juil 282014
 
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À travers Micrurus nous — les membres du Collectif Médecine Libertaire — avons simplement souhaité penser et faire penser la médecine d’un point de vue libertaire. Autant parce que la médecine et le rapport que nous pouvons avoir à nos corps est une porte d’entrée dans le politique des plus conséquentes, que parce que ce thème a peu été exploré dans le courant de pensée « anti-autoritaire » de ces dernières années.

  Que l’on fasse une analyse structurale de l’organisation politique de la médecine occidentale ou que l’on se penche sur le biopouvoir et les rapports intimes que chacun·e d’entre nous a pu expérimenter à son contact (ou plutôt au contact de ses institutions ou de ses représentant·e·s), il y a un exercice rupturiste important à mettre en oeuvre. Cette exercice, nous le faisons nôtre dans le but d’arracher aux dominant·es ou à leurs systèmes une autonomie des corps dans une perspective émancipatrice plus large.

  La cohérence de ce premier Micrurus est aussi complexe que son sujet. Certains des textes choisis ici proposent des visions globales, d’autres adoptent des axes de réflexions plus particuliers. Nous avons également choisi de mettre en avant la place du ressenti dans l’activisme politique. Notre but ici n’est pas de construire une nouvelle doctrine, mais de rassembler des textes qui peuvent nourrir la réflexion et amener à des actions.

librement téléchargeable ici : http://sous-la-cendre.info/wp-content/files/Micrurus_0_bd.pdf

Les Moso, une société sans mariage

 Posted by on 3 juin 2014 at 12 h 14 min  Féminismes / Genre / Sexualités  Commentaires fermés
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Chopé sur le blog de Darmangeat, qui a publié Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était et Conversation sur la naissance des inégalités. Il renvoie à un docu sur les Moso, peuple de Chine qui ne connaît pas les liens du mariage et où une certaine égalité hommes-femmes existe, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de situations de domination et d’autres formes de domination (par exemple des anciens).

Un webdoc sur les Na (Moso)

Les Na (ou Mosuo, Moso) sont un peuple de l’ouest de la Chine, sur les contreforts de l’Himalaya, qui attire régulièrement l’intérêt des medias par sa structure familiale exceptionnelle. C’est en effet la seule société au monde qui ignore le lien du mariage et, par conséquent, celui de la paternité. Il n’en fallait pas davantage (mais c’était, il est vrai, déjà pas mal) pour que les Na soient propulsés comme l’archétype du « matriarcat ».

Ce webdoc, réalisé par Aurélien Bertini, Aurélie Jeanningros et auquel l’anthropologue Cai Hua a prêté son concours, n’échappe pas à la règle  : http://www.leffetdelapluiesurlherbe.com/

On apprendra ainsi que les femmes Moso, comme il est de règle dans la plupart des pseudo-matriarcats, détiennent d’importants pouvoirs économiques, qui sont au fondement de leur puissance sociale (tout à fait réelle). « Elles seules ont droit à l’héritage » — je ne sais pas s’il n’y a pas là un peu d’exagération ; mais en tout cas, elles sont les détentrices des principales richesses. Comme je le disais, le lien du mariage et, par conséquent, celui de la paternité, est socialement inconnu : si nous sommes passés, non sans quelques difficultés, au mariage pour tous, les Moso, eux, vivent depuis fort longtemps selon le principe du « mariage pour personne » et ils ne semblent pas s’en porter plus mal. La partie consacrée au « libertinage pudique » démontre ainsi que les conceptions concernant la sexualité et la jalousie n’ont rien à voir avec celle qu’on attribue souvent bien hâtivement à une prétendue nature humaine ; et on trouvera dans ce petit peuple quelques bonnes raisons d’espérer que l’humanité puisse sortir un jour prochain de rapports sociaux où la domination et l’intérêt impriment leur marque sur les relations amoureuses.

Néanmoins, le texte du webdoc est parfois déconcertant. D’un côté, il emprunte son vocabulaire aux clichés les plus désastreux sur les « matriarcats » des sociétés primitives (dont une référence au site www.matricien.org, qui représente une caricature concentrée de ces clichés) ; de l’autre, il apporte un très sérieux correctifs à ces fantasmes. Le tout donne des phrases en forme d’oxymore, où on a parfois du mal à retrouver ses petits.

On lit ainsi que le terme de matriarcat « désignerait un système social dominé exclusivement par les femmes, dans lequel elles occuperaient les mêmes positions institutionnelles que les hommes. Il s’opposerait au patriarcat. » Mais comment un système où les femmes occuperaient les mêmes positions institutionnelles que les hommes pourrait être dominé exclusivement (pourquoi exclusivement, d’ailleurs ?) par elles ? Cela n’a aucun sens. Et si le matriarcat (quelle que soit sa réalité) s’oppose au patriarcat, il n’et pas le seul ; l’idéal moderne de l’égalité des sexes aussi.

De même, on découvre que « le matriarcat moso n’a rien à voir avec la gynarchie féministe ». Or, d’une part, j’ignorais que le féminisme consistait à prôner la gynarchie ; d’autre part, si le matriarcat n’est pas la gynarchie, il est bien dommage en ce cas d’utiliser deux mots construits sur la même étymologie (« pouvoir » en Grec). Il eut été plus simple, et plus clair, de ne pas parler de matriarcat. Au demeurant, le documentaire caractérise parfaitement les rapports entre genres en parlant de « société sexiste, où hommes et femmes ont chacun des fonctions et des droits différents » ; les hommes, selon un schéma universel dans les sociétés primitives, « gardent le pouvoir politique et gèrent les affaires extérieures au clan ».

Nonobstant ces quelques réserves, ce documentaire permet de découvrir, sans l’idéaliser, la vie de ce peuple, et mérite le détour.

PS : merci à Yann de m’avoir indiqué le site !

juil 252013
 
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Sida en Grèce : retour des dépistages forcés et détentions de séropositifs

Renée Greusard | Journaliste Rue89
C’est passé presque inaperçu, au cœur de l’été. Au début de ce mois de juillet, le gouvernement grec a réinstauré une mesure sanitaire plus que polémique, raconte le site d’informations américain Salon. Désormais, en Grèce, les dépistages du VIH pourront être forcés et la police sera autorisée à détenir des individus suspectés d’être porteurs du virus, et plus précisément les populations dites à risques.

Cette mesure, dite 39A, avait déjà été décidée en avril 2012 par un ministre socialiste, Andreas Loverdos, mais avait ensuite été annulée en avril dernier, par son successeur d’un autre parti de gauche, Dimar.

Les prostituées inculpées pour crime

Il avait en effet été révélé que la police utilisait la mesure pour cibler les travailleurs du sexe, les migrants et les SDF. Elle les arrêtait, les forçait à faire le test de dépistage du VIH puis s’autorisait des détentions sur le long terme quand les tests s’avéraient positifs.

Un SDF atteint du VIH mendie dans les rues d’Athènes, le 7 août 2012 (ARIS MESSINIS/AFP)

Particulièrement visées, les prostituées, souvent issues de l’immigration, se sont retrouvées au centre d’un climat plein d’animosité et désignées comme des « bombes sanitaires ». Elles étaient souvent inculpées pour crime et transmission intentionnelle de virus mortel, ou encore pour non-protection ayant entraîné une contamination.

Beaucoup se sont retrouvées détenues à attendre pendant des mois leur procès avant d’être souvent acquittées. Pas assez de preuves.

« C’est profondément inquiétant »

A l’origine du retour de cette loi, on trouve le ministre d’extrême droite Adonis Georgiadis. Dès le lendemain de sa nomination à la Santé (le 25 juin dernier lors d’un remaniement), il a réintroduit cette mesure.

De ce ministre aussi appelé Spyridon-Adonis Georgiadis parfois, le New York Times rappelle qu’il a dit que les juifs contrôlaient le système bancaire, qu’il a aussi vanté les écrits de Konstantinos Plevris, un négationniste grec.

Dès l’annonce du retour de la mesure, des ONG ont demandé son retrait. Une chercheuse de Human Rights Watch, Judith Sunderland, a alors déclaré :

« C’est profondément inquiétant qu’il ait suffi d’une journée au nouveau ministre de la Santé pour remettre en place cette régulation qui viole les droits de l’homme et stigmatise des populations vulnérables. Mesure qui s’est de plus déjà illustrée par son effet contre-productif à protéger la santé publique. »

Hausse des contaminations

Une hausse des contaminations a en effet été constatée en Grèce, depuis le début de la crise. Dans son rapport de 2012, le Centre pour le contrôle des maladies et la prévention (Keelpno) explique que, durant l’année 2012, 1 180 cas d’infection au VIH ont été rapportés. Jamais de chiffre aussi élevé n’avait été enregistré. Le rapport annonce aussi que la prévalence du virus a augmenté de 22% entre 2011 et 2012, et de 58% entre 2010 et 2011.

Ces chiffres font donc aussi dire à la chercheuse de Human Rights Watch :

« Si le gouvernement a vraiment la volonté de lutter contre le sida et les autres maladies infectieuses, il devrait alors se concentrer sur l’accès au système de santé et l’information publique. »

juil 242012
 
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Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, resteront en prison au moins jusqu’en janvier 2013. Arrêtées il y a quatre mois pour un happening anti-Poutine, les trois musiciennes du groupe punk russe Pussy Riots ont comparu vendredi devant le tribunal de Khamovnitcheski qui les a maintenues en détention, comme le demandait le parquet.

Cet acharnement politico-judiciaire choque une partie de l’élite intellectuelle éclairée de Russie, qui a signé le mois dernier une pétition pour demander leur libération.

Mais il faut remonter aux événements du 21 février pour comprendre les raisons de la vindicte de Vladimir Poutine.

« Mère de Dieu, chasse Poutine ! »

Ce jour-là, les trois jeunes femmes, le visage cagoulé, ont chanté dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, avec d’autres membres de leur groupe, une « prière punk » intitulée « Mère de Dieu, chasse Poutine ! », devant l’autel.

Une chanson dénonçant le soutien de l’Eglise à Vladimir Poutine, qui devait être réélu président le 4 mars. La charge était sévère :

« Ça donne la nausée cette propagande que mène le patriarche en racontant que Poutine aurait “rectifié la courbure de l’histoire”. Si Poutine a rectifié quelque chose, c’est les poches de ses proches, dont celles de Sa Sainteté Kirill [patriarche de l’église orthodoxe de Russie, ndlr]. »

A la suite de ce happening, trois des jeunes femmes avaient pu être identifiées puis arrêtées. Elles risquent aujourd’hui sept années de prison.

Un « ?crime pire qu’un meurtre? »

Pour les pro-Kremlin, les jeunes femmes ne sont que « les instruments » de forces « extérieures » cherchant à déstabiliser la Russie.

Le porte-parole du patriarcat, Vsevolod Tchapline, a estimé pour sa part que les jeunes femmes avaient commis un « ?crime pire qu’un meurtre? » et devaient être « ?punies? », rappelle le site partenaire de Rue89 Aujourd’hui la Russie.

En avril, Kirill avait lancé un appel à la prière afin de laver l’affront. Des dizaines de milliers de fidèles se s’étaient réunis autour de la cathédrale à Moscou mais aussi dans d’autres villes de Russie « pour la correction de ceux qui souillent les lieux sacrés et la réputation de l’Eglise », selon les termes employés par le patriarcat.

Si leur performance a également suscité l’indignation de nombreux croyants en Russie et est perçue comme une insulte à leurs sentiments religieux, l’attitude intransigeante du patriarcat qui veut les voir sévèrement punies est jugée disproportionnée.

Vladimir Loukine, délégué aux droits de l’homme auprès du Kremlin à l’époque de Medvedev, a appelé à la clémence et à se comporter de manière « ?chrétienne? » à l’égard de trois jeunes femmes :

« ?Ces jeunes filles sont des polissonnes, et même dans une certaine mesure des effrontées, mais il faut se comporter à leur égard de manière humaine et chrétienne. Il faut les laisser rentrer à la maison et leur souhaiter qu’elles ne recommencent pas ; au maximum leur infliger une amende.? »

Amnesty International a appelé à la libération immédiate de trois jeunes femmes arrêtées dans un communiqué publié sur son site en russe, où l’ONG reconnaît ces femmes comme « prisonnières de conscience ».

Emancipation politique et sexuelle

Le groupe informel – sa composition peut changer, notamment en cas d’arrestation… – s’est créé seulement en 2011 ; quand il a semblé clair à ces jeunes femmes que la Russie manquait cruellement d’émancipation politique et sexuelle, précise Aujourd’hui la Russie.

Ses chansons traitent des ravages de la routine dans la vie quotidienne, des conditions de travail difficiles pour les femmes et de la bonne façon de réprimer les hommes.

Tout un programme pour Pussy Riot qui veut transmettre son indignation face au système actuel qui, selon elles, opprime le droit des femmes russes.

Côté artistique, les membres du groupe rapportent aussi chanter le plus mal possible afin d’éviter la commercialisation de leurs ch

ansons… On comprend que Pussy Riot est surtout devenu célèbre avec ses performances, organisées dans les endroits les plus inattendus.

A l’attaque des transports publics

Les Pussy Riot disent ne pas être intéressés par les concerts officiels, et croient que chaque musicien doit expérimenter le chant dans un espace de la ville, en face d’une nouvelle audience.

Opération réussie d’abord dans le métro de Moscou, où, lors d’un concert l’an dernier en hommage aux révolutionnaires de la place Tahrir du Caire, le groupe a déchiré des oreillers faisant tomber des milliers de plumes blanches sur les têtes des passagers, puis sur le toit d’un trolleybus.

Le groupe féministe russe s’est inspiré du printemps arabe pour créer son premier clip. Les trois chanteuses ont ainsi crié les slogans : « L’air égyptien est bon pour les poumons », « Amenez Tahrir sur la Place Rouge », « Le fouet féministe est bon pour la Russie ».

De quoi expliquer, là encore, l’acharnement de Vladimir Poutine a écarter ces germes de révolution.

Source : http://www.rue89.com/2012/07/21/les-pussy-riots-ces-punkettes-que-poutine-veut-garder-en-prison-234044

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