déc 222014
 
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La matinée du mardi 16 décembre nous a surpris par une vague de perquisitions et d’arrestations. Elle nous a surpris ? Nous ne mentirons pas. Reprenons depuis le début. Le matin du 16 décembre ne NOUS A PAS surpris. La police autonome catalane, les Mossos d’Esquadra, la Guardia Civil et les agents judiciaires de l’Audienca Nacional [1] sont partis à l’assaut de plus de 10 domiciles et de quelques locaux anarchistes à Barcelone, Sabadell, Manresa et Madrid, avec leur lot de perquisitions, d’arrestations, de confiscation de matériel de propagande et informatique, en plus de profiter de l’occasion pour tout retourner et piller aussi, en utilisant tout le corps anti-émeute de la Brigade Mobile des Mossos d’Esquadra, dans la vieille Kasa de la Muntanya, un espace occupé qui vient de fêter ses 25 ans.

 

Selon la presse, qui a comme toujours démontré son rôle de porte-voix policier, l’objectif de ces arrestations est de désarticuler « une organisation criminelle à finalité terroriste et de caractère anarchiste violent ». Bien qu’il soit facile de répéter une fois de plus une phrase tout faite, nous allons le faire : la seule organisation criminelle qui cherche à terroriser les gens de par son caractère violent est l’État et ses tentacules : la presse, l’appareil juridique, ses corps répressifs et ses politiciens, d’où qu’ils proviennent.

Pourquoi cette répression ne nous surprend-t-elle pas ? Parce que nous l’attendions.

Il ne s’agit pas de jouer à l’oracle, rien de tout cela, seulement de savoir lire entre les lignes et, parfois de façon littérale, les événements. Comme cela s’est déjà déroulé avec la détention d’autres compagnon-ne-s l’année passée, il y a longtemps que s’orchestrent des vagues comme celle de mardi contre les milieux libertaires et anti-autoritaires. Et si les différentes rafles n’ont jamais été aussi grandes, elles mettaient en évidence un horizon semé de situations de ce genre.

Opération « à l’italienne ».

Depuis deux décennies, le milieu anarchiste de la région voisine qu’est l’Italie vit de temps en temps, et de façon toujours plus régulière ces dernières années, des macro-opérations similaires à celle de mardi. Pas seulement du fait de leur aspect de rafles simultanées et de perquisitions dans différentes maisons, mais aussi à cause de l’utilisation de noms faciles à retenir et un certain humour noir, comme dans le cas de la présente opération, surnommée Pandora car dans ce cas, selon ce que la presse a répété de ses sources judiciaires, « c’était une boîte qui, du fait des nombreuses frayeurs que nous avions, était impossible à ouvrir ». Par « nombreuses frayeurs », ils se réfèrent à différentes actions ayant eu lieu ces dernières années sur tout le territoire de l’État espagnol. Pour revenir aux opérations italiennes, il suffit de rappeler les noms de quelques-unes de celles de ces dernières années, comme l’Opération Thor, dont le nom renvoyait à l’accusation d’une série d’attaques au marteau contre des distributeurs automatiques et autres bureaux ; l’Opération Ixodidae, qui se réfère au nom technique de la famille des tiques, la façon qu’avaient les fascistes de nommer les communistes et les anarchistes ; ou d’autres comme Ardire, Cervantes, Nottetempo, etc.

En plus de la procédure et de la nomenclature, un facteur qui nous rappelle lui aussi beaucoup le pays voisin est le rôle de la presse, laquelle nous a aussi aidé-e-s à voir ce qui était sur le point d’arriver. Depuis environ 3 ans, voire un peu plus, la presse espagnole a commencé une campagne pour préparer le terrain de manière à ce que des opérations comme celles-ci ne soient pas seulement possibles, mais aussi prévisibles. En pointant du doigt des milieux, et même parfois des espaces précis ou des personnes avec leurs nom et prénom, des collectifs, etc, elle travaille à construire une image caricaturale et un rien bizarre d’un ennemi intérieur qui, bien que cela soit habituel depuis des décennies, a pris ces dernières années les caractéristiques très spécifiques de « l’anarchiste violent », de « l’insurrectionnaliste », de « l’anti-système qui s’infiltre dans les mouvements sociaux », etc.

Le fiasco chilien

L’année 2010 a été une année glorieuse pour l’État chilien. En plus de l’élection comme président de Sebastián Piñera, de droite, entrepreneur et quatrième fortune du pays, une opération policière, médiatique et judiciaire contre le milieu anti-autoritaire est orchestrée avec plus d’une dizaine de perquisitions et d’arrestations, connue en tant qu’Opération Salamandre, plus connue comme « Caso bombas » puisqu’elle prenait comme point de départ l’enquête sur une série d’attaques à l’explosif survenues les années précédentes, et la création à travers l’imaginaire policier d’une macro-structure hiérarchique d’un supposé réseau chargé de toutes ces détonations : un cirque qui non seulement a affaibli l’image de l’État, en plus de le tourner en ridicule, mais qui a surtout mis en évidence la grossièreté des procédures d’investigation, qui incluent falsification de preuves, chantage et pression pour obtenir des informations ou des « repentis », hasard, etc. La procès a abouti à la relaxe de toutes les personnes mises en cause, et à une soif de vengeance de la part de l’État chilien contre le milieu et les personnes mêlées à l’enquête.

Un an après la finalisation de cette farce qu’était le « Caso bombas », et à travers une autre opération, de ce côté-ci de l’océan cette fois, les ministères, les juges et les policiers espagnols et chiliens ont travaillé de concert sur un nouveau cas. Mónica Caballero et Francisco Solar, tous deux auparavant poursuivi-e-s dans le « Caso bombas », sont arrêté-e-s à Barcelone, où ils vivaient alors, avec trois autres personnes qui ont plus tard été écartées de l’affaire, sous l’accusation d’avoir posé un engin explosif dans la Basilique du Pilar à Saragosse, la conspiration en vue de réaliser un acte similaire et l’appartenance à une supposée organisation terroriste. Ces compagnon-ne-s sont actuellement en prison préventive, en attente d’un procès dont on ignore la date, et nous ne savons pas non plus en quoi leur procès sera altéré par cette nouvelle vague répressive.

La situation est plus ou moins connue de tous et toutes, et si nous sommes bien sûr-e-s d’une chose, c’est que les récentes arrestations servent à donner corps à une affaire qui ne tient pas debout toute seule.

Un hasard ?

Quelques heures avant les arrestations de mardi, le gouvernement espagnol faisait écho dans ses médias du fait que « les ministères de l’Intérieur d’Espagne et du Chili ouvrent une nouvelle phase de collaboration renforcée dans la lutte contre le terrorisme anarchiste ». Le lundi 15 décembre dernier, le ministre de l’Intérieur espagnol, Jorge Fernández Díaz, a rencontré au Chili le vice-président et ministre de l’Intérieur chilien Rodrigo Peñailillo, dans le Palais de La Moneda, siège du gouvernement à Santiago du Chili. « Dans la lutte contre le terrorisme, le Chili trouvera en l’Espagne une solide alliée », se gargarisait l’Espagnol, tandis qu’il recevait la Grande Croix de l’Ordre du Mérite chilien, « la plus grande décoration de mérite civil du pays », selon la presse, un trophée que l’État chilien octroie en ce cas pour le labeur policier et comme récompense pour l’arrestation des compagnon-ne-s Mónica et Francisco l’an passé.

En plus de ces prix et de ces éloges, Fernández le commercial a vendu un peu de sa marchandise : perfectionnement policier, judiciaire, matériel répressif varié, etc.

Et ce qui reste à venir…

Quel sera le prochain épisode répressif ? Nous l’ignorons. Jusqu’à présent, on ne sait presque rien de comment vont nos compagnons et compagnonnes, de quoi on les accuse exactement, à quelles mesures répressives ils et elles seront soumis-es, si la prison préventive les attend, etc.

Ce qui est sûr, c’est que cette opération n’est pas un fait isolé, mais plutôt qu’elle est le maillon de plus d’une chaîne. Une chaîne répressive parfois brutale et parfois subtile, dans laquelle peuvent rentrer les nouvelles lois (il n’y a qu’à penser à la récente Ley Mordaza [2]), l’assaut mené contre les sans-papiers par des rafles racistes toujours plus énormes, la brutalité policière, ou encore l’aspiration à gérer la misère et à administrer la répression (qui est ce que fait l’État, après tout) par une partie de la pseudo-gauche (avec Podemos [3] en tête) qui se réduit de façon toujours plus évidente à une parodie d’elle-même. Expulsions locatives, matraques, fascistes, durcissements légaux et punitifs en tout genre, jeux de miroirs nationalistes et sociaux-démocrates sont ce que nous réservera le présent. Il n’y a rien de pire à attendre : le pire n’est jamais parti.

L’éventail des possibilités de l’antiterrorisme espagnol est un fourre-tout. Il est là, bien en vue, pour nous rappeler que pour l’État, lutter signifie terrorisme. Il fonctionne comme un épouvantail. Allons-nous nous laisser effrayer ?

L’État et ses agents disent avoir ouvert la boîte de Pandore. Dans la mythologie grecque, Pandore est l’équivalent de l’Ève biblique. Avec la misogynie caractéristique des deux mythologies, Pandore ouvre sa boîte comme Ève mange sa pomme, et libère tous les maux qui s’y trouvaient.

Nous sommes capables de créer notre propre narration et de nous foutre leur mythologie merdique là où ça nous chante. Notre histoire est différente. La « boîte » que cette opération répressive a ouverte nous exhorte à agir, à ne pas baisser la garde, à rester attentif-ves à leurs prochains mouvements. Elle nous fait penser et repenser quel est le monde que nous voulons et quelle est la distance entre ce monde et le leur. Elle nous amène à voir l’urgence d’agir, d’aller de l’avant.

Les compagnonnes et compagnons arrêté-e-s font partie de différents projets, espaces, collectifs, etc., et il est très important que ceux-ci ne retombent pas, que la ruine (dans tous les sens du terme) à laquelle ces situations mènent généralement ne génère pas d’impuissance et de sentiment de paralysie.
Nous disons toujours que « la meilleure solidarité, c’est de continuer la lutte ». D’accord, mais, qu’est-ce que ça veut dire dans la pratique ? On répète souvent le slogan « s’ils touchent à une personne, ils nous touchent tou-te-s ». Cela s’est laissé démontrer par les réponses et les manifestations qui ont eu lieu dans différents endroits, ainsi que par la chaleur inconditionnelle des compagnon-ne-s resté-e-s dehors.

Nous pouvons être sûr-e-s d’une chose, et c’est que les compagnonnes et compagnons détenu-e-s peuvent sentir cette chaleur qui passe outre les barreaux et l’isolement, parce que c’est cette même chaleur qu’ils et elles ont su donner lors d’autres occasions.

Barcelone, 18 décembre 2014

[Repris de Contrainfo.]

Source : Base de données anarchiste.

 

déc 182014
 
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« Operación Pandora »

Espagne : Grosse vague de perquisitions et arrestations à Barcelone et Madrid

mercredi 17 décembre 2014

Ce mardi (16/12/2014), à 5h du matin, commençait la bien nommée opération antiterroriste appelée « Pandore », contre le dit « terrorisme anarchiste ». Des personnes ont été arrêtées, accusées d’appartenir à une organisation anarchiste à laquelle plusieurs attaques par engins explosifs sont attribuées. L’opération, sous la direction de la Cour Nationale de Madrid, a mobilisé 450 flics des Mossos d’Esquadra catalans, qui dès 5h30 ont perquisitionné 13 domiciles en Catalogne -8 à Barcelone, un à Sabadell et un à Manresa- mais aussi une personne à Madrid par la Guardia Civil.

 

Les flics sont rentrés dans le squat Kasa de la Muntanya, à Barcelone, autour duquel des centaines de policiers se sont déployés, pendant qu’un hélicoptère assistait l’opération en éclairant les lieux. Les médias présentent la Kasa de la Muntanya comme le « centre opérationnel des terroristes anarchistes » (sic !). La perquisition a duré plus de 13 heures, pendant lesquelles la vingtaine d’habitants était retenue dans le gymnase du squat, tandis que les flics fouillaient chaque pièce de l’immeuble. Ensuite ont eu lieu d’autres perquisitions, dans les Athénées libertaires de Sant Andreu et du Poble Sec, à Barcelone. Les flics ont embarqué les portables, ordinateurs et matériel informatique, de l’argent liquide et des livres.

Au cours de l’opération sept femmes et quatre hommes ont été arrêté-e-s, entre 31 et 36 ans, de nationalités espagnole, uruguayenne, italienne et autrichienne.

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Le juge Javier Gómez Bermúdez, en charge de l’opération

Les arrestations sont liées à plusieurs attaques qui ont eu lieu en 2012 et 2013, notamment des attaques explosives sur des DAB de succursales bancaires. L’Audience Nationale fait un lien entre ces attaques et le Comando Insurreccional Mateo Morral, qui a revendiqué avoir posé une bombe dans la cathédrale madrilène de La Almudena le 7 février 2013, et une autre à la basilique El Pilar de Saragosse le 3 octobre 2013. Deux attaques pour lesquelles sont accusé-e-s les compagnon-ne-s Mónica Caballero et Francisco Solar, arrêté-e-s le 13 novembre 2013 à Barcelone, et en prison depuis.

On peut remarquer la coordination immédiate qui a lieu entre l’Audience Nationale, les flics catalans et les médias, tous servant la même version des faits, en mettant en scène un état d’alerte maximum.

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Manif de solidarité à Barcelone

À 19h plusieurs milliers personnes ont manifesté dans le centre ville de Barcelone, en bloquant plusieurs rues, il s’agit d’une des plus grandes marches solidaires spontanées depuis les années 70 en Catalogne. Des vitrines de banques et d’agences immobilières ont été fracassées, des projectiles ont été lancés sur les flics, et des bennes à ordures ont été brûlées. A priori il n’y aurait pas eu d’arrestations malgré quelques charges policières au cours de cette manifestation. D’autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. A Madrid il y aurait au moins trois arrestations.

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Manif de solidarité à Madrid

Ces quelques manifestations offensives sont importantes, elles montrent à l’Etat que les anarchistes ne se terrent pas sous la première grotte dès que la répression frappe. Les compagnons devraient faire face au juge Javier Gómez Bermúdez, ce mercredi 17 décembre ou demain, accusés d’ »appartenance à une organisation criminelle de nature anarchiste à des fins terroristes », rien que ça. Il sera alors décidé de les libérer ou de les incarcérer en détention préventive.

Nous ajouterons des informations sur ce site lorsque nous en aurons plus.

Solidarité avec les compagnon/nes arrêtés en Espagne le mardi 16 décembre.
Liberté pour Monica et Francisco.
Liberté pour tou/tes les prisonnier/es de la guerre sociale.

[Synthèse réalisée à partir de sites compagnons et de la presse à purée espagnole, le mercredi 17 décembre 2014.]

Source : Non fides.

 

déc 142014
 

Salut,

Vous trouverez ci-dessous l’affiche et le tract d’appel à la manifestation qui aura lieu à Caen le samedi 20 décembre, à 16H, Place St Pierre, en solidarité avec les luttes sociales, démocratiques et féministes en Irak et au Kurdistan syrien.

La manif sera suivie d’une action de collecte de fonds pour soutenir la résistance au Kurdistan syrien.

Merci de faire tourner l’info partout où vous le pouvez. Les documents ci-dessous sont en format JPEG pour faciliter la diffusion sur les réseaux sociaux.

affichekobane20janvierCaen

Tract solidarité kurdistan version définitive

Tract solidarité kurdistan version définitive 2

déc 132014
 
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Etats-Unis : Emeutes en Californie contre la police et son monde

lundi 8 décembre 2014

Mercredi 3 décembre 2014, le policier ayant étouffé à mort Eric Garner à Staten Island (New-York) le 17 juillet 2014 a été relaxé par la justice américaine. Cela quelques jours après le non-lieu prononcé à l’encontre du flic meurtrier de Mike Brown à Ferguson. La rue continue à exprimer sa rage, et ce loin de l’image pacifiste et résignée que tentent de véhiculer les réformistes de gauche/d’extrême-gauche (avec les “die-in”, où il s’agit de s’étendre sur le sol en faisant le mort devant la police). D’autres ont choisi de rendre les coups, notamment en Californie (à Berkeley [1], Oakland..) et à Seattle.

 

Dans la soirée de samedi 6 décembre, la marche pacifique organisée par Occupy Wall Street prévue à Berkeley a été rompue vers 18h30 à Shattuck. Des manifestants au visage masqué, répartis en petits groupes, ont brisé des vitres de commerces (de bouffe et de vins et entreprises le long de l’University Ave. près du Martin Luther King Blvd). Certains comme ‘RadioShack’ (qui vend des bidules informatiques et multimédia) a été vidé de son contenu. D’autres manifestants ont brisé des distributeurs de billets de banque à coups de marteaux et incendié des poubelles à travers la rue. Rapidement après les premières vitrines tombées, la police a demandé à la foule de se disperser, et en échange a reçu une pluie de projectiles divers (pierres, pavés, bouteilles…). Un flic a dû être hospitalisé pour une luxation à l’épaule après avoir été frappé avec un sac de sable. Plusieurs véhicules de police ont été endommagés. Le parcours de la manif a aussi été recouvert de nombreux graffitis contre la police.

La presse évoque également plusieurs destructions plus tard dans la nuit dans le centre-ville d’Oakland, parlant de “vandales et d’anarchistes s’attaquant à la propriété” et de plusieurs arrestations (sans en dire plus).

Vendredi soir, des manifestants ont bloqué l’autoroute (Interstate 880) à Oakland, perturbé la circulation des transports en commun BART du quartier Castro de San Francisco.

A Seattle, plusieurs flics ont été caillassés lors d’une manif qui a tenté de bloquer une grosse artère du trafic routier. 7 personnes ont été interpellées.

[Reformulé de leur presse par Le chat noir émeutier.]

Notes

[1Berkeley est situé au nord de Oakland, à la périphérie de San Fransciso.

déc 072014
 
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Plus de 100 000 personnes ont manifesté jeudi 6 novembre à Bruxelles contre les mesures d’austérité du nouveau gouvernement de droite. Une mobilisation sociale historique en Belgique marquée par quelques incidents en fin de cortège. 1000 à 2 000 manifestants plus radicaux, notamment des dockers d’Anvers, ont renversé deux voitures, incendié des poubelles et affronté la police. La police a répliqué avec gaz lacrymogènes et jets d’eau, et en chargeant les manifestants à plusieurs reprises.

Source : Le Monde (presse).

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Une vidéo :

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L’atmosphère fut brûlante ce jeudi à la Manifestation nationale. Si elle fut une réussite pour les syndicats, avec plus de 100 000 personnes présentes, elle le fut moins sur son bon déroulement: on dénombre en effet de nombreux et violents incidents. Selon des informations de nos confrères de la Dernière Heure, pas moins d’une cinquantaine à soixantaine de policiers ont été blessés dont certains on ne peut plus sérieusement. « Deux policiers ont été gravement blessés au cours de la manifestation. Ils ont tous deux essuyé un jet de pavé à la tête et ont dû être recousus. Chacun d’entre eux a reçu une trentaine de points de suture », a indiqué Christian De Coninck, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale / Ixelles.

En fin de manifestation, la police a chargé la foule afin de disperser plusieurs centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi, a constaté l’agence Belga. Des incidents se sont déclarés à l’issue de la manifestation nationale et plusieurs véhicules ont été incendiés. Un noyau de plusieurs centaines de manifestants a continué à affronter les forces de l’ordre, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des arroseuses. Vers 16h, la police a finalement chargé pour disperser la foule, sans faire de distinction entre les casseurs et les autres personnes présentes.

Les manifestants se sont réfugiés sur l’avenue de Stalingrad, bloquée par un cordon policier, mais une centaine de personnes se trouvent toujours sur le Boulevard de Midi, cette fois à hauteur de la gare de Bruxelles-Midi.

De nombreux débris jonchent la chaussée et les dégâts sont importants.

Plusieurs syndicalistes interrogés ont déploré ces incidents qu’ils estiment « contre-productifs ». Selon eux, des anarchistes et les dockers d’Anvers sont à la base des violences.Cet après-midi, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des pompes à eau lors d’une confrontation avec les manifestants à la gare du Midi, où des pavés ont été jetés. Des arrestations ont été effectuées.

 

Un journaliste de La DH signale sur Twitter que « le quartier de la porte de Hal est démonté ».

En outre, quelques voitures civiles ont été dégradées et des poubelles sont en feu.

Entre 50 et 60 policiers blessés

Une trentaine d’arrestations parmi les manifestants sont à dénombrer. Selon les informations de nos confrères de La Dernière Heure/Les Sports, pas moins d’une cinquantaine à soixantaine de policiers ont été blessés dont certains on ne peut plus sérieusement. « Deux policiers ont été gravement blessés au cours de la manifestation. Ils ont tous deux essuyé un jet de pavé à la tête et ont dû être recousus. Chacun d’entre eux a reçu une trentaine de points de suture », a indiqué Christian De Coninck, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale / Ixelles

Réseau Stib en difficulté

La Stib annonce que le trafic est dense sur plusieurs de ses lignes. « Nous nous attendons à une heure de pointe difficile avec beaucoup de retards », prévient la société de transport en commun. La station de prémétro Lemonnier a été fermée jeudi vers 17h15 sur ordre de police après la manifestation nationale, a signalé un porte-parole de la Stib sur Twitter. Les trams 3 et 4 ne s’y arrêtent plus. Les trams 51 et 82 ne roulent plus entre la Gare du Midi et la Porte de Ninove. La police bruxelloise a par ailleurs précisé vers 16h15 que le Boulevard Anspach, où s’est déroulée la manifestation nationale, était rouvert à la circulation entre De Brouckère et la Rue des Riches Claires.

L’heure de pointe de la soirée se déroule normalement sur les autoroutes autour de Bruxelles et sur les principaux axes de la capitale, annonce jeudi le centre flamand du trafic (Verkeerscentrum Vlaanderen). Les problèmes de circulation générés par la manifestation se concentrent principalement sur la partie sud de la petite ceinture, dont quelques tunnels demeurent fermés.

Le comité ministériel restreint invitait les représentants des trois syndicats jeudi à 17h00 pour « poursuivre le dialogue », a indiqué le cabinet du Premier ministre Charles Michel.

 

 

 

 

Cécile Jodogne dénonce les violences contre les pompiers

 

La secrétaire d’État bruxelloise en charge du Service de l’Incendie et de l’Aide Médicale Urgente a fermement dénoncé jeudi les violences exercées contre les pompiers ambulanciers et la dégradation de leur matériel de travail lors de la manifestation nationale. Se disant consternée par les violents incidents survenus à l’encontre des pompiers ambulanciers bruxellois et des services de police, Cécile Jodogne a tenu à rappeler que le droit de manifester était un fondement de la démocratie.

« Il est cependant regrettable qu’une minorité violente profite de ce droit pour saccager et attaquer. S’en prendre ainsi aux postes médicaux, mis en place pour porter secours immédiatement aux manifestants, est inadmissible », a-t-elle commenté.

Pour Mme Jodogne, une fois qu’une estimation claire de l’étendue des dégâts et des blessures sera établie, « il faudra prendre des mesures envers les auteurs de ces actes inacceptables ».

 


La FEB occupée par plus de 150 personnes

 

Le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) à Bruxelles a été occupé par plus de 150 militants des Jeunes Organisés et Combatifs (JOC), des Jeunes FGTB, des Jeunes ACV-CSC Bruxelles, de l’USE, des Jeunes Anticapitalistes (JAC) et de l’Union syndicale étudiante (USE) entre autres, a indiqué jeudi Antoine Roisin, porte-parole des JOC. La FEB a confirmé l’occupation mais n’a pas souhaité la commenter. « Nous avons tenu une assemblée et un tribunal symbolique pour juger la FEB qui détruit l’emploi, s’accapare les richesses et détourne la démocratie. L’une des propositions de ce tribunal est de réduire le temps de travail avec maintien de salaire et embauche compensatoire. Quant aux responsables et administrateurs de la FEB, le jury populaire envisage de les condamner aux travaux forcés », a indiqué Antoine Roisin, porte-paroles des JOC.

« Depuis des années, la FEB et ses membres prêchent l’austérité et la destruction de nos avenirs au nom des profits de leurs actionnaires. Pour l’imposer via leurs relais politiques, ils ont pris en otage la démocratie », a-t-il ajouté.

Plus de 100.000 participants dans le cortège, selon les syndicats

Alors que le cortège de la manifestation nationale s’élance dans les rues du centre de Bruxelles, les syndicats évaluent à plus de 100.000 personnes la participation à celle-ci. Les trois organisations (CSC, FGTB et CGSLB) ont par ailleurs indiqué accepter l’invitation de leurs représentants au conseil des ministres restreint qui se tiendra à 17h. La FGTB revendique au moins 60.000 participants, tandis que la CSC indique fournir quelque 50.000 manifestants. La police de Bruxelles a confirmé l’estimation de 100.000 manifestants sur son fil twitter.

« C’est la mobilisation la plus importante depuis des années », se félicite Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC. « Ce qui me frappe, c’est la présence de personnes qui ne manifestent jamais d’ordinaire. »

Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, a tenu à rappeler que cette manifestation constituait « un signal fort pour le gouvernement ». « Les mesures prévues touchent tout le monde. Le pouvoir d’achat sera mis à mal, tant pour les travailleurs que pour les allocataires sociaux et les petits indépendants. »

Jan Vercamst, le président de la CGSLB, a pour sa part indiqué qu’il était ravi de répondre à l’invitation du Premier ministre, ajoutant que son organisation conservait des contacts avec les partis libéraux et le CD&V. Il a par ailleurs balayé la question communautaire quant à la participation à la manifestation, précisant que 60% des militants CGSLB présents sont néerlandophones.

Le dispositif de sécurité nécessaire à un événement de cette ampleur est en vigueur, indique la police de Bruxelles. Une vingtaine de membres de la Croix-Rouge de Belgique sont également mobilisés. Les pompiers font savoir que, étant donné la difficulté de passage, des équipes sont en stand-by en cas d’accident.

 

Des slogans forts

Parmi les moments forts de l’événement, plusieurs slogans ne sont pas passés inaperçus. « Michel 1er nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage », stipule un paquet de cigarettes géant porté par des affiliés CSC Metal. « Ici, dumping social » , annonçait ainsi une vaste banderole installée devant l’entrée de la tour GDF Suez.

Surfant sur la mode des clowns, un membre du syndicat chrétien, avec son nez rouge et son chapeau, signale sur sa pancarte: « Je suis un clown triste, un plat de misère pour nous », renvoyant vers le site internet du même nom unplatdemisere.be.

Et en Flandre? Ils travaillent selon le Voka…

Dans près de 90% des entreprises du Nord du pays, tous les employés sont sur leur lieu de travail ce jeudi 6 novembre selon la Voka. Dans un communiqué, le réseau des entreprises flamandes annonce que la plupart des travailleurs du secteur privé ont décidé de poursuivre normalement leur activité malgré la manifestation nationale dans les rues de la capitale.

La Voka apporte, en outre, quelques précisions sur les 10% d’entreprises où les effectifs ne sont pas au complet. Dans l’immense majorité de celles-ci, moins de 10% des collaborateurs sont absents. Parmi les plus de 1.000 entreprises flamandes évoquées par la Voka, il y en a seulement 10 où plus de 30% du personnel ne s’est pas présenté sur son lieu de travail ce matin.

Le patron des patrons, Jo Libeer, exprime sa gratitude aux 1,6 millions de salariés « qui travaillent aujourd’hui pour préserver notre prospérité. »

« Les objectifs avoués de la manifestation reposent sur une déformation de grande ampleur de la réalité »

Les objectifs avoués de la manifestation « reposent sur une déformation de grande ampleur de la réalité », estime jeudi l’Union wallonne des Entreprises (UWE) dans un communiqué. « Il s’agit, dans le programme gouvernemental, de préserver un modèle social et non de le mettre à mal. Et la marge de manœuvre est très réduite, contrairement à ce que prétendent les syndicats et les opposants politiques », analyse l’UWE. Cette dernière déplore en outre que cette manifestation, de même que les quatre journées de grève prévues, n’a pas été précédée de la moindre concertation, ni avec le gouvernement ni avec les employeurs.

Source : La libre (Presse).

 

nov 282014
 
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Ferguson s’embrase à nouveau après la remise en liberté du policier incriminé

La ville de Ferguson, dans le Missouri, attendait cette décision depuis trois mois et la mort de Michael Brown, un jeune Noir tué par la police. Elle est tombée, lundi 24 novembre.

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Darren Wilson, l’officier accusé, ne sera pas poursuivi. Il n’aura pas à répondre de ses actes devant la justice, a annoncé le grand jury chargé de trancher sur la question. Les douze jurés, dont l’identité ne sera pas révélée, « ont déterminé qu’il n’y a pas de raison suffisante d’intenter des poursuites contre l’officier Wilson », a expliqué le procureur Robert McCulloch.

La famille du jeune homme s’est immédiatement dite « profondément déçue que le meurtrier de [leur] enfant n’ait pas à être confronté aux conséquences de ses actes » selon un communiqué révélé par leur avocat.

COMMERCES PILLÉS ET INCENDIÉS

Cette décision a été accueilli par la colère de centaines de manifestants, rassemblés à proximité du siège de la police de Ferguson.

Tandis que Barack Obama appelait au calme à la télévision, la police tiraient des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Une partie des personnes présentes se sont attaquées à des commerces, qui ont été pillés et incendiés, comme le montrent des photos prises par des personnes sur place.

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La police, qui affirme avoir été la cible de tirs, a vu au moins deux de ses voitures incendiées.

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Ce scénario était celui redouté par la ville, qui avait déjà connu des nuits d’émeutes. Le maire de la ville a interdit les vols au-dessus de la ville pendant six heures. Prévoyant ces débordements, le gouverneur du Missouri avait décrété l’état d’urgence, mobilisé la garde nationale et renforcé les effectifs de police, a prévenu que les forces de l’ordre auraient recours à tous les moyens disponibles « si les gens sont violents ou menacent la propriété privée ».

Après l’annonce de la remise en liberté du policiers, de nombreuses manifestations ont été organisées dans plusieurs grandes villes du pays, de New York à Los Angeles.

UNE ENQUÊTE FÉDÉRALE SE POURSUIVRA

Depuis le 9 août, date de la mort par balles de Michael Brown, deux versions s’opposent sur le scénario de la dispute. Le policier Darren Wilson affirme avoir agi en légitime défense après avoir été frappé par le jeune homme qui aurait tenté de prendre son arme.

L’homme qui accompagnait Michael Brown affirme, lui, que ce dernier a été tué de sang-froid par le policier, alors qu’il avait les mains en l’air.

Pour tenter d’éclaircir les circonstances de l’altercation et le déroulement des événements, le grand jury a entendu une soixantaine de témoins, 70 heures durant, examiné des centaines de photos et d’éléments à charge et écouté trois médecins légistes. Il en a conclu qu’aucun élément ne permettait d’inculper le policier, évoquant des témoignages qui ne correspondaient pas aux preuves physiques, et notamment à l’autopsie pratiquée sur la dépouille de Michael Brown.

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Parallèlement, une enquête fédérale sur l’affaire se poursuit, « elle est indépendante par rapport à l’enquête locale depuis le début et le restera », a cependant déclaré le ministre de la justice américaine, Eric Holder.

Publié par le savoir-faire français (leur Monde, 25 novembre 2014)

Ferguson : la police ciblée, une douzaine d’immeubles incendiés

À Ferguson, suite à la décision de la justice américaine de ne pas poursuivre le policier blanc mis en cause pour la mort de Michael Brown, la police a été la cible de nombreux tirs tandis qu’une douzaine d’immeubles ont été incendiés.

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Le chef de la police du comté de Saint Louis, John Belmar, a indiqué aujourd’hui lors d’une conférence de presse que vingt-neuf manifestants ont été arrêtés. Aucun mort n’a été signalé.

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Publié par le savoir-faire français (LeFigaro.fr avec l’Agence Faut Payer, 25 novembre 2014 à 09:23)

Source : Jura libertaire.

 

nov 262014
 
لاجئو كوباني الى كردستان

Texte en anglais trouvé sur le site anar «anarchistan.tk» (http://anarkistan.wordpress.com/page/2/ en date du 03 septembre 2014). Il a été traduit, fin novembre 2014, par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

 

Entretien avec le Forum Anarchiste du Kurdistan (KAF en anglais) sur la situation en Irak et au Kurdistan et sur le conflit avec l’État Islamique, réalisé par le site web anarchiste espagnol (www.alasbarricadas.org) le 3 septembre 2014.

 

ALB: Comment allez-vous ?

Nous allons bien mais, comme beaucoup d’entre vous, nous sommes extrêmement concerné-e-s à propos de la situation actuelle en Irak en général et dans la partie irakienne du Kurdistan en particulier. Nous sommes très actifs-ves dans les médias sociaux en ce qui concerne l’écriture, faire des commentaires et discuter de la crise actuelle qui existe avec différentes personnes et groupes.

 

ALB: Craignez vous que l’attaque de l’État Islamique (État Islamique d’Irak et du Levant, EIIL) n’entraîne la défaite des Peshmergas ?

En fait l’attaque de l’EIIL n’est pas juste une attaque contre les forces ou l’armée du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK), c’est une attaque contre tout le monde. Comme vous le savez, l’EIIL est la force la plus sombre et il est bien plus brutal que n’importe quel autre groupe terroriste. Ils ne distinguent pas entre les gens armés et les gens ordinaires. Partout où l’EIIL est entré, les résident-e-s ont vécu de très durs moments, étant contrôlé-e-s, en les soumettant par la mise en œuvre de la Charia.Nous sommes sûr-e-s que vous avez entendu parler de ce qui est déjà arrivé aux yézidis alors qu’ils et elles sont un peuple pacifique et qu’ils et elles ne combattent pas du tout contre eux. L’EIIL n’est pas moins brutal envers les chrétien-ne-s et les chiites parce qu’ils croient que ces gens sont tous des diables ou des démons.

Nous sommes plus concerné-e-s par la guerre actuelle à laquelle les gens en Irak et les kurdes irakien-ne-s font face maintenant que par la défaite des Peshmergas face à l’EIIL. Les forces du GRK (Peshmergas) sont les forces corrompues des partis politiques actuels qui sont au pouvoir, principalement le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) dont le leader est Massoud Barzani qui est également le président du Kurdistan irakien et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) encore dirigé par Jalal Talabani, qui est l’ancien président irakien.

Il y a aussi d’autres forces provenant d’organisations islamiques et d’autres petits partis politiques. Toutefois nous savons que ces forces (Peshmergas) sont un outil dans la main des partis politiques et du GRK, mais, comme vous le savez, nous n’avons rien en commun avec eux et nous les avons toujours considéré comme des forces répressives. Cependant, alors que l’Irak et le Kurdistan font face en ce moment aux forces les plus sombres de l’histoire actuelle, nous devons être inquiets concernant une défaite des Peshmergas.

Il y a un autre point important que nous voudrions porter à votre attention. Les Peshmergas au début n’étaient pas seulement vaincus, ils fuyaient sans tirer une seule balle. S’il n’y avait pas eu les Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et les Unités de Défense du Peuple (YPJ en kurde) (les forces kurdes syriennes) et plus tard le PKK, l’EIIL aurait pu facilement envahir la capitale du Kurdistan irakien, Erbil. S’ils avaient occupé Erbil ensuite le reste des villes du Kurdistan pouvait tomber dans leurs mains sans résistance ou avec très peu de résistance.

 

ALB: Est-ce que vos membres sont en train de travailler à l’auto-défense contre l’EIIL ?

Comme nous, en tant que KAF, nous l’avons préalablement dit, nous sommes seulement un forum virtuel, pas une organisation physique, et nous n’avons pas des gens de haut en bas. La majorité d’entre nous, qui écrivons dans notre forum (Seko), nous vivons à l’étranger ; nous ne pouvons par conséquent rien faire physiquement pour l’autodéfense du Kurdistan. Si vous pensez à des gens au Kurdistan qui sont d’accord avec nos idées ou proches du KAF, bien sûr, ils et elles essayent de s’organiser par eux et elles mêmes pour résister. Toutefois, parce qu’il n’y a pas un mouvement anarchiste au Kurdistan, nous avons peur de devoir vous dire que, oui, il n’y a pas de groupes d’autodéfense ou de mouvement comme nous pouvons en voir en Turquie ou au Kurdistan syrien (Rojava). Nous croyons que la seule force ou le seul pouvoir qui peut vaincre l’EIIL, c’est l’autodéfense indépendante de la masse du peuple. Malheureusement, cette force ou ce mouvement n’existe pas pour le moment.

 

ALB: Que pensez vous des bombardements américains ?

Avant que les USA n’aient décidé de bombarder et frapper les bases de l’EIIL, il y avait beaucoup de rumeurs et des nouvelles selon lesquelles l’EIIL avait été créée par les USA, le Royaume-Uni et les israelien-ne-s. La preuve la plus évidente à laquelle nous pouvons nous référer concernant cela provient d’Edward Snowden. Maintenant quand ils (les USA et le Royaume-Uni) décident d’attaquer l’EIIL et de vendre des armes au GRK, c’est pour saper les information d’Edward Snowden et les rumeurs qui se répandent largement.

Nous sommes contre l’intervention des USA et des pays occidentaux et également le fait de vendre des armes au GRK. Nous savons que c’est un gros business pour eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de profits à travers ce commerce. Nous ne voulons pas non plus que le Kurdistan devienne un champ de bataille pour l’ensemble des groupes djihadistes dans le monde contre les USA, les pays occidentaux et les kurdes, dans lequel tellement de gens innocents seraient tués et où beaucoup de lieux seraient détruit. De plus, la situation de guerre crée plus de haine entre les kurdes et les arabes, entre les kurdes et les sunnites. Ce qui cause pendant ce temps là l’émergence de nombreux groupes racistes et fascistes.

Les seuls gagnants dans les guerres ce sont les grosses compagnies qui vendent les armes et les équipements de guerre, et les perdants sont toujours les pauvres gens.

 

ALB: Travaillez-vous avec le PYD/PKK/PÇDK ? ( Le PKK du Kurdistan turc a plusieurs partis frères dans les autres parties du Kurdistan : le PYD au Kurdistan syrien, le PÇDK au Kurdistan irakien et citons aussi le PJAK au Kurdistan iranien. Note Du Traducteur).

 

Non, nous ne le faisons pas. Parce que nous rejetons tout soutien ou coopération avec tous les groupes et organisations hiérarchiques, politiques et autoritaires. Nous nous alignons avec et sommes seulement intéressé-e-s par toute résistance des masses populaires et des mouvements sociaux, où qu’ils soient dans le monde et nous sommes prêt-e-s à les soutenir par tous les moyens dont nous disposons.

 

ALB: En ce qui concerne vos réponses, en Irak, il y a maintenant un groupe d’autodéfense appelé les Unités de Protection de Sinjar (YPS en kurde). Je pense que c’est une création des YPG. Le PÇDK est également en train de créer sa propre milice. J’imagine que certains peshmergas de la base peuvent maintenant regarder les milices d’autodéfense avec sympathie. Pensez-vous qu’il est possible d’avoir dans les prochains mois un canton autonome en Irak, similaire à ceux du Rojava ? Je veux dire autonome face au GRK, aux USA et tout le reste…

Nous ne pensons malheureusement pas que quelque chose comme ce que vous évoquez peut arriver facilement et rapidement parce que :

Premièrement, la nature du système parlementaire et le rôle du centralisme en Irak, comme ailleurs, ne le permet pas. Deuxièmement, 13 ans de sanctions par les pays occidentaux et les USA contre l’Irak et y compris le Kurdistan, ainsi que l’invasion et l’occupation, et ensuite l’imposition de la politique de marché libre et de globalisation en Irak, ont forcé le pays à être dépendant des conditions qui ont été posées par les grands pouvoirs en Europe et les institutions financières (FMI, Banque Mondiale, Banque Centrale Européenne). Troisièmement il y a également une raison interne. Le GRK a dominé durant les 22 dernières années tous les aspects de la vie du peuple au Kurdistan. Il a travaillé à changer la mentalité des citoyen-ne-s pour qu’ils et elles soient corrompu-e-s, matérialistes, qu’ils et elles perdent leur confiance en eux et elles mêmes et leur indépendance pour devenir dépendant-e-s de lui, mentalement et financièrement. Le GRK a créé une telle atmosphère au Kurdistan que la majorité du peuple pense juste à comment être riche et à entrer en compétition avec les autres pour devenir plus riche et être dans de meilleures conditions. Dans un pays très riche comme le Kurdistan, son peuple est dépendant de tout ce qui est importé de l’étranger, il n’y a pas d’économie indépendante car les politiques des partis qui sont au pouvoir ont détruit l’économie indépendante du Kurdistan.

Nous croyons qu’en ce qui concerne ce qui est arrivé au Kurdistan syrien en terme d’organisation d’Unités militaires et également d’auto-gouvernement dans ses trois cantons, il y a le PKK et le PYD derrière et la DSA (l’administration locale qui a été créée dans ces cantons –Note Du Traducteur) est sous leurs influences. Cela signifie que si quelque chose comme ça se produit à Sinjar, ni le GRK ni le gouvernement central irakien, ni les pays dans la région, ni les USA ne permettront à ce couple de forces (PKK et PYD) de rester longtemps à Sinjar pour encourager les gens là-bas à annoncer leur propre auto-gouvernement.

Nous reconnaissons qu’organiser des unités de défense du peuple en tant qu’armée du peuple et également une auto-administration démocratique (DSA en kurde) sur la base de coopératives et de communes populaires et l’émergence du fédéralisme nécessite un très long processus de luttes de masses indépendantes pour s’impliquer dans toutes les questions sociales et économiques qui deviennent quelque chose de très urgent et nécessaire. Ce sont les bases pour organiser de véritables unités de défense du peuple et l’administration démocratique direct sans quoi les milices seront une milice comme n’importe quelle autre dans le monde et la soi-disant DSA sera un vrai gouvernement dictatorial.

C’est un fait qu’il y a eu une grande conspiration pour le retrait des forces du GRK (peshmergas) et cela a créé une brèche ou a donné une opportunité pour qu’émerge une résistance de masse et la mise en place d’Unités de Protection parmi les yézidis eux et elles mêmes qui ont subi un génocide et ont été déplacés. Cependant, il y a un autre point important dont vous n’êtes peut être pas au courant et qui est que parmi les yézidis eux et elles mêmes, il y a des élites, spécialement le Prince de la religion et les gens riches et puissants qui ont toujours soutenu les politiques du GRK, en ayant un impact sur beaucoup de gens dans la communauté yézidi en utilisant leurs influences religieuses. Cela peut être une grave menace pour diviser la communauté yézidi.

En bref, ni l’auto-conscience des gens sous le GRK, ni les terrains sociaux et économiques ne peuvent possiblement permettre, au moins dans le présent, ce que nous voyons se produire au Kurdistan syrien arriver à Sinjar. Qui plus est quand on sait qu’il y a une possibilité pour qu’à la fois le GRK et le gouvernement central irakien s’unissent contre la résistance populaire à Sinjar, en utilisant tous les moyens pour la réprimer et l’opprimer. Nous croyons également que les pays de la région, les pays occidentaux et les USA, qui ont pendant presque deux décennies investi politiquement et économiquement là-bas (au Kurdistan irakien) en faisant d’énormes profits, ne resteront pas simplement assis à observer la situation. Ils interviennent par conséquent premièrement en utilisant leurs réseaux d’espions, leurs soutiens logistiques et en fournissant au GRK et au gouvernement central irakien tout ce dont ils ont besoin pour qu’ils protègent leurs intérêts. Il faut vous rappeler qu’en même temps les gouvernements de l’Iran et de la Turquie essayent depuis longtemps d’éliminer continuellement les forces du PKK et qu’ils utilisent ce la comme une excuse pour pénétrer la frontière du Kurdistan avec leurs forces militaires et pour bombarder la région et tuer tellement de gens innocents. En plus de ce que nous avons dit, nous devons admettre qu’il n’y a pas du tout de mouvement social anarchiste là-bas (au Kurdistan irakien). Ce que nous avons là-bas c’est plus une idée et une pensée de l’anarchisme.

En fait les partis communiste et gauchistes essayent de créer leurs propres Unités sous le nom de « garde populaire ou Unités de la Résistance Populaire » mais ils ne sont pas dans une position suffisamment forte pour faire cela, et même s’ils arrivent à le faire dans le futur, cela ne sera pas quelque chose de différent des unités hiérarchiques ou dans le meilleur des cas ce sera des milices comme nous en avons tellement des deux types (milices et milices d’État) au Kurdistan.

Leur intention réelle est de se constituer un capital politique à partir de cela, et comme tout autre groupe politique ou Unités militaires, d’obtenir des indemnités et des salaires de la part du gouvernement bourgeois.

 

ALB: Quelques femmes du PKK sont venues à Barcelone le mois dernier. L’une d’entre elle se reconnaissait comme anarchiste. Elle venait d’Allemagne et voulait en apprendre plus à propos de l’histoire anarchiste ici en Espagne. Pensez-vous qu’il y a des anarchistes dans les rangs du PKK ? Avez-vous des contacts avec eux et elles ? Serait-il possible d’avoir un courant de gauche libertaire au sein de ce mouvement hiérarchique ?

Oui, à l’intérieur du PKK et du PYD il y a des hommes et des femmes avec des idées et des pensées anarchistes. Certaines de ces personnes en sont arrivées là à travers leurs propres luttes et expériences. Les autres sous l’influence d’Abdullah Öcalan sont devenues anarchistes et libertaires. Ils et elles ont réalisé que l’anarchisme est la réponse la plus radicale au système capitaliste. Nous croyons que celles et ceux qui ont embrassé l’idéal anarchiste sous l’influence d’Öcalan peuvent ne pas être aussi solides que les gens qui en sont arrivés à la même idée à travers leurs propres luttes et expériences. Évidemment la raison pour cela est que si Öcalan, qui est encore au sommet d’une organisation hiérarchique comme le PKK et qui a tout pouvoir, ordonne, pour une raison ou une autre, aux gens à l’intérieur du PKK ou du PYD de changer leur direction, nous sommes sûr-e-s que beaucoup d’entre eux et elles seront content-e-s de le faire. Si cela arrive, il y a une possibilité que ce groupe change ses principes et sa direction ? Nous pensons différemment en ce qui concerne particulièrement ces femmes de la guérilla qui sont devenues anarchistes à travers leurs propres expériences en tant que membres des groupes et comités dans les villages et les villes de la société ; nous croyons qu’elles sont plus stables et solides. Nous avons vu quelques interviews qu’elles ont donné et aussi vu quelques films qui montrent comment elles vivent et comment elles gèrent leur travail et leur vie quotidienne ensemble comme dans des communes. Tout cela nous donne plus d’espoir, même si encore une fois nous ne vivons pas avec elles, nous ne savons pas combien cela est vrai. Nous devons aussi dire que parmi leur parti-frère au Kurdistan iranien et irakien, nous ne voyons malheureusement pas ces changements de direction positifs. Ces gens ressemblent presque au PKK du début des années 90 du siècle dernier, ils et elles sont encore nationalistes et la plupart de leurs leaders sont très autoritaires. Nous pensons qu’ils et elles n’embrassent pas les idées et la pensée actuelles d’Öcalan, comme les coopératives, les communes dans les villes et les villages, l’auto-gouvernement du peuple, la démocratie directe, le système de fédéralisme et de confédération libre. Nous croyons que les politiques des partis au Kurdistan iranien et irakien sont très en contradiction avec la politique actuelle du PKK et du PYD, ils et elles insistent encore sur le changement politique plutôt que sur le changement social, ils et elles sont encore en compétition avec les autres partis bourgeois pour gagner de l’argent, du pouvoir et des positions.

Les expériences de beaucoup d’entre nous ont prouvé, ou au moins montré, qu’il est très très dur pour une idée et une direction libertaire/anarchiste de croître et de se développer à l’intérieur d’une organisation hiérarchique. Pas seulement cela, il est impossible pour de telles idées et directions de demeurer ou de rester et continuer dans une organisation nationaliste idéologique. Nous pouvons toujours séparer ou distinguer entre le mouvement social et le mouvement politique gauchiste qu’elles que soient les formes qu’ils prennent, parce que les gauchistes et les politicien-ne-s sont toujours autoritaires et corrompu-e-s. Nous pouvons voir en réalité que les gauchistes essayent toujours de dominer et contrôler les luttes et le mouvement des masses populaires et de les utiliser pour atteindre leurs propres buts politiques et en tirer un capital politique. Nous sommes les témoins de toutes les tentatives qui ont été faites par les gauchistes durant le soulèvement qui s’est produit au Kurdistan irakien en 1991 et jusqu’à aujourd’hui ils et elles ont essayé de changer la direction des mouvements de masse, les décevant, les trompant, se compromettant avec l’État et essayant de planter les graines de la naïveté parmi les gens pour qu’ils et elles croient aux partis politiques, au centralisme, à « l’État ouvrier », à l’État communiste », au « socialisme d’État ». Tout cela est la propagande qu’ils et elles ont produit depuis lors.

Malheureusement, pour autant, nous n’avons pas pu établir un lien ou une connection directs avec les personnes anarchistes dans le PKK ou le PYD. Nous avons essayé auparavant de le faire mais nous n’avons pas réussi, nous espérons faire cette connection dans un futur proche.

 

ALB: Et la dernière question, que pensez-vous du confédéralisme démocratique ? Est-il vrai que le PKK est en faveur de cela ou est-ce de la propagande en direction des pays occidentaux ? (S’ils et elles passent pour être semblables aux zapatistes, ils et elles peuvent être vu-e-s comme « cools » dans le milieu gauchiste).

En fait, répondre à cette question est difficile parce que premièrement le PKK contrôle une région qui est complètement différente de ce que les zapatistes contrôlent dans leur pays et également parce que le PKK est une force hiérarchique en tant que parti et en tant que force militaire. Nous ne pouvons être sûr-e-s des détails de leur vie quotidienne et de leurs actions tout comme nous n’avons pas de preuves pour dire si cela est vrai ou faux. Les seules choses dont nous pouvons parler c’est de la DSA, l’auto-administration démocratique du Kurdistan syrien et du Tev-Dem (Mouvement pour la Liberté Démocratique) car, il y a peu, un de nos camarades a fait une visite là-bas pendant deux semaines. Sûrement, il n’y a aucune comparaison entre là-bas et le GRK au Kurdistan irakien. En ce moment, il y a un partage du pouvoir entre tous les partis politiques au sein de la DSA alors il y a un bon équilibre. Le PYD, en tant que parti principal là dedans, tire avantage d’être dans une position très forte, parce que d’un coté le GRK ne peut utiliser son parti relais (Alparty) pour contrôler la DSA et la situation, et d’un autre coté l’organisation islamiste ne peut avoir aucune influence au Kurdistan syrien. Toutefois, tandis que le PYD est le parti principal et que lors des prochaines élections de la DSA, il gagnera sans aucun doute la majorité des forces là-bas, nous ne savons pas si le PYD contrôle la DSA ou si simplement il utilise une autre méthode pour équilibrer le partage du pouvoir. Cela nous inquiète évidemment et nous devons attendre et voir. Ce que nous pouvons dire, c’est que le PYD est également un parti hiérarchique et que les gens qui le dirigent sont autoritaires, et à cause de cela il y a une possibilité de changement dans les deux sens. Nous ne pouvons certainement pas comparer la DSA avec le GRK car le GRK est un excellent protecteur du marché libre du capitalisme. L’expérience de la DSA et du Tev-Dem est très attractive et porteuse d’espoir du fait du transfert de la position des femmes dans la société religieuse et patriarcale au Moyen-Orient, qui s’est améliorée et développée. Cela a créé le sentiment de la libération et la tendance à l’auto-libération parmi les femmes. La dignité, la personnalité, la confiance en soi et la liberté des femmes sont toutes revenues. Tout cela ne peut être atteint par une quelconque force ou parti. Cela a créé une atmosphère pour le mouvement anarchiste tandis que les femmes ont déjà un rôle majeur dans les communes et dans le reste des groupes locaux et des comités. Elles peuvent aux cotés des hommes les mener dans le futur vers une révolution sociale. Pendant ce temps, nous espérons que cette expérience est en train de poser un bon exemple pour les femmes au Kurdistan irakien, qui est actuellement sous les larges influences du libre marché du capitalisme, de la culture de consommation et des partis politiques, y compris les partis religieux, afin qu’elles quittent cette étape et s’engagent dans une révolution sociale.

Les femmes au Kurdistan syrien ne jouent pas seulement un grand rôle dans les zones et champs mentionnés ci-dessus, en fait la création des Unités de Défense des Femmes (YPJ) a changé la position des femmes, celles-ci cessant d’être de faibles créatures ayant seulement certains devoirs qui se trouvent à l’intérieur de la maison dans la société du Moyen-Orient. Cela a soulevé la question qu’elles ne pouvaient être dominée par les hommes, les clans et la religion. Elles peuvent changer la société et elles ont prouvé qu’aucun mouvement dans la société ne peut aller nulle part sans elles. Elles ont réaffirmé que le désir et le sentiment de se libérer de l’esclavage ou du statut de citoyenne de seconde classe dans une société patriarcale provient seulement de leur propre effort et de leurs propres luttes. Ceci étant dit, il y a longtemps, il n’y avait pas de force qui pouvait libérer un esclave à moins que cet-te esclave ait une propre conscience de libération et cela est devenu une revendication et un désir forts.

Finalement, nous vous remercions beaucoup et nous sommes reconnaissant-e-s de votre intérêt à propos d’autres anarchistes dans différentes parties du monde. Dans cet entretien, vous nous avez donné une bonne opportunité de parler brièvement à propos des sociétés d’Irak, du Kurdistan et du Moyen-Orient. Cette opportunité ouvre peut être une petite fenêtre pour celles et ceux qui parlent anglais ou qui peuvent le comprendre pour voir la situation qui a été expliquée ci-dessus de notre point de vue. Nous pensons qu’il n’y a pas beaucoup d’anarchistes dans le monde qui sont informé-e-s ou qui savent beaucoup à propos de la situation dans cette partie du monde. Cela peut les encourager à faire l’effort d’en connaître plus sur le Moyen-Orient et le mouvement anarchiste là-bas. Nous avons noté que les visions autocentrées des camarades européen-ne-s en général sont une des maladies dans le mouvement anarchiste après la seconde Guerre Mondiale parce que nous pensons que beaucoup des camarades anarchistes se concentrent normalement sur l’Europe, les USA et l’Amérique Latine et n’ont pas beaucoup d’intérêt pour le même mouvement ailleurs.

 

Liens vers le KAF :

www.anarchistan.tk www.facebook.com/Kurdistan.anarchists.Forum www.twitter.com/anarkistan anarkistan

 

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Un point de vue anarcho-communiste sur le soutien à la lutte du Kurdistan syrien

 Posted by on 24 novembre 2014 at 15 h 13 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés
nov 242014
 

Texte trouvé sur le site anarkismo.net, mis en ligne sur ce site le 1er novembre 2014 et traduit fin novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

C’est une réponse au texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective ». Il s’inscrit dans la lignée d’une première réponse à cet article faite par un camarade anarchiste turc. Le texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et cette première réponse d’un camarade de Devrimci Anarşist Faaliyet ont également été traduits en français et sont disponibles ici : http://sous-la-cendre.info/2740/revolution-au-kurdistan-syrien-2-textes-sur-un-debat-toujours-en-cours

Toutes ces traductions sont librement diffusables et nous espérons qu’elles alimenteront l’inévitable, nécessaire et légitime débat en cours sur le soutien, ou non, aux luttes de libération nationale en général et sur le soutien à la révolution au Kurdistan syrien en particulier.

Une réponse anarchiste-communiste à « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste ».

 

Ce texte est une réponse à l’article « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste » écrit par « K.B. » et qui a été récemment publié sur le site web « Ideas and Action » de la Workers Solidarity Alliance (WSA, Alliance de Solidarité des Travailleurs) basée en Amérique du Nord. Dans l’article il y a une attaque contre la révolution du Rojava (le Kurdistan syrien) au Moyen-Orient, un évènement dans lequel le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en Kurde) a joué un rôle clé. Cette réponse n’est pas publiée de mauvaise foi ou avec de mauvaises intentions envers la personne qui a écrit l’article ou envers son organisation mais, bien plutôt, afin de clarifier et de partager notre pensée concernant la question du soutien anarchiste à la fois aux mouvements de libération nationale et à ce qui, pour nous, est une lutte très importante et inspirante qui se déroule au Moyen-Orient. L’objectif est d’avoir un débat franc et amical qui nous emmène tous et toutes de l’avant.

 

LE CONTEXTE POUR UN SOUTIEN CRITIQUE.

Le PKK et ses projets ont attiré l’attention pas seulement sur la révolution du Rojava – où une part substantielle du programme du PKK est en train d’être appliqué. Le PKK a également attiré l’attention mondiale avec sa bataille héroïque contre les forces meurtrières et ultra-droitière de « l’État Islamique » (État Islamique en Irak et au Levant, EIIL), particulièrement dans des combats en Syrie.

Le PKK se dressait originellement pour un État marxiste indépendant pour le peuple kurde qui devait être créé par des moyens comme la lutte armée. Au cours des 10 dernières années, toutefois, le PKK a significativement changé ce projet, en adoptant les éléments centraux du « confédéralisme démocratique » – une approche dérivée de la pensée tardive de l’écrivain Murray Bookchin, influencé par l’anarchisme. En 2005, le leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, disait :

« Le confédéralisme démocratique du Kurdistan n’est pas un système Étatique, c’est un système démocratique d’un peuple sans État… Il tire son pouvoir du peuple et adopte des mesures pour atteindre l’autosuffisance dans tous les champs y compris l’économie[1].

La question des relations des anarchistes et des syndicalistes envers des mouvements comme le PKK –mouvements qui ne sont pas explicitement, ou même complètement anarchiste – est matière à controverse. Une partie substantielle du mouvement anarchiste, particulièrement le vaste réseau plateformiste et spécifiste autour d’Anarkismo.net, a soutenu le PKK, bien que de manière critique.

 

LOGIQUE DE SOUTIEN

En résumé de notre orientation générale, nous soutenons les luttes contre l’oppression en principe et cela inclut des luttes contre l’oppression nationale et raciale.

Concrètement, cela signifie se placer aux cotés des gens en lutte contre l’oppression et défendre leur droit à choisir des approches avec lesquelles nous pouvons ne pas être en accord. Dans le cas des luttes de libération nationale, cela signifie que nous défendons le droit des peuples colonisés à résister et à vaincre la répression impérialiste des projets de libération par le moyen de formes politico-économiques, tels que des États démocratiques libéraux ou socialistes indépendants, qui nous le voyons échoueront finalement à émanciper les prolétaires et les paysans. C’est une question de principes : s’opposer à l’oppression et se placer aux cotés des opprimé-e-s. Par conséquent, nous ne prenons pas une position « puriste » qui semble être neutre mais qui, en pratique, met les oppreseurs-euses et les oppimé-e-s sur le même plan néfaste.

Cela ne doit pas, cependant, être mal compris et signifier un chèque en blanc pour toute position ou action ou courant engagé dans de tels luttes ; nous n’acceptons pas la position qui refuse de faire toute critique ou de prendre toute position indépendante, sur la base que seul-e-s les « opprimé-e-s » peuvent décider, ou sur le fait que la « solidarité » implique le silence. Évidemment seul-e-s les opprimé-e-s peuvent décider mais ils et elles ne sont pas homogènes politiquement ou socialement et toutes les luttes sont contestées de manière interne et imparfaites. La solidarité est une affaire d’assistance teintée de camaraderie, elle n’a pas pour objet de fermer le dialogue ou d’excuser des erreurs.

En termes concrets, nous ne soutenons pas tout courant organisé dans les luttes contre l’oppression. Plus un courant organisé est proche de nos positions, plus nous le soutenons et montrons de la solidarité ; et en même temps, il y a certaines positions politiques qui sont simplement inacceptables. En termes de stratégie et de tactiques, il y a une échelle mobile et cela signifie que nous donnons, en pratique, la priorité à des relations avec certains groupes par rapport à d’autres et que nous n’établissons délibérément pas de relations du tout avec d’autres.

De plus, tandis que nous montrons de la solidarité, et que nous fournissons une aide concrète, nous ne « liquidons » pas notre politique ou notre programme, en devenant des supporters-rices inconditionnel-le-s ou des organisations de donateurs-rices. Notre objectif est simplement de s’aligner aux cotés des luttes contre l’oppression, avec également le but d’influencer ces luttes. Seul l’anarcho-communisme offre les conditions pour une reconstruction des sociétés humaines qui rendra possible une résolution complète des nombreux maux sociaux, y compris de nombreux types d’oppression.

Par conséquent, dans notre solidarité, nous nous engageons en politique en tant que force indépendante qui cherche une certaine influence. L’engagement est une question de stratégie, ses formes précises dépendent du contexte et sont, par conséquent, des questions de tactiques. Mais centralement, dans notre engagement, nous conservons notre indépendance politique et critique, et nous n’abandonnons pas nos principes (stratégie et tactiques). Concrètement, il y a des questions pratiques autour desquelles nous pouvons coopérer directement avec des courants organisés spécifiques et offrir notre solidarité (même si c’est seulement au niveau de l’élévation de la conscience), ensuite il y a de nombreuses luttes au sein des luttes des opprimé-e-s, dans lesquelles nous pouvons prendre parti ; mais nous avons à tout moment pour objectif de proposer, et de faire gagner en influence, nos méthodes, nos buts et projets.

Nous résumerons les applications concrètes de cette approche au cas du Rojava dans la conclusion mais, pour l’instant, brièvement : dans le combat contre l’État Islamique et contre l’oppression nationale des kurdes, le réseau Anarkismo.net s’aligne avec les combattant-e-s contre ces forces. Deuxièmement, le rapprochement partiel du PKK avec l’anarchisme donne une base additionnelle pour le soutien : avec toutes ses limitations, le projet du PKK est un de ceux qui, à certains égards, s’aligne avec les idéaux anarchistes. Il est loin de la constitution d’un régime autoritaire de haut en bas à la manière, par exemple, de l’Armée Rouge de Mao. À ce propos, le soutien critique envers le PKK est similaire au soutien critique que de nombreux-ses anarchistes ont envers les zapatistes (EZLN) au Mexique. La question n’est pas de savoir si le PKK est à 100% anarchiste – il ne l’est certainement pas – mais plutôt si le PKK combat du bon coté et, deuxièmement, s’il y a des éléments du programme du PKK que les anarchistes peuvent soutenir volontiers.

En bref, cette approche envers le soutien et la solidarité – et même les alliances – ne procède pas depuis la position que les anarchistes peuvent seulement et jamais s’engager qu’avec des forces qui sont purement et sans ambiguïtés anarchistes. Bien plutôt, la logique est que les anarchistes se dressent avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses – sans renoncer à leurs différences avec d’autres courants. Et la logique est également que les anarchistes devraient s’engager avec des mouvements qui sont, si ce n’est complètement anarchistes, au moins de certaines manières plus proches de nos objectifs.

La politique est une situation confuse, basée sur le débat, le conflit et le compromis. Ce n’est la question d’attendre des mouvements parfaits ou des moments parfaits mais celle d’essayer de naviguer – encore une fois sans liquider notre politique – dans une réalité plus compliquée, marquée par des gains partiels et des luttes confuses.

 

L’ARGUMENT RÉPUDIANT LE SOUTIEN

Par contraste, l’article dans « Ideas and Action » prend une autre posture. Il décrit le PKK sous la pire lumière possible, comme « autoritaire », « patriarcal » et « ethno-nationaliste » et va jusqu’à soulever de sérieuses accusations contre Öcalan. Les conclusions politiques dessinées par l’auteur « K.B. » sont claires : les anarchistes devraient se distancier de la révolution du Rojava et du PKK.

Ainsi, c’est en partie un jugement selon lequel le PKK et son projet ne sont ni contre l’oppression ni en aucune manière compatibles avec les buts anarchistes. Mais il tend à suivre une plus vaste ligne de raisonnement dans un secteur du mouvement anarchiste qui congédie de manière routinière tout ce qui n’est pas purement anarchiste et qui, en pratique, se confine lui-même dans l’engagement avec d’autres anarchistes. Si cette approche est correcte dans le fait de souligner les dangers d’un soutien non critique à des mouvements non anarchistes, elle répond d’une manière telle qu’elle se coupe elle-même de la possibilité de s’engager dans un quelconque mouvement et de prendre la moindre position réellement concrète sur les luttes les plus immédiates – en faveur de slogans généraux et d’appels qui n’ont pas beaucoup d’application concrète.

 

L’USAGE DE LA PREUVE

De manière regrettable, beaucoup des affirmations faites par « K.B. » ne dérivent pas d’un engagement équilibré envers les preuves. Tandis que l’auteur est extrêmement sceptique sur les déclarations du PKK, il ou elle est beaucoup plus crédule quand les témoignages dépeignent le PKK sous une pauvre lumière. L’exemple le plus notable est l’assertion qu’Öcalan est un « violeur ». Un examen plus poussé des sources utilisées révèle seulement des liens vers un site web ultranationaliste turc hostile au PKK – et un livre attaquant Öcalan. Même si l’auteur de ce livre ne fournit aucune preuve à part ce qu’il admet être des « rumeurs » sans confirmation.

C’est honnêtement une manière malheureuse d’argumenter – en parcourant internet à la recherche d’affirmations infondées et diffamatoires provenant de sources douteuses et en les acceptant de manière non critique. Sur d’autres points, également, le rédacteur ou la rédactrice « K.B. » fait des déclarations qui n’ont pas de bases factuelles. Le PKK et ses structures alliées sont strictement présentés comme « ethno-différentialistes ». Le nationalisme est une idéologie tendant vers une unité multiclassiste et une société de classe : dans ces phases marxistes et maintenant confédéralistes démocratiques, le PKK ne rentra jamais vraiment dans ce moule.

Si le terme « ethno-nationaliste » est utilisé pour signifier que le PKK est strictement, exclusivement, kurde, cela ne collera pas non plus avec ce qui est en train de prendre place au Rojava. Le Rojava n’est pas seulement une question de libération des kurdes : « K.B. » cite même une déclaration du Forum des Anarchistes Kurdes (KAF en anglais), dans l’article lui-même, qui montre clairement que le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde) au Rojava comporte l’implication de nombreuses personnes « avec des arrière-plans différents, y compris des kurdes, des arabes, des musulmans, des chrétiens, des assyriens et des yézidis »[2].

Ainsi, ce n’est en aucune manière le PKK étroit, et même xénophobe, que « K.B. » souhaite exposer –mais qu’en fait il présente sous un faux jour. Au contraire, cependant, Öcalan et d’autres militant-e-s du PKK[3] présentent le confédéralisme démocratique comme une part de la libération de tous les peuples du Moyen-Orient – et pas seulement les kurdes – et en sont venu-e-s à rejeter fortement le nationalisme lui-même.

 

METTANT DE COTÉ CERTAINS FAITS

L’auteur « K.B. » souhaite également présenter le PKK d’une manière ou d’une autre comme un mouvement « patriarcal » (c’est-à-dire dominé par les hommes). La preuve principale qui est donnée est le rôle prédominant des hommes dans les positions de direction. Mais il y a plus important dans la position d’un mouvement sur la libération des femmes qu’un décompte des têtes. Malgré le fait d’opérer dans un contexte dans lequel la subordination des femmes est activement promue par de nombreuses forces – et pas seulement par l’État Islamique – le PKK a néanmoins activement promu l’égalité pour les femmes dans ses forces armées, ses structures et son idéologie. Invoquer que la revendication pour la libération des femmes doive être portée par une sorte de mouvement des femmes « autonome » est abstrait, car un tel mouvement n’existe pas, et c’est aussi trompeur dans la mesure où la seule force qui est en train de combattre pour la libération des femmes au Rojava, c’est le PKK.

Le PKK fit œuvre de pionnier pour la libération des femmes au Kurdistan et c’est un fait que ces zones où le PKK n’a pas une présence majeure sont très patriarcales, tandis que celles où le PKK a une présence ne le sont pas. Il n’y a pas de coïncidence. C’est parce que le PKK voit la domination des femmes comme étroitement liée à d’autres formes d’exploitation et d’oppression et croit que la lutte contre l’oppression des femmes doit, par conséquent, être au cœur de toute lutte progressiste – dans ce cas pour la libération des kurdes et, finalement, des classes populaires du Moyen-Orient.

« K.B. » souligne ensuite que le PKK était à l’origine marxiste-léniniste, ou au moins influencé par cette approche dans les années 1970 et 1980. Cela peut effectivement être le cas, mais une question qui doit être posée c’est si c’est encore actuellement le cas. Les zapatistes venaient également d’une approche maoïste ; Michel Bakounine lui-même était à l’origine un nationaliste slave. Le passé n’est pas toujours un bon guide pour le présent, spécialement quand d’autres           aspects du passé sont ignorés.

Les gens et les organisations changent politiquement et ce n’est pas ce qu’ils et elles étaient qui est pertinent : c’est ce qu’ils et elles disent et font maintenant qui compte. Le PKK a également changé de nombreuses manières, cela aussi fait partie de son passé. Le PKK a critiqué son passé, essayant de changer sa politique et, dans ces critiques[4] ils sont parfois brutalement honnêtes à propos de leurs propres défauts passés. Cela est très prometteur et montre une maturité politique.

Combien de mouvements – y compris les anarchistes – réfléchissent honnêtement sur ce qui ne va pas ou n’allait pas avec eux et utilisent cela pour s’améliorer ? Ainsi, alors que le PKK n’était pas parfait, et ne l’est toujours pas, ils et elles ont réfléchi et changé – cela n’amène rien de montrer qu’ils et elles étaient marxistes-léninistes il y a trente ans, comme si rien n’avait changé.

 

DIFFÉRENCES DE MÉTHODES ENTRE LES DEUX LIGNES

C’est en invoquant une revendication en faveur d’un mouvement des femmes, nouveau et autonome, au Rojava que « K.B. » révèle une partie importante de sa méthodologie. Les situations ne sont pas approchées telles qu’elles sont par le ou la militant-e, elles sont approchées comme le ou la militant-e aimerait qu’elles soient, ce qui signifie habituellement un schéma complètement abstrait de revendications et de programmes. Ainsi, sans égard pour les résultats de l’actuel PKK, sans égard pour le contexte, sans égard même pour ce que les femmes font dans le PKK et au Rojava, il y a une réponse déjà prête : former un mouvement de type X. Cela ne colle pas avec les réalités complexes, et cela rend très difficile le fait d’accrocher cette réalité, quand toutes les réponses existent avant que tout accrochage n’ait lieu.

À un autre niveau, la méthodologie se révèle également elle-même : si quelque chose n’est pas purement anarchiste, c’est considéré au-delà du soutien. Le problème est que les plus grands mouvements aujourd’hui ne sont pas anarchistes, ou purement anarchistes. Dire que les anarchistes ne peuvent jamais travailler avec d’autres courants – nationalistes, marxistes-léninistes, progressistes etc. – signifie simplement que les anarchistes ne s’engageront avec personne, à part d’autres anarchistes.

Mais comme la plupart des gens ne sont pas – que nous le voulions ou non – anarchistes, cela signifie que les anarchistes s’isoleront eux-mêmes et qu’ils et elles le feront avec fierté. Cela ne résout pas, mais au contraire aggrave, l’isolement des anarchistes. Cela coupe les audiences et une potentielle influence anarchiste.

 

ALIGNEMENTS DANS DES BATAILLES CONCRÈTES

Un troisième problème est celui de prendre parti dans des batailles clés. Toutes les batailles ne requièrent pas que les anarchistes prennent parti, mais certaines oui.

Quelles que soient les limitations des forces qui menèrent la lutte anti-apartheid, par exemple, elles étaient progressistes comparées au régime de l’apartheid ; c’étaient des mouvements qui se battaient contre un système oppressif monstrueux et qui, malgré toutes leurs limites, étaient en ce sens infiniment préférables à ce système. Dans de tels combats, les anarchistes ne peuvent sûrement pas rester neutres, comme s’il n’y avait pas de différences du tout entre les forces d’opposition populaires, comme les syndicats et les mouvements issus des communautés, et le régime d’apartheid. Avoir suggéré autre chose aurait trahi un sérieux manque de perspective.

De même, considérerons la situation du PKK et de ses structures alliées : depuis le début, dans toutes ses incarnations, le PKK a combattu contre la sévère oppression nationale des kurdes en Irak, Iran, Syrie et Turquie. Les kurdes des classes populaires sont opprimé-e-s en tant que travailleurs-euses et paysan-ne-s, mais en tant que kurdes ils et elles font face à une oppression additionnelle. Le combat contre cette oppression est progressiste et est sûrement un combat important que tout-e anarchiste peut soutenir.

Cela ne signifie pas la possibilité d’encaisser des chèques en blanc pour le PKK ; cela signifie simplement que même si le PKK etc. était ethno-nationaliste, mais combattait pour la fin de l’oppression nationale, les anarchistes devraient et pourraient encore soutenir ce combat – de manière critique, bien sûr – simplement parce que les kurdes sont opprimé-e-s en tant que peuple et que les anarchistes s’opposent à toutes les formes d’oppression. Dans la mesure où le PKK est devenu plus proche de l’anarchisme, le terrain pour un soutien critique de ce dernier est plus étendu.

En fait, alors que nous ne pensons pas que les anarchistes doivent poser des conditions pour leur soutien à des luttes populaires pour la libération nationale, il faut également noter que le PKK a, en plus de son rejet du nationalisme, également rejeté l’État – en déclarant clairement que « l’État-nation ne peut jamais être une solution »[5] – et voit la libération des femmes comme étant irrévocablement liée à l’abolition de l’État.

Ces dimensions disparaissent complètement dans l’article de « K.B. » : le PKK émerge comme aussi scélérat et sinistre que n’importe quel autre régime ; c’est presque comme si l’« ethno-nationalisme » kurde est une invention, plutôt qu’une réponse – aussi problématique soit-elle – à l’oppression kurde. Et pour emmener les choses plus loin, l’auteur découvre ensuite dans le PKK seulement des défauts et rien qui soit digne de soutien.

 

SOUTIEN CRITIQUE (NON AVEUGLE)

Rien de cela ne signifie soutenir aveuglément le PKK. Nous ne sommes pas d’accord avec le purisme de l’article de « K.B. » mais nous n’allons pas à l’autre extrême, en liquidant notre politique. Nous sommes d’accord que les anarchistes ne devraient pas liquider notre politique derrière toute force non anarchiste – en devenant des meneurs-euses de ban et des soutiens aveugles, ou en taisant nos critiques ou en mettant la clé sous la porte de nos activités indépendantes. Toutefois, alors que « K.B. » cherche à faire cela en isolant les anarchistes des autres forces, nous cherchons à faire cela en s’engageant, en tant que courant indépendant, avec d’autres forces.

Cela signifie clarifier nos propres points de vue, pousser en avant notre propre projet et rechercher notre propre influence. Une telle influence ne peut provenir d’un isolement puriste, elle ne peut pas venir non plus d’un soutien inconditionnel liquidationniste. Cela entraîne un engagement critique : nous sommes avec le PKK et la révolution du Rojava contre les forces de l’État Islamique, de la Turquie et de l’impérialisme occidental, mais nous ne sommes pas non plus un auxiliaire du PKK.

Par conséquent, malgré nos désaccords avec la position de « K.B. », nous sommes en fait d’accord sur le fait qu’il y a des points qu’il ou elle soulève qui valent vraiment la peine d’être évoqués.

« K.B. » note qu’il y a des structures et des projets parallèles – et potentiellement rivaux – au Rojava et une contestation autour de celles et ceux-ci. D’après certains comptes-rendus – y compris un document qui forme basiquement la Constitution du Rojava[6] – il y a deux types de systèmes/structures en place basés sur ce qui semble être des idées divergentes qui courent concurremment. Une structure est un type de parlement représentatif avec quelque chose qui s’apparente à un cabinet ; l’autre étant une sorte de confédéralisme démocratique basé sur des assemblées, des conseils et des communes. Là apparaît également une possibilité de tension se levant entre ces deux types de systèmes allant aussi de l’avant, si le Rojava survit.

Ainsi il y a une faction dans la politique du Rojava, y compris dans la direction du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde, le parti-frère du PKK en Syrie), qui veut ce qui équivaut à une structure d’État – plutôt que la vision plus radicale du PKK. En pratique ils et elles sont en train de mettre en œuvre une démocratie représentative basée sur un parlement, avec les droits humains de base, où un exécutif aura beaucoup de pouvoir, mais tactiquement ils et elles ne peuvent pas l’appeler un État car il apparaît que l’idée du confédéralisme démocratique est largement partagé en tant qu’idéal parmi de nombreux-ses kurdes.

Mais il est encore possible que le Rojava devienne un système basé sur le confédéralisme démocratique parce que les assemblées, les conseils et les communes existent (et parce que clairement il y a également des gens qui veulent cela). Donc il ne nous semble pas que nous devrions fermer nos yeux sur le fait que de telles tensions et des résultats possiblement conflictuels existent et existeront en tant que tels au sein de toute révolution. Qui gagnera la haute main si le Rojava survit est cependant une question ouverte et dépend de quelles forces prennent la main au cours du processus, si elles ne sont pas balayées par l’État Islamique ou les peshmergas (les unités armées du Gouvernement Régional du Kurdistan irakien).

 

CONCLUSION

Le meilleur résultat dans le monde serait une révolution anarchiste globale. Mais les puissantes forces requises n’existent pas actuellement ; et elles n’en viendront pas à exister si les anarchistes persistent à vouloir garder leurs mains trop propres, en échouant à s’engager dans les moments et mouvements réels du monde.

De manière plus réaliste, le meilleur résultat dans le monde réel du Rojava serait la victoire du confédéralisme démocratique, ouvrant des espaces pour des changements plus profonds et inspirant les rebelles ailleurs. Le second serait un État dirigé par le PYD, et le troisième meilleur serait une victoire du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) qui est à la droite à la fois du PKK et du PYD. Le KRG est un État avec tous ses attributs (bien que non reconnu internationalement) et qui est corrompu et ouvertement autoritaire. À la pire extrémité du spectre il y aurait la victoire du dictateur syrien, Assad, et le pire résultat serait la victoire de l’État Islamique.

Il n’y a pas de réel challenger anarchiste dans cette bataille, et pas de perspectives pour un pôle d’attraction anarchiste tant que les anarchistes ne s’engagent pas avec des forces comme le PKK. Les anarchistes kurdes et turcs-ques se sont impliqué-e-s et, d’une manière plus modeste, des groupes liés au réseau Anarkismo.net l’ont fait aussi.

L’article de « K.B. » souffre du fait qu’il est écrit dans une sorte de vide. Il est écrit comme si une sorte d’anarchisme pur est la seule chose qui peut être soutenue ce qui – en prenant en considération le fait que toute société anarchiste est dans le meilleur des cas une perspective très distante et qu’elle devra être forgée et façonnée dans la réalité de la lutte et quelle peut différer de certaines manières par rapport à la vision idéale – est une vue séparée de la réalité. Ainsi l’article est écrit en étant basé sur ce qui existe dans la tête de l’auteur et non sur ce qui est en train d’arriver dans la réalité – qui est ce avec quoi nous devons nous confronter en tant qu’anarchistes et révolutionnaires sociaux si nous voulons que nous et nos idées suscitions le moindre intérêt dans les luttes populaires progressistes.

Dans les circonstances actuelles où l’État Islamique essaye d’envahir Kobanê, même si le confédéralisme démocratique est vaincu au Rojava de manière interne par des éléments du PYD et leur mise en œuvre d’un État, cet État (d’après ce que nous avons lu sur le PYD) sera meilleur que les autres options qui sont de réelles possibilités, étant soit l’État Islamique, soit Assad ou le KRG.

Si elle était appliquée, par exemple, à l’Afrique du Sud et à l’apartheid, la position sur le Rojava présenté par l’article de « K.B. » reviendrait à dire quelque chose comme « Nous ne soutenons pas l’UDF, le FOSATU, le COSATU[7] et définitivement pas l’ANC parce qu’ils ne sont pas anarchistes » et cela aurait revenu à dire « Qui s’en fout vraiment si l’État d’apartheid gagne parce qu’il n’y a pas de lutte pour l’anarchisme ».

La position présentée dans l’article est ainsi pleine de défauts et séparée de la réalité. Bien que cela puisse paraître radical sur le papier, sa faiblesse est qu’elle présuppose l’existence d’un sujet parfaitement libertaire et révolutionnaire et qu’elle conditionne tout soutien aux mouvements populaires sur cette non entité au lieu de reconnaître que la classe ouvrière actuellement existante – et ses mouvements – est pleine de contradictions et que les anarchistes ont besoin de la rencontrer où qu’elle soit si nos idées et pratiques doivent avoir le moindre intérêt.

La lutte pour la libération nationale des kurdes devrait être soutenue comme une question de principe car ils et elles sont un peuple opprimé et, même s’ils et elles n’accomplissent pas le confédéralisme démocratique, un État dirigé par le PYD serait encore un certain gain (comme 1994 le fut en Afrique du Sud[8]) parce que les autres résultats possibles sont horribles.

Naturellement, la lutte pour la libération kurde, si elle n’est pas accompagnée par une reconstruction massive de l’économie et de la vie sociale sur la base de l’autogestion des travailleurs et du contrôle communautaire, mènera à une situation de libération nationale et de genre incomplètes pour les masses kurdes si les inégalités économiques et sociales ne sont pas résolues en même temps que celles du pouvoir politique.

Une telle solution strictement politique (c’est-à-dire si les modèles parlementaires triomphaient sur le confédéralisme démocratique) pourrait donner naissance à une nouvelle élite kurde. Quelque chose qui peut être comparé à la transition démocratique qui s’est produite en Afrique du Sud en 1994 et, bien que pas idéal, cela constituerait une avancée massive pour la classe ouvrière kurde – juste comme cela a été pour la classe ouvrière sud-africaine.

Nous sommes d’accord avec « K.B » sur le fait que c’est précisément dans l’auto-activité des masses à la base et dans celle des femmes du PKK et de ses structures alliées que résident les aspects les plus prometteurs de la lutte en direction d’une libération complète. Toutefois, ce serait une erreur de rejeter ou de refuser un soutien à des organisations comme le PKK sur la base qu’elles sont imparfaites. Bien sûr qu’elles le sont. Ce n’est pas la question. La question est si les anarchistes s’alignent aux cotés – et essayent d’influencer – les mouvements et luttes dans l’actuel monde réel, comme une question de principe (parce que ces luttes sont justes), comme une question de politique pratique (parce que sans engagement, les anarchistes resteront isolé-e-s) et comme une question d’analyse (qui s’accroche aux situations, plutôt que de les marteler pour les faire entrer dans des schémas pré-établis).

C’est là que réside finalement la différence profonde entre les deux lignes – la nôtre et celle de « K.B. ». Nous rejetons les notions qui insistent sur le fait que les anarchistes ne doivent jamais soutenir des luttes de libération nationale – ou alors seulement sous certaines conditions – tandis que nous rendons également clair le fait que nous rejetons simultanément le nationalisme. Ce qui est nécessaire, par conséquent, pour assurer la pleine libération nationale et de classe des masses kurdes et pour se garder de l’ascension d’une élite kurde oppressive, qui s’opposerait à la pleine libération de la classe ouvrière kurde sous le déguisement d’étroits intérêts nationalistes, c’est une lutte centrée sur la classe ouvrière kurde – sur un programme de la classe ouvrière – contre l’oppression nationale, le capitalisme, l’État et l’oppression des femmes, simultanément. Le programme de confédéralisme démocratique du PKK, pour nous, représente des pas en avant vers un tel programme. Cela n’est pas suffisant mais c’est un début sur lequel nous pouvons nous engager.

En résumé, en appliquant notre approche générale, nous pouvons dire de la bataille pour le Rojava : nous soutenons la lutte pour la libération nationale des kurdes, y compris le droit d’exister pour le mouvement de libération nationale ; deuxièmement nous nous opposons à la répression et aux menaces mises en œuvre par des forces allant de l’État Islamique, à l’Irak, la Syrie, la Turquie et leurs alliés orientaux ; notre soutien va, sur une échelle mobile, vers les anarchistes et syndicalistes kurdes en haut, suivis par le PKK, ensuite le PYD et nous traçons une ligne face au KRG ; en termes pratiques, nous nous offrons une solidarité (même si elle est juste verbale) et coopérons autour d’une série de questions concrètes, la plus immédiate étant la bataille pour arrêter l’État Islamique d’extrême droite et défendre la révolution du Rojava ; au sein de cette révolution nous nous alignons au coté du modèle de confédéralisme démocratique du PKK contre l’approche plus étatique des modèles du PYD, et même lorsque nous faisons cela, avec en tout temps l’objectif de proposer nos méthodes, buts et projets et de les faire gagner en influence : nous sommes avec le PKK contre le KRG, mais nous sommes pour la révolution anarchiste avant tout.

 

 

[1]http://www.freemedialibrary.com/index.php/Declaration_of_Democratic_Confederalism_in_Kurdistan

[2]http://www.anarkismo.net/article/27301

[3]http://www.youtube.com/watch?v=pRsw5s28jxY

[4]http://www.pkkonline.com/en/index.php?sys=article&artID=204

[5]http://www.pkkonline.com/en/index.php?sys=articles Voir spécialement les articles sur « Democratic Modernity: Era of Woman’s Revolution”; “Killing the dominant male”; “Capitalism and Women”; “Women’s situation in the Kurdish society”; “The Nation-State Can Never Be a Solution”; “Briefly On Socialism”; ‘The Kurdistan Woman’s Liberation Movement’; and of course “Democratic Confereralism” .

[6]http://civiroglu.net/the-constitution-of-the-rojava-cantons/

[7]L’United Democratic Front était une organisation politique anti-apartheid crée en 1983 et issue de l’alliance d’environ 400 groupes et associations civiques, d’étudiant-e-s, de travailleurs-euses. La FOSATU était une organisation syndicale non-raciale et démocratique créée en 1979 et elle fusionna avec d’autres syndicats en 1985 pour créer le COSATU qui reste aujourd’hui la principale confédération syndicale d’Afrique du Sud et qui a participé activement à la lutte contre l’apartheid. Note Du Traducteur.

[8]C’est en 1994 qu’on lieu les premières élections inter-raciales en Afrique du Sud àprès la chute du régime d’Apartheid. NDT.

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nov 172014
 

Une intéressante prise de parole réalisée par un camarade du Collectif « Anarchistes Solidaires du Rojava » lors d’un meeting de soutien à la résistance au Kurdistan syrien organisé à Paris le 31 octobre 2014.

Les camarades du Collectif « Anarchistes solidaires du Rojava » ont un site intéressant qui peut être vu ici : http://rojavasolidarite.noblogs.org/

Une campagne de solidarité a été lancée dans certains milieux anarchistes : Des fonds pour la révolution !

Les réfugié.e.s ont besoin d’aide ; les miliciennes et les miliciens ont besoin d’armes ; les familles des victimes ont besoin de secours.

Comme d’autres, le mouvement libertaire lance une campagne de soutien financier. L’argent que vous enverrez transitera par des circuits sûrs, par l’intermédiaire des anarchistes de Turquie (DAF), en qui le PYD et les organisations kurdes ont toute confiance. Il finira par alimenter l’action des YPG-YPJ, des maisons du peuple et des communes du Rojava.

COMMENT VERSER ?

  • par virement : A : Société d’entraide libertaire

    IBAN : FR76 1027 8085 9000 0205 7210 175

    BIC : CMCIFR2A

  • par chèque : A l’ordre de SEL, mention “Kurdistan” au dos, à expédier à

    CESL, BP 121,

    25014 Besançon Cedex

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades, chers frères et sœurs kurdes

C’est avec beaucoup de fierté, qu’en ce vendredi, veille de la journée internationale de solidarité avec Kobanê, je prends la parole dans votre meeting, au nom de l’initiative anarchiste de solidarité avec le Rojava, un collectif qui s’est constitué récemment sur Paris à l’initiative d’individus membres d’organisations libertaires ou non, et qui tente par différents moyens d’attirer l’attention et de développer une solidarité politique et matérielle avec les combattants et les combattantes de Kobanê et plus largement avec les peuples du Rojava en lutte.

Depuis six semaines la ville de Kobanê est le théâtre de combats acharnés de la part des volontaires des YPG et des YPJ. Sous les yeux du monde entier, la lutte des Kurdes pour défendre à la fois l’autonomie territoriale et politique du Rojava et résister jusqu’à la mort aux vagues d’attaques des mercenaires de l’État Islamique, force non seulement le respect et l’admiration, mais est en train d’ouvrir une nouvelle séquence à la fois pour le Kurdistan lui-même, mais aussi pour toute la région, et enfin pour tout ceux qui s’intéressent de près ou de loin à toutes les voies que prennent les tentatives d’émancipation.

La résistance de Kobanê est devenue résistance de l’ensemble des Kurdes, de toute la région et de toute la diaspora, un facteur de premier ordre dans le sentiment d’appartenance et de puissance, dans cette capacité aujourd’hui de prendre son destin en main, d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire de ce peuple certes opprimé, mais qui s’est toujours battu, les armes à la main, pour faire respecter sa dignité, son existence et son droit.

Mobilisation dont témoignent les dernières manifestations en Turquie qui ont connu un niveau de violence rappelant les années 1990 : plus de 50 morts en quelques jours, couvre-feu, déploiement de l’armée dans les villes. Mobilisation de milliers de Kurdes et aussi de Turcs solidaires à la frontière turco-syrienne pour afficher leur soutien au plus près des résistants et en défi vis-à-vis de l’armée turque. Mobilisation avec les centaines, les milliers de jeunes et de moins jeunes qui ont forcé les barrages, découpé les barbelés et ont rejoint pour un jour, pour une semaine ou plus, les habitants qui refusaient de quitter leurs foyers et les combattant-e-s de la cité assiégée.

Le caractère exceptionnel de cette bataille est aussi qualitatif : Il n’a échappé à personne que les combattants et combattantes sont majoritairement issus de la gauche kurde et qu’ils et elles sont les acteurs d’un projet d’autonomie politique et territoriale dans le Rojava, projet basé sur la critique du concept de l’État-nation, sur le pouvoir communal, sur l’égalité hommes femmes, sur la mixité de genre, sur la prise en compte inclusive de toutes les minorités de cette région, sur des formes de justice moins punitive mais basées sur le consensus et l’idée de réhabilitation, sur des formes de démocratie originales.

La révolution du Rojava et ce que le mouvement kurde appelle le « confédéralisme démocratique » est une proposition qu’il faut replacer et qui prend toute son importance dans le contexte des soulèvements du « printemps arabe », de leurs bilans, de leurs échecs et des questions qui avaient été ouvertes alors et qui sont restées sans réponses. Elle doit être considérée comme une proposition valide et concrète pour l’ensemble de la région méditerranéenne et moyen-orientale : une alternative cohérente à tous les régimes d’oppression et de spoliation sans exception, issus des découpages territoriaux de l’époque coloniale et des deux guerres mondiales – aussi bien les chimères du « nationalisme arabe » à parti unique et dictature militaire, que les pétromonarchies, les différentes variantes de l’islamisme politique ou bien encore l’État colonialiste d’Israël.

Si la bataille de Kobanê est dotée d’une spécificité, c’est le champ des possibles qu’ouvre la victoire des combattant-e-s kurdes, ce que Kobanê marque particulièrement comme rupture avec des décennies de domination impériale des puissances capitalistes, c’est que la lutte particulière d’un peuple particulier pour sa liberté est en train de devenir le nom universel de la libération de tous.

C’est le sens qu’incarne le slogan : « la lutte de Kobanê est celle de l’humanité toute entière. »

Les Kurdes du Rojava n’ont pas demandé un « droit à la différence ». Ils ont mis en avant la légitimité de leur combat au regard des critères internationalement admis comme le droit à l’autodétermination. Mais ils ont aussi mis en avant leur projet, leurs réalisations, leur propositions et ont fait valoir que ce pourquoi ils et elles se battaient pouvait être repris partout ailleurs où les questions nationales et les oppressions contre les identités ont été niées ou instrumentalisées par les États, que leurs propositions pouvaient contribuer à inverser le cours de l’histoire, le faire dévier de sa trajectoire et mettre un terme à des siècles de domination coloniale et impériale, qu’il s’agit là d’une lutte pour l’humanité comme l’avaient aussi affirmé les zapatistes dans le fin fond des montagnes du Sud-Est mexicain.

Ce qui est nouveau et remarquable, c’est que le formidable mouvement de sympathie qui s’exprime de manière croissante depuis plusieurs semaines envers les résistants et résistantes de Kobanê, n’est pas orienté vers des figures renouvelées de la « victime » vulnérable et sans défense, en demande d’une « aide humanitaire » auprès de la « communauté internationale ».

Kobanê, n’ a pas non plus demandé que des « sauveurs » viennent se battre pour elle (par une intervention au sol notamment), Kobanê a demandé autre chose de beaucoup plus important politiquement : ses combattantes et ses combattants ont demandé des moyens pour se battre eux-mêmes, et singulièrement des armes, des munitions, des équipements, pour se défendre. Comme des sujets politiques maîtres de leur destin, se battant pour leurs droits, pour leur émancipation et pour la liberté.

C’est là une rupture fondamentale dans la période qui ouvre aussi pour nous, et potentiellement pour des millions de personnes dans le monde, une nouvelle situation dans laquelle la résistance aux attaques subies, comme idée et comme pratiques, n’est plus automatiquement synonyme de défense des acquis ou de retour à un passé glorieux, mais qu’elle peut s’interpréter et se vivre comme l’ouverture sur un nouvel horizon, sur des conquêtes, des avancées : une voie vers l’avant, un parcours de libération, une lutte offensive qui remet d’actualité l’idée, l’hypothèse et la possibilité de transformer l’ordre établi, et que cette transformation prenne un cours révolutionnaire.

Il était certain que cette position ne pouvait qu’être combattu et condamné par les puissances impérialistes, qu’elles soit locale ou occidentale.

La Turquie tout d’abord, après avoir enfermé les combattants et combattantes kurdes dans Kobanê en bloquant les issues nord de la ville, empêchant ainsi les renforts et l’approvisionnement en armes et munitions, après avoir placé en détention plusieurs centaines de Kurdes de Syrie ayant trouvé refuge en traversant la frontière, après avoir réprimé dans le sang les manifestations de soutien à Kobanê, après avoir réaffirmé vouloir établir une « zone tampon » (proposition soutenu par François Hollande) sur le côté syrien de la frontière, c’est-à-dire là où précisément se trouvent les territoires du Rojava, la Turquie reste la principale menace pour les Kurdes. L’État turc qui, depuis 2011, aide les islamismes de divers courants et mouvements, a clairement fait le choix de l’État islamique contre le mouvement de libération kurde.

Les États-Unis ne sont pas sur la même ligne que la Turquie. Pour eux, Kobanê n’est pas un objectif stratégique. D’autre part, officiellement, leur mission en Syrie se limite aux djihadistes. Il faut rappeler qu’officiellement les États-Unis, contrairement à la France, n’ont jamais cru à un renversement imminent du régime d’Assad. Ils sont donc pour une transition et pour un gouvernement syrien de coalition (c’était le sens des discussions de Genève en février 2014). Rappelons que l’approche des États-Unis se fait en prenant en compte les intérêts de la Russie et de l’Iran (d’où l’accord sur la destruction des armes chimiques) alors que la France (et la Grande Bretagne) veut foncer dans le tas, renverser Assad, faire battre les Iraniens en retraite et infliger une défaite à Poutine. Aujourd’hui, les « faucons » occidentaux dans la région sont au quai d’Orsay et à l’Élysée.

Dans l’histoire, les guerres et les révolutions se sont toujours trouvées intimement mêlées : refus des guerres inter-impérialistes débouchant sur des soulèvements révolutionnaires, tentatives révolutionnaires se transformant en guerre ou rattrapés par des foyers de guerre mal éteints et dévorées par les armées des fossoyeurs de la révolution… Nous savons d’expérience que toutes les logiques de guerre, même celles qu’il faut assumer, contiennent les dangers du militarisme, durcissent les rapports, centralisent les formes de pouvoir et de commandement, referment les espaces et les temps de réflexion, rejettent les débats et les contradictions qui font la richesse d’un processus de transformation et vont à l’encontre de la dynamique révolutionnaire. Comme dans de toutes autres circonstances, les Kurdes se retrouvent aujourd’hui à devoir mener conjointement une guerre et une révolution. Ils n’auront probablement pas le loisir de pouvoir choisir entre privilégier l’une au détriment de l’autre, mais une chose est sûre : le type de solidarité qu’ils recevront pourra contribuer à faire pencher l’équilibre d’un côté plutôt que de l’autre. Pour notre part, nous entendons, au sein de la société kurde et du mouvement de libération kurde comme à l’intérieur du mouvement de solidarité, privilégier et appuyer particulièrement les pratiques et les initiatives qui tendent à l’autonomie et l’auto-organisation des populations et des communautés humaines, soutenir les tendances qui poussent à l’émancipation politique et à la révolution sociale.

Le projet de l’autonomie kurde n’est pas un projet anarchiste révolutionnaire et anticapitaliste, il ne vise pas l’établissement du communisme libertaire et l’abolition de toutes les hiérarchies, du capital et du salariat : mais par contre, de sa victoire ou de sa défaite dépendra qu’il sera possible, ou pas, de prononcer et de mettre en discussion certaines idées, certaines exigences, comme l’égalité, le combat contre l’exploitation capitaliste du travail vivant et l’exploitation domestique des femmes, la prise en charge collective des décisions sur l’ensemble des questions touchant la vie des gens, en matière de production, d’habitat, d’éducation, une attention particulière à l’agriculture, une critique du développement et du productivisme…

On ne demande généralement pas aux protagonistes des luttes que l’on soutient qu’ils acceptent l’intégralité de nos références et de nos positions en échange de notre solidarité. Sinon, on reste dans l’entre-soi. La tendance la plus courante consiste plutôt à affirmer une solidarité avec certaines luttes et pas avec d’autres en fonction de la présence ou non d’un certain nombre de critères et d’éléments partiels et potentiels de transformation qu’elles contiennent et font ressortir. Se placer en solidarité avec la lutte des Kurdes pour leur autonomie, obéit aux mêmes règles : ce n’est pas se bercer d’illusions et soutenir une « révolution » les yeux fermés ou encore en partager inconditionnellement les tenants et les aboutissants. C’est, en fonction de ce qui a été avancé précédemment sur la signification de cette lutte dans la période et le contexte, plusieurs choses en même temps : soutenir une résistance contre les tentatives d’extermination, soutenir les significations politiques que ce combat a déjà produites contre la victimisation et dans l’irruption d’une troisième ou quatrième voie dans le cadre syrien, et en même temps, c’est défendre dans le processus même de cette résistance qu’il est possible de prendre son destin en main, d’affirmer des gestes de l’égalité et de s’affirmer comme sujet politique et comme sujet de l’histoire, de tracer un chemin d’émancipation. En somme, de contribuer à la possibilité qu’une révolution sociale en profondeur soit ne serait-ce qu’envisageable, faire en sorte que soient réunies quelques conditions prérequises pour qu’une transformation de cette nature puisse émerger, puisse s’exprimer, trouver un écho, des relais, des points d’appui, parvienne à se traduire dans des conflits, des pratiques, des manières de faire et de vivre, réponde le cas échéant à une nécessité socialement partagée, se transforme en une sorte d’évidence et devienne réalité.

C’est pourquoi, si les combattants et combattantes kurdes et leurs alliés non kurdes sont aujourd’hui en première ligne pour affronter, avec leurs corps, avec leur intelligence, avec leur générosité et les armes à la main, les bandes sanguinaires des cinglés de l’État islamique, et qu’ils et elles ont donc besoin d’avoir les moyens de se battre, il est très important qu’ils soient le moins dépendants possible des diverses puissances, et notamment les États-Unis à qui, outre leur position impériale de superpuissance (surtout militaire) déjà en soi très problématique pour toute tentative révolutionnaire dans le monde, il n’est pas possible de faire confiance (massacre d’Halabja de mars 1988), d’autant plus que la politique extérieure des États-Unis étant connue pour fonctionner par cycles, il est probable que l’approche états-unienne plutôt « pragmatique » actuellement se transformera tôt ou tard dans une nouvelle offensive de « faucons » néo-conservateurs, les mêmes qui ont engagé jadis massivement les États-Unis dans la guerre du Vietnam (Nixon) et plus tard, les guerres en Irak (Bush père et fils), aux effets que l’on connaît.

En tant qu’anarchistes, communistes libertaires, anticapitalistes anti-autoritaires de France, il faut que l’on accorde une mention très spéciale à Hollande. Le chef de l’État français s’est en effet très vite aligné sur les positions de la Turquie en exprimant son soutien à la création d’une « zone tampon » dans le Rojava et le long de toute la frontière syro-turque. Or, si l’armée turque pénètre sur le sol syrien, c’est à la fois une déclaration de guerre contre les Kurdes syriens mais aussi contre le régime de Damas. C’est cela l’autre vrai objectif. Il faut être conscient que c’est cela que veut la France, gouvernement et opposition confondus : une guerre aérienne et au sol, non pas principalement contre les djihadistes mais pour entreprendre le chemin de Damas jusqu’au palais présidentiel.

La France, contrairement aux États-Unis, s’est depuis le début du soulèvement populaire en Syrie (février-mars 2011) alignée sur l’axe Turquie-Qatar-Arabie saoudite, qui sont les principaux fournisseurs de l’aide financière et matérielle aux combattants islamistes, c’est-à-dire dans la position la plus va-t-en-guerre visant à renverser le régime d’Assad et à le remplacer par quoi, sinon par un régime islamiste sunnite, qui deviendra, en outre, avec ou sans démembrement du pays, une colonie ou un protectorat de ces puissances régionales (en particulier de la Turquie qui a une longue frontière commune, qui est de loin la principale puissance militaire et qui verrait bien la région placée une fois de plus sous la coupe d’un nouvel empire ottoman) et un nouveau marché juteux pour les multinationales. En s’alignant sur la Turquie, l’État français se fait le complice objectif du projet d’anéantissement de l’autonomie kurde en Syrie aujourd’hui, et en Turquie bientôt.

La campagne de solidarité avec la lutte de libération des Kurdes ne peut, en France du moins, que cibler et dénoncer la dangereuse politique criminelle et cynique du gouvernement français.

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Révolution au Kurdistan syrien : 2 textes sur un débat toujours en cours.

 Posted by on 17 novembre 2014 at 23 h 45 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés
nov 172014
 

Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

 

Voici deux textes traduits de l’anglais sur la situation au Rojava, le Kurdistan autonome syrien, et sur l’attitude que les anarchistes devraient avoir envers le mouvement populaire (pas uniquement kurde d’ailleurs) dans cette région.

Ces deux textes sont symptomatiques du débat parfois agité qui traverse le mouvement anarchiste sur la question de la révolution en cours au Rojava, et plus globalement sur les luttes de libération nationale.

Ils sont révélateurs des méfiances, des réticences, des distances récurrentes (et parfois des renoncements honteux) ou, au contraire, des rapprochements, des solidarités, des espoirs non moins récurrents (et parfois des vaines illusions) que ce type de lutte en général et cette révolution en particulier peut susciter dans nos milieux.

Nous laissons aux lecteurs et lectrices le soin de se faire leur propre opinion comme nous nous sommes faits la nôtre… pour orienter notre action.

Ces deux textes ont été traduits à la mi-novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Ces traductions sont librement diffusables.

 

Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste.

 

Une perspective anarcho-syndicaliste sur la situation politique au Rojava par un membre de la Workers’ Solidarity Alliance, un groupe anarcho-syndicaliste des USA. Publié sur le site anarchiste anglais « Libcom » le 3 novembre 2014 sous le titre « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et visible ici en anglais : http://libcom.org/blog/rojava-anarcho-syndicalist-perspective-18102014

 

« Le principal problème de la lutte de libération nationale pour la forme d’organisation anarcho-syndicaliste anti-étatique est qu’elle est de manière inhérente étatique. Défendant une forme d’État plus locale, le mouvement de libération nationale s’incline devant l’idée que l’État est une institution désirable – pas seulement dans sa forme courante. En tant que tel il a l’imperfection fondamentale, s’il rencontre le succès, de générer un nouvel État – qui peut être ou pas « pire » que l’oppresseur actuel, mais qui sera néanmoins une mécanisme oppressif ».

Solidarity Federation

 

« Les anarchistes refusent de participer aux fronts de libération nationale ; ils participent à des fronts de classe qui peuvent être ou pas impliqués dans des luttes de libération nationale. La lutte doit se répandre pour établir des structures sociales, politiques et économiques dans les territoires libérés, basées sur des organisations libertaires et fédéralistes ».

Alfredo Maria Bonanno

 

Au moment où nous publions nous parviennent des informations selon lesquelles l’État Islamique (EIIL) a été presque complètement repoussé en dehors de la ville de Kobanê, le quartier général du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), le parti syrien affilié à l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK en kurde), leur co-président Saleh Muslim appelant ces développements la libération de Kobanê.[1] Heureusement car de tels progrès dans la région favorisent le fait que les anarcho-syndicalistes et les partisans de la révolution sociale de toutes tendances puissent commencer à discuter objectivement la situation au Kurdistan Occidental sans le réflexe émotionnel envers une population assiégée, faisant face à un désastre humanitaire.

Les anarcho-syndicalistes ne devraient pas avoir d’illusions à propos de la Révolution du Rojava. Depuis le tournant du millénaire il y a eu des informations sur un tournant municipaliste libertaire dans la lutte de libération nationale kurde inspiré par Murray Bookchin. Ce changement politique a été mené par le fondateur emprisonné et le leader idéologique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en kurde), Abdullah Öcalan, qui découvrit Bookchin alors qu’il était en prison. Le PKK, une ancienne organisation maoïste/stalinienne, s’est tourné vers le nationalisme ethnique après la chute de l’Union Soviétique et le discrédit du « socialisme réellement existant » et ainsi un tel tournant a été favorablement accueilli par beaucoup au sein de la gauche révolutionnaire. Cependant de tels processus de transformation politique ne se traduisent pas automatiquement pas une pleine adhésion au sein d’une population quelque soit sa représentation officielle dans des partis dirigeants.

Après le début du soulèvement de masse syrien, et de la guerre civile qui en résulta, un vide du pouvoir fut créé où les forces d’Assad, chef tyrannique de l’État en Syrie, laissèrent le Kurdistan Occidental, connu sous le nom de Rojava, aux kurdes. Au début l’Armée Syrienne Libre (ASL), une force d’opposition soi-disant modérée liée à l’impérialisme occidental, attaqua les forces kurdes mais fut bientôt repoussée. Dans cette situation ouverte, le PYD et ses milices armées des Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et des Unités de Défense des Femmes (YPJ) décida de mettre en œuvre sur le terrain son programme, depuis déjà longtemps mûri, d’autonomie démocratique et de confédéralisme démocratique.

Comme rapporté par le Forum Anarchiste Kurde (KAF en anglais), un groupe d’anarchistes kurdes pacifistes en exil, alors que le Printemps Arabe saisissait la Syrie, il y avait le développement d’un mouvement basiste de démocratie directe, créé par les travailleurs et le peuple au Rojava et appelé le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde). Ce fut ce mouvement qui poussa pour la mise en œuvre de « ses plans et programmes sans autres délais avant que la situation ne devienne pire ». [2] Ce programme fut très étendu et il vaut mieux citer longuement le témoignage du KAF :

 

« Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes partout dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles des martyrs, le commerce et les affaires, les relations diplomatiques avec les pays étrangers et bien d’autres choses. Des groupes ont même été établis pour arbitrer les contentieux entre différentes personnes ou faction afin d’éviter que ces disputes n’aillent en cour à moins que ces groupes soient incapables de les résoudre.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour parler des problèmes auxquels les gens doivent faire face là où ils vivent. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ». […]

Ils croyaient que la révolution doit se faire depuis la base de la société et pas de haut en bas. Ce doit être une révolution aussi bien sociale, culturelle et éducative que politique. Elle doit être contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Ce sont les gens dans les communautés qui doivent avoir les responsabilités décisionnelles finales. Ce sont les quatre principes du Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem) ».

À d’autres époques et endroits de tels mouvements d’assemblées démocratiques et de comités à la base de la société, ouverts au peuple, ont été connu collectivement sous le nom de Conseils Ouvriers. Si ces développements sont vrais, le Tev-Dem en était presque l’accomplissement.

Toutefois, de telles informations incluaient des comptes-rendus sur la création d’une assemblée constituante en tant que corps parlementaire législatif appelée Administration d’Auto-gouvernement démocratique. Comme New Compass, un collectif d’édition bookchiniste l’a rapporté :

« Tandis que dans de nombreuses zones la population kurde a déjà des décennies d’expérience avec les concepts de libération des femmes et de liberté sociale du mouvement kurde, ici aussi il y a bien sûr également des divergences. Certains souhaitent s’organiser dans des partis classiques plutôt que dans des conseils.

Le problème a été résolu au Rojava à travers une structure duale. D’un coté un parlement est choisi, pour lequel des élections libres sous supervision internationale doivent avoir lieu aussitôt que possible. Ce parlement forme une structure parallèle aux conseils ; il forme un gouvernement de transition dans lequel tous les partis politiques et les groupes sociaux sont représentés, tandis que le système des conseils forme une sorte de parlement parallèle. La structuration et les règles de cette collaboration sont pour le moment en discussion ». [3]

Ceci, parmi d’autres questions, met à nu la réalité de la situation politique au Rojava. Il n’est pas clair si l’établissement d’un tel appareil démocratique est une poussée de la part de certains éléments ou si c’est une partie et une parcelle du confédéralisme démocratique kurde. Avec les anarchistes le monde entier est en train de regarder vers ces développements comme une sorte de lueur libertaire dans la région. La question de l’État et de la forme de gouvernance qui est en train d’être établie doit continuer à être observée étroitement. Historiquement le programme socialiste libertaire a été pour le développement d’authentiques conseils de travailleurs et de comités comme ceux originellement mis en place par le Tev-Dem, et il y a eu d’amères combats contre l’établissement de projets d’États démocratiques parlementaires, avec des votes libres, où la participation est atomisée et le pouvoir réellement détenu par des pouvoirs exécutifs placés au dessus du peuple.

S’il y a un grand espoir pour des ouvertures libertaires dans la région, c’est l’existence des mouvements des femmes. La société kurde, comme la société mondiale dans son ensemble, a été une société profondément patriarcale au point qu’Öcalan, selon son propre aveu en 1992, est probablement un violeur, ce qui est particulièrement inquiétant concernant le culte de la personnalité développé autour de lui. [4] Bien que toujours attachées à ses enseignements, les femmes kurdes, du fait de leur propre expérience au cours des dernières décennies, ont commencé à s’organiser elles-mêmes de manière autonome. Des groupes comme le Mouvement des Femmes Libres (KJB en kurde) et l’Étoile des Unités des Femmes Libres (YJA Star en kurde) appellent à une solidarité mondiale entre les mouvements des femmes contre l’État-nation patriarcal. Comme Dilar Dirik, une activiste proche des YJA Star, le décrit dans son discours sur la formation d’un « État sans État » dans une vidéo qui a largement circulé, le mouvement des femmes kurdes, à travers son expérience du patriarcat dans le mouvement de libération nationale kurde et dans la société kurde en général, en est arrivé à la conclusion que former un nouvel État national ne devait plus faire partie du projet de libération kurde, car l’État national est de manière inhérente une institution patriarcale. Cependant, bien que de nombreux anarchistes soient d’accords avec cette analyse et sont sûrement en train d’hocher la tête, Dirik dit clairement que le mouvement n’est pas en ce moment en faveur de l’abolition générale de l’ État, mais en faveur d’organiser une autonomie démocratique malgré l’État. Comme anarcho-syndicalistes c’est notre devoir et non une critique de souligner que l’État syrien, aussi bien que le reste des États-nations qui encerclent le Rojava et qui existent dans le reste du Kurdistan, ne vont pas simplement disparaître avec le développement de leur projet pour une autonomie démocratique régionale. L’État doit être activement combattu et écrasé par les masses au sein de chaque nation et c’est la mission historique pour toutes les forces de libération révolutionnaires internationalistes.

En conclusion, le développement de la démocratie représentative sociale-démocrate, le passé nationaliste ethnique et patriarcal du PKK (Saleh Muslim, le leader du PYD, a laissé entendre qu’une guerre était nécessaire pour expulser les arabes de la zone [5]), la collaboration du PYD dans un trêve avec l’ASL et les islamistes [6], le service militaire depuis juillet [7],les différents éléments cherchant le soutien des USA et de la communauté internationale sont des raisons suffisantes pour être hésitant-e-s à mettre trop d’emphase sur la direction officielle. Les lueurs d’espoir là où elles existent sont dans la résistance et l’auto-activité des masses et des mouvements de femmes. Les processus sociaux de transformation sont compliqués et souvent les conflits et les dynamiques internes y règnent. Le programme politique mis en avant pourrait bien être décentralisateur avec de fortes potentialités vers la sociale-démocratie plutôt qu’anti-étatique et social révolutionnaire. Il y a également encore beaucoup de recherches qui doivent être faites sur l’économie et l’organisation industrielle et agraire. Cela n’empêche pas les anarchistes de défendre l’auto-défense des masses et de leurs propres organisations de lutte au Rojava contre l’État Islamique, les États locaux et l’impérialisme occidental mais nous devons faire attention de ne pas sauter en applaudissant la représentation officielle du mouvement kurde au travers de ses partis traditionnellement étatiques comme le PKK et le PYD.

Vive la lutte des masses travailleuses et des femmes libres.

Avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses, toujours !

K.B.

 

Sources:

[1] Les frappes aériennes ont été très très réussies. Très bientôt nous annoncerons au monde la libération de Kobanê ». Saleh Muslim. http://www.demokrathaber.net/dunya/salih-muslim-kobanideki-son-durumu-anlatti-h39595.html

[2] L’expérience du Kurdistan Occidental (Kurdistan syrien) a prouvé que le peuple peut changer les choses. En anglais : http://www.anarkismo.net/article/27301 et une traduction française ici :http://rojavasolidarite.noblogs.org/ (en date du 03/11/2014).

[3] Autonomie Démocratique au Kurdistan : http://new-compass.net/articles/revolution-rojava

[4] Dans un livre écrit par Öcalan en 1992 et intitulé « Cozumleme, Talimat ve Perspektifler » (Analyses, Ordres et Perspectives), il déclarait : « Ces filles mentionnées. Je ne sais pas. J’ai des relations avec des centaines d’entre elles. Je m’en fout de comment les gens le comprennent. Si j’ai été proche de certaines d’entre elles, comment cela aurait-il dû être ? (…) Sur ces sujets, elles laissent de coté toutes mesures réelles et trouvent quelqu’un et elles bavardent disant « on a essayé de me faire ceci ici » ou « cela m’a été fait là » ! Ces femmes sans honte veulent à la fois donner trop et ensuite développer de telles choses. Certaines des personnes mentionnées. Bonté divine ! Elles disent « nous en avons si besoin, cela serait très bon » et ensuite ce commérage est développé (…) Je le dis de nouveau ouvertement. C’est la sorte de guerrier que je suis. J’aime beaucoup les filles. Je les apprécie beaucoup. Je les aime toutes. J’essaie de transformer chaque fille en une amante, à un niveau incroyable, au point de la passion. J’essaie de les former depuis leur physique jusqu’à leur âme, jusqu’à leurs pensées. Je vois cela en moi pour poursuivre cette tâche. Je me définis moi-même ouvertement. Si vous me trouvez dangereux, ne vous approchez pas ! ».

[5] Le leader du PYD annonce une guerre avec les colons arabes dans les zones kurdes : http://rudaw.net/english/middleeast/syria/24112013

[6] Des détails sur le développement d’une alliance entre le PYD et l’Armée Syrienne Libre et des forces islamistes incluant une scission d’Al Qaïda en Syrie.

http://now.mmedia.me/lb/en/reportsfeatures/564212-fsa-fighting-alongside-kobane-kurds

http://www.ozgurgundem.com/index.php?haberID=118383&haberBaslik=YPG+ve+%C3%96SO+%27ortak+eylem+merkezi%27+kurdu&action=haber_detay&module=nuce

[7] La conscription commence dans les régions kurdes de Syrie, l’évasion autre part.

http://www.wri-irg.org/node/23519

Une réponse à l’article « Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste ».

 

Article envoyé par Hüseyin Civan, un membre de DAF (Devrimci Anarşist Faaliyet), un groupe anarchiste en Turquie et publié sur le site « Libcom ».

C’est une réponse à l’article « Rojava: An Anarcho-Syndicalist Perspective » écrit par un membre de la WSA (Workers Solidarity Alliance) et plus généralement c’est une réponse aux critiques concernant la participation active de DAF à la lutte au Rojava.

Le texte original en anglais peut être trouvé ici : http://libcom.org/library/response-article-rojava-anarcho-syndicalist-perspective

 

Les effets des révolutions sociales ne sont pas limités par le seul effet de la lutte contre les pouvoirs politiques et économiques dans la région géographique où la révolution se produit. Il est important de voir leur effet sur différentes autres régions avec les changements intellectuels et pratiques que cet effet amène. Parlant de la résistance à Kobanê, la révolution du Rojava est plus importante maintenant pour voir cet effet plus clairement.

La réaction et l’attaque de l’État et du capitalisme contre ce qui est en train de se passer au Rojava sont attendues en ce moment. Toutefois, nous devons tourner nos visages vers les débats internes au sein de l’opposition sociale en même temps. Il est nécessaire de souligner que de tels débats sont une ressource importante pour la compréhension de ce qu’est l’effet du Rojava.

Depuis le début de ce processus, les attitudes des camarades anarchistes envers la compréhension du Rojava et le soutien à la résistance ont été très importantes pour se remémorer la solidarité internationale, que nous n’avons pas l’habitude de voir d’une manière si organisée. De nouveau nous avons fait l’expérience que la solidarité est notre plus grande arme.

Cette forme de solidarité qui a été créée entre les anarchistes a inévitablement fait de la résistance à Kobanê un gros titre parmi les anarchistes tout autour du monde.

L’article « Rojava: Une perspective anarcho-syndicaliste » qui a été publié sur plusieurs sites différents est un des reflets de ce gros titre. Cette évaluation de l’article est spécialement destinée à corriger l’information à propos de la Révolution du Rojava et de la Résistance de Kobanê, au lieu de souligner les aspects positifs et négatifs de l’article et de faire une simple critique.

En considérant les différents commentaires qui peuvent se former et les différentes perspectives d’organisations anarchistes dans différentes régions géographiques ; j’ai centré la critique de l’article sur le sujet d’une évaluation incomplète de la lutte kurde pour la liberté et de la Révolution du Rojava. La critique politique contre une communauté qui est prise dans une lutte à la vie à la mort sous des conditions de guerre ne peut être faite en ignorant cette condition. Encore plus si la dite critique a certains préjugés et a été formée avec des généralisations tranchantes. Et bien sûr si un énorme mouvement populaire est évalué d’une manière dégradante…

Tout d’abord il est nécessaire de déclarer que former une relation de solidarité avec la Révolution du Rojava et la Résistance de Kobanê n’est pas une relation émotionnelle, au contraire de ce que les camarades prétendent dans « Une perspective anarcho-syndicaliste ». Parce que les organisations anarchistes ne basent pas leurs relations de solidarité sur la « sympathie ». Ces relations se forment principalement en prenant en considération une perspective politique et des stratégies planifiées pour réaliser cette perspective. Par conséquent, la solidarité et le soutien à une lutte ne sont pas loin de l’objectivité.

Dans différentes parties de l’article, la critique du PKK est censée être basée sur l’histoire du parti politique – et avec des critiques telles qu’une mise en œuvre imparfaite de la « municipalité libertaire », un état incomplet de transformation sociale et des racines nationalistes ; la condition et la perspective actuelle du Mouvement kurde est laissée sous le préjugé. En faisant tout cela le préjugé est basé sur une information incomplète, consciemment ou inconsciemment. Personne ne prétend que le Mouvement kurde pour la liberté est un mouvement anarchiste. Par conséquent, les pratiques qui sont proclamées imparfaites ou ayant des défauts devraient être évaluée en prenant en considération ce fait. D’un autre coté, un mouvement populaire qui apprécie autant la « critique de l’État et du capitalisme » ne peut être négligé par les anarchistes. Cette question ne peut être uniquement liée au « municipalisme libertaire » bookchiniste. Le mouvement a référencé de nombreux camarades différents, depuis Bakounine à Kropotkine, dans ses relations théoriques avec l’anarchisme et peut interpréter le problème de l’État avec une large perspective. Par ailleurs, réaliser cette idée mène à une pratique qui est très libertaire et non-centralisée. Je pense que ce point est très important. Cette information est basée non sur des citations tirées d’articles et de livres mais sur une observation mutuelle d’organisations politiques qui partagent un terrain de lutte commun.

La condition du Rojava n’est pas telle parce qu’Assad a quitté la région ou à cause de ses prétendus arrangements avec les pouvoirs globaux. La grande transformation sociale qui s’est produite au Rojava il y a deux ans et demi est intervenue dans une conjoncture où l’activité politique forçait le Moyen-Orient à choisir la gouvernance d’un des deux coté opposé (laïcs supporteurs de coups d’État/conservateurs démocrates). Le peuple du Rojava, lorsque le « printemps » se transforma en hiver dans la région du Moyen-Orient, ne se retrouva pas dans ces deux cotés et créa sa propre solution.

Alors que la vie a été reconstruite au Rojava, la structure non-centralisée des mécanismes sociaux qui ont été créé, l’emphase insistante sur l’absence d’État, l’organisation de relations de production-consommation-distribution d’une manière aussi éloignée que possible du capitalisme, l’auto-organisation comme garantie du processus social, les communes dans trois différents cantons façonnant leur fonctionnement avec des processus de décision indépendants sont indéniablement importantes à cette époque. Plus spécialement, comment un anarchiste peut-il nier le fait que ce processus est une expérience prometteuse pour la multiplication d’exemples similaires dans différentes régions géographiques ?

Répétons pour les camarades qui persistent à ne pas comprendre. Ceci n’est pas un effort pour prétendre que c’est un processus anarchiste. Cependant les caractéristiques anarchistes du processus au Rojava feront plaisir aux anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. Ce plaisir est loin du romantisme qui est critiqué dans l’article, il s’agit de comprendre que nos buts politiques et nos stratégies sont applicables dans un tel système, à une telle époque.

Personne ne peut prétendre que les pratiques d’un peuple sans État sont négatives pour les anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. De telles pratiques dans différentes régions géographiques peuvent se développer dans leurs conditions authentiques Prétendre que ces luttes authentiques ne sont pas adéquates avec les principes anarchistes et réduire leur importance, c’est exhiber une compréhension de l’anarchisme qui repose sur une arrogance théorique manquant de pratique. Une autre chose dans l’article qui vaut d’être soulignée, c’est l’authenticité de ses références. Il est intéressant de référencer les expressions d’un groupe en ligne juste parce qu’ils ont les mots Kurdistan et anarchistes dans leur nom. Ce n’est pas à propos du fait que les expressions des camarades soient vraies ou fausses. Le fait politique que le groupe base ses expressions là dessus est une question problématique, alors qu’il ne montre aucune activité politique dans la région du Kurdistan tandis qu’il critique théoriquement le Mouvement kurde pour la liberté à un niveau pratique.

Tandis que le mouvement des femmes au Kurdistan est directement relié avec le mouvement pour la liberté, des commentaires qui prétendent que le mouvement des femmes est à part de cette entièreté, ou même contre elle, altèrent l’information. C’est un défaut de logique de critiquer le mouvement comme patriarcal alors qu’on met l’emphase sur l’importance du mouvement des femmes dans la lutte. Qui plus est, le défaut de logique continue lorsqu’on prétend qu’Öcalan est un violeur en confirmant cela avec des citations provenant de sites web étatiques de contre-propagande. Un autre exemple de références est à propos des « kurdes voulant une guerre pour expulser les arabes ». Quand vous prélevez une cerise dans un discours sans prendre en compte son contexte, vous pouvez l’utiliser pour soutenir un contexte à vous. Il est clair que le sujet de l’information référencée est à propos des colons manœuvré-e-s par Assad pour changer la structure démographique de la région en vue de ses objectifs d’assimilation. Comme les colons israélien-ne-s.

On peut inventer des causes quand on essaye d’être sur-méfiant-e. Toutefois, il est important de questionner la relation entre ces causes et les faits actuels. C’est une erreur d’essayer de définir le Mouvement kurde pour la liberté comme un mouvement nationaliste. Cette définition et les autres négligent la transformation du mouvement et prétendent que l’ancienne structure politique de celui-ci continue. Une perspective qui n’a pas de connaissances des pratiques de processus et a seulement des articles critiques comme source d’information est extrêmement problématique. Parce qu’une part massive de ces critiques sont formulées par des mentalités étatiques et leurs extensions. Une critique saine peut être faite en observant et en faisant l’expérience des pratiques politiques. Toute critique qui manque d’une vision géographique régionale et de caractère pratique porte en elle le danger de tomber dans l’orientalisme.

Nous parlions auparavant à propos du processus au Rojava et du fait que le mouvement n’est pas anarchiste. Une autre chose qui manque c’est l’évaluation de la lutte pour la liberté du peuple kurde à part du fait qu’ils et elles ont lutté pendant des siècles dans la région mésopotamienne. Celles et ceux qui se détournent de la vérité par correction idéologique et dévalue une lutte populaire de plusieurs siècles trahissent leurs responsabilités révolutionnaires et devraient faire attention au front sur lequel ils et elles sont en train de se placer.

Percevoir les classes dans une vision superficielle et essayer d’interpréter les luttes sociales juste comme des luttes économiques, c’est créer une hiérarchie entre les luttes des opprimé-e-s. Un point de vue anarchiste qui limite les opprimé-e-s aux travailleurs-euses et néglige les autres relations de pouvoir contredit l’histoire du mouvement anarchiste. L’histoire révolutionnaire de l’anarchisme est pleine des luttes économiques, politiques et sociales des opprimé-e-s. Négliger l’effet du mouvement sur les mouvements populaires pour la liberté depuis l’Europe jusqu’à l’Extrême Orient asiatique à différents siècles, exclure l’apport pratique de cet effet aux luttes de classes en Amérique du Sud c’est ignorer la structure intégrée du mouvement anarchiste.

Nous ne sommes pas des diseurs-euses de bonne aventure. Nous ne pouvons pas savoir ce qui arrivera au Rojava dans un mois ou un an. Nous ne pouvons pas savoir si cette transformation sociale, qui ne nous donne pas seulement de l’espoir en tant que révolutionnaires qui luttent dans une région géographique proche mais qui nourrit également notre combat dans la région où nous luttons, ira vers un futur positif ou négatif. Mais nous sommes des anarchistes révolutionnaires. Nous ne pouvons pas seulement nous asseoir de coté, regarder ce qui se passe et commenter, nous prenons part aux luttes sociales et agissons pour une révolution anarchiste.

Vive la Révolution du Rojava !

Vive la Résistance de Kobanê !

Vive l’Anarchisme Révolutionnaire !

Hüseyin Civan

(de l’organisation anarchiste turc DAF)

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