en notre faveur, c’est que l’Assologistica ou d’autres structures syndicales patronales ne sont pas formées comme la Confindustria. Stratégiquement, ils sont très puissants, mais n’ont pas encore une syndicalisation significative des cartels. En face de notre croissance, parce qu’ils ne peuvent pas obtenir du jour au lendemain les infrastructures et les innovations, ils doivent se concentrer davantage sur la réduction du coût de la force de travail. Les entreprises tentent alors de subsumer nos revendications (le fait que les entreprises prennent en charge leurs propres salariés), font des opérations de façade et appliquent un mélange entre le modèle coopératif italien et le modèle français du travail intérimaire. Par exemple, la Poste italienne a maintenant besoin de licencier, ils appellent les travailleurs et les placent devant l’alternative entre la cassa integrazione sans perspectives (licenciement) ou le retour à l’entrepôt, réduisant donc le coût de la force de travail par l’utilisation de la coopérative.

 

Tout cela rend encore plus important le problème de ne pas organiser le syndicat sur la base de l’entreprise. Souvent, les travailleurs pensent qu’ils ont obtenu, en peu de temps, les résultats dont ils peuvent se contenter, tandis qu’avec l’accélération de la crise, d’un jour à l’autre, la situation change. Entre nous et l’Adl-Cobas, nous organisons 10.000 travailleurs alors que les travailleurs de la logistique sont 150.000 ; nous touchons donc le noyau central, mais le secteur est très stratifié sur le territoire. Il y a une tendance à la concentration du capital, mais il y a aussi beaucoup d’éparpillement et de subdivision. La semaine dernière, nous sommes sortis satisfaits d’une négociation avec TNT car nous avons obtenu plus que la convention nationale, à la suite de quoi je parle à un dirigeant qui me dit qu’ils ont décidé de détacher le secteur domestique de tout le reste, pour des problèmes globaux (avec la vente à l’Ups ils doivent mincir pour éviter de subir les lois européennes sur les trusts, en concurrence avec DHL). Entre Piacenza et Bologne, 1000 personnes sont en jeu. En assemblée les délégués avaient déjà décidé de ne pas faire grève, après avoir obtenu cet accord ; après que j’aie expliqué le problème, il y eu une adhésion totale des travailleurs à la grève. Nous devons donc avoir une motivation politique plus stratégique pour aller de l’avant : c’est là notre tâche. Il y a en effet une diffusion de masse, en termes relatifs, mais si nous ne parvenons pas à agir dans la crise dans sa totalité, nous pouvons obtenir des résultats et des victoires à court terme, mais nous ne serons pas en mesure de résister dans le développement de ce processus. De toute évidence, et cela ne dépend pas seulement de nous, nous devons créer les conditions pour que d’autres sujets de classe se mobilisent, des précaires aux étudiants, en renforçant les conjonctions que j’ai mentionné plus tôt. Nous prenons toujours en compte que ce sont des luttes à contre-courant, dans la récession : nous ne sommes pas en effet dans une phase de développement, dans laquelle on peut obtenir des conquêtes dans un cadre économique expansif.

 

Un facteur décisif est la production de subjectivité qui est déterminant dans ces luttes…

 

L’aspect subjectif est central. Au cours des dernières années, les militants politiques ont intériorisé un sentiment de défaite et de lamentations. Pour leur part, les syndicats de base gèrent une sorte de petit trésor, sans la capacité de voir au-delà de leur propre situation particulière. L’idée s’est répandue d’être en mesure de créer les conditions plus favorables au sein de l’économie capitaliste, d’où peuvent surgir des batailles peut-être radicales, mais trade-unioniste, sans une vision politique globale. Il y a donc un problème crucial de la subjectivité à affronter dans les luttes. De ce point de vue, la logistique est devenue d’une grande importance, peut être un point de référence. Nous ne devons pas penser en termes d’élargissement radial à partir de nous-mêmes, l’important est de se remuer sur les territoires, de se déplacer, tout en construisant des structure de référence en termes d’organisation, en sédimentant aussi des capacités de gérer la technique syndicale sans lesquelles on risque de ne faire que de la démagogie.

 

Alors que dans les années 1920 et 1930, pendant la crise, les prolétaires adhéraient en masse aux syndicats, aujourd’hui, il est plus probable que les syndicats intégrés dans la gestion de l’Etat, qui maintiennent encore un contrôle sur divers secteurs des travailleurs, confrontés à un processus de crise aussi profond, peuvent exploser. Ce qui augmente par conséquent les possibilités de ceux qui se bougent dans une perspective de mouvement, parce que les travailleurs vont se retrouver privés des services qui leur étaient auparavant offerts. Par exemple, après les licenciements chez TNT, ils discutent des licenciements de nombreux travailleurs. Par conséquent, il n’y aura pas plus de planche de salut : ce n’est pas que le pire soit le meilleur, mais cela créé des possibilités. A Bologne, il est significatif que nous nous soyons retrouvés face à la Legacoop, mais en même temps le syndicat se forme dans diverses branches, de l’hôtellerie à la métallurgie. La présence de travailleurs immigrés est la force motrice dans les zones qui étaient auparavant liés à la CGIL.

 

Une chose très importante est que dans le syndicat se forment des compagnons qui se bougent sur un terrain plus large et pas seulement revendicatif. Les expériences que les travailleurs font en une année de lutte valent beaucoup plus que celles réalisées au cours d’années sans luttes. Il s’agit d’un processus de subjectivation extraordinaire et rapide, qui ne s’est pas produite à Frattocchie [3] mais dans la matérialité des conflits. Il faut ajouter que la force extraordinaire de travailleurs immigrés, d’une certaine manière, découle de leur faiblesse. Ce sont des figures qui, dans les nouveaux contextes dans lesquels ils vivent, n’ont pas de références syndicales et politiques, n’ont aucune protections ni économiques ni sociales. Ce mouvement est fort parce que derrière il a moins de traditions de ce genre. Il est donc moins intégrable, et il y a évidemment des aspects négatifs ou problématiques, cependant, ces travailleurs ont moins de contraintes que les travailleurs italiens.

 

Ce processus décisif de luttes et de subjectivation a réintroduit le thème de la victoire au centre de l’agenda politique. Après de nombreux succès, à partir du milieu de l’année dernière, les patrons se réorganisent, comme vous l’avez expliqué. La lutte à Granarolo a touché un point névralgique central, l’adversaire a déterminé un plan de politisation immédiate de la lutte. S’il on peut gagner ici, en assumant toujours le caractère de partialité du succès, dans quelle mesure peut-il produire un effet positif en cascade sur d’autres luttes au sein et au-delà du secteur ?

 

Contrairement à d’autres luttes, ici nous avons tendance à casser le cadre extraordinaire des relations politiques et syndicales. Si nous pensons au fait que le gouvernement Renzi est basé sur certains de ces piliers, nous nous rendons compte que la lutte syndicale attaque directement une réalité qui semblait contrôlée et gérée par les structures de pouvoir établies. De l’extérieur, on peut voir les services offerts par modèle émilien, qui ont effectivement domestiqué le social. La reconnaissance d’un nouvel élément est arrivée à travers des rapports de force. On peut vraiment déterminer un processus d’élargissement et de généralisation, dans la mesure où nous cassons les équilibres politiques, économiques et même militaires, avec les tentatives de répression. C’est une grande réussite d’avoir contraint les patrons de ce colosse à un ‟armistice” dans lequel le ‟fort” accorde tout, et ce que nous demandons est évidemment encore peu, mais cela rompt justement un équilibre politique. Cela a déjà eu un effet, ce sera d’autant plus un exemple pour d’autres luttes qu’avec une petite force, apparemment, nous avons obtenu les résultats qui vont au-delà des attentes de ceux qui ont eux-mêmes participé à la bataille. Bologne peut donc devenir un facteur d’élargissement et acquiert une plus grande centralité politique grâce aux luttes de la logistique. Ce n’est pas là une addition mathématique, mais la capacité de mettre ensemble différents sujets : si un petit noyau est capable de faire bouger l’adversaire, c’est parce que lui aussi est en crise, en s’insérant dans ces fractures et en devenant un point de référence, ce qui met à l’ordre du jour la nécessité de commencer à penser plus grand du point de vue politique général. Notre expérience ne peut pas se baser exclusivement sur l’enracinement territorial, nous devons suivre sur les territoires les possibilités de lutte, aussi du fait de la stricte caractéristique mobile de cette composition. En bref, il est décisif d’avoir montré la faiblesse de l’adversaire.

 

Dans ce contexte, la discussion sur la communication se place aussi sur un nouveau plan. La presse a jusqu’à présent peu pris en considération les luttes de la logistique (si elle s’y intéresse, c’est principalement en raison des scandales liés à la collusion avec la Mafia et la Camorra). Du point de vue de la communication, le suivi des luttes est le fait des militants qui y participent, nous le développons principalement par l’Internet, e-mail ou facebook. Non pas parce que la lutte des classes ne pourrait se développer que grâce à l’ordinateur, mais parce qu’il était important de mobiliser beaucoup d’énergies différentes et de frapper sur différents plans.

 

Il y a un point important : le secteur de la logistique a en effet des caractéristiques apparemment classiques, mais avec le niveau le plus avancé du développement capitaliste. Bloquer les marchandises aux portes et frapper la marque Ikea ou Granarolo sont des formes d’attaque globale adéquates aux processus généraux de l’accumulation du capital…

Ainsi, à Ikea, par exemple, nous avons débloqué la situation quand nous avons frappé la marque et nous avons atteint même la Suède, où des gens se sont manifestés.  À ce point-là, les dirigeants ont cédé. Il faut également prendre en considération que, contrairement à d’autres époques des migrations prolétariennes, les immigrants qui arrivent ici ont des niveaux de scolarisation, de compétence et de formation intellectuelle souvent élevés (même du point de vue de la communication). Les patrons pensent qu’ils ont à faire avec des esclaves ignorants, alors qu’ils sont face à des figures capables de soutenir la confrontation et s’en trouvent décontenancés. Les lieux de travail et de vie des personnes qui mènent les luttes dans la logistique se situent dans les zones suburbaines, beaucoup de gens ont tendance à ne pas les voir, mais à mesure qu’elles sont en train d’encercler les villes et de se généraliser au niveau national, ces luttes peuvent devenir un élément d’entraînement.

 

* Une version abrégée de l’interview a été publiée dans le quotidien Il Manifesto (aussi en ligne), le 4 mars 2014.

 

Original : http://www.commonware.org/index.php/cartografia/283-vincere-e-possibile

Traduction : XYZ

 

Notes de la traduction

[1] Nouveau ministre du travail du gouvernement Renzi (février 2014). De 1982 à 1989, il était secrétaire de la Fédération du Parti communiste italien de l’Émilie-Romagne, puis devient conseiller provincial à Bologne pour le PDS (Parti démocratique de gauche, post-PCI à partir de 1991). Depuis cette date, il a gravi les marches les plus élevées du secteur des coopératives : de 1992 à 2000, comme président de l’organisme de formation de Legacoop (Émilie-Romagne) puis président de cette Legacoop régionale et vice-président national Legacoop. En 2002, il devient président de la Legacoop nationale et en février 2013, il est choisi comme président de l’Alliance des coopératives italiennes.

[2] L’Azienda Trasporti Milanesi est la société publique de la commune de Milan, qui gère les transports publics de la métropole lombarde, autobus, trolleys, tramways et métro et emploie environ 8 500 personnes

[3] Célèbre école de formation des cadres du PCI, près de Rome.

Le militant interviewé, Aldo Milani, a été banni de la province de Piacenza pour une durée de 3 ans (mesure de « foglio di via »). Cette mesure a été prise 3 jours avant une grève générale dans le secteur de la logistique appelée par le SI Cobas et Adl Cobas, qui a été suivie dans des grands centres comme Milan, Padoue, Piacenza, Verone et Bologne, le 22 mars 2013. Sa voiture a eu aussi les pneus crevés. Cette grève générale de la logistique a été combattue et condamnée par les 3 grandes confédérations (CGIL-CISL-UIL), et surtout par la CGIL particulièrement à Bologne.

A Piacenza (nord de l’Emilie-Romagne mais plus proche de Milan que de Bologne) se trouvent concentrés quelques grands entrepôts : Ikea pour toute l’Europe du Sud, la TNT, GLS, où des conflits ont commencé en 2012.

Annexe

Un militant syndicaliste sauvagement agressé à Milan

23 janvier 2014 (http://strugglesinitaly.wordpress.com/)

 

Le mardi 14 Janvier, dans le nord de Milan, le syndicaliste Fabio Zerbini a été sauvagement battu par deux hommes soupçonnés d’être liés au crime organisé italien.

Fabio Zerbini est coordinateur pour le SI Cobas, un syndicat de base actif dans la logistique et le secteur des entrepôts. Quelques jours auparavant, il avait trouvé un rétroviseur extérieur de sa voiture cassée. Une note a été laissée sur son pare-brise avec des excuses et un numéro de téléphone à appeler pour organiser une réunion pour le dédommager. C’est à ce rendez-vous que deux hommes l’ont sauvagement attaqué, l’un d’eux disant: « Si les travailleurs continuent à faire grève et nous casser les couilles, vous allez en payer le prix ». L’agression de la semaine dernière est une escalade de la violence des attaques contre le syndicat. Fulvio di Giorgio, un autre coordonnateur SI Cobas, a déclaré: « Nous avions l’habitude de pneus crevés ou de voitures brûlées, mais ils ne sont jamais allés jusqu’à un véritable passage à tabac ».

Avant l’agression, Fabio avait été impliqué dans plusieurs conflits de travail, il est difficile de comprendre auquel les hommes faisaient allusion. Par exemple, il fut impliqué dans la grève de 80 travailleurs à l’entrepôt Kuehne-Nagel à Santa Cristina à la mi-décembre, où les travailleurs ont gagné la reconnaissance syndicale et le respect des conditions fixées dans le contrat national (ainsi que le retrait de quatre licenciements pour des motifs politiques). De même, dans un entrepôt Carrefour juste en dehors de Milan, la société Serim a été forcée à reconnaître le syndicat et d’entamer des discussions avec les travailleurs.

Dans cette attaque, cependant, beaucoup soupçonnent fortement l’implication de la mafia. Un système d’exploitation règne sur la ceinture industrielle dans le nord de l’Italie d’où les entrepreneurs tirent profit, entrepreneurs qui sont parfois entre les mains du crime organisé. Une enquête en 2011 a conduit à la mise sous séquestre de six branches de TNT suite à la découverte que les services étaient confiés à une section de la ’Ndrangheta (une organisation criminelle de Calabre, dans le sud de l’Italie). Et en 2009, par exemple, Marcello Paparo, un homme d’affaires également lié à la ’Ndrangetha, a été arrêté pour, entre autres infractions, blessures volontaires sur un travailleur d’un des entrepôts de son consortium, « un syndicaliste qui a créé des problèmes ».

L’attaque a empêché à Fabio d’assister à une assemblée de travailleurs à Santa Cristina, mais une autre réunion sur les luttes dans la logistique et le secteur de l’entrepôt a été organisée pour le 19 janvier. Comme le SI Cobas l’écrit dans son communiqué de presse, « Nous ne les laisserons pas nous intimider ».

 

 

Sur la galaxie des « syndicats de bases » italiens, se reporter à

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1229

 

Sur les luttes dans le secteur de la logistique en Italie

J’ai trouvé peu de choses en français.

Sauf ça (la tendance ‟bolcho” du NPA) : http://www.ccr4.org/Greves-sauvages-et-debrayages-a-repetition-dans-le-secteur-poste-et-logistique-en-Italie

 

Il y avait aussi ça, mais qui parlait surtout des ports de commerce

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1449

 

Site du SI Cobas (scission du SLAI-Cobas), présent au Piémont, Lombardie, Emilie-Romagne

http://www.sicobas.org/

 

Site de l’ADL Cobas (originaire de Vénétie, existe aussi en Emilie-Romagne)

http://www.adlcobas.it/

 

fév 272014
 

Salut,

Manifestation mensuelle de l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions (tous les premiers samedi de chaque mois)

-pour le relogement des expulséEs des services d’hébergement du « 115 »

et

-la régularisation des sans-papiers.

ce SAMEDI 1er MARS

14H DEVANT LA PREFECTURE.

Venez avec de quoi faire du bruit.

Merci de faire circuler l’info dans vos réseaux.

 

logement

fév 212014
 

[Calais] Les fascistes se mobilisent contre les squatteurs. Appel à la solidarité internationale

Calais. Les fascistes se mobilisent contre les squatteurs. Appel à la solidarité internationale

Demain Vendredi 21 Février, les fascistes ont appelé à de nouvelles manisfestations dans la journée et dans la soirée devant le nouveau squat rue Émile-Dumont à Coulogne. C’est l’aboutissement de cinq jours d’intense activité fasciste sur le Calaisis.

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/017.jpg?resize=524%2C283Le nouveau squat rue Émile-Dumont à Coulogne

Ces derniers mois, ‘Sauvons Calais’ un groupe raciste contre les migrants a mobilisé Calais appelant à ‘défendre la ville contre les migrants’. La semaine dernière, des gens ont squatté une ferme à Coulogne. Depuis dimache soir, des groupes de fascistes et des voisins mécontents, allant parfois jusqu’à cinquante personnes, ont eu une présence quasiment constante devant la maison.

Durant la semaine, les fascistes ont insulté les habitants de la maison, jetant des pierres, des feux d’artifices et en étant présents en permanence. Mardi à 7 heures du matin, trois fascistes qui avaient bu toute la nuit ont tenté de s’introduire dans le squat avec une masse. Deux d’entre eux ont été arrêtés. Certains ont aussi été filmés en train de proférer des menaces de morts contre les migrants.

Aujourd’hui, ils sont de nouveau de retour et menacent à nouveau les gens à l’intérieur du squat. Les fascistes de Sauvons Calais ont appelé sur Facebook les gens à attaquer le squat.

Le squat a été rendu public la semaine dernière et les squatteurs ont acquis un status légal pour le bâtiment occupé.

Les jours passent et le nombre de fascistes présents sur les lieux ne fait qu’augmenter. Loin d’une accalmie, la situation devient de plus en plus tendue. Ce regain d’activité fasciste sur Calais est sans précédent. Les gens appelent à l’aide demain et dans les semaines qui viennent.

Traduit de l’anglais (Calais Migrants Solidarity), squat!net, 20 février 2014

 

La bataille de Coulogne

L’étincelle lancée par la maire de Calais avec son appel à la délation des squats sur facebook en octobre dernier, par la page Sauvons Calais et la poignée de main de deux adjoints à la maire de Calais aux manifestants anti-migrants en novembre, cette étincelle s’est invitée à Coulogne sur fond de campagne électorale.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/026.jpg?resize=524%2C276

Les militants de Sauvons Calais font le siège devant un squat récemment ouvert à Coulogne dans une maison vide. Une banderole sur laquelle ils se présentent comme des riverains, et des coups de sonnettes aux vrais riverains pour semer la peur d’une invasion de migrants.

Pourtant pas de “migrants” dans la maison dont ils ont tenté ce matin d’enfoncer la porte, mais des citoyens de différents pays de l’Union européenne. De même que les deux vélos dont ils crevé les pneus hier appartiennent à un Breton et un Calaisien.

Ce qui remet le débat à sa place. On voit dans certaines manif une pancarte : “étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français”. Si l’Angleterre levait l’ancre et dérivait un peu plus loin, si les migrants partaient par conséquent vers d’autres ports, nous resterions bien avec cette question entre nous : dans quelle société voulons-nous vivre ?

Pour l’instant, les Sauvons Calais ne s’en prennent qu’à des objets, une porte, deux bicyclettes. Mais ils nous donnent déjà une indication : leur choix de société, c’est par la violence qu’ils veulent nous l’imposer.

Passeurs d’hospitalités, 18 février 2014

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