Retours sur la révolution égyptienne en cours

 Posted by on 29 mars 2013 at 11 h 25 min  Actualité Internationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
mar 292013
 

Plusieurs textes autour d’une même thématique : le cours actuel de la révolution égyptienne, approchée plus particulièrement sous l’angle des formes d’auto-organisation populaire.

Les deux premiers textes sont de Jacques Chastaing, un trotskiste apparemment du NPA (ou proche) et font le point sur la situation politique et le mouvement de masse (le premier texte a été trouvé ici : http://www.contretemps.eu/interventions/%C3%A9gypte-logiques-sociales-chaos-politique, et le deuxième ici : http://juralib.noblogs.org/) .
Idem pour le troisième texte qui émane d’une site révolutionnaire tchèque (http://autistici.org/tridnivalka/).
Quant au dernier texte, traduit de l’italien, il a été diffusé par l’Organisation Communiste Libertaire et traite de l’auto-organisation de la lutte à Port Saïd, ville devenue un haut lieu du mouvement révolutionnaire.

Égypte: les logiques sociales du chaos politique
Presque deux ans après le surgissement de la révolution en janvier 2011, les derniers événements de cette fin de mois de novembre et de début décembre 2012 montrent un pouvoir de Morsi et des Frères Musulmans fortement contesté par la rue et par une large fraction de l’appareil judiciaire, laissant place au sommet à un chaos politique manifeste. Ces événements entrent en résonance au même moment avec ceux de Tunisie, où les manifestants réclamant des emplois à Siliana exigent pour cela la démission du gouverneur d’Ennahda, après la chute récente de celui de Sidi Bouzid pour les mêmes raisons. Cette contestation des pouvoirs islamistes sur fond d’effervescence sociale peut surprendre, tant les médias, en nous accoutumant ici à l’idée que la révolution était, sinon morte, du moins mourante sous l’étouffoir d’un hiver islamiste, ont occulté les très nombreuses luttes sociales qui n’ont quasiment pas cessé dans ces deux pays depuis les chutes de Moubarak et Ben Ali.

Il faut dire que la grille de lecture de bien des commentateurs se limite le plus souvent à l’opposition islam-laïcité ou démocratie/dictature pour le monde arabe, en ajoutant pour l’Égypte celle qui oppose les Frères Musulmans à l’armée. Ce qui occulte la lutte de classe. Or cette dernière, par son importance et sa constance, pèse considérablement au quotidien sur la vie politique, modifie les relations de l’islam à la laïcité, de la démocratie à la dictature et les alliances au sommet, qu’elles se nouent entre l’armée et les Frères Musulmans en Egypte, ou au sein de la Troïka en Tunisie.

Mais plus que cela, au fur et à mesure que les illusions sur les promesses de l’islam politique ou de la démocratie représentative s’usent, ces luttes sociales – qui ne portent pas seulement sur des questions économiques mais posent aussi depuis longtemps des questions politiques – menacent les autorités du spectre d’une deuxième révolution, clairement sociale celle-là. Et c’est cette menace qui est la cause de cette fébrilité au sommet depuis des mois avec ses très nombreux retournements de situation et du chaos politique tout particulièrement en Égypte. C’est ce que nous essaierons de décrypter spécifiquement pour ce dernier pays dans cet article autour des événements récents de novembre et décembre 2012.


Un nombre record de grèves

Les autorités ont recensé 2 000 grèves en Égypte sur les deux derniers mois (septembre et octobre 2012) dont, pour ce qui a été comptabilisé par le Centre Égyptien pour les Droits Économiques et Sociaux, 300 grèves et manifestations dans la seule première moitié de septembre. Le patronat égyptien se consolait pour sa part d’une baisse de 25 à 20% des entreprises privées en grève en novembre. Ce qui reste toutefois considérable. Le nombre de grèves qui ont marqué les deux ans de la révolution est le plus important de toute l’histoire de l’Égypte et la vague de cet automne/hiver 2012 figure parmi une des plus importantes1. Et cela alors que les grèves sont lourdement criminalisées. De nombreux syndicalistes sont condamnés à la prison et les amendes qui frappent les grévistes pouvant aller jusqu’à 50 000 euros, soit l’équivalent de 100 ans de travail car on ne gagne souvent guère plus de 50 euros par mois.

Ces grèves sont souvent partielles, locales, quelque fois généralisées à toute une profession, ou illimitées comme celle des médecins du secteur public qui a commencé le 1er octobre et qui dure toujours. Parfois encore, elles menacent de prendre un caractère de grève générale, sans toutefois avoir jamais atteint ce palier. Cependant, c’est cette menace qui a été la cause de la chute de Moubarak. Ces grèves sont économiques, portent sur des augmentations de salaires, l’embauche des précaires, parfois la nationalisation, mais depuis le début ont eu un caractère politique, exigeant souvent que les directeurs de sites ou de services, à tous les niveaux, soient “dégagés” comme Moubarak l’avait été.

Ainsi les employés du métro du Caire viennent tout juste d’obtenir en ce mois de novembre le limogeage de leur directeur. Ainsi, les salariés des entreprises sous commandement militaire (l’armée possède de 20 à 40% de l’économie) exigent que plus aucun officier ne participe à aucune instance de direction quelle qu’elle soit. De plus, ces grèves s’accompagnent souvent de la part des grévistes, mais aussi de la population, de blocages de routes, voies ferrées, administrations, commissariats de police, ministères, ainsi que d’occupations de lieux publics, d’attaques de bâtiments d’État au cocktail Molotov, de séquestration de responsables, de boycott de paiement des factures d’eau ou d’électricité, d’émeutes, etc. Les classes populaires montrent dans les faits qu’ils veulent compléter la révolution de janvier 2011 qui avait “dégagé” Moubarak en dégageant cette fois tous les petits Moubarak, de tous les types, à tous les échelons et dans tous les secteurs parce qu’au fond rien n’a changé pour elles, sinon ce droit de le dire.

Au fil du temps, ces luttes qui ne cessent pas, font naître une nouvelle génération de militants ouvriers. On est ainsi passé de 4 syndicats indépendants du pouvoir avant la chute de Moubarak à 800 aujourd’hui regroupant plus de 3 millions de salariés. Or ces militants, quasiment sans aucun droit syndical sinon celui obtenu par le rapport de force, risquant la prison ou la vie, ont vite compris qu’ils ne se heurtent pas qu’à leur propre patron mais au gouvernement et à l’État, tout en se frottant aux autres classes sociales qui, d’une manière ou d’une autre, occupent aussi l’espace de la contestation.

La situation rend ces classes populaires de plus en plus disponibles pour une conscience politique radicale. Aux présidentielles de juin 2012, le mouvement ouvrier présentait deux candidats pendant que le candidat socialiste (nassérien) surprenait tout le monde en faisant le meilleur résultat de tous les candidats dans les grandes villes et les quartiers populaires jadis acquis aux islamistes. On peut mesurer une des expressions de cette maturation dans la formation par les supporteurs Ultra des clubs de foot, d’un nouveau parti des « Ultras de la place Tahrir », féroces ennemis de l’armée et des Frères, fers de lance de la révolution, acclamés partout où ils se présentent et se référant clairement aux “travailleurs”.

Il ne fait pas de doute que cette nouvelle génération de jeunes militants “ouvriers” révolutionnaires inquiète le pouvoir qui comprend bien que le socialisme nassérien très institutionnel risque bien de n’être qu’une étape vers davantage de radicalité. D’autant plus que si, jusqu’à présent, la question démocratique a tenu le devant de la scène révolutionnaire, aujourd’hui, pour la majorité des égyptiens, peu importe la forme du régime – parlementaire, présidentiel, civil ou théocratique. Ils voient la corruption partout et sont d’abord et avant tout anxieux de la quête de leur gagne-pain, d’une vie digne et d’une justice sociale pour laquelle ils payent de leur vie.

Face à la montée populaire, les Frères Musulmans à la manoeuvre
La poussée populaire et sa recherche d’une expression politique

Jusqu’aux élections présidentielles de juin 2012, les grèves et manifestations ont continué sans faiblir, y compris dans la volonté politique manifestée dans nombre d’entre elles à dégager les petits Moubarak, mais sans toutefois trouver d’expression politique nationale. Or au premier tour des présidentielles, non seulement les différents candidats révolutionnaires obtinrent plus de 40% des suffrages, mais H. Sabbahi, socialiste révolutionnaire nassérien, est arrivé troisième, et très largement premier dans les quartiers populaires et les grandes villes malgré les fraudes massives2. Le vote islamiste, lui, s’est écroulé, passant de 70% aux législatives de l’hiver 2011 à 25% pour les Frères Musulmans. Le mouvement populaire trouvait, par le succès de H. Sabbahi, une première expression, même déformée, de ses intérêts politiques propres.

Pour essayer d’enrayer cette évolution, les militaires tentèrent un coup d’État fin juin. Craignant cependant, au vu des réactions de la rue, de déclencher une deuxième insurrection populaire, ils n’osèrent pas aller jusqu’au bout. C’est alors qu’en complicité avec les Frères Musulmans, ils choisirent le vainqueur du second tour, Morsi, candidat des Frères Musulmans. Ce dernier cohabita quelques temps avec le CSFA (Conseil Supérieur des Forces Armées) puis, le 12 août, toujours en lien étroit avec l’armée, procéda au limogeage de quelques ministres-généraux, donnant l’impression par cet apparent coup de force, de satisfaire aux exigences populaires qui réclamaient depuis février 2011 la mise à bas du régime militaire. Il faut dire que le temps leur était compté car, le 24 août, était annoncée une manifestation massive pour faire tomber le pouvoir islamico-militaire.

La manœuvre fit illusion un moment mais ce n’était qu’un sursis. Le mouvement social redoublant d’énergie à la rentrée scolaire en septembre, le pouvoir, à nouveau menacé, a alors tenté d’user du dérivatif religieux au travers de quelques imams, lançant la campagne contre le film “l’innocence des Musulmans”. Mais la combine fit long-feu, n’entraînant que quelques milliers de manifestants, même si ici, elle fut relayée avec gourmandise par les médias occidentaux. Le nouveau pouvoir des Frères Musulmans semblait déjà passablement déconsidéré et la ficelle religieuse assez usée.En effet, le 9 octobre, une manifestation célébrait l’alliance coptes-musulmans contre la haine religieuse. Le 10, les supporteurs de foot “Ultra”, fers de lance des affrontements de rue avec le pouvoir, réclamaient la démission de leurs dirigeants corrompus. Le 11, ils marchaient sur le palais présidentiel afin d’exiger justice pour 70 de leurs membres assassinés à Port Saïd et s’associaient à l’appel de 13 organisations socialistes, ouvrières, démocrates ou libérales à manifester le 12 octobre pour demander des comptes au gouvernement après 100 jours de pouvoir.

Pour tenter de freiner ce mouvement, le 8 octobre, le président Morsi, amorça sa politique qui trouvera son apogée avec le décret présidentiel du 22 novembre. Il amnistia les personnes arrêtées pour la défense de la révolution avant juin 2012. Le 10, il se saisit de l’émotion provoquée par l’acquittement des responsables de la “bataille des chameaux” où des chameliers à la solde de Moubarak avaient attaqué la place Tahrir, pour détourner la colère contre les responsables de l’ancien régime acquittés en promettant qu’il les ferait rejuger. Enfin il tentait de “démissionner” le procureur général d’Égypte considéré comme ayant failli dans le procès des chameliers tout en appelant lui aussi à la légitimité de la rue en proposant aux Frères d’occuper aussi la rue. Mais le 12 octobre, les Frères Musulmans étaient chassés de la place Tahrir par les manifestants à coups de pierres et les ouvriers de l’immense entreprise de céramique Cléopatra de Sokhna, bloquaient leur usine en se saisissant d’Abul Enein, le directeur et aussi le financier de la bataille des chameaux, montrant ainsi ce qu’ils entendaient par justice.

Le 17 novembre un fait divers indigna toute l’Égypte. Un train percutant un bus, provoqua la mort de nombreux enfants, révélant l’état de délabrement des services publics. Morsi négligea d’aller à l’enterrement des victimes alors que les Frères Musulmans ne sont pas avares de cérémonies funéraires pour leurs membres systématiquement présentés comme “martyrs”. Le 18 novembre, en mémoire des 45 manifestants tués et des 1500 blessés un an auparavant, notamment rue Mohamed Mahmoud, lorsque le peuple égyptien s’était opposé dans la rue à une première tentative de coup d’Etat constitutionnel de l’armée, des milliers de manifestants reprenaient le chemin de la rue Mohamed Mahmoud et tentaient d’en enlever les énormes blocs de béton qui la barrent pour bloquer l’accès au ministère de l’intérieur. Comme un an auparavant, les affrontements recommençaient mais cette fois avec des forces policières aux ordres des Frères Musulmans. C’étaient les premiers affrontements violents entre la révolution et les Frères Musulmans, révélant le fossé qui s’était creusé entre le peuple et les islamistes, et le feu qui couvait depuis des mois.

Le pouvoir politique accentue sa démagogie contre le pouvoir judiciaire et se met en conséquence au dessus des lois

Alors qu’on comptait déjà des centaines de blessés, sur fond de mouvements sociaux incessants exigeant de dégager les petits Moubarak, le pouvoir a tenté de détourner la colère en amplifiant ses attaques contre le pouvoir judiciaire. En révoquant le Procureur Général Abdel Méguid Mahmoud, qui refusait de se laisser démissionner, Morsi espérait récupérer l’indignation qu’avait provoqué le verdict du procès très médiatisé des chameliers, symbolisant de fait tous les procès intentés contre le camp Moubarak, des responsables du Ministère de l’Intérieur ou des policiers qui se sont presque tous soldés par la relaxe des accusés. Et notamment le dernier d’entre eux, le 22 novembre où tous les policiers accusés ont été acquittés. En réponse à ce dernier procès, Morsi posait son décret constitutionnel avec comme premier point :

“Toutes les enquêtes sur le meurtre de manifestants ou sur l’utilisation de la violence ou de la brutalité à l’égard des manifestants seront reconduites. Les responsables politiques et exécutifs de l’ancien régime qui sont impliqués dans ces cas seront rejugés, conformément à la Loi sur la protection de la révolution et d’autres lois”.

Par la suite, dans sa déclaration constitutionnelle, Morsi a promis des pensions complémentaires à tous ceux, et leurs familles, qui ont été grièvement blessés pour la révolution. Puis il a mis l’Assemblée Constituante et le Sénat à l’abri d’une dissolution par la Haute Cour Constitutionnelle. Celle-ci a en effet dissous en avril 2012 la première Assemblée Constituante largement dominée par les islamistes puis dissous à nouveau en juin le Parlement à majorité islamiste. Des rumeurs insistantes faisaient état d’une prochaine invalidation de la deuxième Assemblée Constituante désignée en juin 2012 car elle a été nommée par les membres d’un parlement qui a été jugé lui-même inconstitutionnel, puis enfin la dissolution du Sénat à majorité islamiste.

Début novembre, cette possibilité semblait confirmée par le fait que les représentants coptes et plusieurs libéraux avaient claqué la porte de la deuxième Assemblée Constituante, accusant les islamistes de vouloir proposer une Constitution sans réelle concertation et avec de trop nombreuses références à l’Islam. Le 22 novembre, il n’y a plus que des islamistes dans l’Assemblée constituante. Or si la Haute Cour dissolvait l’Assemblée Constituante, la situation serait complètement bloquée pour les islamistes, puisqu’il n’y a plus de députés pour nommer de nouveaux membres de la Constitution et qu’on attend d’avoir une constitution pour organiser de nouvelles élections parlementaires. Le point 2 du décret constitutionnel de Morsi annonce alors :

“Aucune des déclarations constitutionnelles, lois et décrets pris depuis que le Président Morsi a pris le pouvoir le 30 Juin 2012 ne peuvent être portés en appel ou révoqués par toute personne ou un organisme politique ou gouvernemental jusqu’à ce qu’une nouvelle constitution ait été ratifiée et un nouveau parlement élu”.

Morsi, le Sénat et l’Assemblée Constituante échappent donc au contrôle de la justice. Puis, devant rendre une constitution avant le 1er décembre, l’Assemblée Constituante finalise sa rédaction, la soumet au vote interne le jeudi 29 novembre puis annonce un référendum populaire pour l’avaliser ou non, dans la quinzaine suivante, le 15 décembre.

Le peuple révolutionnaire cherche sa voie
Le pouvoir judiciaire et la révolution refusent de plier

Mais dès le lendemain du décret présidentiel, les manifestations de colère contre ce coup de force viennent s’ajouter aux manifestants de la rue Mohamed Mahmoud et n’ont pas cessé pas jusqu’au 5 décembre, date à laquelle nous écrivons. Elles ont ainsi rassemblé quotidiennement des centaines de milliers de manifestants dans toute l’Égypte, en particulier les 27 novembre et les 1er et 4 décembre. Le 27 novembre, dans la plupart des villes du pays, les manifestants accusent Morsi de vouloir instaurer une nouvelle dictature. Il est conspué, assimilé à un pharaon, un fasciste, caricaturé sous les traits de Morsilini. De nombreux locaux des Frères Musulmans sont attaqués et brûlés, un membre de la confrérie est même tué, en même temps que les premiers slogans de la révolution réapparaissent : “pain, justice sociale et liberté” ou “le peuple veut la chute du régime”. En tentant d’assimiler tout le pouvoir judiciaire au camp Moubarak afin d’éviter la dissolution par ce dernier des institutions qui lui sont acquises, Morsi commet une erreur.

Certains des hauts magistrats comme le procureur général ou le président du “Club des Juges”, Zend, sont dans le camp Moubarak. Mais c’est loin d’être une règle générale : nombre d’entre eux ont en effet mené depuis les années 1980 un combat pour l’indépendance du pouvoir judiciaire contre le pouvoir politique et Moubarak. De 2000 à 2008 par exemple, ils ont présidé l’instance la plus représentative de cette profession : le “Club des Juges”. Celui-ci s’est fait particulièrement connaître en participant autour de 2005 aux initiatives de “kifaya” (« ça suffit »), le mouvement qui animait à ce moment la contestation démocratique de la dictature et dont bien des membres sont des figures aujourd’hui du mouvement démocratique révolutionnaire. De plus, les juges ont en Égypte un poids social très important du fait qu’il n’y a guère d’Etat social et pas d’autre recours que la justice en cas de difficulté ou de litige.

Ainsi le symbole de l’indépendance du système judiciaire à l’égard du pouvoir politique, sous la domination de Moubarak hier ou de Morsi aujourd’hui, représente une part de la révolution démocratique. Morsi, en se mettant au dessus du pouvoir judiciaire, n’a pas fait qu’attaquer une justice aux ordres de Moubarak ; il a également insulté l’indépendance judiciaire et fait porter un doute sur l’honnêteté de ses attaques contre le clan Moubarak, devenant ainsi aux yeux de beaucoup un apprenti dictateur. C’est pourquoi, on a pu voir en particulier le 27 novembre de nombreuses femmes voilées et des imams ou autres responsables religieux participer aux manifestations anti-Morsi aux cris de “Morsi dégage” ou “A bas le nouveau pharaon”.

Le “Club des Juges” entraînant la grande majorité des juges a dés lors appelé à la grève illimitée des cours de justice jusqu’au retrait du décret. Cette résistance a immédiatement trouvé un écho populaire, d’abord dans le milieu judiciaire (juges, avocats et étudiants), les cours de justice se mettant très largement en grève, mais aussi chez les artistes ou dans la presse dont on vit des cortèges professionnels les 27 novembre et 1er décembre. La presse se sent elle aussi menacée, voyant dans la remise en cause l’indépendance du système judiciaire, l’annonce de la fin de la liberté d’expression et de l’indépendance de la presse si chèrement acquises en janvier 2011, et qu’un harcèlement de la part des islamistes a mis à mal dès juin 2012. Aussi la presse annonça une grève de toute la profession pour le mardi 4 décembre. Il en va de même pour les artistes, sur lesquels la censure moyenâgeuse des islamistes a commencé à peser, à travers l’interdiction de certaines de leurs œuvres. Enfin l’écho de la fronde des juges fut plus largement entendu par tous ceux à qui la dictature fait horreur à commencer par les “Ultras” et tous ceux dans les classes populaires dont les 100 jours de Morsi avaient prouvé qu’ils ne feraient rien pour elles sinon leur envoyer sa police lors de leurs grèves et manifestations pour un emploi ou des salaires décents. En outre, Morsi se mettait à dos d’une part les salariés en préparant des mesures coercitives contre le droit de grève et d’autre part les nouveaux syndicats indépendants, en tentant d’en reprendre le contrôle, puis en relançant le syndicat haï de Moubarak, remplaçant simplement ses affidés par des membres des Frères Musulmans.

Aussi le 27 novembre, alors que des affrontements violents opposaient les manifestants d’un côté, la police et les Frères Musulmans de l’autre dans les rues des grandes villes, la place Tahrir retrouvait en quelques sorte l’ambiance de fête joyeuse, la communion des différentes classes populaires des premiers jours, Morsi ayant réussi à unifier contre lui la révolution sociale et la révolution démocratique. Bien des bourgeois descendaient dans la rue contre l’obscurantisme religieux, alors qu’ils n’y étaient plus retournés depuis les 18 jours de la chute de Moubarak, ne voulant pas encourager par leur présence cette révolution sociale grondante qui s’attaquait à leurs revenus et menaçait leur propriété.

Les effets de la rupture entre révolution démocratique et révolution sociale

Bien sûr, des partisans du système Moubarak se sont aussi saisi de la situation pour manifester… pour la première fois de leur vie. Tel le président actuel du “Club des Juges” qui avait réussi à déloger les juges démocrates de sa direction en 2009. On peut aussi facilement imaginer que bien des membres du PND (l’ancien parti de Moubarak) ou de l’armée, peu convaincus par la stratégie d’effacement et de soutien du CSFA (Conseil Supérieur des Forces Armées) aux Frères Musulmans, ont vu une occasion d’affaiblir leurs frères ennemis.

On a ainsi pu voir Amr Moussa, ancien ministre de Moubarak et président de la Ligue Arabe, jurer aux côtés du libéral El Baradei et du socialiste nassérien H. Sabbahi (le plus applaudi place Tahrir), réunis dans un nouveau Front de Salut National, qu’ils ne quitteraient pas la place Tahrir tant que le décret présidentiel ne serait pas retiré. Par cette alliance, les libéraux et socialistes nassériens montraient qu’ils préféraient l’entente avec des anciens du régime Moubarak plutôt qu’avec les éléments les plus radicaux qui ont émergé du processus révolutionnaire égyptien. C’est ce qui a permis à Morsi d’affirmer aussitôt que les manifestants étaient des complices des “feloul” (les partisans de Moubarak) ou manipulés par eux, ciblant particulièrement Amr Moussa voire El Baradei.

D’autant plus qu’après la première journée de manifestations du 27 novembre, à laquelle l’irruption populaire avait donné une tonalité sociale et radicale, exigeant clairement la chute du régime et le départ de Morsi, très rapidement une grande partie de la presse, bien des intellectuels et artistes ainsi que les responsables politiques libéraux mais aussi les socialistes nassériens et bien d’autres, mettaient tout leur poids dans la balance pour canaliser le mouvement vers la seule exigence du retrait du décret présidentiel. On vit ainsi Sabbahi déclarer respecter l’élection “démocratique” de Morsi. Mais en abandonnant ainsi la révolution sociale, la révolution démocratique perdait alors une grande partie de son élan. C’est pourquoi, aux manifestations anti-Morsi du 1er décembre, malgré le large soutien de la presse, on a assisté à un léger recul de participation, la tonalité dominante passant de “pain et justice sociale” à “retrait du décret”. Dès lors également, le caractère anti-Morsi et Frères Musulmans des manifestations prenait un sens anti-religieux, plutôt que celui d’une contestation de la politique des religieux.

Cela a provoqué deux réactions :

- D’une part au sein du mouvement de contestation, où surgissaient des banderoles proclamant “ni Morsi ni feloul” et où la jeunesse des partis membres du Front de Salut National déclarait rompre avec ces partis du fait de leur alliance avec les “feloul”. Cela sans parler de l’attitude d’un certain nombre de mouvements de démocrates ou socialistes révolutionnaires, qui ont dénoncé le faux clivage laïc/religieux.

- D’autre part au sein des Frères Musulmans. Rassurés par l’allégeance des dirigeants libéraux à la légitimité électorale de Morsi, c’est-à-dire par la rupture de la révolution démocratique avec la révolution sociale, et donc par cette solidarité de fond entre eux et les les libéraux contre le peuple des grèves, ils en ont profité pour reprendre l’initiative. Ils se sont ainsi appuyés sur leur démagogie anti-feloul pour tenter de regagner les faveurs de la population, proposant tout à la fois le 2 décembre une contre-manifestation de soutien à Morsi et à ses mesures, puis organisant à partir du 3 décembre l’encerclement du siège de la Haute Cour Constitutionnelle pour l’empêcher de siéger et donc de prononcer l’inconstitutionnalité du Sénat, de l’Assemblée Constituante et par là, des décrets Morsi. Enfin, ils ont lancé un appel au peuple à se faire juge lui-même par référendum le 15 décembre, pour ou contre le décret présidentiel. Le fond de leur argumentation s’adressant tout à la fois à la révolution au nom de l’épuration des pro-Moubarak du système judiciaire et à la contre révolution par la défense de la bonne marche des affaires du pays, présenté comme bloqué par les “feloul” et leurs nouveaux alliés du système judiciaire.

De fait, les juges et les libéraux n’avaient plus le choix que d’en appeler à la démocratie directe du peuple, des grèves et des manifestations contre la démocratie indirecte du référendum (sujette à toutes les tricheries des détenteurs d’argent), ou de se soumettre.

La rue reprend l’initiative

Ils n’ont choisi ni l’un ni l’autre. La Haute cour Constitutionnelle s’est déclaré en grève illimitée tout en refusant de participer à l’organisation du référendum. La fronde des juges continue mais, en même temps, refuse de s’appuyer sur la force vive du peuple. L’enjeu de la situation au sommet est en effet de savoir si pour les hommes d’affaires – et les américains – le meilleur moyen de faire cesser les troubles est d’abandonner le pouvoir déliquescent des Frères Musulmans ou de les aider à tenir en réprimant les manifestations. Les Juges ne sortent donc pas de leur rôle de garant de l’ordre social.

Pour autant, appuyé sur cette fronde judiciaire et de manière complémentaire, le Front de Salut National des libéraux, de quelques anciens PND et des socialistes nassériens, choisit le soutien du peuple en appelant à une marche le 4 décembre sur le palais présidentiel à Héliopolis pour interpeller le président aux cris de “retire le décret sinon retire-toi”, tout en déniant toute légitimité au référendum de Morsi. En refusant à juste titre de jouer le jeu électoral des Frères, le Front donne ainsi la primauté à la rue, appuyant par là les mouvements démocrates et socialistes les plus radicaux.

Bien sûr, ils parlent toujours de faire reculer Morsi sur le décret, pas de le renverser, mais c’est bien la première fois que le peuple est appelé à marcher sur le palais présidentiel. Tous les révolutionnaires qui souhaitent la chute du régime se sont ainsi emparé de l’appel au 4 décembre, du refus du référendum et de la marche sur le palais, le comprenant comme ils le voulaient, pour donner encore plus de force aux aspirations du peuple de la rue depuis un certain temps : la chute du régime. Le 4 décembre, des centaines de milliers de manifestants occupent à nouveau les rues du Caire, encerclent le palais présidentiel, forcent les premiers barrages policiers et obligent Morsi à une demi-fuite honteuse. Ils montrent alors que le président n’a plus ni le soutien populaire ni même peut-être celui d’une bonne partie de l’appareil d’État, qui a semblé assez timoré ce jour-là.

Les manifestants du 4 décembre ont à nouveau redonné l’initiative à l’opposition et à la démocratie directe de la rue. Bien sûr, Morsi tente de s’accrocher à la légitimité électorale du référendum du 15 décembre mais ce dernier, au vu de l’ambiance actuelle, pourrait être victime, plus que de l’abstention, d’un boycott actif et massif qui le rende sinon impossible tout au moins totalement illégitime. Il lance également à l’assaut ses bandes de nervis le 5 décembre pour évacuer les quelques centaines de manifestants qui sont restés devant le palais. Cela provoque une mobilisation de très nombreux militants anti-Morsi qui accourent à Héliopolis défendre leurs camarades et entraîne une nuit d’émeutes faisant 5 morts et 600 blessés.

Morsi s’est ainsi tiré une balle dans le pied. Là où il pouvait auparavant jouer au rassembleur du peuple légalement élu et légitime, il apparaît aujourd’hui comme un chef de bande et le principal responsable des violences. Quatre conseillers présidentiels démissionnent, notamment le président du Comité électoral que Morsi vient de nommer pour la bonne marche du référendum ainsi que le président de la TV égyptienne. Les locaux des Frères Musulmans sont attaqués, saccagés ou brûlés dans de nombreuses villes comme Ismaïlia, Suez, Alexandrie, Mahalla, etc. Les Frères Musulmans semblent contrôler le pays comme le pilote du Titanic avant qu’il ne sombre.

L’opposition libérale et démocratique paraît entrevoir la chute possible du régime des Frères Musulmans – en tous cas son affaiblissement fatal – et par là sa propre accession prochaine aux responsabilités, tout en ne craignant pas trop encore le camp social en en constatant l’immaturité politique. Ainsi continue-t-elle à appeler non seulement au boycott du référendum mais une nouvelle fois à la légitimité de la démocratie directe par une grande manifestation le 7 décembre, tout en disant que Morsi est de plus en plus en train de perdre sa légitimité électorale. Elle présente cette manifestation comme le dernier avertissement pour retirer le décret, celle du “carton rouge”. Elle s’adresse tout à la fois à la rue et au sens des responsabilités des notables, laissant entendre et menaçant que si Morsi s’entêtait, il porterait, lui, la responsabilité de sa chute par la rue et de toutes les conséquences que cela pourrait entraîner.

Retirer le décret présidentiel ou dégager tous les petits Moubarak ?
Si le régime des Frères Musulmans tombait dans la période qui vient au profit des libéraux appuyés par les démocrates, on peut imaginer facilement toutes les répercussions sur la Tunisie, qui est en train de prendre le même chemin, sur l’ébranlement de l’Arabie Saoudite, de l’ensemble de la religion et d’ailleurs. Il n’en restera pas moins que le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, ne pourra et ne voudra, pas plus que ses prédécesseurs, satisfaire les revendications sociales des classes populaires. La révolution devra continuer sa marche en avant.

Or si les grandes étapes de la révolution se sont bâties depuis deux ans autour des mouvements sociaux, à commencer par la chute de Moubarak elle-même, ce sont principalement les objectifs démocratiques – liberté d’expression, de la presse, élections, constitution – qui ont occupé jusque là le devant de la scène politique. Et cela bien qu’une grande partie des grèves porte une expression politique forte, appelant depuis longtemps à compléter la révolution de 2011 en “dégageant”, à tous les niveaux de l’État et de l’économie, tous les petits Moubarak.

Le peuple qui avait cru un temps dans l’armée, a rompu psychologiquement et politiquement avec elle le 9 octobre 2011, lors des massacres de coptes devant le siège de la Télévision. Il a alors mis sa confiance dans la démocratie électorale représentative et les partis islamistes qui lui paraissaient, plus que les autres, porter des valeurs morales d’honnêteté. Mais avec des manifestations, grèves et luttes qui n’ont jamais cessé, une nouvelle confédération syndicale de 3 millions de membres, des collectifs multiples, des associations de cinéastes, vidéastes, artistes, etc., qui ont modifié le paysage psychologique, médiatique, intellectuel et politique du pays, la partie la plus consciente du peuple a rompu du 25 janvier au 11 février 2012, lors de mouvements encore plus importants qu’un an auparavant, avec ses illusions sur la démocratie représentative et l’islam politique. Ce que les manifestations du 27 novembre et 4 décembre 2012 illustraient encore une fois de manière plus démonstrative.

La nouvelle génération de jeunes militants qui est en train d’apparaître, issue des classes pauvres, des quartiers populaires, des usines, de certains cercles ouvriers syndicaux les plus avancés mais aussi des milieux étudiants et lycéens, cherche dans le programme socialiste les outils intellectuels d’une deuxième révolution. Cela est apparu en février 2012 à travers un premier appel des étudiants aux ouvriers, puis en juin 2012 dans le succès électoral du socialiste nassérien H. Sabbahi, véritable vainqueur politique de ce scrutin. Un vote “socialiste”, l’exigence politique des grèves à “dégager les petits Moubarak” à tous les niveaux, une avant-garde cherchant les voies d’une deuxième révolution, le chaos politique au sommet, ceux d’en bas qui ne veulent plus et ceux d’en haut qui ne peuvent plus, n’est-ce pas le germe et les outils d’une marche vers le pouvoir populaire ?

L’enjeu tient donc actuellement dans la capacité des militants ouvriers, étudiants, intellectuels, Ultra et socialistes révolutionnaires à donner à cet objectif une politique au quotidien. Au-delà de la chute du régime actuel, cela implique aujourd’hui la volonté de se faire les porte-parole de l’exigence populaire à dégager tous les petits Moubarak pour ne pas laisser place à la seule démagogie frauduleuse des Frères Musulmans. Cela suppose également l’appel à la construction de collectifs populaires, à tous les niveaux, du local au national, visant à donner de la visibilité, de l’efficacité et de la force à cette exigence populaire d’une deuxième révolution.

Une telle politique porte en elle, au travers de ces collectifs, ses propres organes de pouvoir populaire alors que la machine de l’État commence à se gripper à tous les niveaux. Et on voit à ce qui se passe en Tunisie en cette fin novembre, où les manifestants associent leurs revendications économiques pour l’emploi à celles, politiques, de dégager les gouverneurs (comme ils viennent de le faire à Sidi Bouzid ou comme ils le réclament à Siliana), qu’il ne s’agit pas d’une particularité égyptienne, mais bien des exigences actuelles de la révolution sociale, cherchant sa voie dans les bouleversements arabes.

Le 5 décembre 2012.

1. On peut se référer pour ces grèves en septembre/octobre à l’article sur l’Égypte publié par la revue Tout Est A Nous du mois de décembre.
2. A Alexandrie, le fief des islamistes, il a fait trois fois plus de voix que le candidat des Frères Musulmans.
Quelques leçons qu’on peut tirer des affrontements du 22 mars et comment la révolution a encore franchi une étape
Égypte : la peur et l’initiative changent de camp

Les derniers évènements du 22 mars baptisés “bataille de la colline”, lors de laquelle des milliers de manifestants ont tenté de mettre à sac le Quartier Général des Frères Musulmans dans le quartier de Moqattam au Caire et l’ont fait réellement dans le quartier de Monial ou dans les villes de Mahalla, Alexandrie ou Mansoura, ont mis au grand jour les évolutions souterraines de la conscience politique des Égyptiens ces derniers mois.

Les policiers et les islamistes ont peur

Lors de la révolution du 25 janvier 2011, les Égyptiens disaient que le principal acquis de la révolution était qu’ils n’avaient plus peur.

Deux ans et deux mois après, sous le régime militaire du CSFA ou celui des Frères Musulmans et leurs alliés salafistes et jihadistes, malgré l’utilisation régulière par les forces de police de balles réelles contre des manifestants pacifiques faisant des milliers de blessés et des centaines de morts, malgré les 12 à 15’000 condamnations à la prison de manifestants, malgré les tribunaux militaires pour les civils, les violences des milices islamiques, les détentions illégales, la torture y compris à l’encontre des enfants, les centres de détentions illégaux livrés au sadisme de tortionnaires, les obligations aux tests de virginité pour les manifestantes, leurs viols fréquents, malgré les arrestations arbitraires, des procureurs aux ordres, les mensonges, les fabrications de preuves, les faux examens médicaux, les multiples lois qui restreignent ou interdisent grèves et manifestations, malgré les lois martiales et les couvre feux, malgré les chars dans les rues, devant les écoles et les usines, malgré les menaces des chefs religieux musulmans ou chrétiens que les manifestants finissent brûlés en enfer, malgré les appels de l’opposition laïque du FSN au calme et aux manifestations pacifiques, malgré sa dénonciation des manifestants qui se défendent comme ils peuvent face à la violence institutionnelle, malgré ses projets actuels de co-gouverner avec les salafistes et les Frères Musulmans, malgré tout cela, la violence policière du régime ne fait plus rentrer les gens chez eux, terrorisés, mais les fait au contraire descendre dans la rue encore plus nombreux, encore plus en colère, encore plus déterminés et conscients.

Au point que le sport national est en passe de devenir l’incendie de préfectures, commissariats, véhicules de police et tous bâtiments appartenant à la police mais aussi aux Frères Musulmans et leur parti ainsi que le blocage des routes et des voix ferrées. Et il ne s’agit pas du passe temps de jeunes militants révolutionnaires dans les grandes villes mais de celui de tout un peuple jusque dans le plus petit village du pays.

Cela fait que maintenant — on l’a vu tout particulièrement en ces mois de février et mars 2013 — la peur a changé de camp : les policiers et les islamistes ont peur et tout le monde le voit. Il y a encore peu, même après la révolution, contre les violences de l’État ou des islamistes, on courbait le dos, on espérait au mieux une enquête et on protestait pacifiquement dans la rue. La police usait de violences contre ces manifestations et on recommençait. Une minorité seulement osait relever vraiment la tête et répondre. La presse, le plus souvent, s’accordait alors pour dénoncer la fatigue du peuple égyptien qui n’aurait plus supporté les violences exagérées de ses jeunes révolutionnaires. Aujourd’hui, cet état d’esprit est très largement dépassé et c’est tout un peuple qui a à l’esprit, “sang pour sang” et justice populaire directe.

Les policiers humiliés, apeurés, incertains de leur avenir, sous les ordres de Frères Musulmans qu’ils pourchassaient hier, se sachant haïs par un peuple qui n’a plus peur d’eux, remplissent les hôpitaux psychiatriques ou font grève comme en mars, face à un choix d’une logique infernale pour eux : soit le droit d’encore plus tuer et torturer soit leur fuite avec drapeau blanc comme on a vu certains policiers le faire à Port-Saïd en février soit encore faire pression sur le gouvernement comme ils l’ont fait en mars en demandant la démission du ministre de l’intérieur et une autre politique sociale qui ne fasse plus d’eux les boucs émissaires de la colère populaire. Quoi qu’il en soit, l’État policier est en faillite.

Il en va de même en ce qui concerne les islamistes. On voit des taxis au Caire portant l’écriteau “interdit aux Frères Musulmans”, des prédicateurs en mosquée dénoncer les islamistes qui sont de faux musulmans, ces croyants scander dans les mosquées “À mort M. Badie” (le dirigeant des Frères Musulmans), des manifestants brûler des drapeaux du Qatar, des femmes lyncher des salafistes qui tentaient de les harceler, des femmes encore défiler armées de couteaux de cuisine en en menaçant tous les harceleurs, islamistes en premier lieu, des femmes toujours se dénudant devant les écrans d’internet et criant la libre disposition de leurs corps contre toutes les religions, des jeunes conférenciers de 18 ans faire des exposés très suivis sur l’athéisme dans des mosquées, des centaines de milliers de manifestants scander des slogans identifiant islamisme et fascisme…

Le score électoral des frères Musulmans en milieux professionnels illustre cette transformation radicale des esprits. En mars 2013, après son effondrement dans les élections politiques, il s’écroule aux élections professionnelles chez les étudiants, les journalistes, les pharmaciens avant probablement qu’il ne s’effondre aussi chez les avocats, médecins ou enseignants… alors que les étudiants et les professions libérales étaient le fief des islamistes et leur moyen d’influencer les milieux plus populaires.

La “bataille de la colline” est la partie visible de ce séisme mental. La religion d’obédience saoudienne, conçue comme une police des esprits est devenue tout aussi insupportable que l’État policier lui-même. Cet islam, imposé au peuple par les régimes militaires de Sadate et Moubarak par de multiples pressions jusqu’aux primes aux familles qui voilaient leurs filles et l’abandon volontaire aux Frères Musulmans, dans un partage des pouvoirs, des syndicats professionnels et de la charité publique, toute cette prison mentale se désagrège.

Une anecdote révélatrice : à l’université Al Ahzar du Caire, l’épicentre moyen-oriental prestigieux du conservatisme religieux dominé par les Frères Musulmans et les Salafistes, où le rire et la musique ne sont pas bien vus, un étudiant à joué de la guitare comme on l’imagine d’un hippie des années 60 et autour de lui tout le monde s’est mis à chanter, pendant que dans ce temple de la spiritualité et de la misogynie, un mouvement de grève dure depuis une semaine… pour l’amélioration de la nourriture, des dortoirs et plus de respect pour les femmes. À l’université britannique privée du Caire où les études commerciales comptent pour beaucoup, les étudiants ont fait grève, demandant le départ du directeur pour exiger qu’on n’y fasse plus l’apologie du profit dans les études. Le saint Coran ou le saint Capital… tout fout le camp !

Désagrégation de l’autorité de l’État, crise économique, révolution de la faim et embryons de démocratie directe

Mais il y a plus. Avec la désagrégation de la police et de l’autorité des frères Musulmans et autres islamistes, c’est l’ autorité de l’État lui-même qui se désagrège ouvrant la porte à la démocratie directe comme l’espèrent certains ou au chaos comme le craignent d’autres.

Selon Hani Shukrallah, un des éditorialistes les plus lus dans le pays, l’Égypte est entrée dans une nouvelle trajectoire historique du même type que celle qui a suivi la défaite de Napoléon sous les pyramides avec Mohamed Ali ou le moment qui a suivi l’indépendance avec Nasser. Avec la désagrégation de l’autorité de l’État et de la religion, l’apparition de milices islamistes, il craint certes la possibilité d’une évolution somalienne et de ses seigneurs de guerre comme la Chine et la Russie post-révolutionnaires en ont connu la tentation en leur temps. Mais il croit plus à l’Égypte de la haute culture multi-millénaire et à une sorte de démocratie directe où le peuple prendrait plus pleinement en mains son avenir.

On a vu à Mahalla el Kubra ou à Kafr el Sheikh en février et mars mais aussi dans certains villages, des tentatives de manifestants de prendre en main l’autorité municipale. Il semblerait que ces expériences aient été plus symboliques et momentanées que réelles et durables. Il en a été de même avec la police du peuple à Port-Saïd et ses prisons pour islamistes. Mais l’orientation est donnée, l’idée gagne les esprits. D’autant plus que cela rejoint une revendication populaire posée depuis le début de la révolution, celle d’une deuxième révolution qui dégagerait tous les petits Moubarak à tous les niveaux de l’administration, de l’État ou de l’économie.

Bien sûr l’opposition laïque regroupée dans le FSN, des libéraux à certains trotskystes ou facebookers connus, s’oppose de toutes ses forces à cette démocratie directe qu’elle assimile au chaos et ne continue à jurer que par l’État et les élections même si tous les Égyptiens ont pu vérifier par expérience que les élections n’ont rien de démocratique et que du coup la participation aux élections s’effondre.

Mais ce qu’il y a eu de particulier dans la “bataille de la colline” comme déjà un peu dans les manifestations de décembre 2012 et janvier 2013, c’est que, comme l’écrivait un blogger (Bigpharaoh), on n’avait plus affaire aux “protestataires chichis et facebookers d’Héliopolis (quartier chic du Caire). Le quartier de Moqattam où est installé le siège des Frères Musulmans étant entouré de quartiers populaires et de bidonvilles, l’opposition raffinée et les membres sophistiqués du FSN n’arrivaient pas à contrôler la classe ouvrière en colère… Un des candidats socialiste d’extrême gauche à la présidentielle a eu le bras cassé par les manifestants alors qu’il essayait de protéger des Frères Musulmans et des milices populaires d’auto-défense voient le jour comme la plus médiatisée d’entre elles, les Black Blocs égyptiens. […] Il en va de même à Alexandrie où ceux qui ont saccagé le siège des Frères Musulmans venaient de ces mêmes quartiers populaires, en ayant assez de voir comment les Frères Musulmans et les salafistes contrôlent la distribution du pain et du gaz. […] C’est le début d’une révolution de la faim.”

L’Égypte connaît en effet une grave crise des bouteilles de gaz, du gas-oil et du pain subventionnés qui sont à la base de la vie des classes populaires.

L’Égypte importe 60% de son gas-oil, l’État en subventionne les deux tiers pour les prix à la consommation, soit environ 55 milliards de Livres Égyptiennes chaque année. Or les réserves en dollars de l’État égyptien se sont effondrées et il n’est plus en situation de payer l’importation de gas-oil. En échange de son aide, le FMI a demandé une libéralisation encore plus importante de l’économie égyptienne (en partie encore dans les mains de l’État et surtout de l’armée) et des coupes draconiennes dans les subventions aux produits de première nécessité. Pour le moment, avant de passer aux baisses de subventions, l’État a augmenté des taxes et diminué la distribution de bouteilles de gaz et de gas-oil provoquant de graves pénuries et des hausses de prix sauvages au marché noir dans de multiples secteurs.

Il faut parfois faire la queue des heures et des heures voire une journée entière pour faire le plein de gas-oil subventionné. Bien des camionneurs, des chauffeurs de bus, microbus ou des paysans avec leurs tracteurs ne peuvent plus trouver le carburant nécessaire à leur travail. Le marché noir se développe. Certains pensent que hauts fonctionnaires et stations services trichent, ces dernières recevraient plus qu’elles ne vendent officiellement et écouleraient une partie de leurs stocks au marché noir à des prix beaucoup plus élevés. La conséquence, ce sont des hausses de prix considérables, ce qui renchérit les prix de multiples autres produits. Les fruits et légumes par exemple dont le prix a été souvent multiplié en peu de temps par deux ou trois en même temps qu’ils deviennent plus rares faute de distribution.

Mais ce sont aussi les bus scolaires, qui, faute de gas-oil, n’ont pu assurer le transport des élèves, beaucoup d’entre eux ayant manqué l’école, en particulier dans les petits villages, posant de nombreux problèmes aux parents. Or on approche du temps des examens où 18 millions d’élèves et d’étudiants vont vouloir se déplacer dans le pays.

Un des gros problèmes pour les gens, vient des coupures d’électricité du fait que les usines de production marchent au gas-oil. Le ministère du pétrole a déjà menacé le ministère de l’électricité de cesser de lui livrer du gas-oil si ce dernier ne lui payait pas ses 50 milliards de dettes. L’été dernier avait déjà été marqué par des coupures importantes dans les quartiers populaires (pas les riches) à un moment où les températures atteignent des sommets et où on a d’autant plus besoin des réfrigérateurs ou des climatiseurs. Cela avait provoqué tout l’été des émeutes populaires et des refus de payer les factures. Or déjà durant les trois dernières semaines, il y a eu des coupures d’électricité.

Mais le plus gros des problèmes est celui des boulangers et du pain. En effet les boulangers publics qui font et vendent le pain subventionné, base de l’alimentation des plus pauvres, n’ont pas reçu leur quota de gas-oil subventionné ce qui a déjà provoqué des pénuries. Mais ils craignent surtout ce que le gouvernement a annoncé, des cartes de rationnement du pain subventionné dans deux mois, en commençant à Port-Saïd. Ils n’ont guère envie de servir de boucs émissaires à la colère populaire. Aussi ont-il saccagé la semaine passée, pour la deuxième fois, le ministère de l’alimentation, comme des dizaines de minis émeutes, blocages de routes et voies ferrées, attaques de stations service ont traversé cette même semaine tout le pays, du sud au nord, pour exiger du gas-oil subventionné.

À cela s’ajoutent les hausses de taxe multiples qui ont déjà alimenté la colère populaire en décembre 2012 devant laquelle le gouvernement avait reculé. Mais il revient à la charge sous la presion du FMI. Il a annoncé ce mois-ci une hausse des taxes de 200% sur la bière et de 100 à 150% sur le vin. Et bien sûr, il justifie cela par des raisons religieuses. Lundi dernier le ministre de l’aviation a annoncé qu’il interdisait l’alcool dans les boutiques “duty-free” des aéroports. Le gouvernement pour sa part, a annoncé que les licences pour les débits d’alcool ne seraient pas renouvelées facilement et qu’il bannirait sa consommation dans les banlieues cairotes. Ainsi déjà dans la cité populaire du 6 octobre au Caire, cité de 1 million d’habitants, on ne trouve plus qu’un seul débit autorisé de boissons alcoolisées vendant les bières locales Sakara, Meister, Rex et Stella et les alcools étrangers. Mais l’Égypte est loin d’être fondamentaliste, des dizaines de millions d’Égyptiens boivent, surtout de la bière. Même les intégristes islamistes ou coptes boivent en cachette ou même pas. Ce qui fait que les distilleries et les fabrications diverses d’alcool plus ou moins clandestines, familiales ou plus larges, se multiplient. Ce qui n’est pas pour rien dans le rejet de l’islamisme rigoriste des Frères Musulmans ou des salafistes et dans l’incendie ou le saccage des sièges des Frères Musulmans. Après tout, la révolution française a commencé par des protestations et des émeutes aux barrières de Paris contre les taxes supplémentaires qu’on voulait imposer aux vins. Et Engels a décrit en son temps les émeutes de la bière en Bavière.

Dans tous les cas, les Égyptiens savent que le gouvernement ne pourra pas imposer plus que ça sa police des mœurs et des esprits. L’échec total du couvre feu qu’il a voulu imposer en février dans les villes du canal de Suez montre que sa perte d’autorité ne fait que dresser un peu plus le peuple égyptien contre tous les fondamentalismes et le pousser vers ce que ce dernier a appelé la “désobéissance civile”, qu’on appellerait plutôt ici “grève générale”, puisque le refus de payer les taxes, impôts et factures d’électricité, le refus d’obéir aux autorités d’État se mêlait au refus d’obéir aux patrons par de multiples grèves associant ouvriers, employés, étudiants, journalistes, enseignants, avocats, médecins, boutiquiers et artisans dans la recherche de leur propre administration directe. Le glissement du noyau central de la révolution des questions politiques vers les questions économiques, la prise en main progressive de la révolution par les couches les plus pauvres n’est autre que la transformation progressive de la révolution démocratique en révolution sociale, la recherche non seulement d’une démocratie politique directe mais aussi d’une démocratie économique, la remise en cause de la propriété.

La révolution égyptienne ne fait que commencer.

Jacques Chastaing, le 25 mars 2013

ÉGYPTE : Rien n’a changé, mais tout commence…

Tout homme, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, participe à la lutte des classes… Et cela, de manière active ou passive… En la développant et en l’approfondissant ou en la niant… Comme sujet de sa propre existence ou comme objet de sa survie sous la dictature de la valeur… Dans le camp du prolétariat ou dans celui-ci de la bourgeoisie… Comme être humain ou comme idiot utile du capital… « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. » (Karl Marx)

A travers ce petit texte sur les luttes actuelles en Égypte, nous tenons à souligner les affirmations importantes de la lutte séculaire de notre classe contre la tyrannie de la valeur, contre l’exploitation. Notre but n’est évidemment pas d’analyser ces événements pour simplement les comprendre, mais bien pour les transformer, pour bouleverser la quotidienneté historique de notre vie de misère de prolétaires qui nous étreint, afin d’éradiquer définitivement le rapport social capitaliste de la surface de notre planète. Nous ne tenons pas à passer notre temps à décrire à longueur de pages les horreurs de cette société de mort et de souffrance ; nous ne tenons évidemment pas à nous enfermer dans un rôle passif et académique. Nous ne nous intéressons pas plus à la biologie du capital, et n’avons aucune intention de le décrire de manière objective. Nous avons tout au contraire la prétention de participer directement à sa destruction finale et de nous inscrire dans le mouvement de sa nécrologie… Et cela signifie de se placer résolument au cœur des événements qui se déroulent sous nos yeux, d’en être résolument partie prenante comme force agissante et déterminante…

Depuis maintenant plus de deux ans, une importante vague de luttes traverse sans discontinuer le Maghreb et le Machrek. Tour à tour, la Tunisie, l’Egypte, Bahreïn, le Yémen, la Libye, la Syrie,… se sont embrasés de mille feux insurgés… Des « dictateurs » sont tombés, d’autres s’accrochent à leurs lambeaux de pouvoir, partout la répression est féroce, brutale, à la hauteur de la détermination des prolétaires à ne pas crever sur l’autel de la valeur sans au moins vendre sa peau le plus chèrement possible. Luttes contre la faim, contre la misère, contre l’augmentation des prix des denrées alimentaires « de base », contre le chômage, contre l’impunité des tortionnaires, contre l’arrogance affichée des maîtres retranchés dans leurs forteresses de moins en moins inaccessibles…

Et lorsque des « dictateurs » sont chassés sous la pression de « la rue » (doux euphémisme journalistique pour ne pas désigner simplement le véritable sujet de ces mouvements : le prolétariat en lutte !), ou mieux dit, lorsque la bourgeoisie mondiale et ses appareils centraux écartent tel ou tel de leurs gestionnaires qui ne sont plus aptes à maitriser la situation, alors de « nouvelles » figures apparaissent, des « alternatives » politiques plus crédibles sont poussées au portillon afin de rétablir la paix sociale et l’ordre du business. Mais très vite, la lutte reprend sa dynamique comme nous pouvons le constater depuis deux ans…

En Tunisie, il ne se passe plus un jour sans que les prolétaires en colère, qui décidément ne croient plus à aucune des promesses faites par les gestionnaires de leur survie, ne descendent dans les rues à Tunis, Sfax, Siliana, Kasserine, El Kef, Gafsa, Redeyef, etc. pour organiser des sit-in, des occupations, des grèves sauvages, sans que des commissariats de police ne crament, et ne répandent ainsi les semences d’une remise en question toujours plus globale de ce monde de misère. Les « nouveaux » dirigeants (un mélange de « progressistes » et d’islamistes) sont régulièrement hués lors de leurs apparitions publiques comme par exemple à l’occasion de l’anniversaire de « la révolution », des locaux du parti islamiste gouvernemental « Ennahda » sont incendiés par des prolétaires qui en ont plus que marre d’être toujours pris pour les dindons de cette farce bourgeoise.

Au début de ce mois de février encore, l’assassinat d’un « opposant de gauche » en pleine rue a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, et c’est par milliers que des prolétaires ont fait exploser leur rage. Chokri Belaïd était le dirigeant du « Parti Unifié des Patriotes Démocrates » (tout un programme… bourgeois !), une des plus importantes organisations membres du « Front Populaire » qui sous la pression du prolétariat doit quelque peu radicaliser son discours afin de se présenter comme une alternative crédible face aux islamistes et au « vide du pouvoir » qui pourrait être la conséquence du développement des troubles sociaux. La question ici n’est pas que des prolétaires se soient reconnus ou non dans un « opposant » au gouvernement de « Ennahda ». Ils n’ont fait qu’exprimer une forme d’empathie envers celui qu’ils considèrent comme une victime du même ennemi étatique, alors que les milices islamistes, les escadrons de la mort et autres flics font quotidiennement la chasse aux prolétaires radicaux, le jour comme la nuit. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’à cette occasion notre classe ait accentué son offensive et pris pour cible les représentations les plus évidentes et haïes de cet État…

En Syrie, il est indéniable que les bombardements des villes et les massacres, la terrible répression étatique et la militarisation de celle-ci, s’imposent comme une force lancinante qui tente d’embrigader les prolétaires en lutte (que ceux-ci soient armés ou non) à travers la constitution de deux fractions bourgeoises qui s’opposent pour la conquête du pouvoir et la gestion de l’antagonisme social. Toutes les puissances étatiques internationales et régionales (d’un côté la Russie, l’Iran, la Chine, de l’autre l’Arabie Saoudite, Qatar, la Turquie, la France, les USA, etc.) poussent à la militarisation de l’affrontement de classe, et ainsi à lui faire perdre sa dynamique de subversion de ce monde de misère, bref à dépouiller le prolétariat de son autonomie de classe… Le troisième camp en Syrie (c’est-à-dire le prolétariat opposé aux deux pôles de la contre-révolution) court à sa perte et à son embrigadement si l’isolement dans lequel il est plongé n’est pas brisé, si le contenu puissamment universel de sa lutte (comme de toute lutte de notre classe) n’est pas mis en avant, s’il ne trouve pas rapidement un écho à ses luttes, si de nouveaux foyers insurrectionnels ne se développent pas ailleurs afin de ne plus donner un seul instant de répit aux bourgeois voraces…

Et c’est précisément d’Égypte, où les roulements de tambours de notre guerre sociale résonnent toujours plus fortement, que proviennent les clameurs qui annoncent l’approfondissement plus résolu des antagonismes sociaux dans la région avant de toucher le monde entier.

« Ne votez pour personne… »

A la chute du « dictateur » Moubarak, l’ensemble de la bourgeoisie a claironné qu’enfin « la démocratie » allait être instaurée, que le « peuple souverain » participerait à l’élaboration de son avenir et que sa voix serrait enfin entendue. Mais très vite la bourgeoisie a du déchanter car que ce soit lors de l’élection de l’assemblée constituante en novembre 2011, lors de l’élection présidentielle en juin 2012 (avec plus de 58% d’abstention) ou du référendum sur la nouvelle constitution en décembre dernier (qui a vu un taux record d’abstention de plus de 68%), chaque tour du cirque électoral a été sanctionné par un véritable boycott actif d’importants secteurs du prolétariat. Près de la place Tahrir, un graffiti disait : « Ne votez pour personne. Personne ne tiendra ses promesses. Personne n’écoute les pauvres. Personne n’en a quelque chose à foutre. » Néanmoins l’État a réussi à mobiliser quelques millions d’idiots utiles qui se rendent complices des orgies électorales, et c’est ainsi que grâce au « peuple », les « nouveaux maîtres » du pays sont (provisoirement !) les « Frères Musulmans » et autres islamistes. Nous voyons donc très bien comment, à travers ce mythe démocratique du « peuple souverain », deux pôles contradictoires s’affrontent au sein de la même population : d’un côté « le peuple égyptien » qui a participé aux élections et donc au renforcement de la dictature démocratique, et de l’autre côté de la barricade sociale le prolétariat en lutte qui les a refusées et qui exprime par l’action directe son mépris (certes encore confus et limité) envers la démocratie.

Nous devons ici aussi souligner la très forte réponse que des militants qui se sont donnés pour nom « Camarades du Caire » ont adressée à « Occupy Wall Street » (OWS) en novembre 2011 qui, en guise de « solidarité », voulait envoyer des « observateurs électoraux » en Égypte afin de veiller au « bon déroulement » de la farce électorale… Voici ce que les « Camarades du Caire » déclarent : « Pour être francs, la nouvelle nous a plutôt choqués : nous avons passé quasiment toute une journée à nous demander qui pouvait bien avoir sollicité en notre nom une telle assistance. L’idée nous pose problème, et nous voulons participer à la discussion que vous avez à ce sujet. Nous pensons que vous êtes descendus dans les rues et que avez occupé vos places publiques et vos villes parce que vous n’étiez pas satisfaits par les fausses promesses du jeu électoral. […] Alors pourquoi nos élections devraient être acclamées, sachant que, même dans le meilleur des mondes possibles, elles n’amèneront qu’un nouvel organe ‘‘représentatif’’ qui gouvernera les 99% d’entre nous au service du 1% ? […] Est-ce cela que vous souhaitez ‘‘observer’’ ? »

Malgré les limites évidentes de ce texte, nous ne pouvons qu’exprimer notre véritable solidarité aux « Camarades du Caire » qui ont ainsi répondu à OWS dont la proposition signifiait que le monde capitaliste serait divisé en minimum deux parties, vivant des situations différentes et avec des tâches différentes à assumer : d’un côté le monde « occidental » et riche où les élections et le parlementarisme ne seraient plus à l’ordre du jour, et de l’autre côté les pays « sous-développés » ou le « Tiers-monde » où les tâches des masses prolétariennes seraient de défendre une fraction progressiste de la classe dominante et d’utiliser des moyens d’action bourgeois comme les élections… Cela est bien sûr complètement faux, paternaliste et dégueulasse pour nos frères et sœurs de classe qui dans le monde entier s’affrontent aux mêmes ennemis, à la même oppression, la même exploitation, et qui utilisent les mêmes armes et les mêmes moyens pour révolutionner ce monde, pour abolir cette société de classe.

Mais dès l’élection de l’islamiste Morsi à la présidentielle, il était clairement évident que cette fraction bourgeoise allait très rapidement se discréditer vu l’impossibilité de mener à bien sa tâche essentielle, c’est-à-dire gérer le rapport social capitaliste dans l’intérêt de la classe dominante, et tout à la fois faire semblant de satisfaire les promesses de changements et de « bien-être social » auxquelles quelques millions d’idiots utiles (« le peuple égyptien » travailleur et électeur) ont eu l’illusion de croire. Face aux désillusions, aux baisses de salaires, aux hausses des prix des produits de base, face à la répression toujours plus féroce, le prolétariat a repris son offensive et le président Morsi, à peine élu, s’est vu contesté dans la rue avec autant de force et de détermination que Moubarak le fut quelques mois auparavant…

« Rendre l’affaire non rentable pour les capitalistes »

Le moins que l’on puisse dire concernant l’Égypte, c’est que l’opération de maintien de la paix sociale, qui a consisté à dégager, au bout d’à peine dix-huit jours de manifestations et de grèves prolétariennes, un « dictateur » trop encombrant et incapable de gérer le rapport social capitaliste au mieux des intérêts du business, n’a pas du tout porté ses fruits. Malgré qu’une des premières mesures de rétablissement de l’ordre capitaliste prises par la clique des militaires après la chute de Moubarak, fut l’interdiction des grèves (« qui détruisent le pays » !), nous devons mettre en avant et affirmer que le prolétariat depuis deux années s’est refusé à toute discipline du travail, à tout sacrifice, bref, à sa mesure, il a tenté de « rendre l’affaire non rentable pour les capitalistes », pour paraphraser les camarades du KAPD au début des années ‘20. En octobre dernier, soit quelques semaines à peine après les élections présidentielles, un rapport de la « Banque Mondiale » révèle son « inquiétude » (c’est le moins qu’on puisse dire) face à l’ampleur du mécontentement social en Égypte où plus de 300 grèves sont relevées pour les quinze premiers jours de septembre, dont la plupart dans les secteurs clés de l’économie appartenant à l’armée. En septembre et en octobre, ce sont plus de 2.000 grèves qui sont recensées malgré la répression et la criminalisation des militants ouvriers.

En novembre et décembre derniers, on a fait beaucoup de foin autour des mesures « liberticides » (comme le clamaient tous les libéraux et autres adorateurs de cette hypocrisie qu’est la dictature démocratique) contenues dans le nouveau projet de constitution imposée par les « Frères musulmans », et donc en dernière instance par l’État des capitalistes dont ces islamistes et autres militaires ne sont que les représentants politiques. Mais ces manœuvres cachaient mal toutes les mesures de renforcement de la répression anti-ouvrière que contenaient entre autre cette même constitution, dans la lignée des nombreuses arrestations et procès contre des militants ouvriers impliqués dans la remontée des grèves sauvages. Et c’est contre cette énième tentative de museler notre classe que des milliers de prolétaires combattifs sont descendus dans les rues du Caire, d’Alexandrie, de Suez, Port-Saïd, Ismaïlia, etc., qu’ils sont partis à l’assaut du palais présidentiel, qu’ils se sont affrontés aux flics mais aussi aux milices islamistes et aux nervis de la branche armée des « Frères musulmans », qu’ils ont incendié des dizaines de leurs bureaux à travers tout le pays. Soulignons aussi qu’en exprimant ainsi tout son mépris envers le « nouveau pouvoir » islamiste (« démocratiquement élu » rappelons-le), nos frères et sœurs de classe voulaient également commémorer les importantes et sanglantes luttes de novembre de l’année précédente (connue sous le nom de la « bataille de la rue Mohamed Mahmoud ») qui boycottèrent l’élection de l’assemblée constituante et qui laissèrent sur le carreau plus de quarante des nôtres.

Toute cette insoumission, toute cette révolte, tout ce refus viscéral de se plier aux lois et aux normes de travail du général Capital, malgré les hochets des élections démocratiques qui sont laissés en pâture à notre classe, bref tout ce sabotage de l’économie nationale laisse précisément l’économie égyptienne dans un état de crise assez catastrophique. La monnaie locale, la livre égyptienne, doit être dévaluée, les réserves monétaires de la Banque centrale, qui était de 36 milliards de $ en janvier 2011 (soit juste avant la chute de Moubarak), n’étaient plus que de 13 milliards de $ deux années plus tard, soit de quoi honorer à peine trois mois d’importations de denrées de base. Le gouvernement égyptien a un besoin urgent de 15 milliards de $ pour équilibrer son budget ; seul le Qatar a accepté à ce jour de lui en prêter 5, ce qui est loin d’être suffisant. Dès l’été dernier, le président Morsi avait négocié un prêt de 4,8 milliards de $ avec le FMI, mais l’accentuation des grèves sauvages et des troubles sociaux ont suspendu cet accord. Le message « subliminal » du FMI étant de rétablir d’abord l’ordre et la paix sociale dans le pays, ainsi que de supprimer les subventions aux « produits de première nécessité » que le gouvernement égyptien continue d’octroyer, ce qui inévitablement engendrera de nouveaux troubles… De plus en plus, la bourgeoisie tant locale que mondiale se trouve dans l’impasse de sa crise systémique…

A l’approche du 25 janvier 2013…

Ce jour qui marque officiellement le deuxième anniversaire du début de « la révolution » qui renversa Moubarak, les forces prolétariennes se sont une fois de plus massivement exprimées dans la rue en s’affrontant aux forces de conservation de ce vieux monde. Ces événements ne constituent pas un « second tour de la révolution », un « second round », et encore moins une « seconde révolution », mais c’est le même mouvement de notre classe, le même processus de remise en question de ce qui existe, c’est le même mouvement qui continue, qui se développe et qui s’affirme toujours plus fortement. Et il n’y a pas seulement continuité dans le temps, c’est-à-dire le fait qu’il n’y a pas eu de « cessation des hostilités » entre le prolétariat et la bourgeoisie depuis ces deux dernières années. Il s’agit aussi du contenu de la lutte, de son reflet à travers lequel le mouvement se clarifie non seulement ce contre quoi il prend position ici et maintenant, mais aussi ce pour quoi il se bat dans le contexte historique. Pour beaucoup de ceux qui se sont révoltés contre Moubarak, il est clair aujourd’hui qu’en réalité ils se sont révoltés contre toute personnification du rapport capitaliste d’exploitation. Il s’agit de la continuité dans l’approfondissement de la rupture esquissée en janvier 2011 qui a acquis des couleurs vives dans l’inévitable processus de radicalisation. Notre classe ne se contente pas des quelques dépoussiérages de circonstance (que sont les divers tours du cirque électoral, une nouvelle constitution, la « liberté de la presse », etc.) parallèles aux diverses mesures visant à redresser l’économie nationale et donc à augmenter le taux de notre exploitation.

Tirant les leçons des violents affrontements en novembre et décembre derniers, des éléments plus déterminés et avancés de notre classe ont développé l’offensive et la sécurisation des rassemblements prolétariens à travers l’organisation de groupes autonomes de combat qui doivent répondre coup pour coup à toute velléité des nervis islamistes de réprimer notre mouvement. C’est ainsi que tous les médias s’en sont donnés à cœur joie et ont fait leurs choux gras de « l’apparition d’un nouveau groupe de Black Bloc en Égypte »… Sensationnalisme, quand tu nous tiens !… Mais cela fait des semaines, des mois, en fait depuis déjà avant « la révolution » de 2011, que de la dynamique du mouvement de lutte, l’associationnisme prolétarien se développe, se construit, se renforce en Égypte, comme partout ailleurs dans le monde où notre classe relève la tête après des décennies de souffrances, de soumission, de silence… Des entrailles de ce maelstrom social, du plus profond de l’affrontement séculaire entre les forces antagonistes de deux classes sociales, ressurgissent de multiples expressions et structures militantes, charriant dans leurs bagages les forces et les faiblesses de notre classe, ses limites et ses incompréhensions : « socialistes libertaires », « syndicalistes révolutionnaires », « socialistes révolutionnaires », « anarchistes », « communistes », « Black Blocs », « Ultras », « Hooligans », etc. sont les quelques étiquettes dont ces minorités se labélisent eux-mêmes ou encore que les médias bourgeois collent sur leurs activités, leurs ruptures et leurs hésitations.

Dès le vendredi 25 janvier donc, d’importantes manifestations et émeutes secouent tout le pays, marquant ainsi l’exacerbation de la crise globale (« sociale », « économique », « politique ») et la simplification des antagonismes entre les secteurs du prolétariat en lutte et la dernière alternative politique (les « Frères musulmans ») mise en avant par le système de gestion du capitalisme.

Le lendemain, l’annonce de la condamnation à mort de 21 supporters de football de Port-Saïd provoque un véritable embrasement : des commissariats de police sont pris d’assaut et incendiés ainsi que des locaux des « Frères musulmans », des groupes armés attaquent la prison centrale et tentent de libérés les condamnés… En trois jours, plus d’une quarantaine de prolétaires sont tuées par les flics, amenant le gouvernement à y instaurer l’état d’urgence et un couvre-feu, ainsi que dans les villes industrielles d’Ismaïlia et de Suez. Mais la population défie ouvertement cette décision en organisant des manifestations de nuit et des matchs de foot dans les rues auxquels participent des soldats supposés faire appliquer ce couvre-feu. Après quelques jours, ce dernier est « allégé », voire carrément supprimé par manque de confiance dans l’obéissance des soldats…

Dans le même registre de défaitisme parmi les « forces de l’ordre », notons encore que parallèlement à des manifestations de flics demandant au gouvernement plus de répression, plus d’armement pour « se défendre » et réprimer les « voyous armés », d’autres secteurs de la police descendent dans la rue à travers tout le pays, dès le 12 février, pour exprimer leur refus d’être utilisés comme instruments de répression envers la population.

Nous tenons aussi à souligner le mépris de notre classe envers l’attitude à « géométrie variable » (sans surprise…) de l’opposition bourgeoise (représentée principalement par la coalition du « Front de Salut National ») durant ces événements. Toujours à la traine du mouvement de notre classe, effrayé par sa vigueur et sa radicalité, tentant en vain de le canaliser, le FSN ira jusqu’à signer un accord avec les « Frères musulmans » condamnant « toute forme de violence » à la veille de l’importante manifestation du vendredi 1er février, afin d’essayer de prendre les rênes du mouvement et de pacifier notre colère. Mais la réponse de notre classe est cinglante, tant envers ces « opposants » bourgeois qu’envers le gouvernement puisqu’une fois de plus (et durant plusieurs jours) le palais présidentiel est pris d’assaut… Tous les appels ultérieurs du FSN à la « chute du régime tyrannique et de la domination politique des Frères musulmans », tentant ainsi de coller à l’état d’esprit du mouvement radicalisé, sont en pure perte car le niveau de discrédit de ces professionnels de la politique est tel parmi les manifestants qu’il n’y a plus qu’un dernier carré d’idiots utiles qui croient encore dans leurs mensonges…

Cela dit, nous ne tenons pas ici à polémiquer sur la teneur des événements de février 2012, qui sont à l’origine des condamnations à mort de Port-Saïd, lorsque furent tués lors d’échauffourées plus de 70 personnes assistant à un match de football entre un club local et un autre du Caire. Néanmoins, il ne fait aucun doute que certains secteurs de l’armée aient délibérément et sciemment tenté de punir les « hooligans » du Caire, connus pour leur implication et leurs activités militantes dans les troubles sociaux qui secouent l’Égypte. D’autre part, que des prolétaires « hooligans » de Port-Saïd aient pu être instrumentalisés afin de servir de mercenaires dans cette tâche abjecte, cela n’est pas encore prouvé, et même si ce fut le cas, ce ne serait pas la première fois dans la tumultueuse histoire des luttes de classe que certains prolétaires défendent (provisoirement) les intérêts de la bourgeoisie et de son État contre les leurs propres et ceux de l’ensemble de notre classe… Quoi qu’il en soit de cette affaire pour le moins trouble, les prolétaires en lutte à Port-Saïd ces dernières semaines ont clairement démontré de quelle côté de la barricade sociale ils se situent…

En effet, dès le dimanche 17 février, d’importants secteurs prolétariens de Port-Saïd ont entamé, en-dehors de toute structure syndicale et de tout parti politique, une campagne dite de « désobéissance civile », consistant à bloquer toute activité économique dans la zone industrielle stratégique du canal de Suez par l’arme de la grève générale, forçant certains navires à se dérouter, à ériger des barrages et des barricades aux principaux accès de la ville, à bloquer des lignes de chemin de fer et des routes, à organiser des piquets volants afin de faire débrayer les ouvriers d’autres usines, à fermer les écoles et les administrations publiques, à refuser de payer les taxes gouvernementales et locales, à boycotter le paiement des factures d’électricité, à s’affronter physiquement aux flics, à attaquer et incendier leurs repères, faisant plusieurs morts dans les deux camps, etc. Ce qui semble caractériser ce développement de la lutte, c’est l’auto-organisation des masses en colère qui se dotent une fois de plus de structures autonomes (« comités populaires », etc.) prenant en charge les divers aspects essentiels de la vie, tels que la distribution (gratuite ou non) de nourriture, tels que la question de la production (que produire et pourquoi ?), le refus du travail et du système scolaire, etc. Toutes ces expressions d’une rupture avec l’ordre sociétal établi ont fait dire à certains militants (peut-être un peu rapidement) que cette expérience de lutte à Port-Saïd est « une réalité sans précédent » ainsi que « l’expérimentation d’un nouveau mode de vivre, de produire, d’exister », et jusqu’à l’appeler la « Commune de Paris égyptienne »…1

Dans les jours qui suivent, cette campagne d’action directe s’est très vite répandue comme une trainée de poudre aux autres villes de la zone du canal, Ismaïlia et Suez, ainsi qu’à celles du delta du Nil : des affrontements violents éclatent entre les « forces de l’ordre » bourgeois et des prolétaires de plus en plus déterminés à en découdre, à Mansoura (plusieurs morts), Tanta, El-Mahalla El-Koubra, etc. qui semblent échapper au contrôle des partisans de la paix sociale… et jusqu’à Alexandrie et Le Caire. D’autant plus qu’à partir du 5 mars, des dizaines de commissariats de police dans les principaux gouvernorats du pays sont touchés par une grève des flics qui refusent d’être envoyés au front pour mater les grèves et les manifestations. Tout ceci marque une fois de plus un niveau important de dissolution des appareils centraux de répression de l’État… Cette question de « la sécurité » devient nodale pour l’État au point que le gouvernement envisage la création de « polices privées » pour rétablir l’ordre ou comme le propose les « ultraconservateurs » islamistes du groupe « Al-Gamaa Al-Islamiya » l’organisation de « milices de sécurité » afin de « défendre la propriété privée et les banques »…

Enfin, nous ne pouvons pas passer sous silence l’explosion de violence qui s’est déclenchée à la suite de la confirmation le samedi 9 mars de la condamnation à mort des 21 de Port-Saïd et surtout de l’acquittement de nombreux responsables de la police ou de leur condamnation à des peines symboliques. A Port-Saïd, des manifestants ont tenté de bloquer le canal de Suez, tandis qu’au Caire, des bâtiments de la police ont été incendiés ainsi que le siège de la « Fédération égyptienne de football », ce qui montre le peu d’intérêt que d’importants secteurs du prolétariat, actifs et combattifs, éprouvent à l’égard du football et du sport en général qui ne remplit plus sa fonction sociale de dérivatif et de carburant du nationalisme. Les stades sont désertés par les prolétaires qui ont mieux à faire en descendant dans les rues, en discutant de « politique » et en s’attaquant à la dégradation de leurs conditions de vie… Des groupes de supporters de foot, que ce soient les « Green Eagles » de Port-Saïd ou les « Ultras Devils » et « Ultras Ahlawy » du Caire sont impliqués dans les mouvements sociaux et constituent souvent les « troupes de choc » de ceux-ci. Même des joueurs de foot connus se détournent de cet aspect de la société du spectacle pour s’impliquer dans le mouvement de notre classe…

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Nous voudrions terminer ce petit texte sur les luttes de classe en Égypte par quelques considérations programmatiques, qui ne sortent pas de nos cerveaux mais qui sont le résultat direct de ce mouvement qui se déroule devant nos yeux. Ce sont également des « leçons » que nous pouvons tirer et que d’autres minorités révolutionnaires ont déjà tirées des luttes du passé. Que ce soit lors du mouvement prolétarien en France des années 1870-71, mieux connu sous le nom de « Commune de Paris » ; que ce soit lors du processus révolutionnaire qui a ébranlé le monde dans les années 1917-21 et tout particulièrement en Russie, ainsi que lors des républiques des conseils de Bavière et de Hongrie en 1919 ; que ce soit encore en Espagne en 1936-37, etc. Dans tous ces moments de haute lutte du prolétariat, le capital a été en mesure de favoriser toutes les alternances démocratiques possibles. Face à un ennemi commun (le prolétariat) qui menace les fondements mêmes de la reproduction élargie du rapport social dominant, toutes les fractions bourgeoises, qui hier encore se « détestaient » (formellement) l’une l’autre, soit s’unissent, soit assument l’une après l’autre la gestion de la société et sa paix sociale. Et même, le capital est capable, si nécessaire, de coopter des éléments prolétariens, issus de la lutte, pour les placer à certaines fonctions essentielles du « pouvoir » et ainsi les transformer en gestionnaires du rapport social et en fossoyeurs de la lutte (cf. le rôle de la CNT et des « camarades ministres » en Espagne)…

L’État est un rapport social

Bref, tout cela pour dire que, contrairement à toutes les croyances idéalistes véhiculées par l’idéologie dominante, et donc aussi par un grand nombre de prolétaires en lutte et de militants, contrairement à la compréhension que l’on a généralement de l’État qui consiste à le réduire à un « appareil », une « institution », ou encore une simple « structure », l’État n’est pas un outil « neutre » que le prolétariat pourrait prendre en mains et utiliser tel quel à ses propres fins ou encore dont il pourrait transformer les prises de décisions « verticales » en prises de décisions « horizontales » (fétichisme et misère du fédéralisme !). Un grand nombre de révolutionnaires du passé, qu’ils soient « anarchistes », « communistes », « marxistes », « socialistes révolutionnaires », etc., ont toujours appréhendé l’État comme un « outil » ou plus simplement comme « le gouvernement »…

L’État est un rapport social, composé de divers appareils (gouvernement, parlement, police, armée, patronat, syndicats, partis politiques, école, etc.) combinés à de multiples idéologies qui lui donnent force (parlementarisme, religion, positivisme, autoritarisme, etc.). Dans ce sens, nous ne pouvons que soutenir ce qu’affirmait Malatesta à la fin du 19ème siècle, selon lequel l’État se trouve même jusque dans nos associations…

L’État est un rapport social qui se reproduit même jusque dans nos luttes, et contre lequel nous nous battons avec la plus grande véhémence.

L’État est un rapport social et se manifeste comme tel en Égypte où toutes les fractions bourgeoises se poussent au portillon de sa gestion : depuis les militaires qui ont assumé la « phase de transition démocratique » après avoir « licencié » l’incapable Moubarak, jusqu’aux islamistes et leur potion magique d’ultralibéralisme divin, et enfin les candidats suivants, comme El Baradei et autres charlatans du même acabit… Et sûrement que toutes les tendances de l’arc-en-ciel du gauchisme attendent en coulisses que leur heure vienne…

L’État est un rapport social et au niveau actuel du développement des sociétés de classe dont le capitalisme est l’ultime aboutissement en tant que synthèse des modes de production antérieurs, l’État ne peut être que l’État des capitalistes, et donc par conséquent il ne peut qu’être détruit par la force de la révolution sociale, par le mouvement de subversion de ce monde qui éliminera toute forme d’exploitation pour laisser la place à la société communiste…

Quel changement ? Quelle révolution ?

Nous nous démarquons clairement de tous ceux (« ici » comme « là-bas ») qui réclament « plus de démocratie », nous refusons cette fausse dichotomie entre « dictature » et « démocratie », car c’est partout le même État, la même dictature du profit et de l’argent qui est imposée contre nos besoins humains, c’est partout l’irréconciliable antagonisme entre la classe des possédants et celle des dépossédés qui domine, et cela que cette démocratie soit « parlementaire » et « multipartite » ou « militaire » et à « parti unique »… Et cette démocratie engendre de multiples idéologies qui deviennent forces matérielles, comme celle du mythe du « peuple souverain », c’est-à-dire cette force de négation en acte de l’antagonisme de classe. Sous la dictature démocratique de la valeur, le prolétariat se dissout dans « le peuple » et se retrouve côte à côte avec son ennemi historique, la bourgeoisie, dans la défense des intérêts de la nation et de l’économie. Que ce soit en Tunisie ou même encore plus en Égypte, ce « peuple souverain », qui décide dans les urnes de se choisir un nouveau maître, s’affronte théoriquement et pratiquement au prolétariat dont d’importants secteurs refusent cette infernale comédie. Ce n’est pas seulement bourgeoisie contre prolétariat, mais aussi et surtout peuple contre prolétariat… Et en retour, le prolétariat doit organiser sa lutte contre le peuple…

Nous avons intitulé ce texte « Rien n’a changé, mais tout commence… », afin de signifier que tous ces « changements » et ces « révolutions » dont la bourgeoisie nous rebat les oreilles ne sont encore que des prémisses au vu des immenses bouleversements qui nous attendent et dont nous serons tous la force motrice. En fait, tout commence et surtout il faut que tout continue, que le mouvement de subversion de ce monde ne s’arrête pas, du moins pas avant que nous n’ayons atteint la résolution des contradictions et des antagonismes sociaux, pas avant que l’humanité entière ne soit libérée, ne se soit libérée de ses chaînes séculaires et millénaires…

Mais nous savons qu’en même temps, beaucoup de choses ont déjà changé, sont en train de changer… De tels événements, comme en Égypte, en Tunisie, en Syrie (malgré l’immense répression qui tente d’étouffer notre énergie sous un déluge de feu et de sang, de cendres et de gravats), en Grèce, en Afrique du Sud… et partout où notre classe relève la tête et lutte pour la vie, de tels événements nous transforment, nous remplissent d’énergie, nous donnent d’autres perspectives que cette impitoyable (et pitoyable !) survie à laquelle nous serions condamnés sur l’autel de la soumission au dieu capital. Les hommes et les femmes qui plongent la tête la première dans la lutte ont déjà une autre conception de la vie, se forgent déjà une conscience « politique », c’est-à-dire qu’ils transforment leur rapport aux autres hommes et femmes qui sont en lutte, leur rapport avec le monde… La peur commence à changer de camp…

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes » comme disait le bon vieux Karl Marx… Mais s’il y a toujours des luttes de classe, même lorsque le prolétariat semble impassible, épuisé, invisible, absent, nous devons souligner que le développement des luttes dans le monde depuis quelques années nous indique que nous commençons à passer d’une période de luttes de classe de « basse intensité » (comme disent grossièrement les bourgeois et leurs abrutis de militaires) à une période de « moyenne intensité » avant d’aborder des luttes de « haute intensité », qui signifieront l’affirmation globale d’un véritable processus révolutionnaire à l’échelle mondiale et qui poseront tant théoriquement que pratiquement la question de la destruction du rapport social capitaliste, de la tyrannie de la valeur et d’un monde basé sur la production de marchandises…

Camarades prolétaires en lutte en Tunisie, en Syrie, en Égypte,… en Afrique du Sud, en Chine, en Grèce… et partout ailleurs dans le monde… le capitalisme n’a rien d’autre à nous offrir que toujours plus d’austérité, de misère, d’exploitation, de répression, de guerre, de mort…

La lutte pour la vie, pour le développement d’une société sans classes, sans États et sans exploiteurs, sans patrons, sans police, sans armées, sans prisons, etc. passe par l’élimination de toutes les fractions bourgeoises qui gèrent notre quotidien et nous maintiennent dans la misère : les « dictateurs » comme les « démocrates », la « droite » comme la « gauche », les militaires comme les civils, les ultralibéraux comme les sociaux-démocrates, les islamistes comme les laïcs…

Développons l’internationalisme, brisons les frontières nationales (et sectorielles) qui gangrènent les luttes de notre classe. Développons le défaitisme révolutionnaire : la meilleure solidarité avec les prolétaires de « là-bas », c’est de lutter « ici » contre le même ennemi, contre notre propre bourgeoisie, contre notre propre État, contre l’État mondial du capital.

Rendons l’affaire non rentable pour les capitalistes !
L’économie est en crise, qu’elle crève !
L’ennemi, c’est le capitalisme et la dictature du marché mondial !
L’objectif est le même partout : la révolution sociale !
Destruction du capitalisme et de l’État !

Guerre de Classe
Février/Mars 2013

http://autistici.org/tridnivalka/

tridnivalka

Nous publions ce texte simultanément en trois langues : anglais, français et tchèque, non parce que nous disposerions de traducteurs efficaces, mais par souci d’internationalisme d’une part, et parce qu’il est le fruit d’une activité commune entre des camarades de plusieurs expressions linguistiques d’autre part.

L’autogestion de Port-Saïd et les luttes ouvrières
mercredi 27 février 2013, par XYZ
Le mouvement de protestation dans la ville de Port Saïd se poursuit sans interruption. Depuis le dimanche 17 février, il a pris une nouvelle tournure avec le blocage des routes, des accès aux entreprises, des administrations publiques et des écoles puis une grève des travailleurs de la zone portuaire touchant une trentaine d’entreprises.

Derrière l’appel à la désobéissance civile, c’est un début de prise en main de la ville par ses habitants qui semble se mettre en place.

Une réalité sans précédent se déroule dans la ville de Port-Saïd : une autogestion complète, un rejet de tout ce qui représente l’autorité. Une réalité que les protagonistes de la lutte égyptienne en ce moment – les travailleurs – cherchent à reproduire dans d’autres villes.

Port-Saïd est devenu un lieu entièrement entre les mains du peuple. A l’entrée de la ville, si dans le passé, il y avait de nombreux barrages de police, on trouve maintenant un check-point formé par des habitants, surtout des travailleurs en grève, auto-proclamés « police populaire ». Il en va de même pour la circulation : plus de police, mais des jeunes, des étudiants et des travailleurs qui autogèrent la circulation urbaine.

Désobéissance civile : ce qui caractérise maintenant la ville est un rejet complet du gouvernement de Morsi sous toutes ses formes, d’où l’expulsion de la police, le refus du travail et du système scolaire gouvernemental.

En ce qui concerne l’aspect « sécurité », avec l’autogestion les rues sont devenues maintenant plus sûres que jamais. La semaine dernière, la police – à la suite des protestations de rue, de la colère populaire consécutive des 21 condamnations à mort liées au massacre de Port-Saïd et des 40 victimes des affrontements ultérieurs –a été contrainte d’accepter de laisser la ville dans les mains du peuple.

Le gouvernement de Morsi a accepté de rappeler la police, à la fois à cause des preuves vidéo irréfutables montrant des policiers du régime tirer et tuer les manifestants de sang-froid, mais aussi parce qu’il était convaincu qu’une ville toute seule ne pouvait pas s’autogérer et que Port Saïd aurait demandé l’intervention du gouvernement pour réprimer les probables révoltes. Mais la réalité est très différente et montre qu’une ville sans « forces de l’ordre » est plus sûre et vit mieux.

Ensuite, il y a un accord tacite qui permet à l’armée (majoritairement respectée par les gens car traditionnellement moins liée au régime que la police, cette dernière étant une émanation du pouvoir et des services secrets) de surveiller les points névralgique de la ville, mais sans pouvoir intervenir.

Donc, la réalité est la suivante : les militaires non armés gardent des endroits tels que le tribunal et le port très important (actuellement en grève) et la « police populaire » s’occupe de la sécurité dans la ville.

Le refus de tout ce qui représente l’autorité se manifeste dans la pratique de ne pas payer les taxes gouvernementales et les factures, en refusant même toute communication avec le gouvernement qu’il soit central ou local.

La fermeture de l’administration centrale et l’auto-organisation des moyens et des modes de production, font de l’expérience de Port-Saïd une réalité sans précédent et l’expérimentation d’un nouveau mode de vivre, de produire, d’exister.

Les usines sont fermées, le trafic maritime est bloqué, il ne se produit que ce qui est utile et ne restent ouverts uniquement que les services nécessaires.

Le pain est fabriqué (dans la photo de droite, un magasin qui vend du pain à des prix populaires, les écriteaux indiquant les raisons de la protestation), les magasins d’alimentation, les hôpitaux et les pharmacies restent ouverts. Dans chaque usine, ce sont les travailleurs qui ont eu à décider de poursuivre ou non la production et la réponse générale est désormais NON. D’abord la justice, d’abord l’achèvement de la révolution et ensuite, au besoin, la production repartira.

Une nouvelle forme d’auto-organisation est en train d’être expérimentée dans les écoles. Celles-ci restent ouvertes, mais les familles de Port-Saïd elles-mêmes refusent d’envoyer leurs enfants dans les écoles du gouvernement. En ce moment même, des enseignants et des comités populaires essaient d’organiser des écoles populaires dans la place centrale, rebaptisée place Tahrir de Port-Saïd, où, en plus des matières scolaires, il y a la volonté d’enseigner la justice sociale et les valeurs de la révolution égyptienne.

Une réalité qui peut sembler impossible. Même dans les pages de ce portail, nous avons raconté dans le passé l’expérience de Port-Saïd avec d’autres yeux. Mais après la mort des 21 accusés pour le massacre du stade, une nouvelle conscience populaire a surgi dans cette ville, probablement très traditionaliste dans le passé. En fait, les 21 à être condamnés sont des jeunes, étudiants pour la plupart, alors que la responsabilité de ce massacre doit être recherchée dans la sphère politique ; la sentence semble avoir été une satisfaction accordée à ceux qui cherchent la justice. Aucun des accusés ne sont issus des rangs de la police ou de l’Etat et de ses services secrets. Port-Saïd l’a bien compris et dès que les condamnations à mort ont été prononcées, des manifestations importantes ont éclaté et ont conduit à la mort d’une quarantaine de manifestants, certains d’entre eux, même lors de l’enterrement des victimes des émeutes. De là a commencé la grève, la désobéissance civile.

Une réalité que nous-mêmes, avant de la voir de nos propres yeux, n’aurions jamais imaginé.

Une colère, d’abord né d’un désir de justice pour la peine de mort et pour les 40 victimes consécutives, mais qui a grandi et est devenu politique. Le fort protagonisme ouvrier, la croissante prise de conscience de la population de Port-Saïd ont fait de cette contestation une lutte sans précédent qui fait trembler sérieusement le régime de Morsi. Une lutte qui, si elle s’étendait dans d’autres villes, pourrait vraiment mettre le régime à genoux.

Maintenant, les gens ne demandent plus, comme c’était encore le cas il y a une semaine, de ne pas punir les citoyens de Port-Saïd pour des crimes qui ont été commis par le régime. Maintenant, ce qui est demandé, c’est la justice pour toutes les victimes de la révolution ; maintenant, ce qui est demandé à haute voix c’est la chute du régime.

Dans la journée de lundi [25 février], une grande manifestation a eu lieu dans les rues de Port-Saïd : le syndicat indépendant des travailleurs, les étudiants, le mouvement révolutionnaire, ils sont nombreux à être descendus dans les rues, nombreux à être venus du Caire pour exprimer leur solidarité aux travailleurs et à la ville en lutte. Un grand cortège a envahi les rues de la ville, en appelant à une grève générale dans tout le pays.

Pendant ce temps, au cours des dernières semaines, d’autres villes égyptiennes ont connu de grandes grèves : à Mahalla, à Mansoura, à Suez, les travailleurs dans de nombreuses usines se sont croisés les bras pendant des semaines. De même, par centaines ils sont descendus dans les rues pour appeler à une grève générale dans tout le pays, de nombreuses écoles et universités ont annoncé une prochaine grève générale. Beaucoup de travailleurs et de secteurs sociaux qui sont en grève n’ont pas réussi – pour l’instant – à généraliser la grève et la lutte, comme cela s’est produit à Port-Saïd.

On ne sait pas comment cette expérience, appelée « la Commune de Paris égyptienne » va pouvoir se poursuivre. Il est certainement difficile de poursuivre une lutte de ce genre dans un moment où le gouvernement central pourrait couper l’eau et l’électricité ; pour le moment, s’il ne le fait pas, c’est seulement parce qu’il craint des explosions de rage majeures. En outre, la poursuite ou non de la grève des travailleurs est fortement liée à la possibilité qu’elle se généralise et se reproduise dans d’autres villes.

Initialement, les habitants de Port-Saïd avaient annoncé leur intention de poursuivre la grève jusqu’au 9 mars prochain, date où seront confirmées les 21 condamnations à mort. Maintenant, avec l’entrée en mouvement des travailleurs, l’avenir est incertain, mais certainement riche de potentialité.

Les difficultés du moment peuvent sembler nombreuses, mais la prise de conscience de toutes les personnes (et pas seulement les travailleurs), la pratique du refus du régime, l’auto-organisation, sont autant d’éléments qui semblent donner des perspectives positives à ces luttes.

Le correspondant d’Infoaut dans l’aire moyen-orientale

[ Traduction : XYZ pour OCLibertaire ]

Jonathan3
Islamistes et révolutionnaires s’affrontant le 22 mars dans le quartier de Moqattam au Caire.

Black bloc en Egypte : Déclaration et analyse.

 Posted by on 4 février 2013 at 0 h 13 min  Actualité Internationale, Anarchisme  Commentaires fermés
fév 042013
 

[Révolution égyptienne] « La révolution contre les Frères a commencé, elle va se poursuivre, elle sera plus violente que jamais, et il le faut ; je revendique cette violence, car contre le fascisme religieux, contre le terrorisme d’État, on ne peut se contenter, tout en restant chez soi, d’appeler tous les partis à la retenue »

Nous sommes tous des Blacks Blocks !

Depuis plusieurs semaines l’Égypte est embrasée par des manifestations, qui contestent la mainmise des Frères sur tous les rouages de l’État, d’une constitution baclée, d”un référendum imposé par la fraude, d’une absence de l’État, au fil du temps, et compte tenu de l’absence de toute réponse à l’attente des populations et aux revendications légitimes de la révolution de janvier, la violence se substitue au mythe de la révolution non violente.

Ceux qui dénoncent la violence actuelle, ont la mémoire courte ; ils ont probablement oublié que la majorité des martyrs de la révolution du 25 ont été tués au vendredi sanglant de la colère, quand les révolutionnaires ont mis le feu aux postes de police et ont incendié le siège du parti national au pouvoir.

Ils ont oublié qu’entre le 25 et le 28 janvier, les affrontements à Suez ont fait des dizaines de morts, tant parmi les forces de l’ordre que ceux des manifestants.

Ils ont aussi oublié la chronologie des faits par la suite, sous le régime militaire, depuis l’attaque de l’armée contre les familles des martyrs, en passant par les événements de Maspero et le lynchage des femmes à la place Tahrir.

Ils ont oublié, les 900 morts de janvier à mars 2011.

Cette révolution n’a jamais été pacifiste, c’est un mythe.

Il y a certes une recrudescence de violences, contre les forces de l’ordre conduite par un ministre affilié aux Frères, qui reproduit à la lettre les méthodes de l’ancien régime

Les Égyptiens résistent et répondent à ces méthodes par la violence, ce qui est tout-à-fait légitime ; la révolution contre les Frères a commencé, elle va se poursuivre, elle sera plus violente que jamais, et il le faut ; je revendique cette violence, car contre le fascisme religieux, contre le terrorisme d’État, on ne peut se contenter, tout en restant chez soi, d’appeler tous les partis à la retenue.

No Pasaran

Mailing – Galila El Kadi, 1er février 2013

 

[L'ère des émeutes] Déclaration du black bloc égyptien

Le mouvement anarchiste égyptien émerge accompagné par une vague de bombes incendiaires et de combats de rue.

Les anarchistes ont été présents en Égypte, avant, pendant et après la révolution, mais jusqu’à ce jour, ils n’avaient pas encore organisé de regroupements de masse sous la bannière de l’anarchisme.

Les ultras des clubs de football égyptiens ont été associés pendant des années aux idées et actions anarchistes,  et ont initié un côté militant qui a contribué largement à la chute du gouvernement Moubarak en février 2011.

http://i2.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2013/01/075.jpg?resize=600%2C338Une marche d’un black bloc ce soir au Caire, se préparant à l’affrontement avec les forces de l’ordre près de la place Tahrir, pour fêter le deuxième anniversaire de la révolution égyptienne.

La nuit dernière, les anarchistes ont laissé tomber les slogans sur les murs, les petites discussions, et les forums égyptiens sur internet, pour apparaître au Caire et se déclarant comme une nouvelle force  dans cette révolution sociale actuelle, déclenchée il y a deux ans par plusieurs attentats à la bombe visant les bureaux des frères musulmans. Plus tard, le gouvernement a fait fermer les pages facebook des groupes « Black Blocairo » et du «  Black Bloc Égyptien », mais ils furent relancés peu de temps après.

« Attendez-vous à de nouvelles attaques, en réponse à la fermeture de notre page officielle… » ont-ils déclaré dans un communiqué publié sur internet ce matin.

Aujourd’hui, le black bloc a fait sa première apparition de masse sur la placeTahrir et, peu de temps après ont fait exploser une bombe au conseil de la Shura (le parlement égyptien), démolissant une partie d’un mur de protection anti-émeute menant à la place Tahrir. Tandis que, d’autres se sont affrontés avec les forces de l’ordre.

Ces déclarations et ces actions sont en préparation pour célébrer demain le deuxième anniversaire de la révolution égyptienne. Certains qualifient déjà ces actions de « passage à un niveau supérieur » de la protestation actuelle en Égypte.

L’anarchisme et le concept du black bloc a émergé ces derniers mois à travers l’Égypte, issus de la coalition de plusieurs groupes anarchistes qui se sont unis pendant la période révolutionnaire. Une méfiance massive de la jeunesse envers tous les partis politiques, une critique acerbe du rôle de la religion dans la gouvernance du pays et, l’inspiration de la résistance anarchiste dans le monde (surtout symbolisé par la révolte en Grèce fin 2008), ont créé l’émergence de ce mouvement.

Ci-dessous, voici la déclaration du black blocairo en ce qui concerne la fermeture de leur site web, leurs attaques à la bombe contre les bureaux du gouvernement et, leurs appels à la révolte :

«  Hier, après que nous ayons terminé nos actions, nous avons rencontré quelques uns des mouvements révolutionnaires en place et, nous avons décidé de nous unir lors de nos prochaines actions, d’où nos deux premières attaques, comme nous vous l’avons dit hier :

1) – Mettre le feu aux locaux de gestion internet d’Ikhwan (Frères musulmans)

2) – Mettre le feu aux bureaux d’Ikhwan sur Al-Manial street au Caire.

Et nous déclarons notre révolution à partir d’aujourd’hui depuis la place Tahrir, jusqu’à ce que l’Égypte et sa population obtiennent leurs droits ! La vie, la liberté, et la justice sociale !

Black Blocairo, les Hooligans

Attendez-vous à de nouvelles attaques, en réponse à la fermeture de notre page officielle… »

http://i2.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2013/01/083.jpg?resize=600%2C351

LIENS SUR DES GROUPES ANARCHISTES ÉGYPTIENS : Revolution Black Bloc (page des anarchistes égyptiens) • Black Blocairo (la nouvelle page du Black Blocairo) • Black Bloc Egypt

AUTRES LIENS DE GROUPES ANARCHISTES ARABES : Anarchists of ArabsMoroccan Black BlocAnarchists in LebanonTunisian Anarchist MovementTunisian Anarchist OrganizationTunisian AnarchistSyrian Anarcha Feminist MovementSyrian AnarchistsTahrir ICN (page européenne de solidarité, en anglais)

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2013/01/094.jpg?resize=600%2C450

Traduit de l’anglais (Even If Your Voice Shakes, 24 janvier 2013) par un correspondant du Jura Libertaire

 

En Égypte, l’opposition se radicalise

Malgré les appels au calme, des affrontements ont fait une victime près du palais présidentiel.

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2013/02/011.jpg?resize=600%2C399

Ils sont redescendus dans la rue. Malgré la pluie, la fatigue et les efforts des parties rivales pour tenter d’amorcer une sortie de crise. « Nos dirigeants sont des menteurs ! Nous n’en voulons pas ! S’il faut que le sang coule pour s’en débarrasser, alors il coulera », crie cette Égyptienne d’une quarantaine d’années, dans un des cortèges qui mène vers la place Tahrir, ralliée en ce vendredi après-midi par quelques milliers de protestataires. Elle s’appelle Rima et cette employée du tourisme dit n’avoir plus rien à perdre, « puisque de toute façon, les étrangers ne viennent plus chez nous, et que mon agence va finir par mettre la clé sous la porte ».

Dans la foule, au-dessus des têtes, des banderoles demandent « justice » pour les quelque cinquante victimes des accrochages meurtriers de ces derniers jours. Mais c’est surtout la fin du gouvernement du « guide » des Frères musulmans que réclament les manifestants. Ils accusent à l’unisson la Confrérie, dont est issu le président Morsi, d’avoir « confisqué la révolution ». Un cri de colère entendu au Caire, mais aussi en province, à Alexandrie ou encore à Port-Saïd, endeuillés par de violents affrontements, où des milliers de personnes se sont rassemblées à l’issue de la prière hebdomadaire.

La veille, l’opposition — qui avait maintenu son appel à manifester — et le parti Justice et Liberté des Frères musulmans s’étaient mis d’accord pour prévenir les violences. À l’issue d’une réunion de la dernière chance organisée sous l’égide d’al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, les participants avaient dénoncé « toute incitation à la violence » et souligné « la responsabilité de l’État et de son appareil sécuritaire ». Initialement respecté par les manifestants, le pacte a rapidement été brisé à la nuit tombée.

Aux environs de 18 heures, les premiers cocktails Molotov pleuvent sur le Palais présidentiel, dans le quartier de Héliopolis, où les protestataires ont convergé. Sur la chaîne ONTV, qui retransmet en direct les événements, des manifestants hurlent : « Le peuple veut la chute du régime ! » — des slogans entendus il y a deux ans, dans les rassemblements anti-Moubarak. À la tombée de la nuit, un mort était à déplorer.

Hommes encagoulés

Sur place, des témoins évoquent des scènes de panique et d’incompréhension. Parmi les protestataires, beaucoup d’activistes appartenant au Mouvement de la jeunesse du 6 avril et de supporteurs du Front de salut national, la principale coalition de l’opposition laïque. Mais aussi de plus en plus d’hommes encagoulés de noir, les fameux « Black Blocs » se revendiquant d’un mouvement anarchiste inspiré d’Europe. Faut-il y voir le début de l’opération « Gaber » — du nom de ce jeune activiste mort sous les balles des forces de l’ordre en novembre dernier — tant promise par ces révolutionnaires d’un nouveau genre ? « Ce qui est clair, c’est qu’on assiste à une radicalisation des manifestants face à un gouvernement qui reste myope à nos demandes, et à une opposition qui peine à nous représenter », lance Hiba, 24 ans. Aujourd’hui, cette jeune révolutionnaire ne se reconnaît plus dans cette opposition disparate qui vole en éclats. Ce vendredi, l’ancienne abonnée aux manifestations a préféré rester chez elle pour la première fois, « par peur du chaos », concède-t-elle.

Car dans ce climat volatile, un autre phénomène, encore plus perfide, se généralise à l’ombre des manifestations : les agressions sexuelles de jeunes femmes. Les organisations de défense des droits de l’homme ont recensé une vingtaine de victimes pour la seule journée du 25 janvier. Fidèles à leur théorie du « retour à l’ordre », les Frères musulmans accusent l’opposition de cautionner ces attaques en continuant à manifester. À l’inverse, certains opposants y voient la main des partisans de la Confrérie dans l’objectif d’entretenir un état de pourrissement du pays qu’ils viendraient ensuite « sauver ». Des accusations révélatrices d’une profonde crise de confiance entre le pouvoir et la dissidence, que la médiation d’al-Azhar est loin d’avoir résolue.

Presse contre-révolutionnaire (Delphine Minoui, LeFigaro.fr, 1er février 2013)

 

 

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Égypte : un membre du Black Bloc accusé d’un projet israélien de sabotage

LE CAIRE – La justice égyptienne a annoncé jeudi l’arrestation d’un membre présumé du groupuscule obscur Black Bloc, qu’elle soupçonne d’être impliqué dans un projet israélien de sabotage.

Dans le collimateur des autorités, le Black Bloc, dont les membres portent cagoules et capuches noires, est apparu ces derniers jours en Égypte lors de manifestations violentes hostiles au président islamiste Mohamed Morsi. Mais ses effectifs, son influence et sa structure demeurent un mystère.

Dans un communiqué cité par l’agence officielle Mena, le bureau du procureur général a expliqué que le suspect avait été arrêté au Caire en possession d’un projet israélien prenant pour cible des compagnies pétrolières et des installations vitales en Égypte.

Il avait également avec lui des plans de ces lieux et des instructions pour mettre le feu à des sites, selon le texte. Le parquet de la sûreté de l’État a commencé à interroger le suspect, qui est accusé d’appartenance à un groupe illégal et d’avoir planifié le sabotage (…) de biens publics et privés.

Le suspect a admis appartenir au groupe Black Bloc et disposer d’un code secret, a affirmé la même source en précisant qu’il avait été arrêté dans un bâtiment de la place Tahrir au Caire alors qu’il portait les signes vestimentaires distinctifs des militants du groupe.

À Jérusalem, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Yigal Palmor, interrogé par l’AFP, a nié toute implication d’Israël dans cette affaire. Il a affirmé ne pas savoir si le suspect avait l’intention de mener un plan de sabotage, mais a jugé absurde le fait d’impliquer Israël dans cela.

Le bureau du procureur égyptien a en outre fait état de l’arrestation d’un autre membre présumé du Black Bloc à Mahalla (nord-est) où il a passé à une usine une commande de masques et tenues aux couleurs du groupe.

Publié par des gens qu’on ne soupçonnera pas d’être des saboteurs à la solde du Mossad (Agence Faut Payer, 31 janvier 2013)

Source : Jura libertaire.

Black bloc et anarchisme en Egypte

 Posted by on 28 janvier 2013 at 11 h 25 min  Actualité Internationale, Anarchisme  Commentaires fermés
jan 282013
 

Un mouvement anarchiste égyptien émerge avec une vague de bombes incendiaires et des combats de rue

Le 24 Janvier 2013

 

Un cortège du Black Bloc ce soir au Caire, se préparant pour la confrontation avec les forces de sécurité
près de la place Tahrir pour la célébration du deuxième anniversaire de la révolution.

Les anarchistes ont été présents en Egypte, avant, pendant et après la révolution, mais jusqu’à ce jour, ils n’avaient pas encore organisé un regroupement de masse sous la bannière de l’anarchisme. Les Ultras des équipes de football d’Egypte ont pendant des années été associés à des idées et actions anarchistes, et ils sont largement crédités d’avoir élevé le niveau de militantisme qui a fait tomber le gouvernement Moubarak en février 2011.

La nuit dernière, l’anarchisme a quitté les murs graffités, les petites conversations et les forums en ligne de l’Egypte, et sont apparus au grand jour au Caire, en se déclarant comme une nouvelle force dans la révolution sociale en cours, déclenchée il y a deux ans, avec plusieurs bombes incendiaires lancées contre les bureaux des Frères musulmans. Plus tard, le gouvernement a fermé  les pages Facebook du « Black Blocairo » et « Egyptian Black Bloc », mais elles ont été relancées.

« Attendez nos prochaines attaques comme réponse à la fermeture de notre page officielle… » ont- ils écrits dans un communiqué mis en ligne ce matin (traduit ci-dessous).

Aujourd’hui, le Black Bloc a fait sa première apparition en masse sur la place Tahrir, et, peu de temps après, ils ont attaqué à la bombe incendiaire le Conseil de la Choura (Parlement égyptien), ont démoli une partie des murs de barrières antiémeute menant à la place Tahrir, et, avec d’autres, ont engagés dans le combat contre les forces de sécurité.

Ces déclarations et actions sont en préparation pour le lendemain du deuxième anniversaire de la révolution, et pour ce que certains appellent « un tout nouveau niveau » de la protestation en Egypte.

 

L’anarchisme et le concept du Black Bloc ont pris de l’importance ces derniers mois à travers l’Egypte. Ils sont issus de divers regroupements/cercles anarchistes qui ont conflués et fusionné pendant la période révolutionnaire. Une méfiance massive de tous les partis politiques parmi la jeunesse, une critique acerbe du rôle de la religion dans la gouvernance et l’inspiration de la résistance anarchiste dans le monde (surtout symbolisée par la révolte en Grèce fin-2008) ont aidé à cette catalyse.

 

Ci-dessous, la déclaration du « Black Blocairo » à propos de la fermeture de leurs sites Web, leurs attaques à la bombe incendiaire contre les bureaux du gouvernement, et leurs appels à la révolte:

 

« Hier et après, nous avons terminé notre intervention, nous avons rencontré quelques-uns des mouvements révolutionnaires et nous avons décidé de nous unir ensemble dans nos prochaines attaques, en conséquence de quoi nous avons mené nos deux premières attaques, comme nous vous l’avons dit hier :

1 – En incendiant le bureau du site « Ikhwan Online » (les Frères musulmans)

2 – En incendiant le bureau de Ikhwan dans la rue Al-Manial au Caire.

Et nous avons annoncé notre révolution à partir d’aujourd’hui à la place Al-Tahrir jusqu’à ce que l’Egypte et son peuple obtiennent leurs droits !

Vie digne, Liberté et Justice sociale !

Black Blocairo, Les Hooligans

Attendez nos prochaines attaques comme réponse à la fermeture de notre page officielle… »

 

http://voiceshakes.wordpress.com/2013/01/24/egyptian-anarchist-movement-emerges-with-wave-of-firebombings-and-street-fights/

 

Ces actions ont été menées dans la soirée du mercredi 22 janvier

 

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Des jeunes Egyptiens créent un groupe favorable à la violence pour combattre Frères musulmans

Agence EFE – Le Caire

24/01/2013

 

Des jeunes Egyptiens ont créé un groupe appelé «Black Bloc» (Bloc noir) pour « combattre la tyrannie fasciste des Frères musulmans » et vont utiliser la force pour atteindre leur objectif, selon ce qu’ils ont annoncé dans une vidéo postée sur Youtube ces dernières heures.

Dans l’enregistrement, le groupe dit qu’il luttera contre « les Frères musulmans et sa branche armée » et demande au ministère de l’Intérieur de ne pas intervenir dans cette affaire, parce qu’il ripostera si on lui fait face.

Bien que la Confrérie a nié à plusieurs reprises qu’elle disposait une branche armée, les médias égyptiens ont fait état ces derniers mois de l’existence de ces supposées milices des Frères musulmans.

Une source au sein des services de sécurité égyptiens a confirmé à l’agence Efe l’existence de ce nouveau groupe et ont indiqué qu’ils étaient hier soir sur la place Tahrir, où ils ont scandé des slogans contre les Frères musulmans.

Dans la vidéo du groupe affichée sur l’Internet, apparaissent plusieurs jeunes avec des capuches et des habits noirs qui défilent sur l’un des ponts sur le Nil au centre du Caire avec des drapeaux égyptiens et anarchistes.

Les jeunes expliquent qu’ils cherchent « à libérer l’être humain, détruire la corruption et renverser le tyran. »

Cette nouvelle organisation est inspirée des groupes radicaux de gauche d’autres pays du monde, qui se sont étendus avec mouvements anti-mondialisation.

Demain, aura lieu en Egypte le deuxième anniversaire de la révolution qui a renversé le régime de Hosni Moubarak avec une manifestation de masse appelé par les partis révolutionnaires et les opposants afin de protester contre le président, l’islamiste Mohamed Mursi.

EGYPTE | Contre les Frères musulmans

Naissance d’une milice pour combattre la «tyrannie fasciste» des islamistes égyptiens

 

El Mundo.es

Jeudi 24 janvier

Francisco Carrión | Le Caire

 

« La Chaos contre l’injustice ! » C’est le drapeau menaçant que brandit le « Black Bloc» (bloc noir), un groupe de jeunes Egyptiens qui assure être « prêt à l’enfer » et a décidé de recourir à la violence pour « lutter contre la tyrannie fasciste des Frères musulmans » et sa milice présumée.

Le message de présentation, propagée par les réseaux sociaux et expliqué dans une vidéo postée sur Youtube, coïncide avec la veille du deuxième anniversaire des émeutes qui ont forcé la démission de Hosni Moubarak. Les partis et mouvements non islamistes ont appelé à des manifestations demain vendredi à travers le pays pour protester contre le rouleau compresseur de la Confrérie, le mouvement auquel appartient le président Mohamed Mursi, et ses alliés salafistes (rigoristes). Le rendez-vous portera comme intitulé « Non à l’Etat de la Confrérie, la Révolution Continue »

Et c’est ici qu’entre en action un bloc qui dit être inspiré par des groupes radicaux de gauche et cherche à résister aux « Frères musulmans et son groupe armé ». Bien que la Confrérie – un pouvoir de facto du pays arabe – ait insisté sur le fait qu’il ne possède pas de milice, les médias libéraux défendent leur existence en se basant sur les affrontements sauvages en décembre dernier entre partisans et adversaires du « raïs » qui ont entraîné 11 morts et plus de 700 blessés.

 

Objectif : « libérer l’être humain »

 

Dans la vidéo, le groupe, dont l’apparition a été confirmée à Efe par les services de sécurité, demande au ministère de l’Intérieur de ne pas s’immiscer dans leur lutte contre la Confrérie et souligne que son objectif est de « libérer l’être humain, détruire la corruption et renverser le tyran. » Dans les images placées au cours des dernières heures sur leur page Facebook, on peut voir des jeunes avec des capuches et vêtus de noir en train de défiler dans différentes parties du centre du Caire.

A l’autre extrême, le dirigeant de l’ex-organisation terroriste Al-Gama al Islamiya, Tarek el Zomor, a averti qu’ils vont recourir à la violence pour protéger le « projet islamique » des griffes des « communistes, des laïcs et des nassériens».

El Zomor, qui a été libéré de prison en mars 2011, après trois décennies derrière les barreaux pour avoir participé à l’assassinat du président Anouar el-Sadate, a ajouté : « Si le Président est obligé d’abandonner le pouvoir par des moyens illégitimes, les Frères musulmans, qui sont connus pour être pacifiques, devront s’effacer pour que les islamistes révolutionnaires mènent la lutte contre les anarchistes et les laïcs. »

 

Le chaos qui vient

 

Les «Black Blocs» ne sont pas seuls. Les actifs « Ultras » des équipes de football de la capitale, entrainés pendant des années aux combats de rue et avant-garde du soulèvement populaire il y a deux ans, ont averti hier que « le chaos va venir » après une journée où, par centaines, ils ont protesté devant le siège de la Bourse du Caire, ont bloqué une ligne de métro et perturbé la circulation sur un pont du centre-ville.

Les radicaux ont déclaré que c’était hier le premier jour de la colère contre le verdict qui pourrait être annoncé samedi prochain (26 janvier) pour la tragédie du stade de Port Saïd, dans laquelle, en février dernier, ont été tués plus de 70 supporters du club Al Ahli.

En outre, ce jeudi, des dizaines de manifestants ont tenté d’abattre un des murs de béton érigés en novembre dernier pour protéger les sièges du Parlement et du Conseil des ministres, dans le centre du Caire et à seulement quelques mètres de la symbolique place Tahrir

Ceux-ci ont jeté des pierres sur les forces de sécurité, qui ont répondu avec des gaz lacrymogènes. Après ces incidents, les véhicules militaires ont atteint la place avec des grues et des blocs de béton pour reconstruire le mur en prévision de nouvelles escarmouches pouvant survenir vendredi.

 

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Video Black Bloc Egypt

http://www.youtube.com/watch?v=L8IyRkEKywY&feature=player_embedded#!

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