déc 022014
 
arton14225-587ea

  sur Rebellyon.

Nous étions plus de 4000 ce samedi après-midi 29 novembre à Lyon. Les nombreux appels avaient donné le ton et si la mobilisation appelée par les habituels « partis et syndicats de gôche » ciblait uniquement le FN et son congrès, l’opposition du jour couvrait un champ quelque peu plus large : celui du racisme (d’état) et de la violence policière (lesquels s’exercent régulièrement de façon conjointe). Quel intérêt d’ailleurs de s’opposer uniquement à un FN bunkerisé à la tête d’Or protégé par la police, et que médias et politiques ont déjà rendu « acceptable » en reprenant et appliquant ses idées racistes et réactionnaires.

Le déploiement policier du jour était sans commune mesure pour une manifestation « antifasciste » : plusieurs dizaines de camions de CRS, autant de gardes mobiles, la BAC, un canon lance à eau, et même un hélicoptère. Mais depuis plusieurs semaines et les mobilisations anti-répressions, nasses policières [1] et déploiement ostentatoire sont devenus la règle, peu s’en sont étonnés. L’histoire avait déjà été vendue au quidam par les médias et le préfet Carenco : un centre-ville impraticable et des hordes de « casseurs » à la violence prétendument « gratuite ».

JPEG
JPEG

La pression policière s’est fait sentir avant même le début de la manifestation : les bus venant de Paris, d’Italie, de Grenoble ou de Berne ont été arrêtés sur le trajet, avec contrôle systématique des papiers et fouille. Certains n’ont pas pu se rendre au point de départ de la manifestation. Sur place des barrages de police sur toutes les rues débouchant à Jean Macé ont permis aux flics de fouiller une bonne partie des manifestants (on vous laisse deviner les critères arbitraires de ciblage) et d’arrêter au moins une personne. D’autres personnes ont été embarquées par la police après des fouilles et contrôles dans un bar.

JPEG

La manifestation finit tout de même par quitter la place Jean Macé pour remonter l’avenue Jean Jaurès vers 15h. Partis et associations ouvraient le cortège suivi des syndicats (surréaliste camion-scène de concert de la CFDT). La deuxième moitié de la manifestation s’agrégeait derrière une banderole : « OFFENSIVE CONTRE LE RACISME D’ÉTAT LE FN ET LES VIOLENCES POLICIÈRES » . Les habituels slogans contre le FN et le racisme d’état fusent, quelques pétards explosent le long du cortège, quelques coups de bombes de peinture sur les murs ou directement sur le sol finissent de poser l’ambiance. La présence policière se fait moins pesante aux abords du cortège, les flics sont regroupés devant et derrière la manifestation.

JPEG
JPEG

À l’approche de Saxe Gambetta, l’ambiance commence à monter. Quelques banques sont taguées, leurs vitrines et distributeurs prennent des coups. Un flic en civil (DCRI ?) présent au bord du cortège est pris à partie et doit fuir. Les flics commencent alors à mettre la pression sur l’arrière du cortège, et beaucoup de gens remontent sur les côtés. La manifestation arrivée sur le cours Gambetta, les premières grenades lacrymo tombent. Quelques mouvements de foules font accélérer la manifestation. Jusqu’au pont de la Guillotière, les banques continuent de prendre des coups et le Mc Donald perd ses vitrines.

JPEG
JPEG
JPEG
JPEG
JPEG
JPEG

À la fosse aux ours sur les quais, les CRS chargent le cortège et scindent la manifestation en deux. Une partie des personnes déjà engagée sur le pont fait demi-tour, et fait face à la police, pendant que la fin du cortège se retrouve prise dans une nasse, encerclée par les flics. Le reste de la manifestation continue de traverser le pont, puis de suivre les quais en direction des Terreaux. Ceux qui ont échappé à la nasse sont finalement obligés de suivre le reste du cortège sous la pression policière. Un canon lance à eau se met à asperger la foule au croisement de la rue de la Barre. Les CRS talonnent le cortège, projectiles divers contre lacrymo. Cette marche forcée continuera jusqu’à la passerelle du collège, à quelques centaines de mètres seulement de la place des Terreaux. Les flics y empêchent le cortège de poursuivre alors que les lacrymo tombent jusque dans les premiers rangs de la manifestation. Quelques groupes continuent dans les ruelles de la presqu’île, d’autres traversent le Rhône sur l’injonction des flics. Si plus rien ou presque ne se passe en centre-ville à partir de ce moment-là, le quadrillage policier se maintient tout le début de soirée, les quelques groupes de manifestants restés sur les quais se retrouvant rapidement face aux flics.

Le bilan répressif de la manifestation, outre les violences physiques d’une police sur les nerfs, s’élève à au moins 17 personnes interpellées selon les informations de la Caisse de Solidarité. Au moins une des personnes arrêtées avant le début de la manifestation a déjà été relâchée.

MàJ 30/11 1h30 : La police annonce 14 interpellations, dont au moins cinq pour « agressions physiques sur des policiers ».

JPEG
JPEG

« Un autre témoignage

J’étais au sein de la manifestation de samedi 29 novembre après midi. En arrivant, déjà un contrôle d’identité et fouille de sac pour un ami et moi, tandis que d’autres amies ne se sont pas fait contrôler. En effet, nous étions habillés avec des vestes de sport et sac à dos tandis qu’elles étaient habillées en « filles ».

Attente longue place Jean Macé, départ vers 15h. A l’arrière du cortège, alors que nous venions de quitter Jean Macé, une charge de policiers a fait paniquer la foule. C’était le long de l’avenue Jean Jaurès, ou des vitrines ont été brisées. Les différentes organisation de queue de cortège (CNT, AL, NPA…) se sont retrouvées mélangées, et au niveau du métro Saxe-Gambetta, des grenades lacrymogènes ont été lancées. Les manifestants se sont précipités en avant en direction de la place du Pont tandis que d’autres leur permettaient de s’éloigner des CRS (au moins un centaine) en formant un ligne à l’arrière du cortège. Au niveau de la place du Pont, les restes de la queue de cortège étaient plutôt compacts, et des colonnes de CRS avançaient à côté de nous en resserrant le passage (il y avait des barrières en travers des voies du tram). Le reste de la manifestation à ce moment était déjà au-delà du pont de la Guillotière. Aux environs de 15h30, notre groupe a été bloqué pendant quelques minutes place du Pont, un cordon de CRS nous empêchait d’aller sur le pont de la Guillotière. Nous étions 500 personnes, le reste de la manifestation était déjà sur le pont. Ensuite, nous avons réussi à passer en formant des lignes et en se tenant par les coudes. Une fois sur le pont, nous étions sur la droite puisque les policiers avançaient toujours en même temps que nous sur la gauche. Nous sommes restés un long moment (20 minutes ?) au bout du pont, bloqués par une trentaine de camions derrière, par le canon à eau en direction de Bellecour, et encadrés par des CRS. Vers 16h, nous avons fini par avancer parce que des personnes ont négocié un parcours en direction de Perrache. Nous avons tourné à droite, jusque devant l’Hôtel-Dieu, et nous sommes restés encore 30 minutes là. Des fascistes ont été aperçus, entraînant un mouvement de foule, les policiers ont bloqué la foule, protégeant les fascistes qui se trouvaient juste derrière eux. Vers 16h30 enfin nous avons tourné pour passer dans le tunnel qui redescend le long des quais en direction de Perrache, toujours encadrés par un dispositif policier impressionnant. Le cortège a continué d’avancer vers le sud, jusqu’à ce que nous arrivions au voies du tram T2/T1, à côté du pont Galieni. À 17h20 environ la sono a fait l’annonce comme quoi le moment était venu de se disperser, en direction de la gare de Perrache et de Jean Macé pour que les personnes venant d’autres villes puisse retrouver leurs transports. Nous n’avons pu sortir de la manifestation que au compte-gouttes, triés par les policiers.

Une manifestante. »

 

Complément : Rendu du procès : Refus de comparution immédiate, procès fixer au 8 janvier pour les 2 personnes. En attendant contrôle judiciaire avec pointage une fois par semaine au commissariat de leur ville et interdiction de sortir de leur département.

Prendre parti contre le front national.

 Posted by on 2 décembre 2014 at 1 h 58 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés
déc 022014
 
arton14010-049e1

 

Le texte Prendre parti contre le front national  est  intéressant, malgré quelques accents « appellistes »  – sur l’idée de prendre parti,  sur la mise en avant de possibilités de retournement qui  se feraient sentir, sur la France qui serait dans une situation explosive…  Il l’est parce qu’il se confronte à la question du FN à partir d’un point de vue révolutionnaire et non de l’antifascisme. Il ne se contente pas du vieux slogan No Passaran. Et ce pas d’un point de vue idéologique mais en appuyant sur la situation de plus en plus singulière et confuse qui permet aujourd’hui encore moins qu’hier et surtout que demain de distinguer des frontières claires entre les discours et les attitudes dites républicaines et celles du FN et de ses amis. Il touche juste sur l’inconsistance d’un antifascisme qui n’en resterait qu’à suivre un  front républicain dont le FN se fait de plus en plus le porte drapeau.

 Au Japon, le national-nucléarisme décrit par Nadine et Thierry Ribault est une preuve qu’un monde même envahi par la radioactivité est loin de sombrer, mais reste bien solide, et que l’économie continue de porter une force de mobilisation pas si anodine que certains et certaines veulent nous  (se) le faire croire.

Prendre parti contre le Front National

Tract pour la manif du 29 novembre à Lyon contre le congrès du Front National.

Ces derniers temps, en France, on a l’impression de manquer d’air. Avec les dernières percées électorales du Front National, les sorties sur la décadence de la France d’un Zemmour ou d’un Soral, les buzz des vidéos de Dieudonné, le petit peuple de droite qui sort à l’appel de la « Manif pour tous » en nous expliquant ce qu’est un « homme », une « femme », une « famille ». Sans parler des mobilisations d’acharnés contre la « théorie du genre » et pour « Jour de colère », le développement des « voisins vigilants », petits groupes de vieux bourgeois calfeutrés derrière leur fenêtre à défendre leur pré-carré pavillonnaire.

Ajoutez à cela les appels à déloger les squats de migrants à Calais, des riverains s’organisant pour aller incendier le camp de Rroms d’à coté (à Bobigny, à Marseille), un bijoutier qui récolte un million de « likes » sur Facebook après avoir tué son braqueur d’une balle dans le dos, et on peut se dire que les temps sont à la radicalisation. Maintenant, n’importe qui peut se mettre à faire le flic pour de vrai et à vous écraser la gueule s’il s’estime dans son bon droit. L’époque du ressentiment, de la colère rentrée, c’est terminé. Les forces conservatrices se la jouent décomplexé.

Face à cette réalité qui déboule, le réflexe gauche reste l’indignation, quand ce n’est pas la dénégation. On réagit en s’offusquant et en criant à la « montée du fascisme », en appelant à la « vigilance constante » – et surtout, le moment venu, à retourner voter PS. C’est un peu limité. Un peu débile. On sent bien que tout ça manque d’ambition. On sent bien à travers ces bêtises qu’aujourd’hui la politique française se résume à la gestion d’une cocote-minute sous pression : freiner la montée du chômage, freiner la progression du Front National, freiner l’inexorable réchauffement climatique, etc. Retarder autant que possible l’explosion.

Dans ce contexte, le FN occupe naturellement le devant de la scène. Il est une boussole aussi bien pour les groupes nationalistes qui naviguent à ses bords que pour la classe politique dans son ensemble. À bien regarder, une bonne partie des thématiques, des idées, des propositions du FN se trouvent déjà dans les programmes de ses concurrents. Une bonne part de notre actuel « débat public » – la surenchère à propos de l’Islam, la haine des Rroms et tout le discours sur le « droit à la sécurité » – se structure autour de thèses formulées par ce parti, dans les dernières années. Ce n’est pas un obscure fasciste qui disait, il y a quelques mois, que les Rroms étaient in-intégrables et qu’ils avaient vocation à retourner en Roumanie, mais Manuel Valls, ministre de l’Intérieur d’un gouvernement socialiste. Et ce n’est pas un jeune néo-nazi qui fanfaronnait, en 2010, sur « les civilisations qui ne se valent pas » et qui s’alarmait, deux ans plus tard, que « les Français ne se sentent plus chez eux » ; mais Claude Guéant, également ministre de l’Intérieur ; sous Sarkozy cette fois [1].

Que le FN soit l’usine à gaz idéologique des autres formations politiques n’est ni nouveau ni scandaleux. La circulation d’idée se fait depuis au moins trente ans. Ce qui est radicalement nouveau, en revanche, c’est que le FN se présente maintenant comme un parti de gouvernement. Le FN est devenu, par un travail de purge interne et de drague journalistique, un parti « à la mode » avec une vocation gouvernementale. Là où, en avril 2002, la présence de Le Pen au deuxième tour avait provoqué un tollé et mobilisé lycéens et médias pendant les deux semaines de l’entre deux tours, il semble que de plus en plus de monde s’attende à ce que le mouvement bleu marine puisse réellement « accéder aux responsabilités »,

Mais, autant le dire tout de suite : il n’y aura pas de sursaut républicain contre le FN pour la simple et bonne raison que le FN est en tout point un parti républicain – à l’image de tous les autres. En fait c’est avec toute une rhétorique de gauche contre le FN qu’il s’agit de rompre définitivement. Rompre avec cette rhétorique qui le rejette du côté des extrêmes de la politique.

Ce n’est surtout pas au nom de valeurs républicaines que le FN n’incarnerait pas qu’il faut s’opposer à cette machine lancée contre nous. C’est parce qu’on a d’autres choses à vivre que leur sécurité et les misères de l’économie, qu’on peut être amené à s’affronter aux frontistes, et pas sur un mode uniquement défensif (défendre la gentille République face au méchant fascisme). Des mouvements aussi divers que le Front National, le Tea Party américain, l’Aube Dorée grecque ou Casa Pound en Italie tirent leur énergie d’une haine de plus en plus partagée et diffuse contre les institutions supra-nationales, les médias, les élites, etc. bref contre l’ordre démocratique ; alors c’est depuis une position qui n’a rien à voir avec cet ordre démocratique, depuis une position révolutionnaire qu’on peut s’affronter le plus sûrement à cette lame de fond nationaliste qui balaie l’Europe en ce moment. Un saut vers l’inconnu, pour dépasser effectivement ce qui nous contrôle et nous gouverne, renverrait ces apprentis-fascistes à leur néant et leurs petites peurs.

Le FN pose un problème spécifique. C’est qu’il a pris la sale habitude de se poser comme recours face à « la crise », au chômage. Il dit incarner un avenir moins corrompu que notre présent. Il est aujourd’hui le parti « à la mode » au sein de la démocratie. Et c’est parce qu’il capte et capture à la fois des aspirations à la rupture et la possibilité réelle d’un changement que le FN constitue une position sérieusement ennemie. C’est bien parce que, dans une situation aussi explosive que celle de la France d’aujourd’hui, leurs propositions désolantes de connerie (sortie de l’Euro, restaurer la souveraineté française, fermer les frontières) font écran aux possibles révolutionnaires du présent, qu’ils sont à combattre.

La position conservatrice n’est bien souvent que l’envers de la position progressiste. Dans un contexte de crise, les nationalistes clament « nous sommes français, c’est là notre force, nous en sommes fiers », « « ils » essaient de briser la France, nous allons la défendre » comme à gauche certains disent, face à la restructuration néo-libérale, « il faut défendre l’État providence et le service public » car « « ils » essaient de le casser ». Des deux cotés, il y a la même mythologie à l’œuvre, une même abstraction à défendre. C’est depuis une position tout autre que nous partons : non plus s’arc-bouter à ce qui visiblement s’effondre mais faire exister d’autres mondes. Ce ne sont pas ces mauvaises bouées de sauvetage (la France, l’État providence et ses services publiques) qui nous sauveront mais notre capacité en situation critique à faire le choix de l’inconnu révolutionnaire. Des mondes où il n’y a pas de place pour une sixième République à la Montebourg, ni pour un redressement économique, social et moral de la France façon Marine Le Pen. Des avenirs révolutionnaires depuis lesquels tout ce qui est estampillé « national » – Assemblé Nationale, Front National, police nationale, identité nationale, richesse nationale, hymne national, fêtes nationales – est d’emblée étranger, hostile, et n’a finalement pas de place.

La rupture avec les institutions proposée, en plus d’être bête et méchante, et faible parce fondée sur la trouille et le ressentiment, est illusoire : la nation française est tout aussi abstraite et coercitive que l’Europe de Maastricht ; le franc comme monnaie nationale implique toujours autant de dépossession et de violence (les pauvres seront toujours aussi pauvres en franc comme en euro) ; les petits chefs et les petits commerçants qui rêvent de parvenir aux responsabilités n’ont pas plus de morale ou de force d’âme que les technocrates de Bruxelles ou de l’ENA. Rompre réellement avec l’ordre des choses, ne plus jouer le jeu, c’est rompre avec l’idée de gouvernement. S’organiser là où on vit, se donner les moyens de vivre ensemble sans avoir à mendier ou s’en remettre à une quelconque police ou autorité supérieure, sans attendre l’homme ou la femme providentielle. Ce qu’on veut c’est des quartiers en sécession ; des ZAD depuis lesquelles vivre ensemble, partager la terre et se jeter à la rencontre. Tout un monde plutôt que leur France.

Les possibilités de retournement se font sentir. La situation est ouverte. Ce qui en découlera est à batailler dès aujourd’hui. La manifestation du 29 novembre à Lyon serait un énième coup d’épée dans l’eau si elle n’était qu’une simple indignation journalière, qu’un défilé sans conséquences. Le 29 novembre ne doit pas être un jour ordinaire.

Manifestation offensive contre le congrès du FN à Lyon
Le 29 novembre 2014 à 14h.

Notes

[1S’il s’avérait dans les prochaines années qu’il doive y avoir un ministre de l’Intérieur Front National, on lui souhaite bien du courage pour arriver à se démarquer, dans la radicalité verbale, de ses prédécesseurs.

 

nov 232014
 
Valls-Dieudo

Trouvé sur le site de l’Action Antifasciste de Nantes : http://antifasciste-nantes.blogspot.fr

Nantes 1er novembre : 

L’extrême droite complice de la police.

Suite à l’assassinat de Rémi Fraisse par la gendarmerie, une manifestation dynamique et populaire a défilé dans les rues du centre ville de Nantes le 1er novembre.

Malgré l’énorme dispositif policier – plus de 400 gendarmes, CRS et la Brigade Anti Criminalité cagoulée et armée ( http://www.reporterre.net/spip.php?article6522 ), un hélicoptère, des canons à eau … – et l’agressivité des forces de l’ordre, la foule a bravé l’intimidation pour témoigner sa colère contre la répression. La population nantaise est particulièrement touchée par le harcèlement policier : 4 personnes ont perdu un œil suite à des tirs policiers en manifestation.

Si la violence et l’impunité policière franchissent des étapes historiques – nous déplorons un nouveau blessé grave au visage par un tir policier lors de cette manifestation – un cap semble avoir été franchi à Nantes avec la collaboration effective et violente de milices d’extrême droite organisées et armées avec les forces de l’ordre.

Le soir, nous sommes plusieurs à recevoir des informations selon lesquelles des militants d’extrême droite, en groupe, tournent en ville à la recherche de militants isolés, de proies faciles. Les jours suivants, de nombreuses rumeurs circulent, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Des « journalistes » locaux, nous n’apprendrons rien. Un seul article fera référence aux agissements des fascistes, sans toutefois préciser qui ils étaient. Les violents, en l’occurrence, ne pouvaient être que les « casseurs ».

 

Depuis, nous avons cherché à rencontrer les différents protagonistes de la journée, à établir l’identité des fascistes présents, à comprendre le déroulement dans sa globalité.
Une rapide recherche sur twitter montre clairement que l’opération était préméditée et organisée.

 

Le groupe commence sa journée vers 16h, en se réunissant au « Flemings Irish Pub », au 22 Rue des Carmes.
A. et J. racontent
« Ils étaient entre 10 et 15. On en a entendu certains se vanter de « protéger l’arrière des flics ». Entre 16h et 17h, un grand bruit retentit. On se précipite pour voir ce qui se passe et on découvre qu’un mec est passé dans la vitrine du magasin « Steren », rue des 3 croissants. Celui-ci, blessé au dos, y a été projeté extrêmement violemment par le groupe de fascistes. Les flics interviennent rapidement. Le groupe d’extrême droite affirme que le blessé a volontairement brisé la vitrine. En bons gardien de la paix, les policiers interpellent le blessé et le conduisent promptement en garde à vue. Les fascistes retournent tranquillement à leurs bières.
S’ensuit quelques échauffourées avec des passants. Les fascistes montrent du doigt certaines personnes. Le ton monte, la tension est palpable.
« Juste après, le patron du Flemings est au téléphone. D’un coup, il fait signe au groupe de fafs et, en quelques secondes, tous se barrent vers le centre. Quelques secondes plus tard, la police intervient ». « Je n’ai aucun doute, le patron savait qu’ils allaient intervenir ».
Ci-dessous, quelques photos du groupe de fascistes :
 Les militants d’extrême droite à l’angle, en face du Flemings.
 On distingue la vitrine brisée et le groupe, à droite, au même angle que précédemment.

 

Le groupe, juste après avoir propulsé l’homme dans la vitrine. Celle-ci est brisée, devant eux sur la gauche.

 

L’intervention des CRS, les fascistes continuent de siroter leurs bières tranquillement.
Seulement, la journée est loin d’être terminée et nos courageux « défenseurs » de Nantes vont continuer leur parcours.
Le groupe est de nouveau aperçu, vers 18h, au niveau de Gloriette. Se déroulent alors les derniers affrontements avec les flics. Il n’y a plus qu’une poignée de personnes déterminées. Lentement, le dispositif policier avance.
F. et A., témoins de la charge du groupe d’extrême droite place de la petite Hollande au moment de la dispersion de la manifestation, racontent. A. participait à la manifestation, F. passait par là par hasard.
« Moi, je rentrais du football. Au moment où le conteneur a été poussé [un conteneur en verre a été renversé par les derniers manifestants] j’ai vu environ 30 personnes courir vers les manifestants. C’était un bloc, ils se déplaçaient en groupe. Les gens criaient « c’est la BAC». On est parti en courant. On a vu un petit de quartier se faire frapper. »
Cependant, certain-e-s s’aperçoivent que l’armement du groupe et ses modes d’action sont pour le moins surprenants. Certains tiennent des antennes de voitures, d’autres jettent des bouteilles. Très vite, tout le monde comprend qu’il ne s’agit pas de la BAC mais bien du groupe de fascistes.
On peut d’ailleurs entendre l’une des personnes présente le crier dans une vidéo (http://www.youtube.com/watch?v=CFj3oc7vTm0#t=33m35s ).
Une fois les fascistes reconnus, les militants encore présents tentent de revenir sur leurs pas et de protéger les retardataires. « En revenant sur nos pas, on a vu une fille se faire frapper. Elle avait environ 16/17 ans et était métisse. »
Une fois de plus, la complicité entre les flics et les fascistes est évidente.
« Je me suis dit qu’ils étaient coordonnés avec les policiers. Les fachos étaient regroupés dans l’angle des immeubles à côté de la rangée de flics. Les fachos ont chargé, fait demi-tour en longeant la rangée de policiers et sont retournés à leur place initiale, le tout à la vue des flics.
Ensuite, les policiers ont chargé, tout le monde a reculé. C’est quand on est revenu qu’on a vu la fille se faire frapper. Un passant a voulu s’interposer et la BAC est intervenue en criant « dégage » en frappant le mec et la meuf à coups de matraque. On s’est barrés, fin de l’histoire ».
Les fascistes ont continué à semer la terreur toute la soirée dans l’hypercentre de Nantes, malgré un quadrillage de la ville par des centaines de policiers en tenue anti-émeute. Une violente altercation survenue ce même soir est relatée dans l’article de Ouest France, précédemment cité.
Rencontre avec P. qui était à un bar rue Bon Secours et qui a croisé la route du groupe de militants d’extrême droite autour de 2 heures du matin.
« Pendant la soirée, certaines personnes parlaient d’une descente de fachos. Je n’y croyais pas trop. Le concert [qui avait lieu le samedi soir dans le bar] s’est bien passé. Le bar ferme autour de 2 heures du matin. Avec mes amis, on reste devant le bar. Là, 15 mecs habillés avec des vêtements sombres, crânes rasés, qui ressemblaient à des skinheads nous ont crié : « sales gauchistes, vous avez balancé des trucs sur les flics ».
On était trois. Dans la rue Bon secours, un jeune du groupe de fachos très teigneux m’a dit : « dégage ou je te nique ta race ». On est parti, mais ils nous ont poursuivi jusqu’à la place du Commerce, ils voulaient nous faire peur. On était deux gars avec une fille.
Il y a eu plus de peur que de mal pour nous.
Ils étaient un quinzaine au moins, costauds, la trentaine pour certains. On m’a dit que c’était des gars de la Brigade Loire. On les a entendu gueuler sur d’autres gens dans la rue quand on s’est éloigné. Ils restaient en groupe très serré. »
C’est G. et M. qui racontent la suite.
« J’étais à l’abri, juste à côté de la rue Bon secours. Mon pote me hurle qu’il y a des fafs devant un bar. Là, je vois un mec, un black, qui se fait défoncer par une vingtaine de mecs qui crient « sale négro », « faut le tuer ». Il y avait des flics, des mecs de la BAC je crois, au niveau de Bouffay. Ils regardaient, ils ne bougeaient pas ».
« Dès que j’ai vu ce qu’il se passait, j’ai appelé les flics. Je suis tombée sur une meuf qui m’a demandé de ne pas rappeler, qu’ils avaient déjà été appelés plusieurs fois pour la même raison ce soir et qu’il fallait attendre. J’ai halluciné, j’étais vraiment paniquée. »
S’ensuit une bagarre générale devant un autre bar, rue Léon Maître. Plusieurs personnes blessées. Les flics ne se pointent toujours pas. Finalement, tout le monde se disperse.
Le déroulé de cette journée est particulièrement symbolique et alarmant. Des exemples proches de nous montrent la proximité entre les forces de police et les militants d’extrême droite. En Grèce, en Italie, les fascistes chargent avec les flics. Nous sommes leurs ennemis.

Leur objectif est simple et commun : nous terroriser. Ils veulent nous faire taire, par tous les moyens. Nous devons tou-te-s en prendre conscience et refuser le silence. Se taire serait leur concéder la victoire.

La police tue, mutile et emprisonne autant les militants écologistes, antifascistes, anticapitalistes que dans les quartiers populaires ou aux abords des stades de foot. Pour arriver à ses fins, la police n’hésite plus à travailler main dans la main avec des milices d’extrême droite. Les fachos sont toujours du côté du pouvoir, à Nantes comme ailleurs.

Définitivement, la peur doit changer de camp !

Nous remercions toutes les personnes grâce à qui cette enquête s’est construite. Par vos témoignages, vos photos, vos contacts, vous apportez la meilleure réponse : refuser le silence.
Action Antifasciste Nantes
Contacts : actionantifascistenantes
nov 092014
 
Immigration-clandestine-un-faux-probleme

Regards.fr

La mort de Rémi Fraisse est une conséquence logique des politiques de répression actuelles, fondées sur l’impunité des forces de l’ordre – mais aussi aggravées par la radicalisation de celles-ci, de plus en plus séduites par l’extrême droite.

Les forces de maintien de l’ordre font souvent un sale métier, reconnaissons leur une particularité, elles le font salement. La mort de Rémi Fraisse sonne comme une douloureuse piqûre de rappel : en France la police, la gendarmerie peuvent tuer dans le cadre de manifestations. Si un tel événement est heureusement rare, il n’est pas non plus un phénomène isolé. Depuis des semaines, les réseaux sociaux ont charrié leurs vidéos de violences policières, notamment au Testet dans le Tarn. S’inscrivant dans une vague de violences policières, toujours impunies, le décès d’un manifestant n’est donc pas un douloureux accident, mais bien le produit inéluctable des agissements des forces de l’ordre. La même semaine, jeudi 30 octobre, à la suite d’une intervention policière à Blois, un jeune homme de vingt ans, touché par un tir de flashball a perdu un œil.

Aux violences systématiques et disproportionnées de la police et de la gendarmerie s’ajoutent les bien curieuses manières de la police dans les manifestations. Le site Reporterre a publié de nombreuses photos de policiers en civil lors de la manifestation à Nantes, curieusement grimés en autonomes. Infiltration, comme le dit le préfet, ou agent provocateur, la question mérite d’être posée. « À Nantes, les forces de l’ordre ont créé le désordre… sur ordre », pouvait on lire sur la blogosphère. Pour nombre de militants aguerris, cela rappelle furieusement les grandes heures du tandem Pasqua-Pandrau au ministère de l’Intérieur à l’époque de la réforme Devaquet.

Des forces de l’ordre gangrenées par l’extrême droite

L’emprise de l’extrême droite au sein de la police et de l’armée n’est pas une donnée totalement nouvelle. Il existe sans doute un tropisme particulier qui pousse les amateurs d’ordre, d’autorité à vouloir l’incarner professionnellement. L’ampleur de la dérive interroge cependant sur la nature fascisante des forces de répression en France.

Lors de la campagne présidentielle, le Cevipof, en partenariat avec Sciences Po et le CNRS, a réalisé une étude sur les intentions de vote des fonctionnaires (voir ici) en janvier 2012. Selon cette enquête, 37% des policiers et militaires (contre 3% des enseignants) affirmaient leur volonté de voter pour le Front National. Ces résultats inquiétants semblent corroborés par les enquêtes réalisées après le premier tour de l’élection présidentielle : en moyenne 23% des fonctionnaires auraient voté pour Marine Le Pen – soit cinq points de plus que sa moyenne nationale. Compte tenu des fortes disparités au sein de la fonction publique, les cadres et le gros bataillon enseignant ayant peu d’appétence pour le vote frontiste, un tel résultat ne peut s’expliquer sans des points de force, notamment dans la police et l’armée.

À ces données produites à partir de sondages, s’ajoute une étude de l’Ifop (lire ici), parue au cœur de l’été et intitulée : Gendarmes mobiles et gardes républicains : un vote très bleu-marine. Gendarmes mobiles et gardes républicains ont cette particularité de résider avec leurs familles dans des casernes. Cette concentration en un même lieu d’effectifs importants offre donc la possibilité d’étudier l’impact de cette présence dans des bureaux de vote où les gendarmes et leurs familles représentent de 15 à 100% du corps électoral.

Deux cas apparaissent comme chimiquement purs avec 100% du corps électoral constitué par les gendarmes et leurs familles : le 10e bureau de Versailles (gendarmerie mobile, camp de Versailles-Satory) et le bureau 14 à Nanterre (gardes républicains). Les résultats sont sans appel. À Versailles, Marine Le Pen obtient 46,1% des voix au premier tour de la présidentielle et 37,5% à Nanterre. Comme il ne serait pas sérieux de construire une théorie statistique sur la base de deux bureaux de vote, l’auteur de l’enquête, Jérôme Fourquet, s’est livré à une étude approfondie des résultats à proximité des différentes casernes. Dans tous les cas étudiés dans cette analyse (à une exception), le bureau où se trouve la caserne est le bureau de la ville qui accorde le plus fort vote à Marine Le Pen. Globalement, l’IFOP estime le vote FN à 46% chez les gardes mobiles et à 34,5% chez les gardes républicains.

L’impunité des forces de répression

Ces données pourraient alarmer les autorités de l’État, il n’en est rien. Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, proche de Manuel Valls et spécialiste des questions sécuritaires, a ainsi expliqué sur son blog : « Cette étude ne m’alarme donc pas plus. Si le pourcentage réalisé par Marine Le Pen chez les gendarmes mobiles atteint le même niveau en France, là je serai inquiet. S’il y a du souci à se faire, c’est plutôt sur la situation globale des forces mobiles en France : avec les baisses d’effectifs de ces forces d’élite, je ne suis pas sûr que la France puisse faire face à des événements tels que ceux de 2005 s’ils se reproduisaient. »

Décidément bien mal inspiré, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve est sorti d’un impensable mutisme de quarante-huit heures après la mort de Rémi Fraisse pour déclarer : « Ce n’est pas une bavure. » Comme on suppose qu’il n’a pas voulu exprimer qu’il s’agissait d’une préméditation, de quoi donc s’agit-il alors ? D’une réalité assez simple : les forces de l’ordre n’ont jamais tort. Il existe une détestable habitude dans ce pays. À peine installés place Beauvau, les ministres de l’Intérieur soutiennent toutes les turpitudes de leurs troupes, envers et contre tout.

La montée des idées d’extrême-droite, doublée de l’assurance d’une quasi impunité, permet – encourage même – la répétition des dérapages. Il est sans doute exagéré de voir dans les agissements des forces de répression l’expérimentation de dispositifs de contre-insurrection, voire les prolégomènes d’une guerre de basse intensité. Il n’en demeure pas moins que la violence des crises sociales, écologistes, économiques, aggravées par le discrédit et la perte de légitimité du politique, nourrit un chaos croissant. Incapable de répondre aux souffrances de la société, se refusant à s’attaquer aux inégalités de toutes sortes, la tentation autoritaire, celle de l’ordre et de la violence d’État, peut alors s’imposer comme une solution pour certains responsables politiques. Il est grand temps de balayer tout cela.

juil 222014
 
IM804

Sur leur site, les giménologues qui poursuivent une recherche sur la révolution espagnole et ses suites proposent trois textes sur la lutte armée menée à partir de France contre le franquisme dans les années 60-70. :

 

Les amis des giménologues publient
Ombres et hombres
http://www.gimenologues.org/spip.php?article610

Les amis des giménologues publient
Trois libertaires français dans les prisons franquistes
L’HISTOIRE D’ALAIN PECUNIA, BERNARD FERRI ET GUY BATOUX
Article de Steven Forti publié dans la revue Atlántica XXII , mai 2014
http://www.gimenologues.org/spip.php?article609

Les amis des giménologues publient
La Société du Bien-être d’Agustín García Calvo
Paru en 2014 aux Éditions Le pas de côté
http://www.gimenologues.org/spip.php?article608

Les giménologues, juillet 2014

juin 102014
 

Texte de 2011, après le contre-G8 du Havre. Peut-être encore plus d’actualité aujourd’hui…

tumblr lbaaechgis1qerud1o1 400 Billet d’humeur

 

Pour en finir avec le concept de peuple

La semaine dernière lors d’une manifestation au Havre contre la tenue du sommet du G8, on a pu voir des altermondialistes brandir le slogan « les peuples, pas la finance ». Il est bien triste de voir des gens qui s’inscrivent dans une idée d’émancipation proclamer des devises aussi nulles. Pour eux, il s’agit de se référer de manière positive à l’idée de peuple, et de lui opposer le mal qui serait la finance, le bon peuple contre les méchants banquiers – deux non-sens dans une seule phrase.

 

D’abord le bon peuple : dans son origine latine, le concept de peuple désigne l’ensemble des citoyens d’une cité, c’est-à-dire ceux qui ont des droits. Dans l’histoire moderne, le terme de peuple est indissociable de celui de la nation ou du territoire. C’est pour cela qu’en général il est suivi d’un adjectif, le peuple français, américain, espagnol, etc… En fonction de la culture politique, il est associé plutôt à l’idée de la nation – c’est le cas en France avec le droit du sol – ou alors à celle de l’ethnie comme par exemple en Allemagne avec le droit du sang. Cela explique d’ailleurs aussi qu’aujourd’hui en Allemagne ce sont en général les milieux d’extrême droite qui utilisent de manière positive la référence au Volk (peuple). Vers la fin du 19ème siècle était né en Allemagne se qui s’appelait le mouvement « völkisch », qui définissait l’appartenance à un peuple par la descendance (par le sang). Il prônait un retour à la nature, une identification des gens avec leur terroir et avec leur pays (au sens géographique) et faisait découler de cela une identité nationale. Cette identité, soi-disant allemande, se manifestait dans la musique, les beaux arts et plus tard aussi dans la politique. La suite de l’histoire est bien connue : les nazis se sont nourris massivement du mouvement völkisch et ont mis en place la domination et l’éradication de ceux qui étaient définis comme étant non allemands.

 

Un autre problème est que des concepts tels que peuple et nation fonctionnent toujours logiquement aussi par l’exclusion : si je remplis les critères d’adhésion (nationalité, ethnie, lieu de naissance…), je peux en faire partie ; si je ne remplis pas ces critères, j’en suis exclu. Aujourd’hui en France par exemple, si on s’en tient à la définition du Petit Robert, un sans-papiers ne fait pas partie du peuple car pour cela il faudrait « avoir en commun un certain nombre de valeurs et d’institutions ».

 

A titre purement personnel, n’importe qui peut constater qu’il est ridicule dans une perspective d’émancipation de vouloir s’attacher à l’idée d’un peuple. Je suis étranger vivant depuis presque trente ans en France, à quel peuple devrais-je me sentir appartenir ? Ces tentatives de définitions d’identité sont grotesques. La seule possibilité est de critiquer radicalement ces concepts tout à fait réels que sont peuples, Etats et nations. Il faut également démontrer la fausse opposition entre politique et économie, Etat et marché ainsi que planification et concurrence.

 

Vous allez me rétorquer que les altermondialistes qui parlent du peuple veulent dire le peuple du bas, en gros vous et moi contre eux, le vrai peuple quoi. Là, c’est la plus simpliste argumentation de lutte de classes qui commence vraiment à sentir le moisi, et il est étrange que ce soit des gens qui prétendent ne pas faire de la politique ou alors faire de la politique autrement qui reprennent cet argumentaire litanique digne de la belle époque du PCF. Enfin on a trouvé le nouveau sujet révolutionnaire.

 

Venons-en à la deuxième partie du slogan affiché : la finance. Dans une critique tronquée de la société actuelle, c’est la finance qui est assimilé au mal. C’est elle, avec la figure emblématique du banquier, qui serait responsable de la globalisation de l’économie, de la pauvreté dans le monde et des guerres sur la planète. Ah ! que cette vision est bien commode : elle permet de trouver quelques coupables, de renouveler sans cesse les fantasmes de conspiration et surtout de ne pas remettre en question le capitalisme ainsi que ses institutions que sont la politique et l’Etat. Il est clair qu’aujourd’hui les montants des transactions financières dépassent largement la production matérielle, mais la faute à cela n’est pas à chercher du côté de quelques banquiers et spéculateurs certes peu fréquentables. Si l’argent est investi massivement dans la spéculation, c’est que le secteur productif ne garantit plus assez de survaleur pour un système qui se moque de tout sens et ne connaît que la croissance. Dans cette optique, il n’y a pas de retour en arrière possible vers un capitalisme plus raisonnable, mieux géré. C’est la folie et le caractère destructeur de la socialisation capitaliste dans son ensemble qu’il faut dépasser, sans se limiter à son dernier avatar qu’est la bulle spéculative. Pour cela, il est déjà important de critiquer des concepts tels que peuple et nation, en reconnaissant qu’ils font partie du problème et non de la solution.

Paul Braun, 2011.

mai 262014
 

source: la horde

CRUAUD, GOLOUA AN COLAIR

Des lecteurs nous signalent une page Facebook d’un élu FN particulièrement gratiné : celle de Daniel Cruaud, conseiller municipal de Giberville (Basse-Normandie). On y découvre qu’il partage avec Marine Le Pen le goût de l’écriture phonétique (comprendre : à l’orthographe plus qu’approximative), mais surtout qu’il fait preuve d’une islamophobie totalement décomplexée. Il relaie ainsi, entre autres conneries, l’appel d’un mystérieux Collectif des Gaulois en Colère, qui menace ainsi « les musulmans » : « le FN étant encore trop gentil avec vous, nous serons contraint d’employer les méthodes de nos ancêtres (souvenez-vous de Charles Martel).«

Communiqué du NPA Lisieux-Pays d’Auge:

Lisieux, le 12 mai

La direction de la Poste du Calvados a fait le choix de faire distribuer par les facteurs la propagande du FN. Propagande diffusé avec de la publicité commerciale. Ordonner aux facteurs de distribuer ces tracts, place La Poste dans l’illégalité quand au devoir de réserve et de neutralité du service public . Plusieurs bureaux et facteurs du Calvados ont décidé de refuser de distribuer cette propagande qui appel à la haine.

Le NPA Lisieux- Pays d’Auge soutien l’ensemble des facteurs qui refusent de se transformer en commercial du FN et de propager ces idées racistes, xénophobes, islamophobes, homophobes…!! Nous condamnons cette collaboration commerciale de la Poste et donc de l’état avec l’extrême droite. Le F-Haine n’est pas un parti pour les travailleurs et les classes populaires, mais bien un parti capitaliste aux ordres de la finance et de la bourgeoisie.

LHprésentation

fév 212014
 

[Calais] Les fascistes se mobilisent contre les squatteurs. Appel à la solidarité internationale

Calais. Les fascistes se mobilisent contre les squatteurs. Appel à la solidarité internationale

Demain Vendredi 21 Février, les fascistes ont appelé à de nouvelles manisfestations dans la journée et dans la soirée devant le nouveau squat rue Émile-Dumont à Coulogne. C’est l’aboutissement de cinq jours d’intense activité fasciste sur le Calaisis.

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/017.jpg?resize=524%2C283Le nouveau squat rue Émile-Dumont à Coulogne

Ces derniers mois, ‘Sauvons Calais’ un groupe raciste contre les migrants a mobilisé Calais appelant à ‘défendre la ville contre les migrants’. La semaine dernière, des gens ont squatté une ferme à Coulogne. Depuis dimache soir, des groupes de fascistes et des voisins mécontents, allant parfois jusqu’à cinquante personnes, ont eu une présence quasiment constante devant la maison.

Durant la semaine, les fascistes ont insulté les habitants de la maison, jetant des pierres, des feux d’artifices et en étant présents en permanence. Mardi à 7 heures du matin, trois fascistes qui avaient bu toute la nuit ont tenté de s’introduire dans le squat avec une masse. Deux d’entre eux ont été arrêtés. Certains ont aussi été filmés en train de proférer des menaces de morts contre les migrants.

Aujourd’hui, ils sont de nouveau de retour et menacent à nouveau les gens à l’intérieur du squat. Les fascistes de Sauvons Calais ont appelé sur Facebook les gens à attaquer le squat.

Le squat a été rendu public la semaine dernière et les squatteurs ont acquis un status légal pour le bâtiment occupé.

Les jours passent et le nombre de fascistes présents sur les lieux ne fait qu’augmenter. Loin d’une accalmie, la situation devient de plus en plus tendue. Ce regain d’activité fasciste sur Calais est sans précédent. Les gens appelent à l’aide demain et dans les semaines qui viennent.

Traduit de l’anglais (Calais Migrants Solidarity), squat!net, 20 février 2014

 

La bataille de Coulogne

L’étincelle lancée par la maire de Calais avec son appel à la délation des squats sur facebook en octobre dernier, par la page Sauvons Calais et la poignée de main de deux adjoints à la maire de Calais aux manifestants anti-migrants en novembre, cette étincelle s’est invitée à Coulogne sur fond de campagne électorale.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/026.jpg?resize=524%2C276

Les militants de Sauvons Calais font le siège devant un squat récemment ouvert à Coulogne dans une maison vide. Une banderole sur laquelle ils se présentent comme des riverains, et des coups de sonnettes aux vrais riverains pour semer la peur d’une invasion de migrants.

Pourtant pas de “migrants” dans la maison dont ils ont tenté ce matin d’enfoncer la porte, mais des citoyens de différents pays de l’Union européenne. De même que les deux vélos dont ils crevé les pneus hier appartiennent à un Breton et un Calaisien.

Ce qui remet le débat à sa place. On voit dans certaines manif une pancarte : “étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français”. Si l’Angleterre levait l’ancre et dérivait un peu plus loin, si les migrants partaient par conséquent vers d’autres ports, nous resterions bien avec cette question entre nous : dans quelle société voulons-nous vivre ?

Pour l’instant, les Sauvons Calais ne s’en prennent qu’à des objets, une porte, deux bicyclettes. Mais ils nous donnent déjà une indication : leur choix de société, c’est par la violence qu’ils veulent nous l’imposer.

Passeurs d’hospitalités, 18 février 2014

Manif contre l’extrême-droite à Rennes

 Posted by on 14 février 2014 at 9 h 31 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés
fév 142014
 

Source: Jura libertaire

NUIT DE RAGE CONTRE LE FN

« Hier soir, une réunion publique du Front national dans le cadre des élections municipales se tenait à la salle de la Cité, à Rennes. La manifestation qui tentait de s’y opposer a dégénéré laissant place à des dégradations et des heurts avec les forces de l’ordre. Plusieurs organisations de gauche, comme le Parti de gauche, Europe Écologie, le NPA, la CGT, Solidaires mais aussi le collectif antifasciste, la fédération anarchiste, ou encore le Collectif rennais autonome contre l’extrême droite (Craced) avaient appelé à différents rassemblements.

Vers 18 h 30, c’est sur la place de la Mairie que les partis politiques et les syndicats se sont regroupés. Environ 150 manifestants étaient, notamment, venus dénoncer la réunion de ce meeting « dans la maison du peuple un lieu emblématique du mouvement ouvrier et syndical rennais ».

Vitrines brisées et voiture incendiée

Les différents groupes antifascistes, environ 500 personnes au départ, s’étaient eux donnés rendez-vous, à la même heure, en bas de la place des Lices, non loin de la salle où se tenait le meeting du FN, rue Saint-Louis. Pour éviter d’éventuels heurts, 200 policiers avaient été déployés dans ce secteur.

Les premiers accrochages avec les forces de l’ordre se sont déroulés vers 19 h 30, rue de la Chalotais, alors que les manifestants d’extrême gauche marchaient vers le local de campagne du Front national, situé boulevard de la Liberté. Le cortège est ensuite remonté en direction de la place des Lices. Sur son passage plusieurs vitrines d’agence immobilière, rue de la monnaie, place Saint-Michel ont été brisées ainsi que celle d’une banque place des Lices. Un poste de police, situé rue de Penhouët, a également été pris pour cible et une voiture a été incendiée rue de Saint-Malo.

Des interpellations

Vers 20 h environ 350 personnes, pour la plupart le visage dissimulé, se sont regroupées place Sainte-Anne. Là des bouteilles de verre, des pierres, des pavés, des bouts de bois ont été lancés en direction des CRS qui bloquaient l’entrée de la rue d’Échange. Un canon à eau et des jets de gaz lacrymogène ont été utilisés pour repousser les manifestants qui voulaient en découdre. La manifestation s’est finalement dispersée vers 20 h 30.

De son côté, le FN a finalement tenu son meeting devant quelques dizaines de personnes.

Hier soir, au moins trois manifestants ont été interpellés et cinq policiers ont été légèrement blessés. »

Le Télégramme, dimanche 09 février

Les vidéos Ouest France  et Rennes TV

 

Communiqué du CRACED – à l’appel du rassemblement place des Lices :

À l’heure des comptes, il y aura bien — à côté des fascistes réfugiés derrière Twitter et le lot habituel d’amoureux de l’ordre, quelques candidats aux municipales et leurs partis pour pleurer misère sur les vitrines brisées de banques, d’assurances, d’agences immobilières, sur le début d’incendie du commissariat ou les pavés qui pleuvaient sur la flicaille.

À croire que la pire bourgeoisie financière, spéculative et immobilière, dont les enseignes qui colonisent le centre ville ont été prises pour cible ce soir, n’aurait pas un rôle déterminant dans la montée de l’extrême droite en France et en Europe…

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/01.jpg.jpeg?resize=600%2C400

Que les choses soient claires : lorsque la préfecture (PS) dépêche deux ou trois cent hommes et plusieurs canons à eaux pour assurer le service d’ordre d’un meeting FN et de leur local, alors qu’une municipalité accueille dans un haut lieu des luttes ouvrières un bureau politique des fascistes, ce n’est que le tarif minimum que de faire payer à coup de pavés ces ennemis des luttes pour leur accueil et leur défense physique des fascistes locaux.

Ce dispositif, de même que les arguments pathétiques invoqués par la mairie pour justifier la tenue du meeting, prouvent en tous cas un fait désormais inéluctable : le Front National fait partie intégrante de l’ordre républicain, et constitue sa facette la plus sécuritaire, post-coloniale, celle du charognard qui vient se nourrir des restes du mouvement ouvrier.

http://i2.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/02.jpg.jpeg?resize=599%2C399

Il n’y a donc pour nous plus lieu d’attendre de solutions politiques d’une union sacrée ou d’un front républicain composé de partis et de groupes qui ont contribué par leur nullité, leur soumission ou leur soutien au capitalisme de crise, à créer les conditions idéales au développement des mouvements fascistes.

C’est à ce titre que nous nous revendiquons antifascistes, autonomes et révolutionnaires : nous n’entendons pas gérer la montée de l’extrême droite, nous entendons la combattre par tous les moyens et sous toutes ses formes.

À cet égard, nous ne laisserons pas le monopole de la violence politique aux bandes de skins et à la police, et nous appelons à se la réapproprier comme stratégie historique du mouvement ouvrier et révolutionnaire pour en refaire un outil de lutte parmi d’autres, sans diabolisation ni fétichisme.

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/03.jpg.jpeg?resize=600%2C400

Nous l’avions dit dans notre appel, le FN désormais conforme aux critères des partis bourgeois n’est que la partie institutionnelle d’un mouvement réactionnaire diffus, que nous devons combattre sur un spectre bien plus large : des milices de ratonneurs à la gestion coloniale des quartiers, des intégristes homophobes appelant à faire des femmes des mères-pondeuses au foyer aux bureaucrates chargés de la gestion des rroms et des sans papiers…

Ils sont désormais prévenus.

Si cette nuit de rage était un contre-feu salutaire dans un contexte marqué par les poussées réactionnaires, nous appelons à étendre partout le mouvement et les actions pour enfin contre-attaquer et retrouver la joie de lutter !

Et qu’on se le dise : malgré les charges des gardes mobiles et de la BAC, les blessures et les gazs qui pleuvaient indistinctement sur la place Sainte Anne, cette soirée était pour nous tous une grande bouffée d’air dans la puanteur qui règne aujourd’hui en France.

Salut à toutes celles et ceux qui sont venus lutter à nos côtés ce soir !

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/02/04.jpg.jpeg?resize=600%2C337

Collectif Rennais Autonome Contre l’Extrême Droite – CRACED – reçu le 11 février 2014

fév 142014
 

Ni matraque, ni quenelle. De quoi Dieudonné est­-il le nom ?

Mis a jour : le mercredi 29 janvier 2014 à 14:25

Durant les derniers jours d’une bien triste année 2013, l’armée israélienne bombarde la bande de Gaza, faisant plusieurs victimes dont une fillette, dans l’indifférence générale. C’est précisément au même moment qu’éclate en France une véritable hystérie politico-médiatique autour de l’humoriste Dieudonné et de sa quenelle, alors que ce dernier compte commencer sa tournée de spectacles par Nantes.

Si nous intervenons dans le brouhaha actuel, c’est pour déconstruire le phénomène actuel (somme toute assez pathétique) et clarifier la situation dans un climat de perte de repères et de confusion généralisées.
Nous sommes cependant conscient-e-s que beaucoup d’analyses ont déjà été faites, trop d’encre a déjà coulé à propos de Dieudonné et sa quenelle.

1-medium
1

2-medium
2

3-medium
3

« Vous ne connaissez pas Dieudonné »

D’abord militant de gauche, humoriste engagé dans la lutte contre Le Pen, il a progressivement dérivé dans les années 2000 vers l’extrême droite suite à un sketch se moquant des colons israéliens.
S’estimant persécuté il se lie d’amitié avec Jean Marie Le Pen et se rapproche de l’extrême droite radicale notamment de l’ancien leader des fascistes du Groupe Union Défense (F. Chatillon) avec qui il voyage dans les dictatures du proche Orient pour soutenir les régimes Iranien, Libyen, Syrien. Il s’entoure aussi d’Alain Bonnet de Soral, rejeton mondain d’une famille bourgeoise, passé par le Parti Communiste avant de travailler pour le Front National, ou même du vieux routard du négationnisme Faurisson.

Le parcours de Dieudonné n’est pas exceptionnel : rappelons-nous l’anarchiste Rassinier qui avait évolué vers le négationnisme dans les années 1970, ou le dessinateur Konk qui était passé du quotidien Le Monde au journal d’extrême droite Minute dans les années 1980.

«D’accord, mais Dieudonné fait de l’humour, pas de la politique »

Ce qui est exceptionnel, c’est qu’en plus de dix ans de militantisme aux côtés de l’extrême droite radicale, Dieudonné soit parvenu à maintenir une ambiguïté sur ses positions, en jouant sur la nuance entre humour et politique, et accentuant sa popularité par un cercle vicieux : « Si je suis exclu c’est que j’ai raison, etc… »

Alors, humour ou politique ? C’est un faux débat, l’humour peut être une arme politique servant à faire passer des messages au même titre que la musique, le théâtre ou même le dessin : c’est un outil -parfois même plus efficace que les autres-, et Dieudonné l’a bien compris.

En tant que fondateur d’un parti politique en 2009 (le Parti Anti- Sioniste) et attaché de presse de divers régimes totalitaires, même Dieudonné ne se risquerait plus à prétendre qu’il ne se mêle pas de politique.

« La quenelle c’est drôle, et puis c’est juste un bras d’honneur »

D’un point de vue strict, cette gestuelle gracieuse est un mime de la pratique sexuelle du fist fucking, il s’agit donc d’un bras d’honneur et non d’« un salut nazi inversé » comme on a pu l’entendre ici et là dans les médias.

Un brasd’honneur adressé à qui ? Au « système » mais pas uniquement, le geste s’est répandu dans de larges franges de la population, notamment par le biais de sportifs célèbres ou de chanteurs, sans forcément avoir d’autre sens qu’un sens récréatif, frondeur ou moqueur.

Avec sa quenelle, Dieudonné a ainsi réussi un coup marketing de génie : réunir des flics cagoulés, des
militaires fachos, des footballeurs millionnaires, et de nombreux anonymes notamment issus des quartiers
et de l’immigration derrière un même geste à la signification floue.
Qu’est-ce qui réunit ces gens ?

Quels sont leur intérêts communs ? Aucun.

Ceux qui se proclament anti-système aujourd’hui sont donc les garants de l’ordre social en uniforme, ou encore l’armée qui veille à la sauvegarde des intérêts de la Françafrique ?

On a vu apparaître dernièrement sur le net de nombreuses quenelles devant des synagogues, des écoles juives et même un mémorial de la Shoah, à Nantes des militants d’extrême droite -issus de bonnes familles de la bourgeoisie traditionaliste locale- posent en reproduisant la quenelle : un signe quel qu’il soit prend la signification que lui donnent ceux qui le propagent.

Ici, c’est évidemment un sens antisémite. La quenelle n’est pas ‘neutre’. Le salut romain était ‘apolitique’
jusqu’à ce que Mussolini ne le réactualise au 20ème siècle, le transformant en salut fasciste : son sens a
évolué avec l’usage qui en a été fait. Il en est de même pour la quenelle.

Il ne s’agit pas d’accuser tous ceux qui ont pratiqué le geste d’être des antisémites ou des nazis.
Seulement la quenelle est devenue au mieux un geste ambigu, au pire un signe ouvertement antisémite.

« Vous êtes des flics de la pensée. Moi il me fait rire »

Comme après l’assassinat de Clément Méric qui avait conduit à une dissolution -médiatique et inutile- de groupuscules fascistes, l’État français souhaite l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Ce choix est doublement contre-productif : en plus d’être juridiquement difficile, la mise en scène de « l’affaire » met un coup de projecteur considérable sur l’humoriste juste avant sa tournée. Jusqu’alors connue et suivie par un (large) cercle d’initié-e-s, la carrière de Dieudonné -et de son entourage- vient de faire un bond inattendu grâce au ministre de l’Intérieur. Dieudonné et ses supporters vont encore une fois pouvoir se poser en martyrs, en rebelles.

La transformation des excentricités antisémites de ‘l’humoriste’ en véritable « affaire d’État » ne profite pas à la cause anticolonialiste, ni aux gazaouis bombardés par l’armée Israélienne mais uniquement au pouvoir en place, à Manuel Valls, le premier flic de France qui se déguise ainsi en « rempart contre le racisme » et à Dieudonné lui-même, qui ne s’attendait sans doute pas à une telle publicité.

Il n’y a plus un jour sans que les médias ne relaient les dernières frasques de Dieudonné et de ses soutiens.
Encore une fois, des gesticulations réactionnaires hyper-médiatisées viennent occulter totalement les luttes sociales et les vrais problèmes politiques. Alors que la répression des luttes et les violences policières dans les quartiers ne sont presque jamais relayées dans les médias, un battage médiatique hallucinant accompagne cette affaire.

Dieudonné ne sert qu’à détourner l’attention de la guerre sociale en cours : violences policières, casse sociale, poussée de racisme, problèmes de fric et d’emplois précaires…

Derrière la quenelle, la matraque

Dieudonné ne représente qu’une petite partie de l’offensive réactionnaire en cours : les manifestations homophobes, le renouveau militant de l’extrême droite radicale, l’islamophobie, les politiques racistes et anti-sociales contribuent aussi au repli identitaire, à la destruction des solidarités et des luttes. Les idées réactionnaires sont en train de remporter la bataille culturelle.

Alors que les néo-conservateurs cathodiques à la Zemmour « décomplexent » la parole raciste et homophobe de la bourgeoisie de droite traditionnelle, Dieudonné, lui, travaille à amener vers l’antisémitisme et le fascisme des franges de la population jusqu’ici imperméables aux idées d’extrême droite. Un marché que le rebelle de salon Alain Soral n’aurait jamais pu conquérir sans son ami comique.

Et pendant que les médias font mine de découvrir, horrifiés, les quenelles, on oublie que c’est bien le Parti Socialiste au pouvoir qui rase des camps Roms, qui rafle et expulse des dizaines de milliers de « sans papiers », qui envoie sa police tirer sur des manifestant-e-s, qui soutient la politique israélienne, qui saccage l’environnement.

Contre le colonialisme et l’antisémitisme : solidarité entre les peuples

Dans cette polémique, on n’entend que la parole des pro-Dieudonné d’un côté, des pro-israéliens et du pouvoir de l’autre : la quenelle étouffe la voix des véritables opposants à la politique de l’État d’Israël et au sionisme. Ces deux parties se nourrissent, se répondent : d’un côté Dieudonné soutenu par des antisémites, des frontistes, de l’autre des sionistes comme Arno Klarsfeld, réserviste dans l’armée israélienne et accompagnateur de la politique d’expulsion sous Sarkozy.

Finalement, ce sont deux courants de la droite extrême qui se font face. Dieudonné et ses amis sont
des outils extraordinaires pour légitimer le sionisme et faire taire les vrais anticolonialistes.

Pendant que l’on braque les projecteurs sur Dieudonné, personne ne parle de ceux qui résistent au colonialisme en France et dans le monde, des associations de défense de la Palestine aux Anarchistes contre le mur (un groupe de militant-e-s israélien-ne-s luttant contre l’apartheid) en passant par l’Union Juive Française pour la Paix (des juifs progressistes qui s’opposent au sionisme). Omer Goldman, une jeune femme de 19 ans a été emprisonnée en Israël pour avoir refusé de prendre part aux violences de l’armée d’occupation, un groupe d’israélien-ne-s dénonce actuellement les exactions de Tsahal en Palestine…

Les victimes de la Shoah dont se moque Dieudonné étaient bien souvent des juifs Polonais ou Russes du mouvement socialiste du Bund opposés au sionisme. Ce sont ces même victimes qui sont salies par Dieudonné, et non la politique israélienne.

Des militant-e-s qui combattent le sionisme et qui subissent la répression du système, il y en a. Parmi eux : Georges Ibrahim Abdallah encore incarcéré, Rachel Corrie, écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne en 2003. Ne vous trompez pas, les résistants ne remplissent pas les Zéniths, ils croupissent en prison.

Il n’y a plus rien d’amusant dans le cynisme d’un Dieudonné dévoré par ses obsessions. Il n’y a rien d’anti-système à faire la même quenelle qu’un flic, un militaire ou un millionnaire. Les sketchs de Dieudonné ne sont qu’un moyen de propagande malsaine comme un autre.

L’antisémitisme comme les autres formes de racisme se nourrit d’ignorance, de désespoir social, d’absence d’alternative.

A nous tou-te-s de reprendre l’offensive créative, de mener le combat culturel pour l’émancipation, la liberté, l’égalité.

Action antifasciste Nantes

Sitemap