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  sur Rebellyon.

Nous étions plus de 4000 ce samedi après-midi 29 novembre à Lyon. Les nombreux appels avaient donné le ton et si la mobilisation appelée par les habituels « partis et syndicats de gôche » ciblait uniquement le FN et son congrès, l’opposition du jour couvrait un champ quelque peu plus large : celui du racisme (d’état) et de la violence policière (lesquels s’exercent régulièrement de façon conjointe). Quel intérêt d’ailleurs de s’opposer uniquement à un FN bunkerisé à la tête d’Or protégé par la police, et que médias et politiques ont déjà rendu « acceptable » en reprenant et appliquant ses idées racistes et réactionnaires.

Le déploiement policier du jour était sans commune mesure pour une manifestation « antifasciste » : plusieurs dizaines de camions de CRS, autant de gardes mobiles, la BAC, un canon lance à eau, et même un hélicoptère. Mais depuis plusieurs semaines et les mobilisations anti-répressions, nasses policières [1] et déploiement ostentatoire sont devenus la règle, peu s’en sont étonnés. L’histoire avait déjà été vendue au quidam par les médias et le préfet Carenco : un centre-ville impraticable et des hordes de « casseurs » à la violence prétendument « gratuite ».

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La pression policière s’est fait sentir avant même le début de la manifestation : les bus venant de Paris, d’Italie, de Grenoble ou de Berne ont été arrêtés sur le trajet, avec contrôle systématique des papiers et fouille. Certains n’ont pas pu se rendre au point de départ de la manifestation. Sur place des barrages de police sur toutes les rues débouchant à Jean Macé ont permis aux flics de fouiller une bonne partie des manifestants (on vous laisse deviner les critères arbitraires de ciblage) et d’arrêter au moins une personne. D’autres personnes ont été embarquées par la police après des fouilles et contrôles dans un bar.

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La manifestation finit tout de même par quitter la place Jean Macé pour remonter l’avenue Jean Jaurès vers 15h. Partis et associations ouvraient le cortège suivi des syndicats (surréaliste camion-scène de concert de la CFDT). La deuxième moitié de la manifestation s’agrégeait derrière une banderole : « OFFENSIVE CONTRE LE RACISME D’ÉTAT LE FN ET LES VIOLENCES POLICIÈRES » . Les habituels slogans contre le FN et le racisme d’état fusent, quelques pétards explosent le long du cortège, quelques coups de bombes de peinture sur les murs ou directement sur le sol finissent de poser l’ambiance. La présence policière se fait moins pesante aux abords du cortège, les flics sont regroupés devant et derrière la manifestation.

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À l’approche de Saxe Gambetta, l’ambiance commence à monter. Quelques banques sont taguées, leurs vitrines et distributeurs prennent des coups. Un flic en civil (DCRI ?) présent au bord du cortège est pris à partie et doit fuir. Les flics commencent alors à mettre la pression sur l’arrière du cortège, et beaucoup de gens remontent sur les côtés. La manifestation arrivée sur le cours Gambetta, les premières grenades lacrymo tombent. Quelques mouvements de foules font accélérer la manifestation. Jusqu’au pont de la Guillotière, les banques continuent de prendre des coups et le Mc Donald perd ses vitrines.

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À la fosse aux ours sur les quais, les CRS chargent le cortège et scindent la manifestation en deux. Une partie des personnes déjà engagée sur le pont fait demi-tour, et fait face à la police, pendant que la fin du cortège se retrouve prise dans une nasse, encerclée par les flics. Le reste de la manifestation continue de traverser le pont, puis de suivre les quais en direction des Terreaux. Ceux qui ont échappé à la nasse sont finalement obligés de suivre le reste du cortège sous la pression policière. Un canon lance à eau se met à asperger la foule au croisement de la rue de la Barre. Les CRS talonnent le cortège, projectiles divers contre lacrymo. Cette marche forcée continuera jusqu’à la passerelle du collège, à quelques centaines de mètres seulement de la place des Terreaux. Les flics y empêchent le cortège de poursuivre alors que les lacrymo tombent jusque dans les premiers rangs de la manifestation. Quelques groupes continuent dans les ruelles de la presqu’île, d’autres traversent le Rhône sur l’injonction des flics. Si plus rien ou presque ne se passe en centre-ville à partir de ce moment-là, le quadrillage policier se maintient tout le début de soirée, les quelques groupes de manifestants restés sur les quais se retrouvant rapidement face aux flics.

Le bilan répressif de la manifestation, outre les violences physiques d’une police sur les nerfs, s’élève à au moins 17 personnes interpellées selon les informations de la Caisse de Solidarité. Au moins une des personnes arrêtées avant le début de la manifestation a déjà été relâchée.

MàJ 30/11 1h30 : La police annonce 14 interpellations, dont au moins cinq pour « agressions physiques sur des policiers ».

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« Un autre témoignage

J’étais au sein de la manifestation de samedi 29 novembre après midi. En arrivant, déjà un contrôle d’identité et fouille de sac pour un ami et moi, tandis que d’autres amies ne se sont pas fait contrôler. En effet, nous étions habillés avec des vestes de sport et sac à dos tandis qu’elles étaient habillées en « filles ».

Attente longue place Jean Macé, départ vers 15h. A l’arrière du cortège, alors que nous venions de quitter Jean Macé, une charge de policiers a fait paniquer la foule. C’était le long de l’avenue Jean Jaurès, ou des vitrines ont été brisées. Les différentes organisation de queue de cortège (CNT, AL, NPA…) se sont retrouvées mélangées, et au niveau du métro Saxe-Gambetta, des grenades lacrymogènes ont été lancées. Les manifestants se sont précipités en avant en direction de la place du Pont tandis que d’autres leur permettaient de s’éloigner des CRS (au moins un centaine) en formant un ligne à l’arrière du cortège. Au niveau de la place du Pont, les restes de la queue de cortège étaient plutôt compacts, et des colonnes de CRS avançaient à côté de nous en resserrant le passage (il y avait des barrières en travers des voies du tram). Le reste de la manifestation à ce moment était déjà au-delà du pont de la Guillotière. Aux environs de 15h30, notre groupe a été bloqué pendant quelques minutes place du Pont, un cordon de CRS nous empêchait d’aller sur le pont de la Guillotière. Nous étions 500 personnes, le reste de la manifestation était déjà sur le pont. Ensuite, nous avons réussi à passer en formant des lignes et en se tenant par les coudes. Une fois sur le pont, nous étions sur la droite puisque les policiers avançaient toujours en même temps que nous sur la gauche. Nous sommes restés un long moment (20 minutes ?) au bout du pont, bloqués par une trentaine de camions derrière, par le canon à eau en direction de Bellecour, et encadrés par des CRS. Vers 16h, nous avons fini par avancer parce que des personnes ont négocié un parcours en direction de Perrache. Nous avons tourné à droite, jusque devant l’Hôtel-Dieu, et nous sommes restés encore 30 minutes là. Des fascistes ont été aperçus, entraînant un mouvement de foule, les policiers ont bloqué la foule, protégeant les fascistes qui se trouvaient juste derrière eux. Vers 16h30 enfin nous avons tourné pour passer dans le tunnel qui redescend le long des quais en direction de Perrache, toujours encadrés par un dispositif policier impressionnant. Le cortège a continué d’avancer vers le sud, jusqu’à ce que nous arrivions au voies du tram T2/T1, à côté du pont Galieni. À 17h20 environ la sono a fait l’annonce comme quoi le moment était venu de se disperser, en direction de la gare de Perrache et de Jean Macé pour que les personnes venant d’autres villes puisse retrouver leurs transports. Nous n’avons pu sortir de la manifestation que au compte-gouttes, triés par les policiers.

Une manifestante. »

 

Complément : Rendu du procès : Refus de comparution immédiate, procès fixer au 8 janvier pour les 2 personnes. En attendant contrôle judiciaire avec pointage une fois par semaine au commissariat de leur ville et interdiction de sortir de leur département.

Prendre parti contre le front national.

 Posted by on 2 décembre 2014 at 1 h 58 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés
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Le texte Prendre parti contre le front national  est  intéressant, malgré quelques accents « appellistes »  – sur l’idée de prendre parti,  sur la mise en avant de possibilités de retournement qui  se feraient sentir, sur la France qui serait dans une situation explosive…  Il l’est parce qu’il se confronte à la question du FN à partir d’un point de vue révolutionnaire et non de l’antifascisme. Il ne se contente pas du vieux slogan No Passaran. Et ce pas d’un point de vue idéologique mais en appuyant sur la situation de plus en plus singulière et confuse qui permet aujourd’hui encore moins qu’hier et surtout que demain de distinguer des frontières claires entre les discours et les attitudes dites républicaines et celles du FN et de ses amis. Il touche juste sur l’inconsistance d’un antifascisme qui n’en resterait qu’à suivre un  front républicain dont le FN se fait de plus en plus le porte drapeau.

 Au Japon, le national-nucléarisme décrit par Nadine et Thierry Ribault est une preuve qu’un monde même envahi par la radioactivité est loin de sombrer, mais reste bien solide, et que l’économie continue de porter une force de mobilisation pas si anodine que certains et certaines veulent nous  (se) le faire croire.

Prendre parti contre le Front National

Tract pour la manif du 29 novembre à Lyon contre le congrès du Front National.

Ces derniers temps, en France, on a l’impression de manquer d’air. Avec les dernières percées électorales du Front National, les sorties sur la décadence de la France d’un Zemmour ou d’un Soral, les buzz des vidéos de Dieudonné, le petit peuple de droite qui sort à l’appel de la « Manif pour tous » en nous expliquant ce qu’est un « homme », une « femme », une « famille ». Sans parler des mobilisations d’acharnés contre la « théorie du genre » et pour « Jour de colère », le développement des « voisins vigilants », petits groupes de vieux bourgeois calfeutrés derrière leur fenêtre à défendre leur pré-carré pavillonnaire.

Ajoutez à cela les appels à déloger les squats de migrants à Calais, des riverains s’organisant pour aller incendier le camp de Rroms d’à coté (à Bobigny, à Marseille), un bijoutier qui récolte un million de « likes » sur Facebook après avoir tué son braqueur d’une balle dans le dos, et on peut se dire que les temps sont à la radicalisation. Maintenant, n’importe qui peut se mettre à faire le flic pour de vrai et à vous écraser la gueule s’il s’estime dans son bon droit. L’époque du ressentiment, de la colère rentrée, c’est terminé. Les forces conservatrices se la jouent décomplexé.

Face à cette réalité qui déboule, le réflexe gauche reste l’indignation, quand ce n’est pas la dénégation. On réagit en s’offusquant et en criant à la « montée du fascisme », en appelant à la « vigilance constante » – et surtout, le moment venu, à retourner voter PS. C’est un peu limité. Un peu débile. On sent bien que tout ça manque d’ambition. On sent bien à travers ces bêtises qu’aujourd’hui la politique française se résume à la gestion d’une cocote-minute sous pression : freiner la montée du chômage, freiner la progression du Front National, freiner l’inexorable réchauffement climatique, etc. Retarder autant que possible l’explosion.

Dans ce contexte, le FN occupe naturellement le devant de la scène. Il est une boussole aussi bien pour les groupes nationalistes qui naviguent à ses bords que pour la classe politique dans son ensemble. À bien regarder, une bonne partie des thématiques, des idées, des propositions du FN se trouvent déjà dans les programmes de ses concurrents. Une bonne part de notre actuel « débat public » – la surenchère à propos de l’Islam, la haine des Rroms et tout le discours sur le « droit à la sécurité » – se structure autour de thèses formulées par ce parti, dans les dernières années. Ce n’est pas un obscure fasciste qui disait, il y a quelques mois, que les Rroms étaient in-intégrables et qu’ils avaient vocation à retourner en Roumanie, mais Manuel Valls, ministre de l’Intérieur d’un gouvernement socialiste. Et ce n’est pas un jeune néo-nazi qui fanfaronnait, en 2010, sur « les civilisations qui ne se valent pas » et qui s’alarmait, deux ans plus tard, que « les Français ne se sentent plus chez eux » ; mais Claude Guéant, également ministre de l’Intérieur ; sous Sarkozy cette fois [1].

Que le FN soit l’usine à gaz idéologique des autres formations politiques n’est ni nouveau ni scandaleux. La circulation d’idée se fait depuis au moins trente ans. Ce qui est radicalement nouveau, en revanche, c’est que le FN se présente maintenant comme un parti de gouvernement. Le FN est devenu, par un travail de purge interne et de drague journalistique, un parti « à la mode » avec une vocation gouvernementale. Là où, en avril 2002, la présence de Le Pen au deuxième tour avait provoqué un tollé et mobilisé lycéens et médias pendant les deux semaines de l’entre deux tours, il semble que de plus en plus de monde s’attende à ce que le mouvement bleu marine puisse réellement « accéder aux responsabilités »,

Mais, autant le dire tout de suite : il n’y aura pas de sursaut républicain contre le FN pour la simple et bonne raison que le FN est en tout point un parti républicain – à l’image de tous les autres. En fait c’est avec toute une rhétorique de gauche contre le FN qu’il s’agit de rompre définitivement. Rompre avec cette rhétorique qui le rejette du côté des extrêmes de la politique.

Ce n’est surtout pas au nom de valeurs républicaines que le FN n’incarnerait pas qu’il faut s’opposer à cette machine lancée contre nous. C’est parce qu’on a d’autres choses à vivre que leur sécurité et les misères de l’économie, qu’on peut être amené à s’affronter aux frontistes, et pas sur un mode uniquement défensif (défendre la gentille République face au méchant fascisme). Des mouvements aussi divers que le Front National, le Tea Party américain, l’Aube Dorée grecque ou Casa Pound en Italie tirent leur énergie d’une haine de plus en plus partagée et diffuse contre les institutions supra-nationales, les médias, les élites, etc. bref contre l’ordre démocratique ; alors c’est depuis une position qui n’a rien à voir avec cet ordre démocratique, depuis une position révolutionnaire qu’on peut s’affronter le plus sûrement à cette lame de fond nationaliste qui balaie l’Europe en ce moment. Un saut vers l’inconnu, pour dépasser effectivement ce qui nous contrôle et nous gouverne, renverrait ces apprentis-fascistes à leur néant et leurs petites peurs.

Le FN pose un problème spécifique. C’est qu’il a pris la sale habitude de se poser comme recours face à « la crise », au chômage. Il dit incarner un avenir moins corrompu que notre présent. Il est aujourd’hui le parti « à la mode » au sein de la démocratie. Et c’est parce qu’il capte et capture à la fois des aspirations à la rupture et la possibilité réelle d’un changement que le FN constitue une position sérieusement ennemie. C’est bien parce que, dans une situation aussi explosive que celle de la France d’aujourd’hui, leurs propositions désolantes de connerie (sortie de l’Euro, restaurer la souveraineté française, fermer les frontières) font écran aux possibles révolutionnaires du présent, qu’ils sont à combattre.

La position conservatrice n’est bien souvent que l’envers de la position progressiste. Dans un contexte de crise, les nationalistes clament « nous sommes français, c’est là notre force, nous en sommes fiers », « « ils » essaient de briser la France, nous allons la défendre » comme à gauche certains disent, face à la restructuration néo-libérale, « il faut défendre l’État providence et le service public » car « « ils » essaient de le casser ». Des deux cotés, il y a la même mythologie à l’œuvre, une même abstraction à défendre. C’est depuis une position tout autre que nous partons : non plus s’arc-bouter à ce qui visiblement s’effondre mais faire exister d’autres mondes. Ce ne sont pas ces mauvaises bouées de sauvetage (la France, l’État providence et ses services publiques) qui nous sauveront mais notre capacité en situation critique à faire le choix de l’inconnu révolutionnaire. Des mondes où il n’y a pas de place pour une sixième République à la Montebourg, ni pour un redressement économique, social et moral de la France façon Marine Le Pen. Des avenirs révolutionnaires depuis lesquels tout ce qui est estampillé « national » – Assemblé Nationale, Front National, police nationale, identité nationale, richesse nationale, hymne national, fêtes nationales – est d’emblée étranger, hostile, et n’a finalement pas de place.

La rupture avec les institutions proposée, en plus d’être bête et méchante, et faible parce fondée sur la trouille et le ressentiment, est illusoire : la nation française est tout aussi abstraite et coercitive que l’Europe de Maastricht ; le franc comme monnaie nationale implique toujours autant de dépossession et de violence (les pauvres seront toujours aussi pauvres en franc comme en euro) ; les petits chefs et les petits commerçants qui rêvent de parvenir aux responsabilités n’ont pas plus de morale ou de force d’âme que les technocrates de Bruxelles ou de l’ENA. Rompre réellement avec l’ordre des choses, ne plus jouer le jeu, c’est rompre avec l’idée de gouvernement. S’organiser là où on vit, se donner les moyens de vivre ensemble sans avoir à mendier ou s’en remettre à une quelconque police ou autorité supérieure, sans attendre l’homme ou la femme providentielle. Ce qu’on veut c’est des quartiers en sécession ; des ZAD depuis lesquelles vivre ensemble, partager la terre et se jeter à la rencontre. Tout un monde plutôt que leur France.

Les possibilités de retournement se font sentir. La situation est ouverte. Ce qui en découlera est à batailler dès aujourd’hui. La manifestation du 29 novembre à Lyon serait un énième coup d’épée dans l’eau si elle n’était qu’une simple indignation journalière, qu’un défilé sans conséquences. Le 29 novembre ne doit pas être un jour ordinaire.

Manifestation offensive contre le congrès du FN à Lyon
Le 29 novembre 2014 à 14h.

Notes

[1S’il s’avérait dans les prochaines années qu’il doive y avoir un ministre de l’Intérieur Front National, on lui souhaite bien du courage pour arriver à se démarquer, dans la radicalité verbale, de ses prédécesseurs.

 

nov 232014
 
Valls-Dieudo

Trouvé sur le site de l’Action Antifasciste de Nantes : http://antifasciste-nantes.blogspot.fr

Nantes 1er novembre : 

L’extrême droite complice de la police.

Suite à l’assassinat de Rémi Fraisse par la gendarmerie, une manifestation dynamique et populaire a défilé dans les rues du centre ville de Nantes le 1er novembre.

Malgré l’énorme dispositif policier – plus de 400 gendarmes, CRS et la Brigade Anti Criminalité cagoulée et armée ( http://www.reporterre.net/spip.php?article6522 ), un hélicoptère, des canons à eau … – et l’agressivité des forces de l’ordre, la foule a bravé l’intimidation pour témoigner sa colère contre la répression. La population nantaise est particulièrement touchée par le harcèlement policier : 4 personnes ont perdu un œil suite à des tirs policiers en manifestation.

Si la violence et l’impunité policière franchissent des étapes historiques – nous déplorons un nouveau blessé grave au visage par un tir policier lors de cette manifestation – un cap semble avoir été franchi à Nantes avec la collaboration effective et violente de milices d’extrême droite organisées et armées avec les forces de l’ordre.

Le soir, nous sommes plusieurs à recevoir des informations selon lesquelles des militants d’extrême droite, en groupe, tournent en ville à la recherche de militants isolés, de proies faciles. Les jours suivants, de nombreuses rumeurs circulent, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Des « journalistes » locaux, nous n’apprendrons rien. Un seul article fera référence aux agissements des fascistes, sans toutefois préciser qui ils étaient. Les violents, en l’occurrence, ne pouvaient être que les « casseurs ».

 

Depuis, nous avons cherché à rencontrer les différents protagonistes de la journée, à établir l’identité des fascistes présents, à comprendre le déroulement dans sa globalité.
Une rapide recherche sur twitter montre clairement que l’opération était préméditée et organisée.

 

Le groupe commence sa journée vers 16h, en se réunissant au « Flemings Irish Pub », au 22 Rue des Carmes.
A. et J. racontent
« Ils étaient entre 10 et 15. On en a entendu certains se vanter de « protéger l’arrière des flics ». Entre 16h et 17h, un grand bruit retentit. On se précipite pour voir ce qui se passe et on découvre qu’un mec est passé dans la vitrine du magasin « Steren », rue des 3 croissants. Celui-ci, blessé au dos, y a été projeté extrêmement violemment par le groupe de fascistes. Les flics interviennent rapidement. Le groupe d’extrême droite affirme que le blessé a volontairement brisé la vitrine. En bons gardien de la paix, les policiers interpellent le blessé et le conduisent promptement en garde à vue. Les fascistes retournent tranquillement à leurs bières.
S’ensuit quelques échauffourées avec des passants. Les fascistes montrent du doigt certaines personnes. Le ton monte, la tension est palpable.
« Juste après, le patron du Flemings est au téléphone. D’un coup, il fait signe au groupe de fafs et, en quelques secondes, tous se barrent vers le centre. Quelques secondes plus tard, la police intervient ». « Je n’ai aucun doute, le patron savait qu’ils allaient intervenir ».
Ci-dessous, quelques photos du groupe de fascistes :
 Les militants d’extrême droite à l’angle, en face du Flemings.
 On distingue la vitrine brisée et le groupe, à droite, au même angle que précédemment.

 

Le groupe, juste après avoir propulsé l’homme dans la vitrine. Celle-ci est brisée, devant eux sur la gauche.

 

L’intervention des CRS, les fascistes continuent de siroter leurs bières tranquillement.
Seulement, la journée est loin d’être terminée et nos courageux « défenseurs » de Nantes vont continuer leur parcours.
Le groupe est de nouveau aperçu, vers 18h, au niveau de Gloriette. Se déroulent alors les derniers affrontements avec les flics. Il n’y a plus qu’une poignée de personnes déterminées. Lentement, le dispositif policier avance.
F. et A., témoins de la charge du groupe d’extrême droite place de la petite Hollande au moment de la dispersion de la manifestation, racontent. A. participait à la manifestation, F. passait par là par hasard.
« Moi, je rentrais du football. Au moment où le conteneur a été poussé [un conteneur en verre a été renversé par les derniers manifestants] j’ai vu environ 30 personnes courir vers les manifestants. C’était un bloc, ils se déplaçaient en groupe. Les gens criaient « c’est la BAC». On est parti en courant. On a vu un petit de quartier se faire frapper. »
Cependant, certain-e-s s’aperçoivent que l’armement du groupe et ses modes d’action sont pour le moins surprenants. Certains tiennent des antennes de voitures, d’autres jettent des bouteilles. Très vite, tout le monde comprend qu’il ne s’agit pas de la BAC mais bien du groupe de fascistes.
On peut d’ailleurs entendre l’une des personnes présente le crier dans une vidéo (http://www.youtube.com/watch?v=CFj3oc7vTm0#t=33m35s ).
Une fois les fascistes reconnus, les militants encore présents tentent de revenir sur leurs pas et de protéger les retardataires. « En revenant sur nos pas, on a vu une fille se faire frapper. Elle avait environ 16/17 ans et était métisse. »
Une fois de plus, la complicité entre les flics et les fascistes est évidente.
« Je me suis dit qu’ils étaient coordonnés avec les policiers. Les fachos étaient regroupés dans l’angle des immeubles à côté de la rangée de flics. Les fachos ont chargé, fait demi-tour en longeant la rangée de policiers et sont retournés à leur place initiale, le tout à la vue des flics.
Ensuite, les policiers ont chargé, tout le monde a reculé. C’est quand on est revenu qu’on a vu la fille se faire frapper. Un passant a voulu s’interposer et la BAC est intervenue en criant « dégage » en frappant le mec et la meuf à coups de matraque. On s’est barrés, fin de l’histoire ».
Les fascistes ont continué à semer la terreur toute la soirée dans l’hypercentre de Nantes, malgré un quadrillage de la ville par des centaines de policiers en tenue anti-émeute. Une violente altercation survenue ce même soir est relatée dans l’article de Ouest France, précédemment cité.
Rencontre avec P. qui était à un bar rue Bon Secours et qui a croisé la route du groupe de militants d’extrême droite autour de 2 heures du matin.
« Pendant la soirée, certaines personnes parlaient d’une descente de fachos. Je n’y croyais pas trop. Le concert [qui avait lieu le samedi soir dans le bar] s’est bien passé. Le bar ferme autour de 2 heures du matin. Avec mes amis, on reste devant le bar. Là, 15 mecs habillés avec des vêtements sombres, crânes rasés, qui ressemblaient à des skinheads nous ont crié : « sales gauchistes, vous avez balancé des trucs sur les flics ».
On était trois. Dans la rue Bon secours, un jeune du groupe de fachos très teigneux m’a dit : « dégage ou je te nique ta race ». On est parti, mais ils nous ont poursuivi jusqu’à la place du Commerce, ils voulaient nous faire peur. On était deux gars avec une fille.
Il y a eu plus de peur que de mal pour nous.
Ils étaient un quinzaine au moins, costauds, la trentaine pour certains. On m’a dit que c’était des gars de la Brigade Loire. On les a entendu gueuler sur d’autres gens dans la rue quand on s’est éloigné. Ils restaient en groupe très serré. »
C’est G. et M. qui racontent la suite.
« J’étais à l’abri, juste à côté de la rue Bon secours. Mon pote me hurle qu’il y a des fafs devant un bar. Là, je vois un mec, un black, qui se fait défoncer par une vingtaine de mecs qui crient « sale négro », « faut le tuer ». Il y avait des flics, des mecs de la BAC je crois, au niveau de Bouffay. Ils regardaient, ils ne bougeaient pas ».
« Dès que j’ai vu ce qu’il se passait, j’ai appelé les flics. Je suis tombée sur une meuf qui m’a demandé de ne pas rappeler, qu’ils avaient déjà été appelés plusieurs fois pour la même raison ce soir et qu’il fallait attendre. J’ai halluciné, j’étais vraiment paniquée. »
S’ensuit une bagarre générale devant un autre bar, rue Léon Maître. Plusieurs personnes blessées. Les flics ne se pointent toujours pas. Finalement, tout le monde se disperse.
Le déroulé de cette journée est particulièrement symbolique et alarmant. Des exemples proches de nous montrent la proximité entre les forces de police et les militants d’extrême droite. En Grèce, en Italie, les fascistes chargent avec les flics. Nous sommes leurs ennemis.

Leur objectif est simple et commun : nous terroriser. Ils veulent nous faire taire, par tous les moyens. Nous devons tou-te-s en prendre conscience et refuser le silence. Se taire serait leur concéder la victoire.

La police tue, mutile et emprisonne autant les militants écologistes, antifascistes, anticapitalistes que dans les quartiers populaires ou aux abords des stades de foot. Pour arriver à ses fins, la police n’hésite plus à travailler main dans la main avec des milices d’extrême droite. Les fachos sont toujours du côté du pouvoir, à Nantes comme ailleurs.

Définitivement, la peur doit changer de camp !

Nous remercions toutes les personnes grâce à qui cette enquête s’est construite. Par vos témoignages, vos photos, vos contacts, vous apportez la meilleure réponse : refuser le silence.
Action Antifasciste Nantes
Contacts : actionantifascistenantes
nov 092014
 
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Regards.fr

La mort de Rémi Fraisse est une conséquence logique des politiques de répression actuelles, fondées sur l’impunité des forces de l’ordre – mais aussi aggravées par la radicalisation de celles-ci, de plus en plus séduites par l’extrême droite.

Les forces de maintien de l’ordre font souvent un sale métier, reconnaissons leur une particularité, elles le font salement. La mort de Rémi Fraisse sonne comme une douloureuse piqûre de rappel : en France la police, la gendarmerie peuvent tuer dans le cadre de manifestations. Si un tel événement est heureusement rare, il n’est pas non plus un phénomène isolé. Depuis des semaines, les réseaux sociaux ont charrié leurs vidéos de violences policières, notamment au Testet dans le Tarn. S’inscrivant dans une vague de violences policières, toujours impunies, le décès d’un manifestant n’est donc pas un douloureux accident, mais bien le produit inéluctable des agissements des forces de l’ordre. La même semaine, jeudi 30 octobre, à la suite d’une intervention policière à Blois, un jeune homme de vingt ans, touché par un tir de flashball a perdu un œil.

Aux violences systématiques et disproportionnées de la police et de la gendarmerie s’ajoutent les bien curieuses manières de la police dans les manifestations. Le site Reporterre a publié de nombreuses photos de policiers en civil lors de la manifestation à Nantes, curieusement grimés en autonomes. Infiltration, comme le dit le préfet, ou agent provocateur, la question mérite d’être posée. « À Nantes, les forces de l’ordre ont créé le désordre… sur ordre », pouvait on lire sur la blogosphère. Pour nombre de militants aguerris, cela rappelle furieusement les grandes heures du tandem Pasqua-Pandrau au ministère de l’Intérieur à l’époque de la réforme Devaquet.

Des forces de l’ordre gangrenées par l’extrême droite

L’emprise de l’extrême droite au sein de la police et de l’armée n’est pas une donnée totalement nouvelle. Il existe sans doute un tropisme particulier qui pousse les amateurs d’ordre, d’autorité à vouloir l’incarner professionnellement. L’ampleur de la dérive interroge cependant sur la nature fascisante des forces de répression en France.

Lors de la campagne présidentielle, le Cevipof, en partenariat avec Sciences Po et le CNRS, a réalisé une étude sur les intentions de vote des fonctionnaires (voir ici) en janvier 2012. Selon cette enquête, 37% des policiers et militaires (contre 3% des enseignants) affirmaient leur volonté de voter pour le Front National. Ces résultats inquiétants semblent corroborés par les enquêtes réalisées après le premier tour de l’élection présidentielle : en moyenne 23% des fonctionnaires auraient voté pour Marine Le Pen – soit cinq points de plus que sa moyenne nationale. Compte tenu des fortes disparités au sein de la fonction publique, les cadres et le gros bataillon enseignant ayant peu d’appétence pour le vote frontiste, un tel résultat ne peut s’expliquer sans des points de force, notamment dans la police et l’armée.

À ces données produites à partir de sondages, s’ajoute une étude de l’Ifop (lire ici), parue au cœur de l’été et intitulée : Gendarmes mobiles et gardes républicains : un vote très bleu-marine. Gendarmes mobiles et gardes républicains ont cette particularité de résider avec leurs familles dans des casernes. Cette concentration en un même lieu d’effectifs importants offre donc la possibilité d’étudier l’impact de cette présence dans des bureaux de vote où les gendarmes et leurs familles représentent de 15 à 100% du corps électoral.

Deux cas apparaissent comme chimiquement purs avec 100% du corps électoral constitué par les gendarmes et leurs familles : le 10e bureau de Versailles (gendarmerie mobile, camp de Versailles-Satory) et le bureau 14 à Nanterre (gardes républicains). Les résultats sont sans appel. À Versailles, Marine Le Pen obtient 46,1% des voix au premier tour de la présidentielle et 37,5% à Nanterre. Comme il ne serait pas sérieux de construire une théorie statistique sur la base de deux bureaux de vote, l’auteur de l’enquête, Jérôme Fourquet, s’est livré à une étude approfondie des résultats à proximité des différentes casernes. Dans tous les cas étudiés dans cette analyse (à une exception), le bureau où se trouve la caserne est le bureau de la ville qui accorde le plus fort vote à Marine Le Pen. Globalement, l’IFOP estime le vote FN à 46% chez les gardes mobiles et à 34,5% chez les gardes républicains.

L’impunité des forces de répression

Ces données pourraient alarmer les autorités de l’État, il n’en est rien. Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, proche de Manuel Valls et spécialiste des questions sécuritaires, a ainsi expliqué sur son blog : « Cette étude ne m’alarme donc pas plus. Si le pourcentage réalisé par Marine Le Pen chez les gendarmes mobiles atteint le même niveau en France, là je serai inquiet. S’il y a du souci à se faire, c’est plutôt sur la situation globale des forces mobiles en France : avec les baisses d’effectifs de ces forces d’élite, je ne suis pas sûr que la France puisse faire face à des événements tels que ceux de 2005 s’ils se reproduisaient. »

Décidément bien mal inspiré, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve est sorti d’un impensable mutisme de quarante-huit heures après la mort de Rémi Fraisse pour déclarer : « Ce n’est pas une bavure. » Comme on suppose qu’il n’a pas voulu exprimer qu’il s’agissait d’une préméditation, de quoi donc s’agit-il alors ? D’une réalité assez simple : les forces de l’ordre n’ont jamais tort. Il existe une détestable habitude dans ce pays. À peine installés place Beauvau, les ministres de l’Intérieur soutiennent toutes les turpitudes de leurs troupes, envers et contre tout.

La montée des idées d’extrême-droite, doublée de l’assurance d’une quasi impunité, permet – encourage même – la répétition des dérapages. Il est sans doute exagéré de voir dans les agissements des forces de répression l’expérimentation de dispositifs de contre-insurrection, voire les prolégomènes d’une guerre de basse intensité. Il n’en demeure pas moins que la violence des crises sociales, écologistes, économiques, aggravées par le discrédit et la perte de légitimité du politique, nourrit un chaos croissant. Incapable de répondre aux souffrances de la société, se refusant à s’attaquer aux inégalités de toutes sortes, la tentation autoritaire, celle de l’ordre et de la violence d’État, peut alors s’imposer comme une solution pour certains responsables politiques. Il est grand temps de balayer tout cela.

juil 222014
 
IM804

Sur leur site, les giménologues qui poursuivent une recherche sur la révolution espagnole et ses suites proposent trois textes sur la lutte armée menée à partir de France contre le franquisme dans les années 60-70. :

 

Les amis des giménologues publient
Ombres et hombres
http://www.gimenologues.org/spip.php?article610

Les amis des giménologues publient
Trois libertaires français dans les prisons franquistes
L’HISTOIRE D’ALAIN PECUNIA, BERNARD FERRI ET GUY BATOUX
Article de Steven Forti publié dans la revue Atlántica XXII , mai 2014
http://www.gimenologues.org/spip.php?article609

Les amis des giménologues publient
La Société du Bien-être d’Agustín García Calvo
Paru en 2014 aux Éditions Le pas de côté
http://www.gimenologues.org/spip.php?article608

Les giménologues, juillet 2014

juin 102014
 

Texte de 2011, après le contre-G8 du Havre. Peut-être encore plus d’actualité aujourd’hui…

tumblr lbaaechgis1qerud1o1 400 Billet d’humeur

 

Pour en finir avec le concept de peuple

La semaine dernière lors d’une manifestation au Havre contre la tenue du sommet du G8, on a pu voir des altermondialistes brandir le slogan « les peuples, pas la finance ». Il est bien triste de voir des gens qui s’inscrivent dans une idée d’émancipation proclamer des devises aussi nulles. Pour eux, il s’agit de se référer de manière positive à l’idée de peuple, et de lui opposer le mal qui serait la finance, le bon peuple contre les méchants banquiers – deux non-sens dans une seule phrase.

 

D’abord le bon peuple : dans son origine latine, le concept de peuple désigne l’ensemble des citoyens d’une cité, c’est-à-dire ceux qui ont des droits. Dans l’histoire moderne, le terme de peuple est indissociable de celui de la nation ou du territoire. C’est pour cela qu’en général il est suivi d’un adjectif, le peuple français, américain, espagnol, etc… En fonction de la culture politique, il est associé plutôt à l’idée de la nation – c’est le cas en France avec le droit du sol – ou alors à celle de l’ethnie comme par exemple en Allemagne avec le droit du sang. Cela explique d’ailleurs aussi qu’aujourd’hui en Allemagne ce sont en général les milieux d’extrême droite qui utilisent de manière positive la référence au Volk (peuple). Vers la fin du 19ème siècle était né en Allemagne se qui s’appelait le mouvement « völkisch », qui définissait l’appartenance à un peuple par la descendance (par le sang). Il prônait un retour à la nature, une identification des gens avec leur terroir et avec leur pays (au sens géographique) et faisait découler de cela une identité nationale. Cette identité, soi-disant allemande, se manifestait dans la musique, les beaux arts et plus tard aussi dans la politique. La suite de l’histoire est bien connue : les nazis se sont nourris massivement du mouvement völkisch et ont mis en place la domination et l’éradication de ceux qui étaient définis comme étant non allemands.

 

Un autre problème est que des concepts tels que peuple et nation fonctionnent toujours logiquement aussi par l’exclusion : si je remplis les critères d’adhésion (nationalité, ethnie, lieu de naissance…), je peux en faire partie ; si je ne remplis pas ces critères, j’en suis exclu. Aujourd’hui en France par exemple, si on s’en tient à la définition du Petit Robert, un sans-papiers ne fait pas partie du peuple car pour cela il faudrait « avoir en commun un certain nombre de valeurs et d’institutions ».

 

A titre purement personnel, n’importe qui peut constater qu’il est ridicule dans une perspective d’émancipation de vouloir s’attacher à l’idée d’un peuple. Je suis étranger vivant depuis presque trente ans en France, à quel peuple devrais-je me sentir appartenir ? Ces tentatives de définitions d’identité sont grotesques. La seule possibilité est de critiquer radicalement ces concepts tout à fait réels que sont peuples, Etats et nations. Il faut également démontrer la fausse opposition entre politique et économie, Etat et marché ainsi que planification et concurrence.

 

Vous allez me rétorquer que les altermondialistes qui parlent du peuple veulent dire le peuple du bas, en gros vous et moi contre eux, le vrai peuple quoi. Là, c’est la plus simpliste argumentation de lutte de classes qui commence vraiment à sentir le moisi, et il est étrange que ce soit des gens qui prétendent ne pas faire de la politique ou alors faire de la politique autrement qui reprennent cet argumentaire litanique digne de la belle époque du PCF. Enfin on a trouvé le nouveau sujet révolutionnaire.

 

Venons-en à la deuxième partie du slogan affiché : la finance. Dans une critique tronquée de la société actuelle, c’est la finance qui est assimilé au mal. C’est elle, avec la figure emblématique du banquier, qui serait responsable de la globalisation de l’économie, de la pauvreté dans le monde et des guerres sur la planète. Ah ! que cette vision est bien commode : elle permet de trouver quelques coupables, de renouveler sans cesse les fantasmes de conspiration et surtout de ne pas remettre en question le capitalisme ainsi que ses institutions que sont la politique et l’Etat. Il est clair qu’aujourd’hui les montants des transactions financières dépassent largement la production matérielle, mais la faute à cela n’est pas à chercher du côté de quelques banquiers et spéculateurs certes peu fréquentables. Si l’argent est investi massivement dans la spéculation, c’est que le secteur productif ne garantit plus assez de survaleur pour un système qui se moque de tout sens et ne connaît que la croissance. Dans cette optique, il n’y a pas de retour en arrière possible vers un capitalisme plus raisonnable, mieux géré. C’est la folie et le caractère destructeur de la socialisation capitaliste dans son ensemble qu’il faut dépasser, sans se limiter à son dernier avatar qu’est la bulle spéculative. Pour cela, il est déjà important de critiquer des concepts tels que peuple et nation, en reconnaissant qu’ils font partie du problème et non de la solution.

Paul Braun, 2011.

juin 042014
 

Trouvé sur le site antifasciste « La Horde » (http://lahorde.samizdat.net/).

Pour remettre quelques pendules à l’heure…

Le Front national, le vote et l’abstention

Des camarades antifascistes bretons nous ont envoyé ce texte, qui revient sur les dernières élections, en particulier sur la désignation de l’abstention comme responsable du score important du Front national, or, comme le dit la fin de l’article « aller voter ne dédouane pas de la responsabilité collective, ni des impératifs à venir dans la lutte contre l’extrême droite et son monde, du fascisme jusqu’au capitalisme. »

momieLe syndrome français fait son retour, il inonde de nouveau le monde politique, le web et les médias. Il est celui du coq qui cherche à savoir qui l’a plumé sans jamais reconnaître qu’il est la cause de son propre malheur, Nous le savons tous, le FN a mené sa campagne européenne avec sa vieille rhétorique du bouc émissaire. En France, l’extrême droite a dans son histoire conspué les juifs, les protestants, les italiens, les belges, les francs-maçons, puis aujourd’hui les musulmans, les roms, et demain qui sait les thaïlandais, les canadiens, les péruviens, les orthodoxes. La bêtise d’extrême droite, elle ne surprend plus, celle de ses adversaires par contre, ne cesse parfois de nous étonner. Pour expliquer l’événement que représente la victoire du FN aux européennes, certains anti-FN reprennent la technique employée par ceux qu’ils critiquent. Face aux 25% du Front, ils cherchent donc un bouc émissaire, victime sacrificielle d’un mal être électoral ; ce dernier est tout trouvé : l’abstention. Néanmoins, avant de lapider les désabusés, les anarchistes, les désintéressés, les fainéants, les réalistes, aussi sauvagement que le FN attaque tout ce qui n’est pas blanc-catho-français, reposons nous donc la question de l’imposition du FN sur la vie politique et des moyens réels ou supposés de renvoyer ce parti dans les poubelles de l’histoire.

Pour être bien clair, il ne faut pas imputer les 25% du FN aux abstentionnistes. Si l’abstention eut été moindre, le score du FN l’aurait été mathématiquement lui aussi, mais le vrai problème se figure être que des millions de personnes puissent voter FN, qu’importe le score que cela représente. Et à l’inverse, si l’abstention avait été encore plus importante, mettons 87% comme en Slovaquie, tout le monde aurait bien ri de l’autoproclamé premier parti de France (comprendre : premier parti d’à peine le quart des inscrit-e-s ayant voté-e-s, qui ne représente absolument pas la population totale car il faut y enlever les abstentionnistes, celles et ceux qui ont voté pour d’autres partis, les non-inscrit-e-s, estimé-e-s à environ 10% du corps électoral, et celles et ceux qui ne peuvent légalement voter). Il est également surprenant de ne voir personne critiquer la légitimité d’une élection où plus de la moitié des votants potentiels s’abstiennent. Mais pour cela, encore faut-il se laver de la moralité républicaine qui fait de l’abstentionniste celui qui a toujours tort, car il est celui qui ose tourner le dos à la merveille démocratique que représente le pays des Lumières. Ce qui arrange bien les partis de gouvernement, car les abstentionnistes ne s’expriment pas ou peu, ils n’ont ni parti ni représentant, pour certains ils ont un étendard anarchiste, mais pour les autres et avec les autres, le fait est qu’aux européennes de 2014, l’abstention est la première force politique de France.

sorcièreEt quand bien même, si sur une élection on décide de faire baisser artificiellement le score du FN en se rendant massivement aux urnes, quelle serait la finalité ? Elle ne serait sans doute pas de s’attaquer directement, aux racines du mal, mais au contraire, elle ne reviendrait qu’à tendre l’autre joue pour alimenter sa rhétorique « antisystème » du seul contre tous. Ainsi, voter massivement pour le PS contre le FN, pour l’UMP contre le FN, c’est préparer un nouveau raz de marée frontiste à l’élection suivante, c’est retarder le problème tout en le consolidant. Nous avons beau expliquer à ceux qui se laissent berner par une posture révolutionnaire du FN que rien ne sert de rejeter le capitalisme mondialisé pour le capitalisme nationaliste ; il faut maintenant expliquer aux tenants du « vote utile » ou autres absurdités, que rien ne sert de rejeter le capitalisme nationaliste pour le capitalisme mondialisé. Entre le pire et le pire, entre l’inhumain et l’inhumain, entre le système et le système, il n’y a rien à attendre d’un camp ou de l’autre, « plutôt la mort que la souillure » comme exprime l’Hermine. Il faut être intransigeant sur les idées et ouvert sur les individus, il n’y a que les individus qui peuvent vaincre le FN et les idées d’extrême droite, pas les bulletins de vote, surtout pas ceux du PS ou de l’UMP. Ces derniers ne peuvent au mieux que contenir des scores électoraux, mais qu’est-ce donc que le petit ou le grand score d’une vaste mascarade dans une société déjà gangrenée par le racisme et la xénophobie ?

Alors de deux choses l’une, que va-t-il se passer, que l’on s’abstienne ou non, dans les élections à venir ? Ou le PS et l’UMP continueront à se prêter l’Élysée et les choses iront vers le pire, ou le FN arrivera finalement au pouvoir et les choses iront vers le pire. Si vous pensez que la discussion n’est pas possible avec l’extrême droite, alors préparez-vous à l’affrontement. Face à un adversaire ou à un autre, la lutte doit s’intensifier, elle est infiniment plus féconde qu’un sursaut électoral pour vendre son âme –afin de ne pas dire autre chose- à la république bourgeoise. Que faire donc ? On se pose la question depuis longtemps. Se préparer, au pire comme au meilleur. Voter, cela ne nous mènera nulle part, lutter par contre, fera potentiellement de ce nulle part un quelque chose préférable à notre misérable présent. Et si vous cherchez quelques arguments à rétorquer aux cohortes de l’idiotie utile qui place l’abstention en responsable de la montée du FN, voici une petite liste de réponses possibles à la question « pourquoi le FN remporte une élection ? ». A cause de :

Une UMP ultra sécuritaire, xénophobe et jalouse des succès du FN.

Un PS qui induit son monde en erreur en faisant croire qu’il est de gauche.

La consommation abusive des médias télévisés ou presse papier de caniveaux, qui cherche à faire son fric en vendant de la xénophobie et de l’islamophobie.

Une extrême gauche incapable de produire une véritable dynamique révolutionnaire (et donc hors système).

Les militants du dimanche qui ne savent se mobiliser que pour aller aux urnes. Un jour peut-être, 80 ou 90% d’abstention rendront à ces supercheries électorales le sens qu’elles devraient véritablement avoir.

Une jeunesse qui se couche et qui préfère la consommation à la rébellion.

Nous tous, malgré nous, nous avons laissé faire. Aller voter ne dédouane pas de la responsabilité collective, ni des impératifs à venir dans la lutte contre l’extrême droite et son monde, du fascisme jusqu’au capitalisme. A l’avenir, face à une extrême droite qui ne risque pas de perdre sa dynamique, le choix se fera de plus en plus mince entre accepter passivement les résultats des saltimbanqueries électorales, ou s’opposer radicalement et systématiquement au Front National et à tous ses groupuscules fascisants.

Douar ha Frankiz 

mai 262014
 

source: la horde

CRUAUD, GOLOUA AN COLAIR

Des lecteurs nous signalent une page Facebook d’un élu FN particulièrement gratiné : celle de Daniel Cruaud, conseiller municipal de Giberville (Basse-Normandie). On y découvre qu’il partage avec Marine Le Pen le goût de l’écriture phonétique (comprendre : à l’orthographe plus qu’approximative), mais surtout qu’il fait preuve d’une islamophobie totalement décomplexée. Il relaie ainsi, entre autres conneries, l’appel d’un mystérieux Collectif des Gaulois en Colère, qui menace ainsi « les musulmans » : « le FN étant encore trop gentil avec vous, nous serons contraint d’employer les méthodes de nos ancêtres (souvenez-vous de Charles Martel).«

Communiqué du NPA Lisieux-Pays d’Auge:

Lisieux, le 12 mai

La direction de la Poste du Calvados a fait le choix de faire distribuer par les facteurs la propagande du FN. Propagande diffusé avec de la publicité commerciale. Ordonner aux facteurs de distribuer ces tracts, place La Poste dans l’illégalité quand au devoir de réserve et de neutralité du service public . Plusieurs bureaux et facteurs du Calvados ont décidé de refuser de distribuer cette propagande qui appel à la haine.

Le NPA Lisieux- Pays d’Auge soutien l’ensemble des facteurs qui refusent de se transformer en commercial du FN et de propager ces idées racistes, xénophobes, islamophobes, homophobes…!! Nous condamnons cette collaboration commerciale de la Poste et donc de l’état avec l’extrême droite. Le F-Haine n’est pas un parti pour les travailleurs et les classes populaires, mais bien un parti capitaliste aux ordres de la finance et de la bourgeoisie.

LHprésentation

avr 172014
 
Bouddhisme_religion_d_amouuuur-300x149

(source : http://mutien.com/site_officiel/?p=14902 )

Depuis pas mal d’années, j’écris des articles sur les religions en expliquant qu’elles ne servent qu’une oligarchie et participent au rabaissement de l’Homme.

Comme j’écris principalement des articles sur les 3 religions monothéistes, les fans du bouddhisme s’imaginent être à l’abri…

Pourtant, j’ai déjà abordé ce sujet, en publiant de nombreuses preuves que le bouddhisme est comme les autres religions > Une arme de destruction massive de l’esprit .

Pour en revenir au monothéisme, j’entends souvent les moutons dirent > Ah regardez l’Islam, ils tuent des chrétiens, ah, ils tuent des innocents…

Déjà avant tout, il faut arrêter de stigmatiser l’Islam plus que les autres religions. Car comme je l’ai déjà publié, TOUTES les religions TUENT et l’Islam n’est pas la pire de toutes… Suffi simplement de s’intéresser à l’histoire, la vraie.

Maintenant que j’ai mis les pendules à l’heure, je voudrais justement aborder le massacre des Musulmans en Birmanie.

Ah… Bizness FM à oublié de vous en parler ?

Et oui, la réalité est là : En Birmanie, les extrémistes bouddhistes massacrent la minorité musulmane Rohingya  !!!

Comment ces bouddhistes menés par des moines justifient-ils le recours à la force avec tant de haine ?

Je vous invite à regarder cette vidéo et écouter Jean-Louis Margolin, chercheur en histoire contemporaine de l’Asie à l’Institut de recherche asiatique de Marseille, l’expliquer à Jean-Baptiste Cocagne en précisant que le bouddhisme est une religion intolérante envers les autres religions.

A écouter et surtout à méditer sur cette prétendue religion d’amouuuur !

Terminons cet article avec notre voisin français et leur président (roi ?) Hollande et les Droits-de-l’homme à géométrie variable > Ce dernier a déroulé aujourd’hui le tapis rouge à la parlementaire birmane Aung San Suu Kyi sans un mot sur sa passivité notoire à propos des exactions commises contre la minorité musulmane !

———–

En complément, vous pouvez lire cet article beaucoup plus complet : http://www.huffingtonpost.fr/2013/07/17/birmanie-rencontre-hollande-sein-rakhine-rohingyas_n_3609825.html

avr 102014
 
Valls-Dieudo

Antisémitisme, sionisme, humoriste, liberté d’expression, antisystème… , tout se mélange. Si on essayait d’y voir clair ?

mercredi 9 avril 2014, par admi2

Voilà un texte dont nous partageons globalement l’analyse et qui met les choses au point face à ceux qui font de Dieudonné un « antisystème » et les sionistes qui l’utilisent pour la défense d’Israël. Car enfin, Dieudonné et les partisans inconditionnels d’Israël disent la même chose : que Juif = sioniste ou que les partisans d’Israël sont propriétaires du génocide nazi.

OCL – http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1512

Antisémitisme, sionisme, humoriste, liberté d’expression, antisystème… , tout se mélange.
Si on essayait d’y voir clair ?

Ils disent la même chose.

Commençons par une anecdote. La veille du jour de l’an, je rentre de Gaza, la tête pleine des horreurs des effets du blocus. Je suis dans la voiture qui me ramène de l’aéroport et le téléphone sonne. C’est France-Bleu-Provence qui veut m’interviewer … sur Dieudonné, pas sur Gaza. « L’affaire » ayant fait du bruit jusqu’au Caire, je suis vaguement au courant. Sans trop réfléchir, je leur dis : « Ecoutez, je ne sais pas si Dieudonné est un agent du Mossad, mais s’il ne l’est pas, c’est que le Mossad est devenu franchement très con, ce à quoi je ne crois pas ». Je sens un grand blanc chez mon interlocutrice. J’embraye : « Car enfin, Dieudonné et les partisans inconditionnels d’Israël disent la même chose : que juif = sioniste ou que les partisans d’Israël sont propriétaires du génocide nazi ». « Et puis,Valls qui affirme que les Roms n’ont pas vocation à vivre en France est-il qualifié pour nous donner des leçons d’antiracisme ? »
Il m’est parfois arrivé de passer dans les médias. Mais cette fois-ci, mon refus de choisir entre Dieudonné et Valls ne correspondait pas à ce que les médias souhaitent. Et mon interview n’a pas été diffusée.

Le rôle historique de l’antisémitisme

Les Juifs, pour reprendre les termes de Hannah Arendt, ont été les parias de l’Europe, considérés comme des « Asiatiques inassimilables ». Il y a eu un consensus antisémite en Europe contre les Juifs, considérés comme un obstacle aux rêves fous de pureté « ethnique » ou « raciale ».

Le sionisme a transformé les Juifs en en faisant des colonisateurs européens au service de l’Occident. Les Juifs européens d’aujourd’hui ne sont plus des parias ou des dominés. L’islamophobie a remplacé l’antisémitisme comme dénominateur commun de toutes les idéologies de haine et d’exclusion.
L’extrême droite est aujourd’hui plutôt pro-israélienne à l’image de ces dirigeants (le Flamand Dewinter, le Néerlandais Wijlders ou l’Autrichien Strache) partis à Jérusalem visiter la Knesset et le musée Yad Vashem à l’invitation de leur « collègue » Lieberman.

Il est piquant de voir le n° 2 du CRIF (William Goldnadel) devenu l’avocat de l’ancien rédacteur en chef du journal Minute (Patrick Buisson) comme si les antisémites traditionnels étaient devenus fréquentables.

L’antisémitisme n’a bien sûr pas disparu, mais il n’est plus l’instrument des dominants pour écraser les dominés. Quelqu’un comme Valls qui proclame tous les jours son « philosémitisme » (« par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ») pense en même temps que « les Roms ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie ».

Dieudonné est-il antisémite ?

La question peut paraître stupide, mais de nombreuses personnes, surtout dans les quartiers populaires, nient cette évidence. Ils affirment que c’est de l’humour et/ou de la provocation et que c’est parfaitement licite. Humour l’affirmation vieille de plus de 10 ans où Dieudonné expliquait que « la traite des Noirs a été financée par des banquiers juifs ». Humour raffiné la composition de la « liste antisioniste » présentée aux élections de 2009. Pour éviter les poursuites judiciaires, je laisse aux lecteurs/trices le soin d’aller voir la biographie des grandEs humoristes/humanistes que sont Yahia Gouasmi, Alain Soral, Ginette Skandrani, Maria Poumier, Pierre Panet ou Christian Cotten. Pierre Panet est décidément un grand humoriste. Présent sur la liste du FN dans le XIIème arrondissement de Paris, il a indisposé les dirigeants de ce noble parti stupéfaits de découvrir un négationniste sur leurs listes.
Humour encore le fait d’intégrer Faurisson à son spectacle ou de manifester son amitié pour Serge Thion.

La bonne question n’est pas : « est-il antisémite  ? » mais « comment et pourquoi l’est-il devenu ? ». Je pense qu’au départ, c’est « la concurrence des victimes », l’idée juste qu’on a minimisé un crime aussi long et épouvantable que l’esclavage et la traite des Noirs alors que la Shoah (je préfère le terme « génocide nazi ») est devenue quelque chose qu’on doit célébrer, parfois sans prendre le recul pour en comprendre les ressorts.

Dieudonné est devenu monomaniaque de la dénonciation de l’esclavage. Les sionistes sont devenus monomaniaques de la Shoah au point de nier les autres génocides. Là aussi, des formes de pensée parallèles, la concurrence des victimes c’est dangereux.

L’antisémitisme de Dieudonné est devenu obsessionnel et il a repris un certain nombre de stéréotypes classiques (« Les Juifs maîtres du monde », « Les Juifs et l’argent », « Les Juifs et les médias »).

Un formidable cadeau au sionisme.

L’Etat d’Israël a été déclaré coupable du crime d’apartheid par le Tribunal Russell sur la Palestine. Aux yeux d’un nombre croissant de citoyenNEs du monde entier, Israël aujourd’hui, c’est l’Afrique du Sud d’autrefois et il faut boycotter ce pays colonialiste qui pratique des crimes de guerre. La dernière défense des partisans de la politique israélienne, c’est de brandir l’antisémitisme, c’est de dire que critiquer Israël, c’est de l’antisémitisme, c’est de s’approprier le génocide nazi et de l’utiliser pour empêcher toute critique. En Israël même, ce qui maintient le « consensus » dans la société pour écraser les PalestinienNEs, c’est le complexe de Massada, ce sentiment collectif que les victimes ont été, sont et seront toujours les Juifs, que personne ne les aime et qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre.

La guerre israélo-palestinienne n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des questions universelles fondamentales : le refus du colonialisme et l’égalité des droits. Qui dit le contraire ? les sionistes et les amis de Dieudonné. Pour les sionistes, les Juifs ont vécu en exil, ont fait leur retour dans leur pays et les Palestiniens n’existent pas ou sont des intrus. Pour Dieudonné, le mal que les sionistes infligent aux Palestiniens est intimement lié à la nature perverse des Juifs. Les sionistes disent : « c’est parce que tout le monde nous persécute qu’il nous faut un pays dominant ses voisins » ; Dieudonné leur répond : « c’est parce que les Juifs dominent le monde qu’ils persécutent les Palestiniens ».

Discours parallèles et complémentaires pour que le choix n’existe qu’entre deux formes de barbarie et de racisme.

Nous savons que l’instrumentalisation du génocide nazi par les sionistes est une escroquerie. Les sionistes n’ont joué qu’un très faible rôle dans la résistance juive au nazisme. Certains de leurs dirigeants se sont fortement compromis avec le nazisme. Et les millions de victimes de l’extermination n’avaient rien à voir avec le projet colonial qui a détruit la Palestine. Comme Dieudonné pense que juif et sioniste, c’est pareil, il multiplie les allusions obscènes sur le génocide et fréquente allègrement les négationnistes. Cela sert qui ?

Si Dieudonné n’existait pas, les sionistes l’auraient inventé. Il n’est hélas pas le seul. On trouve un tout petit nombre d’individus qui affirment que « Les Juifs sionistes et antisionistes sont les deux faces d’un même problème » ou que « la cause palestinienne est mal défendue là où la parole antisémite est brimée alors qu’elle est bien défendue là où cette parole est libre ».

Deux discours voisins

Nous vivons une période de racialisation des conflits. L’Occident est en plein dedans avec « La guerre du Bien contre le Mal » et le « choc des civilisations ». Le mal, ce sont les Arabes, les Musulmans, les bronzés, les quartiers, les pauvres. Et la Bible vient au secours de ce mode de pensée avec les Chrétiens sionistes pour qui les Arabes, c’est Armageddon et il faut les expulser.
Israël est l’élève modèle de ce discours. Mais la France aussi qui discrimine et ostracise touTEs les descendantEs de l’immigration post-coloniale.
Dieudonné fait comme les sionistes. Il essentialise les gens selon leur origine ou leur identité supposée. Il répond à la haine et la discrimination par la connerie raciste. Il ne connaît rien à la Palestine. Là-bas, celles et ceux qui souffrent savent que juif et sioniste, ce n’est pas pareil. Ils ont connu ou entendu parler de Michel Warschawski, d’Amira Hass, de Gideon Lévy ou de Juifs non Israéliens comme Stéphane Hessel ou Noam Chomski.

Antisystème, quelle blague !

La popularité de Dieudonné vient d’un sentiment diffus. Il est perçu comme un mode de rupture, comme quelqu’un « d’antisystème ». En vérité Dieudonné occupe un créneau précis : capter une partie du vote des « quartiers » au profit du Front National.

La rupture avec le système, c’est la lutte contre les ravages du capitalisme, c’est renouer avec la lutte des classes, c’est réinventer une véritable égalité sociale et l’égalité des droits.

L’idéologue qui inspire Dieudonné (Alain Soral) a beau avoir appelé son mouvement « Egalité et Réconciliation », il ne prône ni l’un ni l’autre. Il s’inspire clairement de ce qui a fait la force du fascisme : transformer la colère sociale en colère raciste, briser le mouvement ouvrier et faire disparaître les traces de son histoire.

Historiquement, Le Pen c’est l’Algérie Française, la torture, la stigmatisation permanente de « l’immigré » et de ses symboles supposés (les mosquées, le voile …). Que la violence de la crise pousse des gens dans les quartiers à entendre ce discours n’a qu’une seule source : la volonté d’une rupture avec le système.

Il est tragique que la « gauche » qui a historiquement incarné cette soif de changement soit à ce point devenue inaudible. Elle est jugée responsable du chômage, de l’abandon, des discriminations, de la désagrégation du tissu social et de la montée du racisme.

Interdire Dieudonné n’a pas de sens. Surtout quand c’est Valls qui s’en mêle et qui prétend combattre Dieudonné au nom des « valeurs républicaines ». Quelles valeurs ? Celles de la république française héritière des guerres coloniales ? Celles qui en organisant la destruction des acquis sociaux a transformé des territoires entiers en zones sans présent ni avenir ?
Il faut combattre Dieudonné idéologiquement. Il n’est pas une victime. Il est la face complémentaire de l’idéologie dominante.

Pierre Stambul

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