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Ce vendredi soir un info tour passera sur Caen présenter le camp prévu l’été prochain à Bure dans la Meuse. Là bas les nucléaristes, après avoir imposé un laboratoire pour enfouir les déchets radioactifs, cherchent à étendre le projet dans cette région désertique. Rendez-vous 20h,  à l’université de Caen, sur le campus 1, amphithéâtre Tocqueville. Un camp tentera début aout de lier des réflexions et des pratiques d’horizons diverses, histoire de dépasser les horizons locaux.
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DE LA NÉCESSITÉ DE SE RETROUVER

Un camp à Bure pour l’été 2015

Nous venons des contre-sommets, des campements Action Climat, des villages No Border, des luttes à Notre-Dame-des-Landes, au Val de Suse ou à Sivens, des luttes anti-nucléaires comme à Valognes, Montabot ou Bure, des luttes sociales, féministes et anti-autoritaires…

Si toutes ces luttes sont singulières, nous sommes nombreux.ses à y porter les mêmes idéaux d’horizontalité et de réflexions pour combattre toutes les formes de domination. Nous trouvons aussi du commun dans nos modes de vie et d’action. Ces combats se croisent parfois, et se renforcent mutuellement.

La logique capitaliste aménage le territoire, ravage nos environnements, cherche à réduire nos vies au travail et à la consommation. Face à cela nous répondons par le squat, le blocage, le sabotage, par des pratiques visant à nous autonomiser de ce monde.

Mais nous constatons que cela n’est pas suffisant. Car si nous gagnons des moments d’autonomie, nous perdons du terrain.

Pour se renforcer et approfondir nos liens, il faut créer des moments de rencontre, confronter nos pratiques de luttes et nos modes d’organisation, réfléchir aux points de discorde qui agitent nos milieux, et ce, loin des calendriers imposés par les sommets et autres farces d’unité nationale.

Cet été, retrouvons-nous pour un campement autogéré à Bure, en Meuse, là où ils construisent de force un centre international d’enfouissement des déchets radioactifs… Nous voulons discuter de nos stratégies, avant d’envisager ensemble des modes d’action collective pour ancrer nos résistances, à Bure comme ailleurs.

Par ailleurs, la prochaine grande messe mondiale du climat (COP 21) qui aura lieu à Paris en décembre 2015 va une nouvelle fois focaliser l’indignation habituelle. Ne nous laissons pas divertir par cette mascarade. Nourrissons-nous plutôt des trajectoires transversales déjà créées, du Chiapas à Exarchia, de Ferguson à Villiers-le-Bel.

Nous n’avons rien à voir avec « l’international » de leurs sommets, pour nous le dépassement des frontières se construit plutôt dans les liens que l’on tisse entre nos mondes.

Notre colère n’est pas réversible. Elle s’organise.

Vladimir, Martine & Co *
vmc(a)riseup.net

* En hommage à notre camarade malgré lui, qui nous a débarrassé du patron de Total.

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Ramène ta pioche à Bure du 1er au 10 août

On a 10 jours pour enterrer l’ANDRA

La gestion des déchets nucléaires n’a et n’aura jamais de solution. Ils seront toujours là, que ce soit à 500 mètres sous terre ici à Bure, comme ailleurs. L’urgence n’est pas à leur gestion, mais à l’arrêt de leur production. Si l’industrie de l’atome et l’État souhaitent enterrer le problème aussi vite que possible, c’est bien pour continuer d’en produire. Nous nous opposons à la destruction de nos lieux de vie, dans la Meuse comme ailleurs, ainsi qu’à la poursuite du nucléaire de tout temps.
Nous vous proposons de nous rejoindre à Bure du 1er au 10 août pour prendre le temps d’amplifier ensemble l’opposition concrète à CIGEO et son monde.

Le tombeau du nucleaire
Après un demi-siècle d’empoisonnement, l’industrie nucléaire n’a pas de solution face à la radioactivité des déchets nucléaires. Partant de cette incapacité, l’État veut imposer l’enfouissement et ses méthodes toujours plus mafieuses : mascarade démocratique, accapa-rement des territoires, autoritarisme et violence.
Après s’être faite dégager de nombreux autres sites dans les années 80, l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs en France (ANDRA) s’est installée pour une étape de recherche dans le département de la Meuse, à Bure, depuis 1993.

Zone à faible population (7 habitant-e-s/km2), Bure est un endroit rêvé pour entasser les pires déchets de l’inhumanité. Depuis 2001 existe un laboratoire souterrain et en 2006, malgré la conclusion du Débat Public comportant des réserves sur le stockage profond, l’ANDRA projette de le convertir en un « Centre Industriel de Stockage Géologique » (le CIGEO).
Aucun déchet n’est encore là : le gros du chantier pour l’exploitation du site est prévu pour 2017 et les déchets devraient arriver en 2025.

Nous observons, qu’en plus du laboratoire expérimental, des centres d’archivage et d’une ecothèque (sorte de mémoire de l’état pré-nucléaire) déjà présents, des travaux connexes commencent discrètement à voir le jour : élargissement de routes, mise en réserve de terres par la SAFER, coupes dans les forêts alentours, etc.
En parallèle, tout un programme d’accom-pagnement industriel se déploie dans le sud-Meuse : plate-forme de transport de matières radioactives, plate-formes de stockage pour pièces neuves de centrale, filières scolaires liées au nucléaire.

Les tentatives d’opposition légalistes ont toutes échouées jusqu’alors. La pétition de 42000 signatures locales demandant un référendum, poubelle ! La conclusion du débat public de 2006 qui comporte des réserves sur le stockage profond, balayée ! Les arrêtés municipaux contre l’enfouissement, insignifiants !

Depuis 10 ans, au sein d’un réseau d’associations locales et nationales et en réponse à l’installation du laboratoire de l’ANDRA, une maison a été achetée avec l’aide des antinucléaires allemands, rénovée ensuite grâce aux dons et aux investissements personnels des militant-e-s de passage. Cette maison a vocation à être un lieu d’information indépendante, d’organisation d’alternatives énergétiques, ainsi qu’un espace d’accueil et de vie collective. Cette « maison de la résistance à la poubelle nucléaire » a permis aux individu-e-s et collectifs d’ancrer une lutte locale et de permettre la rencontre de nombreuses personnes en lutte.

Si les composantes historiques à Bure mènent sur le terrain depuis 20 ans un travail de sensibilisation, de réseau et de veille des agissements de l’ANDRA de très près, ce projet d’État avance. Pour aller au-delà des formes associatives d’organisation, il devient de plus en plus nécessaire d’agir concrètement contre CIGEO.
Pourquoi nous nous y opposons
Les déchets sont le problème insoluble de l’industrie nucléaire, on ne sait pas les faire disparaître, et ce pour des millions d’années. Leur gestion est le chaînon manquant du programme nucléaire français.
Que l’on soit pour ou contre le nucléaire, l’élite politique voudrait que chacun-e reconnaisse la nécessité de gérer les déchets. Ce n’est ni plus ni moins qu’une stratégie de dépolitisation de la question, sous prétexte de protéger les générations futures. Mais depuis quand l’industrie nucléaire serait humaniste ? Si l’État et l’industrie nucléaire étaient cohérents, ils arrêteraient d’en produire de manière complètement schizophrène. Ça nous éviterait toujours de vivre avec les risques liés à l’existence des centrales et aux transports de matières radioactives.

Alors on nous dit « les déchets sont là », et oui ils sont là, et ils le seront toujours à 500m sous terre. Enterrer la catastrophe ce n’est pas la supprimer : nous ne sortirons plus du nucléaire. Nous ne voulons ni arbitrer ni « proposer une solution » au problème éternel que représente la gestion des déchets nucléaires, nous ne sommes pas co-gestionnaires, cela reviendrait à produire de l’expertise alternative bénévolement au profit des nucléocrates. Il ne s’agit pas de sensibiliser l’appareil techno-industriel et politique à une meilleure solution pour la gestion des déchets, mais bien d’arrêter la production nucléaire.

La moitié des déchets qu’ils prévoient d’enfouir ne sont pas encore produits… Les stockages actuels sont pleins, et il s’agit maintenant de cacher les déchets gênants et de faire de la place aux futurs déchets de l’industrie nucléaire. De brandir enfin une solution au plus vite afin de légitimer la poursuite du programme « électro-nucléaire ». Autrement dit de perpétuer la catastrophe.

CIGEO répond au même jeu de pouvoir que celui régissant les industries pharmaceutiques, agro-alimentaires…
CIGEO, c’est aussi une opération de marketing vers l’étranger qui vise à donner au complexe nucléaire français l’image d’une maîtrise totale, depuis l’extraction de l’uranium, jusqu’au démantèlement des centrales. Se battre contre CIGEO, c’est combattre la politique énergétique française, qui veut faire de la France l’interrupteur de l’Europe et du Maghreb. Des EPR à l’enfouissement en passant par la THT, CIGEO est l’aboutissement d’une série de nuisances et de l’aménagement du territoire imposés par l’industrie nucléaire. Au-delà de bousiller une région entière, l’enfouissement vise à pérenniser la filière électro-nucléaire, partout, et ainsi assurer de beaux jours à la puissance d’État et au capitalisme. Faire miroiter la croissance avec l’extension du marché européen de l’électricité et des innovations industrielles du tout électrique : des objets connectés aux voitures électriques, aux réseaux intelligents, aux compteurs linky, tout ce beau monde qui nous promet la gestion et l’aménagement de notre cadre de vie.

Les flux de nucléides dégoulineront inélucta-blement hors de Bure.
Voilà pourquoi nous nous opposons à l’enfouissement, à Bure comme ailleurs.
CIGEO nous concerne toutes et tous !

Se rassembler cet été à Bure
Le blocage du Débat Public de 2013 a permis de redonner un sentiment de force collective à la lutte. La mobilisation de nombreuses personnes opposées au projet localement, y compris de nombreuses associations, témoigne de la volonté de ne plus subir l’impuissance et la dépossession de la lutte face aux mensonges, à la corruption et aux consultations bidons.
Nous ne voulons pas juste informer mais inverser la balance : si ce rassemblement contribuera à mettre un éclairage sur la mobilisation à Bure, il sera surtout l’occasion d’actions concrètes.

Nous partageons depuis plusieurs années des expériences collectives et un commun dans nos pratiques : partage de savoir, recherche de notre autonomie, horizontalité des organisations, ouverture d’espaces dans lesquels devient possible l’expérimentation collective, bienveillance des un-e-s vis à vis des autres…
Venir à Bure n’implique pas d’être militant-e écologiste ou antinucléaire, mais signifie qu’on croit en la nécessité de s’organiser au-delà de luttes locales. Nous construirons ensemble un espace pour y vivre 10 jours d’échanges de pratiques, de discussions à propos des luttes d’ici et d’ailleurs et sur nos manières de vivre le collectif, dans un esprit anti-autoritaire, soucieux de parer à toute forme de domination.
On abordera la question des luttes actuelles (Bure, ZAD, NoTav, forêt d’Hambach…) et celle de l’évolution des formes de répression et des mouvement réactionnaires, afin de mieux anticiper la lutte à Bure et d’envisager des possibles communs. Cela sera aussi l’occasion de nous organiser en vue de la COP21, sommet climatique intergouvernemental prévu à Paris en décembre 2015.

Esquissons d’autres imaginaires pour nos vies…

Source : Indymédia Nantes.

avr 012015
 
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Adresse aux zadistes – L’Etat s’appuie toujours quand il peut sur des complices locaux.

Tout d’abord, pour lever toute ambigüité, nous sommes solidaires avec les luttes avec occupation menées contre différents projets industriels et capitalistes qui, plus qu’aménager le territoire, contribuent à aménager nos vies. Nous sommes non seulement solidaires, mais nous y contribuons activement même si nous ne nous définissons pas comme zadistes. Toutefois, nous ne nous retrouvons pas toujours avec ce qui y est porté. C’est assez logique, étant donné la diversité des gens qui luttent. Nous passerons aujourd’hui sur la question de la composition et de la manière de composer, sur laquelle nous reviendrons peut-être plus tard. Nous avons décidé de rédiger cette première adresse dont le but n’est pas de donner des leçons que nous serions bien peu légitimes à tenir, mais de partager nos remarques, nos doutes et nos inquiétudes.

Ces derniers temps, la rage nous a évidemment saisis quand nous avons eu connaissance que des « pro-barrages » à Sivens, ou des « pro-Center parcs » à Roybon, se sont organisés contre les « zadistes » : barrer les routes pour empêcher l’arrivée de nouvelles personnes en lutte et réduire l’approvisionnement logistique, dégrader les véhicules des zadistes ou les cabanes des campements, menaces, insultes, agressions etc. Solidaires des gens sur place, les réactions et les discours de certains et certaines zadistes nous ont parfois laissés perplexes. A Sivens, certains et certaines s’indignaient que les flics ne s’interposent pas et ne protègent pas au moins les véhicules amis et les personnes. A Roybon, certains et certaines s’indignaient du fait que les gendarmes ne prennent pas le temps d’enquêter sur le site suite à un jet de molotov, alors que c’est le fait même qu’on les laisse pénétrer sur le site qui ne devrait pas être une évidence. Là-bas aussi, on soupçonnait en s’indignant que les flics aient laissé faire sans s’interposer… L’Etat se retrouve tout d’un coup relégitimé, appelé à s’interposer en casques bleus entre pro et anti et à arbitrer le conflit, à travers ses flics, ceux-là mêmes qui ont déjà frappé et n’attendent qu’un ordre pour raser les ZAD, ceux-là mêmes qui ont assassiné Rémi Fraisse il y a quelques mois. C’est une erreur de croire qu’il y a la FNSEA ou les petits patrons de Roybon d’un côté, et l’Etat, avec ses élus, ses services et ses flics de l’autre ; Vinci et Pierre et Vacances d’un côté, et l’Etat de l’autre. Il y a juste une unité d’intérêts convergents. Par ailleurs, les communautés rurales impactées par les projets ne sont pas des entités homogènes. Paraîtrait même qu’il y a des enjeux de classes, des hiérarchies, des emprises morales, matérielles, idéologiques, religieuses… Etat et capital trouvent des complices par intérêt ou adhésion idéologique. Il ne faut donc pas s’attendre à ne voir que des gens en uniformes nous faire face.

Etat et Capital avancent ensemble. Ces projets ne peuvent voir le jour qu’avec la complicité de l’Etat, mais au-delà avec son appui administratif, politique, financier et à travers des infrastructures qu’il est seul habilité à autoriser. Et au besoin, avec ses flics. Au Chefresne, qu’une ligne THT devait traverser, les flics ont délogé un propriétaire de son champ pour permettre à l’industriel RTE de continuer ses ravages, alors même que l’industriel en question n’en avait pas l’autorisation de la Justice, qui elle-même fermera évidemment les yeux… « Police nationale, milice du capital », « Justice, complice ». En l’occurrence, certains slogans tapent juste, mais à force de les répéter par réflexe, on ne prend plus acte de ce qu’ils signifient réellement.

Il est curieux qu’alors que tout devrait amener à prendre acte et assumer une lutte contre l’Etat et le Capital, l’Etat redevienne tout d’un coup une sorte d’entité neutre. Prendre acte, ça veut dire aussi essayer de s’organiser au mieux pour défendre la zone et les activités de lutte par nous-mêmes. Evidemment, la situation sur le terrain est compliquée, et l’autodéfense, c’est poser quelque chose d’ambitieux. Mais avons-nous véritablement d’autres choix ? Nous imaginons qu’il peut exister chez certains et certaines des stratégies médiatiques – « regardez comme les pros et l’Etat sont méchants, et nous gentils » – qui visent à légitimer la lutte, mais là encore c’est oublier le rôle des médias dans ces histoires, leur complicité avec les donneurs d’ordre, leur soumission idéologique et matérielle à l’ère du temps. Il nous semble plus pertinent de proposer des analyses et de riposter à partir d’une position claire d’opposition à l’Etat, plutôt que de lui redonner quelques couleurs, en passant en plus par une communication dont la critique serait tout aussi essentielle à faire, y compris au sein d’une presse « alternative » qui, plus elle se développe, moins sa dimension subversive nous paraît incarnée. Redonner vie ainsi à l’Etat, c’est succomber à l’idéal abstrait du citoyen, celui qu’on administre. Le citoyennisme radical, stade suprême de l’aliénation ?

Mais ce n’est pas seulement qu’Etat et Capital marchent ensemble. L’Etat s’est toujours employé à trouver des relais, des notables locaux, des franges réactionnaires, allant jusqu’à les laisser s’organiser en milices. Créer une situation pourrie est tout bénef pour lui. Laisser d’autres que lui faire le sale boulot aussi. Il favorise un climat de tension peu propice au développement du mouvement, maintient la pression et la peur sur les gens qui luttent, sème le doute chez certains et certaines quant à la légitimité de ces luttes. Ajoutons que les premiers à subir les pressions, que ce soient des flics ou de leurs substituts citoyens, ce sont les gens qui luttent et habitaient déjà là avant le début du conflit. Ce n’est pas une raison pour s’interdire de porter certaines positions ou de mener certaines actions, d’aseptiser ses activités de lutte, mais s’organiser ensemble c’est d’abord prendre conscience des réalités différentes de chacun et chacune, et essayer de dégager du commun sans taire les divergences.

L’Etat et les industriels s’appuient quand ils peuvent sur des populations locales. C’était déjà le cas lors de l’implantation de la centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche, de 1975 à 1977. Plusieurs sites en Basse-Normandie étaient alors en ballotage pour accueillir les bienfaits de l’atome. C’est finalement Flamanville qui a été choisi, moins pour des raisons techniques, que du fait de mobilisations immédiates d’oppositions sur les autres sites (dans le Calvados, des engins de chantiers avaient immédiatement cramé) et surtout du soutien d’une partie de la population locale. En effet, certains notables étaient acquis au nucléaire, depuis l’implantation de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de la Hague à quelques dizaines de kilomètres. Même des curetons relayaient la bonne parole atomique. Mais surtout, à Flamanville, il y avait une population ouvrière qui avait perdu son boulot. Une mine de fer avait fermé ses portes quelques années auparavant. Evidemment, l’implantation d’une centrale a été vue d’un bon œil par une partie d’entre eux. La falaise dans laquelle ils plongeaient pour débusquer le fer allait laisser place à un chantier titanesque, puis à une centrale qu’il faudrait bien entretenir. Chantage à l’emploi. De fait, les opposants et opposantes, qui déjà menaient une occupation du site, ne se sont pas heurtés qu’à l’Etat et EDF, mais aussi à des citoyens locaux remontés et prêts à en découdre. Quoiqu’il en soit, les industriels et l’Etat choisissent les sites en fonction des mobilisations qu’ils rencontrent et des relais possibles au sein des populations locales.

Le site de Notre-Dame-des-Landes fait peut-être exception, du fait de sa longue histoire d’oppositions. Dans ce coin, il y a eu de nombreuses luttes dans le passé, des liaisons entre paysans et ouvriers de 68 aux luttes antinucléaires contre les centrales du Carnet et du Pellerin. C’est aussi pour cela que ça s’est « enkysté », comme dirait Valls. Mais ce n’est pas reproductible à l’identique partout, sans prendre acte des situations locales. Cela veut peut-être dire que ces luttes sont plus difficiles à faire vivre et surtout à étendre qu’on ne le croit. Mais qu’importe. Déjà à Chooz au début des années 1980, sidérurgistes et antinucléaires avaient compris qu’une hypothétique victoire (quelle victoire ?) n’était pas forcément le seul but d’une lutte. Leur mot d’ordre était « ça coûtera cher de nous foutre en l’air ». C’est aussi cette lucidité qui a parcouru la reprise de la lutte anti-THT dans la Manche, après le camp de Valognes de 2011. En l’occurrence, il semble bien que des documents internes des industriels concernés confirment un certain effet des sabotages et des diverses activités de lutte. Que cela se généralise, et les effets se feront d’autant plus sentir.

 

Caen. Mars 2015.

Laura Blanchard et Emilie Sievert.

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mar 192015
 
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A l’heure où le zadisme, sorte d’idéologie citoyenniste radical, se développe, d’autres se font porte-parole des mouvements et s’empressent de se faire conseiller du prince pour tempérer les ardeurs conflictuels et se présenter comme des gens responsables… C’est en effet devant une commission du Conseil national de la transition énergétique et sous la direction de Ségolène Royal, ministre de l’environnement, que quelques personnes autoproclamées représentantes des mouvements ont fait part de leur appétit participatif. On y reproduit les mêmes finalités pacificatrices et le même langage technocratique. Rien n’y manque, et c’est le citoyen qui est appelé à se transformer en expert, à établir de la « prospective territoriale » et à trouver des solutions alternatives plus crédibles. Et gratuitement en plus. On demande à chacun et chacune de participer à sa propre domination, plutôt que de se révolter. On met de l’huile dans les rouages de la domination, en gardant sa bonne conscience, puisqu’on dit ne pas vraiment y croire. L’Etat et les industriels se frottent les mains, trop contents de trouver des idiots pour leur trouver des bons tuyaux et leur redonner un peu de légitimité…

Les porte-paroles autoproclamés sont notamment :

Françoise Verchère, conseillère générale Loire-Atlantique, co-présidente du Cédpa (Collectif d’élus doutant de la pertinence du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, brrrr, attention vous risquez de montrer que vous êtes presque sur une voie où possiblement vous allez vous énerver mais pas trop quand même…) et ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure (c’est elle qui se présente comme ça, pensant sans doute que le préciser lui donne un peu plus de poids que les gens ordinaires, reproduisant ainsi le même mépris de classes de ceux et celles auxquels elle s’adresse – oui, parce qu’elle ne lutte pas contre eux, elle s’adresse à eux…),

Daniel Ibanez, économiste spécialisé en redressement et liquidation judiciaire, dirigeant d’un cabinet conseil, auteur de « Trafics en tout genre » au sujet de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, et intronisé « lanceur d’alerte » (on se doutait qu’il ne lançait pas de projectiles…),

Jean-Pierre Chauffier, passé par ATTAC, tantôt délégué d’un comité de solidarité avec la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, tantôt défenseur de la ligne POLLT en lieu et place de la LGV Limoges-Poitiers (quelqu’un qui a compris qu’il fallait proposer des plans alternatifs donc…), et interviewé professionnel (en mal apparemment de notoriété…),

Corinne François, porte-parole de Bure stop 55, membre du Conseil d’administration du Comité Local d’Information et de Suivi de Bure (et donc déjà experte en dialogue avec les industriels et l’Etat).

http://www.politis.fr/La-plate-forme-des-mouvements,30424.html

http://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2015/03/plateforme-finale-16-03.pdf

mar 182015
 
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Communiqué officiel. C’est avec la plus grande déception que nous avons appris le non décès de Martin Bouygues. Le 28 février, l’AFP annonçait pourtant son décès, mais il faut décidément se méfier de la presse, surtout quand elle annonce de bonnes nouvelles. En fait, le milliardaire était en thalasso en Bretagne, et se porte bien… Dommage !

Il pourra donc continuer son œuvre d’abrutissement des cerveaux avec TF1, de construction de prisons et de centrales nucléaires, à développer nos cancers avec ses gadgets téléphoniques et électroniques, à aménager le monde à sa convenance et pour ses intérêts.

Nous ne retirons toutefois pas les quelques godets trinqués à l’occasion, ne désespérant pas recommencer bientôt. Nous nous associons bien sûr à la peine de tous ses salariés, mus un moment par l’espoir légitime qu’une telle nouvelle annonçait. Courage ! Il est plus près de la fin que du début !

Quelques braises de révolte qui couvent sous la cendre.

 

PS : un petit article sur les conditions de travail chez Bouygues TP : http://sous-la-cendre.info/3123/nucleaire-proces-en-correctionnel-contre-bouygues-tp-pour-travail-dissimule-sur-le-chantier-epr

mar 152015
 
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Ci joint le communiqué du mars 2015. Dommage au delà de la solidarité légitime que le communiqué ne soit pas à la hauteur.

Un des contributeurs de Sous la cendre.

– Communiqué du mercredi 11 mars 2015 –

Suite aux exactions commises par des agriculteurs lors de l’opération « manche de pioche » de la semaine dernière, sur la ZAD du Testet , à l’appel de la FNSEA Tarn-et-Garonne ; la FDSEA du Calvados (14) s’est faite visiter ce jour. Du courrier s’est envolé dans un nuage (mal-) odorant, pour être ensuite envoyé à ses destinataires, accompagné du tract ci-joint, largement inspiré des indigné-es de Nîmes.

Contre le barrage et son monde, en soutien aux zadistes du Testet !

ZAD partout !

Des bouilles normandes.

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Nous tenons à réagir face aux événements violents ayant eu lieu dans le Tarn, contre les opposant-es au barrage de Sivens. Nous dénonçons le « deux poids, deux mesures » et la passivité des forces de répression face aux menaces de mort et actes violents commis par des membres de la FNSEA du Tarn et des JA. Nous demandons que la réalité des faits soit rétablie : s’il y a eu des actes assimilables à du terrorisme et des violences injustifiables, elles ne sont en aucun cas le fait des zadistes du Testet, qui, dans des conditions objectivement difficiles et sous une pression morale et physique constante, tant de la part des forces de l’ordre que de véritables milices organisées, sont resté-es, malgré tout, lucides et résolument pacifiques. Il faut ici saluer leur courage. Nous constatons que les violences réelles et concrètes ont été clairement commises sur des personnes et sur leurs biens avec la participation et le soutien actif des membres locaux de la FNSEA dans une intention délibérée d’intimidation et de tension, un mépris total affiché à l’encontre des militant-es écologistes et plus généralement de toutes personnes réclamant un débat contradictoire. Nous constatons que cette stratégie injustifiable vise précisément à détourner l’attention de l’opinion publique des conditions dans lesquelles ont été prises les décisions de réaliser ce barrage, de son coût financier et environnemental, du très faible nombre des bénéficiaires réels. Elle vise aussi à cacher les responsabilités de la gendarmerie, des élus locaux et du gouvernement dans la mort de Rémi Fraisse et dans les nombreux cas de blessures subies par les opposant-es au barrage. Nous rappelons aux « agriculteurs » qu’il est vain de continuer à nier devant l’opinion les ravages d’une agriculture industrielle qui nuit autant à l’être humain qu’à la nature. Au titre de consommateur-trice-s, de contribuables ou tout simplement d’habitant-es de la Planète, nous sommes nombreux et nombreuses à ne plus vouloir en supporter les coûts et les conséquences. Malgré une propagande incessante, de mieux en mieux informée, une part grandissante de la population refuse désormais d’être quotidiennement empoisonnée. Démocratiquement cela ne peut que conduire à des changements profonds auxquels le « monde agricole » devra bien se plier. Mais le « monde agricole » tolère t-il encore le débat démocratique ? Est-il engagé pour le bien commun ou n’est-il que l’instrument clientéliste d’intérêts privés et particuliers, au service des lobbies et des multinationales ? Nous demandons donc ici à la FDSEA 14 de condamner clairement et fermement des méthodes inacceptables, au sein de sa fédération.

Des zadistes Caennais-es.

Source : Indymédia Nantes.

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Action de solidarité avec la lutte au Testet, perturbation de l’assemblée générale des J.A.

 

Mardi 10 mars, nous sommes une trentaine a avoir fait le déplacement à l’assemblée générale annuelle des Jeunes Agriculteurs (J.A : sections jeunes de la FNSEA) qui se tenait à Sautron ce soir-là. A notre arrivée vers 19 heures, des banderoles ont été levées sur les porte drapeaux du fronton de la salle où devait avoir lieu l’AG tandis que des tracts (dont celui ci-dessous) étaient distribués aux automobilistes/piétons/cyclistes qui passaient à proximité du rassemblement. Des membres des J.A présents n’ont pas tardé à remarquer notre présence et plusieurs dialogues simultanés se sont engagés. Il leur a été demandé de prendre position sur les récentes actions des sections tarnaises de leur organisation (séquestration des zadistes au Testet, rôle de milice protégée par l’état, incendie de cabanes…). Il nous a été répondu que la FNSEA n’a fait qu’appeler à un « retour à l’ordre public » et toute sortes de dénégations face à nos accusations.

Après un certain temps, les échanges du début, assez paisibles, se sont stoppés. Les gendarmes sont arrivés et une (suberbe) batucada improvisée avec poubelles, casseroles et sifflets s’est mise en marche. Un des adhérents des JA, arrivant pour l’assemblée, n’a vraisemblablement pas apprécié l’accueil, bruyant il est vrai. Il n’’a pas hésité à l’exprimer en poussant violemment une des personnes qui lui tendait un tract. Alors que l’assemblée débutait à l’intérieur de la salle nous nous sommes fait plus bruyant. Une camarade a tenté de laisser une porte de la salle ouverte afin de mieux faire profiter l’assemblée des rythmes endiablés de la batuc’. Un adhérent des J.A lui a donné un coup de porte en ouvrant celle-ci violemment. Elle a eu le front légérement ouvert et un gros hématome. Nous sentions que l’atmosphère se tendait et les menaces de représailles physiques de la part des J.A ont fusé. Ils ont manqué par plusieurs fois d’en venir aux coups, retenus par notre caméra qui filmait et la présence des gendarmes. Quand l’effectif de gendarmes s’est fait plus important et ces derniers moins timides nous nous sommes décidés à repartir (avant le buffet malheureusement). Même si nous ne sommes pas resté-e-s toute la soirée nous espérons leur avoir fait passer une mauvaise soirée et rappeler à leur souvenir l’existence de personnes qui n’apprécient ni les actions de leurs organisations syndicales ni leurs conséquences qu’elles soient sociales ou environnementales.

Représailles : Dans la nuit, vers 4heures du matin, une personne de la zad s’est faite reveillée par 3 personnes visiblement emêchées, venue en voiture. Ces dernières ont tenté de briser la vitre de son camion en le traitant de parasite. Le copain s’est interposé et s’est pris un coup de poing au visage qui lui a ouvert le front. Nous n’avons pas trop de doute en ce qui concerne la sensibilité syndicale de ces 3 courageux.

ci-dessous, les banderoles et un des (3 différents !) tracts distribués

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La FNSEA et les JA assiègent la ZAD de Sievens, assiégeons les JA

A Sievens, la CDAG veut construire un barrage sur une zone humide pour irriguer l’agriculture industrielle. Contre ce projet, des opposantes ont créé la ZAD du Testet. C’est là que la police a tué Rémi Fraisse qui participait à une manifestation contre les travaux de déforestation de la zone. Depuis ce moment là, l’État mime la trêve, propose des alternatives qui ne contentent personne, et laisse la voie libre aux pro-barrages. Cette dernière semaine, la FNSEA et les JA se sont relayés pour assiéger les occupant-e-s, avant de passer le flambeau aux flics qui les ont expulsé vendredi 6 mars, jour où les autorités ont décidé de poursuivre la construction du barrage dans une version légèrement réduite.

Nous nous opposons au projet de barrage de Sievens car c’est un énième projet d’aménagement qui ne profite qu’à une minorité, déjà favorisée : directement, il s’agit de quelques grosses exploitations qui profitent des primes au maïs irrigué ; indirectement, c’est l’agriculture industrielle et derrière elle l’industrie agroalimentaire. Comme à Notre-Dame, il s’agit de détruire une zone humide pour construire un projet bidon.

Nous défendons une agriculture paysanne, vivrière et diversifiée. Au contraire, la FNSEA et les JA défendent un modèle agricole productiviste intenable : une malbouffe produite au détriment de l’environnement, l’agrandissement des exploitations au détriment des plus petites, la liste est longue…

Le semaine dernière, les JA du Midi préparaient le travail des flics en assiégeant la ZAD du Testet. Aujourd’hui, nous assiégeons l’assemblée générale des JA de Loire-Atlantique.

Source : Indymédia Nantes.

mar 132015
 
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En ce 11 mars 2015, quatre ans après l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima, on peut, bien entendu, établir un bilan officiel : 87 enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, 23 autres suspectés de l’être, 120.000 « réfugiés », 50.000 liquidateurs mobilisés au seuil sacrificiel dûment relevé, des piscines remplies de combustibles prêtes à nous exploser au nez, des rejets massifs et réguliers d’eau contaminée dans l’océan, pas moins de 30 millions de m3 de déchets radioactifs à stocker pour l’éternité.

Ce bilan existe. Nous vous y renvoyons.

L’État fait des habitants de Fukushima des cogestionnaires du désastre

Une fois ce « bilan » dressé, une fois les victimes et les inquiétudes considérées avec respect, il s’agit de tirer les conclusions qui s’imposent. L’une d’entre elles est la suivante : au fur et à mesure que se mettait en place l’aide fournie par des groupes citoyens, des ONG, des structures plus ou moins indépendantes, l’État faisait des habitants de Fukushima, indéniablement et sous couvert de « participation citoyenne », des cogestionnaires du désastre. On pourra nous opposer que cet élan civique a relevé de la spontanéité, voire de l’amour du prochain, que l’État n’a donné aucun ordre allant dans ce sens, que chacun était, et reste, libre de « s’engager » dans de tels mouvements, certes ! Cependant, beaucoup des hommes et des femmes qui l’ont fait, même si c’est inconsciemment, ont fait le jeu de l’État.

Voilà ce que nous avons constaté.

La plupart de ses groupes citoyens, ces ONG, ces structures plus ou moins indépendantes ont appelé les habitants à s’équiper de dosimètres, les ont aidé à s’en procurer ou à s’en fabriquer sur le mode do-it-yourself, les ont assistés dans la tâche pharaonique d’une impossible décontamination, ont réuni des fonds aux sommes parfois colossales pour acheter des équipements permettant d’effectuer des anthropogammamétries, y ont fait asseoir leurs congénères pour leur asséner des chiffres dont ils ne savaient que faire, ont élaboré des cartes des retombées radioactives au mètre près, ont ouvert des dispensaires dédiés à l’évaluation des doses reçues et au suivi sanitaire des populations. Ces « initiatives citoyennes » ont visé à rendre compte d’une réalité dont les protagonistes estimaient qu’elle était niée par les autorités. Ce faisant, plutôt que de les mener à « sauver leur vie », autrement dit prendre leurs jambes à leur cou (comme l’ont fait certaines structures, dans le Yamanashi par exemple, aidant les gens à refaire leur vie ailleurs), la plupart d’entre elles ont aidé les gens à rester sur place, ce qui a fait le jeu d’un État qui n’avait d’autre objectif, dès le début des évènements, que de maintenir les populations en place. Ce faisant, plutôt que de remettre en question la thanato-politique de folles sociétés humaines bâties sur le danger et le gouvernement par la mort, ces structures ont appris aux gens à vivre avec, attendu que les dosimètres créeraient le miracle.

De Tchernobyl à Fukushima, la cogestion a fait faire un bond qualitatif à l’administration du désastre : travaillant à la grande inversion du désastre en remède, elle a porté à un degré de perfection jamais atteint jusqu’à présent la responsabilisation de chacun dans sa propre destruction et la nationalisation du peuple qui la fonde.

Groupes indépendants… intégrés

Prenons deux exemples qui montrent comment, un jour ou l’autre, ces structures plus ou moins indépendantes l’ont été de moins en moins et se sont, avec plus ou moins d’état d’âme, ralliées aux structures étatiques.

Premier exemple : Ethos, programme développé en Biélorussie dans les années 1990 pour « améliorer les conditions de vie dans les zones contaminées », soutenu par la commission européenne, dont le leader était notamment directeur du CEPN, Centre d’études sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire, association financée par EDF, le CEA, la Cogema et l’IRSN. Un clone de ce programme, Ethos in Fukushima, est né au Japon six mois après le 11 mars 2011, à l’initiative d’une ONG locale visant à soutenir le moral des troupes contaminées à travers des réunions d’information où sont prônées l’entraide entre les habitants et des mesures illusoires de protection contre la radioactivité. Le mot d’ordre de l’ONG, dont la foi, logiquement, renverse les montagnes, est : « Malgré tout, vivre ici, c’est merveilleux, et nous pouvons transmettre un avenir meilleur ». L’élève ayant rapidement dépassé le maître, cette initiative a fait l’objet d’une prise en main de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR), qui a mené à la mise en place de « Dialogues ». Ces séminaires participatifs ont alors rassemblé des élus, des experts scientifiques et des groupes de citoyens soucieux de « revitaliser » les zones contaminées qui en avaient bien besoin, afin d’inculquer une « culture pratique radiologique » et d’aider chacun à « optimiser les doses ».

Deuxième exemple : Safecast, « réseau global de capteurs qui recueille et partage des mesures de radiation afin d’habiliter les gens à gérer la situation grâce à des données relatives à leur environnement. » Suite à leur participation à une conférence de l’AIEA en février 2014 à Vienne, le leader de Safecast définit ses membres comme « des hackers, mais pas de ceux qui dévalisent les banques (sic), de ceux qui sont les moteurs de l’innovation », et montre clairement le cap, considérant « avoir modifié avec succès les présupposés qu’avait l’AIEA par rapport à ce que les groupes indépendants sont capables de faire (…) afin de fournir des sources alternatives d’information », se déclarant avec une fierté affligeante « certain que cela fera son chemin dans la prochaine révision des directives de réponse au désastre que prépare l’AIEA.» La déléguée norvégienne à l’AIEA, qui a saisi tout l’intérêt des « capteurs citoyens », a immédiatement vu en Safecast « des gens créatifs et innovants qui développent des solutions efficaces par eux-mêmes, et en cas d’accident dans votre propre pays, vous serez bien contents d’avoir des gens comme eux. En fait, vous devriez même, dès maintenant, chercher des gens comme eux »[1].

Se félicitant de ce que cette déclaration ait été suivie d’applaudissements, les responsables faussement naïfs de Safecast précisent : « Le consensus dans la salle a tourné (…), la CIPR nous a proposé de trouver des financements, le ministère de l’énergie américain veut intégrer nos inputs dans leur nouveau système d’information d’urgence, l’IRSN veut que nous les aidions dans un de leurs projets, la Commission de régulation nucléaire discute avec nous pour voir comment faire au mieux pour intégrer la mesure citoyenne dans leurs plans de catastrophe ».

Les « capteurs-citoyens » de Fukushima : des citoyens captifs

La cogestion des dégâts fonde le consensus : saluée par tous au nom de la nécessité à dépasser la situation, elle est irréversiblement souhaitée et s’inscrit dans une stratégie fondée sur cet art d’accommoder les restes qu’est la résilience. Approche prisée des pronucléaires, elle s’intègre également, pour nombre d’antinucléaires, à une mise en œuvre de la participation citoyenne qu’ils appellent – ne reculant devant aucun paradoxe – de tous leurs vœux, achoppant alors de manière redoutable devant la remise en cause du recours à l’énergie nucléaire censée fonder leur lutte, et de la société industrielle qui rend ce recours indispensable. Au final, l’objet de la cogestion, au nom de la démocratie, est l’État lui-même. En faisant de chacun un contre-expert qu’il faut éduquer, informer, équiper, pour faire de lui un mesureur performant, pour qu’il se soumette par avance à l’autorité scientifique qui édictera les nouvelles normes nécessaires au bon fonctionnement de la machine sociale, la cogestion s’affiche pour ce qu’elle est : l’art de répandre des métastases étatiques, pour reprendre la limpide formule de Jaime Semprun et de René Riesel.

Certains sociologues du gyrophare, qui ne manquent jamais une occasion de louer les « lanceurs d’alerte », ont persisté à vanter les mérites des « réseaux de capteurs-citoyens qui participent à la construction d’une intelligence collective instrumentée et confèrent une capacité active aux citoyens pour interpréter leur environnement, le capter et le mesurer et in fine agir sur lui »[2]. De la sorte, les alertologues se sont refusés à voir la réalité de ce devant quoi ils s’ébahissaient : bien des « capteurs-citoyens » de Fukushima étaient bel et bien devenus des citoyens captifs.

Cogérer, consentir, obéir

Cogérer les dégâts du désastre nucléaire aide à franchir la distance qui séparait le terrible de l’acquiescement au terrible. Cogérer les dégâts du désastre nucléaire amène à prendre part au dispositif permettant de consentir à la contamination, à apprendre aux hommes à vivre dans de mauvaises conditions d’existence et à faire pénétrer celle-ci dans la culture de masse. Cogérer les dégâts du désastre nucléaire, c’est s’inscrire dans le paradigme de l’ordre, non dans celui de la transformation. C’est accompagner l’agonie au quotidien des corps et celle, aussi grave, des esprits et de leur éventuelle pensée contraire. Passé maître dans l’art de mépriser ses adversaires que sont les individus conscients d’eux-mêmes, l’État cogéré, désiré par tous, n’a plus que de faux ennemis dans la main desquels il a su glisser la sienne. L’identification à celui que l’on craint joue ici d’autant plus fortement que la cogestion tend vers l’autogestion, qui est au désastre nucléaire ce que l’autocritique fût au stalinisme : une technique d’intériorisation de la culpabilité et, ce faisant, de la domination, car la cogestion est une congestion de la liberté et du refus d’en être privé. Il s’agit alors de se trouver une cause commune pour éviter de s’affronter à son propre sauvetage par le refus. Or les causes communes abondent à Fukushima : tirer partie d’une expérience unique, apprendre à faire face au prochain désastre, restaurer la communauté, redynamiser les forces économiques, faire renaître l’emploi des jeunes, inciter les populations à un « retour au pays natal »… Des menaces de non remboursement des frais de santé aux coupons de réduction pour les touristes, du redéveloppement de l’industrie des loisirs (stades de baseball, musées) à la construction de supérettes avec terrasses « plus conviviales »… à Fukushima, nul doute : l’inventivité morbide fait fureur.

Assurément, en prétendant sauver d’un côté ce que l’on détruit de l’autre, on ne fait que répéter l’obéissance au pouvoir.

Nadine et Thierry Ribault, Auteurs de Les sanctuaires de l’abîme – Chronique du désastre de Fukushima,

Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, Paris, 2012.

[1] http://blog.safecast.org/2014/02/safecasting-the-iaea/

[2] http://socioargu.hypotheses.org/4505

mar 122015
 
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Malgré l’hostilité de l’opinion japonaise, la relance du nucléaire est acquise

Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

La relance des réacteurs nucléaires japonais semble acquise. Mais son calendrier reste flou Malgré le soutien du gouvernement du premier ministre Shinzo Abe et des milieux d’affaires, elle reste suspendue à différents facteurs, politiques et juridiques notamment. Ce qui n’empêche pas certains d’évoquer une relance en mai.

Le redémarrage peut concerner quatre des quarante-huit réacteurs nippons progressivement arrêtés après la catastrophe de Fukushima de mars 2011. Ils ont obtenu le feu vert de l’Autorité de régulation du nucléaire (ARN) pour repartir.

Deux d’entre eux, de la centrale de Sendai (département de Kagoshima, sud-ouest), ont reçu l’aval obligatoire des autorités locales et attendent le signal gouvernemental. Les deux autres, de la centrale de Takahama (département de Fukui, centre), attendent l’accord des autorités locales et du gouvernement.

La lenteur des décisions est notamment liée aux élections locales du mois d’avril. « Personne ne veut que la question occupe le cœur de la campagne », estime un observateur. C’est particulièrement le cas dans les régions à forte implantation nucléaire. Dans le département de Fukui – baptisé le « Ginza du nucléaire », en référence au quartier du luxe de Tokyo, car il abrite treize réacteurs et le surgénérateur de Monju –, le gouverneur Issei Nishikawa fait tout pour que la question ne s’immisce pas dans les débats.

Dissimulations d’informations

De fait, l’opposition à la relance des réacteurs reste réelle et profonde. Le 8 mars, 23 000 personnes ont défilé à Tokyo contre le nucléaire. Un sondage réalisé fin janvier par le quotidien Nihon Keizai révélait que seuls 36 % des Japonais approuvaient la relance. Le gouverneur du département de Niigata (nord), Hirohiko Izumida, reste opposé à la relance de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa.

L’hostilité à l’atome est renforcée par le comportement du « village nucléaire » nippon, qui réunit industriels, compagnies d’électricité, hauts fonctionnaires et universitaires. Fin février, la compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) a admis que de l’eau hautement contaminée de la centrale endommagée de Fukushima s’écoulait dans l’océan. Elle le savait depuis mai dernier.

Cette attitude a ravivé le souvenir des dissimulations d’informations dénoncées dès le début de la catastrophe de Fukushima. Elle contredit les engagements du secteur en faveur de la sûreté et de la transparence.

En plus, la justice japonaise a décidé le 22 janvier de ne pas poursuivre les dirigeants de Tepco pour leur responsabilité dans la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. « Nous avons estimé que les preuves n’étaient pas suffisantes pour conclure qu’ils auraient pu prévoir ou éviter » l’accident, avait alors déclaré Ryoichi Nakahara, du parquet de Tokyo. Une justification qui a donné le sentiment d’une certaine impunité pour ces responsables.

Risque sismique

Le redémarrage se heurte également à des obstacles juridiques. Des plaintes ont été déposées contre celui des réacteurs de Sendai et de Takahama. Elles portent sur la sous-estimation du risque sismique et sur l’incapacité du gouvernement à établir des plans d’évacuation crédibles en cas de catastrophe.

Plusieurs scientifiques expriment aussi leurs inquiétudes. En matière volcanique, « les risques sont sous-estimés », estime le vulcanologue Masato Koyama, de l’université de Shizuoka. « Dans un rayon de 160 km autour de la centrale de Sendai, il y a cinq caldeiras. » Or la Compagnie d’électricité du Kyushu, qui gère la centrale, négligerait ce risque.

Le nucléaire générait 28 % de l’électricité de l’archipel avant Fukushima. L’arrêt des réacteurs a eu un impact économique fort. Les compagnies d’électricité ont dû augmenter les importations de gaz, notamment pour faire tourner leurs centrales thermiques, contribuant au creusement du déficit commercial nippon. Les coûts additionnels ont été répercutés sur la facture des consommateurs – particuliers et entreprises –, qui a augmenté entre 20 à 30 %.

Source : Le Monde

mar 122015
 
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Ce mercredi s’ouvrait au tribunal correctionnel de Cherbourg le procès de Bouygues TP pour travail dissimulé sur le chantier du « fleuron » de l’industrie nucléaire française, l’EPR.  Sur ce chantier, les cadences imposées aux sous-traitants et aux employés low cost pour rattraper les retards pris par le chantier n’ont sans doute pas été étrangères aux décès de deux salariés en 2011. En 2010, l’Autorité de sûreté nucléaire pourtant fervente promotrice de l’atome avait dénombré 112 accidents dont 38 n’avaient pas fait l’objet de déclarations. elle avait soupçonné Bouygues d’avoir intentionnellement dissimulé ces accidents.

Aujourd’hui les travailleurs low-cost venus de Pologne et de Roumanie,  ont disparus. Il n’en reste aucune trace, aucun suivi. Des articles de presse reviennent sur ce procès.

Réacteur EPR/travail au noir : Bouygues TP reconnaît des dysfonctionnements

 

Source : Romandie News

http://www.romandie.com/news/Reacteur-EPRtravail-au-noir-Bouygues-TP-reconnait-des-dysfonctionnements/574050.rom

Réacteur EPR/travail au noir : Bouygues TP reconnaît des dysfonctionnements

Cherbourg – Bouygues TP a reconnu mercredi des dysfonctionnements dans des contrats avec Atlanco, agence d’intérim international, un peu fantôme selon le tribunal de Cherbourg qui examine l’emploi irrégulier d’au moins 460 travailleurs étrangers sur le chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche).

Il y a eu des dysfonctionnements dans le contrat passé entre Bouygues TP et Atlanco, a reconnu à la barre du tribunal correctionnel Philippe Amequin, le directeur général délégué du géant du BTP, au 2e jour d’un procès qui doit durer jusqu’à vendredi. Mais ce contrat ne concerne aucun salariés visés par les poursuites, a-t-il dit.

Le parquet ne partage pas ce point de vue et estime, lui, que ce contrat est bien visé par la procédure.

Les poursuites concernent au moins 460 salariés, dont 163 Polonais employés par Atlanco et 297 Roumains salariés de l’entreprise Elco, entre 2007 et 2012, selon le parquet.

Selon Flavien Jorquera, avocat de la CGT, partie civile, plus de 70 Polonais travaillaient pour Bouygues via Atlanco en plus de ces 163 qui travaillaient, selon Bouygues TP, pour une autre société, Welbond Armatures.

Le nombre global de salariés concernés dans cette affaire reste donc incertain et le tribunal devra dire si ces quelque 70 s’ajoutent aux 163 ou y sont inclus, et s’ils sont hors procédure ou pas.

Bouygues TP et Quille, toutes deux filiales de Bouygues construction, et la société française Welbond Armatures sont poursuivies notamment pour recours aux services d’une personne exerçant un travail dissimulé. Elles travaillaient sur le chantier au sein d’un même groupement d’entreprises. Elco et Atlanco comparaissent pour travail dissimulé.

Les personnels Bouygues TP, chargés de contrôler qu’Atlanco fournissait bien à Bouygues TP les papiers prouvant la régularité de ses embauches, se sont laissés endormir par leurs interlocuteurs qui promettaient d’envoyer les pièces manquantes, a expliqué M. Amequin.

A l’époque des faits, le chantier employait environ 3.000 personnes, dont environ un tiers d’étrangers, a expliqué à la barre Jean Fresneda, inspecteur du travail de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Absence de protection sociale, non respect du smic, des congés payés, de la durée légale du temps de travail, l’inspecteur de l’office de lutte contre le travail illégal, Sylvain Yaghlekdjian, a égréné les infractions relevées.

Quand un salarié (d’Atlanco) sur le chantier était hospitalisé, c’est son employeur qui payait la facture sans passer par la Sécurité sociale, ce qui n’est pas conforme, a précisé son collègue de l’ASN.

Et lorsque ce dernier vient verbaliser Atlanco le 23 juin 2011, les Polonais de l’EPR sont quelques jours plus tard ramenés manu militari dans leur pays, selon M. Fresneda.

Au delà des irrégularités, sur Elco, ce qui m’a interpellé, c’est la rétention de pièces d’identité dans une boîte à chaussure et des sous déclarations d’accident du travail, a-t-il poursuivi.

L’inspecteur a également souligné que des problèmes similaires avaient été constatés en masse en 2008 sur le chantier de l’EPR finlandais. Quatre EPR sont en construction dans le monde. Les deux autres le sont en Chine.

Atlanco Limited, entreprise un peu fantôme dont le siège serait en Irlande ou à Chypre, selon le président du tribunal Nicolas Houx, est absente au procès car la justice n’a pas réussi à la retrouver.

Le niveau de cotisations sociales patronales est de 51,7% en France contre 12,1% à Chypre, selon M. Houx.

Le responsable d’Elco s’est de son côté montré mardi soir très évasif, assurant par exemple ne pas savoir quelle était la part du chiffre d’affaires de la société de BTP à l’étranger. Le procureur a évoqué une activité à plus de 98% hors Roumanie.

Selon le parquet, les prévenus ont économisé plusieurs millions d’euros de cotisations sociales en France.

Avec un retard d’au moins cinq ans aujourd’hui, et un coût qui a explosé à plus de 8,5 milliards d’euros, l’EPR de Flamanville a fait l’objet de multiples déboires depuis son lancement fin 2007. Son démarrage est annoncé pour 2017.

Maître d’œuvre du chantier, EDF n’est pas poursuivi.

(©AFP / 11 mars 2015 19h27).

Le retour des « fantômes » de Flamanville.

 

Où sont passés les « fantômes » de Flamanville (Manche), ces 460 ouvriers venus de Pologne ou de Roumanie qui ont travaillé entre 2008 et 2011 dans des conditions douteuses à la construction de l’EPR, la centrale nucléaire de troisième génération alors présentée par EDF comme sa « vitrine technologique pour les marchés à l’exportation » ? Qu’est devenue la société d’intérim Atlanco Limited, basée à Dublin, qui les a embauchés depuis son bureau chypriote de Nicosie ? Pourquoi tous ces ferrailleurs et coffreurs n’ont-ils pas été dûment déclarés ? Combien d’économies leurs employeurs ont-ils fait au préjudice de la Sécurité sociale : 3,6 millions d’euros, comme l’affirme la CGT, partie civile dans ce procès avec 80 ouvriers polonais, 10 millions d’euros, comme l’avance le parquet ? Et Bouygues Travaux publics pouvait-il ignorer qu’il utilisait ces travailleurs de l’ombre ?

Ces questions, et bien d’autres, sont au cœur du procès qui s’est ouvert, mardi 10 mars, devant le tribunal correctionnel de Cherbourg. L’entreprise roumaine Elco Construct, qui a fourni des ouvriers, et Atlanco Limited, que la justice n’a pu localiser, sont poursuivies pour « travail dissimulé, dissimulation de salariés, prêt illicite de main-d’œuvre et marchandage » ; Bouygues TP, sa filiale Quille Construction, et la société nantaise Welbond Armatures pour recours à leurs services. Les peines encourues sont lourdes : 225 000 euros d’amende, mais surtout la compensation des pertes de recettes subies par les organismes sociaux et l’interdiction d’accéder aux marchés publics pendant cinq ans. L’affaire éclaire d’une lumière crue les abus dont ces travailleurs « détachés » ont été victimes, comme ils le sont parfois dans l’industrie du BTP. Et elle fait ressurgir l’histoire chaotique des cinq premières années de ce chantier pharaonique. Une fourmilière où, au pic de l’activité, 3 500 personnes se croisaient sur un espace de 10 hectares coincé entre les deux réacteurs déjà en service, les hautes falaises du Cotentin et la mer.

 

Nous sommes en 2008. Le chantier a été lancé un an plus tôt, mais des malfaçons apparaissent déjà dans le béton du radier supportant le réacteur et jouant un rôle de bouclier contre la contamination du sol. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), chargée de la sûreté de la centrale et de la sécurité au travail, suspend les travaux. Ces incidents révèlent, selon elle, « un manque de rigueur de l’exploitant sur les activités de construction, des difficultés dans la surveillance des prestataires et des lacunes en matière d’organisation ». Les retards vont s’accumuler au fil des mois. Pour EDF, qui veut raccorder l’EPR au réseau électrique en 2012, le temps presse. Ses dirigeants craignent de tomber dans le même bourbier qu’Areva, qui s’enlise sur le chantier de l’EPR finlandais d’Olkiluoto. Un an de retard, c’est de 600 à 800 millions d’euros de surcoûts.

Accélérer la cadence

Ils demandent à Bouygues TP, responsable du génie civil au sein du Groupement Flamanville Armatures (GFA), d’accélérer la cadence pour rattraper le temps perdu. Dans l’urgence, GFA se tourne vers ces sous-traitants étrangers après avoir, dit-il, écumé en vain agences pour l’emploi et centres de formation en Basse-Normandie et dans le reste de la France. Le vivier hexagonal était pourtant loin d’être épuisé, affirment les syndicats. Les 163 Polonais et les 297 Roumains, baptisés les « nomades », débarquent sur le site normand, où ils travailleront sans rechigner… et parfois sans contrat de détachement. L’ASN commence à s’émouvoir de ces « irrégularités » et demande, dès 2009, aux entreprises qui les utilisent de redresser la barre. Sans grands résultats.

C’est le moment où les infirmières du chantier constatent que les accidents du travail se multiplient et que « la sécurité n’est pas la priorité ». En novembre 2009, Jacques Paget arrive sur le chantier pour coordonner la sécurité. Employé de Bouygues, il découvre un nombre d’accidents hors normes : 39,7 par million d’heures travaillées, quatre fois la moyenne dans l’industrie. Il alerte Bouygues, puis exerce son droit d’alerte et de retrait en août. Ce qui lui vaut d’être licencié deux mois plus tard. L’ASN fait son calcul : un quart des accidents (bénins) intervenu sur le chantier n’a pas été déclaré. Flamanville est devenu le « laboratoire européen du travail illégal », dira l’un de ses inspecteurs.

Tout commence à changer en 2011. Le 24 janvier, le chantier connaît son premier accident mortel (un autre surviendra cinq mois plus tard). La victime n’est pas un des salariés d’Atlanco Limited ou d’Elco, mais un soudeur français de 37 ans. Et le grutier responsable était sous l’emprise du cannabis. Mais la mort de ce père de trois enfants fait remonter bien des choses et beaucoup incriminent la pression et les cadences imposées aux ouvriers pour rattraper les retards qui se sont accumulés en quatre ans. Le procureur de Cherbourg, Eric Bouillard, ouvre une enquête pour homicide involontaire. Elle conduira, en première instance, à la condamnation à 75 000 euros d’amende du groupe Bouygues, qui attend l’arrêt de la cour d’appel de Caen, le 18 mars.

Le magistrat ne s’arrête pas là. Il lance d’autres enquêtes préliminaires, notamment pour travail dissimulé en juin 2011. Il décide de conduire lui-même l’instruction, mobilise les gendarmes de l’office centrale de lutte contre le travail illégal (OCLTI) qui multiplient auditions, perquisitions et saisies. En 2013, après deux ans d’enquête, la justice peut égrainer la longue liste des manquements dont les « nomades » ont été victimes : ni congés payés ni couverture santé et chômage, des salaires plus bas que la convention collective française, des horaires d’une extrême flexibilité, des durées hebdomadaires de travail au-delà du raisonnable.

Les conclusions de l’OCLTI démontrent, courriers électroniques à l’appui, que des cadres de Bouygues savaient que certains ouvriers n’étaient pas en règle. « Tu trouveras, ci-joint, une liste du personnel Atlanco pour lequel le formulaire E 101 [il atteste de la législation sociale applicable à un travailleur qui n’est pas affilié dans le pays où il travaille] n’est pas à jour, soit pour lequel nous n’avons pas de formulaire », écrit l’un d’eux à un collègue d’Atlanco, et juge « urgent de faire le point car en cas de contrôle, nous serions très ennuyés ». Preuve, plaide-t-on chez Bouygues, que l’on assurait le contrôle de ces prestataires de services.

 

« Prime à l’obstacle »

Bouygues TP conteste, sur la forme, la décision du procureur de mener une enquête préliminaire sans nommer de juge d’instruction. « Il y a eu de graves lacunes et des entorses au principe du contradictoire », estime son avocat, Me Pierre Cornut-Gentille. Sans convaincre le tribunal, qui a rejeté la demande d’annulation du procès formulée au début de l’audience. « Nous sommes prêts à répondre sur le fond du dossier – en détail – dans le cadre d’un procès équitable » jusqu’au terme des débats prévu vendredi, ajoute-t-il. « Il y a un vrai débat juridique autour de la réglementation européenne en vigueur concernant les salariés détachés », concède-t-il, mais « nous ne somme pas dans un système de fraude ».

Les fraudes ne manquent pourtant pas. La Commission nationale de lutte contre le travail illégal estime que 230 000 « détachés » ont travaillé en toute légalité en France en 2014, mais qu’ils sont au moins autant à l’avoir fait illégalement. Ce phénomène entraînerait une perte de recettes de 380 millions pour la Sécurité sociale, selon la Cour des comptes. « Il existe une véritable prime à l’obstacle en faveur des entreprises étrangères : plus la situation du travailleur détaché et de l’entreprise à laquelle il est rattaché est complexe, moins son coût est élevé et plus la possibilité de faire respecter le droit social du pays d’accueil est délicate à mettre en œuvre. Le cas de la société Atlanco est particulièrement éloquent », estimait le sénateur communiste du Nord, Eric Bocquet, dans un rapport de 2013.

En 2011, les 460 « fantômes » ont précipitamment quitté Flamanville. Depuis 2012, bien des choses y sont rentrées dans l’ordre. EDF a notamment fait un gros effort sur la prévention des accidents du travail, dont le nombre est tombé de 20 « AT » par million d’heures travaillées en 2011 à 7 « AT » en 2014. Mais le maître d’œuvre court toujours après le temps. Mi-novembre, il a annoncé le report du démarrage du réacteur en 2017 – dix ans après le début du chantier. Quant au coût, passé de 3,3 milliards en 2007 à 8,5 milliards en 2014, il fait l’objet d’une « réestimation » : il devrait dépasser 9 milliards. Dans sa lettre de mission au nouveau PDG d’EDF, le gouvernement demande à Jean-Bernard Lévy d’« améliorer la gestion du chantier de Flamanville » et de « le livrer en optimisant les coûts et les délais ». Sans entorses au droit du travail, s’entend.

Jean-Michel Bézat, Le Monde, 11 mars 2015.

EPR de Flamanville : les quatre malédictions d’un chantier controversé.

 

Le ciel s’assombrit toujours davantage au-dessus de l’EPR de Flamanville (Manche). Après l’annonce par EDF, mardi 18 novembre, d’un nouveau retard pour le réacteur nucléaire de troisième génération, son démarrage est désormais prévu en 2017, cinq ans après le début des travaux. Et la facture déjà salée devrait déraper un peu plus. « Les travaux de ré-estimation sont en cours. Les chiffrages seront communiqués dans les prochains mois », a indiqué mercredi 19 novembre EDF.

Ce retard, lié aux nombreux aléas qu’a connus le chantier et aujourd’hui au problème de fourniture de certains équipements par Areva, a fait grimper le coût du projet : initialement fixé à 3,3 milliards d’euros, il devrait dépasser les 9 milliards d’euros. Des dépassements qui auront inévitablement un impact sur le coût de production du mégawattheure (MWh), et donc sur le prix de vente au consommateur final. Le cas de Flamanville est semblable à celui du site finlandais d’Olkiluoto, conduit par Areva, qui accuse lui aussi retards (neuf ans) et dérapage des coûts, qui ont presque triplé depuis 2005.

Vitrine de la filière nucléaire française, l’European Pressurized Reactor (EPR), conçu par Areva et l’allemand Siemens dans les années 1990, est censé comporter d’importantes améliorations en termes de sûreté. En cas de fusion du cœur du réacteur – situation la plus redoutée par les exploitants, qui s’est produite à la centrale japonaise de Fukushima en mars 2011 – le magma hautement radioactif pourrait théoriquement être piégé dans une « chambre d’étalement du corium ».

Par ailleurs, l’EPR comporte quatre circuits de refroidissement autonomes. Et les piscines de refroidissement des combustibles usés devraient être protégées par une enceinte de confinement. Au final, selon EDF, le risque de prolifération des matières radioactives serait quasiment nul, de même que les agressions extérieures (séisme, inondation ou chute d’un avion gros porteur).

Par ailleurs, Areva indique que l’EPR consommera environ 15 % de combustible en moins pour la même production de courant, et produira 10 % de déchets radioactifs à vie longue en moins. Le réacteur, d’une puissance de 1 650 mégawatts (contre 1 450 MW pour les plus puissants actuellement), a été conçu pour résister à des accidents internes et externes, affirme-t-on chez EDF et chez Areva.

L’EPR est pourtant en passe de devenir l’une des technologies les plus décriées. En tout cas des plus coûteuses.

Un calendrier sans cesse repoussé

Les travaux ont été lancés en 2007, après le feu vert donné à l’EPR par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2004. EDF avait à l’époque prévu cinq ans de travaux et un raccordement au réseau de RTE, gestionnaire des lignes à haute tension, en 2012. Puis très vite, l’échéance est repoussée à 2014. En 2011, l’électricien doit se rendre à l’évidence : la mise en service ne pourra pas intervenir avant 2016.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/19/epr-de-flamanville-les-quatre-maledictions-d-un-chantier-controverse_4526032_3234.html#OFXUvsw4X1TrC9GM.99

Depuis, les nouvelles difficultés sur le chantier, et aujourd’hui des problèmes sur des équipements lourds, comme le couvercle et des éléments de la cuve d’acier dans laquelle se produit la fission nucléaire, ont entraîné, selon EDF, « un décalage dans le planning du chantier » avec un démarrage de l’installation en 2017. Il est cette fois imputable à Areva, et non à Bouygues et à ses sous-traitants assurant le génie civil.


Un coût multiplié par trois 

En 2005, le prix de Flamanville 3 était estimé à 3,3 milliards d’euros, comme celui d’Olkiluoto. Dès 2008, un an après le début de la construction, la facture grimpe à plus de 4 milliards, EDF rappelant qu’il faut tenir compte de l’évolution des prix du béton et de l’acier. Les coûts passent de 4 à 6,5 milliards entre 2009 et décembre 2012, le groupe annonce que la facture s’alourdira encore de 2 milliards pour atteindre 8,5 milliards d’euros.

S’arrêtera-t-on là ? Rien n’est moins sûr, puisqu’« un an de retard peut représenter 700 à 800 millions d’euros de plus », selon un expert du nucléaire, notamment en raison des coûts de la main-d’œuvre. Aux périodes les plus actives, 4 000 ouvriers, techniciens et ingénieurs se croisent sur le site normand, un des plus grands chantiers d’Europe. La Cour des comptes en 2012, puis la commission d’enquête parlementaire sur le coût de la filière nucléaire, présidée par le député François Brottes (PS, Isère) en 2014, ont souligné « un certain nombre d’incertitudes » dans l’industrie de l’atome et ont exprimé leur « préoccupation » sur l’évolution des coûts de la filière en France.

 

De nombreux défauts de fabrication

Depuis le début de la mise en chantier de l’EPR en décembre 2007, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui contrôle le site deux fois par mois, a relevé des centaines de failles dans la construction, consignées dans des compte rendus d’inspection. Dernière en date : des fissures réparties sur trois zones de l’enceinte interne du bâtiment réacteur, qui ont pris trois mois pour être réparées, comme l’a indiqué EDF en juin 2014, confirmant partiellement une information du Canard Enchaîné qui parlait de « trous de 42 centimètres ».

 

En 2013, le dôme du réacteur a été endommagé par la chute d’un engrenage ; en 2011 et 2012, le gendarme du nucléaire pointait à plusieurs reprises des « malfaçons » et « anomalies » dans les opérations de bétonnage, de ferraillage et de soudage pouvant « porter préjudice à la qualité finale des structures ». Il était question de trous dans le béton et de nids de cailloux (zone manquant de ciment). Le bétonnage du bâtiment réacteur a même été trois fois suspendu, dont la dernière pendant un an en 2012. Le plan présenté depuis par EDF a été jugé « satisfaisant » par l’ASN.

Le problème de la sous-traitance

En 2011, l’ASN avait dénoncé « un manque de compétences, de formation à la culture de sûreté des intervenants » et des « lacunes d’EDF dans la surveillance des sous-traitants ». Le chantier emploie au maximum 4 000 personnes dont 3 200 salariés d’entreprises sous-traitantes d’EDF. 19 % de ces salariés sous-traitants sont employés par des entreprises étrangères, à plus de 80 % des Portugais.

L’EPR de Flamanville a fait l’objet d’enquêtes préliminaires et de procès après la mort accidentelle de deux ouvriers en janvier et en juin 2011, et des infractions – travail dissimulé et sous-déclaration d’accidents du travail – relevées par l’ASN.

En avril dernier, le tribunal correctionnel de Cherbourg a condamné Bouygues Travaux publics, responsable de la coordination de la sécurité du génie civil sur le chantier, à 75 000 euros d’amende, ainsi qu’un grutier à trois mois de prison ferme, pour la mort accidentelle d’un intérimaire de 37 ans, en janvier 2011, qui avait fait une chute mortelle de 15 mètres. La passerelle sur laquelle il se trouvait avait été heurtée par le chargement d’une grue.

Quant au volet du travail dissimulé, le procès des sociétés Bouygues, Atlanco et Elco accusées d’avoir employé illégalement 460 ouvriers roumains et polonais sur le chantier du réacteur a été reporté à mars 2015, la société d’intérim Atlanco étant introuvable. La recherche de cette entreprise internationale, qui n’a pas répondu à sa convocation en justice, va désormais passer par le « biais des conventions internationales », c’est-à-dire des ministères français, irlandais et chypriote de la justice – le siège d’Atlanco étant implanté dans l’un de ces deux derniers pays.

 

Jean-Michel Bézat, Audrey Garric, Le Monde, 19 novembre 2014.

mar 102015
 
zad

Petite mis au point….

                                                      Lettre ouverte à L’Acipa

 

« Chère » direction de l’Acipa (je fais la différence entre les bureaucrates et la base),

cela fait bien longtemps que je voulais vous écrire car cela fait bien longtemps que vous trahissez les luttes sociales à Nantes.

Depuis votre « trauma » du 22 février 2014 vous sabotez sciemment toutes les initiatives menées contre la répression et les violences policières issues de la lutte contre l’aéroport (et le monde qui le produit). Dernière en date cette pathétique interview accordée à Presse Océan concernant la manifestation du 21 février 2015, je ne reviendrais sur ce papier pitoyable,

Vous me donnez envie de vomir.

Pourquoi ?

Parce que vous pourriez avoir au moins la décence, même si vous ne soutenez pas, de vous taire au lieu d’appeler à ne pas venir en manif (cf, le 17 mai 2014 entre autres, qui fut une éclatante réussite). En faisant ça vous (et toutes les autres orgas et syndicats en passant) avez du sang sur les mains, le sang de tous et toutes les blessé-s-es post 22 février, la police s’en donnant à coeur joie pour réprimer des manifs non soutenues par vos orgas momifiées (la preuve à Toulouse le 21 février dernier où il n’y a pas eu à ma connaissance de blessé-s-es, manif soutenue même par le NPA…)

Parce que même niveau « stratégie » vous êtes à la ramasse, en se désolidarisant comme vous n’arrêtez pas de le faire vous préparez le terrain à une future et proche expulsion de la ZAD, l’État n’attendant que des divisions dans le camp adverse pour intervenir.

Parce que vous ne voyez que vos petits intérêts corporatistes, vous n’avez pas hurler aux « vilains casseurs » quand les gens (dont moi-même) se sont affrontés aux gendarmes mobiles lors des expulsions de novembre 2012, vous vous êtes bien gardés de la faire car cela vous arrangez que l’on mette nos corps en danger pour défendre vos bouts de jardin. Ne comptez pas sur moi pour le faire de nouveau en cas d’expulsion, allez vous faire mutiler vous-même bande de lâches.

Parce qu’en parlant de « violences » pour du bris de vitres vous ne vous rendez même pas compte que vous reprenez les mots du pouvoir, Il n’y a pas de violence à casser de la matière inerte, mais bien à briser des vies en énucléant à coups de flashballs des manifestants. Vous faites le jeu du pouvoir, consciemment ou pas, en perpétuant cette fantasmatique catégorie du « casseur » pour des vitrines légitimement brisées, cibles politiques car symboles de la domination capitaliste, patriarcale, financière etc de ce monde infâme.

Parce que vous agissez en véritables flics dans les manifs que vous voulez contrôler, rappelez-vous ce minable manifeste des blanc-blocs (cf. la manif du 22 novembre 2014), vous n’êtes même pas doué-s-es en traduction, white bloc (trop connoté KKK pour vous?) ou blanc-becs il faut choisir.

Parce que vous êtes toujours dans cette vision stupide qui est celle des vieux partis d’extrême gauche, « plus on est nombreux plus la victoire est proche ».

Premièrement qui vous dit qu’une majorité des gens présent le 22 février 2014 ont pris peur en voyant les affrontements et se sont retirés de la lutte ?

Deuxièmement dois-je vous rappeler les manifs des retraites en 2010 à plusieurs centaines de milliers dans les rues qui ont abouti à…à rien.

Ce n’est qu’en tapant au porte-monnaie de l’État qu’il recule car son Dieu unique c’est l’argent. La preuve le 22 février, une minorité active a, en sabotant, causer des dégâts qui font infiniment plus peur à l’État que vos manifs « balade de santé » qui ne gêne personne si ce n’est les hérissons pour traverser la route.

Et la répression qui a suivi nous a donné raison, l’État affolé que des dizaines et des dizaines de milliers de révolté-s-es le 22 février s’en prennent à sa sacro sainte autorité s’est empressé de donner de lourdes peines de prison ferme pour des faits de pacotilles (1 an pour un fumigène qui n’a blessé personne, des mois pour une vitrine brisée, un « bâton de berger » reconverti en arme…)

La réponse était claire : nous ne voulons pas que vous releviez la tête. Tout n’est question que de rapport de force.

Et c’est là que vous auriez dû prendre de la graine d’un autre grand mouvement de résistance à un projet inutile : le No TAV. Des dizaines de milliers de personnes défilant dans les rues de Turin unies derrière une banderole « TOUS BLACK BLOCS » pour protester contre l’arrestation de Chiara, Nicolo, Mattia et Claudio accusé-s-es d’un pseudo sabotage sur le site du chantier,

Voilà ce dont vous manquez cruellement : de SOLIDARITÉ.

J’en appelle aux individu-s-es responsables adhérents à l’ACIPA pour lui remettre les pendules à l’heure si vous souhaitez que ce projet soit définitivement raillé de la carte,

le mouvement de résistance c’est vous, pas des opportunistes qui ne défendent que leurs intérêts, faites vous entendre.

Source : Indymédia Nantes.

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Pour compléter cette lettre ouverte, cette présentation parue sur le site de l’ACIPA sur l’atelier citoyen, une sorte de regroupement réunissant sociologues, syndicalistes, politiciens, économistes, urbanistes, experts de tous poils et citoyens visant à aménager l’aéroport existant déjà. Une sorte d’alter-aménagement citoyen du territoire, déjà totalement envahi par la novlangue habituelle des aménageurs. Le problème avec l’ACIPA n’est pas seulement leur manque de solidarité, mais bel et bien, leur vision du monde, qui ne diffère de celle du pouvoir que sur le contenu des aménagements et de l’administration des vies.

 

3ème réunion plénière de l’Atelier citoyen – Point sur l’avancement des travaux


L’atelier citoyen s’est réuni vendredi 6 mars pour une troisième réunion plénière.
Les travaux de l’atelier citoyen avancent plus vite que prévu, les groupes de travail Piste et Trajectoires aériennes ont déjà rendu leurs conclusions :

  • Concernant la piste, les travaux du groupe ont bénéficié de l’avis d’un l’expert ayant entretenu la piste pendant 30 ans. Son renforcement et sa mise aux normes sont estimés à 25 Millions d’euros à comparer aux 370 M€ annoncés par la DGAC en novembre 2013 mais aussi aux 35M€ prévus par Vinci pour la création de deux nouvelles pistes sur des terrains argileux. Les travaux du groupe piste sont largement repris en une du journal Ouest-France de ce week-end.
  • Concernant la circulation aérienne, nous apprenons que les trajectoires et le survol de la ville de Nantes sont contrôlés avec des moyens techniques archaïques (absence de radar local, absence d’ILS (guidage automatique) dans un sens…) et que la mise aux normes et les moyens de réduire les nuisances sont connus et simples à mettre en place.

Les rapports complets de ces deux groupes de travail seront bientôt rendus publics. Dans ces deux études, il apparait clairement une obsolescence programmée de cet aéroport, ce au détriment de l’intérêt général et du développement économique nantais.
Le groupe Economie et emplois a interpellé des personnalités politiques candidates aux élections départementales sur leurs intentions en matière de protection des emplois existants sur la zone Nantes-Atlantique et sur les actions mises en œuvre pour conforter l’usine Airbus qui est le plus gros employeur du secteur. En attendant les réponses des candidats, le groupe a entendu des retraités de l’entreprise qui s’inquiètent du fait que le déménagement de l’aéroport permettrait un jour à Airbus de justifier une fermeture de l’usine de Nantes, l’essentiel de sa production pouvant maintenant être délocalisé dans un des nouveaux sites chinois ou indiens.
Le groupe Bruit termine également ses travaux. Ils seront présentés lors du prochain atelier le 3 avril prochain. A la lecture de différents Plans d’Exposition au Bruit (PEB), le groupe remarque que, selon la ville concernée, l’Etat minimise ou aggrave le nombre de personnes subissant les gènes sonores en communiquant sur telle ou telle zone de PEB, plus ou moins large.
Le groupe Transport en commun découvre aussi des sources d’économie importante : le coût du prolongement du tramway serait d’environ 30M€ et celui d’une réhabilitation de la voie ferrée existante, de quelques millions. L’aéroport existant a la chance de pouvoir choisir entre tramway et TER. Ces nouveaux transports profiteraient également aux employés de l’usine Airbus et de la zone D2A qui les demandent depuis des années.
L’atelier Aérogare a lancé son appel à idées coopératif international sur le site www.aeroport.xyz. Il invite architectes, urbanistes, paysagistes, artistes, étudiants, militants, plasticiens, politiciens et tous ceux qui pensent avec ingéniosité le recyclage et la rénovation urbaine, à proposer des moyens d’optimisation et de réaménagement de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique pour accueillir 7 millions de passagers…
Enfin, l’atelier citoyen ouvre un nouveau groupe de travail Finance, car « au final c’est toujours la finance qui décide » et invite les bonnes volontés, experts économiques et comptables à travailler sur le plan financier du maintien de l’aéroport.

Le prochain point d’étape de l’atelier est prévu vendredi 3 avril, à 20h à l’ancienne Gare de l’Etat – 5 Place de la Gare de l’État 44200 Nantes.

 
 

L’atelier citoyen en bref :
Lancé en décembre 2014 et ouvert à tous, l’Atelier Citoyen travaille sur le réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique.
Association de dialogue, d’idées et d’expertises citoyennes. L’Atelier n’est pas une nouvelle association d’opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais bien un lieu de dialogue et de recherche des solutions alternatives pour sortir de ce problème pacifiquement.

L’atelier vise à conserver et optimiser l’aéroport actuel, en faisant appel aux connaissances, à l’intelligence collective et au bon sens de chacun. Il rassemble des experts et des citoyens soucieux de faire avancer ce sujet : utilisateurs, techniciens, pilotes, ingénieurs, architectes, sociologues, patrons, syndicalistes, riverains…
L’atelier comprend huit groupes de travail autour des thèmes suivants : l’aérogare, la piste, la circulation et les trajectoires aériennes, l’économie et les emplois, le plan d’exposition au bruit, les transports en commun, l’urbanisme et la finance.
Au-delà de cette question de l’aéroport nantais, il s’agit pour les participants de construire une société plus responsable, où chacun apporte ses compétences et son savoir-faire de manière complémentaire, en recherchant l’intérêt général.

 

Source : ACIPA.

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