Collectif Médecine Libertaire

 Posted by on 22 novembre 2012 at 16 h 54 min
 

COLLECTIF MÉDECINE LIBERTAIRE…

Après un peu plus de trois années d’existence, voici ce court texte qui se veut revenir sur ce que nous sommes (ou du moins tendons vers) et présenter succinctement les chemins pratiques et théoriques sur lesquelles nous avons navigué…

Ce collectif est composé d’individu·e·s qui souhaitent penser et agir autour de la santé, de la médecine, du corps dans une perspective anarchiste. Pour nous le système médical est l’un des relais des dominations de classe, de « race » et de genre. Et nous voulons comprendre comment cela s’opère et lutter contre cette opération aliénante.

Une présentation

Le mouvement social dit « contre la réforme des retraites » en octobre 2010, montre qu’une mobilisation populaire d’ampleur, même si elle peut laisser un goût amer, ouvre des possibles. C’est ce qui s’est passé sur Caen où la naissance d’une équipe de soutien médical dans les manifs/actions (dite « Medical Funky Fight Team ») a vu le jour dans des locaux de l’université alors occupée. Elle a d’abord consisté à rassembler nos connaissances sur les premiers secours, de se les échanger via des temps de formation, afin de s’occuper collectivement des premiers soins nécessaires en situation de conflit social. Ceci nous plongea de fait dans des pratiques anti-humanitaires, puisqu’il n’est bien sûr pas question pour nous de s’occuper des blessé·e·s policiers ou militaires. Ouverts à tou·te·s, ce collectif a nécessité de réunir du matériel et n’a pas été l’exclusivité de médecins ou d’étudiant·e·s en médecine, bien au contraire. Renouvelant cette expérience au cours de différentes luttes, principalement antinucléaires, cette organisation continue de s’approfondir. En faisant attention à ne pas tomber dans les pièges de la spécialisation et des prises de pouvoir que cela peut engendrer, nous poursuivons notre travail d’auto-formation sur les soins élémentaires que tout un chacun·e peut donner. Ceci étant nous accordons une importance à la compétence et au métier (à différencier de la profession) et refusons l’idée que toutes les tâches se valent. Autrement dit, nous intervenons en fonction de nos disponibilités personnelles et de nos qualités/qualifications respectives et faisons de ces différences « techniques » une force collective. C’est donc dans une large volonté d’autonomie anarchiste que nous avons poursuivi nos activités en faveur d’échanges et de co-construction de matières théoriques et pratiques concernant nos corps vécus et perçus.

Nous nous sommes posé·es les questions de comment prendre soin les un·es les autres sans passer par le rouleau-compresseur de la médecine capitaliste. Cela nous a conduit à des permanences que nous souhaitions comme des situations de soins communautaires. Conscient·es des limites et de l’ampleur de l’exercice, nous poursuivons à notre rythme avec l’arrière pensée que nous sommes aussi, malgré nous, traversé·es par – et parfois porteu-ses/rs de – ce monde abject et son pouvoir médical qui contrôle et enferme. Si la santé est une norme fixée pour tou·te·s par d’autres, nous voulons nous donner nos propres normes. Nous voulons penser et mettre en œuvre des moyens, des façons de faire qui nous correspondent.

Ce travail a pu être effleuré entre nous, et même touché lors d’une expérience dans un squat politique (le Mât-Noir). Des ateliers d’écriture, de taï-chi, et de « brain gym » ont eu lieu dans le froid, la pénombre et la bonne humeur alors que nous bénéficions d’un lieu temporairement et partiellement libéré des contraintes mortifères. Ces élaborations ont été ouvertes sur un spectre plus large autour de la place du ressenti dans l’activisme politique et du délitement des liens de solidarité. Car ignorer cela a pour effet le renvoie de plus en plus de compagnon·nes tant vers le système médical, que vers le marché du bien-être ou autres horreurs mystico-religieuses.

Dans cette même veine, nous avons organisé un week-end dans un squat à la campagne, afin de nous familiariser avec les plantes médicinales et d’échanger sur des sujets sociaux-sanitaires. Nous avons provoqué un débat dans un local autogéré au sujet des drogues et de leur emprise au sein du mouvement libertaire. Nous nous sommes penché·es sur le théâtre de l’opprimé et avons fomenté des exercices d’initiation et de formation, après en avoir discuté autour d’une projection-débat. Une liste de praticien·nes et de structures sanitaires correctes et foireu-x/ses sur les plans éthiques, politiques et des compétences continue à être alimentée, sans que nous sachions réellement qui els sont et s’illes partagent nos valeurs et désirs politiques. Enfin, nous cherchons toujours des exemples de pratiques de médecine qui nous semble pertinentes politiquement (Chiapas, Grèce… ) afin de les discuter et de nous en inspirer.

S’il nous paraît important à l’avenir d’organiser par nous et pour nous la production de soins et de guérison, tant dans les manifs/actions que dans le « quotidien », il est tout autant nécessaire d’élargir nos réflexions théoriques concernant le système médical. C’est pourquoi des « cycles » thématiques ont eu lieu sur des sujets complexes sur lesquels les réflexions anarchistes nous semblent trop faibles. D’abord animé·es par nos longues, désordonnées et paisibles discussions, nous avons ensuite proposé des conférences-interventions-projections-débats publiques dont nous assurions autant les frais (auto-financement sur le principe de participation libre) que l’information (auto-communication). Les thèmes les plus explorés ont été : la psychiatrie critique ou antipsychiatrie et la place du fou et de la folle dans la société ; la question trans’ et son corollaire de la norme/genre notamment en relation avec le système médical ; la mort et l’angoisse qui l’accompagne. Aucune formalité concrète n’a découlé de ces bases de réflexions mais les analyses sont toujours présentes et le changement dans la tronche des gens s’accentue. Devant l’oppression techno-industrielle, nous avons aussi abordé les sujets du nucléaire, des médicaments et du transhumanisme, afin de comprendre les enjeux qui les entourent et de saisir les meilleurs moyens de les détruire ou d’y échapper – si tant est qu’il en est encore possible.

Par le prisme de ce que l’on appelle encore la médecine – mais qui se confond de plus en plus avec la santé et la coercition sociale – nous tâchons de mettre en pensée et en actes l’articulation entre radicalité politique, intransigeance théorique/critique, pratiques artistiques et exigences du présent. Aussi, la médecine nous semble une porte d’entrée au politique que nous défendons, avec comme point de mire, un mouvement révolutionnaire sociale et libertaire débouchant sur une émancipation des individu·es et des corps qui les constituent.

Enfin, et peut-être surtout, ce collectif est aussi un espace, un temps où l’on cherche déjà a interagir et élaborer ensemble en laissant quelque peu les fonctionnements classiques des autres collectifs militants. Ainsi, le collectif a pu être un refuge pour des gens à la marge des initiatives formelles et ouvertes sur Caen, qui savaient que ici on ne les emmerderait pas avec certaines choses et qu’els y seraient plus facilement accepté·ees. Et en plus de ces cop-ains/ines de passages, pour celleux qui sont la depuis le début, c’est trois années où des liens de confiance tranquilles et solides se sont tissés, qui impriment durablement nos façons de vivre le politique.

Pour nous contacter : mediccaen[at]riseup(.)net

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