nov 142014
 
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Le procès du Jura Libertaire

Vendredi 14 novembre 2014 à 13 heures se tiendra devant la 17e chambre correctionnelle de Paris le procès du Jura Libertaire, poursuivi suite à une plainte pour « injure et diffamation publiques envers la Police nationale », déposée en juillet 2010 par le ministre de l’Intérieur d’alors.

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VOIR LA VIDÉO | Déplacement de Brice Hortefeux à Dammarie-lès-Lys (passage de 8’42 à 9’56)

Dès l’annonce de la plainte, les médias libres notamment prenaient la défense d’Indymedia Grenoble et du Jura Libertaire, à l’exemple de Rebellyon.info :

Que 1000 Jura Libertaire et Indymedia Grenoble fleurissent !

Après la réhabilitation du délit d’outrage au drapeau la semaine dernière, le gouvernement poursuit sa mission de rééducation du peuple et d’instruction des « bonnes manières ». Et contre nos camarades du Jura Lib et d’Indy Gre, ce n’est pas le RAID ou le GIPN qu’il envoie comme à la Villeneuve pour leur faire respecter ces bonnes manières, mais une plainte pour atteinte à l’honneur (!) de la police.

Ce lundi 26 juillet, le sinistre Hortefeux a déclaré la guerre aux sites d’informations alternatives. Il voulait apparemment donner des billes aux flics mis en difficulté à Saint-Aignan et à Grenoble ces deux dernières semaines : après avoir par l’intermédiaire du secrétaire d’État Lellouche souhaité régler « le réel problème [rom] » au niveau européen (tout un poème), ce sont les médias alternatifs qu’il a donné en pâture à certains syndicats policiers.

Ne daignant pas citer de sa bouche immaculée nos camarades du Jura Libertaire et d’Indymedia Grenoble (la même bouche qui a été condamnée début juin pour propos racistes), il a annoncé avoir engagé une action pour « injure et diffamation publiques contre la police » à l’encontre de deux sites Internet.

L’Hortefeux a ensuite bien entendu laissé fuiter grossièrement quels étaient les sites visés : la fuite du ministère, ça permet de gratter le menton du pisse-copie préposé au copier-coller de la dépêche AFP, ça lui donne l’impression qu’il a une info de première main, il ronronne. Au passage, il recopie la mention « hostiles à la police » de la dépêche AFP rédigée en 10 minutes sans vérifier ce qu’il en est, il condamne les « sites anti-policiers » (20 Minutes, Nouvel Obs) ou, quand il est grand investigateur, il rajoute la mention oulalah, trop tendue, de la légende d’une illustration en première page du Jura Libertaire (« La police travaille… à l’apartheid social », dans l’« enquête » de Libé).

Le fait que le pisse-copie soit en train de scier la toute petite branche sur laquelle il/elle est assis ne l’effleure pas. Mediapart a déjà fait les frais ces dernières semaines de l’ire de l’Élysée après ses révélations sur l’affaire Woerth, mais ça ne l’émeut pas. Si le pisse-copie-colleur avait fait son taf, il aurait vu en quoi le Jura Libertaire et Indymedia Grenoble sont réellement hostiles à la police :

— ils ont diffusé des témoignages d’habitant-e-s de la Villeneuve, qui contredisaient la version policière (et médiatique, ça va de soi) (Réaction/analyse d’un habitant de la Villeneuve, Témoignage d’une habitante de Villeneuve…) ;

— ils se sont moqués de la tournée d’un quart d’heure d’Hortefeux à la Villeneuve (Hortefeux à Grenoble : chronique d’un non-événement) ;

— ils se sont faits l’écho des premières condamnations après les émeutes, non pas en relayant la dépêche du Sinistère, mais en relatant la manière dont se sont déroulés les procès (Récit des comparutions immédiates du 19/07).

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VOIR LE DOCUMENT | Tract de solidarité avec Le Jura Libertaire, distribué à Paris à l’automne 2010, lors du mouvement dit « des retraites »

Aujourd’hui, pour un média, être dans la ligne de feu d’Hortefeux est un signe de qualité. Pas besoin de label, juste d’une poursuite judiciaire. Nous sommes très fiers de la décoration remarquable que viennent de recevoir nos camarades et nous nous engageons bien sûr à les aider par tous les moyens à continuer leur œuvre.

Des membres du collectif d’animation et de modération du site d’infos participatif Rebellyon – 27 juillet 2010

P.-S. : Cela dit, peut-être le Jura Libertaire et Indymedia Grenoble sont-ils hostiles à la police autant que nous le sommes : hostiles aux humiliations quotidiennes, aux 500’000 gardav’ par an, aux cowboys de la BAC, aux contrôles d’identité cinq fois par jour au pied de ton immeuble, aux tentatives de te faire craquer par des petites insultes bien senties, aux flash-balls qui défigurent et aux Tasers qui peuvent tuer, à l’assassinat de tout « voyou » (une pensée pour Umüt) ou au faciès, au GIPN et au RAID qui te visent à la lunette toi et ta famille quand y’a du bordel dans le quartier, et puis à la Justice évidemment qui t’envoie au trou pour rien. Ça nous paraît être un signe de bonne santé. Pas vous ?

Références pour pas dire qu’on écrit n’importe nawak :
— Libé
— 20 Minutes
— mention spéciale à LeMonde.fr qui a réussi à placer « la branche grenobloise d’Indymedia », jolie évocation d’une vision terroriste des médias libres.

Plus de quatre années ont passé entre la bataille de La Villeneuve et celle du Testet. Force est de constater désormais que, si le journaliste et le politique sont les êtres les plus méprisés en France, le flic, lui, est le plus universellement haï.

La police travaille. Et c’est dans la foulée d’une nouvelle perquisition visant le JuraLib’ qu’intervient ce procès. Le 24 septembre dernier en effet, sous prétexte de rechercher les auteurs d’un texte antinucléaire (Sabotage Bessines … coucou c’est nous ! paru le 5 avril 2014 sur le JL), et sur la seule foi des dossiers montés de-ci de-là à l’encontre du JL, la section de recherches de la gendarmerie de Limoges, lors d’une descente dans le Jura et dans le Doubs, a saisi trois innocents ordinateurs.

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VOIR L’ARTICLE | « Après un sabotage, un incendie vise Areva » (LeParisien.fr, 8 avril 2014)

Est-ce à dire que, bien qu’en sommeil ces derniers mois, le Jura Libertaire demeure une cible de la censure et de la répression ? Quoi qu’il en soit, à l’heure où « 1000 Jura Libertaire et Indymedia Grenoble fleurissent » effectivement partout, sur papier, sur les ondes, sur la Toile et, en premier lieu, dans toutes les têtes, les bandes armées de criminels et leurs annexes spectaculaires-mafieuses n’auront pas assez de telles « analyses de textes » pour se défaire des forces révolutionnaires multiples qui s’agitent et s’emploient avec conséquence à faire reculer la police et son monde.

Le Jura Libertaire – 7 novembre 2014

 

L’article poursuivi :
La police travaille à Grenoble (Le Jura Libertaire, 18 juillet 2010)

Les nuits dernières dans le quartier Villeneuve

Dans la nuit de jeudi à vendredi, deux hommes soupçonnés d’avoir participé au braquage du casino d’Uriage sont pris en chasse par la police, des coups de feu sont échangés. Ils sont finalement rattrapés par la police Galerie de l’Arlequin. L’un d’eux parvient à s’enfuir. L’autre s’écroule, mort, une balle dans la tête, à quelques mètres de chez lui.

Pendant le reste de la nuit, les flics se prennent toutes sortes d’objets volants plus ou moins identifiés en provenance des immeubles. Selon le Daubé, fait odieux, des menaces de mort sont même lancées à l’intention des fonctionnaires. Un hélico dépêché de la région lyonnaise tourne et balaye le quartier de son projecteur.

Vendredi matin le quartier est bouclé pour que des perquisitions puissent avoir lieu Galerie de l’Arlequin. Les flics se protègent entre eux : la BAC protège ceux qui perquisitionnent, les gendarmes mobiles protègent la BAC, etc.

Vendredi soir, la colère s’est encore exprimée. Des dizaines de caisses ont brûlé, le tram et ses arrêts ont été caillassés, et des projectiles ont encore pris leur envol en direction des policiers, qui restaient stationnés aux alentours de l’avenue Marie Reynoard, sans oser avancer plus. Vers quatre heures du mat’, l’hélico encore présent quittait les lieux et ça semblait se calmer un peu.

Ce samedi matin, sur Rance Info, seuls les témoignages de personnes pleurant leur voiture calcinée sont diffusés. Une journaliste de Rance Bleu Isère nous affirme même que « tous les habitants le disent : ce soir ils restent cloîtrés chez eux car ils craignent de nouvelles échauffourées ».

Ce n’est pas ce que j’ai vu hier soir : de nombreuses personnes ne participant pas directement aux affrontements étaient dehors jusqu’à tard dans la nuit, manifestement du côté des jeunes en colère, visant l’hélico avec un lance-roquette imaginaire.

Dans les médias, le discours dominant distille l’idée que la mort du jeune homme était méritée. Il faut bien que tout le monde comprenne que si on pense à prendre la thune là où elle est, c’est une balle dans la tête et c’est normal. Jean Philippe, procureur de la république de Grenoble, parlait hier de « truand » et disait dans le micro que « les victimes principales de cet incidents sont les policiers ».

Pendant ce temps-là, chez les Bettencourt-Sarkozy-UMP, on continue de brasser illégalement des millions sans trop risquer une balle perdue. Ce qui s’est passé à la Villeneuve n’est pas une bavure, c’est l’expression limpide d’une justice de classe.

Nuit de samedi-dimanche

Entre minuit et une heure nous avons fait un petit tour en voiture dans Grenoble. Résultat :

— Gros déploiement place Félix-Poulet (10 fourgons). Flics décontractés.

— Énormes déploiements aux entrées de la Villeneuve. Hélico dans les airs. On est passé dans la rue qui sépare le quartier de la Bruyère et on n’a pas été déçus. Une centaine (à la louche) de flics rien que sur cet axe. Fouille de toutes les voitures sans trop de politesse. Plusieurs groupes avec boucliers aux alentours de l’arrêt de tram, comme si ils n’étaient pas entrés dans la galerie de l’Arlequin.

Indymedia Grenoble, 17 juillet 2010

 

« Dix-neuf personnes étaient en garde à vue dimanche en fin de matinée à Grenoble après les violences de la nuit de vendredi à samedi dans le quartier populaire de la Villeneuve, a annoncé la police. »

Leur presse (Reuters), 18 juillet

 

Hortefeux à Grenoble : chronique d’un non-événement

Après une nuit d’émeute dans le quartier de la Villeneuve, le ministre de l’Intérieur, Hortefeux, était attendu dans l’après-midi à Grenoble. Les médias l’avaient annoncé ce matin (17 juillet). France Info, au réveil, faisait du fait-divers sanglant de la veille un de ses plus gros titres. Deux jours que Grenoble est le centre de l’attention médiatique après un braquage de Casino qui s’est conclu par la mort d’un jeune de la Villeneuve, abattu d’une balle dans la tête par la police. Cette fois encore, le ministre décide de se déplacer pour annoncer qu’il va rétablir « l’ordre public et l’autorité de l’État », et augmenter les effectifs de flics. Rien de surprenant, ni de très intéressant. Mais au fond, le déplacement du ministre de l’Intérieur sur les lieux d’une émeute ça vaut quand même le coup d’œil. Un spectacle politico-médiatico-policier, à deux pas de chez vous !

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VOIR LE DOCUMENT | Citation à prévenu signée du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris, le 3 octobre 2013

14h. Commissariat de Grenoble. Le ministre et sa délégation viennent d’arriver. Des berlines, des costards, des oreillettes et du bleu partout : gendarmes, nationaux, CRS, GIPN, BAC, civils… On sent la tension et le poids des regards pas très bienveillants. Une meute de journalistes précédés de costards-cravates se dirige d’un pas décidé vers l’entrée du comico. J’aperçois Michel Destot, maire de Grenoble, et, semble-t-il, Albert Dupuy, préfet de l’Isère. Je gare mon vélo et je les suis.

Dans le hall du comico, ça bouchonne. Une grosse quinzaine de journalistes dont huit cameramen. Des politicards locaux, dont Destot et De San Nicolas (UMP). Quelques curieux. Le public habituel d’un commissariat. Et bien sûr des flics, en pagaille ! Les gros bras de la BAC déboulent au trot arborant de beaux gilets pare-balles. Ils s’arrêtent pour serrer la paluche des huiles de la préfecture et de la mairie. Quelques échanges d’amabilités. À les voir parader et être salués en vrais héros, on en oublierait presque que la BAC est une bande (armée) de criminels. Il y a deux nuits, l’un d’eux a tiré (à la tête) pour tuer du délinquant. Ça a marché. Un des deux présumés braqueurs est mort pour quelques euros dérobés dans un lieu où se pratique tous les jours du racket légal (un casino). Sans doute sera-t-il blanchi pour ce crime ? L’IGPN, le service d’inspection de la police nationale (aussi appelé « Police des polices »), dont la principale fonction est de couvrir les poulets qui assassinent a déjà pondu son rapport. Verdict : légitime défense.

14h15. Les journalistes restent sur le qui-vive, le ministre peut paraître à tout moment. Ça serait balo de manquer une bonne image. Deux dames, la soixantaine, m’interpellent. Elles veulent savoir s’il sera possible de parler au ministre. Elles ont des choses à lui dire. Dans leur quartier (Europôle), les voitures brûlent aussi et « il faut faire quelque chose ». Quelques minutes plus tard, je les vois avec Destot, suintant la démagogie, qui les encourage à aller faire leurs doléances auprès de son sbire. « Vincent, ces dames me disent qu’elles ont vu des voitures brûler derrière Europôle, prenez note ! » Je me renseigne auprès des journalistes : « Quel est le programme ? » « Le ministre doit se rendre à la Villeneuve et puis après à la Préfecture où il y aura un point presse. » J’apprends alors que la plupart des journalistes n’ont pas trop à se préoccuper du parcours puisqu’une belle estafette jaune (VFD) avec chauffeur a été mise à leur disposition. Les journalistes sont gracieusement pris en charge par les responsables du protocole. Tels des touristes en mode safari photos, ils n’ont qu’à grimper dans l’estafette qui les conduit sur les lieux des émeutes. Un journaliste de dire quand même, mi-cynique, mi-fataliste : « on est embedded » (en référence aux méthodes d’enrégimentement des journalistes utilisées en Irak par l’armée américaine).

14h30. Direction Villeneuve. La voiture du ministre et toute son escorte arrivent dans le quartier. Ouvrent la marche, les véhicules du GIPN, dont un véritable fourgon blindé (type fourgon de la Brinks) noir avec les lettres GIPN peintes en jaune. Du lourd ! Une halte d’une dizaine de minutes au commissariat du quartier. Devant les caméras, et sous haute protection, le ministre fait quelques mètres derrière le comico pour constater furtivement les traces des affrontements. Postés devant le comico, nous ne voyons pas ce qui se passe derrière. Nous l’apprendrons par le reportage de France 3. À sa sortie du comico, toute la petite troupe s’affaire autour du ministre pendant qu’un photographe (de la police !?) nous prend ostensiblement en photo. Brèves déclarations et toute la petite troupe saute dans les véhicules et se met en mouvement pour aller … quelques dizaines de mètres plus loin, rue Marie Reynoard. Nouvelle halte … de 2 minutes cette fois. Une voiture de la BAC se poste sur le parking essayant de faire croire qu’ils sécurisent les lieux. Et hop tout le monde en voiture. Direction la Préfecture. Les quelques habitant.e.s du quartier présent.e.s n’en reviennent pas. « À quoi ça rime tout ça ? » « S’ils veulent venir parler aux gens d’ici, c’est là-bas (montrant le cœur du quartier, galerie de l’Arlequin) qu’il faut aller. » « Ça ne peut qu’attiser la colère. » Les médias parlent de « visite-éclair ». On peut en effet difficilement faire plus court.

La conférence de presse a mis un terme à tout ce cirque. Le ministre est venu, mais il ne s’est rien passé à Grenoble aujourd’hui. Un non-événement, majeur. Mais une belle opération de communication, savamment orchestrée. L’occasion de mettre une nouvelle couche de discours sécuritaire. L’occasion pour le ministre de la police de témoigner tout son soutien à ses troupes d’assassins. L’occasion inespérée pour Destot de vendre son « Grenelle de la sécurité urbaine » qu’il réclame depuis un moment. Et l’occasion pour les flics de se poser en victimes, attaqués par des gens qui utilisent des armes à feu avec l’intention « de tuer du policier », comme le dit Brigitte Julien, directrice départementale de la Sécurité publique. Chose nouvelle à Grenoble que l’usage d’armes à feu dans les émeutes urbaines. Certes. Mais à la différence des flics, les « voyous », comme aime à les appeler Hortefeux, n’ont eu que l’intention de tuer. Les flics, eux, ont non seulement eu l’intention de tuer, mais ils tuent. Dans la nuit de jeudi à vendredi, ils ont tué. Reste donc encore un peu de chemin à faire aux voyous pour égaler les performances des policiers. Ils pourront alors peut-être eux aussi essayer de passer pour des victimes. Mais ce n’est pas gagné !

Indymedia Grenoble, 18 juillet

Source : Jura Libertaire.

mai 172014
 

Ces notes ont servi de base pour lancer une causerie sur le campus Effiscience et la réindustrialisation par les nouvelles technologies.

Le campus Effiscience est un campus technologique situé à Colombelles, sur le site de l’ex-SMN : le bastion ouvrier est remplacé par les nouvelles technologies, ou comment faire oublier les luttes ouvrières. Ce campus s’appuie aussi sur l’Université de Caen, le GANIL (recherche nucléaire et accélérateur de particules) et l’ENSICAEN (école d’ingénieurs).

Créé en 2007, avec Webhelp et NXP subventionnés par les pouvoirs publics pour leur installation, il s’est spécialisé dans les technologies sans contacts, service par téléphone et le nucléaire. La dernière entreprise à investir, c’est AREVA, via sa filiale médicale AREVA Med, pour 200 millions d’euros. Après avoir propagé les cancers, AREVA se propose donc de les soigner.

Ce campus, c’est plus de 2000 salariés aujourd’hui, et 80 start-ups, où le rêve d’une fusion entre recherche, entreprise et pouvoirs publics se réalise : tous et toutes ensemble vers le progrès. L’objectif est de passer à 6000 salariés en 2015, d’où l’accélération de son développement. En février 2014, 2000m2 de bureaux ont été livrés. L’ensemble du plateau est voué à entrer dans le giron du campus. NXP, ex-Phillips, est déjà l’un des plus grands centres de recherche et développement dans son domaine, avec 500 salariés (principalement des ingénieurs), et vise à doubler sa superficie. Elle bosse sur des logiciels, et des systèmes pour la télévision, l’identification comme la biométrie, les véhicules etc. Les ingénieurs côtoient les salariés précaires de Webhelp, soumis au management le plus infantilisant.

Les partenaires du campus Effiscience sont l’agglomération caennaise, la ville de Colombelles, et trois réseaux européens qui regroupent des organisations qui bossent dans les nouvelles technologies. L’un est basé à Bruxelles, l’autre en Espagne, et le dernier à Nantes. Ces réseaux cohérents forment une communauté d’intérêts pour défendre l’industrialisation par les nouvelles technologies.

Les références de ce campus ? Minatec de Grenoble pour la gauche, spécialisé dans les nanotechnologies et créé par le Commissariat à l’Energie Atomique (donc l’Etat), Saclay pour la droite, où le CEA regroupe 5000 chercheurs dans le nucléaire et les nouvelles technologies. Ce qu’il y a de commun, c’est la même idéologie du progrès, la programmation du devenir du monde par la technologie. Désastres industriels, réduction de notre liberté, développement du cynisme et du narcissisme… Ce qu’il y a de commun, c’est aussi la recherche dans le nucléaire et le militaire. Ce que cachent toujours le nucléaire médical et la recherche fondamentale, les seules visées affichées à Caen avec ce campus ou l’association des nucléaristes Nucleopolis, ce sont les centrales et les bombes. A Bayeux, d’ex-ingénieurs du GANIL ont créé leur boîte, spécialisée dans « le domaine du vide », qui travaille notamment pour l’armement, entre autres industries de merde.

Le campus Effiscience s’inscrit dans le projet de réindustrialisation de la France par les nouvelles technologies, ce que quelqu’un comme Rifkin, conseiller de l’UE, des métropoles de Rennes et de Lille etc. appelle la troisième révolution industrielle. Bref, exploitation, réduction de l’exercice de notre liberté et ravages industriels. Cette réindustrialisation se fait autour de métropoles reliées entre elles et qui fonctionnent comme des pôles de compétitivité spécialisés : à Toulouse l’aéronautique et l’aérospatial, à Grenoble les nanotechnologies, à Caen le nucléaire. Evidemment, toutes ces technologies s’imbriquent. On essaie déjà de nettoyer les fonds de cuve radioactive avec des nanoparticules…

Cette réindustrialisation accompagne en fait la restructuration du capitalisme par les objets connectés, les voitures électriques, les éoliennes industrielles et la relance du nucléaire, entre autres. Et les énergies renouvelables, développées par les nucléaristes comme AREVA, GDF-Suez, EDF, DCNS etc., viennent s’ajouter au nucléaire, et on aura bien les énergies renouvelables industrielles en plus du nucléaire, et non à la place. L’EPR est toujours en cours à Flamanville, et d’autres sont déjà annoncés, en attendant les réacteurs de nouvelle génération testés à Cadarache (projet ITER).

Cette réindustrialisation en France se base sur le rapport McKinsey : Etat et capital s’entendent autour de 34 priorités (énergie renouvelable, véhicules à pilotage automatique, TGV du futur, réseaux électriques intelligents, hôpital numérique, nanotechnologies, cybersécurité etc.). Etat et industriels visent en fait à développer la haute technologie, les productions à haute valeur ajoutée, en France et dans les pays les plus riches. Le capitalisme a de plus en plus de mal à créer de la valeur, et industriels et Etat se tournent vers le virtuel pour tenter d’en créer. Ce sera donc les secteurs de pointe pour les pays riches, tant pis pour les pays dits du Sud. Comme ça ne suffit pas dans la concurrence mondiale, le rapport McKinsey fixe en même temps l’objectif de baisse des coûts de production et du travail : prolétariser toujours plus. L’ANI et les accords de compétitivité entraient dans ce cadre.

Le campus Effiscience est une étape dans cette restructuration du capitalisme. Se défaire de ce qui nous opprime passe par lutter contre ce campus.

 

Note:

Les 34 plans industriels lancés par le gouvernement

– Big data
– Cloud computing
– Objets connectés
– Réalité augmentée
– Logiciels et systèmes embarqués
– Services sans contact
– E-éducation
– Hôpital numérique
– Cybersécurité
– Nanoélectronique
– Robotique
– Supercalculateurs
– Innovation dans l’agroalimentaire
– TGV du futur
– Véhicule deux litres aux 100 km pour tous
– Véhicule à pilotage automatique
– Bornes électriques de recharge
– Autonomie et puissance des batteries
– Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs
– Satellite à propulsion électrique
– Dirigeable pour les charges lourdes
– Navire écologique
– Énergies renouvelables
– Réseaux électriques intelligents
– Qualité de l’eau et gestion de la rareté
– Biotechnologies médicales
– Dispositifs médicaux innovants
– Souveraineté des télécoms
– Industrie du bois
– Recyclage et matériaux verts
– Rénovation thermique des bâtiments
– Chimie verte et biocarburants
– Textiles techniques et intelligents
– Usine du futur

mar 082014
 

Brochure sur l’autodéfense informatique

Posted on 7 mars 2014 by juralib
http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/03/011.jpg?resize=300%2C425TÉLÉCHARGER LA BROCHURE

L’Informatique : Se défendre et attaquer

Cette brochure a été faite par désir de rassembler les connaissances théoriques et les outils pratiques actuellement les plus efficaces à nos yeux, pour utiliser l’informatique pour des activités sensibles, sans se faire avoir. Concrètement, ça implique d’être en mesure d’agir de manière anonyme, confidentielle et en laissant le moins de traces possible derrière nous. Sans ces précautions, inutile d’espérer déjouer longtemps la surveillance et la répression employées par les États et leurs classes dirigeantes pour continuer à exercer tranquillement leur domination.

Se réapproprier les outils informatiques, c’est comprendre pour mieux se défendre et… attaquer, mais c’est aussi se donner les moyens de pouvoir choisir en connaissance de cause, quand ne pas utiliser l’informatique.

Le texte est disponible en ligne sur le site infokiosques.net.

mai 312013
 

L’un des piliers du réseau d’info alternative annonce sa fermeture

mardi 14 mai 2013

Le 13 octobre 2012, le collectif d’Indymedia Londres annonçait la fermeture de son site après 13 ans de participation et une tentative pour faire évoluer ce modèle de site. Dans ce texte, le collectif explique ce qui l’a amené à prendre cette décision. Une contribution intéressante à une réflexion sur ce qui a été expérimenté ces dernières années et les défis à relever aujourd’hui.

Texte traduit pour l’Atelier à plusieurs mains. Les intertitres et illustrations ont été rajoutés à cette occasion. Toute correction ou précision est bienvenue dans le forum ci-dessous.

Farewell from Indymedia London

Ces 13 dernières années, Internet et la façon dont les gens l’utilisent a énormément changé. Sur de nombreux aspects, Indymedia a gagné, parce qu’il a lancé des manières de faire qui sont devenues courantes aujourd’hui.

Le lancement d’Indymedia a ouvert de nouvelles perspectives, techniquement, socialement et politiquement. Alors que les blogs n’avaient pas encore décollé, le fait de fournir aux gens la possibilité de publier leurs propres informations et reportages multimédias sur les manifestations et les luttes sans avoir besoin de s’identifier changeait la donne. Ce modèle de « publication ouverte » ou de « média direct » permettait à chacun d’ajouter sa voix à la création collaborative d’informations, défiant ainsi la domination du journalisme d’information à une seule voix. Le but était de diminuer la frontière entre reporter et participant, entre producteurs actifs et spectateurs passifs, de montrer que tout le monde avait la capacité d’être journaliste et de s’exprimer.

En même temps, Indymedia s’organisait de manière transparente et à travers des décisions au consensus, établissant une distinction entre un média participatif et démocratique (par le peuple, pour le peuple) et les objectifs et méthodes opaques des industriels des médias. Fonctionnant grâce aux avancées technologiques, Indymedia fournissait une infrastructure dont nous avions besoin et que les gens voulaient utiliser. A l’époque, Indymedia était à peu près le seul acteur de ce type.

Indymedia a émergé conjointement à ce qu’on appelle le mouvement « antiglobalisation » (« altermondialiste »). À l’époque, il existait une envie partagée de créer quelque chose d’important, et les luttes se concentraient souvent sur de grosses journées d’action et contre-sommets. Dans ce contexte, il était absolument nécessaire de disposer d’une plateforme web permettant d’assurer notre propre représentation et communication, tout en offrant, dans le même temps, un espace pour rapporter les événements se déroulant partout dans le monde.

Indymedia devint un réseau mondial offrant solidarité et soutien direct au-delà des frontières nationales, impulsant une dynamique expérimentale impliquant ouverture, collaboration, respect de la confidentialité et logiciels libres, afin de donner aux gens la capacité de s’exprimer par eux-mêmes et d’amplifier la résonnance de nos luttes collectives.

Au-delà de la communication digitale, Indymedia devint un cadre pour l’organisation sur le terrain. Installer des centres médias « physiques » ; mettre à disposition des espaces pour que des groupes de médias alternatifs et d’activistes puissent préparer la couverture de grosses manifestations, afin de briser le monopole des médias de masse en matière d’information sur ce qui se passait dans la rue, et de médiatiser – sans intermédiaire – les problèmes et les raisons poussant les gens à manifester ; mettre en place des solutions pour regrouper et distribuer les informations provenant des participants sur le terrain grâce à des lignes téléphoniques dotées d’un système de « dispatch » ; utiliser des chats et des wikis pour coordonner des volontaires et des traductions, lancer des émissions de radio, mixer des flux vidéos, diffuser des SMS – c’était vraiment une révolution médiatique, et révolutionnaire en soi.

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Positions dogmatiques et évolutions

C’était aussi une expérience massive de démocratie virtuelle et d’auto-organisation. Différents outils existent pour s’organiser, en fonction des circonstances et des objectifs. Mais bien que nous restions attachés aux modèles participatifs et au travail collaboratif, nous avons été déçus par certains aspects d’Indymedia. Nous partageons ce sentiment avec d’autres personnes impliquées dans Indymedia à travers le monde. Trop souvent, l’objectif d’ouverture mêlé à des positions dogmatiques ont fini par créer un système bureaucratique et limiter la progression. La question plus vaste de comment nous nous organisons, dans notre vie comme dans nos combats, n’est toujours pas résolue.

Quelques années plus tard, beaucoup de choses que prêchaient les activistes d’Indymedia sont devenues obsolètes. Il n’est plus nécessaire de mettre en place des « Terminaux publics d’accès » dans la rue pour fournir de l’électricité et une connexion, la plupart des gens ont ça dans les mains via leur téléphone 3G, documentant collectivement les événements minute par minute au fur et à mesure qu’ils se déroulent. L’auto-publication est la norme. Mais méfions-nous des faux espoirs… Nous avons gagné, mais nous avons aussi perdu. La marchandisation de soi à travers les réseaux sociaux et la perte de confidentialité qui l’accompagne créent, parallèlement aux opportunités immenses qu’elles ouvrent, des pièges considérables.

En regardant en arrière ces cinq années passées à développer ce site et le code HyperActive [1] sur lequel il est basé, nous sommes plutôt satisfaits de certaines des avancées que nous avons réalisées. Nous avons introduit la possibilité de rajouter des mots clés, un lecteur vidéo, un calendrier amélioré, des identifiants optionnels pour les utilisateurs et des pages destinées à des groupes, des versions mobiles du site, des infos mises à jour par sms, et plus encore.

Comparé à beaucoup d’autres sites Indymedia, cela représentait une avancée significative vers un modèle plus évolué. Mais nous ne sommes pas une grosse entreprise de média ou une start-up de la Silicon Valley avec des millions de livres sterling à jeter par les fenêtres, nous sommes des militants bénévoles qui consacrent aussi leur temps à étudier, à travailler, à mener d’autres projets, à s’occuper de leurs enfants et à gérer les contraintes de la vie à Londres.

Il est important de noter qu’Indymedia est resté l’un des rares espaces en ligne autorisant les utilisateurs à publier anonymement et sans système d’identification. La question de la confidentialité a toujours été essentielle pour nous, ce qui signifie que nous avons cherché à protéger l’identité des utilisateurs des autorités et des entreprises, et nous avons favorisé cette question par rapport à la possibilité de partager du contenu avec des plateformes commerciales. C’est cela, plus que toute autre chose, qui a laissé Indymedia isolé d’autres médias sociaux et a empêché le développement de fonctionnalités similaires.

« Tu t’en sers ou tu le perds »

Le paysage d’internet a changé, tout comme son usage par les utilisateurs individuels, les groupes d’activistes et même les médias de masse. La montée en puissance, inexorablement, des plateformes de blogs commerciales et l’adoption massive de facebook, twitter, flickr, youtube et les outils de recommandation et de partage ont entraîné la création de nouvelles et complexes communautés d’intérêts, et ont permis la production, l’organisation et la diffusion de contenu dans des proportions sans précédent.

La principale raison d’être d’Indymedia a disparu. Ce qui explique que son utilisation ait chuté de manière significative au cours des dernières années. Ceux pour qui Indymedia était la principale source de documentation politique utilisent désormais leurs propres blogs, sites, twitter, flickr, demotix, youtube, vimeo ou facebook. « Tu t’en sers ou tu le perds ».

Mais ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu de bons exemples de reportages de rue massifs sur Indymedia Londres au cours des quatre dernières années : nous avons assisté aux manifs contre le G20 et les Climat Camps, le mouvement UK Uncuts [2], les manifestations devant les mairies et les occupations d’universités, les manifestations étudiantes, la manifestation syndicale du 26 mars], les émeutes d’août 2011 et le mouvement Occupy…

Tous ces mouvements ont enflammé nos écrans depuis la rue. Beaucoup de gens considèrent que c’est dans ces moments qu’Indymedia est le meilleur, fournissant une vision structurée et détaillée des évènements et de leurs causes qui ne peut être trouvée nulle part ailleurs. Cet impératif demeure.

Avec Indymedia, le mouvement contestataire mondial a construit collectivement un espace de communication planétaire. Nourri par les subjectivités de milliers d’individus et de groupes, Indymedia a donné une voix à un « nous » collectif. Cette approche ne se combine pas bien avec l’attitude individualiste qui prévaut dans les médias sociaux, où les blogs, profils, statuts et galeries de photos constituent des expressions individuelles qui s’entrecroisent.

De nouveaux défis

Désormais, la communication digitale semble être constituée à partir d’un sujet actif à la fois collectif et singulier, qui approche le « nous » à partir d’une identité individuelle affirmée (« je »). Mais ce sujet n’est pas en soi individualiste et dépolitisé. On peut aussi le voir comme une expression de la multitude, qui ne s’organise pas à travers une unité, mais via des singularités agissant ensemble. Les indigènes Tojolabal du Chiapas ont un pronom spécifique pour désigner ce sujet situé entre le « je » et le « nous » ; une approche de la subjectivité qui a été cruciale pour le mode d’organisation zapatiste.

Nous, à Londres, considérons que les défis consistent aujourd’hui davantage à collectiviser les contributions individuelles, en les sélectionnant, les éditant et les partageant à partir d’une mer de contenu, à promouvoir une collaboration et une solidarité réelles qui survivent plus longtemps que la dernière nouveauté à la mode. Nous croyons aussi que la capacité de publier et de naviguer anonymement sur internet est une nécessité fondamentale. Nous savons que la plupart des gens choisissent des plateformes commerciales plutôt que des outils alternatifs et autonomes, mais nous vous encourageons vivement à utiliser et soutenir aussi des fournisseurs alternatifs et les acteurs qui mènent campagne dans ce domaine, ainsi qu’à apprendre comment vous protéger.

Nous pensons aussi que disposer d’espaces physiques pour travailler collectivement et nous coordonner est essentiel. Et que maintenir les archives des campagnes et actions passées est une tâche importante. Parce que trop d’histoire se perd au fond des erreurs 404 quand les sites disparaissent et que les entreprises s’écroulent, alors nous nous engageons à faire en sorte que les archives web que constituent les informations collectées au cours de ces 13 années restent accessibles, en tant que ressource importante et mémoire historique.

En réalité, nous sommes très fiers de notre contribution au cours de ces 13 années passées à mettre en place et à faire fonctionner une structure de publication ouverte. Nous pensons avoir créé un morceau fondamental « d’infrastructure autonome » dont les mouvements ont énormément profité, et en faisant ça, nous avons aussi mis en pratique nos idées politiques et notre approche « DIY » de l’implication politique directe. L’ouverture, l’horizontalité, la transparence et des pratiques à la fois collaboratives et participatives ont été des éléments centraux d’Indymedia et de nos politiques radicales.

Nous ne partons pas sur une défaite, nous nous dirigeons vers d’autres projets, plus excitants, qui nous semblent nécessaires et qui ne peuvent être menés tant que nous maintenons un site qui ne nous apparait plus comme essentiel, d’un point de vue stratégique ou tactique. La vision reste la même, comme beaucoup des difficultés auxquelles nous devons faire face – on se retrouve dans la rue !

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En décembre 2010, le relais de la révolte étudiante.
Ici l’occupation et le saccage du siège du parti conservateur par plusieurs milliers de personnes, largement relayés par Indymedia Londres.

Notes

[1] Le collectif d’Indymedia Londres est à l’initiative d’un système de publication pour les sites Indymedia appelé HyperActive. En 2008, le collectif expliquait l’organisation de ce nouveau système de publication.

[2] UK Uncuts est le nom donné aux mobilisations contre les coupes budgétaires] et les politiques d’austérité en Grande-Bretagne.

Source : http://atelier.mediaslibres.org/Farewell-from-Indymedia-London-l.html

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