sept 052013
 
Dans le nord de la Syrie, la révolution contre l’armée d’al-Assad a cédé la place à « une guerre civile dans la guerre civile ». Si le régime n’a plus le contrôle de la région, une lutte à mort s’est ouverte entre la rébellion kurde et les djihadistes. Rencontre avec des combattantes kurdes qui pourraient bien sonner le glas des ambitions de leurs nouveaux ennemis extrémistes dans la région.

Le site du magazine Foreign Policy livre un reportage édifiant, centré notamment sur la commandante Roshna Akeed. Cette dernière explique, depuis la ligne de front, comment les forces kurdes auxquelles elle émarge combattent les soldats d’al-Qaïda à Ras Al-Ayn (nord-est de la Syrie). Les journalistes de Foreign Policy y révèlent que 40% de ces combattants kurdes sont en fait des combattantes. Et celles-ci commandent parfois des unités composées d’hommes. Et mènent une « guerre civile dans la guerre civile ».

« Comme si la Syrie n’avait pas assez de sa guerre civile, des combats ont récemment éclaté dans le nord-est du pays entre forces kurdes et islamistes radicaux – qui sont tous deux des ennemis du régime al-Assad. (…). Le résultat est une guerre civile à l’intérieur de la guerre civile« , expliquent Harald Doornbos et Jenan Moussa de Foreign Policy.

« Ces djihadistes que nous combattons viennent de Belgique, des Pays-Bas…« 

Les combattants d’al-Qaïda deviennent dingues quand ils apprennent que nous, leurs ennemis, sommes des femmes combattantes”, explique encore la commandante Roshna Akeed.

L’on y apprend notamment que pour ces combattants kurdes, les Etats-Unis sont clairement du côté des djihadistes. « Nous menons la guerre américaine contre le terrorisme ici même, sur le terrain« , explique Dijwar Osman. « Nos ennemis sont ces combattants d’al-Qaïda qui veulent détruire nos 4000 ans de culture kurde. Ces djihadistes viennent de Belgique, des Pays-Bas, du Maroc, de Libye,… Mais malheureusement, les Etats-Unis et la Turquie sont du côté d’al-Qaïda, comme les Etats-Unis étaient du côté des djihadistes en Afghanistan dans les années 90« , déplore-t-il.

« Les djihadistes sont désorganisés, c’est facile de les tuer« 

Mais si les guerriers qu’ils affrontent sont plus nombreux, les combattantes kurdes restent confiantes. « Oui, ils ont de la quantité”, reconnaît la commandante Akeed. « Mais ce sont de piètres combattants. Ils sont désorganisés, c’est facile de les tuer« .

Les deux millions de Kurdes de Syrie ont décrété leur auto-détermination suite à la révolution contre le régime d’al-Assad en juin dernier dans la région désormais appelée « Kurdistan occidental ». Cette région a désormais sa propre police, son armée, ses propres noms de villages et de villes en kurde et la langue kurde est désormais enseignée à l’école, ce qui était formellement interdit sous al-Assad.

Pour rappel, les Kurdes sont la plus grande minorité ethnique de Syrie, ils représentent environ 10% de la population.

« Nous les Kurdes, sommes neutres« , explique encore un professeur d’une école locale, armé d’un pistolet. « Nous ne sommes ni avec le régime, ni avec les rebelles. Nous nous exprimons au nom du printemps kurde, pas du printemps arabe« , explique-t-il.

Son frère, qui commande désormais la police locale explique que « les islamistes sont notre plus grand ennemi désormais« . « Le régime d’Assad nous oppressait. Les djihadistes, eux, veulent nous exterminer« .

D’ailleurs, ces combattants kurdes se défendent d’être une menace pour l’unité de la Syrie. « Nous ne voulons pas devenir indépendants. Nous voulons obtenir nos droits et rester en Syrie« .

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

http://www.rtbf.be

Ce soir, camarade, tu iras manifester « contre la guerre »

 Posted by on 31 août 2013 at 13 h 01 min  Actualité Internationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
août 312013
 

Quand on est de gauche anticapitaliste, on manifeste contre les guerres. On refuse les bombardements, les massacres des populations civiles , la course à l’armement. Quand on est de gauche anticapitaliste on se doit de ne pas cautionner le bellicisme de sa bourgeoisie. Alors bien sûr, tu seras là ce soir, sûr d’être au bon endroit, au bon moment. Tu vas à toutes les manifs contre la guerre, d’ailleurs.

Toutes ? En fait, non. La semaine dernière , par exemple, tu n’étais pas à la manifestation contre la guerre en Syrie. Oui, il y avait une manifestation, contre tous les massacres commis par un dictateur depuis trente mois, contre le massacre à l’arme chimique commis à la fin du mois d’août, pour la solidarité avec les démocrates et les progressistes de Syrie.

Tu n’y étais pas, parce que ton parti n’y était pas. Parce que les sites que tu consultes pour savoir quelles manifestations soutenir ne l’annonçaient pas.

Tu n’y étais pas et pourtant toutes les raisons qui te font être contre la guerre étaient là : un dictateur qui a été soutenu et porté par ta bourgeoise des années durant, et qui l’est encore par sa fraction réactionnaire et fascisante. Des morts par centaines de milliers, tués par des armes que ta bourgeoisie et d’autres lui ont vendues. Des morts, des blessés, des réfugiés, tués dans le silence complice de toutes les bourgeoisies du monde.

Tu n’as pas manifesté contre la guerre, mais tu manifesteras ce soir, et les jours prochains.

Si tu es sincère, pourtant, tu ne rentreras pas content de ta manifestation. D’ailleurs tu y vas avec une certaine appréhension. Tu n’en parles pas, parce que ton parti, ton organisation n’en parle pas, mais tu as vu sur internet que toute l’extrême-droite est aussi mobilisée « contre la guerre impérialiste ». Avec les mêmes mots et les mêmes argumentaires. Tu voudrais bien balayer ça, comme Mélenchon l’a fait avec un « On a bien le droit d’avoir un point de vue FRANCAIS ». Sauf que cette phrase de Mélenchon, elle te laisse gêné aux entournures. Parce que toi, tu penses manifester contre le capitalisme français, entre autres, alors comment pourrais-tu avoir un « point de vue FRANCAIS », en commun avec l’extrême-droite, la pointe la plus dure des capitalistes ?

Bon, tu pourrais ne plus penser à la phrase de Mélenchon,surtout si tu n’es pas au Front de Gauche. Seulement voilà, ce soir , et les jours qui viennent, tu sais déjà que certains aspects de la manifestation vont t’y ramener.

Cette lourde insistance de certains militantEs sur Israël, les « lobbies » qui manipulent les chancelleries dans l’ombre, le « Nouvel Ordre Mondial de l’Oligarchie qui ne dit pas son nom ».
Ces tracts, qui affirment que les massacres ne sont pas ce que l’on en dit, et que peut-être ils n’ont jamais existé, comme « d’autres avant dans l’Histoire ». Ce vocabulaire dont tu sais bien qu’il n’est pas celui de la gauche, ces insinuations dont tu sais très bien qu’elles ne font pas seulement référence à la guerre d’Irak. Ces militants, qui vont t’accoster , et qui te diront au bout de cinq minutes que Bachar El Assad n’est pas du tout le monstre que l’ « Occident américano-sioniste » décrit, ou que Kadhafi était un grand homme pour son peuple. Ce qui t’emmerdera plus que tout, c’est que les camarades, dans leur immense majorité feront semblant de ne pas entendre ce que disent et écrivent ces militants. Ou te diront, au mieux, de laisser tomber, qu’il y a « toujours des connards partout, mais que ça n’est pas représentatif ».

Et puis, il y aura aussi, rentré chez toi, cette question qui te pèsera sur l’estomac : admettons que pour une fois, la mobilisation fonctionne, et qu’il n’y ait pas « la guerre »….Mais qu’est ce qui se passera en Syrie, où tu sais très bien qu’il y a déjà la guerre ?

Oh bien sûr , Mélenchon et les autres ont une réponse en bas du tract. « Nous sommes aux côtés des démocrates syriens pour une solution politique et l’arrêt des massacres ».

Seulement, ils n’étaient pas à la manifestation de samedi dernier, avec les démocrates syriens pour l’arrêt de la guerre et des massacres. Bien sûr, il leur est arrivé d’en parler, de la Syrie, à la page douze du journal, il leur est même arrivé quelquefois de diffuser une vague protestation contre un massacre particulièrement massif, ces trois dernières années. Les protestations version « minimum syndical », celles où il n’y a aucun rendez-vous concret à la fin. Celles assorties de réserves , sur les manipulations possibles de l’opinion, sur les intérêts des « Occidentaux et d’Israël » qu’il convient quand même de dénoncer dans cette affaire, sur l’opposition syrienne qui est loin d’être composée uniquement de gentils ( non, vraiment?). Le genre de protestations , qui après les avoir lues , te donnent surtout le sentiment qu’il ne faut pas se mêler de cette affaire…

Aujourd’hui, camarade, tu vas donc t’en mêler. Pour combien de temps ? Pour combattre quelle guerre et laisser finalement faire quelle autre guerre ?

En d’autres temps, en d’autres occasions, pourtant, tu agis et pense différemment.

Combien de fois as-tu vitupéré contre ce syndicat bidon qui manifeste une fois tous les deux ans « pour de nouveaux droits », mais refuse de participer aux grèves quotidiennes ?

Combien de fois as-tu répété qu’il fallait se méfier de ces partis politiques qui débarquent en période électorale , pour t’entraîner sur une mobilisation symbolique ayant pour but non avoué de promouvoir tel ou tel parti, dont il convient de faire oublier la passivité lorsqu’il était au pouvoir ? Et qu’il fallait plutôt , toujours, être avec ceux qui mènent les combats sur la durée.

Dans toute la France, depuis trente mois, des gens manifestent et se battent contre la guerre en Syrie, sur la durée. Toutes les semaines, tous les jours, en lien avec des progressistes syriens, avec celles et ceux qui se sont révoltés contre le dictateur il y a trente mois.

Ce soir, et dans les jours qui viennent, vont se mêler dans les rues celles et ceux qui ne combattent concrètement que certains bombardements et certains capitalistes, et celles et ceux qui soutiennent, ouvertement ou implicitement la dictature syrienne.

A toi de voir où est ta place, toi qui n’aimes pas la guerre.

Ci-dessus une photos de Homs, en juillet , avant LA guerre, enfin, celle qui n’a pas encore eu lieu, l’autre, ma foi…

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