Nucléaire : l’hypothèse de nouveaux EPR sur la table
Le débat sur le renouvellement du parc nucléaire est posé par l’exécutif.
Aucune nouvelle construction ne démarrera durant le quinquennat.
Le gouvernement, qui s’est engagé à inscrire dans le projet de loi de transition énergétique la réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 %, va-t-il dans le même temps autoriser la construction de nouveaux EPR ? Selon « Le Monde », des réacteurs pour lesquels il serait très coûteux d’envisager la prolongation au-delà de quarante ans pourraient être remplacés par des EPR, le réacteur de troisième génération. Cette position lèverait un non-dit de la politique du gouvernement, qui n’avait jusqu’ici pas ouvert le débat sur le renouvellement du parc nucléaire. Un seul EPR est aujourd’hui en construction en France, à Flamanville (Manche), au sujet duquel François Hollande avait indiqué pendant la campagne qu’il en « poursuivrait l’achèvement ». Il y a un an, Arnaud Montebourg avait en revanche indiqué que le projet abandonné d’EPR à Penly ne serait pas relancé.
« Il y a bien un débat »
Sollicités, ni l’Elysée ni Matignon n’ont souhaité faire de commentaire hier, mais l’entourage du ministre de l’Energie reconnaît que le sujet est sur la table. « Il y a bien un débat de ce type et il y a des soutiens à l’idée de construire de nouveaux réacteurs », indique-t-on boulevard Saint-Germain. « Mais il n’y aura pas un scénario clair sur la table en matière de renouvellement et ce n’est pas un scénario de ce quinquennat », nuance l’entourage de Philippe Martin. A minima, l’exécutif attendra deux moments clefs : la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue en 2016, et les préconisations de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour une éventuelle prolongation du parc au-delà de quarante ans.
Officiellement, EDF défend la prolongation de la durée de vie de ses 58 réacteurs au-delà de quarante ans, mais il a aussi intérêt à promouvoir la construction d’EPR en France, tant pour renforcer la vitrine de la filière française à l’export que pour conserver son ambition d’« architecte-ensemblier ». Si les écologistes ont protesté contre les velléités d’EDF d’allonger de quarante à cinquante ans la durée d’amortissement de ses centrales dans ses comptes, plusieurs élus EELV estiment d’ailleurs que la prolongation du parc signerait à terme la sortie du nucléaire, la France perdant ainsi progressivement sa maîtrise industrielle pour construire de nouveaux réacteurs. Le cas échéant, EDF dispose en tout cas des ressources foncières nécessaires sur ses sites existants.
Plusieurs questions restent toutefois ouvertes et d’abord celle de la trajectoire pour ramener la part du nucléaire à 50 % à l’horizon 2025 si de nouveaux réacteurs devaient être construits. « Ce dont on a besoin fondamentalement, c’est de la montée en puissance des énergies renouvelables », prévient un élu EELV. Le gouvernement présentera probablement une fourchette des déterminants du mix électrique (croissance, démographie, consommation, transferts d’usage…) ainsi que des réexamens réguliers de situation : de quoi permettre une certaine souplesse pour mettre en oeuvre ses engagements.
La question du financement se pose également. Alors que le « grand carénage » d’EDF, destiné à assurer la maintenance lourde du parc actuel en vue de sa prolongation, est évalué 55 milliards d’euros pour 58 réacteurs, le seul EPR de Flamanville coûtera 8,5 milliards. L’ASN pourrait toutefois réévaluer à la hausse le coût des améliorations de sûreté pour prolonger le parc, estime l’entourage de Philippe Martin. Qui note aussi que l’Atmea développé par Areva et MHI, ou un autre réacteur, pourrait être moins coûteux que l’EPR.
Véronique Le Billon
L’ EPR en Grande-Bretagne lance un défi industriel à EDF
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EDF et Londres présentent aujourd’hui l’accord pour construire deux EPR dans le Somerset.
La présentation, aujourd’hui à Londres, de l’accord pour la construction de deux EPR en Grande-Bretagne par le ministre de l’Energie, Ed Davey, et le PDG d’EDF, Henri Proglio, ouvre pour le géant français un vaste défi industriel. « L’industrie nucléaire a toujours vécu dans un système d’amélioration continue », rappelait il y a un an Areva, après l’annonce par EDF d’une révision à la hausse de 2 milliards d’euros - à 8,5 milliards - du coût de l’EPR de Flamanville (Manche).
Les deux EPR d’Hinkley Point devraient en effet profiter du retour d’expérience (rex) des constructions en cours. Le chantier de Taishan (Chine) offre à cet égard un exemple intéressant, puisqu’il s’y construit deux EPR en même temps, que le projet est mené (à 70 %) par l’un des deux groupes chinois membres du futur consortium d’Hinkley Point et que le premier réacteur devrait être opérationnel fin 2014 ou début 2015, ce qui permettra de tester la technologie.
La Grande-Bretagne a l’intérêt d’avoir déjà une industrie nucléaire importante, avec huit centrales et seize réacteurs. Mais elle est centrée sur l’exploitation et le démantèlement, pas sur la construction, la dernière mise en service datant de 1995. La filière française va donc pousser son avantage. « La Grande-Bretagne n’a pas eu de construction depuis vingt ans et c’est une compétence qui se perd rapidement. Nous, nous avons eu suffisamment d’activité pour développer nos compétences », plaide Gérard Kottmann, président de l’Association des industriels français exportateurs du nucléaire (Aifen). Mais, comme tous les pays, la Grande-Bretagne voudra faire bénéficier son industrie locale de l’investissement.
De nouvelles alliances
Dans une étude publiée au printemps, la part nationale du programme de « new build » nucléaire était évaluée entre 45 % et 60 %. Cela suppose un vaste travail d’habilitation d’entreprises et de formation de salariés. Des coopérations se sont déjà développées. Bouygues est ainsi associé à Laing O’Rourke pour le génie civil du projet et Areva a signé un accord de coopération avec Rolls-Royce. La Chine, qui a développé sa propre filière de sous-traitants et qu’EDF pourrait vouloir tester en Europe, pourrait aussi vouloir une part des commandes.
Si EDF précisera le temps de construction retenu dans son « business plan », Areva estime, à partir des gains de temps enregistrés entre les chantiers d’Olkiluoto et de Taishan, que la construction d’un EPR « standard » pourrait se limiter à cinquante-cinq mois contre plus de huit ans pour Flamanville. La comparaison reste toutefois difficile, dans des pays à l’organisation du travail peu semblable et avec des maîtres d’oeuvre différents…
EDF a d’ailleurs une approche plus prudente, jugeant que l’effet de série ne joue que sur un même territoire. « Parce que vous enlevez les coûts liés à une tête de série mais vous rajoutez des éléments de spécificité », expliquait il y a un an Hervé Machenaud, le patron du nucléaire à EDF. L’EPR certifié par l’Office for Nuclear Regulation (ONR) ne sera ainsi pas exactement le même que celui de Flamanville. Les relations avec l’autorité de sûreté seront d’ailleurs un enjeu important. A Olkiluoto, les relations d’Areva avec le régulateur ont pesé lourd dans les retards d’un chantier initialement prévu pour s’achever en 2009.
Véronique Le Billon
Les Echos