Crédibilité, quand tu nous tiens…

 Posted by on 19 avril 2016 at 12 h 56 min  Luttes sociales, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur Crédibilité, quand tu nous tiens…
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Indymedia Nantes republie un texte écrit à Grenoble il y a dix ans, pendant le mouvement contre le CPE et son monde, à (re)lire ces temps-ci, qui traite de la question de la crédibilité, du rapport à « l’opinion publique » et aux médias.

Pour la palme du dicton le plus en vogue durant ces belles et tumultueuses semaines de lutte anti-CPE, je nominerais volontiers : « vous décrédibilisez le mouvement ». Cette exclamation anxieuse, ce soupir réprobateur, ce mot d’ordre imprononçable a résonné dans tous les amphis occupés et dans tous les boulevards arpentés par la foule, à Grenoble comme dans certainement beaucoup d’autres villes. Un tag dans l’université, ça décrédibilise le mouvement ; une agence d’intérim attaquée, ça décrédibilise le mouvement ; une poubelle en travers de la route, ça décrédibilise le mouvement. Pointant du doigt les initiatives un peu trop « osées », un peu trop violentes, un peu trop étranges, ce leitmotiv a inauguré les dissociations citoyennes au sein même de la mobilisation, phénomène classique à souhait. Si la question de notre crédibilité est omniprésente, alors poussons-la jusqu’au bout – plus loin que les pense-bête de nos chapelles militantes. Aux yeux de qui devons-nous être crédibles ? Selon quels critères ? Et à quel prix ?

à télécharger : http://iaata.info/home/chroot_ml/ml-toulouse/ml-toulouse/public_html/IMG/pdf/credibilite.pdf

Déc 012015
 
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Une lettre ouverte nous a été adressé. Malgré des désaccords sur une partie de son contenu je la publie. C’est la moindre des choses de publier la critique d’un compagnon révolutionnaire sur un choix éditorial de ce site. Pour rappel la base de ces choix : « Des collectifs et des individu-e-s participent à alimenter ce site qui ne cherche pas à offrir une homogénéité théorique mais à permettre la diffusion de différents points de vue anti-autoritaires (anarchistes, anarcho-communistes, féministes, autonomes, conseillistes, etc.). Cet outil n’est ni l’organe d’un collectif ou d’une organisation, ni l’expression d’un point de vue unique, mais il se refuse à diffuser les textes d’obédiences autoritaires. »

Quelques précisons tout de même, non sur le fond de cette adresse, mais sur le pourquoi nous n’avons pas répondu à la dite lettre. Si Sous la cendre est un site collectif, il est animé par assez peu de monde et nos disponibilités respectives sont assez réduites en ce moment. Nous n’avons donc pas vu passer la lettre en question. Il ne s’agissait donc pas de passer à la trappe les questionnements d’André Dréan, dont nous publions à l’occasion certains textes, même lorsque nous avons des désaccords avec le contenu. Ensuite, il est difficile de faire le reproche à ce site de taire le caractère aliénant du religieux. La publication du texte de Claude guillon sur l’islamophobie en est une expression récente. Par contre cette adresse pose une nouvelle fois la nécessité d’améliorer notre fonctionnement collectif

Selon nos disponibilités et notre envie collective ou individuelle nous ferons une réponse à André plus tard.

Un de sous la cendre.

Lettre ouverte au site libertaire « Sous la cendre »*

mardi 24 novembre 2015

Envoyée au début de la semaine dernière à « Sous la cendre », cette lettre n’a reçu aucune réponse. Sachant qu’elle tente d’aborder des questions qui dérangent, ici celle de l’islam, sur laquelle pas mal de libertaires et assimilés préfèrent faire silence, par peur d’être taxés « d’islamophobie », je suis donc amené à la diffuser largement. Quelques précisions.

 

D’abord, dans la lettre, je souligne que le réductionnisme affiché dans « Ni de leur guerre, ni de leur paix » me rappelle celui qui présida à la rédaction de « Notre royaume est une prison », à l’époque de l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en 1980. Bien entendu, je ne me livre à aucune analogie facile, qui me conduirait à affirmer que l’auteur de « Ni de leur guerre, ni de leur paix » est a priori négationniste, ce qui était déjà le cas de rédacteurs de « Notre royaume ». Par contre, vu le travers, propre à l’idéologie rationaliste à la française, dont il fait preuve, il favorise l’escamotage des questions « maudites » auxquelles beaucoup de « libertaires » autoproclamés ne veulent pas se confronter par pur opportunisme envers les préjugés qu’ils attribuent en bloc aux couches sociales qu’ils aimeraient bien racoler, sans même être à l’écoute des individus auxquels ils sont censés s’adresser. Ils oublient même parfois que des Maghrébins peuvent être athées ! Sans s’en rendre compte, ils reprennent, en quelque sorte à leur compte, l’idéologie d’Etat, comme expression renversée de la réalité, alors que cette dernière est beaucoup plus complexe et plus contradictoire qu’il n’y paraît dans le discours des gestionnaires de la domination.

Enfin, pour montrer que je ne fais aucune fixation obsessionnelle sur l’islam, je rappelle que les mêmes « libertaires », en quête permanente de causes improbables à soutenir et de victimes de « nos » États à défendre, ont souvent des attitudes identiques envers d’autres religions, à commencer par le catholicisme, en Europe même. Sans même remonter à l’époque de l’apparition de « Solidarnosc » en Pologne, je pense ici à l’Irlande où les républicains du « Sinn Féin », non contents d’être nationalistes sont, de plus, cléricaux. Ce qui n’est pas sans conséquence, à commencer par leur hostilité légendaire à la possibilité d’avorter. Il y a à peine six mois, à leur dernier congrès, leur direction a finalement reconnue du bout des lèvres qu’elle était pensable, sans même que cela fasse l’unanimité, « dans certains cas » : ceux où le fœtus est atteint de maladie, déformation ou handicap qui permette au corps médical de « douter de ses chances de survie ». Affirmer que le « Sinn Féin » et les populations irlandaises qui, en particulier en Ulster, le soutiennent partagent sur de telles questions des positions infâmes, est-ce faire preuve de « cathophobie » ? Alors même que l’État britannique, pour gérer au mieux la situation du côté de Belfast, interdit là-bas ce qu’il accepte ailleurs, en Grande-Bretagne ! Poser la question, c’est y répondre.

Lettre ouverte au site libertaire «  Sous la cendre  »

Bonjour,

J’ai été étonné de retrouver affiché sur votre site le texte « Ni de leur guerre, ni de leur paix », sans le moindre commentaire critique. Texte qui me semble particulièrement mal venu et que je ne diffuse pas pour plusieurs raisons dont la première est l’absence d’empathie envers les premiers concernés par le massacre, par exemple au Bataclan, les morts, les blessés, les proches, pour la plupart des « teenagers », y compris de banlieue, comme je peux en connaître, parfois depuis longtemps, ou en croiser là où j’habite dans le 93 (Seine-Saint-Denis). Lesquels « teenagers », à l’occasion d’origine maghrébine, étaient horrifiés par les massacres, ont passé leur nuit au téléphone et, pour certains, à courir les hôpitaux, craignant pour la vie de leurs amours, de leurs amis et de leurs relations, en vadrouille au centre du cyclone. Pourtant, malgré leur intense émotion, ils n’amalgamaient pas les « fous de Dieu » aux Arabes, aux Maghrébins, ni même aux Musulmans en général. Et tous condamnaient le lendemain l’instauration de l’état d’urgence et les appels à chanter « La Marseillaise » sur Facebook. Bref, le texte me rappelle, dans son esprit, ces « analyses » prétendument « objectives » dans les années 1970-1980, où les « subjectivités » étaient refoulées, concernant les massacres des juifs, à l’époque du nazisme. Il est impossible de répondre à l’utilisation des émotions par l’État hexagonal, ce que je suis le premier à faire, par la froideur de pseudo-analyses critiques « géopolitiques » du niveau du premier politologue « révolutionnaire », interviewé par le « Monde diplomatique ».

La deuxième raison, en liaison avec la première, c’est que le texte, vu son caractère intemporel, aurait pu être écrit il y a quarante ans, à l’occasion d’attentats sponsorisés par Carlos et le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), à l’époque du panarabisme, qui refoulait la question de la religion au nom de l’hypothétique construction de quelque État nation laïque, parfois même affublé de l’appellation incontrôlée « socialiste », en Palestine. Or, la question de la religion en général et celle de l’islam en particulier remontent à la surface plus que jamais, au point que ce que nous pensions dépassé avait été plus prosaïquement refoulé, en particulier dans les discours des leaders du panarabisme, du nassérisme et de ses avatars, déjà bien décomposés à la fin de la Guerre froide. Par exemple, la question des particularités de « l’islamisme radical », comme idéologie qui combine le politique et le religieux dans le cadre des rapports mondiaux actuels, fruits pourries de la liquidation des Blocs, est totalement passée sous silence dans le texte et réduite, de façon marxeuse, à la dimension de conflits entre États nations, au sens moderne, de luttes pour les marchés, etc. Or, la question soulevée par « l’islamisme radical », en Syrie et ailleurs, sous la bannière défraîchie de la Guerre sainte, n’est pas plus réductible à « l’implacable logique » du capitalisme et de l’État, en général, que celle du nazisme envers les juifs, les tziganes, etc. Il va falloir empoigner à bras le corps l’histoire de « l’islamisme radical », et le combattre en tant que tel, sans faire évidemment la moindre concession à la démocratie, à l’État républicain, à ses situations « d’urgence », à ses lois de la même veine, etc. Sinon, nous risquons de le banaliser, comme les révisionnistes le firent, et continuent à le faire, à propos de l’antisémitisme.

Car, je le dis tout net, sur la question des derniers massacres à Paris, ce texte est aussi faux, dans sa démarche, que ceux sortis, à l’époque du révisionnisme et de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic, par les néobordiguistes, du genre « Notre royaume est une prison », en 1980. De façon générale, je pense que nous serons en accord là-dessus : la question religieuse n’est pas réductible à celle de « la logique » du capitalisme et de l’État. Pas plus que l’aliénation moderne n’a fait disparaître des aliénations millénaires, même si elle les modifie, les utilise, etc. Ce qui est aussi le cas de « l’islamisme radical », vu ce qu’il charrie de fanatisme religieux, déjà en termes de destructions accompagnées d’autodestructions violentes. Lesquelles ont comme objectif, non pas la réalisation de quelque État nation, mais celle, imaginaire, de la théocratie universelle préconisée dans le Coran, avec, comme récompense des bienheureux sacrifiés sur l’autel du Prophète, l’accès au paradis peuplé de vierges. Je pense que des Européens, pétris de culture chrétienne, puis laïque, ne comprennent pas à quel point les discours et les communiqués des imams, même fondamentalistes, rencontrent des échos dans la tête des musulmans d’ici, même si nombre d’entre eux sont gênés, voire horrifiés, par les actes commis par des « frères » au nom de l’islam.

Bref, en termes de critique, l’islamisme disparaît de l’horizon de pas mal de libertaires et assimilés, pour des raisons bien résumées dans le texte « Croire ou penser, il faut choisir ! », disponible sur le blog de Floréal. La haine légitime contre « notre » État ne doit pas nous conduire à écrire des textes aussi réducteurs que « Ni de leur guerre, ni de leur paix ». C’est une chose que de critiquer l’État républicain, comme je le fais sans concession, entre autres auprès des «  jeunes » que je connais sur « ma » banlieue, y compris depuis cinq jours. C’est autre chose que de défendre des positions réductrices, qui évacuent la critique de l’islamisme et de ses horreurs spécifiques, comme le fond nos citoyennistes à gauche de la gauche, particulièrement dans le 93. Au point d’accepter sans réagir, sous prétexte de ne pas stigmatiser en bloc les « musulmans », des propos vulgairement complotistes et antisémites, que j’entends parfois dans des cafés maghrébins de « ma » banlieue : « Les attentats sont horribles, mais ils ne sont pas le fait de vrais musulmans, mais de fous manipulés par Israël. » En ce qui me concerne, je ne tolère pas plus ce genre de propos, qui visent à dédouaner l’islam, que ceux de chrétiens qui affirmeraient : « L’inquisition n’avait rien à voir avec le christianisme et l’Église romaine, elle était sans doute manipulée par les rabbins d’Amsterdam. » Quitte à me faire traiter « d’islamophobe » par de prétendus libertaires et assimilés, je n’escamoterai pas la critique de la religion. Sans évidemment assimiler a priori des individus, ici musulmans, à des « fous de Dieu ». Par contre, lesdits libertaires de pacotille croient possible, par des tentatives d’approche opportuniste, de racoler des « jeunes » islamisés à des degrés divers. Misère du militantisme !

Ni Dieu, ni maître.

André Dréan,
Paris, le 18 novembre 2015.

Pour correspondre, écrire à nuee93

* L’objectif de ma lettre n’est pas de stigmatiser « Sous la cendre », mais d’aller à la rencontre de personnes avec qui j’ai a priori envie de soulever des questions importantes. Ce qui n’est pas le cas avec de prétendus libertaires comme ceux qui, dans « Alternatives libertaires » et ailleurs, assimilent frauduleusement la critique de l’islam à de « l’islamophobie » et qui, par suite, déroulent le tapis rouge devant des lobbies aussi infréquantables que celui des « Indigènes de la république ».

L’attentat est un spectacle qui a tous les aspects d’une bonne marchandise

 Posted by on 29 novembre 2015 at 12 h 14 min  Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Guerres / Conflits armés, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur L’attentat est un spectacle qui a tous les aspects d’une bonne marchandise
Nov 292015
 
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Sur comment le spectacle du suivi médiatique en temps réels d’attentats fabrique une empathie ciblée et l’oubli qu’ailleurs aussi les États sèment des bombes.

L’attentat est un spectacle qui a tous les aspects d’une bonne marchandise

Dans les mythologies qui se dessinent à travers les différents médias une certitude se dégage : il n’y a pas de salut et les premiers ne seront jamais les derniers. À longueur de temps, le ronron des machines nous abreuve de nouvelles, des petits bouts d’histoires, parfois sous forme « d’analyse », qui, plus que de nous renseigner sur l’état du monde, fabrique du sentiment à partir des passions qui nous traversent. L’information c’est cette sélection d’événements plus où moins tragiques qui auraient vocation à être représentatifs de ce qu’est le monde. C’est le petit théâtre quotidien de la résignation

L’attentat est dans le monde post-sovietique la plus haute expression de la marchandise médiatique. Elle a des salauds pour origine, comme dans un bon film ainsi que l’aspect soudain et meurtrier de la catastrophe naturelle, celui qui offre nombre d’images spectaculaires. On peut dire que c’est dans cette triste conjoncture de caractéristiques qui fait de l’attentat un excellent produit médiatique que se trouve toute la puissance du terrorisme [1].
Chaque fois c’est le même cirque qui se déploie. Les infos tombent en direct sur les écrans, on suit l’assaut minute par minute. La course à l’audience produit une surenchère de détails jusqu’à la nausée. Entre la télé du salon et son petit ordinateur voila que noyé-e-s sous les détails on commence à s’halluciner. Cet attentat que j’ai suivi sur mes multiples écrans, je l’ai vécu. D’une certaine manière je l’appréhende mieux que ce quidam qui doit la vie au fait d’être resté caché dans tel ou tel recoin de la scène. En temps réel j’ai été au fait des mouvements des différents protagonistes lui n’a fait qu’entendre les claquements de balles et les explosions dans son coin sombre quand moi je les ai vu depuis différents angles. Je fini par me prendre au jeu, comme devant le meilleur des polars, je ne peux plus décrocher. Voilà que vient l’heure de me lever, je relance les écrans et de nouveau, des analyses, des cartes etc - l’espace médiatique en est saturé des jours entiers.

Au fur et à mesure que j’engraisse les différents médias que j’utilise, je me sens de plus en plus victime de ce qui se passe. C’est que cette nausée qui nous prend, c’est une grande vague d’empathie. Soudainement la souffrance des autres s’étale en grande lettre sur les boulevards. Ce que l’empathie nous pousse soudain à ressentir ce n’est pas seulement la peur, c’est la panique du chaos généré par l’attentat qui se répercute à travers les mots et les images. Soudain ces vies qui m’étaient lointaines et étrangères me deviennent familières. Les journaux étalent dans leurs colonnes des portraits-hommage au milieu de témoignages de survivants. Au fur et à mesure que je rencontre ces personnes, qu’elle me deviennent familières je me reconnais en elles, je m’y transfère. Dans ce processus la panique qui au début était médiatisée par les journaux devient ma panique. Je me l’approprie entièrement. Il ne manque presque rien pour que les agresseurs triomphent. Me voilà prêt à renoncer à chaque portion de liberté pour mettre un terme à cette terreur. Dans les contes c’est en général le moment où le diable vous offre un moyen de troquer le salut de votre âme contre le salut de votre corps. Dans la vie il semble que l’on a de toute façon déjà signé ce pacte depuis longtemps.

C’est de ce moment de panique que le terrorisme tire son nom, la panique chez les garants de l’ordre causée par la possibilité que chaque civil puisse être le soldat de la subversion qui viendra l’abattre. La peur face à cette foule au milieu de laquelle on patrouille disparaît au profit d’une tout autre stratégie. Ici l’expérience de la foule est retournée, ce n’est plus la marée qui cache la subversion, c’est elle qui est l’objet de l’agression.
La multiplication des nouvelles n’apparaît donc plus comme ce doux chant de victoire qu’on écoutait jadis sur radio Londres. Derrière mes écrans je vis l’expérience de la soldatesque aux ordres de l’oppresseur. Point de perspective d’émancipation derrière ces morts. Dans cette nouvelle Mythologie voila que des Goliaths de tailles variés s’en prennent à un pauvre David désorienté, prétendant chacun vouloir son bien et finissant par le démembrer.

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Les communautés humaines, depuis l’invention de l’état moderne, tendent de plus en plus à coïncider avec les frontières de celui-ci. Il utilise à cet effet une bonne partie des ressources à sa disposition. Les médias, en profitant de l’aubaine offerte par cette apparition du spectacle sous sa forme la plus pure, participent à ce processus au même titre que les terroristes, l’état et le personnel politique. Sans ces instances de médiation, la mort de quelques centaines de personnes en un endroit ou un autre ne nous concerne que peu. La mort quelques heures avant de libanais dans la même circonstance en est la tragique démonstration. Ce qui finalement va nous perdre, c’est donc d’avoir manquer d’empathie avec les libanais et de ne pas avoir pu sentir dans nos chairs que leur souffrance était la notre. Alors que la souffrance de notre voisin médiatisé au plus haut degré nous aura littéralement rendu abruti cédant sur toutes les maigres victoires qui pouvaient encore laisser croire que les démocraties étaient autre chose que l’organisation de la soumission par la norme.

Si les intérêts de chacun des acteurs convergent à ce moment malgré leurs différences, c’est qu’ils touchent à leur nature profonde. Tout le personnel de direction qui composent ces institutions sont des petits fonctionnaires du capital, les Énarques sous-préfet de provinces, comme les anciens cadres de Baas ministres de Daesh constituent une partie motrice de la petite bourgeoisie de leur région. Chacun défend sa place dans le jeu de concurrence entre les bourgeoisies locales qu’on nomme globalisation. Si les défenseurs de l’État Nation sont si terrifiés de voir les groupes terroristes d’Irak et de Syrie se proclamer État Islamique au Levant c’est bien parce que c’est cette évidence qu’il n’y a pas d’État qui ne soit terroriste qui transparaît là. Chaque dommage collatéral d’une bombe qui tombe d’un rafale français nous apparaît pour ce qu’il est un acte politico-militaire visant des populations supposées conciliantes avec les institutions qui les administrent. A l’autre bout du monde, une population terrorisée vit sous les bombes et rencontre quotidiennement le diable de notre conte.

Notes

[1] Ce que l’on va appeler terrorisme à partir de maintenant c’est une action politico-militaire qui vise la population civile pour modifier les institutions qui les administrent

| Mise à jour le 25 novembre ici : http://rebellyon.info/L-attentat-est-un-spectacle-qui-a-tous

A propos du sabotage du TGV Madrid-Barcelone-Paris/Lyon.

 Posted by on 13 octobre 2015 at 0 h 00 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés sur A propos du sabotage du TGV Madrid-Barcelone-Paris/Lyon.
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[Granada del Penedès (Espagne) : sabotage contre la fibre optique du réseau ferroviaire à grande vitesse

Le jeudi 8 octobre et les jours suivants, les médias français se sont bien gardés de parler de ce sabotage qui a interrompu le trafic TGV Espagne-France, des fois que ça donnerait de mauvaises idées, ou l’ont fait passer pour un banal vol de cuivre (à l’exception de ceux du coin qui évoquent le sabotage en se pinçant le nez, voir ci-dessous). Ce ne fut par contre pas le cas de l’autre côté des Pyrénées. La presse espagnole parle ainsi de 13 000 voyageurs de 40 trains à grande vitesse (AVE) touchés sur la principale ligne du pays, Barcelone-Madrid,

Et les détails abondent même sur la question. En voici un extrait officiel, tiré d’un journal de droite (¿Por qué es tan vital la fibra óptica en la alta velocidad ?, La Vanguardia, 09/10/2015 - 06:33h ) :  » Non seulement ce sont les câbles de la voie principale qui ont été coupés (pour les nommer de manière intelligible), mais également ceux de la voie secondaire, ceux qui entrent en fonction lorsque les premiers rencontrent un problème. De plus, les saboteurs connaissaient leur emplacement. Le câble en fibre optique n’est pas visible : les câbles sont insérés dans un petit canal situé au ras du sol et parallèle aux voies. Si on parvient à accéder aux câbles –ce que les auteurs de l’action ont fait en brisant les dalles qui protègent la rigole– il n’est pas très difficile de les endommager. La fibre est très délicate, c’est pour cela qu’elle est recouverte de nombreuses gaines. « Ce qu’ont voit c’est un gros câble de plus de deux centimètres de diamètre, à l’intérieur duquel se trouve la fibre. Elle est même parfois recouverte de métal pour ne pas être abîmée », affirme un ingénieur en télécommunications. « Mais endommager un câble reste simple. Avec un outil minimalement grand, comme celui qu’on peut utiliser pour couper une chaîne, il peut facilement être sectionné », ajoute-t-il. »

L’enquête a été confiée à l’Audiencia Nacional de Madrid (parquet national anti-terroriste), mais des enquêteurs ont aussi précisé aux journaflics pouquoi ils écartaient l’hypothèse des voleurs de cuivre mise en avant sans sourciller dans l’Hexagone :  » Les délinquants ont effectué deux coupes propres dans la fibre optique, et des deux côtés des voies pour impacter tout le trafic. S’ils s’étaient trompés d’un côté et avaient découvert que ce n’était pas du cuivre, ils n’auraient pas effectué une coupe de l’autre côté. De plus, il n’y a eut aucun vol. Enfin, un autre élément écarte pour les enquêteurs l’hypothèse de délinquants communs. Il serait inhabituel que des voleurs de cuivre agissent à 6h30 du matin, quand il commence à faire jour et que les patrouilles de la police des chemins de fer augmentent. Les voleurs de cuivre travaillent toujours de nuit. A cette heure-là, 6h30 [après même le passage du premier train de reconnaissance qui inspecte les voies], il y avait la volonté de paralyser tout le trafic » (Un sabotaje paraliza la red ferroviaria en Catalunya, La Vanguardia, 08/10/2015 - 21:19h).

Mettre en avant des sabotages anonymes ou à l’inverse les passer sous silence est une vieille technique du pouvoir. Les minimiser (c’est le fait de voleurs de cuivre), les calomnier (c’est le fait de fachos), les isoler (c’est le fait de fous, de terroristes) ou les récupérer (au pire) est un autre truc bien connu des gestionnaires de l’ordre. Certes, mais là c’était tout de même un peu grossier pour qui prenait la peine de lire… au moins trois lignes en espagnol ! ]


La ligne TGV Perpignan Barcelone Madrid paralysée pendant 3 heures

France 3 Languedoc-Roussillon, 08/10/2015 | 15:27

La circulation des trains à grande vitesse entre Madrid, Barcelone et Perpignan est restée paralysée plusieurs heures, jeudi matin, après une coupure de la fibre optique sur le réseau, qui a affecté 10.000 passagers, selon RENFE. La piste d’un sabotage est sérieusement envisagée.

L’interruption s’est produite vers 7H00, sur la partie de la LGV qui traverse la Catalogne, empêchant la circulation des trains à grande vitesse entre Madrid et la seconde ville du pays, Barcelone, mais également la connexion avec le réseau ferré français vers Perpignan, Montpellier, Marseille et Paris. 30 trains à grande vitesse se sont retrouvés bloqués.

Le service a été rétabli à 10H15, trois heures après l’interruption, mais il a fallu attendre encore plusieurs heures pour un retour à la normale de la circulation des trains.

Selon Adif, l’établissement public espagnol chargé de gérer le réseau ferroviaire, l’incident a été provoqué par une coupure des lignes de fibre optique sur les voies qui font fonctionner le système de signalisation. Une porte-parole d’Adif a expliqué qu’il pouvait s’agir d’un sabotage ou d’une tentative ratée de vol de cuivre, sur les câbles de lignes de chemin de fer, très prisé des groupes de voleurs qui le revendent au marché noir.

Du temps de son boom économique, l’Espagne a beaucoup misé sur les lignes de trains à grande vitesse et a maintenu ces investissements en dépit de la sévère crise économique à partir de 2008 et des coupes budgétaires appliquées par le gouvernement.
C’est actuellement le numéro deux dans le monde, dans ce secteur, après la Chine, avec 3.100 kilomètres de lignes à haute vitesse et 3.000 autres kilomètres en projet ou en construction.

Source : Brèves du désordre.

Quand après les flics, Libé s’intéresse à la Discordia.

 Posted by on 10 octobre 2015 at 5 h 37 min  Actualité nationale, Anarchisme, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Quand après les flics, Libé s’intéresse à la Discordia.
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Une bibliothèque anarchiste espionnée par une caméra cachée dans une école

Libération / Par Pierre ALONSO — 9 octobre 2015 à 15:31

Il devait rester discret et s’est retrouvé disséqué sur Internet. Un dispositif de surveillance, placé dans une école du XIXe arrondissement de Paris, filmait une bibliothèque anarchiste voisine. Les militants s’en sont rendu compte, ont récupéré le matériel manu militari et l’ont exhibé sur leur blog. Le dispositif, installé début juillet dans un établissement parisien, a été découvert et récupéré par les militants qui ont diffusé des photos en ligne.

Le récit paraît surréaliste, mais il a été confirmé à Libération par plusieurs sources au sein de l’établissement. Début juillet, deux individus de sexe masculin, se présentant comme des policiers en civil, se rendent à l’école, rue du Pré-Saint-Gervais. « Ils ont montré des papiers », se souvient une responsable administrative de l’établissement. Les policiers ne laissent pas leur nom ni celui de leur service, mais un numéro de portable « en cas d’urgence ». Ils ne disent rien de l’enquête qui les amène et installent le dispositif dans le cagibi de l’école.

« Je pensais que c’était pour filmer des dealers », dit l’un des professeurs. En réalité, le dispositif est braqué sur l’entrée d’une bibliothèque de l’autre côté de la rue. Une bibliothèque anarchiste, La Discordia, qui a ouvert le 10 mai.

Sur son site internet, les bibliothécaires décrivent ainsi leur lieu : « Une bibliothèque qui entend nourrir un projet révolutionnaire par certains de ses aspects fondamentaux : la lecture, le débat, la théorie, l’écriture, le papier, la discussion […] C’est des livres, journaux, tracts, brochures, affiches et autres documents, des archives d’aujourd’hui et d’hier pour contribuer à la transmission de l’histoire des luttes individuelles comme collectives. Tout ce qui pourra favoriser le développement des idées, en rupture avec l’Etat, la politique et le capitalisme. »
Surveillance politique

Tout l’été, l’entrée de la bibliothèque est ainsi surveillée depuis l’autre côté de la rue. Le dispositif comprend une caméra, qui semble être contrôlable à distance, un GPS et du matériel de connexion, par exemple pour transmettre les images en temps réel. Dans l’école, certains se doutent rapidement de ce qui se trame. « J’ai compris que ce n’était pas pour le deal, mais pour la bibliothèque. C’est de la surveillance politique », poursuit l’enseignant, qui se désole : « On ne savait pas quoi faire. »

Mardi, les bibliothécaires ont traversé la rue pour récupérer le matériel. Se présentant en voisins, deux hommes et une femme entrent dans l’école, puis exigent d’accéder au cagibi et à la caméra. « Ils ont dit qu’ils resteraient là et ne bougeraient pas », raconte une responsable de l’administration. Le ton est « un peu monté », précise l’enseignant. Sur leur blog, les militants disent s’être « emparés du dispositif par la force » et être parvenus « à sortir rapidement malgré quelques « résistances » ».

Depuis, plus rien. Les militants ont photographié le dispositif sous tous les angles, en ont diffusé les clichés en ligne avant de l’envoyer « en pièces détachées, à quelques mètres de profondeur, dans le canal de l’Ourcq, au niveau de la rue de Nantes ». L’administration de l’école a tenté d’appeler le numéro de portable laissé pour les cas d’urgence. Personne n’a répondu (nous sommes aussi tombés sur un répondeur). Au commissariat du coin, personne n’a pu les renseigner – ce qui n’est guère surprenant pour une opération de ce type.

Le parquet de Paris, interrogé par Libération, dit ne pas avoir connaissance d’une enquête en cours visant la bibliothèque La Discordia. Les étranges policiers ont pu agir hors de toute procédure judiciaire, donc en renseignement. Et ce ne serait pas la première fois que leur dispositif discret serait découvert. En 2011, des proches des mis en examen de l’affaire Tarnac avaient trouvé des balises dans leur voiture.

Les responsables de l’école ne tiennent pas à s’étendre sur l’affaire. Ils comptent déposer une main courante à cause de l’intrusion des militants dans l’établissement. « On ne peut pas laisser entrer n’importe qui » déplore une responsable. L’équipe de La Discordia n’a pas répondu aux mails de Libération. Pas directement, du moins. En bas de son poste de blog, un nota bene a été ajouté : « Concernant les journalistes : nous n’avons strictement rien à vous déclarer, car, comme vous, nous avons choisi notre camp dans la guerre sociale et ce n’est pas le même. » Pierre ALONSO.

Source : Non Fides.

Août 012015
 
infotour

En quelques jours le camp de Bure assume et affiche de plus en plus ouvertement ses options médiatophiles, stratégiques et œcuméniques… Voici les derniers descriptifs de l’ambiance sur place, un communiqué de soutien du réseau citoyen et pour une sortie du nucléaire différée Sortir du Nucléaire, des Considérations sur l’appel du camp VMC à Bure qui porte une option stratégique qui n’envisage qu’alliance, composition et bases logistiques…

[Communiqué] Bure, comment la préfecture fabrique la tension !

Mise à jour (25/07/2015) : Sur les deux personnes arrêtées, une a été relâchée avec suspension de permis de conduire, l’autre est en garde à vue et passe devant le juge des libertés dimanche 26 juillet. Un appel à rassemblement devant le tribunal de Bar-le-Duc à partir de 10h a été lancé.

Mise à jour (27/07/2015) : La personne passée devant le JLD a été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de territoire étendue au département de la Meuse et de la Haute Marne, en attente d’une comparution devant le juge le 11 août.

Alors que la préfecture projette une conférence de presse lundi prochain pour nous expliquer comment le territoire va être consciencieusement quadrillé sur 30 km à la ronde autour de Bure, sur place on en a eu un avant-goût en ce matin ensoleillé.

Toute la fin de matinée, les voitures de gendarmes, civiles, militaires ou conventionnelles se sont démultipliées sur les routes. Sur réquisition du procureur, on contrôle à tout va, à chaque carrefour autour de Bure, en quête d’explosifs, d’armements, de produits de recel et d’individus dangereux et recherchés. À défaut, on embarque sur le moindre prétexte : deux interpellations ont ainsi eu lieu à Bure à 11h. Quand on leur demande ce qui justifie tout ce remue-ménage, on nous répond qu’on aurait vu « un drone survoler l’ANDRA ». Un drone invisible pour le groupe de musiciens (les Bure-Haleurs) qui campe paisiblement devant l’ANDRA depuis lundi [1]. Sans doute un drone policier furtif..

Alors que tout se passait paisiblement dans le sud de la Meuse depuis une semaine, on a du mal à voir dans cette débauche de moyens policiers autre chose qu’une fabrication de la tension. Si on voulait créer un climat de conflit on ne s’y prendrait pas autrement. Ce n’est pas faute d’avoir anticipé cette situation dans un précédent communiqué [2]. Il faut croire que les autorités continuent à reproduire, délibéremment et partout, les mêmes schémas [3] d’escalade du conflit et d’intimidation des populations locales.

Nous appelons tous nos ami-es à être vigilant-es sur les routes en venant et à dénoncer cette mise sous tension injustifiée à une semaine du campement qui se tiendra entre Mandres-en-Barrois et Luméville-en-Ornois du 1er au 10 août prochains. Nous espérons que les jours prochains retourneront au calme qui nous avait accompagné jusqu’alors sur notre chantier de préparation du campement.

L’équipe automédia de préparation du campement VMC

vmc+presse

Contact presse : 07.58.23.08.97

 

[3] Voir l’article d’analyse des stratégies policières et politiques produit suite à la manifestation du 22 février 2014 à Nantes : http://paris-luttes.info/manif-du-22-fevrier-a-nantes-3-3

Source : Plus bure sera leur chute.

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J-6 : Fil d’infos à couper le Bure n°3

Après une journée de vendredi pour le moins tendue, où les gendarmes ont pris possession des routes le temps d’une matinée et de deux interpellations, la tension est retombée progressivement. L’ami interpellé pour un contrôle positif sur un joint fumé la veille est ressorti au bout des 4 heures de la vérification d’identité; on attend les suites pour son permis. À trois reprises nous sommes passé-es à la gendarmerie de Ligny-en-Barrois où on refusait de nous confirmer la présence de notre autre ami. Il a finalement été libéré après une comparution devant le juge des libertés à 10h dimanche matin, à l’issue de 48h de garde à vue. Ce qui lui était reproché : de ne pas pouvoir justifier son identité à l’aide d’un document, au cours d’un contrôle routier, alors qu’il n’était pas conducteur du véhicule. Verdict : un contrôle judiciaire d’interdiction de la Meuse et de la Haute-Marne, en attendant la date de son procès … le 11 août à Bar-le-Duc (comme les choses sont bien faites !) Le juge a conseillé de ne pas forcer le diable, que les contrôles comme celui de vendredi allaient se systématiser et qu’il serait difficile de passer au travers. Saurait-il quelque chose que le préfet nous cache (cf. ci-après) ? Voilà qui briserait notre idéal de justice indépendante.

Sinon il semblerait que la préfecture démente la présence d’un drone, il faudrait qu’elle accorde ses violons avec les gendarmes de la Brigade de Recherche (BR) de la Meuse qui ont procédé à l’interpellation. Au passage on se demande ce que la BR vient faire sur des contrôles routiers alors qu’ils sont censés s’occuper des investigations de cambriolages et autres crimes. La préfecture dément également avoir convoqué une conférence de presse pour ce lundi 27 juillet, la Voix de la Haute Marne (dans le § « Forces de l’ordre ») a du l’inventer. À défaut on pourra lire une interview du préfet dans l’Est Républicain qui souhaite « que ce rassemblement se passe dans un climat apaisé et respectueux des autres » mais qu’il n’y a « aucune volonté de faire plus que les missions et activités habituelles de la gendarmerie du secteur ». Tout au plus ce sont « quelques dizaines de personnes » qui constitueront le dispositif de surveillance avec des « moyens et matériels adaptés au terrain et à la circulation dans les environs de l’ANDRA ». On sort des épouvantails de l’antiterrorisme pour un discours policé qui laisserait presque croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes démocratiques, un monde où la loi pour le renseignement ne viendrait pas d’être adoptée et où Valls ne promettrait pas quotidiennement d’agir « avec la plus grande fermeté ». Un bel arbre bien touffu pour cacher la forêt de Mandres, attendons de voir ce qui sort du bois (pendant que l’ANDRA n’y est pas) …

L’agacement et les inquiétudes des gendarmes de Ligny (que notre ami a eu 48h pour partager) suite à l’opération de vendredi dernier, doivent aussi être le fruit de notre imagination : ils se disent peut-être que ce sont eux qui devront continuer à vivre avec la population qu’ils auront empêchée de circuler et inquiétée 3 semaines durant, sur ordre de leur hiérarchie. Quatre heures de contrôles intensifs sur route en période de moissons ça ne crée pas la sympathie… Sinon, si jamais on vous dit que c’est nous, nous nions par avance toute responsabilité dans ça.

En attendant le retour de l’armada, on a retrouvé un peu plus de tranquillité sur les routes autour de Bure. Ça a permis à pas mal d’amis de nous rejoindre sereinement sur le chantier. Nous sommes à présent plusieurs dizaines à oeuvrer à la mise en place du campement. Ça commence à fourmiller et s’organiser, avec quelques petites émotions ici et là. Comme par exemple, jeudi soir, cette histoire de récup. de légumes à l »Intermarché de Joinville qui a failli tourner mal parce que le gérant a tenté de séquestrer nos ami-es. Samedi dernier, un concert était organisé en soutien au campement à la Maison de la Résistance, l’occasion pour tous, permanent-es, associatifs, Ami-es de Silence et autres trublions du terrain de Luméville, de partager une soirée en musique (et en cris, comme dans toute soirée qui se respecte).

Côté presse, on a de plus en plus de contacts sur le téléphone et par mail, bons et moins bons. Des ami-es et d’autres dont on se passera bien. Une conférence de presse est prévue pour le 3 août, à plusieurs voix, pour tenter, en quelques mots, d’expliciter notre présence et notre projet (lieu et heure à préciser dans un communiqué imminent). Et certain-es continueront à n’écrire que ce qu’ils en pensent, perçoivent ou comprennent. Comme cet article de Rue89 qui nous a tellement peu fait plaisir que nous avons pris un peu de temps à le décortiquer (dans l’espoir un peu fou que ça pourrait contribuer à ce que toutes les publications futures soient plus rigoureuses et de meilleure qualité).

Quoi qu’il en soit, nous sommes heureusement surpris du nombre de personnes qui nous écrivent, soutiennent et nous promettent bien de belles choses pour ces 10 jours à venir ! C’est pour nous de très bon augure. Nous n’aurons pas trop de têtes, bras, épaules, sourires et connaissances pour construire ce campement et le faire vivre dix jours durant.

Source : Plus bure sera leur chute.

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Le Réseau « Sortir du nucléaire » soutient le camp qui se tiendra à Bure du 1er au 10 août.

Communiqué du 28 juillet 2015

 

Alors que le gouvernement vient de faire passer en force dans la loi Macron un amendement permettant d’accélérer la mise en place de CIGÉO, ce projet d’enfouissement en profondeur des déchets les plus radioactifs, il est impératif d’amplifier la mobilisation contre le nucléaire et le déni de démocratie qui l’entoure.

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ apporte son soutien au camp qui se tiendra du 1er au 10 août à Bure (Meuse), ce village où l’industrie nucléaire veut implanter à tout prix le projet CIGÉO. Les centaines de militants qui se retrouveront sur place refusent le saccage de cette région et la pérennisation de la filière électronucléaire. Mais au-delà d’un éclairage sur la mobilisation à Bure, ce camp sera surtout l’occasion d’actions concrètes, d’échanges de pratiques et de discussions sur la manière de renforcer les différentes luttes locales contre des projets imposés et destructeurs, d’envisager des mobilisations à l’occasion du sommet sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre et de s’organiser contre la répression.

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ salue cette initiative, qui permettra de renforcer la lutte contre CIGÉO tout en la replaçant dans un contexte plus large. Il ne s’agit pas seulement d’un projet d’enfouissement cher, dangereux et inutile : l’enfouissement à 500 m sous terre constitue pour l’industrie nucléaire un moyen de laisser croire que le casse-tête des déchets est réglé et que le recours à l’énergie atomique peut se perpétuer indéfiniment. Et plus que jamais, il est nécessaire de lutter contre le système productiviste, antidémocratique et répressif qui permet au nucléaire de perdurer et d’imposer ses déchets.

Plus d’informations sur le camp : http://vmc.camp/

Contacts presse :

Réseau “Sortir du nucléaire“ : 02 43 94 72 88

Chargée des groupes et actions : 07 60 15 01 23

Pour contacter directement les organisateurs du camp : 07 58 23 08 97.

Source : Site du réseau sortir du nucléaire.

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J-2 : Fil d’info à couper le Bure

On y arrive, plus que deux jours et ça commence ! Au réveil nous étions environ 70 pour l’assemblée de chantier de la journée. Il arrive du monde en continu à Bure et sur le terrain : on quitte l’entre-soi des derniers jours pour entrer de plein-pied dans la dimension du campement. Il n’y a pas de mystère, à beaucoup on fait bien plus de choses : tous les chantiers peuvent avancer simultanément avec 4-5 personnes sur chacun. Nos problèmes les plus épineux d’approvisionnement en eau et en électricité se résolvent au fur et à mesure, grâce à l’afflux de nouvelles idées et expériences. Partout les structures s’érigent et apparaissent comme des champignons : celles qu’on prévoyait et celles qu’on a l’heureuse (et parfois un peu moins heureuse) surprise de découvrir. Ce matin on a fait un gros point sur la bienveillance collective : bruit, chiens (à ce propos, merci de lire les informations pratiques en rouge ICI), alcool, viande grillée et autres sujets qui peuvent fâcher et qu’il est toujours bon d’anticiper.

Parallèlement, le camp des Ami-es de Silence arrive à son terme dans une ambiance joyeuse, avec une soixantaine de personnes. L’exercice un peu difficile de partition du terrain a finalement fonctionné bien mieux que nous l’espérions mutuellement : mardi soir une pièce de théâtre et aujourd’hui une promenade de découverte de la région ont réuni les un-es et les autres. Ce soir nous lancerons une première projection sur le terrain, du film « Poubelle la vie » sur le terrain, pour présenter le campement VMC aux Ami-es de Silence.

En ce qui concerne l’ambiance dans les environs, on voit peu de gendarmes et on s’en porte bien. Il faut croire que tout le monde (en interne ?) n’a pas du apprécié l’excès de zèle de la semaine passée. Ce midi une estafette était postée au carrefour de Mandres mais pas de contrôles à signaler. Néanmoins prudence sur les routes : grosse opération de contrôle routier prévue sur 18 départements de l’est de la France selon Loractu (info à prendre avec prudence et sans déductions hâtives : pour l’heure on a qu’une seule source pour cette opération). Par contre on apprécie peu que des camions de surveillance surmontés de mats et caméras télescopiques longent notre campement avec leur escorte. Ça ne correspond pas trop aux moyens matériels légers qu’annonçait le préfet dans son interview de lundi.

Si jamais vous vous en voyez/subissez/craignez d’en subir, un numéro a été mis en place pour nous signaler ou se renseigner sur les présences policières autour de Bure. Il s’agit du 07.58.23.08.97.

Côté médias, les appels continuent d’affluer sur le téléphone presse (+33(0)6.05.72.43.75), de l’Allemagne et les médias nationaux à présent. On sent que la communication des derniers jours n’a pas été vaine : nos messages concernant le projet de campement commencent à ressortir assez fidèlement dans les articles que nous pouvons lire. Ci-contre une petite dédicace à Reporterre qui s’est trompé de 45° dans la prise de vue de notre campement; il s’agit en vérité de la ferme de notre voisin. Le réseau sortir du nucléaire nous a fait une chouette publicité avec son communiqué.

On vous attend impatiemment ici, on est désolés de ne pas pouvoir davantage répondre aux sollicitations pour les covoiturages, on manque de voitures et des places dans celles qui viennent. Bon courage à vous pour celleux qui viennent en stop et à très vite !

Source : Plus bure sera leur chute.

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Considérations sur l’appel du camp VMC à Bure.

Pourquoi ça vaut le coup d’aller passer la première semaine d’août dans un endroit où il faut faire une demi-heure de bagnole pour aller s’acheter des clope

La première fois que je suis arrivée là-bas, j’ai cru être directement tombé dans une forme d’enfer. Difficile en effet de ne pas prendre conscience de l’ampleur du désastre lorsque l’on traverse cette région. Des champs à perte de vue, sans clôtures, sans haies, des céréales, en intensif, des tracteurs immenses, des forêts d’éoliennes, quelques arbres pour faire de l’ombre sur la route, mais surtout personne. On est bien loin du bocage normand… Personne sur les routes, personne dans les rues, pas de bars ni de tabacs ni de commerces, des villages déserts. Même une très bonne agence de voyage aurait sûrement beaucoup de mal à vendre cet endroit comme une bonne destination de vacances…

Et au milieu de tout cela, ce que l’on m’a très vite décrit comme « le Mordor » : le labo de l’ANDRA. Il faut imaginer l’arrivée de nuit sur place pour comprendre. Aux alentours, le plus gros village doit faire quelque chose du genre 120 habitants et les distances pour aller dans n’importe quel endroit se comptent souvent en dizaines de km, autant dire que de nuit, les seules sources de lumière sont la Lune, et les phares de la voiture dans laquelle on se trouve. Mais quand on arrive à Bure, c’est un halo lumineux typique d’une agglomération que l’on voit surgir au-dessus des collines. Lorsque l’on se rapproche c’est un énorme complexe tout illuminé que l’on découvre, avec , sa tour d’observation, son enceinte et sa porte fortifiée. Dans cette nouvelle version de l’enfer, c’est plutôt le fer, l’acier et le béton qui priment sur la pierre, le gris sur le noir. Les gardes de cet endroit funeste pourraient être les seuls rappels que cet endroit est effectivement « humain ». Il n’est d’ailleurs pas rare dans ces moments-là , où l’on peut aussi contempler le cube sombre des archives EDF, d’avoir à jouer au fameux jeu des « réquisitions » avec ceux qui sont sortis faire le piquet1.

Bref, en clair on ne passe pas par hasard à Bure, on s’y rend. Je n’aurai jamais l’hypocrisie de raconter que cette région est un endroit chouette, où l’on va pour se reposer, profiter du paysage et se ressourcer dans un environnement accueillant.

Il faut avouer par la même qu’il est donc difficile d’effectuer ce trajet sans un certain sens du « devoir de militant antinucléaire ». En y allant on comprend même très bien pourquoi c’est ici que l’ANDRA veut faire sa poubelle nucléaire. On se demande comment on pourrait se sentir à l’aise dans cette région sans y être né. Qu’est-ce qui nous pousse donc à faire des centaines de bornes pour aller là ? Pourquoi ne pas aller aider à la ZAD comme tout le monde, faire les chantiers à Montabot, s’engager dans la lutte anti-éolienne en Aveyron ou dans tout autre lutte plus près de chez nous qui fait au moins un peu rêver ? Pourquoi y revient-on donc ? Par sens du devoir peut-être ?

J’aurai plutôt tendance à parler de sens de l’urgence, de prise en considération de certaines exigences stratégiques. Et j’y ajouterai que nous avons aussi pris goût à cette lutte, que nous avons commencé à tisser des liens, des complicités voire même des amitiés avec les gens de là-bas.

Il ne s’agira pas ici de refaire l’historique de cette lutte contre la poubelle nucléaire, pas plus que d’alimenter le débat d’experts pour savoir si oui ou non, il est judicieux de réaliser CIGEO2. Ce qui se joue à Bure, au-delà du fait qu’il s’agit encore une fois d’un GPII3, d’un projet humainement, techniquement, scientifiquement, éthiquement, moralement… scandaleux et inacceptable, c’est le renouvellement de l’industrie nucléaire française. Avec ses centrales vieillissantes dont beaucoup arrivent en fin de vie dans les 10-20 prochaines années, ce fleuron de l’économie française arrive à un tournant de son histoire, tournant envisagé et étudié depuis déjà de nombreuses années par les experts nucléocrates. D’un côté de nouveaux types de centrales sont développés avec plus ou moins de succès (EPR, ASTRID, ITER), de l’autre cette industrie se retrouve confrontée au problème inhérent à son existence : la gestion des déchets radioactifs. C’est à ceci que CIGEO se veut être une solution. C’est en étant la première dans le monde à « résoudre » la question du devenir des déjections atomiques que la France veut montrer qu’elle est digne de sa place de leader sur le marché mondial du nucléaire. C’est avec cette solution de l’enfouissement que l’État Nucléaire Français veut faire croire qu’il maîtrise toute la chaîne de la production atomique depuis l’extraction du minerai d’uranium (le fameux yellowcake) jusqu’à la gestion des déchets hautement radioactifs des centrales.

Nous n’offrons pas de solution alternative à CIGEO. Nous croyons encore qu’à la question « Que va-t-on faire de ces déchets ? », la meilleure réponse reste « Il faudrait d’abord que l’on arrête d’en produire ». En tant que composante révolutionnaire du mouvement antinucléaire, nous n’avons pas à offrir de solution dans le cadre fixé par l’Ordre républicain, celui là même qui a donné naissance à cette industrie mortifère. Nous n’attendrons pas encore quelques décennies de plus que la Science trouve une solution miracle. Nous ne proposerons rien à partir des hypothèses en vigueur.

Ce pourquoi nous considérons comme stratégique le choix de lutter à Bure n’a rien à voir avec le fait de revendiquer une meilleure gestion du nucléaire ou de la production d’énergie en général. CIGEO est en effet essentiel à l’industrie nucléaire à son stade actuel. La perspective, aussi lointaine et inatteignable paraisse-t-elle, d’empêcher CIGEO de se faire, c’est celle qui pourrait contraindre les tenants du nucléaire à faire face à cette alternative : ou se jouer complètement des réglementations environnementales, des traités internationaux etc, dans la gestion d’un immense stock de déchets ou bien en arrêter purement et simplement la production. Un potentiel arrêt complet du nucléaire donc… Si l’on en croit effectivement leur propagande, la quantité de rejets radioactifs à gérer en est à un niveau critique. Le CSM4, cette bombe environnementale à retardement, est rempli et fermé ; l’usine de La Hague commence à être pleine et la consommation de combustible par les centrales est loin de ralentir. Les solutions de stockage temporaires seraient sérieusement en train de se raréfier. Les empêcher de disposer d’une solution « permanente », c’est donc potentiellement les forcer à abandonner la production d’électricité nucléaire par impossibilité de faire face à la suraccumulation de combustible radioactif usé. Ce serait en tout cas grandement les affaiblir… Nous savons en effet pertinemment qu’ils trouveront une manière de se débarrasser de ce problème. Si des scénarios n’existent pas déjà…

L’intérêt de frapper à Bure ne limite pas qu’à cela. Dans la bataille qui s’ouvre nous devons augmenter nos forces, construire une puissance suffisante pour donner au mouvement antinucléaire un capacité de frappe encore plus importante que celle qu’il avait dans les années 1970. Lutter contre CIGEO, c’est lutter contre l’État Nucléaire, contre la République Française, ses disciples et leur modèle de gouvernement par la crise aussi bien économique qu’environnemental. CIGEO n’est qu’une extension du Vieux Monde que l’on combat, peut-être une des plus importantes étant donné qu’au niveau des enjeux, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le parc éolien en Aveyron, le barrage du Tarn, la ligne THT Cotentin-Maine, etc, peuvent apparaître comme des gadgets à côté de CIGEO. Mais ce combat ne commence pas à Bure, le refus global du modèle de société vers lequel nos dirigeants tentent de nous emmener s’est renforcé des expériences de lutte de ces dernières années. Pour beaucoup d’entre nous d’ailleurs, la lutte contre CIGEO ne doit pas être concentrée sur Bure, elle doit s’appuyer sur l’expérience acquise lors de la lutte anti-THT, lors des expulsions de la ZAD ou encore plus récemment lors de la mort de Rémi Fraisse ainsi que des forces qui se sont créées partout en France et en Europe au cours de ces luttes. Nous devons continuer à tresser toujours plus finement notre réseau de solidarités et de complicités, celui qui sera capable de réagir comme il se doit lorsque, de Bure viendra l’appel. Cette lutte sera longue, A Sarà Dura, comme on dit de l’autre côté des Alpes, et nous devons nous préparer à tenir dans la durée.

L’intérêt de ce camp en août est donc d’abord celui-là : renforcer nos liens, élaborer des stratégies, envisager les compositions que nous devrons faire dans les temps qui viennent avec les autres composantes de la lutte et en ce sens préparer nos futures alliances. Il nous faudra également montrer que les conclusions et les enseignements du Week-End de Résistance de Montabot ont été tirées et que nous saurons désormais quand, comment et où frapper sans trop risquer de se faire massacrer par la gendarmerie ou la police. Il s’agirait ensuite de prendre la mesure et de renforcer la dynamique d’opposition locale à la poubelle nucléaire. L’opportunité qui nous est offerte d’ancrer un espace de lutte sur le terrain de l’ancienne gare de Luméville, que certains ont déjà commencé à aménager, est une énorme chance. Cet endroit se situe en effet à un jet de pierre de la prochaine liaison ferroviaire avec CIGEO. Avec la Maison de Bure Zone Libre, ce sont des bases depuis lesquelles nous organiser, nous rencontrer, nous préparer. Car le pari se situe aussi sur ce plan : notre capacité à habiter le désastre, à le faire reculer, à y faire persister un idéal d’autonomie, à faire exister dans un endroit les plus hostiles de l’hexagone, une forme de vie désirable.

Enfin, pour nous qui devons tellement encaisser en permanence, quelle chance que de pouvoir aller vivre dans un endroit pareil et s’entraîner pour la survie post-apocalyptique ou tester notre résistance à l’isolement ! Nan ?

Notes:

1 - Il s’agit d’un jeu assez particulier dont les règles sont assez simples : on doit à tout prix empêcher de montrer sa carte secrète à l’adversaire. Le(s) adversaire(s) eux, ne peuvent être habiliter à demander nos cartes que s’il(s) possède(nt) une certaine réquisition écrite du procureur de la République qui les autorisent à contrôler les papiers des passagers et le contenu du coffre. La partie (il faut éviter de trop y jouer c’est malsain) dure en général 30 min, et l’adversaire perd très souvent, ce qui fait l’attrait de ce petit jeu.

2 - Petit nom « sexy »du projet de centre d’enfouissement pour déchets nucléaires à Bure

3 - Grand Projet Inutile et Imposé = terme citoyenniste ayant fait florès il y a quelques temps.

4 - Centre de Stockage de la Manche, Ancien centre d’enfouissement pour déchets radioactifs remplis avec des méthodes à la « vakomjtepouss » ouvert en 1969 et fermé en 1994.

Source : Indymédia Nantes.

 

 

Emoi et conclusions hâtives après l’agression d’une femme en bikini dans un parc de Reims.

 Posted by on 28 juillet 2015 at 16 h 04 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur Emoi et conclusions hâtives après l’agression d’une femme en bikini dans un parc de Reims.
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Trois amies sont allongées sur le dos dans un parc public de Reims. Elles portent toutes un short en jean et un haut de maillot de bain. Passent devant elles cinq jeunes filles, dont l’une est particulièrement complexée. « Allez vous rhabiller, c’est pas l’été ! », lance-t-elle. « C’est sûr qu’avec ton physique de déménageur… », riposte l’une de celles qui bronzaient au soleil. Les deux en viennent aussitôt aux mains, se tirent les cheveux et se giflent. L’agressée a le dessus, les copines de l’agresseuse s’en mêlent, la police est alertée.

Les cinq filles, trois majeures de 18 à 24 ans, Inès Nouri, Zohra Karim, Hadoune Tadjouri et deux mineures de 16 et 17 ans, sont interpellées. L’une d’entre elles a trois jours d’incapacité temporaire de travail (ITT), sa victime, Angélique Slosse, en a quatre. Voilà l’histoire qui s’est déroulée mercredi 22 juillet à Reims et qui n’aurait sans doute jamais dû dépasser la colonne des informations en bref du journal local.

Mais si l’on juge un pays à l’aune de ses faits divers, il faudra retenir l’emballement auquel a donné lieu cette histoire samedi 25 et dimanche 26 juillet. Tout a commencé par un article publié samedi dans L’Union et qui fait le récit suivant : « Une Rémoise de 21 ans profitait du soleil avec deux amies et bronzait en maillot de bain au parc Léo-Lagrange. C’est alors qu’un groupe de cinq jeunes filles passe à proximité. L’une d’elles se détache du groupe. Voir cette femme qui bronze au soleil, allongée dans l’herbe, semble contraire à sa morale et sa conception des bonnes mœurs car elle vient lui reprocher sa tenue légère jugée indécente en pareil endroit. Effarée par un tel discours aux relents de police religieuse, la jeune femme se rebiffe en rétorquant qu’on n’a pas à lui dicter sa façon de se vêtir. »

En quelques heures, l’affaire est relayée sur les médias nationaux et les réseaux sociaux Facebook et Twitter s’emballent, même si entre-temps, L’Union nuance sa version de l’agression en retirant son commentaire sur « les relents de police religieuse ». Le maire de Reims et député (Les Républicains) de la Marne, Arnaud Robinet, condamne dans la soirée une agression « intolérable sur notre territoire ». Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme poste au même moment deux messages sans nuances : « Agression scandaleuse qui appelle des sanctions exemplaires #Reims », « Pour une fois silence remarquable des habituels défenseurs de la “liberté vestimentaire” », qui accréditent la rumeur d’une agression sur fond de conflit religieux.

Mais c’est surtout l’appel de SOS Racisme à organiser le lendemain dimanche un rassemblement de protestation contre cette agression en manifestant en maillot de bain au parc Léo-Lagrange qui donne une accélération brutale à la viralité de l’histoire sur les réseaux sociaux, via le hashtag (mot-clé) : #JePorteMonMaillotAuParcLeo.

Le journal « L’Union » rétropédale

Tandis que les internautes sont incités à publier des photos d’eux en maillot de bain en guise de soutien, les réactions politiques continuent de pleuvoir : Eric Ciotti, député (LR) des Alpes-Maritimes informe à la fois ses abonnés Twitter qu’il a « participé au pèlerinage de Notre-Dame du Très Haut au Col de la Bonette » et dénonce une « agression inacceptable par laquelle on veut nous imposer un mode de vie qui n’est pas le nôtre. ».

La députée européenne Nadine Morano (LR) invoque pour sa part les mânes de Bardot pour défendre le bikini et le vice-président du Front national, Florian Philippot, lui aussi sur son compte Twitter, affirme que la jeune femme a été « lynchée car vivant à la française ! ». Il fait un parallèle avec l’autre polémique du moment, la « privatisation » d’une plage de Vallauris (Alpes-Maritimes) par un Saoudien : « Les agresseuses de la femme en maillot de bain n’ont qu’à se baigner sur la plage saoudienne de Vallauris. Là-bas l’Etat les chouchoutera… », écrit-il.

Dimanche matin, sous le hashtag #JePorteMonMaillotAuParcLeo, l’humour – des photos des premiers maillots de bain pour femme au début du XXe, à l’image de Dominique de Villepin sortant de l’eau sur une plage de La Baule en 2005 – est vite noyé sous la xénophobie, le machisme, la violence et la vulgarité. Le maire de Reims lance alors un premier appel au calme. « Il est intolérable de stigmatiser une communauté ou une autre pour un acte commis par quelques-uns et sans connaître le fond de cette affaire », déclare Arnaud Robinet. Après s’être entretenu avec la directrice départementale de la sécurité, il intervient à nouveau pour indiquer que « cette agression, confirmée, n’a pas d’aspect religieux. »

Le journal L’Union, comme effaré par l’ampleur d’un incendie qu’il a contribué à déclencher, rétropédale : « Sans connaître les motivations précises de l’agression – on ignore quels sont les propos tenus par les jeunes filles qui ont molesté la victime – les commentaires pleuvent et fournissent toutes sortes d’explications », peut-on lire dans la version actualisée de son site.

Une poignée de personnes en maillot

Mais l’attention se focalise alors sur la « manifestation » attendue au parc Léo-Lagrange en milieu de journée. À l’heure dite, sous le ciel gris mouillé de Reims, on découvre les images plutôt comiques d’une poignée de personnes en maillot de bain (moins d’une dizaine), grelottant devant les caméras de télévision et les reporters venus plus nombreux que les manifestants.

Ce n’est qu’en début d’après-midi que le parquet donne enfin le contenu de l’échange entre les jeunes femmes. Il précise surtout que « ni la victime ni les auteures des coups n’ont fait état, lors des auditions, d’un mobile religieux ou d’un mobile moral qui aurait déclenché l’altercation ». Lundi matin, la procureure, Hélène Morton, a confirmé que le parquet a fait appel du placement sous le statut de témoin assisté de l’une des deux mineures, pour obtenir sa mise en examen, eu égard à ses antécédents judiciaires, et que les majeures seront jugées devant le tribunal correctionnel le 24 septembre sous le seul motif de « violences en réunion ».

Source : Le Monde.fr (Pascale Robert-Diard ).

Un photographe de Taranis News perquisitionné

 Posted by on 11 juillet 2015 at 14 h 40 min  Actualité nationale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur Un photographe de Taranis News perquisitionné
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Un photographe de l’agence de presse alternative Taranis news a été perquisitionné, arrêté, et du matériel a été saisi chez lui. Ce sont les suites de l’ouverture d’un site « Vengeance contre la police  » qui mentionnait des adresses de flics sur la région rennaise qui ont servi de prétexte à cette interpellation. Gaspar Glanz, responsable de l’agence de presse, a écrit au nom de l’équipe un communiqué que nous diffusons à la suite à titre d’information. On notera que Gaspar Glanz, blessé il y a quelques mois par la police est prompt à dénoncer l’initiative vengeance de la police. Au passage, Glanz souligne que les motivations policières réelles pourraient être de récupérer de nombreuses heures de rush d’images de manifestations pour pouvoir inculper de nouvelles personnes dans les histoires de manifestions « offensives ». De nombreux et nombreuses manifestants et manifestantes n’ont eu de cesse de prévenir l’équipe de Taranis sur d’éventuelles conséquences judiciaires de leur travail. L’équipe s’est toujours retranchée derrière la fumeuse liberté de la presse qui consiste le plus souvent à dupliquer celle d’entreprendre. Cette même liberté d’entreprendre qui consiste à partager des moments avec des « pontes de la police, de la gendarmerie mobile et de la direction de la sûreté publique ».

Un photographe de Taranis News perquisitionné à Rennes, disques durs saisis et accusations obscures

 

Quand j’étais enfant, j’adorais les orages. Plus ils s’approchaient et plus l’ambiance changeait sur les visages. La lumière s’assombrissait et l’air devenait lourd. Les terrifiants craquements se faisaient plus intenses à mesure qu’il s’approchait. Taranis est un dieu de la mythologie Celte dont nous avons choisit le nom pour notre société ; C’est le dieu de l’orage. C’est aussi celui du tonnerre et parfois de la guerre, selon les récits. Les Celtes se seraient inspirés des dieux Jupiter (Romain), Zeus (Grec) et Thor (Nordique). Très localisés et imprévisibles, les orages qui sont le produit d’une convection entre la chaleur et le froid peuvent être des phénomènes particulièrement violents. Entendez-vous le bruit de l’orage qui approche ?

Je vous préviens immédiatement : le scénariste de cette histoire est vraiment nul. C’est un coup de félonie dont on n’a pas l’habitude, en tout cas pas venant de la Police Judiciaire. Surtout quand il s’agit d’une équipe de choc, un véritable commando composé « d’officiers spécialisés dans le numérique » transférés en toute hâte depuis Paris pour découvrir qui sont les auteurs du blog « Vengeance contre la Police ». Après plusieurs semaines d’enquête, des dizaines d’injonctions envoyés à l’hébergeur « NoBlogs » (qui n’a visiblement pas répondu favorablement puisque le site est toujours en ligne à ce jour) : c’est choux blanc.

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Ce n’est pas non plus la planque des services de renseignements (découverte en pleine flagrance par des militants de la « Maison de la grève » à Rennes durant la période qui a suivie l’affaire du blog et celle du procès en appel de la mort de Zyed et Bouna), qui a amené les enquêteurs sur la piste du/des auteurs de ce trombinoscope numérique. Initiative par ailleurs assez unanimement condamnée par les milieux militants et politiques locaux, toute chapelle confondue. Force est de constater que les efforts mis en place par les services spéciaux et les enquêteurs chevronnés vis-à-vis de la « mouvance d’extrême gauche rennaise » tendance « ultragauche-zadiste-anarcho-autonome-antifa-squateur-anticapitaliste » (présumé comme étant le terreau probable abritant l’instigateur du site), n’ont jamais mené à la découverte du/des véritables auteurs du blog.

Et soudain c’est le coup de théâtre ! Ce jeudi 11 juin 2015 à 9h du matin, le photographe, journaliste et collaborateur de TaranisNews pour la région ouest, Vincent Feuray, était attendu à la sortie de son travail de nuit par la police. Celle-ci l’a placé immédiatement en garde à vue et a procédé à une perquisition de son domicile. Vincent est accusé (à sa grande surprise) d’être l’auteur du blog. Il observe impuissant les officiers saisir tout son matériel informatique : ordinateurs, disques durs, clefs USB, smartphone, CD, DVD, et c’est à peine s’ils n’ont pas pris la PlayStation.

Vincent est un Journaliste indépendant qui travaille pour plusieurs agences de presse, notament Taranis et Andia. Comme il conserve ses archives dans des disques durs (notament celles qui n’ont jamais été publiées), et qu’il a couvert beaucoup de manifestations ces derniers mois dans le cadre de son travail (celles « contre les violences de la Police » à la suite de la mort de Remi Fraisse, ou contre l’aéroport de Notre Dame des Landes à Nantes), la saisie de son matériel informatique est une mine d’or pour ceux qui procèdent à l’identification des manifestants. Est-ce la véritable raison pour laquelle on a prétexté qu’il soit l’auteur du blog : saisir ses rushs ?

Le problème c’est que tout cela n’aurait jamais du se produire. Tout simplement parce que Vincent est un journaliste … Et il n’est pas question ici de profiter d’un privilège quelconque face à la justice : c’est une question de protection des sources. Il ne possède pas la carte de presse (comme 95% des stagiaires en journalisme, plus de la moitié des journalistes indépendants et 90% de nos collaborateurs), et se situe dans cette foutue « zone grise » du journalisme « pas encore encarté ». Alors, les officiers ont cru bon de prétexter que Vincent est un vulgaire militant, s’asseyant tranquillement sur le droit et la liberté de la Presse. Saisissant donc l’intégralité de son travail et de sa vie privée.

Pourtant il y a un mois, Vincent, Emmanuel Brossier, Kévin Niglaut (également collaborateurs de Taranis News à Rennes), d’autres journalistes rennais et moi-même rencontrions les pontes de la Police, de la Gendarmerie Mobile et de la Direction de la Sécurité Publique, au club de la presse de Rennes. Le thème était « Les relations entre la Police et la Presse dans les manifestations ». Une réunion déclenchée suite aux évènements de l’automne dernier ou certains d’entre-nous avaient été blessés par les armes de la Police (dont l’auteur de ces lignes), et avaient portés plaintes à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). Vincent était alors parfaitement considéré comme un journaliste par les représentants du commandement régional de la Police et de la Gendarmerie. Ils ont même déclarés reconnaitre la qualité de son travail, après avoir plaisanté sur le fait de s’être déjà croisé sur le terrain. Là on se dit que quelque chose cloche, vous ne trouvez pas ?

Finalement Vincent n’aura passé que 6h en garde à vue. Il en sortira en milieu d’après-midi. Juste le temps de saisir ses empreintes, de prélever son ADN et d’écrire un procès-verbal, en gros. S’il existait vraiment des soupçons le désignant comme l’auteur du blog « Vengeance contre la Police », vous ne pensez pas que les enquêteurs l’auraient un peu plus « cuisiné » ? Sachant qu’ils avaient au bas mot 48h pour le faire, c’est étonnant …

Alors ok, vous savez quoi ? J’ai une seule question : à quel point les soupçons qui pèsent contre Vincent seraient-ils à ce point à charge pour qu’ils justifient la saisie intégrale de son matériel informatique ; Sachant qu’il est un journaliste en activité sur des sujets aussi sensibles que les ZAD, les squats, les migrants, et les récentes manifestations contre les violences de la Police ? Quand à l’éventualité que la démarche soit sincère, que la Police Judiciaire en soit arrivée à croire que notre collaborateur était véritablement l’auteur du blog, je pense qu’il y a de quoi s’inquiéter pour notre sécurité et la qualité de la formation de nos enquêteurs …

De très importantes questions relatives à la liberté de la presse se posent au travers de cette affaire.

Nous soutenons évidement notre collaborateur et ne croyons pas une seconde qu’il puisse être accusé sur la base de preuves tangibles. Nous nous associerons logiquement à toutes les démarches qui seraient engagées par les « Clubs de la Presse », les syndicats de journalistes ou les autres médias sur ce dossier.

Ce « blog » dont nous n’avions d’ailleurs même pas évoqué l’existence au moment de sa publication, tellement nous jugions qu’il ne méritait aucune publicité. Les familles innocentes, ça n’a rien à faire dans un combat politique ; On ne s’y attaque pas, point final. Nous condamnons l’initiative qui a amené à la création de ce blog (pour ceux qui ne l’auraient pas compris), parce qu’elle est lâche et stupide.

Quant à saisir l’intégralité du travail d’un journaliste sous un prétexte fallacieux, au mépris de la constitution, de la loi et des usages, et surtout pour des raisons politiques ; Cela n’est pas faire preuve de beaucoup plus de courage et d’intelligence.

Gaspard GLANZ

Au nom de toute l’équipe de TARANISNEWS
Louis Witter, Justin Raymond, Emmanuel Brossier, Kevin Niglaut et Vincent Feuray.Toutes les photos sont de Vincent Feuray.

Source : Indymédia Nantes.

Iaata, sans direction : abandon des poursuites contre 107409…

 Posted by on 30 juin 2015 at 23 h 23 min  Actualité nationale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur Iaata, sans direction : abandon des poursuites contre 107409…
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Ce midi, la personne suspectée d’être « directrice de publication » de Iaata.info n’a même pas eu le temps de passer en procès… le procureur a tout simplement abandonné les poursuites… Nous ne saurons donc pas le fin mot de l’histoire, ni pourquoi elle a été arrêté, ni pourquoi elle a passé tant de temps en GAV, ni pourquoi un procès a été intenté…

Le rassemblement de ce midi, autour d’un pique nique et de la diffusion en direct de témoignages de luttes recueillis par l’émission Le Front du Lundi sur Canal Sud, s’est finalement soldé par le soulagement… et de nombreuses questions…
Décidément, la justice n’a pas fini de nous surprendre. Elle a ouvert ici une tribune qu’elle ne maîtrisait manifestement pas bien… Cherchait-elle simplement à effrayer, sans cartes entre les mains ? A focaliser notre attention sur ses logiques répressives ?
Ce retro-pédalage est à la fois comique et atterrant. On la savait injuste, la justice s’est révélée aujourd’hui au summum du ridicule…

Source : IAATA.

[Traque numérique] 1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre.

 Posted by on 5 juin 2015 at 17 h 43 min  Actualité nationale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur [Traque numérique] 1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre.
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1740999192.168.0.1 revient sur les poursuites dont il est l’objet suite à un article parut sur IAATA, site de contre-info toulousain. C’est pour lui, au delà de sa propre histoire judiciaire, l’occasion de revenir sur le rapport qu’il entretient avec ces médias et leur présence qu’il juge salutaire.

1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

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Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40 000 euros d’amende parce que je suis lecteur et solidaire de la presse libre…
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1.Parce que ce sont des traces numériques que le grand filet de la surveillance a relevées, des traces d’appareils électroniques.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1.Parce que je suis un parmi d’autre, des femmes et des hommes, qui ont plus à craindre qu’à espérer de l’action de l’Etat.

Je suis celui qui « faisait l’apologie de la violence » [1], qui rédige le « vade-mecum du parfait casseur » [2]. Pour les 755 000 lecteurs et lectrices de la Dépêche je serai toujours « un homme de 40 ans, qui avait incité sur un site internet à commettre davantage de casses… » [3].Et ce au mépris d’un certain nombre de règles légales, la présomption d’innocence par exemple. Mais combien cela me coûterait-il de porter plainte ? Pourquel résultat au final ? Est-ce que cette justice qui m’attaque est capable de me défendre ? J’en doute.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. La police est venue me chercher à 6h30 du matin. J’ai passé 10 heures dans une geôle qui sentait l’urine, ils ont menacé de venir chercher mon fils au lycée, de m’inculper pour apologie de terrorisme… Parce que je lis et que je soutiens la presse libre.
Presse libre parce que libérée des intérêts marchands. Presse libre parce que diverse et déterminée, ancrée localement au plus près des luttes. Une presse qui ne me dit pas quoi penser mais qui me donne à voir, à comprendre, en prenant clairement position.

L’espace médiatique est la grande scène où se situent les scènes principales de la vie collective ; elle lescompose et elle les reflète. [4]

Sans ces sites internet, ces radios libres, ces journaux il y a tout un tas de choses que je n’aurais sans doute jamais sues. Quelques exemples : Bilal Nzohabonayo tué par la police et qui a été présenté tout d’abord comme djiadiste, c’est grâce au travail du site le Rotative.info que la version policière sera démentie ; les circonstances réelles de la mort de Rémi F. sont révélées dans leur intégralité par Reporterre avant que cela soit admis officiellement ; la grève de Radio France en février qui annonçait la plus longue grève de la radio publique de son histoire a été relayée sur Canal Sud et d’une manière générale, ce sont des medias libres qui relaient les paroles des personnes qui luttent. La richesse et la diversité de cette presse est incommensurable. Si je n’ai plus la presse libre je deviens à moitié aveugle. Mon monde n’est plus exprimé que par des artistes et des journalistes, des économistes et des experts, avec qui j’ai, socialement, peu de chose à voir. Cette presse là, ne me donne pas de prise sur le monde qui m’entoure. Au contraire, cette information me le rend distancié, flou, parce que sans correspondance avec ma vie et mes préoccupations. Comme si ce que je vivais n’avait pas de consistance collective. Le monde semble vivre à mille lieux de mon expérience concrète, du chômage, de la précarité, de l’injustice que je constate autour de moi.

À la façon des lunettes, les journaux fabriquent des non-vu à partir duquel le monde est vu [5].

Ces derniers mois ont eu lieu de nombreuses manifestations à Toulouse. Systématiquement la presse locale et nationale a titré sur les « violences », le verre brisé, les courses poursuites. Ça manquait cruellement de certains détails. J’ai vu 500 policiers pour 300 manifestant.e.s, j’ai vu la violence et le mépris vis à vis de tout ce qui ne portait pas d’uniforme. J’ai vu des hommes cagoulés, armés, bloquer des rues. J’ai vu des citadin.ne.s gazé.e.s sans distinction. J’ai vu les condamnations judiciaires pleuvoir sur des personnes arrêtées au hasard. J’ai vu les entorses à la procédure. J’ai vu la violence du maintien de l’ordre.
Je n’ai rien lu de tout cela dans la presse dominante [6]. Il n’y a que la presse libre qui s’en est fait le relais.. C’est seulement là que j’ai perçu que je n’étais pas seul à être scandalisé et en colère. Au bout de ces mois d’occupation policière et de procès expéditif, comme si cela ne suffisait pas, je me retrouve moi aussi pris dans la machine judiciaire.

Je sais que mon cas n’est pas isolé. Je sais que beaucoup, qui comme moi, luttent pour un monde débarrassé de l’exploitation et des dominations, connaissent la prison, les vexations, les mutilations… Je sais que beaucoup, parce qu’ilelles sont au mauvais endroit au mauvais moment, parce qu’ilelles ont la « mauvaise » couleur de peau, le mauvais passeport, parce qu’ilelles sont pauvres, connaissent aussi la prison, les vexations, les mutilations…
Je sais que ce système repose sur une part non négligeable de violence légale. Je le sais parce que je le vis, mais aussi parce que je peux connaître des cas semblables, savoir ce que beaucoup vivent. Parce que je lis la presse libre.

Est-il donc absolument impossible d’opposer aux puissances de l’élimination l’organisation des éliminés ? [7]

Ces sites, ces radios, ces journaux sont une organisation concrète des éliminé.e.s, des exploité.e.s, des dominé.e.s, des opprimé.e.s. Et c’est pour ça qu’on les attaque, qu’on veut les faire taire.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40 000 euros d’amende pour faire taire la solidarité et la presse libre !

Quelques exemples de presse libre :
Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres,IAATA ; Rennes Info, le Jura libertaire, « Article 11 », Soyons sauvages, Espoir Chiapas, Collectif Bon pied bon oeil, Atelier médias libres, Courant Alternatif, Editions Acratie, Panthères enragées, Primitivi, éditions Albache, « Jef Klak », le Numéro Zéro, La Brique, « La Lettre à Lulu », Révolte numérique, Radio Zinzine, zad.nadir.org, Contre-faits, collectif Ciné 2000, l’Actu des luttes (FPP), Journal Résister (Nancy), Revue Lutopik, Le collectif Contre Les Abus Policiers - C.L.A.P33, L’Orchestre Poétique d’Avant-guerre O.P.A., L’Envolée pour en finir avec toutes les prisons, Lundi Matin, Radio Canut, Lignes de force, Demain le Grand Soir, Archyves, Revue « Z », Le Canard sauvage, Indymedia Nantes, Hors Sol Confusionnisme.info, Mille Babords, Iacam, « La Gazette de Gouzy », « le Monde libertaire », Regarde à Vue, radio Canal Sud, La Horde, radio La Locale (Ariège), le collectif de Infoaut, éditions Entremonde, éditions Libertalia,Acrimed, radio Bartas (Lozère), la plate-forme Antifa-net.fr, Les Morback Vénères, CQFD journal, Indymedia Lille

Source : IAATA.

[auto-médias] Du numérique au papier.

 Posted by on 27 mai 2015 at 17 h 27 min  Actualité nationale, Médias / Automédias / Informatique / Nouvelles Technologies  Commentaires fermés sur [auto-médias] Du numérique au papier.
Mai 272015
 
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Ce texte publié sur le site l’Atelier Médias Libres, pose la question d’un retour, en complément du numérique, de versions papiers des sites d’auto-médias. Certains éléments évoqués touchent justes même si l’on peut questionner la vision unitaire de la démarche et le manque de recul sur ce que cet œcuménisme peut porter comme idéologie propre. On peut regretter que les critiques soient étonnamment réduites à des calomnies. Elles peuvent en porter, mais elles peuvent également alerter sur des dérives collectives et individuelles, participer à nourrir débats et réflexions. Par contre, les questions de temporalités différentes entre une version papier et une version numérique, l’entraide et l’échange que cette dernière permet, les rencontres qu’elles peuvent stimuler - encore faut-il que la version papier soit réellement diffusée - sont autant de réflexions à creuser.

L’avenir des sites participatifs locaux ? Le retour vers le papier !

mardi 26 mai 2015

Depuis une quinzaine d’années, l’arrivée d’Internet a profondément modifié les modalités d’expression de l’ensemble des militant·e·s. Les plate-formes de publication participative ont émergé au début des années 2000 en balayant les pratiques collectives qui permettaient jusqu’alors de réaliser un journal. Pour le meilleur : l’ouverture à des voix différentes, la prolifération des expressions, la coordination en temps réel, l’explosion de la diffusion et la mise à disposition de tous et toutes de textes jusqu’alors difficilement trouvables… Mais aussi parfois pour le pire : l’agrégat de contenu plutôt que la coordination, le flux plutôt que la réflexion, la dissension plutôt que la complicité…

Voici quelques notes [1] pour jeter un œil, quinze ans après, sur les pratiques des journaux « papier » et voir en quoi celles-ci pourraient renforcer nos sites participatifs locaux [2], cette formidable promesse de machines de guerre qui restent à concevoir ou à améliorer. En tentant de saisir ce que pourraient apporter des déclinaisons papier aux sites locaux, un vieux serpent de mer, en réfléchissant à comment ces pratiques pourraient insuffler une nouvelle dynamique, tout en conservant les possibilités fantastiques d’une publication quotidienne et ouverte.

Le journal, espace de coordination et d’entraide

1. Anticiper et s’organiser. Les temps longs d’un journal papier permettent de s’organiser plusieurs semaines voire des mois à l’avance, à la différence de nos sites qui ont un fonctionnement de flux. Cela donne l’occasion de prendre plus de temps pour écrire des articles de qualité ou de formats différents (enquêtes, entretiens, rubriques régulières, cartographie, reportages photos, etc.). Par ailleurs, pour un journal la disponibilité de la personne qui maquette, les rendez-vous chez l’imprimeur… sont autant de « deadlines » qui permettent de structurer une temporalité commune. [3] Sur nos sites, cela pourrait s’organiser autour de dossiers à publier à telle ou telle date.

2. Sur papier, on se donne le temps de se relire et de s’aider. L’aspect collectif de la réalisation d’une version papier de nos sites permettrait de remettre en valeur les pratiques d’édition collaborative pour rendre plus accessibles les articles. Une pratique à rebours de la publication individuelle sur certains blogs, les réseaux sociaux ou les sites en open publishing strict [4].

Rares sont les personnes (voire les collectifs militants) qui ne font pas des grosses coquilles limitant la compréhension de leurs textes (mots oubliés, phrases de 3 kilomètres, expressions d’un certain milieu incompréhensibles ailleurs, abréviations obscures ou simplement informations manquantes voire inexactes) ! Tout cela au détriment de la personne ou du groupe qui écrit comme des lecteurs et lectrices. Laisser des fautes, ce n’est pas « respecter un auteur·e ». Echanger sur un texte, ce n’est pas insulter l’auteur·e.

L’édition d’un texte permet de soutenir celles et ceux qui ne sont pas des travailleurs-euses intellectuelles ou pour lesquelles l’écriture n’est pas une pratique quotidienne, tout comme celles et ceux plus habitués qui vont parfois trop vite. Il ne s’agit bien évidemment pas d’éliminer les formes d’expressions personnelles, de normaliser ou de policer, mais de rendre au contraire accessible à tous et toutes nos proches la parole publique ! Et cela grâce à l’une de nos valeurs centrales : l’entraide.

Enfin, un article est difficile d’accès quand il a un titre mystérieux, pas de chapô, pas de descriptif sur la page d’accueil, aucune mise en forme, pas d’intertitre, d’image, ou de légende aux images… Sa diffusion est alors limitée aux convaincu-e-s, aux gens qui ont le temps de s’attarder. On peut toujours demander aux personnes qui souhaitent publier d’arriver avec un article nickel. Mais ce sont des choses longues et difficiles à faire seul·e, alors que le simple fait d’écrire un article est déjà chronophage. Transférer la responsabilité de la qualité d’un article sur la seule personne qui publie relève d’une conception individualiste qui doit pouvoir être questionnée.

3. Individuel vs collectif. A l’inverse du caractère souvent individuel d’une proposition d’article sur le web, l’espace limité d’un journal papier impose une réflexion collective préalable sur un sujet. Pour un dossier thématique, par exemple, cela demande de se poser à plusieurs pour définir les sujets à aborder et les formats possibles [5]. Sur le net, on fait avec ce qui arrive spontanément, ce qui peut aussi avoir ses limites.

4. Questionner l’aspect « participatif ». Le fonctionnement participatif strict sur Internet, sans aucune organisation collective concernant les sujets abordés, se limite souvent à nos besoins d’expression urgents au détriment du contenu ou des thématiques. Celles-ci sont parfois assez pauvres quand on les compare à des journaux papier « anti-autoritaires » d’aujourd’hui ou d’hier. Il ne s’agit pas de mettre en place des « comités de rédaction », prompts à incarner la ligne de telle ou telle tendance, à se limiter à un groupe affinitaire à durée limitée ou à écarter toute contradiction. Mais il ne faut pas se leurrer sur la « main invisible » de l’aspect participatif de nos sites qui permettrait, par la magie du foisonnement numérique des multitudes, de collecter des informations sur tous les sujets importants et à tous et toutes de s’exprimer.

A l’inverse, par exemple, les ateliers d’écriture comme ceux du journal « Timult » permettent de donner un espace à des personnes qui ne participeraient pas sinon. Il est aussi possible de créer des rendez-vous, numériques ou physiques, pour faire le point sur ce qui a été publié ou pas et signaler des besoins. Enfin, il faut penser nos sites comme l’outil commun de l’ensemble des forces d’une ville capables de discuter entre elles (les sites peuvent d’ailleurs être l’occasion de commencer à échanger). A celles-ci de déterminer où elles commencent et s’arrêtent, et la manière dont elles se coordonnent pour soutenir le site.

Le papier, réseau réel de complicités

5. L’énorme organisation que demande un format papier favorise les complicités, la recherche de lieux amis où déposer le journal, des personnes pour aider à le corriger, l’imprimer, le diffuser. Cela forme à terme un réseau réel de complicités face à la faiblesse des liens sur Internet, à l’anonymat et à la désincarnation, propice au fiel et aux divisions durables.

Si cette organisation collective est plus complexe à penser sur le net où elle est moins nécessaire (on peut assurer le minimum sur un site à deux ou trois), tout site qui souhaite s’inscrire dans la durée et avoir un minimum d’impact sur la réalité doit penser également un réseau, qui permette complicités ou coups de main réguliers. Cela nécessite de faire attention à la publication de phrases blessantes sans argument à l’égard de groupes proches, de bannir les petits gestes de balance et de prendre le temps de résoudre les conflits. Ainsi, comme pour un journal, plus un site est important, plus il est dépendant du réseau local dans lequel il s’intègre (il ne peut exister en toute autonomie, les tâches sont trop nombreuses et complexes). C’est au final la garantie pour l’ensemble des groupes d’une ville impliqués dans cette dynamique de garder au moins un contrôle passif sur le site.

6. Maîtriser la diffusion sur papier, c’est avoir un plan de repli face à la répression qui menace de plus en plus les sites Internet, et qui pourrait hypothéquer les possibilités d’échanges, de coordination et de diffusion en période de mouvement social. Par exemple : on peut imaginer légitimement le blocage d’un site à un moment crucial. C’est très bien d’imaginer qu’il puisse ne pas être censuré grâce au réseau Tor (des sites en .onion, accessibles avec un navigateur qui s’installe en deux minutes). Mais c’est une erreur de croire qu’il continuera d’être consulté. La publication n’a rien à voir avec la diffusion : il n’y a rien de plus facile aujourd’hui que de publier sur Internet (même sur un site en .onion), mais c’est extrêmement compliqué de diffuser largement [6]. Imprimer un texte à quelques dizaines d’exemplaires, c’est une chose, le diffuser à plusieurs milliers de personnes, c’est une autre paire de manches.

7. Cela pourrait donner l’occasion de rapprochements avec des collectifs déjà constitutés (par exemple des chroniques de nouveaux bouquins de la librairie autogérée locale, une chronique droit du travail par un syndicat proche, ou mieux, une série de textes sur telle ou telle lutte souvent zappée) en réfléchissant à des rubriques dédiées. Une manière d’unir nos forces dans un projet de média alternatif fédérateur au niveau local (l’un des buts originaux des sites participatifs locaux depuis leur création, alors que les journaux sont la plupart du temps restreints à un collectif, une tendance ou une organisation). Cela pourrait aussi être pensé sur Internet : proposer des rubriques relativement cadrées permet aussi d’encourager la participation, et cela n’interdit pas de conserver des espaces d’expression plus libres.

Internet vs papier

8. La durée de vie des articles sur le net est très courte : deux-trois jours, et les lectures diminuent ensuite énormément, les textes disparaissent dans les entrailles de nos sites. Sur papier, leur date de péremption est moins immédiate, ce qui motive aussi à écrire. Il serait cependant important de réfléchir à l’accès aux articles sur Internet longtemps après leur publication.

9. Internet n’oublie pas. Les petites piques dégueulasses ou les accusations infondées restent en ligne pendant des années. Régler ses comptes dans un bulletin interne, comme cela pouvait se faire jusqu’à la fin des années 90, ce n’est pas rendre accessible pendant des années par un bête moteur de recherche des saloperies écrites à la va-vite sur telles ou tels camarades. Il faut réinventer des espaces de dissension, dans le monde réel ou difficilement accessibles, qui ne fassent pas le bonheur des services de renseignement dès qu’on a besoin de s’engueuler ou qui ne rendent pas compliquées des actions communes des années après. Dans ce cadre-là, ouvrir des commentaires sur un site (ce qui peut être parfois très bien) ou assumer le relais de textes calomniateurs, c’est prendre une lourde responsabilité.

10. Publier sur Internet ET sur papier permettrait de s’associer à des personnes qui sont hostiles au web. Cela favoriserait leur participation et la prise en compte de leurs critiques du numérique. Ce serait l’occasion d’une rencontre riche entre deux conceptions de la réalisation et de la diffusion de l’information ou de textes d’analyse.

11. La publication sur papier permet évidemment d’être lus par d’autres personnes, qui n’ont pas accès au web ou dont ce n’est pas la pratique de lecture d’information et de réflexion. Cette recherche de rencontres avec des personnes qui ne nous connaissent pas devrait également guider nos sites et nos réflexions sur les nouveaux supports ou espaces de diffusion, dorénavant extrêmement populaires, comme les smartphones ou les réseaux sociaux.

12. Les articles longs, complexes, sont bien plus lisibles sur papier que sur support numérique, mais il est important de les publier sur les deux supports (sur des sites communs pour les faire voyager facilement hors de nos cercles, sur papier pour qu’ils puissent être lus plus confortablement, surlignés, échangés au cours d’une discussion, diffusés autrement). Une réflexion doit également s’engager pour que les articles longs sur le web soient plus faciles à lire.

C’est par l’hybridation des pratiques de ces différents supports que nous arriverons à penser et à mettre en place des outils qui permettront de fournir « une image juste de ce monde », de nous coordonner localement puis à plus large échelle. Mais aussi de nous ouvrir au plus grand nombre et à l’infinie diversité du réel, toutes choses nécessaires à la constitution de forces révolutionnaires. C’est bien le moindre des impératifs face à ces temps réactionnaires.

A.

Notes

[1] Une première version de ces notes a été publiée pour les « rencontres médias libres » d’août 2013 à NDDL. Elles ont été largement reprises fin mai 2015 et seront réactualisées en fonction des discussions.

[2] Par sites participatifs locaux, nous entendons ici l’ensemble des espaces de publication techniquement ouverts à la proposition d’articles, via un formulaire ou la possibilité de créer un compte, ancrés dans un territoire. Nés en 1999 à Seattle au sein du mouvement altermondialiste avec le réseau Indymedia qui a essaimé à travers le monde et plus de 200 sites, ce format a également donné naissance à quantité d’autres sites « anti-autoritaires » qui expérimentent des organisations différentes.

[3] A noter qu’un site comme Lundi matin s’inspire directement du fonctionnement d’une revue papier avec un rendez-vous hebdomadaire.

[4] L’édition collaborative (relecture, correction, suggestions de corrections) est l’une des principales différences entre le modèle Indymedia et ce qui est tenté sur les sites Mutu par exemple, grâce à la pratique du pseudonymat qui consiste à enregistrer un compte avec un pseudo sur un site avant publication. Rien n’empêche de proposer à chaque fois un article avec un nouveau pseudo et un mail jetable. Le pseudonymat permet également d’avoir une politique de sécurité de l’information proposée, fondamentale pour les sites qui diffusent de l’info en quasi temps réel pour permettre l’action, ne pas prêter le flanc aux manipulations policières ou relayer les foisonnantes thèses conspirationnistes. Le pseudonymat est enfin incontournable techniquement pour pouvoir échanger autour d’un article avant sa publication.

[5] Le format des entretiens est intéressant par exemple. Traiter de « journaliste » le fait de poser des questions à des camarades ou à des personnes en lutte pour leur permettre de résumer rapidement ce qu’il se passe, c’est passer à la fois à côté de ce qu’est réellement le journalisme et éluder la manière dont on s’organise collectivement pour témoigner. Tendre ou proposer le micro, c’est d’ailleurs ce qu’ont toujours pratiqué les radios alternatives. S’il faut questionner l’extériorité d’une personne par rapport au sujet sur lequel elle pose des questions ou écrit, la mise en forme d’un entretien ou la spécialisation de certain·e·s d’entre nous, la question des formats prétendûment dits journalistiques (le recueil d’une parole / l’interview, l’article de fond / l’enquête, le récit / le reportage) ne peut se régler par des anathèmes mais par une réflexion sur leurs limites et la manière dont nous nous les réapproprions collectivement depuis très longtemps.

[6] D’où l’importance de créer et renforcer des outils communs de diffusion plutôt que de favoriser les multinationales de l’expression individuelle. Mais aussi de communiquer les chiffres de la diffusion de leurs articles aux auteur·e·s. Il n’y a rien d’obscène derrière cela : tout collectif évalue le nombre de tracts qu’il tire et diffuse ou le nombre d’affiches qu’il colle. A minima, le site Similar Web permet désormais d’avoir une estimation de la fréquentation mensuelle d’un site ou d’un blog, dès qu’il dépasse le seuil confidentiel d’une centaine de visites par jour.

Source : L’atelier- Médias-Libres.

Procès du Jura Libertaire.

 Posted by on 16 mai 2015 at 15 h 08 min  Actualité nationale, Anarchisme, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Procès du Jura Libertaire.
Mai 162015
 
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Dans l’après-midi du mardi 5 mai 2015, après presque cinq ans d’enquête et de procédure, le Jura Libertaire – en la personne de son responsable légal – passait en procès devant les juges de la 17e chambre du Palais de justice de Paris, pour avoir informé ses lecteurs, en juillet 2010, des menées policières qui furent la cause directe de la révolte des habitants du quartier de la Villeneuve à Grenoble, en republiant simplement la seule « enquête journalistique » digne de ce nom sur ces événements, autopubliée anonymement sur Indymedia Grenoble – et qui entre autres vérités déplaisantes pour la flicaille grenobloise, contenait ces quelques lignes présumées « injurieuses et diffamatoires » envers la maison Poulaga tout entière, qui donc, porta plainte en bonne et due forme, et l’annonça même publiquement par voie de presse (faisant ainsi exploser les compteurs de fréquentation du Juralib) en la personne du ministre de l’Intérieur alors en exercice, ce dégoûtant Hortefeux incapable de réfréner ses éructations racistes, plainte relayée par le procureur de la République :

« On en oublierait presque que la BAC est une bande (armée) de criminels » ;
« L’IGPN, le service d’inspection de la police nationale (aussi appelé “police des polices”), dont la principale fonction est de couvrir les poulets qui assassinent a déjà pondu son rapport » ;
« L’occasion pour le ministre de la police de témoigner tout son soutien à ses troupes d’assassins » ;
« Les flics, eux, ont non seulement eu l’intention de tuer, mais ils tuent. »

À en juger par la mine outrée des magistrats, ces propos on ne peut plus consensuels parmi le peuple au nom duquel ils officient, pourraient donc être condamnables, et peut-être même plus choquants et scandaleux que l’infiltration massive de fascistes dans les rangs des forces de l’ordre dit « républicain », les contrôles au faciès et les insultes racistes, les tortures dans les commissariats, les adolescents terrorisés laissés passivement griller dans le transformateur électrique où ils espéraient trouver refuge contre l’arbitraire, l’alliance sinon la fusion avec le crime organisé pour arrondir les fins de mois, l’IGPN qui est à la BAC ce que la BAC est aux dealers de rue qu’elle rackette, sans oublier l’instrumentalisation de la justice par l’abus caractérisé des notions d’outrage et rébellion visant à transformer les victimes de la police en délinquants.

Après avoir rappelé que l’auteur des phrases incriminées n’a pu être identifié par les enquêteurs, ni non plus aucun responsable de leur publication originale, et que le Jura Libertaire est donc poursuivi en quelque sorte par hasard, en manière de bouc émissaire de l’impuissance du ministère, le président ergote sur le terme d’« assassins » employé pour désigner les tueurs de la BAC, terme qui équivaudrait à dénoncer perfidement la préméditation du meurtre de Karim Boudouda, autrement dit à diffamer ses meurtriers en les traitant d’assassins. On croit rêver.

Le Jura Libertaire répond qu’étant donné les circonstances dramatiques et la nécessité de l’information dans un contexte où tous les médias reproduisaient sans le moindre recul critique les communiqués de la police, il n’a certes pas plus songé que l’auteur aux précautions oratoires, qualificatifs précis et autres conditionnels qu’emploient les professionnels du journalisme (et qui soit dit en passant leur permettent de diffamer allégrement n’importe qui).

Il semble que quelque malicieux esprit invisible se soit décidé à achever de tourner tout à fait ce procès en ridicule : deux gendarmes armés d’un parapluie pour cette mission spéciale, interviennent alors pour repousser le battant d’une petite fenêtre ouverte à près de quatre mètres de hauteur, cause probable d’un désagréable courant d’air qui, depuis quelque temps, faisait s’agiter les magistrats.

Le plaignant, c’est-à-dire le ministre de l’Intérieur, désormais Bernard Cazeneuve, l’homme à tout faire de la Marine nationale et du lobby nucléaire – ayant à ce titre moins de goût que ses dignes prédécesseurs pour flatter les bas instincts des syndicats de flics –, qui il y a peu proclamait à l’Assemblée que « par principe » il ne croit rien de ce qui paraît dans la presse, n’ayant évidemment pas prévu de venir s’abaisser à expliquer au tribunal pourquoi il lui fait perdre son temps en ayant relayé jusqu’au procès une plainte aussi mal fondée, Bernard Cazeneuve donc, ayant pris soin de ne pas se constituer partie civile, la parole est donnée aux deux témoins de la défense.

Le même courant d’air frais rouvre soudain la même petite fenêtre, réduisant à néant les efforts gendarmesques.

Amal Bentounsi est là pour rappeler comment son frère Amine a été assassiné par la BAC d’une balle dans le dos, comment l’enquête de police a été trafiquée et sabotée, comment elle-même a été accusée de « diffamation envers une administration publique » pour avoir appelé, dans une parodie de clip de recrutement, « ceux qui veulent être au-dessus des lois » à s’engager dans la police, puis relaxée à la demande même du ministère public qui reconnaissait par-là le caractère attentatoire à la liberté d’expression de cette répugnante procédure menée à l’encontre d’une jeune femme révoltée contre l’impunité dont jouissent le meurtrier de son frère et ses complices – impunité qui encourage évidemment la récidive. « Il y a encore eu trois morts au mois de mars », déplore Amal Bentounsi. Mais ce sont des réalités plus triviales qui font frissonner les magistrats.

Débarque alors, pour remettre dans le droit chemin cette fenêtre rebelle, ce qui ressemble à un commando des services techniques du Palais, trois ouvriers en bleu de travail et un expert en costard équipés d’une échelle et – sait-on jamais – d’une perceuse et d’un rouleau de gaffeur, qui ne mettent pas cinq minutes à comprendre toutes les données du problème, et à y remédier sans se tromper d’outil. Ce procès nous aura ainsi au moins offert cet exemple vivant et curieux de l’action de l’État, capable de mobiliser un total de six fonctionnaires pour tourner la poignée d’une fenêtre, comme pour illustrer la justesse des thèses anarchistes les plus radicales qui affirment qu’une seule personne aurait suffi, sans qu’il soit même besoin de la salarier aux frais de la collectivité.

Mathieu Rigouste prend la parole en tant que « chercheur en sciences sociales », pour remettre en cause le qualificatif de « bavure » accidentelle et fortuite pour un phénomène qui se répète environ une fois par mois en moyenne depuis de trop nombreuses années. Il revient rapidement sur les origines de la BAC, issue des unités de « pacification » des bidonvilles qui furent en première ligne de la « bataille de France » pendant la guerre d’Algérie, et évoque la restructuration de l’appareil militaro-policier, dit « sécuritaire », qui est allé jusqu’à théoriser une stratégie « proactive » consistant à générer des désordres localisés pour les réprimer, dans le but de soutenir la croissance industrielle du secteur. Les meurtres commis par la police seraient donc bien qualifiables d’assassinats, en ce sens qu’ils sont prévus et souhaités par les marchands de matériel anti-émeute, de la matraque à l’hélicoptère en passant par le flash-ball et le canon à eau, qui s’enrichissent de l’extension de la souffrance et de la violence. On peut douter qu’un tel raisonnement puisse trouver son chemin dans une cervelle de juge ; toujours est-il que les magistrats de la 17e firent ce jour-là bonne figure, et même honneur à leur corporation, en se montrant très attentifs, et en ne trouvant rien à redire aux propos de Mathieu Rigouste (quoique le plus jeune d’entre eux sembla un moment sur le point d’en manger ses lunettes).

VOIR LE DOCUMENT

On passe à l’examen de la personnalité du prévenu, chômeur déjà condamné à une amende en 2008 pour délit d’outrage à nabot pétainiste, aucune mention n’étant faite des opinions politiques défendues par le Jura Libertaire, ni même de sa désinvolture en matière de respect du droit d’auteur. Manifestement, rien de tout ce qui aurait pu servir à étayer un tant soit peu le dossier d’accusation n’est reproché au Jura Libertaire, renforçant l’impression d’une enquête officielle franchement bâclée. Mais que fait la police ? Ah oui c’est vrai, elle est trop occupée à tuer et mutiler dans les quartiers, afin de soutenir la croissance du CAC 40.

La jeune procureure se décidant enfin à lever le nez de sa Pratique du droit de la presse de Maître Bigot, passe à l’attaque, ambitieuse : « Il s’agit dans cette affaire, madame et messieurs les magistrats, de définir l’écart entre la liberté d’expression et le respect dû aux fonctionnaires de police. » S’employant à faire refuser au Jura Libertaire le bénéfice de son évidente bonne foi, elle revient sur les quatre critères jurisprudentiels qui définissent cette « bonne foi » : la légitimité, la prudence dans les propos, le préalable d’une enquête sérieuse et l’absence d’animosité personnelle. Elle reconnaît dans cette affaire la légitimité de la publication et l’absence d’animosité personnelle contre les baqueux de Grenoble, mais prétend contester le sérieux de l’enquête et ne voit aucune prudence dans le propos. À l’en croire, on n’aurait le droit d’être un peu véhément dans la dénonciation des crimes de la police que si celle-ci a abattu au préalable un de nos proches : « Amal Bentounsi n’a pas à faire preuve de prudence, et n’avait pas à faire d’enquête sérieuse car sa liberté de ton est un cri de douleur, dans cette affaire c’est différent ! » (On voit ici comment la relaxe dont a bénéficié Amal Bentounsi sert maintenant à nier qu’elle ait pu faire une « enquête sérieuse », alors que l’enquête qu’elle a menée sur les conditions de la mort de son frère fut précisément la seule sérieuse – au contraire de la pseudo-enquête bidon de l’IGPN.) Étant donné le niveau de revenus du prévenu, la proc réclame sa condamnation à une amende de deux cents euros.

Maître Dominique Noguères, avocate de la défense, rappelle les détails les plus choquants de la mort de Karim Boudouda, qui après avoir reçu une balle en pleine tête fut laissé agonisant au sol pendant quatre heures, sous le regard des flics se félicitant de leur exploit – détails qui furent la cause directe de la révolte des habitants de la Villeneuve et de la haine envers ces monstres qui, craignant de légitimes représailles, demandèrent en urgence leur mutation loin du quartier. Elle revient sur le contexte, cette campagne médiatique « sécuritaire » qui culmina dans l’hystérique « discours de Grenoble » prononcé par l’autre pantin présidentiel (où il déclara la « guerre » aux délinquants, aux sans-papiers et aux Roms, ces derniers comme boucs émissaires de l’attaque de la gendarmerie de Saint-Aignan par d’excellents citoyens français), contexte d’outrance verbale généralisée qui ne pouvait que produire quelques écarts de langage en réplique, de la part de ceux qui se refusaient à hurler avec les loups. Quant à la confiance qu’il faudrait accorder aveuglément à la police des polices : « Nous autres praticiens savons bien qu’il est impossible de mener à terme les procédures contre l’IGPN. » (Les praticiens baissent la tête.) Répondant à l’argumentaire de la procureure, Maître Noguères s’inquiète d’une définition trop restrictive de « l’enquête sérieuse » basée sur des « sources sérieuses », qui dans le cas de crime policier risquerait d’entraver la manifestation de la vérité ; et conteste « l’imprudence » de propos qui ne faisaient que refléter la réalité vécue par un grand nombre d’habitants du quartier de la Villeneuve, et la libre opinion de bon nombre d’habitants de ce pays.

Fin du spectacle. Le verdict sera rendu dans l’après-midi du 16 juin 2015.

Les amis du Jura Libertaire, le 12 mai 2015

Procès du site Le Jura libertaire

Faisant suite à une plainte déposée en juillet 2010 par Hortefeux ministre de l’intérieur de Sarkozy pour « injure et diffamation publiques contre la police », le procès intenté à ce site militant a finalement eu lieu le 5 mai au tribunal de Paris. Visé par la même plainte, Indymédia Grenoble échappe au procès étant donné l’impossibilité de repérer les auteurs du site (adresse IP, hébergeur dispersé aux 4 coins du monde). En cause la publication d’un article sur l’assassinat de Karim Boudouda, commis par la BAC à la Villeneuve (Grenoble). L’accusation se focalise sur l’utilisation du terme « assassinat » jugé inadapté. Le Jura libertaire choisit un mode de défense politique (intervention d’Amal Bentounsi et de Mathieu Rigouste). Le procureur a requis 200 euros d’amende. Verdict le 16 juin.

Résistons Ensemble n°141, mai 2015

Source : Jura Libertaire.

Mai 092015
 
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Tous en rang ?

Pendant qu’en Italie les mass-médias se plaignent parce que quelques heures de rage contre des banques, des magasins et des voitures dans quelques rues de Milan auraient « détruit la ville » en ruinant l’inauguration d’une Expo où les responsables de la faim dans le monde —gouvernements et multinationales— se sont donnés rendez-vous pour discuter de comment combattre la faim dans le monde (par un suicide collectif des classes dirigeantes ?), en Belgique les journalistes ont commencé à sonner à leur tour l’alarme. Au début de la semaine, leurs lecteurs ont en effet pu apprendre qu’ « en ce moment, un groupe particulièrement actif sème la terreur à Bruxelles ».

 

Belle trouvaille, dira-t-on. Tout le monde sait que la capitale belge héberge le siège du Parlement européen. De là partent les lois pour contrôler et réprimer et exploiter. Mais non, ce n’est pas de cela qu’ils sont en train de parler. Les hommes de pouvoir en costard cravate sont bons, ils ne sèment que de la sympathie. Ah, ok, on a compris. Il s’agit de l’OTAN, dont le quartier général se trouve lui aussi à Bruxelles. De là partent les ordres pour envahir et bombarder et massacrer. Tu parles, ce n’est pas non plus de cela qu’ils sont en train de parler. Les hommes de pouvoir en tenue camouflage sont bons, il ne sèment que la démocratie.
Ben oui, le problème est ailleurs, disent-ils, bien plus terrible : « les anarchistes veulent créer la panique en Belgique ». Des gens terribles, vous savez. Ils protestent contre la construction d’une maxi-prison à Haren (prévue pour accueillir 1200 « hôtes », la plus grande du pays), et ils en ont même après « la police et autres symboles de l’Etat ». Les enquêteurs les soupçonnent de ne pas mendier des droits citoyennistes et de ne pas planter des patates zadistes, mais d’être les auteurs d’une longue série d’actions qui frappent depuis quelques années les entreprises qui se sont adjugées les appels d’offres pour la construire. Il paraît même qu’ils se désintéressent des ménagères et des mamans avec poussette, mais sont solidaires avec différents galériens, dont les plus célèbres braqueurs de banques du pays. Et il est dit qu’ils veulent rendre les quartiers les plus chauds de Bruxelles « incontrôlables » et pas plus tranquilles : plutôt que d’ouvrir des cantines ou des dispensaires populaires pour rassasier et soigner les pauvres —l’Etat ne peut pas penser à tous, il faut bien lui filer un coup de main !—, ils osent ouvrir des bibliothèques subversives et des points de rencontre pour les ennemis des prisons. Et qu’ils diffusent de toutes les manières possibles leur propres idées anarchistes singulières, plutôt que de répéter en choeur celles plus démocratiques. Et que comme des Franti [1], ils rient à la nouvelle de la mort d’un maton.

C’est contre ces canailles si irréductiblement différentes des personnes comme il faut que les journalistes belges sont en train de hurler, lâchés comme des chiens par leurs patrons engagés dans une partie de chasse. Il est probable qu’un jour ou l’autre on entendra les premiers coups de feu. Se perdront-ils dans l’ombre ou atteindront-ils la proie ? En Belgique, comme en Italie, comme dans le reste du monde, le parti de l’Ordre est en train de se mobiliser pour en finir avec tout souffle de liberté. Mais comme nous l’apprennent les anonymes saboteurs belges : « dessine des cages, récolte notre rage ».

[Traduit de l’italien de Finimondo par Brèves du désordre.]

Source : Base de données anarchistes.

Mar 182015
 
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Communiqué officiel. C’est avec la plus grande déception que nous avons appris le non décès de Martin Bouygues. Le 28 février, l’AFP annonçait pourtant son décès, mais il faut décidément se méfier de la presse, surtout quand elle annonce de bonnes nouvelles. En fait, le milliardaire était en thalasso en Bretagne, et se porte bien… Dommage !

Il pourra donc continuer son œuvre d’abrutissement des cerveaux avec TF1, de construction de prisons et de centrales nucléaires, à développer nos cancers avec ses gadgets téléphoniques et électroniques, à aménager le monde à sa convenance et pour ses intérêts.

Nous ne retirons toutefois pas les quelques godets trinqués à l’occasion, ne désespérant pas recommencer bientôt. Nous nous associons bien sûr à la peine de tous ses salariés, mus un moment par l’espoir légitime qu’une telle nouvelle annonçait. Courage ! Il est plus près de la fin que du début !

Quelques braises de révolte qui couvent sous la cendre.

 

PS : un petit article sur les conditions de travail chez Bouygues TP : https://sous-la-cendre.info/3123/nucleaire-proces-en-correctionnel-contre-bouygues-tp-pour-travail-dissimule-sur-le-chantier-epr

Jan 082015
 
3 poings

Communiqué CNT de la presse:

Nous, journalistes et travailleurs de la Presse, des Médias, de la Culture et du Spectacle, avons appris avec effroi l’attaque dont à été victime la rédaction de Charlie Hebdo.
L’émotion légitime qu’ont provoquée la mort ou les blessures graves infligées à plusieurs de nos confrères ne doit pas prendre le pas sur les principes qui guident notre travail de journalistes et notre engagement de militants de la CNT.
Ces principes nous poussent à prendre ces événements avec recul et professionnalisme et à ne pas agir ou parler sous le coup de l’émotion.
Ces principes nous poussent, aujourd’hui comme hier, à ne pas nous laisser aller aux raccourcis, aux préjugés et aux récupérations politiques d’un événement aussi choquant.
Ces principes nous font dire néanmoins qu’aucun journaliste, travailleur de la presse et des médias ou simple individu ne saurait être menacé, blessé ou tué pour son travail de journaliste ou pour les propos qu’il tient et les opinions qu’il émet.

Nous tenons également à affirmer qu’à aucun moment nous n’accepterons que cet attentat soit utilisé à des fins politiques racistes, haineuses ou sécuritaires, par ceux-mêmes qui sont en grande partie responsables d’une situation sociale catastrophique et qui brandissent les musulmans, les étrangers comme boucs émissaires.

Anticapitalistes, autogestionnaires et antiautoritaires, nous travailleurs de la presse, des médias, de la culture et du spectacle de la CNT ne reviendrons pas sur nos principes et ne nous laisserons intimider pour rien au monde.
Enfin, nous, êtres humains, condamnons ce lâche attentat et rendons hommage aux victimes.

Nous appelons au rassemblement de soutien ce mercredi à 18h Place de la République.
Le Syndicat Interprofessionnel de la Presse, des Médias, de la Culture et du Spectacle, Confédération Nationale du Travail.

Claude Guillon (Lignes de force):

PRÊCHE TRAGIQUE À “CHARLIE HEBDO” : 12 MORTS. Pour qui travaillent les assassins ?

Gueule en deuil

D’abord une remarque concernant le titre de ce billet. L’hebdomadaire Charlie hebdo s’est toujours distingué par un mauvais goût transgressif assumé, se moquant de toutes espèces de victimes : le général de Gaulle (dans une formule célèbre qui est à l’origine de mon titre : « Bal tragique à Colombey : un mort »), mais aussi les victimes d’un incendie dans une discothèque ou des enfants dans un car scolaire.

Les gens qui seraient choqués (c’est leur droit) manifestent leur allergie à ce qu’a toujours été Charlie hebdo (c’est encore leur droit). Ils seront bien aimables de nous épargner le couplet ému sur Charlie hebdo comme incarnation de la liberté d’expression.

Ensuite, et ça n’est pas contradictoire, ma pensée va évidemment à tous les proches des victimes et aux blessé(e)s. À destination des crétins (je sais qu’il y en a) ricanant que je n’ai sans doute pas les mêmes pensées compatissantes l’égard des Palestinien(ne)s lorsqu’ils et elles meurent sous les bombes israéliennes, j’ajoute que si, j’ai les mêmes, et que je récuse absolument l’argument sous-jacent selon lequel assassiner les dessinateurs de Charlie hebdo pourrait se parer en quoi que ce soit de l’argument d’une solidarité avec la Palestine.

Pour qui travaillent les assassins ? La question est formulée de manière rhétorique, que je dois corriger aussitôt. Peu m’importent si ces assassins sont payés ou non, et par qui. Peu m’importe encore ce qu’ils croient faire. Ce qui m’intéresse, c’est ce que produit leur geste.

Les assassins fournissent à l’État une incarnation presque caricaturale du terrorisme. Leur geste entraîne immédiatement la réactivation de mesures de type Vigipirate, mais ce qui est plus grave, il fournit un argument facile pour justifier le récent renforcement des lois dites « antiterroristes », et le suivant, qui ne saurait tarder.

Ce faisant, les assassins renforcent l’État et nuisent à toutes les forces de contestation que les textes « antiterroristes » permettent de surveiller et de réprimer. Ils rendent plus difficile la critique du système. On peut parier qu’ils s’en moquent

Par ailleurs, les assassins se font les attachés de presse bénévoles — à la stratégie certes un peu agressive — du récent livre de Michel Houellebecq, Soumission. Ils rendent également un grand service à des gens comme Zemmour, prochain invité d’Alain Finkielkraut, le 10 janvier, dans son émission de France-Culture « Répliques ».

Il va de soi que les trois personnages ci-dessus mentionnés condamneront fermement, et sincèrement, le massacre commis à Charlie hebdo. Ce qu’ils croient n’a pas plus d’intérêt que ce que croient les assassins. Je m’intéresse à ce qu’ils font. Tous trois répandent, avec des différences voire des divergences personnelles, le mythe d’une défaite de la société française devant un Islam conquérant. Le mythe allant jusqu’au délire d’un prétendu « grand remplacement », affirmé par le misérable Renaud Camus, qui a cessé (?) de compter les juifs à France culture pour compter les musulmans partout (c’est-à-dire probablement dans sa cervelle malade, les « arabes »).

Lequel Camus est protégé par Finkielkraut, qui estime bon et utile de lui donner la parole sur l’un des rares médias où il n’intervient pas déjà, pour des raisons qu’il faudrait une longue psychanalyse pour élucider (il semble que pour ces pauvres gens, le seul choix possible est celui du fantasme idéologique auquel se « soumettre », comme dit Houellebecq).

« Prêche tragique ». C’est suggérer qu’il est légitime d’établir une relation entre les assassins et leur religion. Ces gens tuent au nom de « dieu ». Je ne suis pas spécialiste de « dieu », mais il me semble que ça doit avoir un rapport avec « lui », non ? Je sais que certains vont se vanter de « l’ »avoir eu au téléphone et que non, il condamne l’attentat (tout ça est du déjà vu). On en est réduit à choisir entre différents frappadingues (et oui, comme n’importe qui, en situation, je préfère ceux qui n’ont pas de mitraillette à la main).

Ici, certain(e)s se récrieront contre l’invitation faite aux musulman(e)s de manifester leur réprobation envers les actes commis par des gens supposés adorer le même « dieu » qu’eux. C’est pousser l’hospitalité laïque jusqu’à la niaiserie. Si demain un crétin se réclamant de l’anarchisme posait une bombe dans une mosquée, par exemple (contre toute religion et pour le droit au blasphème) ou dans un restaurant chic (contre les « bourgeois », cela s’est vu à la période dite de la « propagande par le fait »), je me sentirais, en tant qu’anarchiste révolutionnaire, tenu d’exprimer ma condamnation et mon analyse des faits. Je jugerais parfaitement légitime d’être interpellé, en privé et en public, sur cette question. Je ne vois pas pourquoi d’autres ne seraient pas requis de la même manière.

Certes, comme je l’ai évoqué plus haut, ce type d’événement fait nécessairement le jeu de diverses formes de propagandes racistes. Vous en parlerez aux assassins, si la police ne les élimine pas sommairement.

Le renouveau religieux, qui plus est principalement dans une partie de la population française issue de l’immigration, donc victime de discriminations racistes, pose des problèmes stratégiques complexes pour les militant(e)s révolutionnaires athées. Je ne prétends pas fournir dans ces notes rapides des réponses efficientes.

Il est frappant de constater combien ces adversaires mortels (du point de vue des islamistes au moins) partagent certaines réactions archaïques, parfois transformées en positions « philosophiques », comme la misogynie. Les djihadistes et Zemmour se font grosso modo la même idée de « la femme ». Finkielkraut, lui n’est pas d’accord, il a promis de le dire à Zemmour, mais il voit dans les soirées de Strauss-Kahn avec des prostituées la preuve « qu’il aime les femmes », et il s’excuse de prononcer le mot « vagin » à l’antenne…

Dans un récent article de Médiapart (payant), « L’idéologie meurtrière promue par Zemmour », Edwy Plenel souligne un point commun des contempteurs du « déclin français » devant un « péril musulman » : ils font remonter son origine à la Révolution française, aux Lumières et à la théorie du droit naturel. Remarquable contresens des imbéciles pour qui la première République instaurant la laïcité aurait jeté les bases d’une société perméable à la religion… Or les islamistes eux-aussi condamnent le droit naturel, mais cette fois comme un symbole de l’Occident impérialiste, et non plus comme la source de son déclin !

La Révolution française a posé beaucoup des questions qui se posent encore à nous aujourd’hui. Notamment en ce qui concerne la laïcité et la lutte contre les superstitions religieuses : ce qui est légitime, et plus encore ce qui est efficace dans ce domaine. Il nous faut, il nous faudra continuer d’y réfléchir, sous le feu croisé — au sens propre hélas — des fanatiques religieux de tous bords (souvenons-nous de l’attentat contre un cinéma du quartier latin projetant un film jugé « anti-chrétien »), des propagandistes néo-vichyssois et racistes, et des flics démocrates.

Un mot pour clore ces notes : ça n’est pas la première fois dans l’histoire de ce pays qu’insulter une prétendue « divinité » mène à la mort, mais en effet il y avait longtemps que cela n’était pas arrivé.

On nous avait rappelé récemment — hommage à Rémi Fraisse ! — que manifester aussi peut être mortel (cela pourrait inciter certains politiques à davantage de retenue dans leurs larmoiements).

Bref, être humain(e), debout et sans dieu est aussi mortel que la vie elle-même. Cela fera sans doute un peu plus peur à celles et ceux qui n’osaient plus manifester par crainte des balles de caoutchouc.

Je les comprends, mais je manifeste. Sans dieu ni maître. Plus encore : contre tous les dieux, tous les maîtres, et leurs répugnants nervis: violeurs, exciseurs, assassins.

Sans avoir le moins du monde le goût du martyr, force est de constater que l’on ne saurait vivre sans prendre le risque de mourir. Autant que ce soit dans la dignité.

 

Ça faisait longtemps que Charlie Hebdo ne faisait plus rire, aujourd’hui il fait pleurer

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Texte d’analyse à chaud après l’assassinat de 12 personnes lors de l’attentat qui a visé les locaux de Charlie Hebdo le mercredi 7 janvier. Lu sur le site Quartiers libres.

Il est minuit moins le quart dans le siècle. Nous sommes à un point de bascule historique sur l’islamophobie et le déchaînement du racisme en France et plus largement en Europe. La lecture simplifiée à l’extrême par les médias de cette journée du 7 janviers 2015 va se résumer et s’imprimer dans de nombreux cerveaux « par l’attaque meurtrière contre un journal « de Gauche » par des Musulmans. Cela va déstabiliser et retourner des positionnements politiques. La Peur, la colère, la tétanie, l’incompréhension, la panique morale vont chez certains laisser largement place à la Haine.

Au-delà des paramètres d’opportunité militaire qui ont pu justifier le choix de ce journal par ce commando cette attaque correspond à une logique et à une vision politique des tak-taks : précipiter l’affrontement et la radicalisation de fractions importantes de la population. Charlie Hebdo bénéficie d’un capital symbolique encore important à gauche : il est encore considéré comme antiraciste et incarnant la liberté d’expression par de nombreuse personnes. Ce n’est pas Minute ou le Figaro qui ont été visés.
Les tak-tak savent que si la digue antiraciste de gauche saute, alors c’est toute l’Europe qui bascule dans le déchaînement d’une violence raciste symbolique et physique dont les musulmans sont les premières proies. Dans ce scenario les guerriers tak-taks qui se fantasment en défenseurs de l’Islam espèrent que les populations musulmanes alors violemment opprimées viendront trouver protection derrière eux. Un peu comme les sionistes toujours prêts a instrumentaliser les vagues d’antisémitisme pour justifier l’existence de l’état d’Israël en refuge des populations juives opprimées, les tak-taks ont besoin de l’oppression de l’Islam pour conquérir les cœurs des croyants.

Ne soyons pas hypocrites, Charlie Hebdo n’est pas un ami politique. Depuis des années, il a basculé dans le camp de la pensée dominante et participe au développement d’une islamophobie de gauche. Pourtant personne ne peut ni ne doit se réjouir de l’exécution de ses journalistes. Rien ne peut justifier cet acte dans le contexte actuel de la France. Mais cette attaque ne doit pas faire taire non plus les critiques à l’encontre de Charlie Hebdo et de la presse en général sur sa ligne rédactionnelle et humoristique islamophobe.
Aujourd’hui, porter la guerre dans la salle de presse de Charlie hebdo c’est comme poser une bombe à la gare de Bologne. C’est un acte de terreur pour désorienter.

Cette attaque, c’est un verrou qui est mis en place pour nous bloquer entre le marteau des takfirs et l’enclume du néo-libéralisme.

Sur cet acte, complotisme et islamophobie vont prospérer. L’attaque contre Charlie Hebdo permet la prise en otage de millions de personnes de confession musulmane en France et en Europe.

Les seuls gagnants de cette attaque sont les réactionnaires de tous bords, islamophobes en tête. En face, les tak-taks qui veulent le repli sur elle d’une communauté musulmane hétérogène se frottent les mains. Cette attaque, c’est un verrou qui est mis en place pour nous bloquer entre le marteau des takfirs et l’enclume du néo-libéralisme.

Les multiples sensibilités présentes dans les quartiers vont faire face à la sommation de choisir l’embrigadement à la Cause nationale ou la marginalisation et la criminalisation.

Les conditions permettant l’arrivée d’une telle catastrophe étaient réunies, nous le craignions.
Le PS a liquidé durant des années toute opposition à gauche, et surtout celle qui tentait de se construire dans les quartiers populaires. Cela a contribué à laisser le terrain libre à ce qui peut se faire de pire en matière de nihilisme. Parce qu’au delà de la ligne réactionnaire, ce qui marque ce genre d’action c’est l’impasse politique économique et sociale dans laquelle l’Europe se retrouve à chaque crise économique. Le nihilisme d’une partie des nôtres prospère sur la misère que sèment les gouvernements capitalistes en Europe.

Ce qui s’est passé ce 7 janvier, c’est la possibilité offerte par les tak-taks à ceux qui nous oppriment de couper des liens de solidarité et de détruire une communauté de destin entre croyants et non croyants. C’est la possibilité de condamner à l’avance n’importe qui en fonction de sa croyance ou de son faciès.

Les analyses biaisées servant de propagande aux pires réactionnaires, les appels à l’ordre républicain, à l’unité nationale, à la laïcité, à la liberté d’expression, à la démocratie parlementaire comme rempart face à la barbarie de l’ennemi intérieur nous tombent dessus comme une déferlante. Dans ce contexte la ritournelle sur « l’angélisme » dont la « gauche coupable » a fait preuve envers l’immigration et les Musulman.e.s risque de faire basculer bien des personnes raisonnables dans le camp de la haine de l’autre.

La population vivant en France se retrouve coincée dans ce contexte de crise économique entre l’enclume néolibérale qui ne donne pas de solution autre qu’individuelle et le marteau réactionnaire qui met les origines culturelles ou biologiques des classes populaires en compétition. La seule chose à faire est de tenir la ligne qui permette de nous sortir de ce piège : se battre collectivement pour la justice économique et sociale. Pris entre le marteau et l’enclume nous devons stopper le forgeron. Dans cette période sombre nous devons nous inspirer de ce qui se passe ailleurs dans le monde comme au Kurdistan coincé entre l’impérialisme occidental et les réactionnaires de Daesh. Ici comme ailleurs, nous avons la possibilité de créer les conditions de notre libération.

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