fév 142014
 

UN AUTRE MONDE DE MERDE EST POSSIBLE,

EELV LE CONSTRUIT.

Le texte ci-dessous et un tract d’intervention diffusé à l’entrée du congrès d’Europe Écologie Les Verts qui s’est tenu à Caen les 29/30 novembre et 1° décembre. Évidemment il ne porte pas sur les verts et leur congrès: un non événement sans intérêt. Il s’inscrit dans la continuité d’actions ou d’interventions d’électrons libres qui de Valognes au bocage anti THT refusent encore et toujours le nucléaire et son monde.

«On arrête pas un chantier EPR du jour au lendemain»

Clara Osadtchy, conseillère régionale EELV-Basse-Normandie

LORSQUE CLARA OSADTCHY, alors responsable du groupe EELV au Conseil régional de Basse-Normandie, lance cette bourde en novembre 2011 en pleine séance du Conseil c’est qu’elle a trop bien appris sa leçon d’écologie pragmatique. Elle a confondu un chantier en construction et un réacteur atomique. Il y a des phrases qui en disent long sur la résignation de ceux-celles qui les portent.

 

CE PRAGMATISME RÉSIGNÉ s’est emparé de l’écologisme bien plus tôt. En juin 2004, déjà en Basse-Normandie, les Conseillers régionaux verts par leur abstention permettaient à un vote pro-EPR de passer. Ce vote, loin d’être un accident, n’était qu’un bégaiement d’une histoire appelée à se répéter. Toujours en 2004, en PACA, les Verts concluent un deal: ce sera un euro pour le projet de fusion ITER contre un Euro pour les projets alter-ITER. Plus tôt, en 1999, Dominique Voynet, alors ministre verte de l’environnement, signe les décrets d’application de l’usine MELOX de Marcoule chargée de fabriquer le combustible nucléaire MOX (mélange d’oxyde de Plutonium et d’Uranium) que l’on retrouvait dans le réacteur 3 de Fukushima et dont les contrats passés avant la catastrophe ont repris dans un silence assourdissant. Elle signe également ceux du centre d’enfouissement de déchets radioactifs de Bure dans la Meuse. Plus tard, en novembre 2009, en pleine recomposition de l’écologie politique autour d’Europe-Ecologie-Les-Verts, une motion est votée au Parlement Européen pour préparer les discussions de Copenhague sur le réchauffement climatique. On peut y lire « Une économie à faible intensité de carbone conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme. » Cette évocation du bouquet énergétique européen est votée et donc validée par les eurodéputé-e-s d’Europe Écologie. C’est toujours le même pragmatisme qui préside ces décisions où l’on avance toujours les maigres contreparties obtenues dans d’autres domaines.

 

C‘EST CETTE MÊME POLITIQUE DE LA CONCESSION PERMANENTE, aujourd’hui décomplexée et assumée, qui conduit EELV à appeler à une sortie de plus en plus «progressive» du nucléaire. Elle rejoint donc le programmatisme fataliste de Négawatt qui vise «un arrêt progressif et raisonné du nucléaire [...] un abandon de la production nucléaire en 22 ans». Dès lors le nucléaire fait partie d’un bouquet énergétique où sa part est appelée à se réduire avec le temps jusqu’à la fin de la durée de vie des centrales déjà construites. Cette durée est évaluée par Négawatt à 30 ou 40 ans d’exploitation. Comme le souligne la coordination Stop Nucléaire, «Négawatt devance donc le souhait économique d’EDF de prolonger la durée d’exploitation des réacteurs français à 40 ans». C’est donc bien une sortie plus hypothétique que progressive que soutient le scénario Négawatt. La transition énergétique vendue par le gouvernement sera dans cette droite ligne. Une part des bénéfices générés par la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires financerait les scénarios de transition. Mais le progressif est vendu comme une victoire, comme si un peu moins de nucléaire c’était déjà une grande prouesse. Cette illusion participe de l’idée défendue dans le «mix énergétique» : le sandwich nucléaire/renouvelable, c’est l’avenir ! Dans ce mix énergétique que les nucléocrates considèrent comme acquis, on relie des hydroliennes et éoliennes offshore à des centrales nucléaires. Ce sont d’ailleurs les mêmes constructeurs et les mêmes exploitants que l’on retrouve à la manœuvre de GDF-Suez à AREVA en passant par la DCNS (Direction de la Construction des Chantiers Navals). Le renouvelable ne fournit aucune alternative, il s’inscrit dans un réseau global toujours dominé par l’atome… La pollution comme la dé-pollution sont d’ailleurs devenues des marchés comme les autres. On achète son droit de continuer sereinement à polluer la planète en investissant dans des projets renouvelables gigantesques, comme au Mexique où des communautés villageoises se voient imposées des grands projets éoliens dévastateurs avec une violence identique à celle qui a présidée à la construction du monde atomique.

 

CE DONT LES NUCLÉARISTES RÊVAIENT, les écologistes d’État l’ont fait : verdir la consommation électrique au renouvelable et par là invisibiliser le poids du nucléaire. C’est le concept du Green Washing. Ici, on voit qu’il ne s’agit plus pour EELV de «sauver la planète». A l’inverse, même, s’y est progressivement substituée l’idée de sauver un monde: celui de la consommation, des écrans plats, des boulots absurdes, des conforts factices, des besoins créés, des objets inutiles, etc. Le sauver, oui, mais aussi construire et développer l’organisation future de son approvisionnement en énergie. Et puisque nous sommes à l’heure du mix, la production imprévisible de l’énergie fournie par le renouvelable les conduit à ajouter «une couche d’intelligence» au réseau. En complément des centrales virtuelles pilotées pour intégrer les petits producteurs d’électricité (que l’on contrôle en les rendant dépendants d’un réseau dit intelligent) on nous prépare à l’arrivée des compteurs électriques LINKY. Ces compteurs contiennent une puce capable de transmettre et de recevoir des informations sans contact (SMART), indispensables à la construction du «réseau intelligent». C’est aussi le projet SMART GRID, ou encore «internet de l’énergie», conçu pour collecter, transmettre et interpréter automatiquement les informations relatives à notre consommation électrique. Huit projets pilotes sont en cours en France (Projet VENTEEA, Projet Postes intelligents, Projet So Grid à Toulouse, Projet POST, Projet TBH Alliance, Projet Smart Electric Lyon, Projet MIETeC et le Projet Smart Grid Vendée) avant la généralisation à l’ensemble du territoire européen. C’est ce monde nucléarisé et contrôlé que l’écologie participe à édifier.

 

L‘ECOLOGIE POLITIQUE D’EELV ne combat pas les logiques des industriels pas plus qu’elle ne les entrave. Pire, elle les sert. Cela en chagrine certain-e-s ? Qu’importe ! On renvoie la culpabilité à un niveau individuel. Pendant ce temps, avec la collaboration d’EELV, seuls sont servis les intérêts du capital. La crainte de l’organisation collective et de ses forces anime leur volonté d’individuation. Si tout est affaire de comportements individuels, tout devient traçable: de la viande aux communications en passant par les déplacements, les poubelles mais aussi les consommations électriques. Contrôle du vivant, pistable en permanence… Si ce contrôle permanent ne suffit pas, il s’agit de tenter d’éliminer vite et bien toute contestation. Valls aux basses œuvres (comme jadis Poniatowsky) organise une répression policière qui s’inscrit dans la lignée des précédentes, de celles qui matraquent la tête haute sans faire l’économie d’annonces explicites : «veille permanente sur les antinucléaires et anti-gaz de schiste» (au sujet du renseignement intérieur, Le Monde, 23/04/13). Dans le même ton, les détails de l’opération Gilbert montrent la nature et l’ampleur des moyens mis en œuvre ainsi que le laboratoire qu’il a constitué quelques mois avant les autres grandes manœuvres à Notre Dame des Landes… On peut lire à ce sujet de nombreux détails dans la revue de la gendarmerie nationale du mois de juin 2013. Il y est décrit comment, face à la lutte menée contre le chantier de la ligne THT Cotentin-Maine, les guignols locaux ont reçu l’appui, à l’été 2012, de «[…] plusieurs militaires du Centre de Planification et de Gestion de Crise (CPGC)», de pandores spécialisés dans la «gestion d’une crise de courte durée ainsi que dans la conception du volet sécurité des événements nationaux ou internationaux programmés […]. Leur expertise a été particulièrement appréciée et notamment leur expérience, très utile pour la mise en œuvre des Systèmes d’Information et de Communication (SIC). […] Le CPGC a contribué notablement au succès de l’opération Gilbert. Dès le début du mois de septembre 2012, il se mettait à la disposition du colonel Frédéric Boudier, commandant le groupement de la Loire-Atlantique pour l’opération liée à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.»

 

LA ZONE A DEFENDRE a vraiment ri jaune (sans clin d’œil, quoique…) en voyant débarquer à la manif de réoccupation de novembre 2012 les écolos médiatiques, député-e-s européen-ne-s et autres figures de proue, venu-e-s tâter du pied de biche pour la photo, dans leurs bottes encore neuves achetées quelques heures plus tôt près de St Lazare… Il ne suffit pas d’être en une des torchons d’ami-e-s journaleux-ses devant un squat factice ou de s’émouvoir et s’indigner dans l’hémicycle pour prétendre combattre. Les mêmes tartufes écrivaient quelques jours auparavant dans un communiqué d’EELV: «Sur le terrain, les opposants, parmi lesquels les élus et militants locaux d’Europe Écologie Les Verts, sont confrontés à un déploiement de forces policières hors de proportion. [...]EELV a fait savoir dès le début des opérations de police, par voie de presse et directement auprès de ses partenaires de la majorité, sa totale désapprobation quant à la brutalité des méthodes employées.» (communiqué cité dans le texte «Réoccupons la ZAD de Notre Dame des Landes»). Ces matraques ce sont leurs propres amis qui les aiguisent. Ce qui se passait alors était pourtant sans surprise : les lacrymogènes socialistes ont toujours eu la même odeur que les autres. Les antinucléaires en avaient déjà goûtées sous Mitterrand. Pourtant, dans ces lignes encore, on voit l’aveuglement d’EELV. Ce qui est à dénoncer et à combattre, ce n’est pas tant la démesure de la force utilisée en répression mais plutôt la triste réalité de la force étatique, lorsqu’elle entend défendre pour le pouvoir et ses amis, les projets qui leur sont chers, de tout temps et en tout lieu. C’est bien là toute la confusion que porte l’écologie. Lorsqu’elle désobéit, c’est civiquement. Dominique Plancke, à Lille, peut ainsi le dimanche faucher un champ OGM avec son ami José et en semaine œuvrer à ce que le puçage RFID dans les transports en commun du bétail humain de l’agglomération permette d’améliorer la facture énergétique de Lille métropole.

L’enfer vert est pavé de bonnes intentions: il ne s’agit jamais de dénoncer l’État mais de l’éclairer contre les vilains lobbys industriels qui le trompent. Pourtant le nucléaire c’est bien lui qui l’a mis en place, le développe et le vend avec ses VRP benêts Hollande et Montebourg. Il n’y a pas de lobby nucléaire mais un État nucléaire. Or pour les écologistes d’État, tout autant que le capital, c’est l’État qu’il s’agit de sauver.

 

LA FRANCE NUCLÉAIRE de l’après gouvernement Rose-Vert aura son salon. Ça se passera au Bourget en 2014. Un salon biennal international verra le jour pour renforcer l’image du nucléaire et conquérir de nouveaux marchés, à l’instar de ce qui existe déjà pour l’aéronautique. Localement nous savons déjà ce que vendre ses savoir-faire du nucléaire veut dire. Nucléoplis en est le dernier avatar en date. Ce pôle normand de science nucléaire, né en septembre 2010, unit les différents acteurs du nucléaire en Basse-Normandie. L’idée est de faire de la région un pôle de compétitivité dans le domaine. Une cinquantaine de membres s’y sont associés: des entreprises du nucléaire comme AREVA ou EDF , des PME , des laboratoires de recherche comme le GANIL ou Cyceron, l’école d’ingénieurs en nucléaire de l’Ensi-Caen, des collectivités locales. Le but : «Vendre la filière nucléaire normande à l’extérieur. Nous avons le savoir-faire. Il faut le faire savoir.». Toujours aussi lucides, les élus locaux EELV au Conseil régional ont avalisé le soutien au projet avant de récemment faire volte-face.

 

A FUKUSHIMA, le programme français «Ethos in Fukushima» tente d’apprendre à vivre aux japonais-e-s en terre contaminée: les enfants vivent un dosimètre autour du cou, les parents mesurent la contamination des aliments… Chaque comportement est tracé. Il est là le meilleur des mondes de la transition énergétique: vivre au milieu des résidus radioactifs entre une tranche de nucléaire et une tranche de renouvelable.

C’est ce meilleur des mondes que nous venons aujourd’hui perturber!

Quelques électrons libres.

CRAN a publié 21 articles

Nous nous sommes organisé-e-s en collectif depuis 2007. Nous sommes principalement caennai-se-s. Pour certain-e-s d’entre-nous la lutte anti-nucléaire n’est pas nouvelle. Nous étions un certain nombre par exemple à organiser un espace autonome avec la coordination contre la société nucléaire au sein du Village Alternatif Autogéré et Anti-Nucléaire d’avril 2006 à Cherbourg. Nous nous sommes réuni-e-s autour d’un projet commun contre le nucléaire et la société dans laquelle il se développe. Pour affirmer notre refus du nucléaire et de ses désastres quotidiens de la Biélorussie à Cherbourg. Pour dénoncer la prolifération de l’armement nucléaire et le développement de la société de contrôle social et policier qui lui sont intimement liés. Pour s’opposer à la dictature de son armada d’experts et l’expropriation de nos propres vies qui s’y déploient. Également pour remettre en lumière le lien entre nucléaire et capitalisme et insister sur la nécessité de rompre avec la notion de développement fut-il durable… Nous nous sommes réuni-e-s également autour de pratiques communes : l’action directe contre les nucléocrates et leurs entreprises de destruction du vivant, le refus des logiques électoralistes et du fétichisme organisationnel (politique ou syndical), la réappropriation de l’histoire de la lutte antinucléaire, à travers la réédition de textes anciens ou plus récents, l’échange d’infos et d’analyses sur la question du nucléaire.