déc 062014
 
logement

Tant qu’il y aura des gens à la rue, nous occuperons !!!

Depuis le mois de mai 2013, dans de nombreuses villes de France, le gouvernement socialiste a décidé de diminuer les budgets attribués aux DDCS (Directions Départementales de la Cohésion Sociale, en charge, entre autres, de l’hébergement d’urgence) et expulse par milliers des centres d’hébergement d’urgence, principalement des demandeuses et demandeurs d’asile. En effet, les politiques d’austérité (associées à la xénophobie d’État?) continuent de frapper les populations les plus précaires (sans papier-e-s, chômeur-euse-s, salarié-e-s, intérimaires, etc…). On estime à trois millions le nombre de logements vides en France, que les autorités refusent de réquisitionner alors qu’elles ont le pouvoir de le faire : il s’agit donc bien d’un choix politique que de jeter puis de laisser des individu-e-s à la rue et ce, entre autres, au profit de la spéculation immobilière, vecteur principal de la hausse des loyers.

Actuellement à Caen, ce sont plus de 150 personnes qui sont à la rue. Face à cette situation intolérable, de puis juin 2013, l’ A.G a squatté successivement 4 lieux dont 3 ont été expulsés. Le 4 ème actuel, situé 11-13 allée du saut du loup , vient d’obtenir récemment un délai de 7 mois (ce après quoi, le squat sera expulsable). Mais nous ne sommes pas dupes : cette décision arrange par certains aspects la préfecture (en se défaussant d’une partie de ses « obligations » tout en maintenant cachée la misère dont elle est responsable dans un lieu peu visible). Comme toujours, la justice bourgeoise privilégie le droit à la propriété à la satisfaction des besoins fondamentaux.

Depuis plus d’un an, la préfecture promet l’ouverture d’une structure d’hébergement d’une centaine de places (qui n’est toujours pas ouverte !) qui en réalité, s’apparente plus à un camp (logements préfabriqués avec une surveillance accrue et quotidienne) qu’à une réelle solution de logement dans de bonnes conditions (ces lieux n’ont pas pour vocation à être pérennes). Cette structure, excentrée du centre-ville, s’inscrit dans une politique de ségrégation spatiale (parquer loin du centre les populations les plus pauvres) et ne correspond aucunement à une création de places : en effet, il s’agit de vider les hôtels et ce, à des fins commerciales et touristiques.

Depuis le début de cette lutte, la situation est loin de s’améliorer : de plus en plus de personnes sont jetées à la rue. Face à cette régression, l’ A.G de lutte contre toutes les expulsions a décidé d’ouvrir un autre lieu au 37, rue Beuvrelu. L’occupation n’est pas pour nous une fin en soi mais un moyen d’action qui s’inscrit dans une lutte plus large contre les politiques antisociales et xénophobes de l’État ainsi que contre la spéculation immobilière.

Les premiers temps d’une occupation rendue publique sont toujours un peu « délicates » car la police peut tenter, avec la bénédiction de la Préfecture, une expulsion manu militari illégale. Vous êtes donc invité-e-s à y passer régulièrement dès cet instant, pour commencer à y organiser une nouvelle mise en place de la logistique d’accueil (ménage, bouffe, cuisine, dortoirs…) dans la bonne humeur et, bien sur, discuter de ce fonctionnement en assemblée générale.
Un logement pérenne et décent pour tous et toutes !

Des papiers pour toutes et tous !

CONTRE CES MESURES XENOPHOBES, ANTISOCIALES ET SECURITAIRES, LA SOLIDARITE EST NOTRE ARME !

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, Tous les vendredis, à 18h, au 11-13 Allée du Saut du loup

Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions
Contact : ag-contre-expulsions[@]mailoo.org

Sur la ZAD de Chambaran.

 Posted by on 4 décembre 2014 at 6 h 15 min  Actualité nationale, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés
déc 042014
 
Chamberran

[ZAD partout] La forêt de Chambaran est à tou-te-s

Communiqué de presse

Dimanche 30 novembre, nous nous sommes retrouvé-e-s à plus d’un millier de personnes à Roybon (Isère) pour nous opposer au projet de Center Parcs et nous réapproprier la forêt des Chambaran, volée par Pierre & Vacances (30 ct / m2). En traversant le site du chantier, nous avons montré que cette forêt est à tou-te-s, et nous avons constaté qu’elle est aujourd’hui détruite à toute vitesse pour un projet qui, en plus d’être inutile, se réalise sur argent public dans un déni démocratique ahurissant (cf. résultats de l’enquête publique).

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/12/08.jpg?resize=601%2C338

Notre promenade s’est achevée à la maison forestière de « la Marquise », propriété abandonnée de l’ONF, que nous occupons massivement à partir d’aujourd’hui et jusqu’à l’abandon définitif du projet de Center Parcs.

Cette maison nous servira de base arrière pour organiser notre lutte pour une forêt sans Center Parcs. Cette lutte est la sœur d’autres mobilisations et l’occasion de montrer que d’autres mondes sont possibles et existent déjà.

Nous appelons toutes celles et ceux qui le souhaitent à nous rejoindre : pour une nuit ou pour la vie, une lutte sur place ou à emporter, chacun selon ses moyens.

Ce n’est que le début.

ZAD partout !

Pierre, les vacances sont finies !

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vidéo sur la lutte là bas (Naissance de la ZAD de Roybon) :

http://www.youtube.com/watch?v=1rrhFtEpcE4&feature=youtu.be

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COMMUNIQUÉ
Chambarans : blocage des travaux

Ce lundi 1er décembre 2014 au matin, les travaux de déforestation des Chambarans n’ont pas repris.

Dès l’aube, des opposantEs au projet de CenterParc de Roybon sont montéEs sur les machines de chantier tandis que d’autres entraient en dialogue avec les ouvriers et les services de sécurité. Au mépris de toute notion de sécurité, un des ouvriers a mis en danger la vie de deux opposantEs en démarrant et agitant son énorme engin mortifère (voir photo). S’en est suivie plus d’une heure de discussion, ponctuée par les réactions toujours violentes du conducteur cité plus haut.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/12/13.png?resize=600%2C400

7h40, un des opposants sur une machine, l’ouvrier inconscient cherche à faire descendre les opposants en appuyant frénétiquement sur les boutons.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/12/14.png?resize=600%2C400

Les copains restés « au sol » tentent de s’interposer eux aussi.

Les opposantEs au projet ont ensuite escorté les 2 engins de déboisement jusqu’à l’orée de la forêt. Les autres ouvriers n’ont tout simplement pas démarré leur machines. Autour de 10h30, deux ouvriers ont repris les travaux, protégés par les gendarmes, mais toujours gênés puis bloqués à nouveau par d’autres opposantEs venuEs en renfort.

Après l’occupation réussie de la MaquiZad, anciennement Maison forestière de la Marquise, ce blocage des travaux, quoique provisoire, est un pas de plus vers l’arrêt DÉFINITIF du projet. Nous appelons à venir organiser et célébrer les victoires suivantes avec nous.

Pierre, les vacances sont finies.

Des opposantEs au projet – 1er décembre 2014

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Nouvelles de la maison et du chantier au 2 décembre
Communiqué du lundi 2 décembre

Ce matin à 10 heures un huissier est venu à la Maquizad, accompagné des gendarmes, pour constater l’occupation de la maison forestière de la Marquise, à la demande de l’ONF. L’huissier nous a demandé de quitter les lieux, ce que nous avons refusé, au nom du droit au logement.

http://i2.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/12/052.jpg?resize=600%2C408

Depuis lundi 1er décembre, le chantier est bloqué. Ce matin, la base de vie du chantier en algeco était démontée et les dernières machines présentes sur place quittaient le chantier. On reste vigilantEs sur le chantier et à la maison. Affaire à suivre, on lâche rien !

Nous appelons tou-te-s celles et ceux qui le souhaitent à nous rejoindre à la Maquizad, ou à nous soutenir matériellement (la liste des besoins).

Pour nous joindre : infos ZAD 06 56 84 36 13.

Pierre, les vacances sont finies !

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Pierre est le loup
Communiqué du 3 décembre

Comme tous les jours, au petit matin, une vingtaine d’occupantEs de la Marquise sont partiEs se promener dans les bois. Mais le loup y était ! Ils sont tombés sur de nouvelles équipes de sécurité privées [en remplacement des anciennes équipes de vigiles avec qui les échanges étaient cordiaux], vêtus et cagoulés de noir avec une attitude et des propos menaçants. Après une première partie de matinée à grogner et montrer des dents, le loup a fini par mordre : alors que les visiteurs souhaitaient s’approcher des ouvriers travaillant à la tronçonneuse pour leur parler, les agents de sécurité ont sorti matraques et bombes lacrymogènes sans sommation. Trois personnes ont été blessées : arcade sourcilière ouverte, côtes endommagées…

Nous recevons de la part des habitants de la région un grand soutien moral et matériel : de nombreux vivres ainsi que des matériaux divers et variés nous ont été apportés pour l’aménagement de la maison et les besoins quotidiens. Des sympathisantEs arrivent de toute la France, et même de l’étranger.

Malgré l’élan massif de solidarité que nous rencontrons, nous avons aussi pu observer des signes d’opposition à notre action, parfois très violents. Mardi dans la soirée, un automobiliste s’est arrêté un court instant à proximité de la maison forestière et a redémarré brusquement alors que des camarades venaient à sa rencontre. L’une d’entre eux s’est fait rouler sur le pied et a terminé à l’hôpital.

Pierre ne t’en fais pas, tant que le loup sera au bois, le chaperon rouge s’y promènera.

Pour nous joindre : infos ZAD 06 56 84 36 13

Source : Jura Libertaire.

Dijon: Une histoire de l’espace autogéré des Tanneries

 Posted by on 31 juillet 2014 at 11 h 16 min  Logement / Squat / Urbanisme  Commentaires fermés
juil 312014
 
logement
Dijon: Une histoire de l’espace autogéré des Tanneries
 
Ancrages, Les Tanneries, 1997 – 20..
 
À l’hiver 1997, une bande de punks s’immisce à coups de masse dans une
friche industrielle à l’odeur de sel et de cuir, boulevard de Chicago à
Dijon. Après quelques teufs sauvages et chassés-croisés avec les agents
municipaux, il est décidé de se barricader sérieusement, de s’installer
définitivement et de donner naissance à l’espace autogéré des Tanneries.
 
En 2001, après plus de deux ans de bataille pour retarder l’expulsion,
les deux candidats favoris au poste de maire de la ville finissent par
trouver judicieux, électoralement parlant, d’inscrire la légalisation de
l’occupation du lieu dans leur programme de campagne. Il faudra quelques
pressions supplémentaires pour que le vainqueur socialiste ne revienne
pas sur sa promesse dans les mois qui suivent, et finisse par signer une
convention précaire.
 
En 2008, alors que le ministère de l’intérieur se focalise sur la menace
« anarcho-autonome », un rapport des Renseignements Généraux, intitulé «
du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau pré-terroriste
international », définit l’espace autogéré des Tanneries comme une «
plaque tournante » de la mouvance en France. Le rapport précise qu’il
sera dur de se débarrasser de cette « base matérielle ». Il pointe les
risques posés par la fin, en 2011, de la convention passée entre la
mairie et les Tanneries et prophétise en cas d’expulsion des émeutes
comparables à celles survenues à Copenhague en 2007 à l’occasion de
celle du centre autonome de la jeunesse Ungdomshuset.
 
Début 2009, la manchette du journal local affiche « les Tanneries, c’est
bientôt fini ? ». Un peu plus de deux ans et quelques tergiversations
plus tard, le conseil municipal décide, à l’issue d’un débat houleux, de
financer à hauteur d’un million et demi d’euros les travaux nécessaires
au relogement des Tanneries, présentées par la bouche même de l’adjoint
à l’urbanisme comme alternativement « espace subversif et
anticapitaliste » et « centre de culture urbaine ».
 
Les Tanneries ont traversé la dernière décennie avec passions et
polémiques. Aussi bien, d’ailleurs, c’est la décennie qui a traversé les
Tanneries : de l’antimondialisation aux luttes territoriales, se plonger
dans les souvenirs et les archives, c’est s’offrir une balade dans
l’époque. Après bientôt 15 ans d’existence, il y aurait mille façons de
raconter l’histoire du lieu, les histoires du lieu. Si les murs décrépis
tiennent encore debout (pour la plupart), c’est qu’ils sont solides de
tout ce qui les a traversés depuis le début : du punk-rock aux amitiés
entêtées, de l’anarchie aux ateliers mécaniques.
 
Rédacteurs de ce texte, nous sommes aussi les réducteurs de cette
histoire, et avons choisi un bout de la lorgnette, et retenu l’idée d’«
intervention ». D’après la taxinomie héritée du mouvement squat de la
décennie précédente, les Tanneries sont en effet classées, au moins pour
la période non litigieuse d’avant le conventionnement, dans la catégorie
des squats politiques. C’est-à-dire qu’en plus d’y vivre ou d’y exercer
diverses activités pratiques – raison d’être de tout lieu occupé – on
prétend y contribuer à changer le monde.
 
Nous pensons, esprits retors que nous sommes, qu’il existe quelque chose
comme un mouvement révolutionnaire, alors même que ses manifestations
sont aujourd’hui si confuses ; et nous avons tenté d’y prendre part,
depuis Dijon et en lien avec toutes sortes d’autres lieux et groupes. La
participation de quelques hangars en périphérie d’une ville moyenne
occidentale à la constitution de ce mouvement n’étant pas a priori
assurée, il a fallu trouver des façons de se projeter dans le quartier,
la ville, le monde entier (on verra qu’en fait on a plutôt suivi le
chemin inverse…). Si au fil des ans la prétention n’a pas changé, les
orientations suivies ont relativement évolué. Le recul nous donne le
sentiment de voir se dégager quelques grandes périodes, chacune prise
dans leurs ébullitions et leurs limites, et ce même si la réalité fut
sans doute beaucoup plus entremêlée.
 
Note : Les relectures a posteriori sont trompeuses et l’envie de faire
émerger des hypothèses est nécessairement simplificatrice. Si certaines
de nos tentatives étaient présupposées et explicitement formulées,
d’autres se sont révélées en chemin de manière beaucoup plus empirique
et organique. Ce retour sur l’histoire se présente comme une recherche
plutôt qu’un communiqué collectif. Pionniers ou compagnons arrivés en
chemin, nous assumons ici une grille de lecture partisane sur un lieu
qui reste marqué, au-delà des gestes et paroles régulièrement portées en
son nom, par une hétérogénéité de groupes et de visions. Ajoutons que ce
décorticage à cœur ouvert d’un processus en cours nous a paru utile mais
d’autant plus malaisé qu’il ne tient pas lieu d’autopsie et l’on présume
bien qu’il puisse titiller quelques bureaucrates tatillons de l’autre
côté des barricades. On fera avec.
COURSES D’ORIENTATIONS POLITIQUES
 
1998 – 2002 – Mouvement squat, identité, contre-culture et activisme
 
« Anarchiste », « anticapitaliste », « punk », « Do It Yourself », «
(pro-)féministe », « vegan », « antiautoritaire ». Dans les premières
années, le fronton des Tanneries se pare de tout un tas d’étiquettes qui
cherchent à affirmer des identités croisées. Il s’agit de constituer «
notre monde » et d’être rejoint à partir de la défense de « nos espaces
». Dans la foulée des Tanneries, les maisons occupées essaiment, des
intersquats se forment et constituent une contre-ville. Entre
street-party crusty et blocus de la préfecture, on se focalise sur les
ennemis « évidents » : répondre aux offensives des fachos qui nous
tirent dessus en passant des nuits sur des toits avec quelques
projectiles, parer aux incursions policières, trouver des avocats et
barricader nos lieux. Même le combat contre l’expulsion est à la fois
populaire et de fait autocentré.
 
Car les Tanneries sont d’abord le fruit d’une lutte acharnée pour
rester. Nous décidons dès les premiers mois d’occupation de mettre en
branle sans trop de chicanes et de barrières idéologiques un panel large
de moyens de pression : concerts de rue et manifs à répétition, portes
ouvertes et permanences en ville, occupations, enchaînements et
irruptions dans les bureaux du maire, traques des apparitions des élus
et présence devant les réunions électorales, lettres d’interpellation et
embouteillage des communications à coups de fax, mails et coups de fil,
guérilla médiatique et harcèlement visuel dans la ville, conflit franc
et invitations à négocier… Après une attaque incendiaire anonyme qui
détruit complètement notre premier espace de vie et qui se conclut par
des tentatives d’expulsion, une interdiction de demeurer sur les lieux
et un procès, on décide de dégager les décombres et de continuer
l’aventure dans les hangars attenants. Des camarades d’autres villes de
l’Est, de Suisse ou d’Allemagne, attirés par le remue-ménage et les
appels répétés, viennent régulièrement nous prêter main-forte.
 
En parallèle, le mouvement « anticapitaliste » resurgit à l’échelle
(alter)mondiale. C’est le temps du « we are everywhere », et nous
faisons feu de tout bois, sans forcément qu’il soit primordial de savoir
en quoi cela pourrait s’ancrer spécifiquement dans la vie dijonnaise.
Les Tanneries servent de centre de convergence pour aller à Davos [1],
ou au G8 d’Évian, pour les contre-sommets. On se lance gaiement à
l’assaut de l’industrie pétrolière ou de la finance en bloquant des
stations-service et des banques pendant Seattle, on fait irruption dans
les centres commerciaux contre les OGM ou le Plan Colombie [2]… Il
s’agit de participer aux « campagnes de solidarité », de débarquer
régulièrement au consulat italien pour soutenir les premiers anarchistes
incarcérés pour des sabotages sur les chantiers du TAV dans le Val Susa,
mais aussi de contribuer activement aux réseaux plus larges qui se
constituent en cette fin de siècle, à la recherche de structures
communes et de perspectives stratégiques : en quelques années les
Tanneries se retrouvent imbriquées dans un vaste maillage, entre
intersquats, indymedia, Sans-Titre, infokiosques, anar-geeks, Action
Mondiale des Peuples [3]… et gagnent leur statut de plaque tournante !
 
2003 -2005 – Voyages et micro-politique
 
Si les activités continuent aux Tanneries, nos élans politiques
s’essoufflent parfois et le collectif des habitant.e.s se fait et se
défait. Après quelques années d’intense agitation certain.e.s ressentent
le besoin de changer d’air. On tente de rebondir et on fait même appel
un temps à nos potes de partout pour imaginer un relais et une «
non-permanence » formalisée sur les Tanneries, par peur d’une
désagrégation subie. Les habitant.e.s ont souvent à ce moment-là un pied
à Dijon, un pied ailleurs, et le regard à l’affût d’aventures à l’autre
bout de l’Europe. Par chez nous, sortis de l’urgence permanente, on
prend le temps de se creuser la tête sur nos formes d’organisation et
nos relations, parce qu’on a beau brandir comme credo le refus des
dominations, cela relève plus d’un perpétuel chantier que d’un
quelconque décret, et on se rend bien compte que les dominations en
question se terrent aussi bien dans nos propres maisons que derrière les
barrières des zones rouges des contre-sommets. Les Tanneries sont alors
le lieu d’une « micropolitique des groupes » expérimentale, qui
s’attache à décrypter les rôles et les scléroses, à trouver des formes
qui structurent le collectif et ses échanges, en essayant de ne pas
l’enfermer pour autant dans une somme de tableaux comptables. C’est
aussi un moment de recherche de réponses qui nous soient propres, sans
flics, sans juges et sans docteurs, vis-à-vis d’agressions ordinaires et
autres pétages de plombs spectaculaires qui plombent parfois les ami.e.s
et la vie du lieu. Nos batailles pour déconstruire certaines normes dont
on se délesterait bien et s’autonomiser vis-à-vis des institutions
passent par des initiatives croisées : rencontres féministes ou groupes
de parole entre mecs sur la masculinité, découverte de
l’antipsychiatrie, remise en cause des « chefs », échanges de savoirs
informatiques ou électriques… Si l’usage systématique des petits
groupes, tours de parole ou autres « points météo [4] » est aujourd’hui
révolu, les attentions qui se forgent à l’époque vont continuer à
bouleverser radicalement nos réflexes et nos focales. Cette première
période sans menace d’expulsion est aussi mise à profit pour aménager,
refaire la plomberie ou se chauffer et construire des locaux plus
adaptés : atelier informatique au fond d’une cave, mezzanine, kiosque et
ateliers…
 
2005-2008 – Retours et recherche d’ancrage
 
De nos pérégrinations, nous retenons une confrontation à des dynamiques
plus territorialisées, des luttes de quartier barcelonaises à
l’occupation pendant plusieurs mois des arbres du parc Paul Mistral, en
plein centre-ville grenoblois, contre sa destruction. Nous observons
là-bas le travail méticuleux pour documenter et répondre à l’emprise du
conglomérat technoscientifique en termes sociaux et urbanistiques. Nous
en revenons avec le désir d’aller au-delà des généralités sur l’«
exploitation capitaliste » ou la « consommation » et de décrypter les
enjeux et tensions spécifiques à l’endroit où l’on vit.
 
Du côté de Dijon, on aspire aussi à moins tourner sur nous-mêmes. On
forme des groupes de circonstance et des collectifs temporaires, en
prenant soin de ne jamais s’afficher comme « les Tanneries » pour ne pas
être directement catalogués. Au final, on se retrouve à se réunir
plusieurs fois dans la même semaine, avec à peu près les mêmes gens,
sous un nom différent : collectif « un toit pour toi », « silence on
tourne », « CPE-LRU-RTT (Chômeurs-Précaires-Étudiants
Lycéens-Rageurs-Utopistes Révoltés-de-Tout-Temps) », assemblée des
Tanneries, caisse de solidarité, groupe informel…
 
Quand le CPE nous tombe dessus, on y débarque avec un peu de retard, une
cuisine collective et un infokiosque pour l’occupation de la fac. On
tente de peser à l’extérieur des AG, depuis les marges, par un ensemble
d’actions qui changent la tonalité du mouvement… Notre crew se retrouve
et s’ouvre pleinement pendant quelques semaines où l’on se rappelle, au
comble de l’excitation, que l’on vit aussi beaucoup pour ces moments-là.
Entre rencontres singulières avec une nouvelle génération en rébellion
et explosion des possibles dans une ville devenue terrain de jeux et
d’actions quotidiennes au sommet des grues, dans la rue ou en
déménageant les locaux de l’UMP, on se sent pris dans un tournant où,
pendant quelque temps, les manières de penser et de faire la politique
qui nous animent vont entrer en résonance et se retrouver parfois
motrices dans des mouvements sociaux larges et transversaux.
 
2007 – Bras de fer
 
En 2007, un fonctionnaire inconnu frappe un soir à la porte pour nous
informer de pourparlers secrets entre une multinationale de santé et le
maire qui souhaite leur revendre les terrains des Tanneries. Deux jours
plus tard, nous entrons en trombe et en furie dans le conseil municipal.
Keny Arkana nous propose un concert sauvage de soutien devant la mairie
le soir des élections. Un samedi lors d’une première manifestation, nous
hissons des cabanes dans les arbres qui longent la mairie et annexons le
parc en contrebas. Embrouilles avec la Préfecture, le GIPN tarde à
intervenir. Le dimanche matin, le maire se pointe dans un bar du coin et
signe une nouvelle convention sur 5 ans. Au conseil municipal du lundi,
les ténors de la droite pestent, et s’entendent rétorquer : « Si vous
voulez faire de l’expulsion des Tanneries votre prochain cheval de
bataille électoral, allez-y, je vous souhaite bien du courage ! » Cette
année-là le mouvement contre l’expulsion du centre autonome Ungdomshuset
est un point de référence majeur : nous observons avec attention comment
les amis danois ont jonglé habilement entre manifs familiales de masse,
coups médiatiques et appels aux « brigades internationales » pour venir
s’attaquer en bloc à la police. Nous nous émouvons de la manière dont
après l’expulsion, l’embrasement de la ville pendant trois jours, les
nombreuses incarcérations qui suivent et le refus de la mairie de «
traiter avec des terroristes », ils continuent pendant un an, chaque
semaine, à réinventer des manifestations à chaque fois différentes
jusqu’à obtenir un nouveau lieu. Nous observons comment une lutte partie
du « ghetto squat » se mue en un défi politique qui finit par scinder la
population et par pousser des dizaines de milliers de personnes à
s’engager. Leur détermination donne du souffle, le sens d’une
camaraderie à la fois dense et dispersée à travers l’Europe. Elle nous
pousse, l’année qui suit, à appeler à des journées internationales de
résistance des squats et espaces autonomes pour marquer un front commun
face aux politiques répressives.
 
2008 et au-delà, assumer une entité
 
Trêve de dissimulation, nous admettons au bout d’un moment que dans
cette petite ville, tout le monde se dit que nous sommes « les tanneurs
» et que nos présences opaques créent souvent plus de méfiance qu’autre
chose. C’est dans ces années, à partir d’un collectif plus stable, que
les Tanneries s’affichent plus ouvertement : un espace de construction
ET d’offensives, un espace d’où se constitue une entité politique,
visible, nommée, rejoignable, qui cherche à agir sur la ville. Un détour
chez les camarades du centre autonome Ifanet à Thessalonique, au soir
des révoltes de l’hiver 2008, nous permet d’interroger leur choix
d’assemblées politiques ouvertes hebdomadaires et de creuser nos propres
partis pris, dans un contexte français où cette jonction entre lieu de
vie, d’activité et d’organisation offensive est plutôt timide… Hormis
dans les rapports policiers.
 
C’est qu’après des années d’existence et d’activisme débridé où les
expériences s’additionnent et s’éparpillent, le besoin de stabilité se
fait sentir, pas seulement en ce qui concerne l’assurance de garder le
lieu mais aussi dans les formes d’interventions politiques. Il nous
semble alors que les Tanneries peuvent être autre chose que la tanière
d’un groupe, que le lieu d’un milieu : une force politique à l’échelle
de la ville, au moins. Nous voulons être le point d’articulation entre
un tas de dynamiques : squats, potagers, concerts, journaux, actions ou
caisse de solidarité. Cette aspiration est régulièrement l’objet de
controverses, et nos cœurs balancent entre volonté assumée d’incarner un
mouvement et primat à la singularité des énergies par peur des tendances
hégémoniques et centralisatrices.
 
Le mouvement des retraites de 2010 est l’occasion de s’affirmer comme
une créature polymorphe mais cohérente. Contrairement à ce qui s’est
passé pour le CPE, le fait de venir des Tanneries ne nous donne pas
l’impression d’arriver de l’extérieur, et de devoir s’y cantonner. Il
s’agit d’être un point à partir duquel se relient des pratiques et des
contenus politiques, des outils de coordination et de rencontres par le
biais d’un bulletin de grève, de la participation au comité de lutte, de
ressources juridiques et financières en cas de répression, etc. On est
une bande large et aux contours flous mais avec une force d’action
indéniable, des matériaux, réchauds et véhicules pour porter
matériellement les blocages, un espace où se réunir et continuer à se
voir si la mayonnaise du mouvement retombe…
 
Cet ensemble ne se tient pas sans retomber parfois dans les formes
classiques de l’organisation militante, de son speed gestionnaire et de
ses agendas noircis par une succession de réunions. Notre salut tient à
un certain refus de la séparation entre nos vies et nos luttes, et aux
moyens partagés au sein de la grande maison ou avec d’autres bandes, aux
dérives et aux apéros, aux amitiés sur lesquelles on peut compter dans
les coups durs ou pour ne pas raccrocher face aux injonctions
normalisatrices, aux équipées à l’autre bout de la France, aux mains
dans le cambouis, aux danses jusqu’au petit matin et à ce que nous nous
attachons à produire très concrètement ensemble. Il est bien téméraire
de parler de « politique » sans au moins mentionner cette vibration
collective et ludique, cette intensité des liens au quotidien et la
sédimentation affective qui donne un sens à l’existence et permet de se
risquer à lutter.
 
On sent qu’on peut peser localement, initier des luttes contre ce qui
menace directement de contenir nos existences, comme la
vidéosurveillance, le fichage ADN, ou le rouleau compresseur
éco-urbanistique ; ou développer des solidarités avec des ouvriers en
grève, ou des migrants pourchassés qui s’immiscent dans la ville et dans
notre quotidien… On croise un tas de monde, militant de gauche, prolo
débrouillard, humanitaire catholique ou chômeuse heureuse. Une partie de
l’énergie est orientée autour des déplacements possibles plutôt que sur
la recherche permanente de marquer une rupture nette. Dans une ville de
gauche où les milieux militants et culturels sont tellement inféodés aux
autorités locales et reclus dans l’indignation 2.0, on espère contribuer
à ce que certains posent des actes et assument des conflits. On se prend
quand même plus d’une fois des murs et des réus sclérosées à s’en taper
la tête, mais l’endurance crée aussi des brèches. Il y a une certaine
jubilation à recroiser une mère d’élève en tailleur qui raconte comment
elle a fini par bousiller la borne biométrique du lycée, ou à s’emparer
d’un internat vide en manif en face du tribunal avec le soutien officiel
de tout ce que Dijon compte d’assos citoyennes et humanitaires, au grand
dam de la préfecture. Il n’est pas aussi facile de neutraliser les
positions paternalistes vis-à-vis des 300 migrants qui s’installent des
mois durant dans l’internat, mais on essaie quand même, à notre sauce et
à l’interface, de faire en sorte que des luttes « autonomes » puissent
naître.
 
Isolées entre un boulevard et une friche industrielle, les Tanneries
n’ont eu pendant longtemps pour seul voisin qu’un orchestre de musique
napoléonienne qui se contenta de jouer l’« hymne à la joie », sourire en
coin, alors que notre bâtiment était en train de cramer en 2001.
L’occupation en mars 2010 de terres maraîchères menacées à deux rues de
chez nous crée le déclic nécessaire à un rapport nouveau au quartier. On
se met à rencontrer les voisins et à causer jardin. D’autres maisons
sont squattées, ainsi qu’une ancienne boucherie industrielle avec un
groupe de réfugiés d’Afrique de l’est. Au printemps 2011, des familles
du coin, des bandes de potes viennent défricher d’autres parcelles,
poser des ruches… Des Rroms s’installent dans les anciens abattoirs
voisins et quelques paysans sans terre restaurent un champ lunaire
récemment passé au tractopelle par la mairie. Tous ces groupes se
frottent et s’entremêlent lors de boums, de repas, pour remettre le jus
ou répondre aux incursions policières. Les Somalien.e.s viennent
manifester pour le potager devant la mairie et nous invitent à regarder
des images de Mogadiscio, au retour d’un feu d’artifice devant la
prison. On a le sentiment d’une communauté qui se construit,
hétéroclite, précaire, mais bien vivante, loin des rêves lisses des
urbanistes et de leur « éco-cité » pour laquelle tout ceci devrait
bientôt être rasé.
LES TANNERIES ET LE « MOUVEMENT »
 
Visibilité
 
Nous avons fait le pari qu’un mouvement avait parfois besoin de «
vitrines », aussi trompeuses soient-elles sur la structuration et la
répartition réelle de ses forces, aussi dangereux que soient les miroirs
déformants et les focalisations sur des points donnés. Il ne s’agissait
pas de contester le choix d’apparitions diffuses, « révoltés anonymes de
la guerre sociale » ou rien du tout – à partir d’un bar clando, d’une
ferme paumée, d’une coloc’ proprette, d’une nuit sans lune, d’une fac
occupée ou d’une route calcinée… Nous entendions la pertinence de
repousser les espaces identifiables, les catégories classiques du
politique et les costumes attendus. Il nous a pourtant semblé tout aussi
nécessaire que des lieux ou des groupes circonscrits avec suffisamment
d’assise et de présence dans la durée puissent assumer des énoncés
publics et des solidarités – que ce soit avec ceux qui pètent des
vitrines à Dijon le soir de l’élection de Sarkozy, ou avec les inculpés
de l’antiterrorisme dans une période où d’autres pouvaient préférer,
avec leurs bonnes raisons, ne pas afficher de liens… Il ne nous
apparaissait pas forcément contradictoire de démonter d’un côté les
désignations d’« anarcho-autonomes », et de pouvoir répondre de l’autre,
en cramant des fumigènes devant la pref’ avec le Réseau Éducation Sans
Frontières [5] : « peut-être et alors ? Nous sommes soutenus, entourés
et fiers de ce que l’on crée » plutôt que : « non pas du tout, restons
cachés ! »
 
Nous avons jugé joyeux d’être un repaire d’où l’on pouvait sortir en
bande avec des palettes pour un blocage de la zone industrielle voisine,
avec un tas de fourches pour aider à une occup’ des terres d’à côté ou
pour une boum sur le boulevard, où l’on puisse rentrer d’un péage
gratuit ou d’une manif remuante poursuivi par la BAC, fermer les grilles
et faire des pieds de nez… quitte à se retrouver un après-midi avec un
escadron de gendarmes mobiles devant chez nous, missionnés pour empêcher
le départ d’une chasse au trésor cycliste dont ils pensaient qu’elle
camouflait une émeute [cf. constellation « fête sauvages »]. Parce
qu’effectivement, la visibilité fait qu’il est par ailleurs plus délicat
d’échapper aux soupçons policiers et de brouiller les identités. Elle
implique que certaines actions puissent avoir des conséquences directes
sur un espace, avec la menace que cela pèse dans certains choix. En même
temps quand les commentaires du canard local nous relient de toute façon
peu ou prou à tout ce qui trouble ou salit la ville, et en appellent
régulièrement à nous passer au lance-flammes, ça finit par noyer le poisson.
 
Nous avons choisi d’être un lieu d’où pourraient partir des bus ou des
appels, et de tisser des ponts entre Dijon-boulevard de Chicago et
Davos, Vichy ou Valognes, des jumelages avec Notre-Dame-des-Landes, de
fournir un espace de rencontre et d’organisation pour des journées
d’action intersquats européennes, des réseaux de geeks ou un G8… Le
patchwork Tanneries et nos positions atypiques, qui n’ont pas échappé
aux critiques lapidaires venues de différents milieux radicaux, ont au
moins permis à diverses écoles de s’y croiser et de nous traverser. De
chantiers collectifs en invitations à venir se poser quelque temps, les
Tanneries ont offert une porte d’entrée suffisamment accessible pour un
tas personnes qui rêvaient de se barrer de leur vie d’avant ou de se
raccrocher à des mondes en lutte.
 
Quelles qu’aient été nos diverses manières d’apparaître à la ville,
notre vieille usine taguée a conservé une façade à la fois poreuse et
rugueuse. Elle devient un symbole appropriable quand des lycéens se
construisent des cabanes au fronton graffé « tanneries 2 » devant leur
lycée pendant les blocages du CPE, ou quand on entend tous ceux qui
disent mythiquement avoir « ouvert les tanneries » ou s’en sentir acteur
sans qu’on les connaisse forcément.
 
D’un autre côté, si on est une « vitrine », elle n’est pas tout à fait
transparente : les Tanneries vivent aussi à travers l’existence plutôt
bien délimitée d’un groupe « tanneurs » pas forcément facile d’accès.
Notre histoire est celle d’une composition aussi tendue que soudée,
entre un collectif anarcho-punk presque trentenaire et un collectif de
vie autour duquel se tisse une nébuleuse existentielle et politique. Le
lieu a beau se vouloir ouvert à un tas d’initiatives à partir de
quelques principes autogestionnaires, on sent bien qu’il n’est pas
toujours facile de contourner ces piliers, et de se l’approprier. Son
alchimie se tord toujours entre assemblées publiques, alliances claires
et accueil de projets et soirées plus hétérogènes qui parfois accrochent
et parfois clashent.
 
L’assise des Tanneries et le soutien hétérogène dont elles ont bénéficié
pendant toutes ces années tiennent sans doute à leur caractère hybride
et à l’impossibilité de les enclore dans un univers prédéterminé. La
défense de l’espace autogéré part d’un collectif de vie qui l’habite au
quotidien et de l’ouverture large liée à l’aspect « centre social », aux
concerts et à leur aura de « légitimité culturelle ». Dans le même temps
le pendant politique tranché marque un rapport au monde, une histoire et
un mouvement auxquels se référer, une présence à partir de laquelle nous
ne pouvions être confondus avec une simple expérience alternative ou
artistique. Le labyrinthe de hangars, de grands espaces ouverts couverts
de peinture et de constructions hétéroclites dessine un
contre-territoire dans la ville, univers palpable et difficilement
récupérable, à l’interface entre « citoyens dijonnais », « jeunesses
réfractaires » et outre-mondes sans-papiers, freaks ou déserteurs qui
passent et se posent par ici. Et si l’aventure anarcho-punk dont le lieu
était issu a parfois participé d’une certaine clôture identitaire, on
doit aussi à sa persistance une part d’énergie à rebrousse-poil des
tentatives de lissage.
 
Nous ne sommes pas toujours sûrs de ce qui nous relie réellement aux
centaines de personnes qui passent ici chaque semaine, majoritairement
dans des soirées, souvent « en soutien », mais généralement surtout pour
se déhancher ou boire des coups. Il s’y développe sans doute au moins
une sensibilité à un univers décalé sans vigiles ni profits, des
possibilités de croisement et de diffusion de prises de positions et
quelques transes suantes enchevêtrées. Dans cette ville réduite, nous
avons beau être ces trublions intempestifs qui osent tenir tête aux
autorités, sortir le maire d’une manif’ ou lui faire craindre des
troubles lors d’un G8 des universités annulé au dernier moment, nous ne
sommes définitivement plus une force anonyme, qu’ils pourraient
simplement éradiquer sans déclencher une levée de bouclier au cœur même
de la cité. Parce qu’à force, une bonne partie de Dijonnais.e.s,
certains travaillant au sein même des structures qui gèrent la ville,
ont fini par s’attacher d’une manière ou d’une autre à notre existence.
Sur ce terreau, les Tanneries se sont perpétuées entre tension dans la
rue et injection d’un certain type de dialogue : imaginer pouvoir
imposer des négociations et se pointer dans leurs bureaux sans baisser
la tête, parce qu’il y a aussi des confrontations à mener sur ce
terrain-là et la possibilité que certains face-à-face entérinent plus de
possibles que de renoncements.
 
En dur
 
Le pari de la légalisation
 
La politique radicale et ses objectifs maximalistes nous contiennent
parfois dans un certain sentiment d’impuissance. Pourtant, la certitude
qu’il est possible aussi d’arracher quelques victoires concrètes tient
ici lieu d’acte fondateur et de mythe commun même à ceux et celles
arrivé.e.s après les premières batailles.
 
Des débats intenses s’amorcent dans les premiers mois d’occupation sur
l’issue de la lutte avec la mairie et la possibilité d’aboutir à une
convention d’occupation, parfois perçue comme un défi « impur ». Cette
problématique relativement neuve par chez nous en ce qui concerne les
squats dits « politiques » renvoie à des conflits qui ont marqué les
Kraakers hollandais, Hausbesetzer allemands, ou Occupanti italiens et à
l’analyse selon laquelle la « légalisation » d’un certain nombre de
lieux a été un levier pour diviser le mouvement et acheter une certaine
« paix sociale ». Nos voyages à travers l’Europe nous permettent de nous
rendre compte aussi à quel point ces mêmes mouvements peuvent bénéficier
d’un certain nombre de structures stables. Difficile de solder le débat.
Nous nous prenons bien la tête… et mettons la main à la pâte puisque
nous faisons le pari mais aussi le compromis de travaux de mise aux
normes conséquents sur une partie du bâtiment, pour briser ce qu’il
reste à la mairie d’arguments publics pour nous virer. Nous nous
risquons après coup à une convention parce que les négociations partent
d’un rapport de force et que nous décidons que ce bout de papier en sera
la marque plutôt qu’une bride. Nous vérifierons au fil des années que
notre marge de manœuvre tient effectivement avant tout au terrain
politique et à nos élans désinvoltes, et pas tant aux règles et clauses
inscrites sur papier qu’il est toujours possible de se donner les moyens
de transgresser.
 
Notre rage d’ancrage a d’abord été guidée par l’envie d’affirmer que ce
qui nous étreint n’est pas qu’une folie de jeunesse ou une digression
colérique avant de rejoindre les chemins tracés. Les lieux communs selon
lesquels les utopies collectives finissent forcément en eau de boudin et
ne peuvent être le choix d’une vie sont les premiers arguments posés par
tous ceux qui veulent se rassurer sur le fait qu’il n’y avait pas
d’autres possibilités pour eux et pour les autres. Jusqu’au sein des
milieux radicaux, notre génération, échaudée par la mémoire floue des
dits « échecs » des années 70 et fille des replis des années 80, était
marquée par une aspiration libérale à pouvoir toujours décrocher, à ne
jamais trop s’engager dans le temps et avec d’autres, au point que cela
mine nos potentiels existentiels et politiques. 14 ans après, que l’on
ait occupé ce lieu dès les premières années ou qu’on l’ait rejoint en
cours de route, une de nos plus grandes forces est de pouvoir affirmer
que l’on est toujours là et que l’on ne compte pas s’arrêter en si bon
chemin.
 
Cette temporalité s’est révélée nécessaire pour apprendre et valider nos
« expériences », pour ne pas avoir à tout réinventer à chaque
génération, pour voir les arbres pousser devant la maison et approfondir
une culture politique commune au-delà des évidences et des
prêts-à-porter parachutés. Elle a permis d’entretenir une mémoire orale
et archivée, des personnes-relais qui ne parlent pas qu’au passé. Ce
lent cheminement a permis la constitution de réseaux : notre rapport au
« mouvement » hors de Dijon, ses contacts et ses lieux éparpillés, mais
aussi et surtout localement : des avocats, artisans, journalistes,
architectes, maraîchers, des fils et filles de flics et de politiciens,
des militants associatifs et des syndicalistes, des mécanos et métallos,
des filous et des gitans ou des fonctionnaires complices qui refilent
des infos.
 
Commencer à envisager une « force matérielle » qui nous soit propre est
venu progressivement. Squatteurs urbains, déserteurs des lycées ou des
facs, nous avons d’abord voué un culte à la bidouille approximative, aux
mezzanines en parpaings et aux vertus du gaffer plutôt qu’au « travail
bien fait » vanté par nos aïeux. Nous sommes partis de bricolages,
récups, recyclages, piratages et échanges – que nous ne sommes pas prêts
d’abandonner – et d’une production Do It Yourself souvent immatérielle,
principalement sociale et culturelle : soirées, journaux, disques,
rencontres, affiches, expertises juridiques… Nous en sommes venus à
l’acquisition progressive d’outils et machines qui tiennent la route –
informatique, mécanique, culinaire ou sonore – puis au désir de tenir
plus de maillons d’une chaîne, de se former et de pouvoir produire de
manière plus conséquente : disposer d’une imprimerie, d’une radio, de
potagers, d’une brasserie, d’une boulangerie ou de ressources en
bâtiment… L’élan productif tient ici autant du remède face à un
sentiment d’amputation, entre nécessités pratiques et jubilations
créatives, que de choix tactiques sur ce qui doit permettre d’alimenter
nos interventions politiques « autonomes ».
 
Le monde des squats d’où nous sommes issus et dont nous ne renierons
jamais la force existentielle, est pratiquement toujours à la merci du
court terme où d’un recadrage répressif. Nous savions qu’il était devenu
dans les années 90 presque impossible de tenir une nouvelle occupation
en Allemagne malgré et peut-être du fait de l’intensité du mouvement
autonome des années 80, et avons partagé les soubresauts genevois du
milieu des années 2000 quand ce qui restait d’une des dynamiques squat
les plus denses en Europe, terrain de découverte pendant notre
adolescence, s’est fait laminer en quelques mois. Bases, refuges,
fermes, maisons ou ateliers, nous estimions devoir compter aussi sur des
lieux plus sûrs, dans les moments de tumultes comme dans les périodes
plus froides. Nous avons rejoint à notre manière ce que d’autres ont
tenté ces dernières années sur des modes différents, à la ville ou à la
campagne avec des baux emphytéotiques, achats collectifs ou locations –
sans nous priver du plaisir de continuer à nous immiscer régulièrement
derrière des portes verrouillées.
 
Malgré la consistance acquise au fil du temps, nous bataillons encore
avec la fragilité de ce que nous portons. Notre histoire et un certain
nombre de départs témoignent de la difficulté d’habiter dans la durée
des lieux publics et ouverts, de se sentir une communauté forte dans un
maelström constamment traversé de nouvelles têtes, énergies, irruptions
inattendues et sollicitations extérieures. Notre utopie d’un espace «
total » part d’un refus de la séparation, mais reste empreinte d’une
tension constante entre magie et épuisement. Notre choix de rester en
ville a encore du mal à se trouver un tempo qui ne soit pas celui d’une
course permanente et refuse pourtant que le nécessaire ralentissement
n’ait pour point de chute que la campagne.
 
Le grand déménagement
 
En 2009, nous apprenions par la presse que la mairie devait nous dégager
mais s’engageait à nous reloger « dans les meilleures conditions », pour
parer à un clash renouvelé. Malgré toute notre méfiance, il nous a paru
nécessaire de les tester pour voir jusqu’où ils étaient prêts à aller,
d’être capables de rassembler face à une proposition qui se serait
avérée ostensiblement médiocre. Nous avons à nouveau posé un certain
nombre de conditions politiques à l’ouverture d’un dialogue et
finalement obtenu des engagements sur la préservation de notre
autonomie, sur la possibilité de déplacer l’ensemble de ce qui constitue
aujourd’hui les activités des Tanneries et sur un bail gratuit et de
longue durée. Dans ces conditions, nous avons fini par parier
tactiquement sur la possibilité de déménager et de nous enraciner dans
un espace qui nous convienne plutôt que de mener une nouvelle bataille,
sans doute épique, mais dont nous estimions cette fois qu’elle
aboutirait probablement à notre départ à coup de tonfas et de
tractopelles. Nous avons opté pour le projet plus que pour les murs, et
pour le maintien d’acquis plutôt que de nous risquer à tout recommencer.
Nous sortons de longs tiraillements internes et avons testé de nouveau
notre capacité à construire des points d’accords en assemblée, alimentés
par des échanges avec des espaces et collectifs amis en d’autres points
de l’hexagone. Si l’on se tient aujourd’hui dans ce consensus à vif, on
ne doit pas oublier pour autant que ce processus a aussi contribué à
l’éloignement de certaines personnes qui ne se retrouvaient pas dans une
logique de négociations a priori. Nous sommes partagés entre la fierté
de ce que nous avons réussi à imposer, l’excitation de poursuivre
l’aventure ailleurs et la peur de nous retrouver coincés et de chuter,
d’être pris malgré nous par des logiques plus conciliantes. Comme en
1999 lorsque nous nous engagions à soutenir encore plus fort les autres
squats si on obtenait un jour une convention, nous nous sommes formulés
collectivement des principes et garde-fous qu’il faudra éprouver avec le
temps. Le premier était de couper court au dialogue si l’on sentait que
des initiatives politiques qui nous sont chères commençaient à être
écartées par peur que cela froisse le processus de relogement. Pendant
les trois ans qu’ont duré les négociations, nous n’avons cessé, sur des
terrains voisins et jusque sous leurs fenêtres, de nous entrechoquer
avec la municipalité – peut-être plus durement encore que par le passé,
peut-être par peur de lâcher prise. Nous ne savons pas ce que nous
réserve le futur, si ce n’est de rester en chantier et de continuer à
batailler sur la ville, mais nous espérons que ce texte puisse servir de
jalon pour ne pas oublier d’où nous venons.
 
[1] Rencontres annuelles au Forum économique mondial.
 
[2] Plan d’aide financière et militaire des États-Unis et de l’Union
européenne initié au milieu des années 90 pour assurer leurs intérêts en
Colombie. Il occasionna diverses actions de solidarités et échanges avec
des communautés colombiennes menacées.
 
[3] Réseau anticapitaliste mondial formé en 1998 après le blocage du
sommet de l’OMC à Genève.
 
[4] Tour de parole où chacun peut parler de ses ressentis et de son
humeur du moment.
 
[5] Action en soutien à deux camarades parisiens inculpés pour
terrorisme parce qu’ils transportaient des fumigènes dans une
manifestation de sans-papiers.
 
[Publié sur Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune 21è
siècle] http://constellations.boum.org/spip.php?article50
 
* * *
 
Infos et archives:
 
http://fr.squat.net/tag/dijon/
http://fr.squat.net/tag/tanneries/
http://radar.squat.net/?q=dijon
http://radar.squat.net/location.php?mode=location_list&profile=radar&l_category=0&where=204&what=0&timerange=
 
-- 
S Q U A T S - F R - D I F F U S I O N
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juin 052014
 

Barcelone : émeutes suite à l’expulsion d’un squat

mardi 3 juin 2014

 

26 mai 2014
Affrontements émeutiers suite à l’expulsion du Centre Social Occupé Can Vies à Barcelone

Le Centre Social Occupé et Autogéré Can Vies, propriété des Transportes Metropolitanos de Barcelona (TMB), situé dans le quartier de Sants à Barcelone, était un espace de rencontre autonome depuis 1997. Ce lieu a été expulsé hier, le 26 mai 2014, par les bataillons antiémeutes des mossos d’esquadra et les pompiers, malgré différentes stratégies mises en place par les occupants. A l’intérieur, certain-es s’étaient enchaîné-es dans des tunnels pour empêcher la démolition immédiate du bâtiment et ainsi gagner du temps pour la réponse à l’extérieur.

Cependant, l’impressionnant dispositif policier (le quartier a été bouclé et la station de métro la plus proche a été fermée) a permis l’expulsion au bout de plus de 6 heures. Aux alentours, des groupes de solidaires se sont rassemblés, tandis qu’une partie des rues étaient coupées par des barricades pour éviter l’arrivée des engins de chantier etc.

Une manifestation appelée pour le soir même à 20h, a rassemblé près de 4000 personnes de tous ages. Lorsqu’elle s’est terminée au cri de « Si Can Vies va a terra, barri en peu de guerra » (Si Can Vies tombe par terre, le quartier se met sur le pied de guerre), les affrontements ont commencé et des groupes cagoulés ont monté des barricades et attaqué des journalistes, mettant le feu à une camionnette mobile de la chaîne TV3 au croisement de la rue Joan Güell avec la place de Sants.

Les flics ont chargé dans tout le quartier, tandis que dans différentes rues des groupes contre-attaquaient et que des agences bancaires étaient détruites au passage. Apparemment les émeutes se seraient soldées par deux arrestations et quelques blessé-es.

27 mai 2014
Deuxième jour d’émeutes et d’affrontements contre les forces de l’ordre à Sants suite à l’expulsion de Can Vies

Une nouvelle manifestation était appelée et a été chargée immédiatement. Des barricades ont de nouveau été montée et des vitrines ont été brisées, ainsi qu’au moins un DAB. Un groupe a également attaqué et incendié la pelleteuse utilisée pour démolir le bâtiment.

Au cours de la nuit, les affrontements se sont étendus à d’autres quartiers comme Gràcia. Des manifestant-es ont coupé l’avenue Diagonal, ont tagué des agences bancaires et détruit en partie le siège du parti Convergència Democrática de Catalunya (CDC).

Le 28 mai, des rassemblements de solidarité sont appelés dans différents quartiers de Barcelone comme dans d’autres villes (une cinquantaine) de Catalogne et d’Espagne (comme Lleida, Girone, Tarragone, mais aussi à Valence et dans le quartier de Gamonal à Burgos). Dans le quartier de Guinardó (Barcelone), une fourgonnette des Transportes Metropolitanos de Barcelona a cramé, tandis qu’à Lleida les sièges des partis CDC et PSC ont été couverts de peinture.

Mise à jour 29 mai, 20h

Aujourd’hui 29 mai, la presse espagnole dresse un bilan chiffré de ces trois premières nuits d’émeute : quatorze blessés, dont dix Mossos d’Esquadra ; une trentaine d’arrestations pour « dégradations, troubles à l’ordre public et blessures à agent de la force publique » ; 62 000 euros de dégâts sur le seul mobilier, 155 000 euros de dégât en tout au cours de ces trois premières nuits (dont 78 000 au cours des deux premières) ; 62 conteneurs à poubelle cramés au cours de la seule 3e nuit et 224 renversés en guise de barricades ; plus de 150 containers cramés lors des trois nuits. A travers toute la Catalogne, ils recensent une douzaine de sièges du parti CDC attaqués à Barcelone (Mataró, Vilassar de Mar, Masnou, Berga, Manresa, Vilanova i la Geltrú, Sabadell, Mollet, Olesa, Sabadell, Terrassa, Premià de Mar, Molins de Rei, Sant Feliu de Llobregat), dont son local principal situé calle Córsega, mais aussi ses locaux situés à Cambrils (Tarragona), Banyoles (Girona) et Lleida. Celui de Terrassa est le plus endommagé, vu qu’un container à poubelle enflammé a été projeté dans sa vitrine, la rompant et cramant une partie du local. A Mataró, c’est un molotov qui l’a endommagé.

Ce même jour, l’Etat espagnol annonce le transfert de 300 policiers anti-émeute supplémentaires vers la ville de Barcelone, pour venir appuyer les Mossos d’Esquadra de la province catalane. Elle veut absolument éteindre ce feu de révolte qui commence à s’étendre dans d’autres villes (60 manifs ou rassemblements solidaires étaient annoncés en Catalogne hier 28 mai) sur le modèle de la solidarité avec la lutte de Gamonal (Burgos) en janvier dernier (voir ici et ), donnant l’exemple d’une manifestation solidaire jusqu’à… Palma de Mallorca hier, qui s’est terminée en affrontements (et deux arrestations), ou de celle prévue à Madrid ce soir et convoquée sans autorisation de la préfecture.

Enfin, à côté du bâton il y a toujours la carotte -les deux faces d’une même gestion de la conflictualité sociale pour l’écraser et l’intégrer-, et c’est la « Plateforme de soutien au CSOA Can Vies » (Plataforma de Suport al CSA Can Vies), composée d’une vingtaine de collectifs du quartier (gauchistes, citoyennistes et libertaires) qui mène des négociations avec la mairie [1], rejointe par la Fédération d’associations de voisins de Barcelone (Federación de Asociaciones de Vecinos de Barcelona (FAVB)). Tous deux recherchent un médiateur accepté par les deux côtés de la barricade. Sans compter que les ex-squatters ont nommé de leur côté un porte-parole qui s’exprime dans les médias. D’ores et déjà, l’association de commerçants vient d’annuler l’inauguration de sa feria prévue samedi en présence de politiciens locaux, et le chef des Mossos d’Esquadra vient de démissionner (en précisant que ce n’était pas lié à la situation, hum…).

Bref, à côté de ces petits jeux politiciens et de leurs déclarations contradictoires (sur d’éventuelles revendications, la condamnation ou pas des violences, etc.), une des questions qui se pose maintenant est assez banale : comment continuer à étendre et approfondir des feux de la révolte qui commencent à dépasser le cadre initial (l’expulsion du CSOA et le quartier de Sants), pour qu’ils détruisent tout ce qui nous détruit et ouvrent de nouveaux chemins sans médiation vers quelque chose de complètement autre ?

[Synthèse effectuée d’après les sites vozcomoarma, Indymedia Barcelone et la presse]

Mise à jour vendredi 30 mai, 13h

Hier jeudi 29 mai, la police annonce avoir arrêté 38 personnes lors des émeutes. Ils sont en garde-à-vue au commissariat Les Corts des Mossos d’Esquadra. Le soir, deux mineurs et 12 majeurs étaient relâchés, et 18 autres avaient leur GaV prolongée.

Le soir du 29 mai, une nouvelle manif de 2000 personnes s’est rendue devant le comico de Les Corts, exigeant la libération des arrêtés (« Liberté pour les prisonniers, flics hors du quartier« ), avant de se disperser. Les premières vitrines sont alors tombées (dont une agence Banco Popular incendiée) et de nouveaux containers de poubelle ont brûlé. Des panneaux publicitaires ou des feux de circulation ont aussi été détruits. Il y a eu au moins 23 nouveaux arrêtés cette nuit. Comme les nuits précédentes, Barcelone est survolée par un hélicoptère de police doté d’une puissant phare. Certains tags à Sants disaient « No negociamos. Luchamos » (Ne négocions pas, luttons), ou « Sants, Gamonal, Atenas, Río« .

Aujourd’hui vendredi 30 mai au matin, la mairie annonce 16 000 euros de dégâts pour cette nuit (171 000 euros depuis le début), entre matériel urbain et 16 containers cramés de plus. Elle donne le chiffre de 200 containers renversés chaque nuit de lundi, mardi et mercredi (28 mai), et 200 cramés en tout jusqu’à présent, ce qui donne une idée de l’ampleur des barricades dans différents quartiers.

Enfin, plutôt que de se dissoudre dans le mouvement en cours, les squatters du CSOA Can Vies ont fait une conférence de presse à 10h, où ils ont formulé des revendications à la mairie, entamant de fait un dialogue avec elle et commençant ainsi à médier le conflit et à proposer des portes de sortie aux institutions. Cette conférence de presse a été faite avec un membre de la Plataforma de apoyo a Can Vies et un autre de la Asamblea de Sants.

Ils exigent, en bons syndicalistes demandant plus pour obtenir moins : la démission de maire de Barcelone Xavier Trias et du conseiller du district de Sants-Montjuïc, Jordi Martí [les autres, non] ; la remise en liberté immédiate des arrêtés ; le départ des forces anti-émeute du quartier de Sants [merci bien pour les autres quartiers qui se bougent aussi depuis trois nuits] ; et surtout l’arrêt de la démolition du lieu (il reste le bâtiment principal). Ces travaux sont de toute façon arrêtés depuis le début des émeutes (la pelleteuse a cramé et le bâtiment est seulement vigilé), le maire ayant déjà annoncé dans la nuit sur TV3 qu’il était prêt à suspendre officiellement la démolition pour ouvrir le dialogue [2]. Les squatters proposent d’ailleurs demain un rassemblement devant le lieu… pour commencer une « reconstruction citoyenne » de la partie démolie !

On remarquera que non contents de renouer le dialogue, les squatters et leurs amis associatifs tentent également de relocaliser le conflit à Sants pour y mettre fin, plutôt que de chercher à l’étendre à tout Barcelone et bien au-delà, alors que des manifestations sont prévues ce week-end à travers tout le pays et que la presse et le pouvoir agitent en permanence le chiffon rouge de Gamonal [3] – cette lutte émeutière et victorieuse d’un quartier de Burgos en janvier dernier, qui est devenue le symbole de comment la poudre du mécontentement social accumulé peut exploser dans d’autres villes par contagion…

Hasard ou coïncidence, au moment où les protagonistes initiaux tentent de récupérer une situation qui est en train de les dépasser, un rapport interne des Mossos d’Esquadra filtre dans la presse de ce matin. Il est question comme d’habitude de « mercenaires entraînés en Italie qui dirigent les éléments violents de Barcelone« , etc. etc. Et quand certains titres n’insistent pas sur les « anti-système experts en guerilla » de Madrid, Valence et Saragosse (c’est-à-dire les anarchistes) ou ceux de Galice et du Pays-Basque (c’est-à-dire les indépendantistes), ils se lâchent contre les jeunes des quartiers qui participent à ces émeutes, en faisant des comparaisons avec… les « banlieues de Paris« . Bien sûr, il s’agit de sensationnalisme et de contre-mesures policières pour opposer « méchants étrangers au quartier » à « vrais habitants pacifiques », ou « étrangers » tout court à « braves citoyens ». Mais quand le pouvoir commence à tirer ces cartouches-là (il a attendu quatre nuits pour voir si ces émeutes allaient durer ou pas), cela est révélateur à la fois de l’enjeu qu’il y met, lui, et du fait que la question sociale dans l’air reste explosive.

La fin du résumé d’hier est toujours plus brûlante : « une des questions qui se pose maintenant est assez banale : comment continuer à étendre et approfondir des feux de la révolte qui commencent à dépasser le cadre initial (l’expulsion du CSOA et le quartier de Sants), pour qu’ils détruisent tout ce qui nous détruit et ouvrent de nouveaux chemins sans médiation vers quelque chose de complètement autre ? »

Mise à jour vendredi 30 mai, 23h

Ce soir vendredi, 26 des 61 arrêtés depuis le début des émeutes sont passés devant le juge de la détention. 24 sont ressortis sous contrôle judiciaire, avec un pointage mensuel au tribunal et une interdiction de manifester jusqu’au procès en janvier 2015, et 1 sans contrôle judiciaire. Le dernier par contre, âgé de 30 ans, a été envoyé en prison préventive pour « trouble à l’ordre public« , « dégradations » et « blessures volontaires sur keuf« . Vingt-trois autres arrêtés passeront demain samedi devant le juge de la détention.

Selon un point publié par la justice, sur les 61 arrêtés, six seulement avaient des antécédents, cinq sont mineurs, et six sont étrangers (deux italiens, un hollandais, un bengladi, trois colombiens, deux mexicains, un américain).

Un autre grand journal, ABC, a ressorti cet après-midi les rapports policiers sous le titre « La Policía destapa conexiones anarquistas en los disturbios de Can Vies » (La police détecte des connexions anarchistes dans les émeutes de Can Vies). Il s’étale avec des propos comme « terroristes urbains » ou que « la lutte à Gamonal (Burgos) fut un essai révolutionnaire » que les méchants infiltrés veulent reproduire à présent à Sants (Barcelone). Comme disent les compagnons espagnols, la presse vise et la police tire.

Ce soit à 20h, le rassemblement de solidarité à Madrid de Puerta del Sol était ultra saturé de policiers, qui contrôlaient les sac-à-dos et procédaient à des contrôles d’identité tout autour, et les 300 manifestants n’ont pas pu faire grand chose d’autre que gueuler des slogans pendant une heure et demie (« liberté liberté pour les détenus qui luttent », « Barcelone Liberté » et « A bas l’Etat policier »).

Dans la ville de Girona, une centaine de personnes ont manifesté en soirée avec des torches, et balancé de la peinture noire contre plusieurs agences bancaires au passage. A Saragosse, une centaine de manifestants également, et un container qui crame symboliquement. Enfin, à Hambourg (Allemagne) hier 29 mai, 150 personnes ont effectué une manifestation sauvage de solidarité, suite à un appel lancé sur Indymedia (Linksunten, là-bas), et malgré les keufs (leur gaz au poivre et leurs chiens). Un des slogans les plus repris était “Kein Gott ! Kein Staat ! Kein Mietvertrag !” (Ni Dieu ni Etat ni Contrat d’occupation !).

Enfin, à 21h, 300 personnes se sont rassemblées plaza de Sants (contre 4000 puis 2000 les soirs précédents) pour le traditionnel concert de casseroles, avant de se réunir en assemblée (et non plus de finir devant le comico de Les Corts, où partait ensuite l’émeute). Les représentants du CSA Can Vies y ont distribué un tract affirmant « si la mairie a autant de bonne volonté qu’elle le prétend, c’est facile : qu’elle nous laisse reconstruire en paix ce qu’ils ont détruit avec violence« , avant d’inviter demain samedi 10h les habitants à venir devant le lieu (désormais aussi entouré de barbelés et gardé) avec du matériel pour commencer les travaux de reconstruction de la partie démolie. C’est le mot « paix » qui compte dans ce tract… après une centaine de blessés, 40 arrêtés qui passeront en procès et vingt autres encore aux mains des Mossos.

De toute façon, la grande manifestation est prévue à 19h Plaça Universitat à Barcelone hors des jeux politiciens du quartier, et elle risque d’être importante, comme toutes celles annoncées à travers tout le pays, à un moment où il semble qu’il n’y aura pas de 5e nuit d’émeute à Sants.

Mise à jour dimanche 1er juin 2014, 15h

La journée de samedi 31 a donc commencé à 10h à Sants avec le rassemblement pour reconstruire la partie démolie du squat. Près de 400 personnes ont effectué trois chaînes humaines, au milieu de bars de rue, de musique et d’aires de jeu pour enfants, pour commencer à évacuer les gravats. Une petite partie d’entre eux a fini devant les grilles du siège du district (équivalent de la mairie d’arrondissement), à 700 mètres de là. La plupart, ceux qui sont réutilisables, sont triés et ordonnés pour servir aux futurs murs.

A leur arrivée sur place, les ex-squatters de Can Vies ont négocié avec les vigiles l’entrée sur la partie détruite, puis ont fait tomber les grillages. Eux seuls (ils portent des casques de chantier jaunes distinctifs de ceux -blancs- donnés aux gens) ont accès à cette partie, dont ils gèrent le « périmètre de sécurité ». Les architectes des squatters affirment après examen qu’il n’y a pas de risque de péril et qu’on peut reconstruire, tandis que les pompiers et les experts de la mairie (qui n’ont pas été chassés mais ont visité les lieux en compagnie des responsables de Can Vies) disent bien sûr le contraire. En guise d’apaisement, il n’y avait pas de flics sur place ce matin.

Tout ressemble donc à une mise en scène concordée où les autorités laissent provisoirement leur bras armé au garage mais gardent sur place le reste (vigiles, pompiers et experts techniques), tandis que les squatters s’emparent symboliquement et pacifiquement de la partie détruite en évacuant ses gravats en guise de réoccupation. Cela rappelle beaucoup les ex-Tute Bianche des centres sociaux italiens dans les années 90, habiles dans l’art d’organiser un antagonisme fictif afin de préserver la paix sociale ou d’éviter qu’elle ne se fissure davantage, en faisant mine d’avoir organisé l’incontrôlable qui les avait dépassé (ici les émeutes des jours précédents) pour ensuite se poser en pompiers de la révolte.
Quand pendant quatre nuits les pierres ont ainsi volé contre les Mossos d’Esquadra, que des sièges de partis, des centaines de containers ou un véhicule de la télé ont été livrés aux flammes, il fallait y penser, à détourner les pierres de leur usage spontané pour les utiliser dans un but pacifique ! Là où les nuits précédentes se pressaient des individus désireux d’en découdre, Can Vies leur propose désormais de s’aligner en rang, des pierres plein les mains… pour les passer à leur voisin ou les trier et les retailler avec soin, le tout au milieu de la fête annuelle des commerçants du quartier, Firaentitats. Dans un contexte explosif -il y a des milliers d’expulsions, pas seulement à Sants-, il aurait été bien incongru de prendre au pied de la lettre le célèbre slogan « une expulsion, mille occupations » (et dix mille pierres désormais disponibles pour les défendre), plutôt que de le récupérer en « une expulsion, une reconstruction » !

A propos de la non-réoccupation de la partie viable et de leur management de l’événement, la rhétorique des ex-squatters est la suivante : « Nous avons consulté des architectes et, après voir examiné le lieu, ils nous ont dit qu’il n’y a pas de risque d’écroulement du bâtiment, mais qu’il y a des parties en ruine. Il est donc important qu’il n’y ait pas beaucoup de gens dedans et que l’accès soit contrôlé ». Lors de cette même intervention au micro, leur porte-parole a ajouté :  » Il vaut mieux qu’elles [les autorités] nous laissent tranquilles, parce qu’on a vu que si elles nous provoquent, le quartier de Sants s’énerve et brûle, tandis que si elles ne le font pas, le quartier reste tranquille, comme aujourd’hui, où il n’y a pas de présence policière et où tout va bien. »

Au même moment arrive l’information que la nuit précédente dans le quartier de Gràcia, des inconnus ont défoncé les vitres du CDC (le trentième local de ce parti attaqué depuis cinq jours), sont rentrés à l’intérieur, ont tout saccagé, puis ont vidé son mobilier à l’extérieur. Des tags sur sa façade disaient « Can Vies resisteix ! » (« Can Vies résiste ! ») et « CiU, les pagareu totes » (« CiU, vous payerez tout ! » ; CiU est la coalition autonomiste, composée des partis CDC et UDC, au pouvoir en Catalogne depuis décembre 2010).
Ce qui se joue depuis le début est donc peut-être bien une question de perspective : l’alternative d’un côté, où l’on souhaite mener des projets sociaux-culturels au sein d’un monde où règne en maître l’Etat et le Capital, afin de construire par le bas un « pouvoir populaire » (un des mots d’ordre de Can Vies) ; et de l’autre l’attaque contre tout pouvoir vers la révolution sociale, c’est-à-dire la conflictualité permanente. Comme le disait déjà un vieux barbu il y a longtemps, ce n’est pourtant que du négatif que surgira le positif, un positif complètement différent de tout ce que nous connaissons, et pas l’inverse : « il n’y a pas de révolution sans destruction profonde et passionnée, destruction salvatrice et féconde parce que précisément d’elle, et seulement par elle, se créent et s’enfantent des mondes nouveaux ».

Du côté du tribunal, les 20 derniers arrêtés des nuits précédentes sont passés devant le juge. 19 d’entre eux ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction de manifester et pointage tous les quinze jours. Le dernier par contre, a été incarcéré en prison préventive. Il pourra sortir contre paiement d’une caution de 10 000 euros, et dans ce cas aura interdiction de sortir du territoire et obligation de pointer une fois par semaine (le premier incarcéré, vendredi, n’a pas « bénéficié » de cette possibilité de sortir sous caution).

A 19h, était prévue la grande manifestation au centre de Barcelone, à plaza Universitat, au parcours non déposé en préfecture. Ses revendications étaient « amélioration du droit au logement » ou « autogestion des habitations », en plus bien sûr de la libération des arrêtés (pas des autres prisonniers, du genre « liberté pour tous ») ou la démission du maire (pas des autres politiciens, du genre « que se vayan todos »). Mais revendiquer des miettes et rabaisser ses exigences était peut-être le prix à payer pour préserver cette « zone d’opacité et d’organisation » qui engendre « une constellation de possibilité »* !

Six colonnes de manifestants sont arrivées de différents quartiers (dont Sants, Poble Sec, Les Corts, El Prat de Llobregat et el Eixample), et les participants étaient près de 8000 (20 000 selon les organisateurs, 3 500 selon la police), derrière la banderole « construisons l’alternative, défendons les quartiers ». Les cordons de Mossos d’Esquadra l’ont empêchée de se rendre sur les ramblas, après les quartiers de Paralelo et du Raval, et elle a terminé vers le siège du parlement régional, Plaza Sant Jaume.

A la hauteur de l’intersection entre Drassanes et la Rambla del Raval, un groupe de 500 manifestants divisés en plusieurs groupes visiblement pas trop portés sur la reconstruction de l’existant ou sur l’alternative, ont commencé un parcours différent de 22h à 2h du matin, parfois au milieu de touristes stupéfaits. Leur parcours sauvage a été ponctué d’affrontements avec les flics, de matériel urbain et de vitres de banques détruites, de containers et de voitures enflammées. Rien que dans les quartiers Ciutat Vella et Eixample, la mairie signale notamment 38 containers cramés, 12 voitures incendiées, plus la station de vélos en libre service « Bicing » rue Sant Oleguer qui a subi le même sort, et 45 000 euros de dégâts au total pour cette nuit. Les journaux espagnols titrent aujourd’hui : « Nouvelle nuit d’émeute à Barcelone avec six arrestations » (ABC) ou « Les émeutes pour Can Vies parviennent au centre de Barcelone » (agences).

Du côté répressif, il y a sept nouvelles arrestations (dont deux mineurs), et 225 personnes qui se sont retrouvées dans une nasse en rentrant vers Sants, et ont du présenter un papier d’identité et se faire filmer un à un pour en sortir (cela a duré trois heures, et les flics en obligeaient certains à mettre leur capuche pour faire des comparaisons avec les photos du fichier des émeutiers masqués des nuits précédentes).

Depuis ce matin, dimanche 1er juin, des dizaines d’habitants de Sants continuent de déblayer les gravats, à deux pas des concerts de la Fête de la cerise (Fira de la Cirera) à Plaza de Sants, et de la Fête médiévale dans la zone contigüe de Hostafrancs. De son côté, la mairie annonce cet après-midi lors d’une conférence de presse que le temps du dialogue avec les représentants de Can Vies touche à sa fin, prévoyant dès lundi de fixer une feuille de route pour la suite des événements. Comme dans un ballet où les deux partenaires se frôlent, s’éloignent puis se rapprochent sous les projecteurs avant de reprendre leurs distances, le collectif de Can Vies annonce à quelques heures d’intervalle qu’il suspend sa « reconstruction » -en réalité le déblaiement de gravats- en attendant l’examen technique de la viabilité de l’immeuble ! Cet après-midi, tout le monde est donc rentré chez soi (et les squatters à Can Batlló, un lieu légalisé du quartier), et leur prochain objectif est de retirer demain lundi la pelleteuse incendiée. Dans un communiqué de presse paru ce soir, Can Vies refuse l’ultimatum de la mairie, tout en précisant que « depuis le retrait du déploiement des unités anti-émeute, le quartier est resté tranquille » ces deux dernières nuits (manière grossière de se distancier des émeutes de la veille au centre-ville, avec un « mieux vaut nous que les méchants »).

Il est décidément temps que partent d’autres initiatives de rue pour faire dérailler ce jeu de dupes, en rouvrant un espace de conflictualité sans médiation où la temporalité ne serait plus dictée ni par les politiciens en cravate ni par les reconstructeurs en casques de chantier…

* Voir l’article apologétique de formes-de-vie tacticiennes paru sur rebellyon le 30 mai 2014 : « Barcelone brule ! CAN VIES NO ES TOCA ! »

[Repris de Brèves du Désordre et .]

Notes

[1] NdT : Suite à la décision d’expulsion définitive du tribunal il y a 15 mois, la mairie avait proposé un relogement et une relocalisation des activités du centre social, proposition que les habitants avaient refusée : ils ne souhaitaient ni déménager ni un quelconque contrôle municipal sur leurs activités, contrôle inévitable en cas de déplacement dans un lieu prêté par la ville. Tout le monde n’a pas le niveau de duperie de l’ex-squat des Tanneries à Dijon (France), dont la novlangue utilise les mots « autogestion », « autonomie » et « combativité » tout en acceptant un déménagement à 1,6 millions d’euros par la mairie, et en quémandant des dons déductibles des impôts pour les aider (voir ici)

[2] Il y avait eu une réunion juste avant entre des représentants de Can Vies et l’envoyé de la mairie, le conseiller du district de Sants-Montjuïc, et en présence de la Federación de Asociaciones de Vecinos de Barcelona (FAVB). C’est au cours de celle-ci que ce point a été acté informellement entre squatters et institutions, provoquant l’annonce du maire un peu plus tard à la télé. Par ailleurs, le collectif des ex-squatters se réunit à Can Batlló, un lieu sous convention avec la mairie du quartier de Poblenou.

[3] Comme ce titre de Hechos de hoy : « Dégoût et crainte de la guerilla urbaine à Sants et l’effet Gamonal » ou celui de El Pais du 30 mai : « Trias [le maire] négocie pour éviter que Sants ne se convertisse en nouveau Gamonal ».

Source : Non fides.

juin 052014
 

Turin : Nouvelle opération répressive contre des anarchistes (plus d’une centaine d’inculpations)

mardi 3 juin 2014

Aux premières heures ce matin, 3 juin 2014, une opération répressive est orchestrée par les procureurs Pedrotta et Rinaudo, contre plusieurs réalités anarchistes. Pour l’instant les nouvelles sont fragmentaires, mais il y aurait 25 perquisitions en cours à Turin et dans la région piémontaise, parmi lesquelles celle de l’asilo occupato et de la maison occupée Via lanino en plus de la notification et de l’exécution de plusieurs mesures préventives : 11 en taule, 6 aux arrestations domiciliaires, 4 en obligation de demeure (rester dans sa ville de résidence), 4 interdits de Turin, et 4 avec l’obligation de signer au comico.

 

Il y aurait en tout 111 inculpé-e-s et les délits vont de « dévastation et saccage » à « outrage à la nation », en passant par « incitation à l’insurrection armée contre l’état », « séquestration de personnes », « dégradations », « résistance à personne dépositaire de l’autorité publique » et « occupation de bâtiment ». Le choix stratégique des inquisiteurs ne prévoit pas l’utilisation d’instruments tels que les délits associatifs, mais plutôt l’aggravation « en réunion » des délits pré-cités.

C’est donc une enquête imprégnée de la prétention de complaire aux puissants de la ville : propriétaires, banquiers, bétonneurs et le Parti démocratique (PS italien, ndt), qui à Turin, et c’est notoire, se chevauchent et se confondent harmonieusement.
Les accusations contre les compagnon-ne-s concerneraient principalement les pratiques de résistance aux sfratti (des piquets à l’occupation du siège des huissiers), les manifs sauvages et les attaques aux permanences du PD ces derniers mois, en tentant d’étouffer à coup de mesures judiciaires ceux et celles qui, dans plusieurs quartiers de la ville, promeuvent l’auto-organisation des exploité-e-s et des expulsé-e-s en se réappropriant des espaces d’habitation, par la lutte contre la gentrification, contre la spéculation immobilière et contre les politiciens et les financiers qui saccagent partout nos existences.

[Mise à jour : après des heures de résistance sur le toit, les flics lâchent finalement l’Asilo Occupato et même l’occupation de rue Lanino reste aux mains des occupant/e/s et des familles qui l’habitent.]

Vous êtes invité/e/s à passer au 12 rue Alessandria pour contribuer à nettoyer la dévastation laissées par les sbires en uniformes.

Assemblée ouverte à 17h30à l’Asilo Occupato, suivie d’un repas bénéfit en soutien aux personnes arrêtées et impliquées

Pour écrire aux personnes incarcérées :

Fabio Milan
Paolo Milan
Andrea Ventrella
Francesco Di Berardo
Michele Garau
Toshiyuki Hosokawa
Daniele Altoé
Niccolò Angelino
Giuseppe De Salvatore

C.C. via Maria Adelaide Aglietta 35 – 10151 Torino

Claudio Alberto (prisonnier No Tav)
C.C. Via Arginone 327 – 44122 Ferrara

Niccolò Blasi (prisonnier No Tav)
Casa di Reclusione Via Casale San Michele 50 – 15100

[Traduction de l’italien de Informa-azione reçue par mail.]

Mise à jour :
Tous les lieux de réclusions ne sont pas encore connus pour toutes les
personnes incarcérées dans diverses taules hier mardi 3 juin. Pour le
moment, on peut écrire télégrammes, cartes et lettres à :

Daniele Altoè C.C. Via Casale San Michele, 50 – 15100 Alessandria ;

Andrea Ventrella C.C. Via Port’aurea, 57 – 48100 Ravenna ;

Paolo Milan C.C. Brissogne, Loc. Les Iles, 150 – 11020 Aosta ;

Marianna Valenti, incarcérée en plus des autres parce qu’elle a refusée
l’assignation à résidence, C.C. Lorusso e Cutugno, Via Aglietta, 35 –
10151 Torino.

Nicco, Chiara, Claudio, frappés eux aussi de nouvelles mesures répressive,
restent en prison aux mêmes adresses (rappelons la prochaine audience du
procès NoTav pour terrorisme le 6 Juin :

Claudio Alberto C.C. Via Arginone 327 – 44122 Ferrara ;

Niccolò Blasi C.C. Via Casale San Michele 50 – 15100 Alessandria ;

Chiara Zenobi C.C. Via Bartolo Longo 92 – 00156 Roma.

En première réaction hier soir mardi 3 Juin, trois manifestations ont eu
lieu à Turin, Milan et Rome.

Source : non fides.

mai 092014
 
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Après seulement une semaine, le squat du 5 place du 36ème RI à Caen a été expulsé ce vendredi matin à 7h par les CRS et les flics locaux. Les expulsé-es des centres d’hébergement d’urgence s’y étaient installé-es. Le bâtiment vide depuis plusieurs années appartient au groupe Allianz, société d’assurances au capital de près d’un milliard d’euros…

RDV : ce vendredi 9 mai AG au campus 1, arrêt de tram Université, au sous-sol du bâtiment Lettres (à gauche à partir de l’arrêt de tram), à 17h

manif à 18h à partir du Phénix, campus 1

BESOIN URGENT DE MATOS : tentes, matelas, couvertures principalement. Dépôt toute la journée au sous-sol du bâtiment Lettres, campus 1, arrêt de tram Université.

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Tract du 1er mai de l’AG de lutte contre toutes les expulsions de Caen

 Posted by on 2 mai 2014 at 13 h 19 min  Non classé  Commentaires fermés
mai 022014
 

Salut,

Vous trouverez ci dessous le texte du tract diffusé par l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen à l’occasion de la manif du 1er mai.

Il contient un certain nombre de clarifications politiques et d’infos sur la situation locale des expulséEs du « 115 », les services d’hébergement d’urgence.

Le tract recto-verso en format PDF est téléchargeable en cliquant sur l’icône en fin d’article.

 

Après 11 mois de lutte, toujours à la rue…

Depuis mai 2013, plusieurs squats ont été ouverts à Caen pour accueillir les familles et personnes expulsées du « 115 », les services d’accueil d’urgence. Depuis, ni la préfecture, représentant l’État, ni la mairie de Caen n’ont cherché de solutions pour reloger massivement les gens. Cette situation se retrouve aujourd’hui dans la plupart des grandes villes avec des milliers de personnes mises à la rue et des travailleurs-euses sociaux-ales laisséEs sans moyens et misEs sous pression.

À l’origine de ces expulsions, on trouve les politiques d’austérité, d’amputation des droits sociaux, de coupes budgétaires qui visent les services publics et le secteur social et qui se traduisent par une précarité accrue pour les secteurs les plus pauvres et fragiles de la population.

Ne nous leurrons pas, ces attaques contre les plus pauvres préparent le terrain pour d’autres attaques contre les couches populaires, précaires mais aussi salariées. Les « usagers » des services sociaux ne sont pas les seuls visés, les salariéEs du public et du privé voient leurs conditions de travail se dégrader, leurs salaires stagner ou en passe d’être « gelés ». Le gouvernement a annoncé un nouveau plan d’austérité de 50 milliards d’euros… Le patronat peut être rassuré, les 200 milliards et quelques d’euros d’aides diverses, d’exonérations, d’allégements de charges qu’il accapare ne seront pas concernés par les « mesures d’économies ». Par contre la santé, les retraites, l’indemnisation chômage, les aides sociales et familiales, tout ce qu’on appelle « le salaire indirect », sont systématiquement attaqués.

Nous subissons le règne simultané du profit, de l’injustice et de l’exploitation On nous somme d’accepter sans résistance de payer, financièrement et humainement, la « crise » capitaliste et l’endettement de l’État.

Si nous luttons, au sein de l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen, en tant que soutiens « françaisEs », pour le relogement décent et durable des expulséEs du « 115 » et pour leur régularisation, car ils/elles sont pour la plupart demandeurs-euses d’asile étrangerEs, ce n’est pas seulement par indignation humaine et conscience morale face à la situation qui est faite aux hommes, aux femmes, aux enfants mis à la rue, c’est aussi, pour une partie d’entre nous, parce que nous comprenons bien que la politique particulière dont ils/elles sont la cible s’inscrit dans une politique générale qui nous vise également en tant que précaires et/ou salariéEs, que leur précarisation accrue annonce que notre tour viendra et préfigure ce qui nous attend, parce que la dégradation de leurs conditions d’existence reflète celle que nous vivons déjà.

Si nous sommes aux cotés des expulséEs c’est donc aussi par conscience sociale et parce que c’est notre intérêt, parce que ce combat particulier s’inscrit dans le cadre plus général de la lutte des classes qui traverse cette société inégalitaire. Notre solidarité est donc aussi, pour pas mal d’entre nous, une solidarité de classe.

Celle-ci s’exprime évidemment clairement à l’opposé des discours politiciens, gouvernementaux et médiatiques qui répandent le poison xénophobe, raciste, nationaliste et répressif. Nous n’avons ni l’esprit rétréci ni le cœur rabougri. Notre lutte se fout des nationalités, de la couleur de la peau et des frontières.

Si nous ne sommes malheureusement pas les seulEs à subir, nous ne sommes heureusement pas les seulEs à résister. Depuis plusieurs mois surgissent ici, à Caen, d’autres luttes : personnel hospitalier du Bon Sauveur, intermittentEs du spectacle, auxiliaires de vie sociale et usagers de l’aide sociale (personnes âgées, handicapéEs physique et/ou psychiques) confrontéEs à la baisse des aides accordées par le Conseil Général , ouvrierEs de la biscuiterie Jeannette licenciéEs. Chacune de ces luttes a ses caractéristiques et touche des horizons parfois assez différents. Mais elles nous paraissent avoir la même origine : le règne du fric, de la rentabilité au détriment de nos vies et du bien commun, les politiques d’austérité et de réduction des droits sociaux. Nous profitons de cette journée de manifestation du premier mai pour réaffirmer que ce n’est pas en restant isoléEs, chacunE attaquéE dans son coin, que nous pourrons résister. La convergence des luttes nous paraît être une nécessité actuelle. Elle ne se décrète pas. Elle ne pourra être construite que par la base à travers des rencontres, de l’information, des discussions, des solidarités concrètes. L’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen œuvrera dans la mesure de ses moyens, limités, à cette convergence des luttes carune telle convergence serait bien plus inquiétante pour le pouvoir politique et économique que la situation actuelle d’éparpillement des luttes.

 

FACE AUX INJUSTICES : RÉSISTANCE SOCIALE !

RELOGEMENT DIGNE ET DÉCENT DES EXPULSÉ-E-S DU « 115 ».

DES PAPIERS POUR TOUTES ET TOUS.

 

Des nouvelles de la situation sur Caen

 

Non seulement, aucune solution n’a été mise en place pour reloger les personnes à la rue, expulsées du 115, qu’elles soient françaises ou étrangère, mais aujourd’hui la préfecture, par l’intermédiaire de la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), jette de nouvelles famillesavec enfants à la rue.

Elle recommence comme l’an dernier à pareille époque à dire qu’iln’y a pas assez de crédits pour les hébergements. Mais rien n’a été fait pour ouvrir denouvelles places de CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile).

 

La DDCS dit qu’elle va bientôt ouvrir une structure de 100 places, mais ce n’est pas pour loger celles et ceux qui sont à la rue, c’est pour vider une partie des hôtels (70eme anniversaire du débarquement et jeux équestresobligent… ).

Elle va donc continuer à jeter à la rue des familles avec enfants, voire même aussides personnes malades.
Lors d’une action en référé contre la préfecture, son représentant ose justifier l’action de celle-ci, pour refuser de loger une famille (1 couple avec 2 enfants de 5 et 15 ans) sous prétexte que cette famille a trouvé refuge au squat du 103-109 rue de Baveux.

 

L’ordonnance de référé du Tribunal Administratif du 18 avril 2014 déclare :

« … il résulte de l’instruction que la famille B…. occupe un immeuble actuellement « squattté » également par d’autres familles demandeurs d’asile, dont il n’est pas soutenu qu’il offrirait des conditions matérielles telles qu’elles seraient incompatibles avec le respect de la dignité humaine; qu’ainsi l’autorité administrative ne peut pas être regardée dans les circonstances de l’espèce, comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d’asile; … »

De fait, la justice reconnaît indirectement l’utilité du squat, qui loge 75 personnes (dont 16 enfants) et évite à la préfecture de faire face à ses obligations légales en matière d’hébergement des demandeurs d’asile.

 

Aujourd’hui, la lutte continue face à l’attitude de la préfecture.

Il n’est pas question que les occupant-e-s du 103-109 rue de Bayeux se retrouvent à la rue.

 

Assemblée Générale de Lutte contre Toutes les Expulsions

Contact : ag-contre-expulsions

 

  Tract du 1er mai de l'AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen (253,6 KiB, 458 hits)

 

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mai 012014
 
apres-la-rue-de-bayeux-nouveau-squat-place-du-36eme

Non seulement, aucune solution n’a été mise en place pour reloger les personnes à la rue, expulsées du 115, qu’elles soient françaises ou étrangères, mais aujourd’hui la préfecture, par l’intermédiaire de la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), jette de nouvelles familles avec enfants à la rue.

Elle recommence comme l’an dernier à pareille époque à dire qu’il n’y a pas assez de crédits pour les hébergements. Mais rien n’a été fait pour ouvrir de nouvelles places de CADA (Centre d’Acceuil pour Demandeurs d’Asile).

La DDCS dit qu’elle va boent$ot ouvrir une structiure de 100 places, mais ce n’est pas pour loger celles et ceux qui sont à la rue, c’est pour vider une partie des hotels (70ème anniversaire du débarquement et jeux équestres obligent…).

Elle va donc continuer à jeter à la rue des familles avec enfants, voire même aussi des personnes malades.

Lors d’une action en référé contre la préfecture, son représentant ose justifier l’action de celle-ci, pour refuser de loger une famille (un couple avec 2 enfants de 5 et 15 ans) sous prétexte  que cette famille a trouvé refuge au squat du 103-109 rue de Bayeux.

L’ordonnance de référé du tribunal administratif du 18 avril 2014 déclare :

« … il résulte de l’instruction que la famille B… occupe un immeuble actuellement « squatté » également par d’autres familles demandeurs d’asile, dont il n’est pas soutenu qu’il offrirait des conditions matérielles telles qu’elles seraient incompatibles avec le respect de la dignité humaine ; qu’ainsi l’autorité administrative ne peut pas être regardée dans les circonstances de l’espèce, comme porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d’asile… »

De fait, la justice reconnait indirectement l’utilité du squat, qui loge 75 personnes (dont 16 enfants) et évite à la préfecture de faire face à ses obligations légales en matières d’hébergement des demandeurs d’asile.

Aujourd’hui, la lutte continue face à l’attitude de la préfecture. Il n’est pas question que les occupant-e-s que les occupants du 103-109 rue de Bayeux se retrouvent à la rue.
C’EST POURQUOI NOUS VENONS A l’INSTANT D’OUVRIR UN NOUVEAU SQUAT au 5 rue St Jean 14000 Caen.
L’assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions !

Caen. Après la rue de Bayeux, nouveau squat place du 36e

Un immeuble situé 5, place du 36e régiment d’infanterie, est occupé depuis mardi par une centaine de personnes. Une initiative de l’Assemblée générale contre les expulsions.

Une centaine de personnes, pour la plupart sans-papiers et demandeurs d’asile, ont investi mardi cet immeuble inoccupé depuis plusieurs années. Composé de douze appartements répartis sur quatre étages, il se trouve en bas de la rue Saint-Jean, à côté du garage Citroën. Le propriétaire pourrait être une compagnie d’assurance.

La majorité d’entre eux, au nombre de 71 dont 16 enfants, déménagent en ce moment de leur précédent squat, situé au 103-109 rue de Bayeux. Un immeuble occupé par une cinquantaine de familles depuis le mois d’octobre 2013. (ouest-france)

Toulouse : La police expulse et tabasse les occupant-e-s du CREA.

 Posted by on 24 avril 2014 at 11 h 41 min  Logement / Squat / Urbanisme  Commentaires fermés
avr 242014
 

[Les pauvres ne disparaissent pas à coups de tonfa magique] Des bâtiments sont vides, des gens sont à la rue : réquisitionnons ce qui a été construit par le peuple pour loger le peuple

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2012/08/0.jpg?w=695

Communiqué de la Campagne de Réquisition d’Entraide et d’Autogestion du 23 avril 2014

À Toulouse, depuis plus de trois ans nous, familles avec enfants, étudiant.es précaires, travailleur.euses.s pauvres, galériens.nnes privé.e.s de papiers, réquisitionnons des bâtiments vides privés et publics pour nous loger, nous organiser et vivre selon nos propres moyens et nos propres besoins. Dans cette même logique, depuis plus de trois ans, insoumissibles aux logiques de l’État, du capital, et des politiques bourgeoises nous refusons de laisser organiser les conditions de notre misère et notre exploitation.

C’est ainsi, que lundi 21 avril, nous, habitant.e.s et soutiens du Centre Social Autogéré du 57 avenue Jean-Rieux étions obligé.es de rendre les clefs du bâtiment réquisitionné depuis octobre 2013 après que M. Jean-Luc Moudenc, nouveau maire ressuscité de la droite toulousaine, ait personnellement « prié » le propriétaire de nous expulser sous menace d’un carnage policier. Il est clair que dans la logique de la Justice et que dans l’obsession personnelle et maladive de M. Moudenc de « nettoyer sa ville », les intérêts des pauvres et leurs organisations ne valent rien.

C’est ainsi bien conscient de cela, que nous avions ouvert par nécessité, quelques jours auparavant, deux nouvelles réquisitions à la Roseraie que nous venions d’officialiser.

Mais dès dimanche soir et ce jusqu’à l’expulsion, se sont succédés autour de ces deux maisons : vrais et faux propriétaires, renforts massif d’agents immobiliers, policiers divers et variés s’étant tous accordés sur le même discours : notre impossibilité à rester dans les lieux quels que soient nos droits et nos déterminations. Le dispositif s’accélère le lundi après-midi lorsque nous nous trouvions à l’intérieur des bâtiments. Fort d’une plainte fallacieuse et illusoire pour violation de domicile déposée par les propriétaires, les renseignements généraux ont, dans un premier temps, tenté d’interroger plusieurs personnes identifiées de la CREA. Bredouilles, ils repartent pour mieux revenir une heure après accompagnés de plusieurs camions de CRS bloquant la rue et ordonnant l’expulsion immédiate et illégale des bâtiments, sans solution de relogement.

Après discussion, nous nous décidons à sortir des maisons, avec nos affaires et sans que personne ne soit embarqué, à qui serait intimé l’obligation de répondre de la plainte du propriétaire.

Une heure plus tard, nous nous trouvons tous dehors : habitant.tes, entourés de nos soutiens et de nombreux voisin.e.s. lorsque le lourd dispositif policier finit de se mettre en place. Nous nous interrogeons encore sur l’impressionnant arsenal mis en œuvre : plus d’une centaine de policiers de corps différents, une quinzaine de camions, brigades des CSI, BAC, Police nationale, gardes-mobiles, renseignements généraux, lorsqu’au même moment le gouvernement se pavane vulgairement dans les médias en parlant de « plans d’économies » et de « gestion sociale » du pays.

Nous déménageons nos affaires lorsque la BAC décide d’interpeller quelqu’un identifié comme  « responsable ». En plus de la violence de l’intervention, s’en suit un déluge de coups de la part des tous les policiers : gaz lacrymos, tir de grenade dispersive, tir tendu de flash-ball au visage. Un autre camarade s’est écroulé au sol, se faisant secourir et transporter à l’hôpital par les voisin.e.s. Touché en pleine face, plus de la moitié des os de son visage ont explosé. Plusieurs personnes ont été blessées, et la chasse à l’homme dure plusieurs heures. De plus, quatre personnes ont été interpellées, une est toujours en garde-à-vue ce mercredi matin et une cinquante de personnes se retrouvent à la rue du fait de l’acharnement de la Mairie et de la Préfecture.

Nous adressons donc un message au nouveau maire de Toulouse et à tous ceux qui partagent ses idées et intérêts : les pauvres ne disparaissent pas à coups de tonfa magique. Les surveillances,  contrôles, expulsions, répressions ne font qu’accroitre nos déterminations à ne pas nous résigner au jeu des pouvoirs publics de droite comme de gauche, et à choisir pour et par nous-mêmes nos conditions d’existence. Des bâtiments sont vides, des gens sont à la rue : réquisitionnons ce qui a été construit par le peuple pour loger le peuple.

Ici et maintenant, rencontrons-nous, organisons-nous.
Tous pour Tou.tes
Pouvoir au peuple

 

Source : Jura libertaire.

fév 272014
 

Salut,

Manifestation mensuelle de l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions (tous les premiers samedi de chaque mois)

-pour le relogement des expulséEs des services d’hébergement du « 115 »

et

-la régularisation des sans-papiers.

ce SAMEDI 1er MARS

14H DEVANT LA PREFECTURE.

Venez avec de quoi faire du bruit.

Merci de faire circuler l’info dans vos réseaux.

 

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