Réseau Communiste Antigestionnaire

 Posted by on 18 septembre 2014 at 10 h 40 min  Actualité nationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
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Nous publions ici le texte produit lors des rencontres d’été qui ont vu la création du Réseau Communiste Antigestionnaire.

Fonctionnement & bases communes du RCA

Depuis la diffusion du texte d’appel, des réunions publiques se sont tenues sur de nombreuses villes, des collectifs se sont créés. Ces diverses initiatives ont débouché sur des rencontres cet été1 qui ont permis la création effective du RCA et établi le fonctionnement suivant :

Le réseau communiste antigestionnaire rassemble des personnes, collectifs ou autres formes d’organisation.

Il s’organise en groupes, en assemblées ou selon les formes que les participantes et participants estiment les plus adaptées au plan local. Il met en commun des moyens pour organiser la solidarité entre les différentes luttes de base, la formation et l’auto-formation des camarades. Il organise la confrontation théorique et pratique entre toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans son appel. Il participe ainsi à l’élaboration, dès lors que c’est possible, d’une analyse et d’une intervention commune.

Cette mise en commun au niveau général du réseau s’enrichit des formes de coopération qui peuvent se construire directement entre des groupes qui le constituent.

Comment intégrer le réseau ?

Participe au réseau toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le texte de constitution et la volonté d’agir que défend ce texte.

Nous invitons ceux et celles qui souhaitent participer au réseau à nous rencontrer lors des initiatives publiques ou nous contacter via le site internet.

Une liste d’infos permet de se tenir au courant des initiatives du réseau.

Les propositions d’intervention

Les participants au réseau proposent des initiatives d’intervention via le bulletin interne. Ces propositions sont reprises par les groupes ou personnes qui s’y reconnaissent. Ceux-ci se concertent en vue d’une intervention commune.

Le réseau se veut aussi un outil de mise en commun de moyens.

Les rencontres

Le réseau organise deux rencontres par an.

– Une en été.

– Une en hiver.

Le travail d’élaboration d’un nouveau texte affinant nos bases communes étant toujours en cours nous publions ci-dessous l’appel initial proposé par le collectif tantquil.

Parce que nous sommes face aux mêmes limites et aux mêmes nécessités (la difficulté de lutter. La nécessité de parler de tactique. La nécessité d’exister, d’avoir une expression publique), nous proposons de constituer un réseau.

Nous n’entendons pas mettre en avant des pratiques particulières, des formes de luttes spécifiques, il s’agit de mettre nos forces en commun : mettre en commun de la thune, partager nos analyses et informations, parler de nos tactiques locales, le tout à une échelle plus large que ce qui existe actuellement, mais aussi dans des cadres formels.

Bien sûr, il existe déjà des formes de réseaux, souvent basés sur des logiques de milieux, c’est-à-dire informelles et  affinitaires. Mais cela ne nous satisfait pas. En effet, cela favorise des mécanismes de cooptation, enferme dans un entre-soi confortable, limite fortement les possibilités d’ouvertures… Bref, participe souvent à exclure les personnes qui ne correspondent pas à un certain modèle militant ce qui est mine de rien, une contradiction importante par rapport à nos positions !

Bon, on ne dit pas que l’on va régler toutes ces questions juste en montant un réseau, mais cette formalisation permet de poser ces questions et de tenter d’y répondre ensemble et en actes.

Si nous voulons former ce réseau, c’est aussi pour donner à nos positions les moyens d’avoir une existence publique à une échelle plus large.

Il ne s’agit pas dans ce texte de détailler la forme de ce réseau, car ce n’est pas à nous de la fixer : elle sera à déterminer collectivement. Mais plutôt d’expliciter ce que nous entendons par « communisme antigestionnaire » afin de proposer une base commune.

6 ans déjà que le monde est en crise, et aucune perspective de relance de l’économie ne se dessine, si l’on excepte les gesticulations régulières de la presse bourgeoise : autant le dire, ce n’est pas près de s’arrêter.

De la Chine aux USA, en passant par le Moyen-Orient, tous les continents sont secoués par cette crise. L’Europe est aux premières loges. Le nombre de pays au bord de la faillite augmente année après année, dans une valse sans fin de plans d’ajustements structurels toujours plus brutaux.

Dans ce jeu de domino, certains peuvent, en tombant, faire basculer l’ensemble. Aujourd’hui, c’est le cas de la France qui possède plusieurs banques parmi les plus grosses du monde, un des principaux marchés et la deuxième économie de la zone euro… Et déjà 5 millions de chômeurs.

Nous ne sommes pas en mesure de prévoir les prochains épisodes de la crise, de l’austérité et de ses conséquences. Mais on peut affirmer avec certitude que notre situation sous le capitalisme ne peut aller qu’en empirant. Nous pouvons quand même anticiper ce qui va nous tomber dessus : aggravation de la crise du logement, augmentation du chômage, baisse des salaires directs et indirects (chute des allocations, réforme des retraites), dégradation des conditions de travail… Le tout entraînant la détérioration spécifique de la situation des femmes prolétaires, parce qu’elles sont majoritairement concernées par le travail précaire et parce qu’une telle dégradation signifie une augmentation écrasante du travail domestique. Il suffit de voir du côté de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie pour observer tout cela ; et il serait bien illusoire de penser que cette vaste dégradation des conditions de vies des prolétaires peut, comme le nuage de Tchernobyl, être arrêtée par les frontières françaises.

En somme, il n’y a pas assez richesses pour tout le monde. Pour que la masse de capital continue à valoir quelque chose, à être rentable, il faut qu’elle rapporte toujours plus.  Cela signifie qu’il faut en permanence que les capitalistes augmentent leurs profits.

Augmenter ses profits, cela peut vouloir dire pour une entreprise particulière, innover, trouver de nouvelles techniques de production etc. Mais pour l’ensemble de l’économie, cela signifie surtout baisser les salaires, appauvrir les prolétaires. Ce n’est pas un secret, c’est ce que dans un mouvement collectif, patrons, États et Cie appellent « la compétitivité ».

Si nous avons du mal à boucler les fins de mois, les États ont quant à eux du mal à boucler leurs budgets. Une même logique est à l’œuvre, il s’agit dans tous les cas d’augmenter la part de richesse créée qui va au capital.

Mais cela n’est pas sans poser problème : pour les États, comme pour les prolétaires, les budgets sont dans le rouge. Certes, il semble toujours possible de s’endetter pour faire face aux dépenses courantes. Et cela fait des années que c’est le cas, et que l’endettement privé et public explose.

Lorsque des prolétaires sont en faillite, on saisit leurs biens. On les expulse de leurs maisons. Ensuite, on revend ces biens, et les banques se remboursent. Lorsque des millions de prolétaires sont en faillite, on saisit aussi leurs biens. On les expulse aussi de leurs maisons. Mais il n’y a personne pour les racheter, et les banques qui leur ont prêté de l’argent risquent à leur tour de tomber. C’est ce qui s’est passé en 2008, et à l’époque les États ont sauvé le système bancaire mondial. Aujourd’hui, ce sont les États qui menacent d’être en faillite. Et derrière, il n’y a plus rien pour garantir le système bancaire, pour garantir la valeur de l’argent.

Alors les capitalistes montrent les dents, et vont chercher l’argent où il se trouve, à la source de toute la richesse créée : Nous. Il s’agit d’écraser le prolétariat sous le travail, tout en le payant le moins possible. De supprimer toutes les conventions collectives. De licencier tout le monde, puis de réembaucher au compte-goutte, à leurs conditions. De faire travailler gratuitement les chômeurs et les chômeuses

Pour nous, les prolétaires, cela se résume en un mot : pénurie. Pénurie de logements, alors même que des millions de maisons sont vides. Pénurie de bouffe dans nos placards, alors même que des millions de tonnes sont produites et jetées. Pénurie de pognon sur nos comptes en banque, alors même que la quantité de monnaie en circulation augmente énormément.

Mais cela ne suffit toujours pas, la récession entraînant la baisse des recettes de l’État, et donc plus de déficits, entraînant plus d’attaques…

Jusqu’au moment où la monnaie même risque de tomber en crise, et où il n’y a qu’une alternative : défendre ce système et le gérer ou bien le détruire. C’est là que la situation peut basculer, soit vers notre écrasement et une réorganisation du capitalisme ; soit vers la révolution communiste. Autrement dit : Continuité de l’exploitation, ou rupture.

Mais il ne s’agit pas ici de désigner une utopie lointaine : nous sommes pour le communisme, c’est-à-dire pour un mouvement révolutionnaire qui abolit les classes, les genres,  l’État, la valeur, la propriété… La liste est longue de toutes les merdes qui forment le capitalisme et qu’il faudra supprimer.

Et nous pensons que la dynamique de cette suppression, c’est l’abolition des classes et des genres. Ces deux mouvements nécessitent de fonctionner parfois de manière séparée parce que le rapport homme/femme est conflictuel. Par l’expression « ces deux mouvements », nous entendons la lutte des prolétaires  pour l’abolition des classes et, au sein du prolétariat, la lutte pour l’abolition des genres qui implique l’auto-organisation des femmes entre elles. Mais nous pensons que ces deux mouvements ne seront qu’un moment de la suppression générale du capital, ce qui est l’affaire de tous et toutes.

Face à nous, il y a le capital et les impératifs de sa gestion. Il s’agit de gérer le business, c’est-à-dire la misère pour presque tout le monde. Tous les discours gestionnaires, qu’ils entendent moraliser, réformer le capitalisme, ou même qui prétendent l’abattre, reposent sur le même principe : le maintien, aménagé de manière différente, des classes sociales et des genres.

Ces discours gestionnaires se développent à des échelles différentes :

  • La gestion des affaires courantes : la « bonne gouvernance ». Les coalitions roses, vertes, bleues, oranges, au pouvoir en Europe et ailleurs.

  • La gestion alternative : les différents « populismes », les keynésianismes, les souverainismes… Le retour à la drachme ou à la lire italienne. Le SMIC à 1500 euros ou à 10 000 francs ou encore les discours opposant le « banquier immoral et apatride » à « l’honnête patron du coin »…

  • La gestion alternativiste : le mutuellisme, les monnaies alternatives, l’autogestion de la misère.

Il ne s’agit pas ici de critiquer les tactiques de survie qui consistent à se partager les miettes. Il s’agit de dire que cela ne constitue en rien une stratégie de sortie du capitalisme. Au contraire, elle ne peut fonctionner que dans le cadre de celui-ci.

On retrouvait, par exemple, ces trois niveaux de gestion en Argentine il y a dix ans. Les entreprises autogérées ont pu participer à la relance de l’économie. Les monnaies alternatives ont été finalement acceptées par l’État (notamment pour lever les impôts), lui-même entre les mains de keynésiens (péronistes) qui ont fini par rembourser le FMI. Chacun trouve sa place à son échelle, les différents niveaux de gestion s’articulent pour remettre le capitalisme en route depuis la petite collectivité, jusqu’à l’échelle supranationale des institutions monétaires.

Il s’agit dans tous les cas de gérer la pénurie. Pour cela, il faut que les prolétaires hommes et femmes retournent au boulot quitte à bosser gratos par moment. Et parmi eux, que les femmes assument en plus, la charge de la reproduction au sein du foyer. Cette charge est alourdie en temps de crise. Être obligées de faire 10 km de plus pour faire ses courses et payer 20c de moins par produit est un des exemples quotidiens de cette intensification de la journée de travail des femmes.

Si le capital a gagné en Argentine grâce à la bonne gestion et au partage dit « équitable » cela ne veut pas dire qu’il gagnera toujours. Il gagnera tant que les règles du jeu seront les siennes, celles de l’exploitation, de la gouvernance de la pénurie et de la crise.

Ce que nous voulons dire, c’est que ça ne peut pas bien se passer : gérer la crise sera toujours aménager la défaite et qui dit défaite, dit un bon paquet de personnes sur le carreau. Nous sommes trop nombreux pour les miettes toujours plus petites que l’on peut récupérer. Alors autant jouer la gagne.

Voilà pourquoi nous nous définissons comme communistes antigestionnaires.

Ce positionnement est issu d’une adhésion, c’est-à-dire qu’il entre en jeu autre chose que le calcul froid de nos intérêts individuels : face à la débrouille individuelle ou collective, nous voulons nous en sortir ensemble, et par ensemble, on entend tout le monde.

Enfin, nous pensons que c’est dans la perspective d’un mouvement social de lutte contre l’austérité, que les nécessités évoquées plus haut se feront sentir face aux différents discours et pratiques gestionnaires auxquels nous serons confrontés et qu’il faudra combattre.

Nous ne développerons pas plus ici. Il reste beaucoup à dire, à écrire, à discuter. Si vous vous retrouvez sur les bases que nous décrivons, nous vous invitons à diffuser ce texte.

Zimmerwald le 14 juillet par un temps nuageux. Mais le vent tourne.

1 De nombreux débats se sont tenus durant ces rencontres, des comptes rendus seront bientôt disponibles sur le site www.reseauantigestion.org

juil 282014
 
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À travers Micrurus nous — les membres du Collectif Médecine Libertaire — avons simplement souhaité penser et faire penser la médecine d’un point de vue libertaire. Autant parce que la médecine et le rapport que nous pouvons avoir à nos corps est une porte d’entrée dans le politique des plus conséquentes, que parce que ce thème a peu été exploré dans le courant de pensée « anti-autoritaire » de ces dernières années.

  Que l’on fasse une analyse structurale de l’organisation politique de la médecine occidentale ou que l’on se penche sur le biopouvoir et les rapports intimes que chacun·e d’entre nous a pu expérimenter à son contact (ou plutôt au contact de ses institutions ou de ses représentant·e·s), il y a un exercice rupturiste important à mettre en oeuvre. Cette exercice, nous le faisons nôtre dans le but d’arracher aux dominant·es ou à leurs systèmes une autonomie des corps dans une perspective émancipatrice plus large.

  La cohérence de ce premier Micrurus est aussi complexe que son sujet. Certains des textes choisis ici proposent des visions globales, d’autres adoptent des axes de réflexions plus particuliers. Nous avons également choisi de mettre en avant la place du ressenti dans l’activisme politique. Notre but ici n’est pas de construire une nouvelle doctrine, mais de rassembler des textes qui peuvent nourrir la réflexion et amener à des actions.

librement téléchargeable ici : http://sous-la-cendre.info/wp-content/files/Micrurus_0_bd.pdf

Perspectives révolutionnaires ou insurrection de papier ?

 Posted by on 30 mai 2014 at 19 h 30 min  Luttes sociales  Commentaires fermés
mai 302014
 

Repris du site Contretemps. Nous ne partageons pas l’ensemble des propos avec l’auteur, mais cette contribution mérite le détour:

A propos de Kamo et Eric Hazan, Premières mesures révolutionnaires, La Fabrique, septembre 2013, 116 pages.

Il est des livres qui prétendent ou promettent beaucoup, leur titre laissant espérer des réponses aux questions les plus brûlantes que nous impose l’époque, et dont on ressort perplexe, tant les appels vigoureux et légitimes à ne pas se satisfaire du monde tel qu’il va, à ne pas y prendre docilement la place qui paraît nous revenir, cohabitent avec les arguments les plus pauvres et les pistes d’action les moins mobilisatrices. Premières mesures révolutionnaires, coécrit par Kamo1 et Éric Hazan est de ces livres.

Car au-delà d’exclamations avec lesquelles on ne saurait qu’être d’accord (« on a raison de se révolter »), mais vaines et abstraites si elles ne s’accompagnent pas d’une analyse concrète et de propositions pratiques à la mesure des défis contemporains, voilà un ouvrage qui ne permet en rien de sortir de la torpeur intellectuelle et de la sidération politique dans laquelle se trouvent embourbés la gauche radicale et les mouvements sociaux. En effet, les problèmes tactiques et stratégiques auxquels sont confronté-e-s celles et ceux qui – ici et maintenant – prennent parti et luttent pour changer le monde, ne sont qu’effleurés, quand ils ne sont pas implicitement passés sous silence ou explicitement éconduits avec la plus grande désinvolture.

S’il en est ainsi, c’est que le refus de se contenter de réponses prémâchées à la « question révolutionnaire » – que les auteurs se proposent de  rouvrir(p. 8) –, volonté qui fait la force et la vitalité de cet ouvrage court, est aussi à l’origine de sa principale faiblesse. À ne pas prendre au sérieux les débats stratégiques du 20ème siècle2, ouverts pour l’essentiel par la Révolution russe mais prolongés à travers les grèves ouvrières insurrectionnelles de l’après-1918 (Allemagne, Italie, Hongrie, etc.), les guerres de libération nationale (Chine, Cuba, Algérie, Viêtnam, etc.), et les soulèvements anti-bureaucratiques dans les pays du bloc soviétique (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne), on risque en effet de rejouer sans le savoir une partition ancienne et, à tout le moins, de ne guère apprendre des impasses stratégiques dans lesquelles ont pu s’enfermer les mouvements révolutionnaires au cours du dernier siècle.

Cela d’autant plus que ces défaites et erreurs passées, ne serait-ce que la sous-estimation des dangers – dégénérescence bureaucratique ou contre-révolution –, ont rendu la perspective d’une transformation révolutionnaire de la société presque impensable, sinon indésirable, aux yeux d’une grande partie des exploité-e-s et des opprimé-e-s. Si la volonté de « trouver de  nouveaux points d’appui » (p. 8) est donc non seulement louable mais nécessaire, encore faudrait-il préciser ce qui, dans cet « héritage sans mode d’emploi » (Daniel Bensaïd) que composent les doctrines et mouvements révolutionnaires passés, devrait être abandonné et ce qui conserve pour nous une actualité, à condition d’être repensé au vu de la conjoncture présente. À défaut, le spectre des révolutions défigurées, trahies ou défaites, a toutes les chances de ressurgir sous la forme d’une incapacité à nous orienter dans les situations révolutionnaires à venir.

Il importe donc de discuter plusieurs points centraux de cet ouvrage, qui concernent aussi bien l’analyse de la situation sociale et politique dans laquelle nous sommes amené-e-s à intervenir, que l’orientation nécessaire à ceux et celles qui aspirent à rompre avec le capitalisme et à construire une société tout autre, libérée de la dictature du capital et des rapports marchands. Précisions utile afin d’éviter tout faux débat : la critique ne porte en rien ici sur la possibilité de soulèvements révolutionnaires à venir en Europe et en particulier en France, ni d’ailleurs sur le risque d’un « chaos » consécutif à ces soulèvements, mais sur les débats stratégiques que de tels soulèvements ne manqueront pas de mettre à l’ordre du jour, aussi éloignés semblent-ils de notre horizon immédiat.

Vers une évaporation du pouvoir ?

Tout d’abord, si l’on suit les auteurs de l’ouvrage, l’ordre existant serait si affaibli et son existence si précaire qu’il ne tiendrait sur rien d’autre que la violence et la coercition (« il a renoncé à tout argument, hormis celui de la force »). Les peuples n’auraient plus guère d’illusions à l’égard du système qui les opprime et des justifications qu’en donnent ces idéologues organiques de la bourgeoisie que sont économistes, experts et autres éditocrates : « leurs boniments […] ne suscitent que moqueries » (p. 20).

Que les idées des classes dominantes ne soient pas accueillies passivement par des individus aliénés jusqu’à l’aveuglement et passifs jusqu’à l’apathie, c’est l’évidence. Bien que s’appuyant sur des dispositifs managériaux variés qui s’efforcent d’obtenir le travail (même précaire et sous-payé)3, mais aussi sur des institutions qui quadrillent les consciences (École et médias en premier lieu), l’idéologie des classes dominantes n’est jamais toute-puissante, mais elle est dominante en ce sens qu’elle parvient non seulement à faire passer pour évidentes les catégories de l’économie bourgeoise (pensons aux mystifications relatives au « coût du travail »4, au « trou de la Sécu »5 ou à la prétendue nécessité de rembourser la « dette  publique »6), à faire accepter des sacrifices prétendument nécessaires au nom de l’ « intérêt général », mais aussi à entraver l’expression politique autonome des classes dominées7.

En effet, cohabitent presque toujours dans les consciences des dominé•e•s l’adhésion, partielle ou totale, à des pans entiers de l’idéologie dominante, et la mise à distance – par l’indifférence dédaigneuse, l’ironie acerbe ou la critique frontale – du discours dominant8. C’est pour l’essentiel le niveau et l’issue des luttes sociales qui, en définissant le rapport de forces politiques entre dominants et dominé•e•s, détermine les flux et les reflux de la conscience, soit dans le sens d’une remise de soi aux idéologies dominantes et aux appareils de domination, l’État en premier lieu, soit au contraire vers une autonomisation politique et symbolique des groupes dominés (prolétariat, femmes, non-Blancs, etc.), et vers la constitution d’une capacité collective à secouer le joug qui les opprime, y compris sur le plan des idées.

En lien avec le diagnostic pour le moins «  optimiste  » qu’ils formulent, qui clôt avant même de l’avoir posée la question de l’hégémonie et du consentement (au sens gramscien de ces deux termes), les auteurs succombent à un catastrophisme prophétique bien fait pour disposer à l’inaction. Nous serions ainsi à deux doigts d’une « évaporation du pouvoir » (p. 31), d’un « écroulement de l’appareil de domination » (p. 36), ou encore d’un « évanouissement de l’appareil d’État » (p.  56). À quoi bon, en ce cas, s’organiser dès maintenant, se coordonner et se mobiliser collectivement si le système a toutes les chances de s’effondrer de lui-même, par la conjonction et l’amplification de ses propres contradictions internes, ou par la multiplication d’escarmouches avec les forces de l’ordre ? On se demande même en quoi une insurrection serait nécessaire si les structures de pouvoir sont vouées à « s’évanouir ».

On sait le soin que prend Éric Hazan à analyser les pièges que le discours des dominants tend à quiconque cherche à analyser et comprendre le monde tel qu’il va9. Ce choix de terminologie – « évaporation », « évanouissement », « écroulement », etc. – ne doit donc rien au hasard et mérite d’être pris au sérieux. Or, il suffit d’avoir en tête les luttes massives menées par les travailleurs/ses dans plusieurs pays d’Europe ravagés par les politiques d’austérité depuis l’éclatement de la crise financière (Grèce en tête), ou les soulèvements révolutionnaires dans les pays arabes (Tunisie, Egypte, Syrie, etc.), pour comprendre que d’ « évaporation », d’ « évanouissement » ou d’ « écroulement », il n’est nullement question, ni ici ni ailleurs.

Si les appareils d’État ne se sont nullement effondrés et si les économies ne s’écroulent pas totalement, c’est non seulement que le pouvoir des classes dominantes ne tient pas uniquement, ni d’ailleurs principalement, dans la coercition physique, à laquelle elles ne recourent qu’en dernier ressort, mais aussi que les bourgeoisies ont appris des crises précédentes, et notamment de la grande crise du capitalisme ouverte en 1929. Sans même parler de ces « amortisseurs » des crises capitalistes que constituent les systèmes de protection sociale, les services publics, etc. – toutes choses conquises par les mouvements ouvriers et que les gouvernements cherchent actuellement à liquider –, le niveau de coordination des politiques économiques s’est considérablement renforcé entre les puissances capitalistes par rapport à l’entre-deux-guerres, comme se sont perfectionnés les moyens de persuasion douce et de surveillance étroite dont disposent les classes dominantes.

Les effets politiques et idéologiques potentiellement dévastateurs de la récession ont donc pu être atténués et ne se sont nullement accompagnés, du moins pour l’instant, d’un effondrement des États, ni même de la plupart des partis traditionnels (à l’exception du PASOK grec), qui n’ont pourtant pas ménagé leur peine pour que cette crise de leur système, produit des politiques économiques et financières qu’ils ont menées depuis la fin des années 1970, soit surmontée sur le dos des travailleurs/ses. Comment peut-on d’ailleurs imaginer que les classes dominantes laisseraient se décomposer sans broncher les États, vecteurs décisifs de conservation sociale et instruments de répression sans équivalent dans des situations où pouvoirs et privilèges sont remis en cause à une échelle de masse10 ?

Se libérer de l’idée de transition ?

Point crucial dans leur argumentation : les auteurs insistent ainsi sur la nécessité de se défaire de l’idée d’une « période de transition […]  entre l’ancien régime et l’émancipation en actes » (p. 35). Il est en effet juste de mettre en garde contre la transition en tant que mot d’ordre visant à ralentir la maturation d’un processus révolutionnaire lorsque celui-ci est en cours (« qui n’avance pas recule »), à freiner les actions et à limiter les revendications au nom de jours plus propices qui n’arrivent jamais. Généralement avancé par l’aile opportuniste du mouvement révolutionnaire, effrayée par la possible perte de privilèges bureaucratiques, ce mot d’ordre permet d’en appeler à un gouvernement provisoire sans lien avec le soulèvement révolutionnaire, pour mieux enterrer l’idée d’une rupture avec l’ordre ancien.

Demeure néanmoins entier le problème des formes concrètes que pourrait prendre le passage d’une société où le pouvoir économique et politique est exercé par une extrême minorité au profit d’une minorité, à une société tout autre, égalitaire et (réellement) démocratique (« ¡ democracia real ya  ! » comme disent les indigné-e-s espagnol-e-s). Il ne dépend pas des seuls révolutionnaires de se débarrasser du problème de la transition, qui ne désigne pas une simple manœuvre opportuniste mais découle de l’inertie des structures de domination et de rapports de force parfois défavorables aux partisans de l’insurrection au cours même du processus révolutionnaire.

Les auteurs manquent en fait la double vérité de toute rupture révolutionnaire en réduisant la révolution comme processus à la révolution comme moment, c’est-à-dire comme insurrection. Cela aboutit à une double insuffisance : d’une part, l’accent n’est pas mis sur le caractère chaotique de toute trajectoire révolutionnaire11, passant par des phases d’euphorie, des coups d’arrêt voire des régressions puis de brusques remontées ; d’autre part, le moment insurrectionnel n’est jamais pensé sérieusement en tant que tel, c’est-à-dire comme épreuve de force, voire comme assaut soudain du pouvoir d’État, avec les problèmes d’ordre politico-militaire que pose une telle prise d’initiative dans les conditions actuelles (surarmement des appareils d’État, armée de métier, etc.). Ainsi la référence à l’insurrection fait-elle davantage figure d’évocation littéraire que de perspective stratégique12.

Ce dont la « transition » est le nom, c’est de la situation instable et forcément temporaire durant laquelle les rapports capitalistes/marchands n’ont pas encore été abolis complètement, aussi bien dans l’objectivité des formes de travail et d’échange que dans les subjectivités, façonnées par les logiques de concurrence et d’accumulation caractéristiques du capitalisme. Mais la transition désigne également ce moment où s’intensifient les luttes entre les formes nouvelles de pouvoir démocratique qu’inventent les classes dominées au cours même des processus révolutionnaires, et les formes de pouvoir propres aux classes dominantes, qui se manifestent notamment dans le cadre des appareils répressifs d’État.

Si les auteurs peuvent s’épargner le problème de la transition, c’est qu’ils se sont débarrassés préventivement – par décret théorique – de la question du pouvoir, en postulant l’ « évanouissement » quasi spontané des structures de domination inhérentes aux sociétés capitalistes. Nulle raison de penser une situation potentielle de double pouvoir, durant laquelle coexisteraient et s’affronteraient pouvoir populaire et pouvoir d’État, démocratie révolutionnaire et démocratie représentative, dès lors qu’on postule une « évaporation » ou un « écroulement » du pouvoir des classes dominantes. Or la transformation des États durant les trente dernières années ont plutôt vu un renforcement de ce pouvoir, à travers un procesus de « repatrimonialisation » – via notamment une fiscalité de plus en plus favorable aux plus riches et aux grandes entreprises capitalistes13 – doublé de l’accroissement du caractère pénal de l’Etat (au sens où Loïc Wacquant oppose « État social » et « État pénal »14).

Mais si la question de la transition est aussi aisément escamotée, c’est qu’Hazan et Kamo s’en tiennent à des réponses vagues et problématiques quant aux formes d’organisation et aux modes de décision qui pourraient émerger d’un processus révolutionnaire. Invoquant des « groupes de travail » formés sur la base du volontariat, qui auraient notamment pour tâche la résolution des problèmes hérités des sociétés capitalistes et productivistes (le démantèlement des centrales nucléaires par exemple), ils n’envisagent à aucun moment que ces groupes puissent être investis, et détournés de leur vocation première, par des adversaires de la révolution. Il faut citer en détail ce passage :

« En faire des groupes d’élus reviendrait à reconstituer de petits parlements, avec les inconvénients que l’on a vus. Une façon de procéder serait que s’y retrouvent celles et ceux qui ont envie d’y participer – qui s’intéressent à la question, qui ont réfléchi sur le sujet, qui ont ou avaient un emploi dans le secteur – bref, des volontaires. Il n’y a guère de risque que l’on se bouscule pour participer à de tels groupes par opportunisme ou recherche d’avantages matériels, vu que la fonction n’apportera aucun privilège financier mais plutôt un sacrifice de temps, une dépense d’énergie, un bouleversement de vie – raisons pour lesquelles elle ne pourra être qu’assez brève, avec une relève par roulement » (p. 77).

Par refus légitime d’un parlementarisme bavard qui, en séparant arbitrairement discussion et exécution des décisions, n’engage à rien ceux qui palabrent et détournent au passage l’attention des lieux véritables du pouvoir, les auteurs en viennent à refuser l’idée même de débats politiques et pluralistes – à tous les niveaux pertinents, du plus local jusqu’à l’échelle internationale – concernant l’ensemble des domaines de l’existence, et s’épargnent le problème des conditions d’une possible irruption des classes populaires et de l’ensemble des opprimé•e•s sur la scène, politique et sociale, où se façonnent leurs destinées.

La critique de ce que Marx nommait déjà le « crétinisme parlementaire » permet de justifier un mode d’organisation – les « groupes de travail » évoqués plus haut – qui a toutes les chances de se muer en règne de l’expertise dès lors que ne sont pas envisagés et recherchés des modes d’intervention, de débat et de contrôle proprement populaires. Qui, en effet, se sentirait appelé à venir grossir les rangs, « volontairement » (sic), de ces groupes de travail, sinon ceux qui imaginent – sur tel ou tel sujet – avoir une compétence particulière, ceux que leurs parcours antérieurs et leur « capital culturel » ont disposé à se penser incontournables et qui chercheront par là à s’aménager un statut (et quelques privilèges) dans la nouvelle société ?

«  Les groupes de travail n’auront pas de président mais un coordinateur pour l’organisation matérielle des séances, leur enregistrement, leur diffusion, etc. [comment seront choisis ces coordinateurs, sachant que «  l’organisation matérielle des séances  » peut à l’évidence être la source d’un pouvoir ?]. Pour traiter des questions difficiles, ils pourront inviter des spécialistes scientifiques ou techniques, qui n’auront rien de commun avec les experts de naguère : choisis [par qui et selon quel type de procédure ?] parmi les partisans du nouveau cours [qui décidera du degré de soutien des uns et des autres au «  nouveau cours  » ?], ils participeront aux discussions à égalité avec n’importe qui  » (p. 77).

Mais plus encore, doit-on considérer, dans un réflexe hyper-individualiste, que l’intervention d’organisations collectives défendant des perspectives communes – qu’on les appelle « partis », « mouvements », « réseaux », « groupes », « comités », « sections », peu importe – constituerait nécessairement une entrave à un changement radical de société, ou au contraire que c’est en s’organisant collectivement et en menant les nécessaires débats, là encore à tous les niveaux de décision pertinents, que les classes dominées prendront confiance dans leur capacité à transformer les rapports sociaux ?

Mieux, si l’on considère que ces « partis », « mouvements » ou « réseaux » constituent en effet une entrave, comment empêchera-t-on les individus, engagés ou non dans le processus révolutionnaire, de s’organiser collectivement pour l’infléchir dans tel ou tel sens ? Selon un paradoxe qui n’est qu’apparent, seul un appareil de surveillance et de répression digne des États capitalistes d’aujourd’hui ou des États bureaucratiques d’hier, pourrait assurer que les « groupes de travail » ne soient pas investis par des groupes organisés voire détournés de leur vocation originelle.

Une alternative existe, qui permettrait d’éviter une telle impasse : mettre au premier plan l’auto-organisation des opprimé-e-s, prenant non seulement le temps de discuter de tout ce qui les concerne mais assumant un contrôle direct et un suivi effectif des décisions prises par les structures démocratiques constituées pour réorganiser la société. Mais cela suppose la possibilité pour eux de constituer autant d’organisations collectives qu’ils le souhaitent (et qui reflèteraient les clivages nouveaux que ferait inévitablement émerger un processus révolutionnaire). Or cette solution est explicitement exclue par les auteurs :

« Quant aux ’’décisions’’ prises, la meilleure façon de s’assurer qu’elles soient sensées réside, non pas dans un ’’contrôle populaire’’ toujours manipulable [comment éviter que les «  groupes de travail  » ne soient eux-mêmes manipulés ?], mais dans leur mode d’application. En l’absence d’un exécutif central, ce sera aux groupes de travail eux-mêmes d’organiser la mise en œuvre des mesures qu’ils auront proposées. Être directement confronté à ce qu’implique pratiquement une mesure, devoir emporter la conviction générale [comment s’assurera-t-on d’une telle « conviction générale »  sans procédure démocratique pour en vérifier l’existence ?], cela dissuade de suggérer des solutions irréalisables ou dictées par tel ou tel intérêt inavouable » (p. 78).

Se trouve ainsi effacée toute référence à un champ politique – que ce soit au niveau local, régional, national ou supranational – où s’affronteraient différentes orientations au sein même du mouvement révolutionnaire. C’est pourquoi non seulement le rôle des organisations n’est pas réfléchi, celles-ci étant implicitement considérées par les auteurs comme un obstacle à tout changement social, mais ces derniers s’épargnent au passage le problème des conditions d’une déprofessionnalisation du politique – ou positivement d’une appropriation populaire du politique –, puisque le politique serait en quelque sorte aboli par l’insurrection victorieuse.

Les auteurs succombent ainsi à ce que D. Bensaïd nommait l’ « illusion sociale », en référence aux ouvrages de John Holloway15. Mais ils vont plus loin encore en proposant une version hyper-décentralisée de l’idée saint-simonienne d’un passage (immédiat) du « gouvernement des hommes » à « l’administration des choses », qui leur permet d’esquiver la question du pouvoir au nom d’une juste critique de ce que le révolutionnaire russe Rakovsky nommait les « dangers professionnels du pouvoir »16.

Rendre la révolution irréversible ?

Les auteurs prétendent, à travers ce livre, proposer un « plan pour rendre l’insurrection irréversible […], pour sortir du cycle trop connu des révolutions ratées », fondé sur « la séquence révolution populaire – gouvernement provisoire – élections – réaction ». Louable intention, car il est urgent de sortir de l’impasse stratégique dans laquelle la gauche et les mouvements sociaux sont empêtrés. Mais en quoi consiste ce «  plan  » qui doit nous aider à éviter les erreurs passées et nous permettre d’ouvrir, sans détours ni revirement, le champ des possibles ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce plan n’est pas même esquissé. Car pour rendre « irréversible », non simplement l’insurrection mais le processus révolutionnaire, on ne saurait faire l’impasse sur l’examen des menaces externes et des dangers internes qui guettent toute révolution. À mesure en effet que se trouve posée la question du pouvoir et visée l’abolition des privilèges de toutes sortes dont est faite la société capitaliste, il ne peut manquer de s’opérer aussi bien un aiguisement des luttes de classes qu’une polarisation au sein des forces sociales engagées dans le processus.

Gageons que les auteurs ne croient pas sérieusement que les classes dominantes – à l’intérieur des frontières nationales comme à l’extérieur – demeureraient passives devant une tentative résolue et consciente d’en finir avec les rapports d’exploitation, par exemple devant une répudiation de la dette publique décidée unilatéralement par un gouvernement révolutionnaire conséquent. Alors, pourquoi ne pas le dire et prendre au sérieux ces « premières mesures révolutionnaires » qu’il importerait de mettre en œuvre pour entraver les actions que la bourgeoisie entreprendrait à coup sûr, au niveau national et international, pour mettre fin à une telle expérience ?

Les auteurs demeurent largement muets sur ces mesures, qu’on pense par exemple à la socialisation intégrale du système bancaire, à la réquisition des grands moyens de production et d’échange ou à l’exercice d’un contrôle des travailleurs sur les comptes (des entreprises et des administrations) ou sur l’embauche, qui permettraient pourtant de penser les conditions de possibilité d’une rupture avec le pouvoir capitaliste. En lieu et place, Hazan et Kamo paraissent très inquiets que se manifestent des formes violentes de ressentiment, pendant ou après l’insurrection, contre les classes dominantes déchues (p. 86-89). Ainsi reprennent-ils implicitement à leur compte le discours dominant sur les excès des révolutions, sans jamais rappeler que les accès de violence à l’initiative des révolutionnaires sont presque toujours des réactions à la violence contre-révolutionnaire et aux tentatives de maintenir ou de restaurer l’ordre ancien.

Quand il leur arrive de faire face à l’épineux problème – qui s’est posé à toutes les révolutions – de la lutte nécessaire contre les ferments de contre-révolution, les mesures qu’ils suggèrent apparaissent davantage comme des tours de passe-passe qui n’attaquent guère le pouvoir des classes dominantes dans ses fondements (économiques et politiques). À ce propos, il vaut la peine de citer longuement un passage de l’ouvrage, qui donne à voir l’inconséquence de la réponse proposée à ce problème :

« L’appareil d’État s’est dissous, ses débris tournoient dans le vide. Ceux qui se réunissaient chaque semaine pour régler les affaires courantes et qu’on qualifiait contre toute évidence de ’’gouvernement’’ sont hébétés, éparpillés dans la nature, certains en fuite. Mais le premier moment passé, ils vont chercher à se retrouver, à se concerter, à préparer la revanche. Pour qu’ils restent inoffensifs, il faut les maintenir dispersés. Ces gens-là fonctionnent par réunions, dans des bureaux, avec des dossiers. Nous les leurs ôterons : nous fermerons, nous ferons murer et garder tous les lieux où tournaient hier encore les rouages de l’État, du palais de l’Élysée à la plus reculée des sous-préfectures – ou nous y installerons des crèches, des hammams, des cantines populaires comme dans les hôtels de luxe à Barcelone en 1936. Nous couperons leurs lignes de communication, leurs intranets, leurs listes de diffusion, leurs lignes téléphoniques sécurisées. Si les ministres déchus et les chefs de la police haïs veulent se réunir dans des arrière-salles de cafés, libre à eux. Privés de leurs bureaux, ces bureaucrates seront incapables d’agir » (p. 37).

Bel optimisme, mais reposant sur une analyse fausse des sources du pouvoir bureaucratique  : ce n’est évidemment pas l’existence matérielle de bureaux, de dossiers, de lignes de communication ou de listes de diffusion qui fondent ce pouvoir mais la division du travail et la spécialisation qui en dérive des tâches de gestion, de conception et de contrôle, en somme la professionnalisation de l’exercice du pouvoir dans l’ensemble des organisations (entreprises privées, administrations publiques, organisations syndicales et politiques, associations, etc.).

En outre, ne faut-il pas se préparer à l’émergence, au sein même des forces révolutionnaires, de groupes ou de couches sociales qui agiront de manière à satisfaire leurs intérêts particuliers au détriment de l’approfondissement du processus révolutionnaire, éventuellement jusqu’à l’étranglement de celui-ci ? Toute l’histoire des révolutions passées démontre en effet, de manière suffisamment dramatique pour qu’on y prête attention, ce qu’il en coûte de succomber à l’illusion d’une résolution automatique, au lendemain de l’insurrection ou au cours du processus révolutionnaire, de ces deux problèmes fondamentaux : dérives bureaucratiques et périls contre-révolutionnaires. Si l’on ne saurait s’en prémunir une fois pour toutes, s’y préparer collectivement et faire vivre la démocratie dans nos organisations, nos collectifs et nos mouvements, sont la moindre des précautions que peuvent prendre, dès maintenant, ceux et celles qui aspirent à transformer radicalement la société.

Et maintenant ?

Pour quiconque s’interroge sur ce qu’il importe de faire dans l’immédiat, la réponse proposée par Hazan et Kamo – « faire évoluer ces groupes [en révolte] en constellations subversives par le jeu des amitiés, des espoirs partagés, des luttes menées en commun, de proche en proche » – ne pourra paraître qu’insatisfaisante. Non que les amitiés et espoirs unissant les groupes en révolte soient quantité négligeable dans la lutte pour une société communiste, mais il est pour le moins douteux qu’ils suffisent à renverser le pouvoir des classes dominantes.

C’est qu’un des points aveugles de cet ouvrage tient, paradoxalement, dans les rapports de domination qui structurent la société capitaliste et les luttes collectives qui sont d’ores et déjà menées quotidiennement et qui pourraient donner matière à réflexion, notamment quant à leur incapacité à déboucher sur une expression politique anticapitaliste de masse17. Or, si l’on se refuse à ce que les « premières mesures révolutionnaires » constituent un programme élaboré en chambre et imposé du dehors, elles ne peuvent que s’inscrire en prolongement de ces luttes, non comme une émanation spontanée, mais en interaction entre le mouvement réel et l’intervention en son sein de militants et de groupes révolutionnaires, c’est-à-dire a minima reconnaissant la nécessité d’une révolution pour en finir avec le système capitaliste.

Pire, les auteurs manifestent, en plusieurs passages de l’ouvrage, une attitude sectaire les amenant à se poser en extériorité de l’essentiel des luttes actuelles et de tous les cadres militants existants. Ainsi les aspirations écosocialistes et les mobilisations antifascistes sont-elles réduites à des  «  leurres  », qui feraient écran à une véritable « poussée révolutionnaire » (p.  104). Cela sans parler des lieux de travail, qui ne sont pas même évoqués, et plus spécifiquement du syndicalisme alors même que ce dernier demeure – malgré sa crise structurelle et son intégration des directions confédérales à l’État, notamment à travers la multiplication des instances de «  dialogue social  » – l’une des principales sources de contestation sociale au sein des sociétés capitalistes18.

Ne pas succomber aux nostalgies ouvriéristes ne saurait impliquer de perdre de vue ce qui se joue de décisif dans les entreprises et de s’y organiser pour combattre la dictature du capital. Près de nous, l’expérience du LKP en Guadeloupe rappelle non seulement le rôle d’impulsion que peuvent avoir les syndicalistes et les sections syndicales, pour peu qu’ils refusent la collaboration de classes ; Mais ce mouvement a posé plus largement la question des formes que pourrait prendre une mobilisation populaire radicale, dans une situation où chômage, précarité et travail informel concourent pourtant à fragmenter le camp des opprimé-e-s. Revenir sur une telle séquence, beaucoup plus significative à mes yeux que l’expérience de Tarnac invoquée dans l’ouvrage (p. 83-84), permettrait d’en mesurer les apports et limites en la confrontant à des mouvements comme la grève des travailleurs/ses sans-papiers en 2008-2009, le mouvement de masse contre la réforme des retraites en 2010 ou la lutte obstinée contre la création d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Plus généralement, ayant écarté de manière décisoire la question du pouvoir au profit d’un idéal d’ « ingouvernabilité » (p. 9), les auteurs ne pensent à aucun moment la manière dont les instruments collectifs de lutte que se sont donnés les classes dominées dans la société présente (syndicats, collectifs, coordinations, etc.), et ceux qu’ils inventeront au cours du processus révolutionnaire (assemblées, comités de mobilisation, conseils, coordinations, etc.), pourraient constituer l’embryon d’un pouvoir inédit, capable à la fois de briser les tentatives de contre-révolution, d’assurer les conditions d’une participation de tou-te-s à l’œuvre collective et de jeter les bases d’une société nouvelle, tout en évitant la confiscation du processus révolutionnaire au profit d’une nouvelle classe dominante et la consolidation d’un nouvel appareil d’État fonctionnant comme instrument de domination d’une classe.

Si le livre d’Éric Hazan et de Kamo connaît un succès certain, malgré les importantes limites mises en évidence ici, ce n’est pas seulement en tant qu’heureux symptôme d’un désir de radicalité ou parce que son spontanéisme traduit un sentiment anti-organisations qui s’est répandu à partir des années 1980, à mesure que les partis de gauche (PS, PCF et Verts) et les directions syndicales trahissaient les espoirs populaires placés en eux. La gauche révolutionnaire a également sa part de responsabilité, n’étant pas parvenue – du moins pour l’instant – à poser à une échelle large plusieurs questions qui apparaissent décisives dans la période (question raciale, Union européenne, productivisme, etc.), à renouveler son paradigme stratégique (ce qui ne signifie en rien abandonner les acquis de la gauche antistalinienne), mais aussi à repenser les rapports interpersonnels au sein de courants qui restent marqués par des décennies de durs combats à contre-courant. Pire, les organisations à la gauche du PS ont pu – et peuvent encore – contribuer à la montée de l’islamophobie19, au mirage d’une réforme des institutions de l’Union européenne20, ou encore à l’illusion d’un évitement du basculement climatique sans rupture radicale avec le productivisme21.

Plus spécifiquement, la gauche radicale continue de pâtir d’une forme d’ouvriérisme qui, non seulement dispose à un anti-intellectualisme prenant prétexte de l’intellectualisme des intellectuels de profession, mais continue à l’amener, particulièrement dans le cas d’une organisation comme Lutte ouvrière, à négliger les luttes dépassant le strict cadre de l’entreprise. Il ne suffit pas en effet de faire la (juste) critique d’une conception réductrice de la classe ouvrière, en élargissant cette catégorie à l’ensemble des travailleurs contraints de vendre leur force de travail (employés administratifs et commerciaux, techniciens et ingénieurs, enseignants et personnels des hôpitaux, etc.), pour en avoir fini avec les impasses ouvriéristes. Encore faut-il prendre au sérieux une série de questions qui n’apparaissent secondaires que si l’on se satisfait d’une compréhension appauvrie de la logique du système capitaliste, ramenée à l’extorsion de la plus-value au niveau de l’entreprise et à la marchandisation du monde.

Quelle relation entre luttes économiques et combats politiques ? Quelle articulation entre mobilisations dans les entreprises, contre les licenciements ou la détérioration des conditions de travail, et résistances dans les lieux de vie, contre l’urbanisation capitaliste et la gentrification ? Comment faire face à l’atomisation des travailleurs/ses  liée au chômage de masse, à la précarisation généralisée, à la multiplication des statuts d’emploi au sein d’une même entreprise et à la sous-traitance en cascade ? Comment combiner les résistances à l’exploitation et la lutte contre le racisme systémique et le patriarcat, qui rendent impensable l’auto-constitution du prolétariat en tant que sujet politique autonome et unifié ? Quelles traductions concrètes pourrait avoir une stratégie de front unique, dans les conditions présentes, visant à contester l’hégémonie capitaliste ? Quelle place pour la grève générale mais aussi pour les confrontations électorales et les batailles d’idées dans une stratégie de conquête du pouvoir ? Quel rôle pour les militants et organisations révolutionnaires dans les mouvements sociaux ? Quelle articulation entre les nécessaires combats défensifs (en particulier l’antifascisme) et la lutte pour le pouvoir ?

Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres encore22, que la gauche révolutionnaire devrait remettre sur le métier en se gardant de tout dogmatisme, pour espérer conquérir une large audience et devenir capable de peser sur le cours des choses. À défaut, elle laisse un espace vacant, non seulement pour des forces réformistes plus ou moins radicales et des issues strictement électorales, mais aussi pour des courants et théoriciens qui – tels Éric Hazan et Kamo – offrent des réponses, certes grisantes mais essentiellement incantatoires. Pour ne prendre qu’un exemple : on n’en a assurément pas fini avec la question du pouvoir en affirmant que celui-ci va s’ « évaporer » ou s’ « évanouir » une fois l’insurrection venue. Mais au moins cela constitue-t-il une réponse, là où les courants anticapitalistes et révolutionnaires se contentent généralement de renvoyer à un moment plus propice la position du problème, au nom du refus des solutions « clé en main ».

Reste que, pour les raisons indiquées plus haut, on ne saurait compter sur une telle « évaporation du pouvoir », qui nous exonèrerait des combats politiques et idéologiques visant à entraîner dans une lutte ouverte contre le capital et son État des franges de plus en plus larges du prolétariat. L’ordre du jour est donc au renforcement des cadres de résistance existant ici et maintenant sur des questions très diverses, à l’élaboration collective d’une stratégie d’émancipation à la hauteur des défis posés par le capitalisme autoritaire, et à la construction de fronts politiques et sociaux qui, s’ils se donnent pour ambition d’opposer un pouvoir populaire aux classes dominantes, ne sauraient se réduire à des fronts électoraux.

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  • 1. À noter que ce pseudo est emprunté à un militant proche dans sa jeunesse de Staline et responsable de braquages visant à renflouer les caisses du parti Bolchevik.
  • 2. Voir : D. Bensaïd, «  Sur le retour de la question politico-stratégique  ».
  • 3. Voir notamment : N. Jounin, Chantier interdit au public. Enquête sur les travailleurs du bâtiment, Paris, La Découverte, 2007 ; M.  Benquet, Encaisser. Enquête en immersion dans la grande distribution, Paris, La Découverte, 2013.
  • 4. L. Cordonnier, «  Coût du capital, la question qui change tout  », Le Monde diplomatique, juillet 2013.
  • 5. J. Duval, Le mythe du ’’trou de la sécu’’, Paris, Raisons d’agir, 2007.
  • 6. F. Chesnais, Les dettes illégitimes, Paris, Raisons d’agir, 2011.
  • 7. I. Garo, L’idéologie ou la pensée embarquée, Paris, La Fabrique, 2009.
  • 8. Sur cette conception de la conscience contradictoire, voir : A. Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Paris, La Fabrique, 2011, p. 112.
  • 9. Voir notamment : É. Hazan, LQR. La propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006.
  • 10. Il n’est pas question ici d’affirmer que les Etats nationaux sont le seul cadre d’organisation des classes dominantes. Ces dernières ont su au contraire multiplier les cadres leur permettant de coordonner leur action sur le plan idéologique, économique et politique : « think tanks » néolibéraux, organisations patronales, structures de lobbying (telles que l’ERT au niveau européen), Commission européenne, Banque centrale européenne, organisations internationales (FMI, OMC, Banque mondiale), etc.
  • 11. Comme le montre parfaitement Gilbert Achcar dans son livre sur les soulèvements populaires dans les pays du Moyen-Orient depuis 2011 : Le peuple veut, Paris, Actes sud, 2013. Voir également, sur le cas du Chili sous Allende, le livre récent de Franck Gaudichaud : Chili 1970-1973. Mille jours qui ébranlèrent le monde, Rennes, PUR, 2013. On pourrait également évoquer la séquence révolutionnaire portugaise d’avril 1974 à novembre 1975 : « 40 ans après, grandeur et limites de la Révolution portugaise ».
  • 12. Même en consultant L’insurrection qui vient, on n’y trouve pas le début d’une analyse des conditions de possibilité d’une insurrection dans les conditions présentes, et de ce que cela impliquerait concrètement, si du moins on prend au sérieux le mot d’ «  insurrection  ».
  • 13. T. Piketty, Le capital au XXIè siècle, Paris, Seuil, 2013.
  • 14. L. Wacquant, Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Marseille, Agone, 2004.
  • 15. Voir : D. Bensaïd,  « Et si on arrêtait tout ? « L’illusion sociale » de John Holloway et de Richard Day  », Revue internationale des livres et des idées, 2008, et « La Révolution sans prendre le pouvoir ? », paru initialement dans Contretemps, 2003, n°6. Voir également, pour une critique de Crack Capitalism  : P. Blackledge, « In perspective : John Holloway », International Socialism, 2012, n°136.
  • 16. Voir : K. Rakovsky, « Les dangers professionnels du pouvoir. Une lettre sur les causes de la dégénérescence du parti et de l’appareil d’Etat  », 1928.
  • 17. Sur ce point, voir : S. Kouvélakis, La France en révolte. Luttes sociales et cycles politiques, Paris, Textuel, 2007.
  • 18. Sur les contestations dans le monde du travail en France, voir notamment : S. Béroud, J.-M. Denis, G. Desage, B. Giraud, J. Pélisse, La lutte continue. Les conflits du travail dans la France contemporaine, Bellecombe-en-Bauge, Le Croquant, 2008 ; S. Béroud et P. Bouffartigue, Quand le travail se précarise, quelles résistances collectives ?, Paris, La Dispute, 2009. Sur les stratégies patronales de pacification et de répression, voir  le numéro 50 de la Revue Agone, publié en 2013 et coordonné par Étienne Pénissat.
  • 19. L. Lévy,  «  La gauche  », les noirs et les arabes, Paris, La Fabrique, 2010.
  • 20. Voir : P. Sotiris, «  La gauche face à l’Union européenne  », Contretemps, mars 2014.
  • 21. Voir : M. Löwy, Manifeste pour l’écosocialisme, Paris,  Mille et une nuits, 2011 ; D. Tanuro, L’impossible capitalisme vert, Paris, La Découverte,  2012.
  • 22. Pour un aperçu, voir : S. Kouvélakis (dir.),  Y a-t-il une vie après le capitalisme ?, Paris, Le temps des cerises, 2008.
date:

04/05/2014 – 21:40

Ugo Palheta

Le MNLA reprend Kidal

 Posted by on 26 mai 2014 at 12 h 55 min  Actualité Internationale, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 262014
 

source: jura libertaire

Les Touaregs reprennent le contrôle de Kidal

Les combattants touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) ont repris le contrôle total de la ville de Kidal, ce 21 mai 2014.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/05/024.jpg?w=695Forts du soutien des forces internationales, notamment la France, les dirigeants de l’État malien ne peuvent s’empêcher d’abuser de ce pouvoir que la France leur a octroyé. Le 16 mai 2014, des militaires maliens font usage de balles réelles pour essayer de repousser des manifestants, en majorité femmes, venus dénoncer la venue du premier ministre malien à Kidal. Le lendemain, c’est aux positions du MNLA qu’ils se sont attaqués, ce qui a contraint les combattants du MNLA à réagir et de violents combats ont lieu, combats durant lesquels les combattants touaregs ont infligé des pertes considérables à l’armée malienne. Le gouvernorat de Kidal ainsi que certaines positions sont passés sous le contrôle des Touaregs.

Durant toute cette confusions qu’a vécu la ville de Kidal, les forces internationales présentes sur place ont joué un rôle malsain en se positionnant systématiquement en faveur de l’État malien [Alors que la France n’a pas dénoncé la répression des civiles par les l’armée malienne le 16 mai, ni l’usage de balles réelles contre des manifestants pacifiques, elle s’est empressé de dénoncer l’action du MNLA le lendemain qui n’a fait que se défendre. La France a même osé parler d’otages au sujet des soldats maliens faits prisonniers par le MNLA. La même attitude a été adoptée par les nations Unies représentées sur place par la Minusma.].

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/05/033.jpg?w=695

Le mercredi 21 mai, c’est à l’arme lourde que les soldats de l’armée malienne présents encore à Kidal se sont attaqués aux habitations de civils. Excédés, les combattants touaregs dont les positions ont été visées par les soldats maliens ont riposté et très vite, comme d’habitude, ont pris le dessus sur l’armée malienne qui ont été chassés de la ville de Kidal. Dans un communiqué, rendu public le 21 mai, le MNLA déclare que “suite à l’agression et à l’attaque de nos positions par l’armée malienne tôt ce matin, l’ensemble des positions occupées jusqu’ici par les forces armées maliennes sont à présent sous le contrôle des forces combattantes de l’Azawad”. Dans son communiqué, le MNLA appelle la communauté internationale “à tout mettre en œuvre pour assurer la protection des populations de l’Azawad en territoire sous contrôle malien contre toute tentative de représailles de la part de l’armée malienne défaite”. En effet, il faudra s’attendre à des opérations de représailles qui seront menées, comme d’habitude, contre les populations civiles touarègues aussi bien par l’armée malienne que par les milices et mercenaires à qui elle l’a l’habitude de sous-traiter ces actions crapuleuses.

Le jeudi 22 mai 2014, c’est Anderboukane qui tomber sous le contrôle du MNLA : les militaires maliens y ont été chassés. Selon des informations qui parviennent du terrain, des combats on lieu à Menaka. Les combattants touaregs comptent libérer la ville de l’occupation malienne avant la tombée de la nuit.

Tamazgha, le site berbériste, 22 mai 2014

Quelques idées sur le mouvement zapatiste

 Posted by on 11 mai 2014 at 13 h 40 min  Anarchisme  Commentaires fermés
mai 112014
 

Quelques idées sur le mouvement zapatiste

repris de non-fides

 

samedi 10 mai 2014

 

Ce texte a été publié en mars 2013 en espagnol, par La letra armada, un collectif anti-autoritaire du Mexique, et traduit en français en août 2013. Il s’agit d’une rapide présentation du mouvement zapatiste tel qu’il existe de nos jours, et d’une critique de l’implication d’anarchistes dans ce mouvement.

 

En parlant du mouvement zapatiste on pourrait croire que c’est un mouvement contemporain sans racines dans le passé. Cependant le zapatisme tel que nous le connaissons aujourd’hui est en réalité une récupération du mouvement dirigé par Emiliano Zapata au début du XXe siècle, durant la période de la guerre civile connue comme la Révolution Mexicaine.
Sous la devise de “la terre est à celui qui la travaille“, Zapata avait réuni plus de 27 000 hommes et femmes, la majorité des indigènes et paysans du sud du pays, dans l’Armée Libératrice du Sud afin qu’ils luttent pour la réappropriation des terres qui avaient été confisquées par des notables et des grands propriétaires terriens. Un point que le gouvernement soi disant révolutionnaire de Francisco Madero n’avait pas voulu inclure dans son plan de gouvernement, ce qui lui valut une rupture avec eux. Cette rupture implique que les zapatistes, à travers le plan Ayala, ne le reconnaissent pas (et les deux présidents suivants) et construisent un mouvement autonome du pouvoir étatique qui perdure formellement jusqu’en 1919 (année de l’assassinat de Zapata), mais qui informellement continue d’être en vigueur pendant tout le XXe siècle.

Le 1er janvier 1994, le jour commence avec en gros titres dans tous les journaux : 3000 indigènes qui s’appellent eux-mêmes Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional – EZLN), prennent la tête de sept communes au Chiapas. Ils lancent une déclaration de guerre contre le gouvernement et annoncent leur intention d’arriver jusqu’à la capitale du pays. Le soulèvement dura douze jours, durant lesquels de nombreuses personnalités (religieuses, intellectuelles, culturelles), collectifs, organisations, individus… demandent l’arrêt de l’affrontement.

Ces nouveaux zapatistes commencent un processus de dialogue avec le gouvernement qui mène aux Accords de San Andrés (1996), dans lesquels ils demandent que l’État mexicain reconnaisse, entre autres choses, le droit à l’autonomie, la culture, les droits des peuples indigènes dans la constitution et en même temps de satisfaire les demandes de justice et d’égalité pour les indigènes et les pauvres du Mexique. Comme cela avait eu lieu plusieurs années auparavant, le gouvernement les trahira (ainsi que les quelques 65 peuples indigènes qui vivent dans le pays), leur donnant des miettes suite à leurs demandes. L’EZLN décide alors de rompre les relations, et commence à travailler indépendamment du gouvernement en misant sur la construction de l’autonomie.

Bien que la lutte des zapatistes ait été lancée pour obtenir le droit à l’autodétermination, dans ses demandes il n’y a pas d’intention de construire un État indépendant de la République mexicaine. L’idée est plutôt que le gouvernement les reconnaisse et n’invisibilise plus les peuples indigènes du pays. C’est ainsi que dans tous leurs actes publics ils entonnent l’hymne national et prêtent serment face au drapeau national, en forme d’affirmation de leur appartenance au pays.

En 2003 on voit s’officialiser la division entre la partie civile de l’organisation, appelée Bases d’appui zapatistes-BAZ (pour la plupart des indigènes tzeltales, tojobales, tzotziles, etc.) et la partie militaire, vu qu’ils considèrent que la partie militaire s’immisce dans le processus démocratique et prend le dessus. Ainsi les Conseils de Bon Gouvernement (Juntas de Buen Gobierno-JBG) restent à charge de la sécurité, des processus démocratiques et de la construction et du développement de l’autonomie ; et l’EZLN reste immergée dans les montagnes et la forêt du Chiapas en n’ayant des contacts publics qu’au travers de communiqués.
Les BAZ et les JBG misent sur un nouveau plan de travail et ouvrent des liens directs avec la dite « société civile organisée » : ils développent une activité abondante de diffusion et propagande (dont la revue Rebeldía), créent des organisations hors du territoire zapatiste comme le Front Zapatiste de Libération Nationale, ouvrent des espaces de soutien comme la Cafetería Comandanta Ramona et permettent l’entrée de milliers de personnes dans les communautés comme observateurs ou coopérateurs.

En 2005 l’EZLN lance la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone dans laquelle elle appelle toutes les organisations anticapitalistes de gauche à former un front national, horizontal, sans parti, qui lutte pour la construction d’un autre Mexique sans président et une nouvelle constitution qui contienne une réponse aux demandes de tous les groupes en lutte du pays. Des centaines de collectifs, organisations et individus de gauche de tout le pays répondent à l’appel et se déclarent adhérents, y compris de nombreux collectifs anarchistes. C’est ainsi qu’est organisée une Rencontre Anarcho-galactique par des collectifs qui soutiennent cette initiative et voient dans un mouvement de type plateformiste (sous des accords idéologiques minimums) la possibilité de s’unir avec d’autres personnes pour la construction d’une alternative sans leaders ni État.

L’Autre Campagne (La Otra Campaña : nom du mouvement qui apparaît à la suite de la publication de la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone) se définit sans parti, cependant certains partis de gauche se sont déclarés adhérents. Le Parti Communiste (sans registre formel au Mexique) s’est chargé d’apporter ses images iconiques de leaders à chaque assemblée ou rencontre et essaie en même temps d’introduire ses idéaux politiques. Cela favorise aussi la participation de personnes appartenant à des partis de gauche dans le travail de base au sein de l’initiative des zapatistes.

Dans les deux cirques électoraux qui ont eu lieu depuis qu’est apparu La Otra Campaña, de nombreux individus adhérents ont appelé au vote utile pour battre l’ultra-droite (représentée par les partis PRI et PAN) et mettre au pouvoir la « gauche » (PRD), soi- disant un parti qui pourrait garantir « l’État de droit ». L’EZLN même, durant tout le processus de dialogue avec le gouvernement pour obtenir la signature des Accords de San Andrés, a entretenu des relations avec l’espoir d’alors, Cuauhtémoc Cárdenas. Ou sans aller aussi loin, depuis l’année dernière [2012] elle a soutenu publiquement un mouvement absolument réformiste appelé « Mouvement pour la Paix avec Justice et Dignité », mené par le poète Javier Sicilia, dont le fils a été assassiné par le narcotrafic. Cette initiative civile a cherché depuis le début le dialogue avec le gouvernement pour obtenir que celui-ci réponde aux demandes de réparation pour les familles qui ont un proche qui a été assassiné.

La Otra Campaña se définit comme un mouvement horizontal sans leaders. Cependant il y a plusieurs personnages qui donnent l’impression que cette organisation est un mouvement vertical. C’est le cas du Sous-commandant Marcos qui n’est pas seulement le porte-parole des zapatistes mais aussi une figure représentative et une icône pour tout le mouvement de gauche sans parti (même si lui et tous les communiqués des JBG essaient de montrer le contraire). Depuis qu’a commencé La Otra Campaña chacune des actions appelées par l’EZLN a été soutenue par les collectifs et individus adhérents, la même chose ne se passe pas avec les initiatives qui sont sorties de collectifs plus petits. Clairement, ce sont les adhérents et sympathisants qui ne mettent pas en œuvre la pratique de l’horizontalité.

Même si les avancées obtenues par le mouvement zapatiste sont
dues avant tout à l’usage de la force armée durant le soulèvement de 1994, depuis 1996 ils ont décidé de miser sur la résistance pacifique, c’est-à-dire, ne pas attaquer, mais se défendre. Et c’est ce qu’ils ont fait toutes ces années : se défendre. Même si la guerre de basse intensité ne s’est pas arrêtée, bien au contraire, elle s’est intensifiée ces dernières années, l’EZLN ne s’est jamais remise à utiliser les armes. Est-ce que ça a du sens une organisation armée qui n’utilise pas d’armes ?

La Otra Campaña, suivant la proposition des zapatistes, se pose depuis le début comme un mouvement civil et pacifique qui rejette ouvertement l’exercice de la violence antagoniste comme forme d’attaque. Nous pouvons trouver une infinité de postures et condamnations contre cette pratique. La Otra Campaña n’a jamais fait place à autre chose qu’à la création de réseaux et d’interminables dialogues et discussions autour de comment construire de nouvelles formes de gouvernement, de travail, etc.

Ce que nous écrivons n’est pas une condamnation envers les zapatistes ou envers ceux qui croient de manière utopique que le processus organisationnel et de lutte de La Otra Campaña est une attaque réelle contre l’État. Nous reconnaissons ouvertement que la construction d’autonomie des zapatistes est l’une des expériences les plus intéressantes qui se soient faites dans cette région, même si bien sûr ça n’est pas la seule car il existe d’autres mouvements indigènes autonomes dans d’autres parties du pays (Ejército Popular Revolucionario-ERP, Ejército Revolucionario del Pueblo Insurgente-ERPI, Alianza Magonista Zapatista, Radio Ñomndaa…). Au sujet de La Otra Campaña, nous manifestons de grandes réserves en ce qui concerne les moyens et objectifs avec lesquels ils travaillent. Un réseau de solidarité et d’appui n’est pas suffisant pour arriver à un changement de fond.

Le zapatisme, au cours de ces années, a réussi à résister aux attaques de l’État, de tout type de forces du (dés)ordre et de groupes paramilitaires. Ils ont récupéré des milliers d’hectares de territoire. Ils ont crée des hôpitaux, des écoles et des coopératives de production. Ils ont formé des centaines de personnes qui à leur tour forment d’autres personnes. Ils ont crée leur propre système de gouvernement (les conseils de Bon-Gouvernement) qui reprend la tradition des gouvernements d’us et coutumes dans lesquels se construit dans la pratique la démocratie directe. Les dirigeants sont élus en assemblée et s’ils ne réalisent pas bien leur travail on leur retire leur charge. Chaque charge est temporelle et les responsabilités sont rotatives. Ils ont crée une structure politico-géographique à travers les Caracoles, de façon à ce que leur territoire soit unifié. Ils ont crée un système de justice propre.

Les zapatistes les plus vieux racontent qu’il y a des années (pas tant que ça en réalité) les indigènes au Chiapas ne pouvaient pas marcher sur le trottoir, ils devaient marcher sur la route là où circulent les voitures. Ils racontent aussi qu’on appliquait le droit de cuissage aux femmes qui travaillaient sur les terres des grands propriétaires terriens (avant de se marier elles étaient obligées d’être violées par le maître). Ils disent qu’ils étaient traités comme du bétail. Et ils racontent encore beaucoup d’autres choses aussi horribles que celles-ci. C’est pour ça que nous n’allons pas critiquer cette forme qu’ils ont choisi pour construire leur autonomie : chacun doit agir en prenant en compte les circonstances et espaces dans lesquelles il vit.

Ce que nous pouvons critiquer par contre c’est justement l’absence de critique de la part de nombreux collectifs et individus anarchistes du Mexique. Comment participer à un mouvement vertical où certains sont importants et où tu es puni si tu ne respectes pas les règles (et ça nous le disons pour les compagnon-ne-s qui sont plus proches de l’organisation) ? Comment peuvent-ils participer à cette condamnation de la violence antagoniste si le fait même d’être anarchiste signifie de fait une posture violente contre l’ordre établi ? Comment peuvent-ils faire des alliances avec une organisation qui cherche à construire la démocratie si, nous, nous ne croyons pas en la démocratie, ni dans les drapeaux, les patries, les hymnes nationaux ? Comment peuvent-ils croire en un mouvement de masse ? Comment peuvent-ils penser que nous allons pouvoir nous mettre d’accord avec des marxistes, trotskistes, léninistes, communistes, pacifistes… ? Quelle affinité idéologique peut-on avoir avec une organisation de style marxiste ?

Nous, nous croyons en une affinité qui dépasse le fait de se déclarer anti-capitaliste, ou de se dire activiste, ou d’être contre l’État et le système démocratique actuel. Nous croyons en la création de groupes d’affinité, partant d’une pratique réelle, qui s’opposent et se confrontent au pouvoir. Nous croyons en la destruction du système, et pas en sa possible transformation et réhabilitation. Nous croyons en la confrontation directe sans besoin de justifications comme l’autodéfense ou la résistance. Ces différences au sujet des formes d’agir, objectifs et moyens de la lutte, que maintiennent les zapatistes et La Otra Campaña, font que nous nous tenons à distance d’eux.

La letra armada
Publié sur Contrainfo en espagnol en mars 2013, traduit en français en août 2013. Brochure éditée par Camotazo.

Projection-débat territoire et autonomie

 Posted by on 23 avril 2014 at 17 h 12 min  L'information des collectifs locaux, Luttes sociales  Commentaires fermés
avr 232014
 
cheran-vive

Projection-Débat le mercredi 30 avril à 19H30 à l’amphi A. Tocqueville, campus 1 UCBN
Thématique :Territoire et Autonomie,exemples Latino-américains

Programme:

- Introduction: présentation du livre “Autonomies et émancipations, Amérique Latine
en mouvement” de Raúl Zibechi (2007).
Projection du documentaire “Gardes Forestiers, autodétermination et autodéfense”.
Débat autour de l’autonomie, de sa dimension spatiale et de ses possibilités de réalisation.

Le Documentaire: Gardes Forestiers, autodétermination et autodéfense
( 44 min., produit par Manovuelta et Radio Fogata, Mexique, 2013)

Synopsis : Le 15 avril 2011, la communauté indigène Purepecha de Cherán (Etat du Michoacán, Mexique) se leva contre le saccage de ses bois anciens et sacrés organisé par l’industrie forestière unie au crime organisé et à différentes agences gouvernementales. A partir de cette date, se lança un processus d’autonomisation qui impliqua la prise de contrôle des bureaux des autorités locales, leurs armes et leurs véhicules, pour ensuite expulser les partis politiques. Ils ont ensuite re-établi une forme d’auto-gouvernement traditionnel qui inclut le conseil des anciens, sa « police » communautaire connue comme « la Ronda » (la Ronde) et sa propre équipe de gardes forestiers.

août 242013
 
meuble_open_source

Le site américain OpenDesk propose de télécharger gratuitement des plans de meubles à fabriquer soi-même. Et si vous n’avez pas de scie à bois sous la main, il est toujours possible de faire travailler les artisans de votre région.

Si vous avez envie d’un nouveau meuble en kit, mais que pour une raison ou une autre vous voulez vous épargner le grand tour d’Ikea , une autre option est possible. Le site américain OpenDesk propose de partager des plans de meubles placés sous licences libres (sans droit d’auteur, donc non payants). Ces plans sont des œuvres originales de créateurs, qui n’ont pas souhaité en garder l’exclusivité et ont décidé d’en publier les plans et instructions de montage sous licence Créative Commons. Chacun peut donc télécharger gratuitement le dossier du meuble qui l’intéresse. Reste encore à fabriquer les différents éléments avant de pouvoir passer aux joies de l’assemblage. Et comme tout le monde n’est pas forcément équipé d’une table de fraisage à commande numérique ou d’une scie sauteuse, le site propose des solutions.

S’approprier le processus de fabrication

Le principe du site, outre le partage gratuit de connaissance, est de permettre de s’approprier le processus de fabrication des objets, dans la limite de ses capacités et de sa volonté. Quatre scénarios sont prévus, qui permettent à chacun de s’y retrouver. Pour les plus équipés et les plus bricolos, chaque meuble est fourni avec des fichiers de découpe numériques. Ceux-ci permettent de donner des ordres aux machines de découpe de type CNC , et d’obtenir ainsi les différents éléments. Pour ceux qui ne disposent pas de telles machines, OpenDesk permet aux artisans et ateliers de découpe de proposer leurs services aux internautes habitant leur région. Il est alors possible de se procurer les pièces de bois en l’état brut et de prendre en main la suite du processus, ou bien de commander des pièces déjà traitées. Pour les moins courageux on peut carrément confier l’entièreté de la réalisation à l’artisan. Le coût risque alors d’être plus élevé que celui d’un meuble Ikea. Mais le prix n’est pas le cheval de bataille d’Open Desk.

Partager gratuitement des créations

Via sa plateforme de mise en relation avec des artisans, le site compte promouvoir le travail des artisans, et encourager la consommation locale. Des meubles sous licence libre, c’est également une nouveauté qui s’inscrit dans le courant de la révolution des imprimantes 3D. Ces imprimantes ont permis de développer le partage des œuvres en se basant moins sur la reproduction d’œuvres préexistantes que sur la création originale émanant d’une communauté. Des sites comme Thingiverse , 123D Gallery ou GrabCAD permettent ainsi de trouver des objets librement imprimables et modifiables, dont les plans ont été mis en ligne par leurs créateurs. Le site OpenDesk reprend ce principe, en espérant l’appliquer avec succès à un autre domaine que les objets en plastique.

Source : http://www.lesoir.be

juin 272013
 

 

 

 

 

Pourquoi Iaata.info

Il nous semble important que des collectifs et individus en lutte puissent échanger, puiser des uns et des unes, analyser ensemble des expériences et des vécus. Ce site se veut un espace, une fenêtre, un carrefour, où les méthodes, pratiques et théories, locales et anti-autoritaires, pourront se croiser. Notre monde fourmille de luttes et de réflexions en tous genres, celles qui nous intéressent sont celles allant contre les différents aspects du capitalisme, de l’impérialisme et du colonialisme.

Local ?
Des médias pour diffuser des informations sur les luttes, à échelle internationale, existent déjà, nous ne voulons pas ici retranscrire des informations qui se diffusent déjà très bien sans nous.
Des liens entre des luttes ont besoin d’être tissés et renforcés, ici à Toulouse, car c’est ici que nous sommes et, plus largement, dans le sud ouest. Partager nos petites défaites et nos grandes victoires, nos inventions loufoques et nos pirouettes verbales. Comme autant d’outils pour inspirer la galère quotidienne et se renforcer.
Les frontières des départements, des régions et des pays sont autant d’obstacles à l’information, à la discussion et à la solidarité, elles ne nous font pas rêver, nous souhaitons y faire référence le moins possible

Anti-autoritaire ?
Nous pensons que ce qui nous empêche de vivre nos vies par nous-mêmes est dû au pouvoir que quelques un.e.s prennent sur les autres.
Nous voulons nous défaire des systèmes de domination pour détruire ce monde d’exploitation.
Il nous semble que ce qui nous y conduit le plus sûrement c’est la voie de l’égalité comme abolition de tous les privilèges notamment ceux de classes, de races, de genres…

Comment participer ?
Nous souhaitons participer à la consolidation des liens entre les différents foyers de luttes dans le Sud Ouest. Nous proposons un espace d’information à la disposition des personnes présentes au sein de ces zones. Cet espace doit aussi être un outil qui permette d’échanger et de créer des perspectives de rencontres, pourquoi pas lancer des pistes de réflexion et de critique sur ce qui est en train de se faire localement. Pour cela, nous souhaitons qu’au cours du développement du site, se mette en place un réseau toujours plus important de contributeurs réguliers dans la région.
Publier informations, récits et analyses sur des événements passés, présents ou à venir, est la raison d’être de ce site. Cette possibilité est laissée à qui veut, néanmoins nous ne voulons pas être une tribune pour des propos qui iraient à l’encontre de ce qui a été précisé plus haut. Nous nous autorisons à ne pas les publier.
Les articles doivent être compréhensibles pour qui ne connaît pas leur contexte. La publication des articles est pensé comme un travail collectif, avec la possibilité de modification du texte en vue de le faire répondre aux critères du site. Ces modifications passent par la possibilité de discussions en amont de la mise en ligne.
On laisse la possibilité au lecteur d’envoyer des compléments d’informations, mais cet espace n’est pas destiné à être un lieu de dialogue ouvert.
On est dispo pour toute question, précision, critique, discussion.
À bientôt ici ou ailleurs !

mai 032013
 

brasero-4Le quatrième numéro de la revue « Brasero » vient de paraître, avec un dossier autour de l’autonomie.

Il est possible de le télécharger sur le lien suivant :

http://www.petit-fichier.fr/2013/04/26/brasero-4/

Avec au sommaire :

Dossier « Autonomie »
Autonomies : des multiples conceptions de l’autonomie – Page 3
Attaques, alternatives et aménagements – Page 5
Alternatives et autonomie – Page 6
L’université autonome – Page 8
Présentation de la brochure : Associationnisme, autonomie et solidarité – Page 10
De quelle autonomie parle-t-on ? L’autonomie version libérale – Page 12
Extrait du livre de Ronald Creagh, Utopies américaines – Page 14

Nuisances (ZAD, Nucléaire, TGV)

Brèves antinucléaires
Castor 2010 – Procès en appel des 7du GANVA – Page 15
Pas de sushi, l’état geiger n°3 – Page 15
Antinucléaire Mix-texte vol.0 – Page 16
L’état fait jouer sa justice face à l’opposition au nucléaire et à la THT – Page 16
Un lieu pour la lutte, présentation et appel à dons – Page 17

Brèves sur des revues caennaises
Caen Nécropole – Page 20
Panopticopolis – Page 21
La ZAD partout, par tous ! – Page 22
Contre l’aéroport et son monde, seule la lutte décolle – Page 24

Squat politique le « Mât-Noir »
Retour sur l’expérience du « Mât-Noir » – Page 25
Ateliers du mercredi soir – Page 28

Divers
Atelier autour du théâtre de l’opprimé-e du 21 au 23 septembre 2012 – Page 29
De l’isolement du ressenti dans l’activisme politique – Page 30
Monsieur « Passe-moi l’mot » – Page 31
Procès ADN – Page 32
Présentation du COSAC – Page 33
Sous la cendre, http://sous-la-cendre.info/ – Page 34
Festival « Do It Together » 29/30/31 mars 2013 – Page 35

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