déc 122014
 
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Le procès en lien avec l’occupation de l’usine Jeannette, toujours en cours, devait avoir lieu hier, jeudi 11 décembre 2014. Six personnes, qui étaient poursuivies pour trouble illicites, repasseront au tribunal le 29 janvier 2015.

La solidarité devant le tribunal est la bienvenue.

déc 072014
 
maydan

Plus de 100 000 personnes ont manifesté jeudi 6 novembre à Bruxelles contre les mesures d’austérité du nouveau gouvernement de droite. Une mobilisation sociale historique en Belgique marquée par quelques incidents en fin de cortège. 1000 à 2 000 manifestants plus radicaux, notamment des dockers d’Anvers, ont renversé deux voitures, incendié des poubelles et affronté la police. La police a répliqué avec gaz lacrymogènes et jets d’eau, et en chargeant les manifestants à plusieurs reprises.

Source : Le Monde (presse).

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Une vidéo :

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L’atmosphère fut brûlante ce jeudi à la Manifestation nationale. Si elle fut une réussite pour les syndicats, avec plus de 100 000 personnes présentes, elle le fut moins sur son bon déroulement: on dénombre en effet de nombreux et violents incidents. Selon des informations de nos confrères de la Dernière Heure, pas moins d’une cinquantaine à soixantaine de policiers ont été blessés dont certains on ne peut plus sérieusement. « Deux policiers ont été gravement blessés au cours de la manifestation. Ils ont tous deux essuyé un jet de pavé à la tête et ont dû être recousus. Chacun d’entre eux a reçu une trentaine de points de suture », a indiqué Christian De Coninck, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale / Ixelles.

En fin de manifestation, la police a chargé la foule afin de disperser plusieurs centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi, a constaté l’agence Belga. Des incidents se sont déclarés à l’issue de la manifestation nationale et plusieurs véhicules ont été incendiés. Un noyau de plusieurs centaines de manifestants a continué à affronter les forces de l’ordre, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des arroseuses. Vers 16h, la police a finalement chargé pour disperser la foule, sans faire de distinction entre les casseurs et les autres personnes présentes.

Les manifestants se sont réfugiés sur l’avenue de Stalingrad, bloquée par un cordon policier, mais une centaine de personnes se trouvent toujours sur le Boulevard de Midi, cette fois à hauteur de la gare de Bruxelles-Midi.

De nombreux débris jonchent la chaussée et les dégâts sont importants.

Plusieurs syndicalistes interrogés ont déploré ces incidents qu’ils estiment « contre-productifs ». Selon eux, des anarchistes et les dockers d’Anvers sont à la base des violences.Cet après-midi, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des pompes à eau lors d’une confrontation avec les manifestants à la gare du Midi, où des pavés ont été jetés. Des arrestations ont été effectuées.

 

Un journaliste de La DH signale sur Twitter que « le quartier de la porte de Hal est démonté ».

En outre, quelques voitures civiles ont été dégradées et des poubelles sont en feu.

Entre 50 et 60 policiers blessés

Une trentaine d’arrestations parmi les manifestants sont à dénombrer. Selon les informations de nos confrères de La Dernière Heure/Les Sports, pas moins d’une cinquantaine à soixantaine de policiers ont été blessés dont certains on ne peut plus sérieusement. « Deux policiers ont été gravement blessés au cours de la manifestation. Ils ont tous deux essuyé un jet de pavé à la tête et ont dû être recousus. Chacun d’entre eux a reçu une trentaine de points de suture », a indiqué Christian De Coninck, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale / Ixelles

Réseau Stib en difficulté

La Stib annonce que le trafic est dense sur plusieurs de ses lignes. « Nous nous attendons à une heure de pointe difficile avec beaucoup de retards », prévient la société de transport en commun. La station de prémétro Lemonnier a été fermée jeudi vers 17h15 sur ordre de police après la manifestation nationale, a signalé un porte-parole de la Stib sur Twitter. Les trams 3 et 4 ne s’y arrêtent plus. Les trams 51 et 82 ne roulent plus entre la Gare du Midi et la Porte de Ninove. La police bruxelloise a par ailleurs précisé vers 16h15 que le Boulevard Anspach, où s’est déroulée la manifestation nationale, était rouvert à la circulation entre De Brouckère et la Rue des Riches Claires.

L’heure de pointe de la soirée se déroule normalement sur les autoroutes autour de Bruxelles et sur les principaux axes de la capitale, annonce jeudi le centre flamand du trafic (Verkeerscentrum Vlaanderen). Les problèmes de circulation générés par la manifestation se concentrent principalement sur la partie sud de la petite ceinture, dont quelques tunnels demeurent fermés.

Le comité ministériel restreint invitait les représentants des trois syndicats jeudi à 17h00 pour « poursuivre le dialogue », a indiqué le cabinet du Premier ministre Charles Michel.

 

 

 

 

Cécile Jodogne dénonce les violences contre les pompiers

 

La secrétaire d’État bruxelloise en charge du Service de l’Incendie et de l’Aide Médicale Urgente a fermement dénoncé jeudi les violences exercées contre les pompiers ambulanciers et la dégradation de leur matériel de travail lors de la manifestation nationale. Se disant consternée par les violents incidents survenus à l’encontre des pompiers ambulanciers bruxellois et des services de police, Cécile Jodogne a tenu à rappeler que le droit de manifester était un fondement de la démocratie.

« Il est cependant regrettable qu’une minorité violente profite de ce droit pour saccager et attaquer. S’en prendre ainsi aux postes médicaux, mis en place pour porter secours immédiatement aux manifestants, est inadmissible », a-t-elle commenté.

Pour Mme Jodogne, une fois qu’une estimation claire de l’étendue des dégâts et des blessures sera établie, « il faudra prendre des mesures envers les auteurs de ces actes inacceptables ».

 


La FEB occupée par plus de 150 personnes

 

Le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) à Bruxelles a été occupé par plus de 150 militants des Jeunes Organisés et Combatifs (JOC), des Jeunes FGTB, des Jeunes ACV-CSC Bruxelles, de l’USE, des Jeunes Anticapitalistes (JAC) et de l’Union syndicale étudiante (USE) entre autres, a indiqué jeudi Antoine Roisin, porte-parole des JOC. La FEB a confirmé l’occupation mais n’a pas souhaité la commenter. « Nous avons tenu une assemblée et un tribunal symbolique pour juger la FEB qui détruit l’emploi, s’accapare les richesses et détourne la démocratie. L’une des propositions de ce tribunal est de réduire le temps de travail avec maintien de salaire et embauche compensatoire. Quant aux responsables et administrateurs de la FEB, le jury populaire envisage de les condamner aux travaux forcés », a indiqué Antoine Roisin, porte-paroles des JOC.

« Depuis des années, la FEB et ses membres prêchent l’austérité et la destruction de nos avenirs au nom des profits de leurs actionnaires. Pour l’imposer via leurs relais politiques, ils ont pris en otage la démocratie », a-t-il ajouté.

Plus de 100.000 participants dans le cortège, selon les syndicats

Alors que le cortège de la manifestation nationale s’élance dans les rues du centre de Bruxelles, les syndicats évaluent à plus de 100.000 personnes la participation à celle-ci. Les trois organisations (CSC, FGTB et CGSLB) ont par ailleurs indiqué accepter l’invitation de leurs représentants au conseil des ministres restreint qui se tiendra à 17h. La FGTB revendique au moins 60.000 participants, tandis que la CSC indique fournir quelque 50.000 manifestants. La police de Bruxelles a confirmé l’estimation de 100.000 manifestants sur son fil twitter.

« C’est la mobilisation la plus importante depuis des années », se félicite Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC. « Ce qui me frappe, c’est la présence de personnes qui ne manifestent jamais d’ordinaire. »

Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, a tenu à rappeler que cette manifestation constituait « un signal fort pour le gouvernement ». « Les mesures prévues touchent tout le monde. Le pouvoir d’achat sera mis à mal, tant pour les travailleurs que pour les allocataires sociaux et les petits indépendants. »

Jan Vercamst, le président de la CGSLB, a pour sa part indiqué qu’il était ravi de répondre à l’invitation du Premier ministre, ajoutant que son organisation conservait des contacts avec les partis libéraux et le CD&V. Il a par ailleurs balayé la question communautaire quant à la participation à la manifestation, précisant que 60% des militants CGSLB présents sont néerlandophones.

Le dispositif de sécurité nécessaire à un événement de cette ampleur est en vigueur, indique la police de Bruxelles. Une vingtaine de membres de la Croix-Rouge de Belgique sont également mobilisés. Les pompiers font savoir que, étant donné la difficulté de passage, des équipes sont en stand-by en cas d’accident.

 

Des slogans forts

Parmi les moments forts de l’événement, plusieurs slogans ne sont pas passés inaperçus. « Michel 1er nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage », stipule un paquet de cigarettes géant porté par des affiliés CSC Metal. « Ici, dumping social » , annonçait ainsi une vaste banderole installée devant l’entrée de la tour GDF Suez.

Surfant sur la mode des clowns, un membre du syndicat chrétien, avec son nez rouge et son chapeau, signale sur sa pancarte: « Je suis un clown triste, un plat de misère pour nous », renvoyant vers le site internet du même nom unplatdemisere.be.

Et en Flandre? Ils travaillent selon le Voka…

Dans près de 90% des entreprises du Nord du pays, tous les employés sont sur leur lieu de travail ce jeudi 6 novembre selon la Voka. Dans un communiqué, le réseau des entreprises flamandes annonce que la plupart des travailleurs du secteur privé ont décidé de poursuivre normalement leur activité malgré la manifestation nationale dans les rues de la capitale.

La Voka apporte, en outre, quelques précisions sur les 10% d’entreprises où les effectifs ne sont pas au complet. Dans l’immense majorité de celles-ci, moins de 10% des collaborateurs sont absents. Parmi les plus de 1.000 entreprises flamandes évoquées par la Voka, il y en a seulement 10 où plus de 30% du personnel ne s’est pas présenté sur son lieu de travail ce matin.

Le patron des patrons, Jo Libeer, exprime sa gratitude aux 1,6 millions de salariés « qui travaillent aujourd’hui pour préserver notre prospérité. »

« Les objectifs avoués de la manifestation reposent sur une déformation de grande ampleur de la réalité »

Les objectifs avoués de la manifestation « reposent sur une déformation de grande ampleur de la réalité », estime jeudi l’Union wallonne des Entreprises (UWE) dans un communiqué. « Il s’agit, dans le programme gouvernemental, de préserver un modèle social et non de le mettre à mal. Et la marge de manœuvre est très réduite, contrairement à ce que prétendent les syndicats et les opposants politiques », analyse l’UWE. Cette dernière déplore en outre que cette manifestation, de même que les quatre journées de grève prévues, n’a pas été précédée de la moindre concertation, ni avec le gouvernement ni avec les employeurs.

Source : La libre (Presse).

 

nov 112014
 
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La mobilisation sociale contre les mesures du gouvernement Michel a été très importante ce jeudi. Plus de 100 000 manifestants, d’après la police, ont défilé depuis midi en front commun dans les rues de Bruxelles. Les syndicats estiment la participation à 120 000 personnes, et demandent la reprise du dialogue social. Des incidents se sont produits entre policiers et manifestants dans le quartier de la gare du Midi.

Les violences ont éclaté entre certains manifestants et la police près de la Gare du Midi. D’après le porte-parole de la police de Bruxelles, il s’agirait de dockers. Une dizaines de voitures ont été incendiées. La Croix-Rouge de Belgique a enregistré jeudi 36 soins sur place et 24 évacuations vers des hôpitaux, selon le bilan final des interventions des secouristes. Des policiers et des manifestants figurent parmi les blessés. Deux policiers seraient dans un état grave.

Video et fil de la journée:

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_manifestation-nationale-a-bruxelles-coup-d-envoi-de-la-mobilisation-sociale?id=8395356

 

 

 

Sur le « Capital » de Piketty

 Posted by on 23 octobre 2014 at 17 h 07 min  Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés
oct 232014
 
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http://www.contretemps.eu/lectures/sur-capital-piketty

David Harvey vient de publier Seventeen Contradictions and the End of Capitalism (Profile Press et Oxford University Press). Dans le texte ci-dessous, initialement paru en anglais sur son blog, il propose un compte rendu critique du livre de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, complémentaire du texte de Michel Husson que nous avions publié dans nos colonnes il y a quelques mois.

Thomas Piketty est l’auteur d’un livre intitulé Le capital au XXIème siècle qui a récemment fait grand bruit. Il y plaide pour des impôts progressifs et une taxe globale sur la richesse, qu’il présente comme la seule voie permettant d’inverser la tendance menant à la constitution d’une forme « patrimoniale » de capitalisme caractérisé par des inégalités de richesse et de revenu qu’il qualifie de « terrifiantes ». Il décrit par ailleurs, avec un luxe de détails éprouvant qui rend difficile de le réfuter, la manière dont cette double inégalité sociale de richesse et de revenu a évolué au cours des deux derniers siècles, avec une insistance particulière sur le rôle du patrimoine. Il démolit ainsi la vision répandue selon laquelle le capitalisme fondé sur le marché libre diffuserait la richesse et constituerait le principal rempart assurant la défense des libertés individuelles. En l’absence d’interventions actives de la part de l’État pour redistribuer les richesses, Piketty montre que le capitalisme de libre marché produit des oligarchies anti-démocratiques. Cette démonstration a au moins autant nourri l’indignation progressiste que provoqué la rage du Wall Street Journal.

Le livre a souvent été présenté comme un substitut, ajusté au 21ème siècle, du travail portant le même titre et accompli au 19ème siècle par Karl Marx. Piketty nie en réalité que c’était là son intention, ce qui est juste de sa part dans la mesure où son livre ne porte pas du tout sur le capital. Il ne nous dit ni pourquoi le krach de 2008 a eu lieu, ni pourquoi il est si long pour autant de gens de se libérer du double fardeau du chômage prolongé et de logements qui ont fait l’objet de saisies immobilières (lost to foreclosure). Il ne nous aide pas à comprendre pour quelles raisons la croissance est actuellement si molle aux États-Unis en comparaison de la Chine et pourquoi l’Europe est prisonnière d’une politique d’austérité et d’une économie en état de stagnation. Ce que Piketty montre statistiquement (et nous lui devons beaucoup ainsi qu’à ses collègues pour cela), c’est que le capital a eu tendance, tout au long de son histoire, à produire des niveaux d’inégalités toujours croissants. Pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas là une découverte. Il s’agissait de surcroît de la conclusion théorique exacte à laquelle Marx avait abouti dans le volume 1 de son Capital. Piketty néglige cela, ce qui n’a rien de surprenant puisque, face à aux accusations de la droite faisant de lui un marxiste déguisé, il a depuis affirmé ne pas avoir lu le Capital de Marx.

Piketty rassemble beaucoup de données pour appuyer son argumentation et son explication des différences entre revenu et richesse est aussi utile que convaincante. Il se livre par ailleurs à une défense réfléchie des impôts sur l’héritage, des impôts progressifs et d’une taxe globale en tant qu’antidotes possibles – quoiqu’on puisse douter de leur caractère politiquement viable – à une concentration accrue de la richesse et du pouvoir.

Mais comment expliquer cette tendance à l’inégalité croissante au fil du temps ? À partir de ses données, agrémentées d’allusions littéraires soignées à Jane Austen et Balzac, Piketty dérive une loi mathématique afin d’expliquer ce qui se joue : l’accumulation toujours croissante de la richesse du côté des fameux 1% – un terme popularisé grâce au mouvement « Occupy » – dérive du fait simple que le rendement du capital (r) excède toujours le taux de croissance du revenu (g). D’après Piketty, cela constitue et a toujours constitué « la contradiction centrale » du capital.

Mais une régularité statistique de ce type peut difficilement fonder une explication adéquate, et encore moins une loi. Quelles forces produisent et maintiennent une telle contradiction ? Piketty n’en dit rien. La loi est la loi et les choses ne sauraient être autrement. Marx aurait évidemment attribué l’existence d’une telle loi à l’asymétrie de pouvoir entre capital et travail, et cette explication est encore valable. Le déclin régulier de la part des salaires dans le revenu national depuis les années 1970 a procédé de l’affaiblissement politique et économique des travailleurs alors que le capital mobilisait technologies, chômage, délocalisations et politique anti-salariés (pensons à celles mises en œuvres par Margaret Thatcher et Ronald Reagan) pour écraser toute opposition. Comme l’a avoué dans un moment d’égarement Alain Budd, un conseiller économique de Margaret Thatcher, les politiques anti-inflation des années 1980 se sont révélées « un très bon moyen d’accroître le chômage, et accroître le chômage était un moyen extrêmement séduisant d’affaiblir les classes populaires… Ce qui a été planifié ici en termes marxistes c’est une crise du capitalisme qui a recréé une armée de réserve de travailleurs et a permis aux capitalistes de réaliser des profits importants depuis lors ». Les inégalités de rémunération entre les travailleurs moyens et les dirigeants de grandes entreprises s’établissaient à 1 pour 30 en 1970. Elles se situent aujourd’hui bien au-dessus 1 pour 300, et dans le cas de MacDonalds à 1 pour 1200.

Mais dans le volume 2 du Capital de Marx (que Piketty n’a pas lu non plus bien qu’il se permette de le rejeter joyeusement), Marx pointe le fait que la tendance du capital à abaisser les salaires aurait à terme pour effet de restreindre la capacité du marché à absorber les produits du capital. Henry Ford reconnut ce dilemme il y a fort longtemps, lorsqu’il fixa à 5 dollars le salaire pour une journée de travail de 8 heures afin, comme il le dit alors, d’accroître la consommation. Beaucoup ont d’ailleurs pensé que la faiblesse de la demande solvable avait sous-tendu la Grande Dépression des années 1930. Cela inspira des politiques keynésiennes expansionnistes après la Seconde Guerre mondiale et aboutit à une baisse des inégalités de revenus (mais guère des inégalités de richesse), dans le contexte d’une croissance forte tirée par la demande. Néanmoins, cette solution reposait sur l’accroissement relatif du pouvoir des travailleurs et sur la construction de l’ « État social » (selon l’expression utilisée par Piketty), fondé sur une taxation progressive. « Au total, écrit-il, sur la période 1932-1980, presque un demi-siècle, l’impôt fédéral sur le revenu aux États-Unis s’établit en moyenne à 81% ». Et cela n’a en aucune manière sapé la croissance (une autre preuve mise en avant par Piketty qui réfute les croyances de droite).

À la fin des années 1960, il devint clair pour de nombreux capitalistes qu’ils devaient faire quelque chose contre le pouvoir excessif des travailleurs. D’où la rétrogradation de Keynes du panthéon des économistes respectables, le passage au mode de pensée de Milton Friedman fondé sur une politique de l’offre, la croisade pour stabiliser sinon réduire la taxation, pour démanteler l’État social et pour discipliner la force de travail. À partir de 1980, les taux supérieurs d’imposition ont été abaissés et les revenus du capital – source majeure de revenu pour les super-riches – ont été imposés à un taux beaucoup plus faible aux États-Unis, accroissant brutalement les flux de richesses en direction des 1% les plus riches. Mais comme le montre Piketty, l’impact sur la croissance a été négligeable. Ainsi, la « percolation » des profits des riches vers le reste de la population – une des croyances favorites de la droite – ne fonctionne pas. Rien de tout cela ne dérive d’une quelconque loi mathématique mais relève de la politique.

Mais quand par la suite la roue a tourné, la question la plus pressante est devenue : où est la demande ? Piketty ignore systématiquement la question. Les années 1990 ont répondu à ce problème par une vaste expansion du crédit, notamment à travers l’inclusion des prêts hypothécaires financiarisés dans les marchés à risque. Mais la bulle financière qui en a résulté était vouée à éclater comme elle l’a fait en 2007-2008, entraînant dans sa chute Lehman Brothers et l’ensemble du système de crédit. Reste que les taux de profit et, plus profondément, la concentration de la richesse privée ont retrouvé très rapidement, après 2009, leurs niveaux d’avant-crise alors que les populations continuaient à pâtir de la crise. Les taux de profit des entreprises atteignent aujourd’hui les niveaux les plus élevés de l’histoire des États-Unis. Les entreprises sont assises sur des masses de liquidités et refusent de les dépenser car les conditions du marché ne leur apparaissent pas suffisamment robustes.

La formulation par Piketty de la loi mathématique masque davantage la politique de classe à l’œuvre qu’elle ne la révèle. Comme l’a remarqué Warren Buffet, « bien sûr qu’il y a une guerre de classe, et c’est ma classe, celle des riches, qui la mène et qui est en train de gagner ». Une mesure clé qui lui assure la victoire tient dans les inégalités croissantes de richesse et de revenu entre les 1% les plus riches et tous les autres.

Il y a néanmoins une difficulté centrale avec la thèse de Piketty, à savoir qu’il repose sur une définition erronée du capital. Celui-ci n’est pas une chose mais un processus de circulation au cours duquel l’argent est utilisé pour générer un surplus d’argent, généralement – mais pas exclusivement – à travers l’exploitation de la force de travail. Piketty définit le capital comme le stock des actifs possédés par les individus privés, les entreprises et les Etats, qui peuvent être échangés sur le marché, peu importe d’ailleurs que ces actifs soient utilisés ou non. Cela inclut la terre, la propriété immobilière, les droits de propriété intellectuelle aussi bien que ma collection d’art ou de bijoux. La mesure de la valeur de toutes ces choses constitue un problème technique délicat qui n’a pas trouvé de solution consensuelle. Afin de calculer un taux de rendement (r) significatif, il faut être capable de calculer la valeur du capital initial. Malheureusement, il est impossible de l’évaluer indépendamment de la valeur des biens et services utilisés pour produire, ou du montant auquel ils peuvent être vendus sur le marché. L’ensemble de la pensée économique néoclassique (qui constitue le fondement de la pensée de Piketty) est fondé sur une tautologie. Le taux de rendement du capital dépend de manière décisive du taux de croissance dans la mesure où le capital est évalué à travers ce qu’il produit et non via ce qui est entré dans sa production. Sa valeur est donc fortement influencée par les conditions spéculatives et peut être significativement déformée par la fameuse « exubérance irrationnelle » que Greenspan1 a attribuée aux marchés financier et immobilier. Si nous soustrayons le logement et l’immobilier – sans même parler ici de la valeur des collections d’art des spéculateurs – de la définition du capital (et les arguments en faveur de son inclusion sont plutôt faibles), l’explication par Piketty de l’inégalité croissante de richesse et de revenu est alors mise en échec, même si demeurent pertinentes ses descriptions de l’état, passé et présent, des inégalités.

L’argent, la terre, l’immobilier et l’équipement qui ne sont pas utilisés productivement ne sont pas du capital. Si le taux de rendement du capital qui est utilisé se situe à un niveau élevé, c’est parce qu’une partie du capital est retiré de la circulation et se trouve, dans les faits, en grève. Restreindre l’offre de capital aux nouveaux investissements – un phénomène dont nous sommes actuellement les témoins – assure un taux élevé de rendement du capital qui est en circulation. La création d’une telle rareté artificielle n’est pas l’apanage des compagnies pétrolières afin de s’assurer une forte rentabilité des capitaux investis : c’est ce que fait n’importe quel capital quand la chance lui est donnée. Voilà ce qui sous-tend la tendance du taux de rendement du capital – peu importe la manière dont il est défini et mesuré – à excéder le taux de croissance du revenu. Voilà comment le capital parvient à assurer sa propre reproduction, nonobstant les conséquences pour nous. Voilà comment vit la classe capitaliste.

Il y a de nombreux résultats valables dans les données mises en avant par Piketty. Mais son explication des tendances inégalitaires et oligarchiques est profondément erronée. Ses propositions visant à remédier aux inégalités apparaissent naïves, pour ne pas dire utopiques, et il n’a certainement pas construit un modèle efficient pour comprendre le capital du 21ème siècle. Pour cela, nous avons toujours besoin de Marx ou d’équivalents contemporains.

Traduit par Ugo Palheta

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  • 1. Directeur, de 1987 à 2006, de la Réserve fédérale, c’est-à-dire de la banque centrale états-unienne.
date:

12/06/2014 – 08:58

David Harvey

La deuxième droite

 Posted by on 15 octobre 2014 at 10 h 36 min  Actualité nationale, Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés
oct 152014
 
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Entretien avec Jean-Pierre Garnier réalisé en 2013, dans lequel il revient sur l’ouvrage qu’il a co-écrit après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 81, intitulé « la deuxième droite » (réédité en 2013). Retour sur cette arrivée au pouvoir donc, mais avec des allers-retours sur la situation actuelle, avec ce rappel: la fonction de la gauche dans le capitalisme est de faire passer les réformes que la droite ne parviendrait pas à faire passer, d’où son nom de « deuxième droite ».

http://cinemamilitant.hautetfort.com/archive/2013/07/27/la-deuxieme-droite.html

 

sept 292014
 
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Blog de la revue Maelstrom:

http://blogmaelstrom.wordpress.com/

À crise extraordinaire, revue peu ordinaire. Maelstrom, publication à numéro unique, est née du besoin de saisir les enjeux de ce qu’on appelle communément la « crise ». Par le libre jeu de la réflexion et du débat, elle réunit, bien loin des partis politiques, des analyses de collectifs et de personnes animés par la volonté de mettre à mal les discours convenus sur la marche du monde. Et ainsi d’alimenter la critique de celles et ceux qui n’entendent pas courber l’échine, qui refusent d’être reduits à de simples marchandises négociables sur le marché du travail et qui s’emploient à attiser le désir de transformation sociale.

Maelstrom, qui paraît en plusieurs langues est un espace d’échanges transnational, car c’est au-delà des cadres nationaux, trop étroits, qu’il s’agit de comprendre les tumultes actuels et de penser la transformation du monde. L’intention est ici de se pencher à la fois sur les conséquences sociales de la crise, les plans de paupérisation qu’on dit d’austérité, ainsi que sur les luttes qui y ont fait face partout en Europe ces dernières années. Des luttes auxquelles ont pu prendre part les contributeurs de Maelstrom, depuis Athènes, Barcelone, Lille, Murcia, Paris, depuis l’Allemagne ou encore le Portugal.

Quelque chose de majeur est en train de se jouer et nous ne pouvons que constater l’inaptitude des politiciens et de leur porte-voix médiatiques à comprendre ou à rendre compte de la nature de cette crise. Nous sommes noyés sous une pluie de chiffres, de courbes et de prévisions contradictoires sans que ne soient jamais posés le pourquoi et le comment nous en sommes arrivés là. Seul le raz-de-marée d’une finance cupide et immorale est désigné comme étant à l’origine du mal. Les projets de sortie de crise ne suggèrent alors qu’un peu de morale pour un hypothétique retour à l’état antérieur… celui-là même qui a conduit à la situation présente !

En rupture avec ces discours empreints de nationalisme, les textes rassemblés ici partent d’un constat commun : cette crise n’est pas le résultat d’une mauvaise gestion des institutions financières, d’une mauvaise intendance de certains gouvernements ou du pillage de certains pays par d’autres. Cette crise est le produit de la dynamique capitaliste.

Elle agit comme un révélateur qui met en exergue la violence structurelle du système. Elle exacerbe le mouvement contradictoire par lequel l’accumulation du capital est accumulation de pauvreté. C’est l’heure de l’épuration, avec d’un côté les fusions et mégafusions d’entreprises, et de l’autre l’appauvrissement des populations permettant une baisse du coût du travail. Ce qui était alors sous-jacent apparaît désormais de manière limpide : le pouvoir est dans l’économie. L’économie est donc immédiatement politique. Et le cirque politicien ne parvient plus à dissimuler sa vacuité.

Comprendre les mécanismes de la crise devient alors une nécessité pour appréhender la transformation du rapport social, entraver la propagation de la guerre entre exploités, ce cannibalisme social si utile aux puissants, saisir ce qui imprègne l’ensemble des luttes –comme les grèves de défense des salariés, les luttes pour le logement, celles de l’immigration, ou contre la répression, mais aussi celles liées aux genre, à l’antifascisme, ou à l’environnement. Enfin, pour aller à contre-courant de la raison économique, en se rendant disponible à l’imprévisible et à l’inconnu.

Le mot « crise » n’a pas qu’une connotation négative. Primitivement, le mot latin crisis (« phase décisive d’une maladie ») est emprunté au grec krisis qui désigne le jugement, la prise d’une décision importante. Il renvoie à un moment charnière face auquel un choix est à faire.

juil 102014
 
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Fortunes. Les milliardaires ne connaissent pas la crise

Les milliardaires n’ont jamais été aussi nombreux en France. C’est ce que révèle l’enquête annuelle de Challenges qui montre que les riches ne connaissent pas la crise.

Non, décidément les riches ne connaissent pas la crise. Selon le magazine Challenges, depuis 1996, la fortune cumulée des 500 plus riches de France a quintuplé, et celle des dix premiers du classement a même été multipliée par plus de sept.

61 milliardaires

D’ailleurs, les 500 plus grandes fortunes françaises ont grossi de plus de 15% en un an, atteignant une richesse globale de 390 milliards d’euros. Ces 390 milliards représentent un nouveau record depuis que l’hebdomadaire réalise ce classement (1996), même si l’augmentation avait été supérieure l’année précédente (+25%).

D’ailleurs, il n’y a jamais eu autant de milliardaires en France, puisqu’ils sont désormais 61 contre 55 l’année dernière.

Le classement des plus fortunés

Le trio de tête du classement reste le même qu’en 2012, avec en tête le PDG de LVMH Bernard Arnault, qui a gagné 2,7 milliards d’euros en un an pour atteindre 27 milliards; Liliane Bettencourt – fille du fondateur du groupe de cosmétiques L’Oréal- avec 26 milliards et Gérard Mulliez, fondateur du groupe de distribution Auchan (20 milliards).

Le reste du Top 10

Viennent ensuite Axel Dumas, gérant du groupe Hermès (17 milliards), puis Alain et Gérard Wertheimer de Chanel qui passent de la huitième à la cinquième place (14,5 milliards).Serge Dassault du groupe aéronautique du même nom et François Pinault du groupe Kering sont tous deux à la sixième place avec 13,5 milliards d’euros, devant Vincent Bolloré (Bolloré, 10 milliards), Xavier Niel (Iliad Free, 8,5 milliards), et Pierre Castel (Castel Frères, 7,5 milliards).

juin 102014
 

Texte de 2011, après le contre-G8 du Havre. Peut-être encore plus d’actualité aujourd’hui…

tumblr lbaaechgis1qerud1o1 400 Billet d’humeur

 

Pour en finir avec le concept de peuple

La semaine dernière lors d’une manifestation au Havre contre la tenue du sommet du G8, on a pu voir des altermondialistes brandir le slogan « les peuples, pas la finance ». Il est bien triste de voir des gens qui s’inscrivent dans une idée d’émancipation proclamer des devises aussi nulles. Pour eux, il s’agit de se référer de manière positive à l’idée de peuple, et de lui opposer le mal qui serait la finance, le bon peuple contre les méchants banquiers – deux non-sens dans une seule phrase.

 

D’abord le bon peuple : dans son origine latine, le concept de peuple désigne l’ensemble des citoyens d’une cité, c’est-à-dire ceux qui ont des droits. Dans l’histoire moderne, le terme de peuple est indissociable de celui de la nation ou du territoire. C’est pour cela qu’en général il est suivi d’un adjectif, le peuple français, américain, espagnol, etc… En fonction de la culture politique, il est associé plutôt à l’idée de la nation – c’est le cas en France avec le droit du sol – ou alors à celle de l’ethnie comme par exemple en Allemagne avec le droit du sang. Cela explique d’ailleurs aussi qu’aujourd’hui en Allemagne ce sont en général les milieux d’extrême droite qui utilisent de manière positive la référence au Volk (peuple). Vers la fin du 19ème siècle était né en Allemagne se qui s’appelait le mouvement « völkisch », qui définissait l’appartenance à un peuple par la descendance (par le sang). Il prônait un retour à la nature, une identification des gens avec leur terroir et avec leur pays (au sens géographique) et faisait découler de cela une identité nationale. Cette identité, soi-disant allemande, se manifestait dans la musique, les beaux arts et plus tard aussi dans la politique. La suite de l’histoire est bien connue : les nazis se sont nourris massivement du mouvement völkisch et ont mis en place la domination et l’éradication de ceux qui étaient définis comme étant non allemands.

 

Un autre problème est que des concepts tels que peuple et nation fonctionnent toujours logiquement aussi par l’exclusion : si je remplis les critères d’adhésion (nationalité, ethnie, lieu de naissance…), je peux en faire partie ; si je ne remplis pas ces critères, j’en suis exclu. Aujourd’hui en France par exemple, si on s’en tient à la définition du Petit Robert, un sans-papiers ne fait pas partie du peuple car pour cela il faudrait « avoir en commun un certain nombre de valeurs et d’institutions ».

 

A titre purement personnel, n’importe qui peut constater qu’il est ridicule dans une perspective d’émancipation de vouloir s’attacher à l’idée d’un peuple. Je suis étranger vivant depuis presque trente ans en France, à quel peuple devrais-je me sentir appartenir ? Ces tentatives de définitions d’identité sont grotesques. La seule possibilité est de critiquer radicalement ces concepts tout à fait réels que sont peuples, Etats et nations. Il faut également démontrer la fausse opposition entre politique et économie, Etat et marché ainsi que planification et concurrence.

 

Vous allez me rétorquer que les altermondialistes qui parlent du peuple veulent dire le peuple du bas, en gros vous et moi contre eux, le vrai peuple quoi. Là, c’est la plus simpliste argumentation de lutte de classes qui commence vraiment à sentir le moisi, et il est étrange que ce soit des gens qui prétendent ne pas faire de la politique ou alors faire de la politique autrement qui reprennent cet argumentaire litanique digne de la belle époque du PCF. Enfin on a trouvé le nouveau sujet révolutionnaire.

 

Venons-en à la deuxième partie du slogan affiché : la finance. Dans une critique tronquée de la société actuelle, c’est la finance qui est assimilé au mal. C’est elle, avec la figure emblématique du banquier, qui serait responsable de la globalisation de l’économie, de la pauvreté dans le monde et des guerres sur la planète. Ah ! que cette vision est bien commode : elle permet de trouver quelques coupables, de renouveler sans cesse les fantasmes de conspiration et surtout de ne pas remettre en question le capitalisme ainsi que ses institutions que sont la politique et l’Etat. Il est clair qu’aujourd’hui les montants des transactions financières dépassent largement la production matérielle, mais la faute à cela n’est pas à chercher du côté de quelques banquiers et spéculateurs certes peu fréquentables. Si l’argent est investi massivement dans la spéculation, c’est que le secteur productif ne garantit plus assez de survaleur pour un système qui se moque de tout sens et ne connaît que la croissance. Dans cette optique, il n’y a pas de retour en arrière possible vers un capitalisme plus raisonnable, mieux géré. C’est la folie et le caractère destructeur de la socialisation capitaliste dans son ensemble qu’il faut dépasser, sans se limiter à son dernier avatar qu’est la bulle spéculative. Pour cela, il est déjà important de critiquer des concepts tels que peuple et nation, en reconnaissant qu’ils font partie du problème et non de la solution.

Paul Braun, 2011.

mai 022014
 

mail reçu :

Salut,

Depuis Juin 2013, les syndicats CGT et SUD et le personnel de l’HP de Caen bataillent sévère contre la direction qui veulent leur retirer 5 jours de RTT.
Le 24 Avril, les instances ont de nouveau été bloquées pour éviter que le directeur ne fasse passer son plan qu’il a alourdi au passage en annonçant la supression de 30 postes, le paiement des consultations externes par les patients et le paiement des chambres individuelles… Les médecins se sont joint au personnel du bout des lèvres.
Mais le directeur a plus d’une cartouche en réserve puisqu’il a assigné en référé les deux syndicat au tribunal de grande instance le 30 Avril. Résultat, après une lecture à charge des tracts de la CFDT pour mieux enfoncer CGT et SUD, le verdict est tombé :

-il est ordonné que les instances à venir puissent se tenir sous protection policière si une manifestation au même moment avait lieu.

-il est interdit sous peine d’amende (500 euros par jour) de se réunir ou de manifester devant les instances au moment de leur tenue. Cette amende est valable pour chaque syndicat, MAIS aussi pour chaque agent présent.

-il est interdit à chaque syndicat sous peine de la même amende d’écrire un tract appelant à une manifestation « devant l’instance ou à proximité »

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mai 012014
 

3 poings

Plusieurs personnes, notamment des doctorants vacataires, ont envahi le comité technique de l’université de caen jeudi 24 avril. Ils et elles exigeaient d’être payés. En effet, ils et elles travaillent depuis septembre sans rien avoir touché, certain-es n’ayant même pas signé de contrat. Les ressources humaines les ont envoyés balader quand ils ont réclamé leur dû (proposant même de faire un prêt à la banque, ou affirmant qu’ils ne sont « pas un bureau d’action sociale »…). L’université s’appuie pourtant sur ces vacataires pour fonctionner, puisqu’ils assurent de nombreux cours, d’autant plus depuis que les recrutements d’enseignant sont gelés pour faire face aux difficultés budgétaires organisées par l’Etat. Les personnes qui se sont invitées à cette instance dénonçaient aussi le refus systématique des exonérations de frais d’inscription pour ces mêmes vacataires, ce qui fait qu’ils et elles paient pour bosser !

En outre, ce type de conditions de travail annoncent probablement ce qui va se généraliser à l’avenir…

des tracts et bds détournés sur un site dont nous ne partageons pas la visée :

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6704

et un communiqué de soutien d’un syndicat étudiant local :

Solidarité avec les personnel-le-s thésard-e-s
contractuel-le-s de l’université de Caen !!

SL-Caen (Syndicat de Luttes – Caen) affirme son soutien le plus total envers la lutte menée par un certain nombre de doctorant-e-s contractuel-le-s de l’université de Caen. En effet, une partie de ces dernier-e-s ne sont pas payé-e-s depuis le mois de septembre (!!) par l’université, n’ont signé aucun contrat de travail, et se retrouvent ainsi dans une situation plus que précaire. Qui plus est, contrairement à d’autres universités, la direction de la fac de Caen a refusé en bloc d’exonérer leur frais d’inscription. A titre d’information, un certain nombre d’entre eux/elles sont indemnisé-e-s par Pôle Emploi, et leur indemnisation est diminuée en fonction du salaire qu’ils/elles auraient dû percevoir par l’université. L’université de Caen se place ainsi dans l’illégalité au regard du droit du travail, et se sert de ces personnel-le-s précaires indispensables au bon fonctionnement des enseignements et examens comme marge d’ajustement pour équilibrer son budget. Rappelons que la fac de Caen, qui applique les yeux fermés les réformes capitalistes néolibérales, notamment à travers l’autonomie financière des universités (loi LRU en 2007 et loi Fioraso en 2013) qui entérine le désengagement financier de l’Etat et laisse le soin aux universités de gérer leur « masse salariale » et trouver elles-mêmes de nouvelles sources de financement (mécénat, entreprises du bassin économique locale, vente ou location des bâtiments, frais d’inscriptions liées aux formations initiales et continues, etc.), s’est retrouvée en déficit de 2,2 millions d’euros en 2013. Comme toute bonne entreprise, la direction s’attaque directement aux personnel-le-s en supprimant ou gelant 200 postes pour les années 2013 et 2014, en fusionnant de force les filières d’ici à 2015-2016, ou encore en ne payant pas les personnel-le-s doctorant-e-s contractuel-le-s…

SL-Caen soutient activement l’action du jeudi 24 avril 2014 au Comité Technique, chargé de la politique de l’emploi de l’université de Caen, visant à la mise en conformité avec le code du travail et le paiement immédiat des salaires non versés depuis le début de l’année universitaire. Nous dénonçons les pratiques illégales de l’université de Caen, et la gestion managériale antisociale menée par l’équipe dirigeante.

Nous soutiendrons toute initiative des personnel-le-s contractuel-le-s ou non allant dans le même sens.

Contre les suppressions de postes, de filières,
et la précarité au travail !!

Contre l’autonomie financière des universités et pour une embauche massive de personnel-le-s, payé-e-s en temps et en heure et avec un véritable contrat de travail !!

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