juin 182014
 
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Confrontée aux pillages de ses ressources forestières et à la destruction de l’environnement naturel par le crime organisé, la population indigène de Cheran, dans l’Etat du Michoacan, au Mexique, s’est révoltée.
Elle a chassé le maire de la ville ainsi que la police, dont elle a conservé les armes. Ce fut le début d’un processus d’auto-organisation et d’autodéfense communautaire, processus toujours en cours actuellement, où les femmes ont joué et jouent encore un rôle actif.

C’est cette expérience que relate ce documentaire, réalisé directement par des habitantEs en lutte de Cheran.

Sa traduction en français a été réalisée par le Collectif Anarchiste de Traduction de Caen (et d’ailleurs). Des tas de traductions subversives sont disponible sur le site du collectif : http://ablogm.com/cats/

Les sous titres ne se lancent pas automatiquement (j’ai pas trouvé comment faire). Il faut donc le faire manuellement en cliquant sur le petit logo sous titre en bas à droite de la vidéo.

Emeutes à Rio, Belo Horizonte, Porto Alegre et Sao Paulo

 Posted by on 14 juin 2014 at 14 h 47 min  Actualité Internationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
juin 142014
 

[Brésil] Emeutes à Rio, Belo Horizonte, Porto Alegre et Sao Paulo au premier jour du mondial de foot – 12 juin 2014

Certains Brésiliens n’apprécient pas que 11 milliards aient été dépensés pour accueillir le Mondial. L’ouverture de la compétition a été précédée d’affrontements, ici à Rio de Janeiro, mais aussi à une dizaine de kilomètres du stade de Sao Paulo où s’est tenu le premier match entre le Brésil et la Croatie.

Les studios de la télévision brésilienne ITV, installés sur la plage de Copacabana, à Rio, ont été pris pour cible, une pierre a endommagé la vitre. Le footballeur français Patrick Vieira participait à l’intérieur à une émission.

Rio de Janeiro le 12 juin

Dans la journée à Sao Paulo, des affrontements violents avaient éclaté entre un petit groupe de radicaux masqués et la police, en marge d’un rassemblement pacifique de quelques centaines de manifestants. D’autres heurts ont opposé manifestants anti-mondial et policiers à Belo Horizonte dans le centre du pays, où des banques et des commerces ont été endommagés.

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La vidéo de leur média

Leur presse – euronews.fr, 13/06/2014 à 04h11

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BH3A Belo Horizonte, l’après-midi a été bien agité lorsque la manif est descendue Avenida Bias Fortes: la police militaire s’est fait défoncer plusieurs voitures. Des magasins et des banques (dont une agence ‘Santander’) ont été attaquées à coups de pierres. Les bataillons de choc de la PM se sont rapidement positionnés et ont fait abondamment usage de flashballs lorsqu’un groupe de supporters de l’équipe du Brésil s’est fait encercler par des manifestant-es. Vingt minutes plus tard, ce sont les vitres de plusieurs banques qui sautent Avenida Joao Pinheiro, tandis qu’un véhicule de la police civile a été retournée puis incendiée. Par ailleurs, un journaliste de Reuters s’est mangé une pierre sur crâne lors des affrontements. Au final, six manifestant-es ont été arrêté-es (les chiffres de la répression varient selon les articles de presse, et celui-ci actualisé à 20h38 parle de 12 arrestations). Ils comparaîtront devant le tribunal pour actes de vandalisme.

BH BH2 BH4

A Porto Alegre, des manifestations enragées contre le mondial et tout ce qui le produit se sont aussi tenues (comme le montre les photos reprises de  noticias.terra.com.br):

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Repris de la presse brésilienne, 12/06/2014

juin 112014
 
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Par Pauline Hofmann

Publié le 10 juin 2014 à 19h59 Mis à jour le 10 juin 2014 à 20h48

TOUTE PUISSANTE - Brasilia a dû voter la « loi générale de la Coupe », qui dédouane la Fifa de toute responsabilité et préserve les sponsors de la Coupe du monde.

Le Brésil doit gérer une fronde sociale et l’organisation de la Coupe du monde de football au même moment. 42 employés du métro de Sao Paulo ont été licenciés lundi pour avoir fait grève, en vertu d’une législation mise en place pour la Fifa, estiment les signataires d’une tribune dans Libération. La Fédération, elle, n’est pas très inquiète, puisqu’elle a assuré ses arrières en mars 2012 en faisant voter la Lei geral da Copa, la loi générale de la Coupe.

Le Fifa protège ses deniers. Cet appareil législatif imposé par l’instance internationale du football bouleverse fortement l’économie brésilienne. Quand la Seleçao jouera, la Fifa a ordonné un jour férié dans les villes.

Plus grave : porter atteinte à l’image de la Fifa ou à ses sponsors est désormais un crime fédéral, tout comme l’utilisation sans autorisation de l’image de la Coupe du monde. Des employés de métro de Sao Paulo ont été licenciés après leur grève justement dans le cadre de cette loi. « C’est une grave atteinte à la liberté d’expression », estime pour Europe 1 Marc Perelman, chercheur en esthétique philosophique à Nanterre, signataire de la tribune.

La tradition du football populaire en prend également pour son grade, puisque la Fifa a imposé la fin des prix réduits. Le gouvernement a malgré tout voulu maintenir des tarifs seniors.

Cette "loi Fifa" qui ligote le Brésil

La libre-concurrence, connais pas. Mais les vrais protégés de la Fifa avec cette Lei geral da Copa controversée, ce sont ses sponsors. Fini l’interdiction de boire de l’alcool dans les stades brésiliens. Peu importe la violence engendrée par la consommation d’alcool, la Fifa veut préserver ses relations avec un de ses plus gros sponsors, Anheuser-Busch, qui fabrique la bière Budweiser. La fédération a également assuré de gros cadeaux aux entreprises engagées dans l’organisation de la compétition, notamment les entreprises de travaux publics, grâce à des exonérations fiscales, des réductions de délais dans l’obtention de permis, …

Comme le remarque pour Europe 1 le sociologue Patrick Vassort, la Fifa a réussi à mettre la libre-concurrence entre parenthèses le temps de la compétition. Elle se réserve le privilège de toute activité commerciale sur certains produits aux abords des stades. Les 300.000 vendeurs installés dans un périmètre de 2km autour des stades devront baisser leur rideau s’ils ont l’intention de vendre des produits de sponsors de la Fifa.Cette "loi Fifa" qui ligote le Brésil

Des tribunaux spéciaux. Pour juger si les Brésiliens respectent ou non cette loi Fifa, l’instance internationale de football a bien l’intention de créer des tribunaux d’exception, comme cela a été le cas en Afrique du Sud, totalement anticonstitutionnels dans un pays qui assure l’égalité de ses citoyens devant la justice. Pourtant, le Tribunal fédéral suprême a débouté une action contre la Loi générale de la Coupe.

De plus, la Fifa se dédouane par avance d’éventuels incidents : « Le gouvernement fédéral assumera la responsabilité » d’un incident « lié à la sécurité » et « objectivement attribué à la Fifa, à moins que la Fifa elle-même contribuera à cet incident », explique l’Etat.

Mais le Brésil le promet, l’Etat garde sa souveraineté, puisqu’ »aucun amendement ne va à l’encontre de la Constitution fédérale ou de l’ordre légal du pays. » Ce n’est pas l’avis des deux signataires de la tribune de Libération, qui estiment, comme l’ancien joueur brésilien Romario, que la Fifa sera le temps du Mondial « la vraie présidente du Brésil ». Cette loi temporaire, dans tous les cas, sera supprimée cinq jours après la compétition.

Source :  europe 1

Grèves et luttes au Brésil

 Posted by on 11 juin 2014 at 13 h 28 min  Actualité Internationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
juin 112014
 

[Sao Paulo, Brésil] Grèves sauvages dans les transports, bus incendiés et pillages de supermarchés (19 et 20 mai 2014)

Mardi 20 mai, des chauffeurs de bus du réseau de transport en commun de la ville (SP Trans) de Sao Paulo se sont mis en grève sauvage. Cette grève spontanée rompt avec les nombreuses journées de grève planifiées et organisées par les centrales syndicales dans les transports qui ont lieu ces derniers temps dans les grandes villes brésiliennes (qui pour la plupart accueilleront la coupe du monde en juin). Le principal syndicat des travailleurs du transport de la ville s’est clairement démarqué et a condamné ce mouvement spontané de la part d’une minorité, car échappant à tout contrôle des bureaucrates syndicaux. Par conséquence, la circulation dans la ville et sa périphérie en a été fortement pertubée.

Un bus en flammes dans la soirée du 20 mai 2014 avenue Belmira  Marin

Parallèlement à cela, au moins cinq bus ont été incendiés, dont trois ont été entièrement détruits, dans la soirée à Grajaù au sud de Sao Paulo. Ces destructions incendiaires viennent s’ajouter à celles de la veille en début de soirée (19/05/2014) au sud de la ville à Jardim São Luís. D’après les transports en commun de la ville, il y aurait eu 71 bus détruits par le feu depuis le début de l’année 2014 rien qu’à Sao Paulo. Depuis, une vaste campagne du réseau des transports a été lancée afin d’inciter la population à balancer les enragés aux flics.

Les appels à manifester sont quasi-quotidiens et divers, venant de la part des enseignants, du Mouvement des Travailleurs Sans-Toit, du Mouvement Un Pas Libre et des chauffeurs de transports qui revendiquent à peu près tous une augmentation de salaires…: ce mardi une manif - qui d’après les flics serait à l’initiative des chômeurs - a tourné aux pillages de supermarchés  sur l’Avenue Dona Belmira Marin d’après g1globo et des barricades de poubelles bloquaient les rues du quartier. D’après les flics, un manifestant a été arrêté en possession d’essence.

Plutôt dans la journée, des sans-abris ont envahi le siège social de l’entreprise Viver Incorporadora, propriétaire d’un terrain côté est de la ville qui est actuellement occupé par des sans-abris.

bus crâmés dans la soirée de mardi

Mis-à-jour 21/05/2014 à 19h00:

Le mouvement de grève spontanée continue ce mercredi 21 mai à Sao Paulo contre les mauvaises conditions de travail et les faibles salaires alors que lundi les syndicats ont accepté à l’unanimité la proposition de hausse de salaires de 10%, ce qui est rejeté par une large partie des travailleurs. Plusieurs travailleurs expriment leurs volonté de poursuivre la grève jusqu’au déroulement de la coupe du monde.

BelemPar ailleurs à Belem dans le nord du pays ce mardi 20 mai, des centaines de manifestant-es contre la coupe du monde ont envahi l’espace São José Liberto, où était exposé le trophée du mondial. Plusieurs personnes cagoulées ont alors attaqué le bâtiment à coups de pierres et de morceaux de bois. Les organisateurs de la cérémonie ont été contraints d’annuler l’événement  après avoir retiré la coupe par sécurité.

A suivre…

Reformulé de la presse brésilienne, 20-21/05/2014

juin 052014
 

Barcelone : émeutes suite à l’expulsion d’un squat

mardi 3 juin 2014

 

26 mai 2014
Affrontements émeutiers suite à l’expulsion du Centre Social Occupé Can Vies à Barcelone

Le Centre Social Occupé et Autogéré Can Vies, propriété des Transportes Metropolitanos de Barcelona (TMB), situé dans le quartier de Sants à Barcelone, était un espace de rencontre autonome depuis 1997. Ce lieu a été expulsé hier, le 26 mai 2014, par les bataillons antiémeutes des mossos d’esquadra et les pompiers, malgré différentes stratégies mises en place par les occupants. A l’intérieur, certain-es s’étaient enchaîné-es dans des tunnels pour empêcher la démolition immédiate du bâtiment et ainsi gagner du temps pour la réponse à l’extérieur.

Cependant, l’impressionnant dispositif policier (le quartier a été bouclé et la station de métro la plus proche a été fermée) a permis l’expulsion au bout de plus de 6 heures. Aux alentours, des groupes de solidaires se sont rassemblés, tandis qu’une partie des rues étaient coupées par des barricades pour éviter l’arrivée des engins de chantier etc.

Une manifestation appelée pour le soir même à 20h, a rassemblé près de 4000 personnes de tous ages. Lorsqu’elle s’est terminée au cri de « Si Can Vies va a terra, barri en peu de guerra » (Si Can Vies tombe par terre, le quartier se met sur le pied de guerre), les affrontements ont commencé et des groupes cagoulés ont monté des barricades et attaqué des journalistes, mettant le feu à une camionnette mobile de la chaîne TV3 au croisement de la rue Joan Güell avec la place de Sants.

Les flics ont chargé dans tout le quartier, tandis que dans différentes rues des groupes contre-attaquaient et que des agences bancaires étaient détruites au passage. Apparemment les émeutes se seraient soldées par deux arrestations et quelques blessé-es.

27 mai 2014
Deuxième jour d’émeutes et d’affrontements contre les forces de l’ordre à Sants suite à l’expulsion de Can Vies

Une nouvelle manifestation était appelée et a été chargée immédiatement. Des barricades ont de nouveau été montée et des vitrines ont été brisées, ainsi qu’au moins un DAB. Un groupe a également attaqué et incendié la pelleteuse utilisée pour démolir le bâtiment.

Au cours de la nuit, les affrontements se sont étendus à d’autres quartiers comme Gràcia. Des manifestant-es ont coupé l’avenue Diagonal, ont tagué des agences bancaires et détruit en partie le siège du parti Convergència Democrática de Catalunya (CDC).

Le 28 mai, des rassemblements de solidarité sont appelés dans différents quartiers de Barcelone comme dans d’autres villes (une cinquantaine) de Catalogne et d’Espagne (comme Lleida, Girone, Tarragone, mais aussi à Valence et dans le quartier de Gamonal à Burgos). Dans le quartier de Guinardó (Barcelone), une fourgonnette des Transportes Metropolitanos de Barcelona a cramé, tandis qu’à Lleida les sièges des partis CDC et PSC ont été couverts de peinture.

Mise à jour 29 mai, 20h

Aujourd’hui 29 mai, la presse espagnole dresse un bilan chiffré de ces trois premières nuits d’émeute : quatorze blessés, dont dix Mossos d’Esquadra ; une trentaine d’arrestations pour « dégradations, troubles à l’ordre public et blessures à agent de la force publique » ; 62 000 euros de dégâts sur le seul mobilier, 155 000 euros de dégât en tout au cours de ces trois premières nuits (dont 78 000 au cours des deux premières) ; 62 conteneurs à poubelle cramés au cours de la seule 3e nuit et 224 renversés en guise de barricades ; plus de 150 containers cramés lors des trois nuits. A travers toute la Catalogne, ils recensent une douzaine de sièges du parti CDC attaqués à Barcelone (Mataró, Vilassar de Mar, Masnou, Berga, Manresa, Vilanova i la Geltrú, Sabadell, Mollet, Olesa, Sabadell, Terrassa, Premià de Mar, Molins de Rei, Sant Feliu de Llobregat), dont son local principal situé calle Córsega, mais aussi ses locaux situés à Cambrils (Tarragona), Banyoles (Girona) et Lleida. Celui de Terrassa est le plus endommagé, vu qu’un container à poubelle enflammé a été projeté dans sa vitrine, la rompant et cramant une partie du local. A Mataró, c’est un molotov qui l’a endommagé.

Ce même jour, l’Etat espagnol annonce le transfert de 300 policiers anti-émeute supplémentaires vers la ville de Barcelone, pour venir appuyer les Mossos d’Esquadra de la province catalane. Elle veut absolument éteindre ce feu de révolte qui commence à s’étendre dans d’autres villes (60 manifs ou rassemblements solidaires étaient annoncés en Catalogne hier 28 mai) sur le modèle de la solidarité avec la lutte de Gamonal (Burgos) en janvier dernier (voir ici et ), donnant l’exemple d’une manifestation solidaire jusqu’à… Palma de Mallorca hier, qui s’est terminée en affrontements (et deux arrestations), ou de celle prévue à Madrid ce soir et convoquée sans autorisation de la préfecture.

Enfin, à côté du bâton il y a toujours la carotte -les deux faces d’une même gestion de la conflictualité sociale pour l’écraser et l’intégrer-, et c’est la « Plateforme de soutien au CSOA Can Vies » (Plataforma de Suport al CSA Can Vies), composée d’une vingtaine de collectifs du quartier (gauchistes, citoyennistes et libertaires) qui mène des négociations avec la mairie [1], rejointe par la Fédération d’associations de voisins de Barcelone (Federación de Asociaciones de Vecinos de Barcelona (FAVB)). Tous deux recherchent un médiateur accepté par les deux côtés de la barricade. Sans compter que les ex-squatters ont nommé de leur côté un porte-parole qui s’exprime dans les médias. D’ores et déjà, l’association de commerçants vient d’annuler l’inauguration de sa feria prévue samedi en présence de politiciens locaux, et le chef des Mossos d’Esquadra vient de démissionner (en précisant que ce n’était pas lié à la situation, hum…).

Bref, à côté de ces petits jeux politiciens et de leurs déclarations contradictoires (sur d’éventuelles revendications, la condamnation ou pas des violences, etc.), une des questions qui se pose maintenant est assez banale : comment continuer à étendre et approfondir des feux de la révolte qui commencent à dépasser le cadre initial (l’expulsion du CSOA et le quartier de Sants), pour qu’ils détruisent tout ce qui nous détruit et ouvrent de nouveaux chemins sans médiation vers quelque chose de complètement autre ?

[Synthèse effectuée d’après les sites vozcomoarma, Indymedia Barcelone et la presse]

Mise à jour vendredi 30 mai, 13h

Hier jeudi 29 mai, la police annonce avoir arrêté 38 personnes lors des émeutes. Ils sont en garde-à-vue au commissariat Les Corts des Mossos d’Esquadra. Le soir, deux mineurs et 12 majeurs étaient relâchés, et 18 autres avaient leur GaV prolongée.

Le soir du 29 mai, une nouvelle manif de 2000 personnes s’est rendue devant le comico de Les Corts, exigeant la libération des arrêtés (« Liberté pour les prisonniers, flics hors du quartier« ), avant de se disperser. Les premières vitrines sont alors tombées (dont une agence Banco Popular incendiée) et de nouveaux containers de poubelle ont brûlé. Des panneaux publicitaires ou des feux de circulation ont aussi été détruits. Il y a eu au moins 23 nouveaux arrêtés cette nuit. Comme les nuits précédentes, Barcelone est survolée par un hélicoptère de police doté d’une puissant phare. Certains tags à Sants disaient « No negociamos. Luchamos » (Ne négocions pas, luttons), ou « Sants, Gamonal, Atenas, Río« .

Aujourd’hui vendredi 30 mai au matin, la mairie annonce 16 000 euros de dégâts pour cette nuit (171 000 euros depuis le début), entre matériel urbain et 16 containers cramés de plus. Elle donne le chiffre de 200 containers renversés chaque nuit de lundi, mardi et mercredi (28 mai), et 200 cramés en tout jusqu’à présent, ce qui donne une idée de l’ampleur des barricades dans différents quartiers.

Enfin, plutôt que de se dissoudre dans le mouvement en cours, les squatters du CSOA Can Vies ont fait une conférence de presse à 10h, où ils ont formulé des revendications à la mairie, entamant de fait un dialogue avec elle et commençant ainsi à médier le conflit et à proposer des portes de sortie aux institutions. Cette conférence de presse a été faite avec un membre de la Plataforma de apoyo a Can Vies et un autre de la Asamblea de Sants.

Ils exigent, en bons syndicalistes demandant plus pour obtenir moins : la démission de maire de Barcelone Xavier Trias et du conseiller du district de Sants-Montjuïc, Jordi Martí [les autres, non] ; la remise en liberté immédiate des arrêtés ; le départ des forces anti-émeute du quartier de Sants [merci bien pour les autres quartiers qui se bougent aussi depuis trois nuits] ; et surtout l’arrêt de la démolition du lieu (il reste le bâtiment principal). Ces travaux sont de toute façon arrêtés depuis le début des émeutes (la pelleteuse a cramé et le bâtiment est seulement vigilé), le maire ayant déjà annoncé dans la nuit sur TV3 qu’il était prêt à suspendre officiellement la démolition pour ouvrir le dialogue [2]. Les squatters proposent d’ailleurs demain un rassemblement devant le lieu… pour commencer une « reconstruction citoyenne » de la partie démolie !

On remarquera que non contents de renouer le dialogue, les squatters et leurs amis associatifs tentent également de relocaliser le conflit à Sants pour y mettre fin, plutôt que de chercher à l’étendre à tout Barcelone et bien au-delà, alors que des manifestations sont prévues ce week-end à travers tout le pays et que la presse et le pouvoir agitent en permanence le chiffon rouge de Gamonal [3] – cette lutte émeutière et victorieuse d’un quartier de Burgos en janvier dernier, qui est devenue le symbole de comment la poudre du mécontentement social accumulé peut exploser dans d’autres villes par contagion…

Hasard ou coïncidence, au moment où les protagonistes initiaux tentent de récupérer une situation qui est en train de les dépasser, un rapport interne des Mossos d’Esquadra filtre dans la presse de ce matin. Il est question comme d’habitude de « mercenaires entraînés en Italie qui dirigent les éléments violents de Barcelone« , etc. etc. Et quand certains titres n’insistent pas sur les « anti-système experts en guerilla » de Madrid, Valence et Saragosse (c’est-à-dire les anarchistes) ou ceux de Galice et du Pays-Basque (c’est-à-dire les indépendantistes), ils se lâchent contre les jeunes des quartiers qui participent à ces émeutes, en faisant des comparaisons avec… les « banlieues de Paris« . Bien sûr, il s’agit de sensationnalisme et de contre-mesures policières pour opposer « méchants étrangers au quartier » à « vrais habitants pacifiques », ou « étrangers » tout court à « braves citoyens ». Mais quand le pouvoir commence à tirer ces cartouches-là (il a attendu quatre nuits pour voir si ces émeutes allaient durer ou pas), cela est révélateur à la fois de l’enjeu qu’il y met, lui, et du fait que la question sociale dans l’air reste explosive.

La fin du résumé d’hier est toujours plus brûlante : « une des questions qui se pose maintenant est assez banale : comment continuer à étendre et approfondir des feux de la révolte qui commencent à dépasser le cadre initial (l’expulsion du CSOA et le quartier de Sants), pour qu’ils détruisent tout ce qui nous détruit et ouvrent de nouveaux chemins sans médiation vers quelque chose de complètement autre ? »

Mise à jour vendredi 30 mai, 23h

Ce soir vendredi, 26 des 61 arrêtés depuis le début des émeutes sont passés devant le juge de la détention. 24 sont ressortis sous contrôle judiciaire, avec un pointage mensuel au tribunal et une interdiction de manifester jusqu’au procès en janvier 2015, et 1 sans contrôle judiciaire. Le dernier par contre, âgé de 30 ans, a été envoyé en prison préventive pour « trouble à l’ordre public« , « dégradations » et « blessures volontaires sur keuf« . Vingt-trois autres arrêtés passeront demain samedi devant le juge de la détention.

Selon un point publié par la justice, sur les 61 arrêtés, six seulement avaient des antécédents, cinq sont mineurs, et six sont étrangers (deux italiens, un hollandais, un bengladi, trois colombiens, deux mexicains, un américain).

Un autre grand journal, ABC, a ressorti cet après-midi les rapports policiers sous le titre « La Policía destapa conexiones anarquistas en los disturbios de Can Vies » (La police détecte des connexions anarchistes dans les émeutes de Can Vies). Il s’étale avec des propos comme « terroristes urbains » ou que « la lutte à Gamonal (Burgos) fut un essai révolutionnaire » que les méchants infiltrés veulent reproduire à présent à Sants (Barcelone). Comme disent les compagnons espagnols, la presse vise et la police tire.

Ce soit à 20h, le rassemblement de solidarité à Madrid de Puerta del Sol était ultra saturé de policiers, qui contrôlaient les sac-à-dos et procédaient à des contrôles d’identité tout autour, et les 300 manifestants n’ont pas pu faire grand chose d’autre que gueuler des slogans pendant une heure et demie (« liberté liberté pour les détenus qui luttent », « Barcelone Liberté » et « A bas l’Etat policier »).

Dans la ville de Girona, une centaine de personnes ont manifesté en soirée avec des torches, et balancé de la peinture noire contre plusieurs agences bancaires au passage. A Saragosse, une centaine de manifestants également, et un container qui crame symboliquement. Enfin, à Hambourg (Allemagne) hier 29 mai, 150 personnes ont effectué une manifestation sauvage de solidarité, suite à un appel lancé sur Indymedia (Linksunten, là-bas), et malgré les keufs (leur gaz au poivre et leurs chiens). Un des slogans les plus repris était “Kein Gott ! Kein Staat ! Kein Mietvertrag !” (Ni Dieu ni Etat ni Contrat d’occupation !).

Enfin, à 21h, 300 personnes se sont rassemblées plaza de Sants (contre 4000 puis 2000 les soirs précédents) pour le traditionnel concert de casseroles, avant de se réunir en assemblée (et non plus de finir devant le comico de Les Corts, où partait ensuite l’émeute). Les représentants du CSA Can Vies y ont distribué un tract affirmant « si la mairie a autant de bonne volonté qu’elle le prétend, c’est facile : qu’elle nous laisse reconstruire en paix ce qu’ils ont détruit avec violence« , avant d’inviter demain samedi 10h les habitants à venir devant le lieu (désormais aussi entouré de barbelés et gardé) avec du matériel pour commencer les travaux de reconstruction de la partie démolie. C’est le mot « paix » qui compte dans ce tract… après une centaine de blessés, 40 arrêtés qui passeront en procès et vingt autres encore aux mains des Mossos.

De toute façon, la grande manifestation est prévue à 19h Plaça Universitat à Barcelone hors des jeux politiciens du quartier, et elle risque d’être importante, comme toutes celles annoncées à travers tout le pays, à un moment où il semble qu’il n’y aura pas de 5e nuit d’émeute à Sants.

Mise à jour dimanche 1er juin 2014, 15h

La journée de samedi 31 a donc commencé à 10h à Sants avec le rassemblement pour reconstruire la partie démolie du squat. Près de 400 personnes ont effectué trois chaînes humaines, au milieu de bars de rue, de musique et d’aires de jeu pour enfants, pour commencer à évacuer les gravats. Une petite partie d’entre eux a fini devant les grilles du siège du district (équivalent de la mairie d’arrondissement), à 700 mètres de là. La plupart, ceux qui sont réutilisables, sont triés et ordonnés pour servir aux futurs murs.

A leur arrivée sur place, les ex-squatters de Can Vies ont négocié avec les vigiles l’entrée sur la partie détruite, puis ont fait tomber les grillages. Eux seuls (ils portent des casques de chantier jaunes distinctifs de ceux -blancs- donnés aux gens) ont accès à cette partie, dont ils gèrent le « périmètre de sécurité ». Les architectes des squatters affirment après examen qu’il n’y a pas de risque de péril et qu’on peut reconstruire, tandis que les pompiers et les experts de la mairie (qui n’ont pas été chassés mais ont visité les lieux en compagnie des responsables de Can Vies) disent bien sûr le contraire. En guise d’apaisement, il n’y avait pas de flics sur place ce matin.

Tout ressemble donc à une mise en scène concordée où les autorités laissent provisoirement leur bras armé au garage mais gardent sur place le reste (vigiles, pompiers et experts techniques), tandis que les squatters s’emparent symboliquement et pacifiquement de la partie détruite en évacuant ses gravats en guise de réoccupation. Cela rappelle beaucoup les ex-Tute Bianche des centres sociaux italiens dans les années 90, habiles dans l’art d’organiser un antagonisme fictif afin de préserver la paix sociale ou d’éviter qu’elle ne se fissure davantage, en faisant mine d’avoir organisé l’incontrôlable qui les avait dépassé (ici les émeutes des jours précédents) pour ensuite se poser en pompiers de la révolte.
Quand pendant quatre nuits les pierres ont ainsi volé contre les Mossos d’Esquadra, que des sièges de partis, des centaines de containers ou un véhicule de la télé ont été livrés aux flammes, il fallait y penser, à détourner les pierres de leur usage spontané pour les utiliser dans un but pacifique ! Là où les nuits précédentes se pressaient des individus désireux d’en découdre, Can Vies leur propose désormais de s’aligner en rang, des pierres plein les mains… pour les passer à leur voisin ou les trier et les retailler avec soin, le tout au milieu de la fête annuelle des commerçants du quartier, Firaentitats. Dans un contexte explosif -il y a des milliers d’expulsions, pas seulement à Sants-, il aurait été bien incongru de prendre au pied de la lettre le célèbre slogan « une expulsion, mille occupations » (et dix mille pierres désormais disponibles pour les défendre), plutôt que de le récupérer en « une expulsion, une reconstruction » !

A propos de la non-réoccupation de la partie viable et de leur management de l’événement, la rhétorique des ex-squatters est la suivante : « Nous avons consulté des architectes et, après voir examiné le lieu, ils nous ont dit qu’il n’y a pas de risque d’écroulement du bâtiment, mais qu’il y a des parties en ruine. Il est donc important qu’il n’y ait pas beaucoup de gens dedans et que l’accès soit contrôlé ». Lors de cette même intervention au micro, leur porte-parole a ajouté :  » Il vaut mieux qu’elles [les autorités] nous laissent tranquilles, parce qu’on a vu que si elles nous provoquent, le quartier de Sants s’énerve et brûle, tandis que si elles ne le font pas, le quartier reste tranquille, comme aujourd’hui, où il n’y a pas de présence policière et où tout va bien. »

Au même moment arrive l’information que la nuit précédente dans le quartier de Gràcia, des inconnus ont défoncé les vitres du CDC (le trentième local de ce parti attaqué depuis cinq jours), sont rentrés à l’intérieur, ont tout saccagé, puis ont vidé son mobilier à l’extérieur. Des tags sur sa façade disaient « Can Vies resisteix ! » (« Can Vies résiste ! ») et « CiU, les pagareu totes » (« CiU, vous payerez tout ! » ; CiU est la coalition autonomiste, composée des partis CDC et UDC, au pouvoir en Catalogne depuis décembre 2010).
Ce qui se joue depuis le début est donc peut-être bien une question de perspective : l’alternative d’un côté, où l’on souhaite mener des projets sociaux-culturels au sein d’un monde où règne en maître l’Etat et le Capital, afin de construire par le bas un « pouvoir populaire » (un des mots d’ordre de Can Vies) ; et de l’autre l’attaque contre tout pouvoir vers la révolution sociale, c’est-à-dire la conflictualité permanente. Comme le disait déjà un vieux barbu il y a longtemps, ce n’est pourtant que du négatif que surgira le positif, un positif complètement différent de tout ce que nous connaissons, et pas l’inverse : « il n’y a pas de révolution sans destruction profonde et passionnée, destruction salvatrice et féconde parce que précisément d’elle, et seulement par elle, se créent et s’enfantent des mondes nouveaux ».

Du côté du tribunal, les 20 derniers arrêtés des nuits précédentes sont passés devant le juge. 19 d’entre eux ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction de manifester et pointage tous les quinze jours. Le dernier par contre, a été incarcéré en prison préventive. Il pourra sortir contre paiement d’une caution de 10 000 euros, et dans ce cas aura interdiction de sortir du territoire et obligation de pointer une fois par semaine (le premier incarcéré, vendredi, n’a pas « bénéficié » de cette possibilité de sortir sous caution).

A 19h, était prévue la grande manifestation au centre de Barcelone, à plaza Universitat, au parcours non déposé en préfecture. Ses revendications étaient « amélioration du droit au logement » ou « autogestion des habitations », en plus bien sûr de la libération des arrêtés (pas des autres prisonniers, du genre « liberté pour tous ») ou la démission du maire (pas des autres politiciens, du genre « que se vayan todos »). Mais revendiquer des miettes et rabaisser ses exigences était peut-être le prix à payer pour préserver cette « zone d’opacité et d’organisation » qui engendre « une constellation de possibilité »* !

Six colonnes de manifestants sont arrivées de différents quartiers (dont Sants, Poble Sec, Les Corts, El Prat de Llobregat et el Eixample), et les participants étaient près de 8000 (20 000 selon les organisateurs, 3 500 selon la police), derrière la banderole « construisons l’alternative, défendons les quartiers ». Les cordons de Mossos d’Esquadra l’ont empêchée de se rendre sur les ramblas, après les quartiers de Paralelo et du Raval, et elle a terminé vers le siège du parlement régional, Plaza Sant Jaume.

A la hauteur de l’intersection entre Drassanes et la Rambla del Raval, un groupe de 500 manifestants divisés en plusieurs groupes visiblement pas trop portés sur la reconstruction de l’existant ou sur l’alternative, ont commencé un parcours différent de 22h à 2h du matin, parfois au milieu de touristes stupéfaits. Leur parcours sauvage a été ponctué d’affrontements avec les flics, de matériel urbain et de vitres de banques détruites, de containers et de voitures enflammées. Rien que dans les quartiers Ciutat Vella et Eixample, la mairie signale notamment 38 containers cramés, 12 voitures incendiées, plus la station de vélos en libre service « Bicing » rue Sant Oleguer qui a subi le même sort, et 45 000 euros de dégâts au total pour cette nuit. Les journaux espagnols titrent aujourd’hui : « Nouvelle nuit d’émeute à Barcelone avec six arrestations » (ABC) ou « Les émeutes pour Can Vies parviennent au centre de Barcelone » (agences).

Du côté répressif, il y a sept nouvelles arrestations (dont deux mineurs), et 225 personnes qui se sont retrouvées dans une nasse en rentrant vers Sants, et ont du présenter un papier d’identité et se faire filmer un à un pour en sortir (cela a duré trois heures, et les flics en obligeaient certains à mettre leur capuche pour faire des comparaisons avec les photos du fichier des émeutiers masqués des nuits précédentes).

Depuis ce matin, dimanche 1er juin, des dizaines d’habitants de Sants continuent de déblayer les gravats, à deux pas des concerts de la Fête de la cerise (Fira de la Cirera) à Plaza de Sants, et de la Fête médiévale dans la zone contigüe de Hostafrancs. De son côté, la mairie annonce cet après-midi lors d’une conférence de presse que le temps du dialogue avec les représentants de Can Vies touche à sa fin, prévoyant dès lundi de fixer une feuille de route pour la suite des événements. Comme dans un ballet où les deux partenaires se frôlent, s’éloignent puis se rapprochent sous les projecteurs avant de reprendre leurs distances, le collectif de Can Vies annonce à quelques heures d’intervalle qu’il suspend sa « reconstruction » -en réalité le déblaiement de gravats- en attendant l’examen technique de la viabilité de l’immeuble ! Cet après-midi, tout le monde est donc rentré chez soi (et les squatters à Can Batlló, un lieu légalisé du quartier), et leur prochain objectif est de retirer demain lundi la pelleteuse incendiée. Dans un communiqué de presse paru ce soir, Can Vies refuse l’ultimatum de la mairie, tout en précisant que « depuis le retrait du déploiement des unités anti-émeute, le quartier est resté tranquille » ces deux dernières nuits (manière grossière de se distancier des émeutes de la veille au centre-ville, avec un « mieux vaut nous que les méchants »).

Il est décidément temps que partent d’autres initiatives de rue pour faire dérailler ce jeu de dupes, en rouvrant un espace de conflictualité sans médiation où la temporalité ne serait plus dictée ni par les politiciens en cravate ni par les reconstructeurs en casques de chantier…

* Voir l’article apologétique de formes-de-vie tacticiennes paru sur rebellyon le 30 mai 2014 : « Barcelone brule ! CAN VIES NO ES TOCA ! »

[Repris de Brèves du Désordre et .]

Notes

[1] NdT : Suite à la décision d’expulsion définitive du tribunal il y a 15 mois, la mairie avait proposé un relogement et une relocalisation des activités du centre social, proposition que les habitants avaient refusée : ils ne souhaitaient ni déménager ni un quelconque contrôle municipal sur leurs activités, contrôle inévitable en cas de déplacement dans un lieu prêté par la ville. Tout le monde n’a pas le niveau de duperie de l’ex-squat des Tanneries à Dijon (France), dont la novlangue utilise les mots « autogestion », « autonomie » et « combativité » tout en acceptant un déménagement à 1,6 millions d’euros par la mairie, et en quémandant des dons déductibles des impôts pour les aider (voir ici)

[2] Il y avait eu une réunion juste avant entre des représentants de Can Vies et l’envoyé de la mairie, le conseiller du district de Sants-Montjuïc, et en présence de la Federación de Asociaciones de Vecinos de Barcelona (FAVB). C’est au cours de celle-ci que ce point a été acté informellement entre squatters et institutions, provoquant l’annonce du maire un peu plus tard à la télé. Par ailleurs, le collectif des ex-squatters se réunit à Can Batlló, un lieu sous convention avec la mairie du quartier de Poblenou.

[3] Comme ce titre de Hechos de hoy : « Dégoût et crainte de la guerilla urbaine à Sants et l’effet Gamonal » ou celui de El Pais du 30 mai : « Trias [le maire] négocie pour éviter que Sants ne se convertisse en nouveau Gamonal ».

Source : Non fides.

avr 102014
 
nantes

C’est un texte qui est arrivé sur la boîte mail de la rédaction, de façon anonyme. Son auteur revient sur la manifestation agitée du 22 février à Nantes en soutien à Notre-Dame-des-Landes. Lui était parmi celles et ceux que les médias et le pouvoir nomment « casseurs ». Cette étiquette, il la retourne, la revendique. À lui la place.

En rentrant de Nantes, je pensais ne rien écrire. Je me disais que ce n’était pas nécessaire. Que l’essentiel avait été de vivre cette journée-là. Et que le torrent médiatique sortirait de toute façon de son lit pour venir noyer cette manif. Je savais qu’il recouvrirait entièrement nos gestes et nos histoires. Et qu’il ne laisserait derrière lui que boue, effroi et désolation. Comme d’habitude. Face à cette capacité de confiscation de la réalité qu’on appelle information, nos mots, mes mots, je les imaginais dérisoires. Pourquoi s’embêter, alors ?

Sauf que cette fameuse journée, elle s’est mise à faire les cent pas dans ma cage à pensées. Elle ne voulait pas en partir. Je ne savais ni pourquoi, ni comment, mais cette manifestation m’avait bougé. J’y pensais et je trépignais devant l’ordinateur. Je ressassais.

J’enrageais, aussi. Je bouillais littéralement en lisant les comptes-rendus de procès des quelques personnes chopées à la fin de la journée. Ou en me plongeant dans le récit du manifestant qui a perdu un œil. Un de plus1.

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Je lisais aussi ce qui pouvait bien se dire dans le salon et la cuisine de monsieur et madame tout le monde : la France avait peur. Grave. À en mouiller le tricot de peau. Le ton employé par les médias au sujet de la dite « émeute » du 22 me rappelait un souvenir d’enfance : la voix de ce commercial qui tentait de vendre une alarme à mes parents après qu’ils se soient fait cambrioler. Les mêmes mots. Le même ton. C’est toujours pareil. Quand créer du danger de toute pièce te permet de payer tes vacances ou d’acheter une motocyclette à ton ado de fils, tu sais te montrer convaincant. Tu racontes la peur, ta peur, tu ne lésines pas, t’y vas franco et, au passage, tu déroules le tapis rouge à l’ordre en vigueur, parce que l’ordre tu en profites goulûment.

Bref, j’en étais là : elle me prenait la tête, cette journée du 22. Elle était là, un peu partout. Dans leurs bouches, derrière leurs mots, au centre de leurs images. Et forcément, j’y étais aussi. J’écris « forcément » parce que j’ai fait partie de ce qu’eux nomment « casseurs ». Moi et quelques copains. On agissait ensemble, petit groupe solidaire. Rien de fou, hein, nul fait d’arme. Simplement, on était là. On a fait quelques trucs, on s’est agités. Point.

Je suis donc « un casseur ». Mais « un casseur » hyper-sympa. La précision est importante. Parce que dans les deux semaines qui suivent ce genre de journée, tu as quand même largement l’impression que beaucoup de gens viennent mettre leur main dans le derrière de la manif afin de lui faire dire tout et n’importe quoi. Beaucoup de ventriloques et de tours de passe-passe, dans les articles, sous les articles, dans les images, sous les images. Une hypertrophie des enjeux, servie sur son flux continu d’informations, à la sauce virtuelle. Avec un soupçon de connerie.

Reprenons. Je suis « un casseur » sympa. Et je ne suis pas complètement con non plus. Alors quand je lis un peu partout que ce jour-là j’ai été manipulé et que je n’ai rien compris à ce qui s’est passé, j’ai envie de dire : comme d’habitude. Ni plus, ni moins – certainement moins, en fait. Oui, je suis manipulé. Comme au supermarché, au boulot, devant des guichets, des médecins, des profs, des représentants de la loi en tous genres. Comme tout le monde. Oui, je suis manipulé, pour peu d’entendre par là : « Soumis à des forces qui me dépassent ». Mais je me soigne. Je l’ai accepté, ce statut de petite souris dans une cage. Je l’ai accepté parce que je me suis dit : si je ne suis que ça, une petite souris dans une cage, alors je serai une petite souris qui dévisse, qui fait n’importe quoi. Cette manif du 22 février, je savais très bien qu’elle ne changerait pas le monde (sic), et qu’elle s’inscrivait dans un jeu de pouvoir, de territoires et de symboles qui me dépassent. Mais j’étais excité comme une souris qui a pété un plomb dans sa cage. Et qui tente d’invalider l’expérience qu’on mène sur elle.

Auscultons la manipulation vendue ici et là : « Les flics nous ont laissé la ville » ; « Il y avait des flics/provocateurs dans le cortège » ; « Les flics ont laissé faire ». Ou bien : « En bloquant l’accès à une partie de la ville, les flics ont crée la tension de toute pièce pour discréditer le mouvement ». Cette idée que les flics sont acteurs de la journée est à la fois assez vraie et très mensongère. Je ne rentrerai pas ici dans l’analyse de la répression ce jour-là ; je ne suis nullement un « spécialiste » de la question. Mais je me suis par contre rendu compte que le point commun de ces évocations de « l’émeute » comme favorisées par police tient à l’impossibilité pour les gens qui les évoquent de concevoir qu’on puisse être assez nombreux-ses à être en colère, suffisamment déterminé(e)s et organisé(e)s pour débarquer dans une ville afin de la retourner. Ça leur semble tellement fou et irrationnel que ça doit forcément être un complot. Ben non.

La réalité est beaucoup plus simple : ce jour-là, les flics n’ont pas créé la violence, ils l’ont gérée. Violemment, patiemment et méthodiquement. Et ils avaient certainement conduit un efficace travail de renseignement en amont puisqu’ils avaient compris combien on était motivé(e)s. Ils avaient saisi que s’ils nous laissaient accès à toute la ville, on risquait d’avoir méchamment envie de faire du lèche-vitrine sans pour autant passer par les portes automatiques. J’imagine que de longues réunions se sont alors tenues dans de beaux bureaux soyeux pour décider comment administrer cette colère qui allait parcourir le cortège. Qu’en faire ? Comment la récupérer ?

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Loin d’une quelconque théorie du complot, il y a tout de même une réalité qui semble dépasser quelques commentateurs en mal de bons et de méchants. Celle-ci : alors que les festivités allaient bon train et que l’air devenait difficilement respirable, la foule est restée en grande partie présente, à quelques mètres. À nous observer caillasser les flics, tenter de les faire reculer. À nous regarder agir avec sympathie. Et j’avais l’impression que cette foule disait : « Je le sens moyen, ton plan… ça a l’air foireux… Mais vas-y, ne t’inquiète pas : je reste là, je te couvre. » C’était fou, vachement beau à voir. Et encore plus à vivre. C’est aussi ce qui rendait l’intervention des flics si difficile, tant ils risquaient de commettre plus de « bavures » que de nécessaires, de possibles ou d’autorisées. Comme un aval tacite d’une partie de la foule. Lequel a sans doute permis à toutes ces personnes qui n’étaient pas équipées pour la castagne (pas de masque, des vêtements clairement identifiables, etc.) de ne pas finir dans le camion à salade ou en disque de ball-trap pour baqueux en mal de cible.

J’ai aussi lu, ça et là, que les flics auraient fait usage d’une force démesurée et qu’ils se seraient trompés de cible, en « frappant » les gentils manifestants plutôt que les vilains « casseurs ». C’est quoi, un usage de la force mesuré ? Quand les flics font comme à la pétanque, c’est-à-dire tracer un rond au sol à bonne distance, prendre le temps de viser, et commenter gentiment le tir en y allant d’une petite blague impromptue ? Et c’est quoi, trompé de cible ? Ça signifie qu’un tir tendu sur un manifestant pas du tout gentil, qui ne vote pas, qui a pillé le rayon vêtements noirs du Décathlon, et qui a lancé un caillou, ce n’est plus vraiment un tir tendu ? Mon cul ! Moi, je ne vois là que la violence d’État, dans son hideuse banalité, dans sa toute-puissance, peu importe qui s’en retrouve victime. Quant aux quelques pavés qui ont atteint leur cible, reconnaissez que c’est bien la moindre des choses. Il faudrait quand même voir à ne pas oublier, dans un retournement symbolique quasi cocasse, d’où émane la plus grande des violences, la légitime, la rémunérée.

Le côté « sportif » de cette manif n’a pas débordé le cortège. Et il n’a pas décrédibilisé la journée. Au contraire, il l’a transcendée en un joyeux bordel informe et foutraque où l’on ne savait plus trop bien qui est qui. Davantage que la minorité qui déborde, cette journée a été placée sous le signe de la majorité qui bout – et c’est pour cette raison que c’est essentiellement cette dernière qui a été marquée dans son corps par les hommes en arme. Inutile de chercher à tout prix une ligne de démarcation entre pacifiste et « casseurs » : cela relève du rite de conjuration. Ou de la prière, ressassée par celles et ceux qui abhorrent l’idée que la violence que j’exerce – quand je suis en forme – avec d’autres, contre tout symbole du pouvoir, puisse potentiellement être avalisée avec le sourire par monsieur ou madame tout le monde. Le cauchemar du pouvoir, à en réveiller le préfet la nuit.

Définitivement, cette journée du 22 fut sacrément animée. Une sorte de rencontre inter-régionale autour des loisirs créatifs. Un salon international du bien-être. Très sympa. Comme moi, je vous rappelle. Et ce, malgré l’austérité de ma tenue. Oui, j’étais tout en noir. Oui, je portais un masque. Figurez-vous que j’avais bien pensé venir en short et en tee-shirt. Mais ça n’aurait pas été raisonnable : il fallait se protéger de la bande armée qui nous attendait de pied ferme. Croyez bien que je la regrette, cette tenue noire si peu rigolote et fort menaçante. Et que je n’aime pas porter ces masques anonymes. Ils cachent les sourires, nos sourires. Et ils facilitent la construction médiatique et policière de ce personnage du « casseur », cette ombre haineuse et abrutie. C’est pratique, l’ombre : elle ne parle pas, ne pense pas, et permet même de dissimuler.

Sous ce masque, cagoule ou capuche, j’ai un cerveau. Et il turbine. Sec. Trop vite, souvent. Mon cerveau, « l’aéroport et son monde », il y a beaucoup réfléchi. Depuis longtemps, presque depuis toujours. Parce que « son monde », je m’y suis bien cogné le front. Assez pour me sentir résolument déterminé à agir sur ce qui se passe autour de moi. À ne pas accepter, à ne plus accepter. Alors, c’est vrai, cette journée du 22, c’était un peu la fête, le grand rendez-vous. Mais son assise à la fête, c’était ma colère. Précise. Dense. Quotidienne. Physique. Lucide. Rien à voir avec cette idée colportée par les médias et les politiciens d’une masse abrutie de combattants tout de noir vêtus qui se déplacerait au gré des affrontements en France et en Europe sans comprendre où elle est ni pourquoi elle y est. Oui, les fantasmatiques et imaginaires black-blocs. Sauf que moi, je sais très bien sur quel front je me situe, et pourquoi. Je sais très bien que je ne revendique rien, je veux tout. En clair, le 22, je faisais de la politique. A voté. Point.

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Et je ne pète pas plus haut que mon cul. J’ai bien compris que l’intensité de cette « guerre » est basse. Je sais qu’il y a d’autres fronts, ailleurs, pas loin, autrement plus violents. J’ai bien conscience que le capitalisme souvent tue ou anéantit, alors que le 22 il se « contente » de blesser. Je ne m’enracine pas dans un imaginaire viril ou guerrier – le moins possible, en tout cas. Et je fais attention à ce que moi et mes copains et copines, on ne finisse pas par ériger un quelconque folklore de la petite guérilla urbaine, même si partager un imaginaire est inévitable. Je sais tout ça. Il n’empêche : cette violence, je la ressens au quotidien. Je la vois, je l’entends, partout, tout le temps. Dans l’histoire, dans l’économie, dans les rapports de genre, de classe, dans le racisme, la répression de toute forme de contestation hors cadre… Cette conflictualité, elle m’habite, elle m’obsède, elle m’a rendu fou parfois. Elle me bouffe tout autant qu’elle m’a fait. Et quand on bouge le 22, je pense à cette violence, aux dernières fois où elle s’est manifestée à moi. Et je me rêve mèche.

Du coup, c’est vrai : on laisse un peu de bordel en repartant. Si peu. Maire et préfet chialent parce qu’on a fait caca dans leurs boîtes aux lettres, comme s’ils oubliaient que ranger le bazar génère aussi de la croissance. Les dégâts causés par « l’émeute » sont bons pour l’économie, non ? Le déploiement du maintien de l’ordre l’est pour nos exportations de matériel policier, n’est-ce pas ? Alors, basta avec cette fable du contribuable qui raque en bout de chaîne. Leurs mots, leur histoire. De toute façon, il ne s’agit pas de mettre à mal le capitalisme en brûlant trois arrêts de bus. Non, l’enjeu réside dans la manière dont ce genre de journée irrigue le quotidien de celles et ceux qui les vivent, quelle que soit leur place dans les festivités. Comme le retour du corps, du corps comme interface avec le conflit. C’est le corps qui est en jeu – réalité précieuse à l’heure où l’exercice de la citoyenneté et du conflit, et donc de la politique, repose sur la confiscation de la parole, sur la délégation du pouvoir et sur une dilution permanente de la responsabilité. C’est le corps qui est en danger, aussi. Tripes, jambes, cerveau. Nos corps sont nus, ceux d’en face sont protégés par une véritable carapace. C’est frappant. Et toutes celles, tous ceux qui étaient là n’auront pas manqué de noter cette distorsion de moyens, l’État apparaissant pour ce qu’il est : une arme à la ceinture d’un homme. Un vrai dévoilement, qui affecte des vies et des quotidiens.

Ce versant physique de l’exercice d’une force collective met en jeu la puissance et la peur. La puissance d’agir, d’être. Un sentiment de présence au monde rare. Une danse sur la plus étrange des musiques, celle de la révolte. Avec des gens sur le côté de la salle des fêtes, semblant attendre qu’on les invite. Manquent uniquement les nappes en crépon… Et la peur ? C’est celle de ce qu’il y a en face, de la blessure, de la répression. Celle de là où nous mène la colère, aussi, de ces points de non-retours franchis. Celle de constater qu’on vit déjà au-delà de soi-même, qu’on ne se reconnaît plus très bien parfois. Comme une espèce de tempête en interne, vécue par toutes celles et tous ceux qui mettent pareillement la main à la pâte. Il ne te reste alors qu’à écouter, qu’à sentir et ressentir.
Et ce jour-là, justement, j’ai entendu des gens vociférer, et les altercations ont été aussi nombreuses que les rires. Fallait-il brûler cette voiture ? Faire fuir de façon vigoureuse cette camionnette de BFM-TV ? Défoncer cette vitrine ? Ce sont de bonnes questions, que tout le monde devrait se poser. Et justement : quand ça brûle, ça casse, ça pète, tout le monde se les pose. Parce que ce jour-là, ces questions sont ressenties, vécues – elles ne sont plus simplement théoriques. Rien que pour ça, ça vaut le coup. Impression que je participe à ouvrir alors la plus belle agora du monde. Ensuite, à chacun de fixer son curseur.

En ce qui me concerne, j’ai choisi. Et quand tout le monde se défoule gentiment sur le camion égaré d’une grosse chaîne de télé, au grand dam des journalistes qui sont au volant, j’y vois la preuve que personne n’a envie de se faire voler le compte-rendu des débats. Surtout pas moi. C’est d’ailleurs pour ça, je crois, que cette journée du 22 m’a tant trotté dans la tête quand d’autres manifestations similaires ne m’avaient pas tant marqué. C’était le désir de raconter mon histoire tandis qu’on me la volait qui tapait au portillon. L’envie de rappeler que je ne dors pas entre deux « émeutes ». Que j’ai une vie bien remplie. Que si « émeute » il y a, elle n’est qu’un temps politique parmi d’autres dans ma vie – pas forcément le plus important, d’ailleurs. Que j’ai méchamment envie de tout péter, car j’ai furieusement envie de construire autre chose qu’un monde mort. Que je suis – je crois – assez lucide sur la pertinence et la limite de nos gestes, et qu’il s’agit aussi d’un besoin, d’une pulsion. Et que les feux allumés ce jour-là, réchauffent toutes les démarches que je mène une fois retourné à mon quotidien. Le son de « l’émeute », je l’entends tout le temps dans ma tête, obsession qui habille le réel de la plus belle des manières.

Vous n’êtes pas obligés de croire à cet hydre du « casseur » agité par certain(e)s. Vous n’êtes pas obligés de reprendre à votre compte l’histoire que propose le pouvoir. Faîtes plutôt la vôtre. Et la prochaine fois qu’on se croise alors que les animations battent leur plein, n’hésitez pas à vous rapprocher et à venir me parler. Rappelez-vous : avant d’être un « casseur », je suis hyper-sympa.

source: article11.info

mar 312014
 
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Une vaste opération d’interpellations a eu lieu ce lundi matin à Nantes. De huit à dix personnes de 15 à 53 ans étaient visées par ce coup de filet. L’opération est en cours.

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Le 22 février, en marge de la grande manifestation anti aéroport, un millier de radicaux, dont certains casseurs organisés, avaient tenu la dragée haute aux forces de l’ordre pourtant mobilisées en très grand nombre.Vitrines brisées, rue dépavée, mobilier urbain vandalisé, Nantes métropole avait alors évalué les dégâts à un million d’euros.

Dans le sillage des violences, une polémique nationale avait éclaté, l’UMP accusant Manuel Valls de mauvais résultats. Le ministre de l’intérieur avait répondu qu’une cellule d’enquête spécialisée serait créée pour identifier des casseurs.Les investigations ont permis d’identifier des suspects.

Entre 15 et 53 ans

Ce matin, la police a programmé un coup de filet qui visait à interpeller principalement des Nantais. Entre huit et dix personnes étaient visées par un coup de filet, âgées de 15 à 53 ans. Ces personnes n’habiteraient pas la zad de Notre-Dame-des-Landes.

Au-delà de la région, d’autres interpellations pourraient suivre. Les policiers ne limitent évidemment pas leurs investigations aux seuls casseurs nantais et l’on sait que d’autres dont venus de la France entière.

source: ouest france

mar 042014
 

« Les stratèges du maintien de l’ordre réfléchissent à hisser le niveau de la riposte »

Posted on 4 mars 2014 by juralib

Casseurs de Nantes : l’étau se resserre

Quelque trois cents « activistes professionnels » proches de l’ultragauche sont dans le collimateur de la police.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/03/05.jpg?resize=259%2C144La manifestation contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, samedi à Nantes, a viré à l’émeute.

L’étau se resserre sur les casseurs qui ont mis à sac une partie du centre-ville de Nantes samedi dernier, en marge de la manifestation hostile au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Le jour des incidents, les forces de l’ordre avaient évoqué la présence d’environ 800 « militants radicaux ». Selon nos informations, les services chargés de décrypter en détail les scènes de guérilla urbaine ont recentré leur attention sur une nébuleuse d’environ 300 fauteurs de troubles, animés par un « noyau dur » d’« activistes professionnels » inspirés des redoutables « Black Blocs » ou gravitant dans la mouvance de l’ultragauche. Parfaitement rodés, ces techniciens du chaos jaillissent puis se replient dans les défilés grâce à la complaisance d’une partie des manifestants. Et ils entraînent dans leur sillage une cohorte de desperados massés en fin de cortège et rêvant du grand soir. « A priori, l’ampleur de la contestation a été sous-estimée », concède une source informée confiant que « la préfecture s’attendait à une mobilisation de 10.000 à 11.000 manifestants » quand, le jour J, s’en est présenté près du double. Un poste de police et le tribunal administratif barbouillés de rouge, des bâtiments publics maculés de tags, des caténaires des voies TGV caillassés et endommagés, des engins de chantiers enflammés et des vitrines de commerces brisées… CRS et gendarmes mobiles ont dû tirer quelque 1760 grenades lacrymogène avant de ramener la situation au calme.

Piqué au vif par ces « débordements inacceptables », Manuel Valls a repris dès mardi dernier à l’Assemblée nationale sa posture favorite, celle de l’intransigeance et de l’ordre républicain. Sans détour, il a pointé du doigt « les groupes violents de l’ultragauche et les anarcho-autonomes qui ne défendent aucune cause démocratique, qui sont là pour casser et s’en prendre aux forces de l’ordre ». Pris sous une pluie de projectiles divers, dont des plaques d’égout et des billes d’acier tirées par lance-pierres, 129 policiers et gendarmes avaient été blessés ou contusionnés. Huit d’entre eux avaient été évacués aux urgences. Martelant qu’« il ne pourrait y avoir de complaisance », quitte à déplaire à sa collègue du gouvernement Cécile Duflot, le ministre de l’Intérieur a prévenu qu’« un groupe d’enquête spécialisé, placé sous l’autorité judiciaire, exploite l’ensemble des images prises tout au long du parcours ».

La palme du désordre

Depuis lundi, dix policiers de la sûreté départementale de Loire-Atlantique se livrent à plein-temps à ce méticuleux travail d’identification. « Nous allons prendre tout le temps nécessaire et ceux qui seront reconnus répondront de leurs actes, quitte à ce que des mesures de dissolution soient prises si un groupuscule est identifié », confie-t-on au cabinet du ministre.

À Nantes, le dispositif, pourtant composé de 1300 membres des forces de l’ordre, dont 300 de la Sécurité publique, s’est soldé pour l’heure par un maigre bilan en terme d’interpellations : seuls 16 individus ont été appréhendés pour « violences à policiers », « attroupement armé », « recel de vol » et « dégradations ». « Très mouvants et extrêmement toniques lors de leurs opérations coups de poing, ces émeutiers professant l’idéologie autonome sont quasi insaisissables », grince un officier expert en maintien de l’ordre qui décerne la « palme du désordre » aux Black Blocs.

« Les Black Blocs constituent des groupes éphémères, dont l’objectif est de commettre des actions illégales, en formant une foule anonyme non identifiable. » — Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l’Intérieur

Nés en Allemagne dans les années 1980 avant de monter en puissance lors d’émeutes en marge du sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999, ces anarchistes portant volontiers le masque blanc du film V pour Vendetta, des gilets pare-balles et boucliers de fortune, ont depuis lors appris à métamorphoser avec méthode les rassemblements altermondialistes en champ de bataille.

« Les Black Blocs constituent des groupes éphémères, dont l’objectif est de commettre des actions illégales, en formant une foule anonyme non identifiable, confirme Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l’Intérieur. C’est la raison pour laquelle ces individus portent des vêtements noirs ou très sombres, ce qui rend difficile le travail d’identification et d’interpellation. Ils s’habillent ainsi au dernier moment, et changent immédiatement de tenue une fois les exactions terminées. » Compliqués à infiltrer, ces nihilistes refusent par définition toute hiérarchie, n’appartiennent à aucune structure et répondent à des mots d’ordre spontanés diffusés sur les réseaux sociaux. Certains slogans, comme « une balle = un flic », sont ensuite retrouvés peints sur les façades, comme à Nantes. Tandis que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et le Renseignement territorial (RT) patrouillent sur le Web, les stratèges du maintien de l’ordre réfléchissent à hisser le niveau de la riposte. Tout en sachant que le moindre dérapage, susceptible d’être filmé sur le vif et diffusé sur la Toile, aura des effets calamiteux.

Publié par des « journalistes professionnels » (Christophe Cornevin, LeFigaro.fr, 27 février 2014)

 

(…) « Leurs camarades allemands leur ont inspiré tout un savoir-faire, grimace un haut fonctionnaire. Aguerris et parfaitement organisés, ils échangent sur Internet des modes d’emplois sur la conduite à tenir en cas de garde à vue ou de perquisition… », poursuit-il.

« Ces ultraradicaux de gauche sont de tous les combats altermondialistes violents, explique pour sa part Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l’Intérieur. Ils ont une haine des forces de l’ordre. Hier, sur certaines façades à Nantes, on pouvait lire “une balle = un flic”. »

450 à 500 individus

Selon les services de renseignements, ces casseurs s’organisent autour d’un noyau dur de 450 à 500 individus très déterminés. « La plupart d’entre eux sont identifiés par nos services, confie un responsable du renseignement. Le gros de ces troupes, composé de nihilistes gravitant pour la plupart dans la mouvance autonome parisienne, est complété par des activistes issus de sections grenobloises ou toulousaines menant croisade contre les nanotechnologies, des militants situationnistes [LOL - NdJL] ou encore des radicaux venant de Rouen, un des berceaux des contestataires du mouvement Sud. »

Hostiles à « l’appareil répressif », au « fichage systématique », pourfendeurs des lois pénales et du système pénitentiaire, vomissant le capitalisme et la mondialisation, ces irréductibles se sont greffés au mouvement de contestation contre l’aéroport.

Sur le millier de fauteurs de troubles à Nantes, seuls 14 individus ont été placés en garde à vue pour violences à agents de la force publique, attroupement armé, recel de vol et actes de vandalisme. « Très mobiles, ils sont passés maîtres dans l’art de changer de physionomie et de vêtements en cours de manifestation », avoue un policier. Une façon de répondre à la polémique naissante sur l’arrivée à Nantes de centaines de radicaux censés être identifiés et surveillés. Par la voix du député Éric Ciotti, l’UMP a par ailleurs regretté dimanche le faible nombre d’interpellations et demandé « la dissolution des groupes d’extrême gauche violents ».

Publié par le savoir-faire français (Caroline Beyer, LeFigaro.fr, 23 février 2014)

 

(…) Manuel Valls a mis en cause le groupuscule d’extrême gauche « Black Bloc ». Faut-il le dissoudre et plus généralement renforcer la surveillance de l’ultragauche ?

C’est une bonne question, mais la réponse n’est malheureusement pas satisfaisante : on ne peut dissoudre ce qui n’existe pas, du moins officiellement. Ce que l’on appelle les Black Bloc ne sont pas des associations en bonne et due forme. Pas de listing d’adhérents, pas de déclaration en préfecture ! Ce sont des petites unités autonomes, sans hiérarchie ni réelle organisation. Ces groupuscules sont gérés de façon à faire échec aux poursuites classiques. On ne peut pas dissoudre un mouvement qui n’existe pas. Il faut adopter une démarche davantage calquée sur la lutte contre la criminalité.

Presse anti-émeute (Hugues Moutouh, conseiller spécial du ministre de l’Intérieur au moment de l’affaire Merah, puis préfet, désormais avocat ; propos recueillis par Alexandre Devecchio, LeFigaro.fr, 24 février 2014)

mar 022014
 

On relaie ce bon texte qui revient sur la manif du 22 février dans ses différents aspects et sur le traitement médiatique particulier (qui s’en étonnera ?) dont elle a fait l’objet…

En fin de texte, vous trouverez un lien permettant de télécharger directement le texte en format PDF pour le garder ou, encore mieux, le faire tourner…

La folle journée du 22 février à Nantes

Une collecte de récits et ressentis de cette journée. On vous appelle à les diffuser et à faire de même.

 


La manifestation commence pour certain dès 7h du matin par des convois de tracteurs qui arrivent par les voies
rapides ou les départementales.
Le cortège parti de Vannes compte 150 tracteurs, celui de Rennes pas moins de 80. Ceux qui sont partis de là-bas
invitent ceux qui les croisent en sens inverse sur la 4 voies à écouter radio bouchon, une radio pirate qui diffuse des
émissions sur l’histoire des luttes paysannes. Tous les paysans ont mis la plaque d’immatriculation de Jean marc
Ayrault sur leur véhicule. Depuis la zad, pas mal de gens sont partis avec les tracteurs. Dans les villages, au passage
des convois, de nombreux riverains sont sur le pas de leur porte et applaudissent.
Au final, 5 convois se rejoignent sur le périph’ nantais et viennent se positionner directement square Davier, au
point d’arrivée de la manifestation. On dénombre 520 tracteurs, l’équivalent d’un cortège de 3,5km, on va dire 4
avec les remorques. On peut lire sur pas mal d’entre eux « tracteurs vigilants », le signe qu’ils sont prêt à venir sur la
zad ou à entrer en action à coté de chez eux en cas de besoin, pour empêcher des travaux, défendre les champs et
les maisons.
Une trentaine de tracteurs rejoint le Pont Morand point de départ de la manifestation. Là-bas, dès 12h des cantines
collectives accueillent les comités locaux arrivés de partout dans une soixantaines de bus. Pas mal de monde est
logé chez des Nantais-e-s ou dans les villages alentours. Dès la veille, le local de Vinci était déjà recouvert d’une
inscription et on voyait des personnes arpenter les rues de la ville avec des sac à dos et panneaux pour la
manifestation.
Vers 12h30 un groupe débarque en radeau fait main, le long de l’Erdre, avec une banderole « résistance et
sabordage ». Tout au long de leur dérive, ils disposent au milieu de l’eau des drapeaux anti-aéroport sur flotteur.
Pendant ce temps, quelqu’un fabrique une cabane dans un arbre à 30 mètres de la Préfecture, rappelant celles qui
ont marqué la résistance dans la forêt de Rohanne en novembre 2012, sur la zad..
Depuis la veille, la préfecture met en place des grilles anti-émeutes partout autour du centre-ville, qu’elle a choisit,
au dernier moment, de rendre inaccessible aux anti-aéroports. Une prise de parole initiale annonce que même si le
Préfet a l’air d’avoir peur de nous, « ça ne va pas nous empêcher de manifester ». Des nantais nous témoignent qu’il
leur est interdit de rentrer chez eux. Il y a des contrôles un peu partout. Au coin d’une rue, une personne se fait
piquer la binette avec laquelle elle est venue défiler.
A 13h15, au début, on a peu peur : on a l’impression de ne pas être aussi nombreux que prévu. Et puis assez vite, ça
converge de partout. Il y a un afflux massif. La manif se révèle immense, avec pas mal de gens qui n’étaient
sûrement jamais venus montrer, dans la rue, leur refus de l’aéroport. Jusqu’à 14h30, la queue de manif n’a pas fini
de partir de Pont Morand et la tête de manif est déjà au niveau des machines de l’île. Il y a alors plus de 3km5 de
manifestation continue sur des artère forts larges. Pendant ce temps des tracteurs remontent par l’autre coté de la
zone rouge. Nous sommes des dizaines de milliers. C’est la plus grosse mobilisation anti-aéroport à ce jour et
personne à Nantes ne peut ignorer sa présence dans la ville.
Depuis le début du cortège ont voit arriver des chars : une salamandre jaune et noire de 15m se dandine
tranquillement. Un tracto-triton géant ronronne. De très nombreux masques d’animaux marquent le refus de la
destruction des espèces et des mesures dites de compensation. On se délecte des centaines de panneaux faits main
avec des slogans aussi drôles qu’imaginatifs. Sur un mode plus mégalo, une banderole géante est déployée depuis
le haut des immeubles, d’un coté à l’autre de l’avenue de Strasbourg en soutien à ceux qui se battent contre la
construction d’une ligne à grande vitesse dans le Val de susa. Le 22 février est aussi une journée internationale de
soutien aux personnes accusées là-bas de terrorisme et qui risquent jusqu’à 20 ans de prison pour s’être attaqués à
un chantier. Au-delà de l’aéroport, la manifestation se connecte très visiblement avec un tas d’autres luttes contre
l’aménagement marchand, sécuritaire et gestionnaire du territoire.
Tout au long du défilé, pas mal de personnes s’emploient à donner une autre couleur à la ville et à en marquer
certains points particuliers. Du marqueur à l’extincteur en passant par les oeufs de peinture, collages d’affiches et
sprays. On découvre d’ingénieux mécanismes pour reproduire à l’infini un pochoir « la police tape la police tape la
police tape la police tape la police tape la police… ». La mairie, un tribunal, un commissariat, des caméras de
vidéosurveillance, les grilles anti-émeute et les flics derrières sont redécorés. Sur un mur repeint, il ne reste bientôt
plus que la trace de leurs silhouettes en gris sur fond de blanc dégoulinant.
Sans surprise, le commerce Vinci immobilier, situé en début de manifestation, focalise les énergies débordantes et
ne survit pas au passage d’autant de personnes qui tiennent à marquer leur animosité vis à vis du projet d’aéroport.
Au fil du défilé, l’enseigne s’est fait peindre, puis ouvrir, puis repeindre, puis casser, puis rerepeinte. Les maquettes
et mobiliers ont été déménagés. Il servira même à la fin de la journée de décor pour photos souvenirs de
manifestants en famille avec panneaux et calicots.
Un peu plus loin, des personnes amorcent un fumigène sur la voie ferrée pour avertir les trains de ne pas passer sur
les voies. Ils invitent ensuite ceux qui le souhaitent à lancer des chaussures sur les caténaires. Cette action surprise
désigne le rôle de la sncf dans la construction ligne à grande vitesse Lyon-turin dans la val de susa.
L’ambiance sonore évolue au fil de la manif. Un groupe tout de rose vêtu forme une grande baukada « rythm of
resistance », réunissant des formations de divers endroit qui se cale sur des canevas communs. Un peu plus loin, des
rappeurs de la zad et d’ailleurs se relaient sur un tracteur et mettent en mot cadencés une critique sociale et des
rages partagées.
Autour d’un isoloir ambulant plein de déguisements, une sono marque des pauses sur le trajet et met en lien un
certain nombre d’enseignes avec l’aéroport et son monde. Elles mettent en regard le tourisme, le renforcement des
frontières et les expulsions, les rapports nord-sud et invitent à venir faire des pochoirs.
Plus loin encore, une foreuse et une pelleteuse sont incendiées. Des manifestant-e-s désapprouvent, mais on entend
aussi pas mal de « bien fait pour eux ! », surtout quand certains comprennent qu’il s’agit d’un chantier Vinci.
Il y a tellement de monde et tout est tellement tellement étalé qu’il est impossible de comprendre tout ce qui se
passe.
Au niveau du croisement des trams, l’avant du cortège constate que le cour des 50 otages est bel et bien bloqué par
des grilles anti-émeutes, ce qui, même selon les vieux militants nantais les plus aguerris, n’est jamais arrivé. Au lieu
de s’arrêter comme prévu au square Daviais, la tête de cortège fait un pied de nez au préfet. 2 tracteurs contournent
rapidement quelques véhicules de police et viennent se placer sur le pont Ododin. Quelques milliers de personnes
entament alors un trajet annexe sur l’île Beaulieu, un point symbolique de la métropole et de la gentrification, avec
ses pépinières d’entreprises high-tech, ses artistes dociles et ses grosses machines, son tribunal mégalo, le centre du
FNAEG où sont collectés les fichiers ADN. Cela n’a pas l’air d’amuser tellement plus les autorités qu’on aille se
balader là-bas et au bout d’un moment, alors que le cortège se distend un peu la police referme le pont et interdit le
passage.
Pendant ce temps, cela s’agite du coté des grilles anti-émeutes à Commerce qui sont ressenties par beaucoup
comme un affront. Même si le dispositif policier a l’air solide, on reste pour marquer sa colère vis à vis de
l’interdiction de manifester, de l’entêtement du gouvernement et de ses menaces de revenir sur la zone pour tout
détruire, ou pour leur montrer qu’on peut être fort face à eux. D’abord des personnes tapent à main nues sur les
plaques de plexis et grillage en se moquant des bleus derrière. Puis, dans un geste de défi, des tracteurs vont se
mettre face aux grilles. Ça s’emballe petit à petit, des projectiles partent. En face, ça répond vivement – avec des
grenades assourdissantes, lacrymogène et tirs de flashballs à gogo. Le préfet a l’air de vouloir donner une petite
démonstration expresse du bordel qu’il est venu mettre dans le bocage pendant plusieurs mois avec l’opération
César. Ses canons à eau s’évertuent, en continu, à recréer une zone humide à l’intérieur même de la ville. En face,
une partie des manifestants ne se laissent pas compenser, ni déplacer. Pendant plus de 2h des gens attaquent les
grilles, déterrent des pavés, lancent ce qui leur tombe sous la main. Un tracteur s’amuse un moment à bloquer le jet
du canon à eau. Un peu plus tard, des grappins sont arrimés au grilles et des dizaines de personnes tirent. En
contrepoint aux explosions des grenades jetées par la police, un feu d’artifice lancé par quelqu’un dans la foule,
pour la beauté du geste, illumine le ciel.
Tout autour, des milliers de manifestants restent là plutôt tranquillement, sans forcément prendre part activement
aux affrontements mais sans s’affoler pour autant. Régulièrement, des centaines de voix s’élèvent pour reprendre en
choeur « Non à l’aéroport ! » et accompagnent ceux qui courent sur les grilles. Beaucoup discutent, commentent,
boivent un coup, se retrouvent, rient ou s’enthousiasment malgré les yeux humides de lacrymogènes..
Un bureau de contrôleurs de la TAN (transport de l’agglomération nantaise) disposé entre deux voies de tram part
en flamme, un peu plus loin, la vitrine d’un magasin « nouvelle frontières » tombe, et le commissariat à l’angle se
fait repeindre, ouvrir et retourner. Un appel est fait pour venir y faire la fête.
Les tracteurs resté pas loin des grilles ne sont pas dans une situation évidente au beau milieu du chahut et se retirent
petit à petit.
Depuis 15H30, à 300 mètres de là et malgré les détonations, des milliers d’autres personnes sont réunies plutôt
tranquillement autour des prises de parole qui débutent. Pas mal de monde fait des allers et retours. Des paysans de
COPAIN ont commencé à creuser une mare sur le square pour concurrencer la Préfecture. Plus loin en arrière, une
partie de la manifestation stagner sans toujours trop comprendre ce qui se passe.
Vers 18h, tout le monde se regroupe le temps d’une petite boum sur le square Davier. Il y a de la joie ! On passe de
Paint it black a du gros son techno et la foule danse tandis que les camions grillagés et canons à eau avancent petit
à petit au rythme des charges de CRS, pour vider la place. Les tracteurs partent. Quelques milliers de personnes
s’attardent et défient encore un peu la police qui mettra deux bonnes heures de plus à évacuer tout ce monde. Ils ne
font pas de cadeaux et les blessés graves s’additionnent : mâchoire défoncée, nez retourné. L’un d’eux qui s’est pris
une grenade en tir tendu, perdra son oeil le lendemain.
En échangeant avec les uns et les autres sur le chemin du retour, il est clair que toutes les initiatives prises lors de
cette manifestation n’ont pas été consensuelles. Elles ont pu soulever des malaises et débats autant qu’une
enthousiasme débordant. Pour autant, nous n’avons senti à aucun moment une foule paniquée et divisée, mais bel et
bien un mouvement commun, composite et solidaire rappelant la façon dont des formes hétérogènes de résistances
aux expulsions ont pu cohabiter pleinement pendant une journée décisive comme le 24 novembre 2012 dans la
forêt de Rohanne. Le soir même, ce qui ressort, chez toutes celles et ceux qu’on croise, est la force donnée par
l’élan de la journée.
Pour le pouvoir, une manifestation telle que celle-ci, dans toute sa diversité est absolument insupportable. Pas tant
peut-être pour les quelques vitrines endommagées et machines de chantier ciblées, pour les agents de police
contusionnés et barricades édifiées que pour la masse de personnes que ça n’avait pas l’air d’offusquer plus que ça
sur le moment. Il est d’autant plus intolérable pour les autorités que les organisateurs de la manifestation refusent de
tomber dans leur piège et constatent dans un communiqué commun le soir même «
La préfecture avait choisit de mettre Nantes en état de siège et de nous empêcher d’être visible dans le centre ville.
C’est la première fois qu’on interdit à une manifestation d’emprunter le Cours des 50 Otages. Une partie du
cortège est passée par l’île Beaulieu. Une autre a essayé de passer par le trajet initialement prévu et a fait face à
une répression policière violente avec tir de flashball, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. Cela n’a pas
empêché les manifestants de rester en masse dans les rues de Nantes jusqu’à la fin.
Il existe différentes manières de s’exprimer dans ce mouvement. Le gouvernement est sourd à la contestation antiaéroport,
il n’est pas étonnant qu’une certaine colère s’exprime. Que pourrait-il se passer en cas de nouvelle
intervention sur la zad ?

Cette journée est un succès et les différentes composantes de la lutte restent unies sur le terrain. L’opposition ne
fait que croître depuis 30 ans. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’abandonner le projet d’aéroport !
»
Dès le lendemain, le rouleau compresseur politique, le préfet, Ayrault et Valls réunis tentent désespérément de
diviser le mouvement, d’en isoler une fraction et de la stigmatiser. Il s’agit de désigner les occupant-e-s de la zad
comme les gardiens d’un « camps d’entraînement la guérilla urbaine » ou comme « un mouvement armé » sur le
thème du « kyste » maléfique à éradiquer… La recette est classique : incapables d’accepter l’idée qu’une colère vis à
vis de la répression policière et des promoteurs de l’aéroport puisse se diffuser, ils désignent de fantasmatiques
groupes de black blocs manipulateurs et étrangers, et envoient leurs experts vomir un montceau de caricatures
grossières sur le sujet que Libération et d’autres reprennent sagement en les présentant comme des « enquêtes ». Ils
ont beau chercher à se donner des leviers pour revenir expulser et pouvoir taper très fort sur certain-e-s pour tenter
de faire peur à tous les autres, comme dans le val de susa. Ils savent pourtant bien que sur le terrain et au-delà, la
colère pourraient être plus forte et plus partagée encore si ils s’entêtaient à lancer une seconde opération « césar »
Sans peur du ridicule, toute la presse en choeur, nous parle de Nantes « dévasté ». On s’attend à un champs de ruines
à perte d’horizon. En réalité les quelques transformations imposées au mobilier urbain n’ont pas eu l’air d’empêcher
les nantais-e-s de se balader longtemps où que que ce soit. Si on doit vraiment parler de « dévastation » et de
« violence », peut-être pourraient ils dire aussi quelques mots des maisons dévastées, des champs saccagés et des
dizaines de personnes gravement blessées par plus de 1200 policiers sur la zad, pendant les 5 mois qu’a duré
l’occupation policière. Peut-être devrait-on rappeler que le Préfet vient de signer des arrêtés de démarrage des
travaux et prétend aujourd’hui revenir vite et pour tout détruire définitivement. On nous demande aujourd’hui de
rejeter toute idée de violence et de nous désolidariser de ceux qui brûlé leur machines, cassé leur vitrines, assailli
leurs dispositifs. Mais personne ici n’oublie que si nous nous étions contenté de nous asseoir en travers de la route
et de discuter quand ils ont débarqué le 16 octobre 2012, il n’y aurait aujourd’hui plus personne pour parler de la
zad. Elle n’existerait sans doute déjà plus.
Les journalistes, fascinés par les « affrontements » autant qu’il les rejettent, diffusent la peur, créent des catégories,
cherchent à dérober nos souvenirs. Cela peut paraître impressionnant, mais c’est loin d’être la première fois dans
l’histoire de ce mouvement, et.cela ne l’a jamais empêché de rebondir et de se renforcer. La chape de plomb qu’ils
essaient de faire retomber sur cette manifestation ne nous fera jamais oublier la vitalité de cette journée, le
ravissement de se sentir aussi nombreux-ses, les sourires et la colère partagés . Quoi qu’ils en disent, cette
manifestation était un moment rare et précieux, une étape majeure dans cette lutte.
L’aéroport ne se fera pas !

 

Le texte maquetté et téléchargeable en PDF :

  La folle journée du 22 février à Nantes (177,8 KiB, 240 hits)

 

fric flic

fév 232014
 
Publié aujourd'hui sur Squat!net avec plein de photos:
http://fr.squat.net/2014/02/22/nantesnotre-dame-des-landes-communique-des-organisateurs-de-la-manifestation-anti-aeroport-du-22-fevrier/

> Nantes/Notre-Dame-des-Landes: Communiqué des organisateurs
> de la manifestation anti-aéroport du 22 février

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La manifestation d’aujourd’hui
[http://fr.squat.net/2014/02/09/notre-dame-des-landes-ni-travaux-ni-expulsions-manifestation-samedi-22-fevrier-a-nantes/]
a connu une mobilisation inégalée.

520 tracteurs, venus de tous les départements limitrophes ont été
comptés, deux fois plus que le 24 mars 2012 à Nantes. Cela marque une
implication massive du monde paysan. Les tracteurs vigilants sont prêts
à intervenir sur la ZAD.

Il y avait 63 bus venus de toutes les régions de France, deux fois plus
encore que lors de la chaîne humaine. C’est le signe d’une mobilisation
nationale et de la connexion entre Notre Dame des Landes et d’autres
luttes contre les grands projets inutiles et imposés.

Il y avait entre 50 et 60 000 personnes, plus encore que lors de la
manifestation de réoccupation du 17 novembre 2012. Il s’agit de la plus
grosse mobilisation du mouvement.

Le défilé a été festif, créatif et déterminé, avec des batukadas,
salamandres, tritons géants, masques d’animaux marquant le refus de la
destruction des espèces protégées et des mesures dites de compensation.
Des prises de paroles et animations ont eu lieu jusqu’à 18h square Daviais.

La préfecture avait choisi de mettre Nantes en état de siège et de nous
empêcher d’être visible dans le centre-ville. C’est la première fois
qu’on interdit à une manifestation d’emprunter le Cours des 50 Otages.
Une partie du cortège est passée par l’Île Beaulieu. Une autre a essayé
de passer par le trajet initialement prévu et a fait face à une
répression policière violente avec tirs de flashball, gaz lacrymogènes
et grenades assourdissantes. Cela n’a pas empêché les manifestants de
rester en masse dans les rues de Nantes jusqu’à la fin.

Il existe différentes manières de s’exprimer dans ce mouvement. Le
gouvernement est sourd à la contestation anti-aéroport, il n’est pas
étonnant qu’une certaine colère s’exprime. Que pourrait-il se passer en
cas de nouvelle intervention sur la ZAD ?

Cette journée est un succès et les différentes composantes de la lutte
restent unies sur le terrain. L’opposition ne fait que croître depuis 30
ans. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’abandonner le projet
d’aéroport !

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- Le site de la ZAD
http://zad.nadir.org/
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