sept 292014
 
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Site de l’OCL (Organisation Communiste Libertaire):

Rojava (Kurdistan syrien)

La bataillle de Kobanê : entre offensive djihadiste, complicité turque et résistance kurde

(mise à jour 28 septembre)

mercredi 24 septembre 2014, par WXYZ

Mise à jour, dimanche 28 septembre : voir à la fin.

 

L’offensive de l’État islamique (EI) lancée sur Kobanê, l’un des trois cantons Kurdes de Syrie, le 15 septembre, se poursuit et marque un épisode crucial à la fois de la guerre en Syrie et de la révolution lancée par les mouvements de la gauche kurde.
L’enjeu de cette bataille détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l’ensemble du Moyen-Orient.

Kobanê, troisième ville kurde de Syrie, peuplée avant la guerre d’environ 300 000 habitants, mais abritant aujourd’hui plus de 200.000 réfugiés, est depuis plus d’une semaine le théâtre d’une des opérations militaires des djihadistes les plus brutales, et après celle de Homs, la plus cruelle.

Une conséquence du renforcement des islamistes

L’origine immédiate de cette attaque se trouve à l’extérieur de la Syrie. En Irak, l’EI a réussi à s’emparer d’un énorme butin d’armes, en partie du régime de Saddam Hussein mais surtout d’une énorme quantité d’armes lourdes et de blindés abandonnés par les États-Unis et la « nouvelle » armée irakienne. Quand, au mois de juin, l’EI a occupé Mossoul, il a trouvé des arsenaux presque intacts. En août, le groupe islamiste se lançait contre Sinjar parce que cette ville est pour l’essentiel peuplée de yézidis. Le but de l’EI est d’exterminer littéralement toute religion qui n’est pas musulmane sunnite. Ces événements ont provoqué une réponse internationale et les États-Unis ont commencé à bombarder des positions de l’EI permettant ainsi une certaine reprise du terrain de la part des troupes kurdes irakiennes (barrage de Mossoul notamment).

Lors des évènements de Sinjar, la principale milice kurde Syrie, les YPG (Yekîneyên Parastina Gel / Unités de défense du peuple), vont intervenir pour la première fois sur le sol irakien pour sauver des dizaines de milliers de réfugiés, abandonnés de tous, en envoyant des renforts depuis le Rojava (Kurdistan de Syrie). Des renforts qui ont joué un rôle fondamental dans les monts du Sinjar, en organisant des couloirs humanitaires et en organisant les premières unités d’auto-défense yézidis, mais aussi sur d’autres points de la ligne de front, en particulier en reprenant, avec les combattants du PKK accourus eux-aussi, la ville de Makhmour et les villages alentours.

Paradoxalement ou pas, les bombardements américains, qui ont certainement sauvé de nombreux civils en Irak, ont provoqué cette attaque brutale sur le territoire syrien. Il n’est pas possible d’agir en Irak sans réfléchir à l’échelle globale, particulièrement sur les développements en Syrie, car cela revient à se protéger sur un flan en laissant l’autre à découvert.

Mais les États-Unis ne semblent pas avoir une stratégie qui aille au-delà de la protection des champs pétroliers et du rétablissement des anciens cadres nationaux et institutionnels. En ce sens, frapper l’EI en Irak (et surtout en Irak), récupérer Mossoul et les riches provinces du nord, aider à consolider le régime autonome du Kurdistan irakien, ce qui revient simultanément à faire refluer les djihadistes et les renvoyer en Syrie (où ils seront plus utiles pour les Occidentaux en combattant à la fois le régime de Damas et les kurdes ‟terroristes‟ du PKK-PYD), apparaissent comme l’axe principal des États-Unis et de la coalition qu’ils entendent mettre sur pied et diriger.
Les bombardements récents sur le sol syrien obéissent à cette ligne générale, même s’ils ouvrent apparemment un second front anti-djihadiste ayant pour visée et effet attendu d’affaiblir le régime de Bachar el-Assad.

Kobanê est située dans la province de Raqqa qui est la place force de l’EI, sa ‟vraie” capitale, vers laquelle se replieront les troupes djihadistes en cas d’offensive majeure sur Mossoul (province de Ninive) et sur l’ouest irakien (la grande province d’Al-Anbâr au ¾ désertique mais avec les villes rebelles de Ramadi et Falloujah et des frontières incontrôlées avec la Jordanie et l’Arabie Saoudite).

Les éléments de cette offensive

L’EI a semble-t-il déplacé une partie de ses forces en Syrie, concrètement à Raqqa. Le ‟calife” auto proclamé lui-même, Ibrahim, est maintenant en Syrie. Une fois qu’il a pu concentrer une bonne partie de ses forces militaires en Syrie, l’EI s’est retrouvé avec un potentiel très important et a défini un nouvel objectif prioritaire : Kobanê.

Les raisons sont au moins au nombre de trois :
1) Kobanê est le canton central des trois cantons Kurdes. Il est aussi le plus petit. Le faire tomber signifie isoler les deux autres, Efrin à l’ouest, Cerîzê à l’est.
2) Kobanê permet d’accéder à la Turquie depuis la Syrie. Comme plusieurs sources l’ont montré, les preuves du soutien turc à l’EI sont claires.
3) Les Kurdes, en particulier les YPG, se sont montrés sur le champ de bataille comme la seule force pouvant faire face à l’EI, et même de l’écraser dans de nombreux endroits. À égalité de conditions s’entend.

À cela peuvent être ajoutées des raisons supplémentaires, symboliques mais tout aussi importantes.
Kobanê est l’endroit où a été proclamée la révolution du Rojava, le 19 juillet 2012. C’est aussi la ville où s’est rendu la première fois Abdullah Öcalan, le 2 juillet 1979, lorsqu’il s’exila de Turquie pour poursuivre la lutte. C’est aussi à Kobanê que la solidarité kurde avec les victimes de l’opération Anfal perpétrée par le régime de Saddam Hussein (le massacre de Halabja en 1988) a été parmi les plus fortes, où, entre autres, les enfants faisaient don de leurs propres vêtements pour les jeunes survivants du génocide. C’est un des berceaux du mouvement kurde en Syrie.

Et en supplément, une raison tactique : les djihadistes pouvaient espérer profiter de l’absence de bombardements des forces occidentales sur le sol syrien.

Dans ce contexte, l’EI a lancé une attaque très préparée contre Kobanê avec les éléments suivants :
1) Une attaque sur trois fronts à la fois ; par l’est, par l’ouest et par le sud.
2) L’engagement de 3000 combattants au début, qui ont été renforcés au bout de cinq jours par plus de 4000 autres : ils sont maintenant 7000.
3) L’utilisation de l’essentiel de son arsenal de Syrie.
4) L’utilisation des équipements militaires arrivés en provenance de la Turquie, au moins deux trains de marchandises anonymes détectés à Tell-Abyad
5) Et, élément fondamental : l’utilisation d’artillerie lourde, en particulier environ 50 tanks en provenance d’Irak, des arsenaux du régime syrien et même de Turquie selon des témoignages.

Ce déséquilibre dans les armements a eu pour conséquence que le 15 septembre, l’EI a pu briser le front par le sud, malgré la résistance kurde désespérée. Le 17 septembre, l’avancée djihadiste était indéniable.

Les YPG n’ont pas de véhicules blindés ni de chars, et se battent essentiellement avec des AK47 (fusils d’assaut, les célèbres Kalachnikov), des RPG (lance-grenades, à moyenne portée) et des mitrailleuses. Leur supériorité en organisation, en expérience et en détermination leur avait permis de tenir pendant des mois, mais l’arrivée des chars depuis Raqqa a rendu impossible le maintien de cet équilibre des forces. C’est comme se battre avec des lances contre des canons. D’autant plus qu’il s’agit d’une zone de plaine, désertique et en partie irriguée, rendant quasiment impossible les actions de guérilla face à des forces dotées d’équipements blindés équipés pour les tirs de longue portée.

Le 17 septembre, l’EI est entré dans 21 villages et dès le lendemain, les YPG ont donné l’ordre d’évacuer les populations et de battre en retraite. 48 heures plus tard, les villages occupés par les djihadistes seraient au nombre d’une soixantaine.
À partir de là, les YPG ont réussi à stabiliser le front au prix de très lourdes pertes de part et d’autre. L’EI a semble-t-il choisi de ne pas user toutes ses forces et se limite à des bombardements massifs contre la population civile. L’Observatoire des droits de l’homme en Syrie (proche de l’opposition « modérée ») parle de 70 morts dans chaque camp, mais aussi d’un grand nombre de disparus chez les Kurdes. D’autres sources avancent des pertes beaucoup plus importantes chez les djihadistes.

La Turquie, principal allié des djihadistes

Les appels désespérés des assiégés n’ont eu aucun effet. Les États-Unis, principal responsable des faits pour avoir bombardé l’Irak et laissé la Syrie être un sanctuaire, ont regardé ailleurs pendant plus d’une semaine. La Turquie offre un soutien officieux à l’EI et les Kurdes d’Irak qui doivent tant aux YPG, se limitent à des mots et des gesticulations. Une dernière donnée : l’EI a émis une fatwa (décret religieux) par laquelle tous les Kurdes qui sont capturés, qu’ils soient militaires ou civils, doivent être décapités. Un demi-million de Kurdes sont encerclés à Kobanê par l’EI avec deux options : mourir au combat ou par des bombardements ou être exécutés s’ils sont pris.

Mais des milliers de civils ont fui avant l’arrivée des djihadistes et se sont dirigés vers la frontière syro-turque.

De son côté, la Turquie a au début, rendu la frontière totalement infranchissable pour les Kurdes. Les consignes du Premier ministre Ahmet Davutoglu était de créer une zone tampon pour bloquer tout aide aux Kurdes de Syrie, civils comme combattants, ordre fut donné de les renvoyer vers leur ville et leurs villages bombardés.

Vendredi 19 septembre, alors qu’ils n’étaient que 3 à 4000 face aux soldats turcs, ainsi que des centaines de jeunes Kurdes venus manifester leur solidarité depuis le côté turc, ils ont forcé le passage, coupé les barbelés et ont contraint le gouvernement turc à ouvrir la frontière. Dès le lendemain, ils et elles étaient des dizaines de milliers.

Ce lundi 22 septembre, les réfugiés fuyant l’offensive djihadiste dépassent les 100 000. On parle de 130.000. Des Kurdes, mais pas seulement : Arabes, Assyriens, Arméniens…, toutes les populations composites de cette région, au-delà des Kurdes, les communautés vivant et/ou ayant trouvé refuge à Kobanê en masse depuis le début de la guerre (200 000), qui s’enfuient depuis que la frontière s’est entr’ouverte.

Tout le week-end, les Kurdes de Turquie sont descendus dans les rues par dizaines de milliers dans les principales villes. Des centaines de jeunes de tout le sud-est de la Turquie se sont dirigés en bus ou en voitures particulières vers la ville de Suruç (Pirsûs en kurde), proche de la frontière, en face de Kobanê.

Des milliers de policiers, gendarmes et soldat turcs ont été déployés pour contrôler les manifestants et militants qui veulent se mêler aux réfugiés. Au poste frontière de Mursitpinar, les forces de répression turques ont lancé des attaques pour disperser la foule à coup de gaz et de canon à eau. Dimanche, plus de trente manifestants blessés ont été hospitalisés dans différents hôpitaux de la province d’Urfa (ou Şanlıurfa). Des centaines de manifestants ont répondu avec des pierres et au moins un véhicule de la police a été incendié. Des tentes de solidarités dressées par des manifestants ont aussi été incendiées par les soldats.

L’État turc, accusé déjà d’armer encore les djihadistes, entend créer une zone-tampon sur la frontière pour empêcher les flux de personnes dans les deux sens : la fuite de réfugiés vers la Turquie dans un sens, l’afflux de volontaires et d’aide matérielle en direction de Kobanê pour renforcer la résistance.

D’après différentes sources, plus d’un millier de jeunes kurdes de Turquie ont réussi à passer la frontière à d’autres endroits pour rejoindre les rangs des YPG, répondant ainsi à l’appel lancé le 18 septembre par la KCK (Union des Communautés du Kurdistan).

Vendredi 19 septembre, à la mi-journée, le gouvernement turc a fini par céder sur l’accueil des réfugiés (pouvait-il faire autrement ?) mais continue d’aider l’EI en empêchant des renforts et le matériel (armes, munitions, équipements, autres fournitures militaires et non militaires) de rejoindre la ville assiégée. Non seulement la Turquie bloque les volontaires du Kurdistan turc mais aussi les nombreux Kurdes syriens qui ont franchi la frontière pour accompagner leurs familles, les aider à se mettre à l’abri et qui souhaitent revenir à Kobanê pour se battre.

Depuis samedi 20 septembre, les réfugiés peuvent passer mais les sorties en direction de Kobanê sont totalement bloquées sur et aux alentours de la route principale.

L’armée turque, de fait, complète le siège des djihadistes de Kobanê par le nord.

Dimanche 21 septembre, alors que les affrontements faisaient rage sur la frontière entre les soldats et policiers turcs et jeunes manifestants kurdes, le PKK lançait un nouvel appel aux armes pour défendre la ville de Kobanê et affirmait que 400 de ses combattants avaient déjà rejoint le front ces derniers jours, une ligne de front qui se situe à environ une quinzaine de kilomètre de la ville. D’autres renforts et de meilleures armes (anti-char notamment) sont attendus dans les prochains jours, malgré l’encerclement.
Des attaques de diversion sont également attendues depuis les autres cantons kurdes de Syrie, en particulier de la Jazira, à l’est de Kobanê.

Dimanche 21/09 toujours, d’après le quotidien turc Milliyet, l’EI aurait capturé environ 300 membres supposés du PYD dans différents villages et les auraient ensuite abattus par balles. D’après le quotidien, certains d’entre eux auraient été forcés de se déshabiller, puis trainés sur le sol avant d’être exécutés. Des photos de corps allongés par terre ont été diffusées sur Internet sans qu’elles soient authentifiées.

Les témoignages des réfugiés traversant la frontière, à pied, en véhicules, dont des ambulances, rapportent qu’il y a eu de nombreuses décapitations dans les villages. Pour, İbrahim Binici, député pro-kurde du HDP présent sur la frontière qui a recueilli ces témoignages, « plutôt que d’une guerre, il s’agit d’une opération de génocide… Ils vont dans les villages, coupent les têtes d’une ou deux personnes et les montrent aux villageois ».

La KCK : « il n’existe plus aucune limite dans la résistance »

Le mouvement kurde dans son ensemble appelle à une mobilisation générale pour défendre Kobanê et repousser les forces de l’EI.

Les organisations politiques civiles légales ainsi que tout le tissu associatif appellent la population à descendre dans la rue, à se rendre en masse en direction de la frontière, à aider les réfugiés et les assiégés. De leur côté, les instances du mouvement comme la KCK ainsi que les organisations ‟illégales” et combattantes (PKK, PYD…), appellent la jeunesse kurde de Turquie à rejoindre la résistance armée en s’enrôlant dans les unités combattantes, notamment les YPG et YPJ du Rojava. Le 22 septembre, la KCK émet un nouveau communiqué déclarant que « le peuple kurde ne doit plus mettre de limites à sa résistance ».

Communiqué

KCK : Les frontières doivent disparaître, Urfa[*] et Kobanê doivent s’unir

ANF – 20 septembre 2014

La co-présidence du Conseil exécutif de la KCK a lancé un appel invitant le peuple du Kurdistan, d’abord et avant tout la population [du district] de Urfa, à rejoindre la résistance de Kobanê et à faire de la lutte contre l’EIIL [État islamique en Irak et au Levant, devenu EI, Etat islamique] la lutte du peuple du Kurdistan tout entier : « Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l’EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l’ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration de la KCK a indiqué que la résistance du peuple de Kobanê avait encouragé la lutte démocratique partout, en ajoutant : « des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l’EIIL ».

« La Turquie est derrière les gangs de l’EIIL »

Le communiqué de la KCK a ensuite déclaré : « Ils ont beau le nier, il ne fait aucun doute que l’une des puissances qui se trouve derrière l’EIIL est la Turquie. L’Etat turc utilise l’EIIL pour attaquer la révolution de Rojava et l’ensemble du peuple kurde. C’est comme ça qu’il mène sa sale guerre contre la lutte de libération kurde. Le PDK, qui est allié avec la Turquie, a déclaré que la Turquie ne l’avait pas aidé quand il avait été attaqué par l’EIIL. Cela démontre que les relations Turquie-EIIL sont plus profondes et plus complètes que les relations Turquie-PDK. Le gouvernement de l’AKP s’efforce de sortir de son isolement dans la région par l’EIIL. Les médias du monde entier ont documenté cette relation. La libération de 49 membres du personnel consulaire turc [de Mossoul] s’est produite à la suite de ce soutien en faveur de l’EIIL. Les otages ont été libérés en raison notamment de la collaboration turque avec l’EIIL lors de son dernier assaut sur Kobanê ».

« La Turquie maintient sa politique la plus hypocrite »

La déclaration de la KCK souligne l’hypocrisie de la politique turque, en disant : « D’une part, elle utilise l’EIIL pour attaquer le peuple kurde, et de l’autre elle fait de la propagande sur la façon dont elle accueille ceux qui arrivent à sa frontière. Cela entrera dans l’histoire comme un exemple flagrant de son hypocrisie. L’un des objectifs de la Turquie est de vider Kobanê des Kurdes, brisant ainsi les effets positifs de la Révolution du Rojava sur le Kurdistan du Nord » [de Turquie].

La déclaration de la KCK insiste sur le fait que la révolution de Kobanê doit être étendue à Urfa, et que le fascisme de l’EIIL doit être noyé dans le sang qu’il a répandu en raison de la révolution du Rojava combinée avec la révolution dans le nord du Kurdistan.

« Les Kurdes du Nord doivent se rendre à Kobanê et au Rojava »

« Des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l’EIIL », poursuit le communiqué, ajoutant que de cette manière l’État turc et les politiques antikurdes de l’AKP pourraient être vaincus.

« En ce moment, l’Etat turc et l’AKP n’ont pas de solution politique. Ils utilisent l’EIIL pour étrangler aspirations démocratiques. »

« Les attaques de l’EIIL doivent être considérées comme des attaques de la Turquie »

La déclaration KCK se conclut avec un appel à prendre les armes : « La résistance contre l’EIIL dans Kobanê doit se transformer en une résistance contre le gouvernement de l’AKP. Rejoignez la résistance de Kobanê et faisons de la lutte contre l’EIIL la lutte du peuple du Kurdistan tout entier. Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l’EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l’ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration du Conseil exécutif de la KCK se termine en commémorant ceux qui sont tombés pendant la lutte dans le canton de Kobanê.

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[*] Note : Urfa est la province du Kurdistan turc située en face du canton de Kobanê. Le district de Suruç (Pirsûs en kurde), près de la frontière, où se retrouvent les réfugiés, en fait partie.

Sur le front diplomatique, trois députés du HDP (Parti démocratique du peuple) de Turquie, Selma Irmak, Sabahat Tuncel, Kemal Aktas, et une ex-députée Allemande au parlement européen Feleknaz Uca, ont commencé une grève de la faim à Genève, devant les bureaux de l’ONU, ce dimanche 21 septembre afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur les offensives et les massacres de l’Etat islamique à Kobanê, et demander une aide humanitaire d’urgence pour le peuple kurde. Selma Irmak a déclaré à un journaliste du quotidien Today’s Zaman d’Ankara : « En plus de la grève de la faim, nous allons avoir des entretiens diplomatiques avec les responsables de l’ONU. Nous allons demander à l’ONU et aux puissances internationales d’envoyer une aide militaire aux Kurdes pour éliminer la violence de l’EI ».

Sur le front kurde, le PKK, par la voix d’un de ses dirigeants, Duran Kalkan, n’appelle pas les peshmergas irakiens à intervenir directement sur le sol de Rojava, mais leur demande de lancer des offensives sur le territoire irakien contre les djihadistes.

Selon plusieurs témoignages, dans la nuit de dimanche au lundi 22 septembre, environ 500 combattants du PKK auraient réussi à déjouer la surveillance de la frontière par l’armée turque et à s’infiltrer en territoire syrien.

Au total, on estime que, depuis une semaine, près de 1000 combattants du PKK ont rejoint Kobanê et qu’un nombre équivalent de jeunes kurdes sympathisants ou militants non combattants ont réussi à franchir la frontière pour s’enrôler dans les unités combattantes ou pour, d’une manière ou d’une autre, participer à la défense de la ville.

Par ailleurs, plusieurs centaines de combattants de la guérilla du PKK sont passés depuis leur base, située dans les monts Qandil en Irak du nord, dans le canton le plus oriental du Rojava, Cezîrê (Jazira), afin de contribuer à la mise en œuvre d’attaques sur d’autres fronts afin de briser le siège de Kobanê.

Offensive djihadiste bloquée

Ce lundi 22 septembre, les YPG affirmaient avoir stabilisé le front et bloqué l’offensive de l’EI à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kobamê, et même avoir entamé une contre-offensive sur les fronts sud et est. Par ailleurs, les forces kurdes auraient commencé une attaque contre des positions djihadistes depuis le canton de Cezîrê (Jazira).

Dans un communiqué, le centre de presse des YPG affirme que les forces kurdes ont perdu 32 combattants au combat en une semaine, et infligé des pertes bien supérieures à l’EI : 232 tués, 4 chars et une dizaine de véhicules détruits, et une grande quantité d’armes saisies. Ils ont aussi annoncé avoir arrêté 3 djihadistes étrangers, 2 Belges et 1 Français.

La situation dans la ville devient de plus en plus difficile. L’eau et l’électricité ont été coupées par les djihadistes. Un journaliste d’un quotidien turc parle d’une ville en partie désertée, mais aussi avec des habitants déterminés et armés d’armes de poing. Les jeunes kurdes venus du Nord s’entrainent pour partie au maniement des armes ou sont incorporés dans les groupes de la défense civile de la ville.

Solidarité partout

En France, samedi 21 septembre, manifestations à Paris à l’appel de la Fédération des Associations Kurdes de France (FEYKA). A Marseille, sur le Vieux-Port, une banderole de 80 mètre de long a été déployée par des militants kurdes…. En Allemagne, plusieurs manifestations ont eu lieu.

En ce qui concerne les appels à l’aide internationale, les forces kurdes de Kobanê ne demandent ni la présence de peshmergas d’Irak (ils ne souhaitent pas du tout que les barzanistes mettent leurs pieds dans le coin) ni expressément des frappes aériennes (même s’ils les souhaitent) : mais ils accepteraient volontiers des armes lourdes, anti-char, leur permettant de se battre « à égalité de conditions » et de reprendre l’offensive sur le terrain, au sol. Par contre, en cas de coalition « occidentale » sur le « front syrien » contre l’État Islamique, le PYD n’entend pas en être exclu : il demande à en faire partie en tant que force belligérante de premier plan s’opposant à la fois au régime d’Assad et aux djihadistes avec une longue expérience du combat au sol (interview de Saleh Muslim, co-président du PYD, à la Frankfurter Allgemeine, 21-09-2014)

Les frappes aériennes des États-Unis

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, plusieurs frappes aériennes ont eu lieu sur le territoire syrien à l’initiative des Etats-Unis. Les principales cibles visées étaient des infrastructures de l’EI dans la région de Raqqa, près de Tabqa (ancienne base aérienne du régime prise par l’EI le 24 août dernier), Aïn Issa (entre Raqqa et Kobanê) et Tell Abyad (Girê Sipî en kurde, proche de la Turquie, une zone de conflit avec les YPG), Deir ez-Zor au sud-est et dans deux endroits de la frontière entre la Syrie et l’Irak sous contrôle de l’EI.

D’autres bombardements ont eu lieu dans la région d’Alep et celle d’Idlib, dans le nord-ouest du pays où ce sont semble-t-il les djihadistes du Front al-Nosra (Al-Qaïda maintenu) qui ont été visés.

Selon un communiqué de l’état-major des forces armées étatsuniennes, la coalition comportait l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Bahreïn et le Qatar. Magnifiques retournements de vestes quand on sait d’où sont venus les soutiens (en armes et financiers) aux djihadistes…

Les différentes factions de l’opposition syrienne dite modérée se félicitent de ces frappes.
Les mouvements kurdes ont également salué cette intervention.

Mais ils ne s’en satisfont pas.
Ils veulent des armes, comme les Kurdes d’Irak. Ils veulent un soutien à leur lutte. Des manifestations sont en cours sur ce point, notamment à Londres, devant le Parlement où un rassemblement est appelé mercredi 24/09, ainsi qu’à Bruxelles les 24 et 25 septembre, à Paris le 24, à Reims, Draguignan, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, etc…

Ils veulent être associés à la coalition anti-EI : « Nous sommes impatients de collaborer avec la coalition dans la lutte contre le terrorisme qui menace toutes les valeurs humaines au Moyen-Orient », a déclaré Salih Muslim, le co-président du Parti de l’union démocratique (PYD) ce mardi 23 septembre. Mais ils ne veulent pas jouer les supplétifs d’une opportuniste coalition ‟arabo-occidentale”, bien au contraire : ils veulent accroitre les moyens de poursuivre la lutte de libération kurde, avec la mise en place d’un projet politique et d’un modèle social originaux et alternatifs (confédéralisme, autonomie démocratique, écologie, anti-patriarcat…) : ce sont ces objectifs-là qu’ils entendent défendre et placer de manière non-négociable dans le cadre d’un ‟front” de lutte anti-djihadiste. Ils veulent la reconnaissance de l’autonomie du Rojava et de son autogouvernement. Ils veulent poursuivre, approfondir, amplifier, étendre la mobilisation pour la libération kurde sur tous les fronts, sur tous les terrains de lutte.

S’ils se battent militairement en Syrie et en Irak, ils n’oublient pas le caractère global de leur combat et en particulier celui qu’ils mènent depuis si longtemps sur le front turc. Ils veulent que soit dénoncée la politique de la Turquie, que soit démantelée la « zone tampon » installée par le gouvernement turc à la frontière, no man’s land militarisé qui n’a d’autres fonctions que de compléter le siège de Kobanê et d’empêcher des renforts de rejoindre l’enclave kurde pour mettre en déroute les djihadistes.

Ils demandent que soient sanctionnés les États qui aident les djihadistes et que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes.

Les forces kurdes des YPG et YPJ pour leur part ont non seulement stoppé l’offensive des djihadistes sur Kobanê dès le dimanche 21 septembre, mais ont lancé lundi 22 une offensive sur la ville de Tell Abyad (70 kilomètres à l’est de Kobanê), tenue par l’EI, depuis la ville kurde de Sêrékaniyé (Rass al-Aïn, canton de Cizîrê) située à plus de 100 km à l’est. D’autres attaques sont menées depuis trois jours au sud de cette zone (Mabrukah) contre des positions djihadistes afin de briser le siège de Kobanê.

La bataille de Kobanê n’est pas seulement un épisode important pour Kobanê et le Rojava ou même pour la seule lutte contre les djihadistes. Son enjeu détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l’ensemble du Moyen-Orient.

Le 23 septembre 2014

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Post Scriptum

Alors que nous bouclons l’édition de cet article sur le site, un communiqué des YPG fait un rapide état de la situation. Il annonce ce mercredi 24 septembre que les djihadistes restent bloqués sur le front de l’est et que plusieurs villages (Susanê, Tell Xezal, Halinc…) ont été repris au djihadistes au sud, sud-ouest et ouest de Kobanê ces dernières heures.
Ce début de contre-offensive est tantôt mené par les YPG/YPJ seuls, tantôt avec les combattants du Burkan El Fırat, Centre d’opérations conjointes, structure récemment créée regroupant des brigades issues de l’ASL dans la région de l’Euphrate et agissant en accord politique et en coordination militaire étroite avec les YPG, contre les djihadistes et contre le régime de Damas.

sept 292014
 
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Cet ouvrage a pour but de mettre en évidence la fabrication d’armement dans la région toulousaine. C’est un outil d’information. Vous y trouverez un descriptif du complexe militaro-industriel local et un inventaire non exhaustif des laboratoires, universités, institutions et entreprises de Midi-Pyrénées impliqués dans le marché de la guerre.

http://www.non-fides.fr/?Toulouse-Necropole

sept 072014
 
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CONTRIBUTION. RECONSTRUIRE DES PERSPECTIVES REVOLUTIONNAIRES.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la solide résignation et l’inertie politique. Le monde apparaît de plus en plus comme une immense machine de gestion qui élimine toute perspective de vivre autrement. Plus, le système capitaliste et industriel d’aujourd’hui a évincé jusqu’à la capacité à imaginer autre chose.

Il persiste toujours des révoltés et des empêcheurs de tourner en rond qui refusent l’idée qu’il n’y aurait pas d’ennemis à combattre, que les structures de domination seraient indépassables, que la civilisation capitaliste serait immuable. Comme toute civilisation, elle finira pourtant par s’achever. Elle n’aura probablement pas duré très longtemps. Ce que le système a réussi de mieux, c’est de s’incorporer en chacun de nous, de s’être rendu « naturel » et « nécessaire » dans les esprits, tout autant que matériellement. Au cas où, les capitalistes, politiciens et technocrates ont mis de leur côté une foule de gadgets et de dispositifs répressifs. On ne sait jamais.

Les fractions rebelles ne portent aujourd’hui pas suffisamment de perspectives révolutionnaires. Trop souvent, l’idée de révolution devient un slogan, un moyen de se positionner politiquement sur l’échiquier politique, un gage de radicalité. Le Spectacle, pour paraphraser les situationnistes, en a même fait une marchandise. L’époque fait tout pour ne pas prendre cette idée au sérieux. Si c’est au moment où l’idée de rupture semble la plus lointaine qu’il faut la marteler avec le plus d’insistance, il ne faudrait pas pour autant en faire un réflexe idéologique. Elle mérite mieux.

Nous nous retrouvons finalement dans la situation des révoltés et révolutionnaires de la fin 18ème et du début 19ème siècles, qui ont construit le vieux mouvement ouvrier et les formes d’activités communistes, socialistes et anarchistes. Ce que des historiens non alignés comme Edward Thompson ont contribué à montrer, c’est qu’il n’y a jamais eu de prolétariat spontané, ni de sujet révolutionnaire naturel. L’émergence des aspirations révolutionnaires n’est pas seulement le fruit des conditions sociales, mais surtout du volontarisme de militants, s’appuyant sur la sociabilité de la rue, la diffusion de journaux et de brochures, la débrouille solidaire des petites gens, et la rancœur vis-à-vis des exploiteurs. Au départ, quelques personnes volontaristes se sont battus et ont su trouver un écho dans une fraction large des populations. Ils n’étaient pas bien nombreux, puis leur révolte a résonné.

Ils ne sont pas partis de rien : les références étaient les formes d’autogouvernement et de lutte des paysans, le communalisme et l’autonomie des villes, les théories de Rousseau, Godwin, Thomas Paine et d’autres intellectuels. Ils ont aussi repris à leur compte l’espace public bourgeois qui luttait contre la vieille société aristocratique, le détournant pour lutter pour leur dignité et la justice sociale. C’est peut-être un élément essentiel qui a permis la constitution des mouvements contre l’Etat et le capital, et au-delà contre toutes les formes de domination. Rien ne prouve aujourd’hui la nécessité d’un tel appui. Il est clair que les mouvements révolutionnaires dans un direction libertaire ne résonnent pour l’instant que faiblement dans une situation contre-révolutionnaire, et doivent en finir avec les faux amis qui bloquent toute conflictualité ouverte tels le citoyennisme et l’extrême-gauche nationaliste et productiviste. Par ailleurs, les ravages industriels et le réchauffement climatique pressent de plus en plus à en finir avec le monde tel qu’il tourne au désastre. Un mouvement comme la lutte dite contre le CPE, en 2006, a par ailleurs montré que dans certaines situations, les révoltes pouvaient être soutenues par une large partie des populations, même si elles ne s’impliquent pas ou peu dans la lutte.

Nous ne partons pas de rien non plus : les mouvements révolutionnaires d’autrefois donnent des appuis théoriques et pratiques. S’il y a à trouver les mots et les pratiques d’un mouvement révolutionnaire d’aujourd’hui, jeter aux oubliettes des expériences d’émancipation qui sont allées plus loin que n’importe quelle lutte récente serait de la folie. La reconstruction d’un réel mouvement révolutionnaire passe par une analyse lucide des révolutions espagnoles et russes, des révoltes de l’après première guerre mondiale, des guerres de libération nationale, des soulèvements antibureaucratiques au sein du bloc soviétique, de l’effervescence des années 60 et 70 au sein des pays les plus riches. Sur ce point des analyses ont déjà été produites, et des discussions engagées.

Par ailleurs, les luttes d’aujourd’hui ne sont pas sans apports. Toute perspective révolutionnaire et libertaire ne peut se penser qu’en résonnance avec les luttes concrètes. Les révoltes successives en Grèce nous apprennent par exemple que tenir la rue ne suffit pas pour en finir avec l’Etat, mais qu’investir uniquement les alternatives sans grèves insurrectionnelles et soulèvements cherchant à en finir avec l’Etat et le capital ne permet qu’une amélioration ponctuelle et parcellaire des situations individuelles. En outre, à l’heure où l’exercice du pouvoir est supranational (G8, FMI, Banque mondiale, OMS, OMC, UE etc.), où les entreprises qui dominent sont multinationales et plus puissantes que la plupart des Etats (Barclays, Axa, Natixis, Mitsubishi, Shell, Veolia, Gazprom, Google, GDF-Suez, Novartis, Nestlé, State Grid Corporation, Wells Fargo, Samsung, IBM etc.), la généralisation du conflit à d’autres pays et des coordinations mondiales sont indispensables. D’autres luttes peuvent fournir des éléments pour la constitution d’un mouvement révolutionnaire en résonnance avec son temps. C’est le cas des communautés indigènes du Mexique, par leur autonomie et leur ancrage solidaire, mais aussi par la révélation de la force d’une identité collective exprimée dans une dimension culturelle. D’ailleurs, pas de mouvement révolutionnaire sans contenus culturels populaires, qui ne sont pas seulement artistiques comme voudrait nous le faire croire un monde désincarné, mais des références partagées et des vécus communs. Les révoltes au Maghreb, en Turquie, au Brésil, en Chine etc. sont aussi porteuses d’apports. Les luttes à venir qui iront le plus loin dans des perspectives révolutionnaires viendront sans doute des pays qu’on dit « périphériques ». En France, la lutte contre le CPE a montré la force de vivre collectivement en autogestion : rien ne remplace l’expérience commune de la révolte et de l’auto-organisation. Une grève, au-delà de ce qu’elle revendique, est surtout un moment de suspension de la routine capitaliste et de réappropriation de sa vie. La révolte de Guadeloupe en 2009 a dévoilé des pistes pour que s’impulse une grève générale qui se concrétise en une révolte populaire massive, en continuant à bouffer sans aller travailler, mais aussi des impasses à éviter. Le dernier mouvement des retraites a réaffirmé la nécessité de s’organiser de façon autonome sans être à la traîne des partenaires sociaux et des intersyndicales, et en portant des positions plus offensives contre l’Etat et le capital. La lutte contre l’aéroport de Notre-dame-des-Landes et la création de la ZAD va peut-être donner la victoire que le mouvement social cherche depuis des années. Sur ce point de l’analyse des luttes plus récentes, tout est encore à approfondir. Refaire l’histoire des mouvements locaux notamment reste largement à faire et à transmettre. Le mouvement social n’est pas condamné à ne pas avoir de mémoire…

De tous ces apports, il n’y a aucun programme révolutionnaire à conclure : la seule révolution légitime est une révolution qui cherche à en finir avec tout ce qui nous opprime, et en premier lieu avec les dirigeants qui cherchent à dicter nos vies, serait-ce pour faire notre bonheur. En revanche, des pistes révolutionnaires, des repères, des références à quoi se raccrocher peuvent être avancées. Ce n’est pas dans l’urgence de l’action que les questions peuvent se poser avec lucidité et se réfléchir ; c’est en revanche la situation révolutionnaire et celles et ceux qui la mèneront qui les trancheront.

 

La question du surgissement. Qu’est-ce qui fait que des gens rentrent en lutte et se mettent à imaginer d’autres manières de vivre collectivement ? Cette question est peut-être la plus importante aujourd’hui. Mener des enquêtes sociales, à la fois pour savoir qui nous sommes, qu’est-ce qui mobilise, comment émerge du nouveau, mais aussi comme moyen de rencontres et d’informations, est une piste pour y répondre. Les perspectives révolutionnaires ne sortent pas de nulle part, ou d’un sujet révolutionnaire qui n’existe pas en soi. Et si la révolution ne devait pas arriver, nous aurons déjà organisé un noyau du nouveau monde dans la coquille de l’ancien, nous aurons commencé à vivre dans l’esprit de l’anarchie, en essayant de ne plus être dominé ni de dominer, nous aurons été un peu plus vivants. Et c’est bien là l’objectif, l’activité révolutionnaire transformant nos vies avec toutes les contradictions qui ne peuvent être pensées comme telles que parce que justement on est en mouvement. La pureté et l’exhaustivité sont le privilège des inactifs. Ce qui n’empêche pas de vouloir être conséquent…

Le surgissement passe aussi par construire un mouvement révolutionnaire explicite et s’assumant comme tel, qui pose des bases et des perspectives révolutionnaires claires, y compris dans des situations réformistes : en finir avec le salariat, la propriété privée, l’argent, la production industrielle, les frontières, l’administration séparée, la représentation sont déjà quelques objectifs. L’époque nous rend presque honteux de vouloir renverser le vieux monde, et c’est peut-être ce que capitalistes et bureaucrates ont réussi de mieux.

Ce mouvement révolutionnaire assumé doit aussi être autonome : autonome non seulement par rapport aux organisations partisanes et syndicales, mais qui cherche aussi à développer ses propres dynamiques et ses propres rythmes, sans être à la traîne de situations réformistes et de mots d’ordre défensifs. Si c’est dans les luttes que des choses se partagent et que des gens se rencontrent, construire des dynamiques révolutionnaires demande de sortir de l’urgence de la lutte et de développer des espaces et des moyens d’autonomie. Construire un mouvement révolutionnaire, c’est s’organiser pour lutter contre ce qui nous opprime, créer des structures favorables à l’entraide et permettant de gagner un peu d’autonomie : fédérations d’entraide, magasins gratuits, ateliers coopératifs, potagers et vergers collectifs, causeries populaires, concerts gratuits, coopératives de consommation, communautés intentionnelles, contre-culture etc. C’est aussi entretenir des liens avec celles et ceux qui veulent en finir avec la domination sans taire les divergences, conspirer sans cesse pour en finir avec le vieux monde. Autodéfense, face aux administrations qui nous enserrent, au sexisme, aux racistes, aux patrons et au travail, mutualité, pour vivre mieux dès maintenant et donner au mouvement davantage d’autonomie et de puissance, action politique, de l’intervention au sabotage et à la grève insurrectionnelle, tant pour convaincre qu’en découdre.

 

La question du pouvoir et de l’institution. La domination ne s’évapore pas. Il est donc impossible de penser en finir avec tout ce qui nous opprime sans institutions libres ni structures qui permettent aux gens de vivre ensemble sans se dominer. L’acte de détruire les catégories existantes du pouvoir ne comble pas le vide en lui-même, comme pouvait le laisser supposer l’optimisme de Bakounine, pour qui la destruction est un acte constructif en soi un peu de manière magique. Surtout qu’aujourd’hui, on peut en finir avec les technocrates, il y aura toujours à faire avec leurs désastres, au premier rang desquels les déchets nucléaires et la radioactivité. Sans s’avancer sur des questions qui pourraient être spécifiques (que faire avec les pollutions dont on hérite ?), cet état de fait renforce la nécessité de s’organiser pour se défaire de la domination. Par conséquent, il faut bien envisager et construire les institutions libres qui seront les lieux politiques, c’est-à-dire de prises de décisions collectives, tant du moment révolutionnaire que de l’après. Auto-institution, c’est-à-dire l’anarchie : un monde sans ancrage absolu auquel raccrocher les valeurs et les vérités, mais dans lequel c’est la société qui se dote explicitement de ses croyances et principes, toujours fragiles, toujours discutables. Ce n’est pas pour cela qu’il n’y a pas de rites, de symboles, de rapports sociaux qui ont tendance à s’autonomiser et s’échapper à la conscience. Le tout est de briser le fétichisme et d’être conscient que les relations et les objets apparemment figés sont en réalité des éléments d’une construction sociale en cours qui ne peut que nous échapper en partie. Le tout est d’en faire un savoir qui n’en supprime pas la véritable magie : la question de la domination ne se rationalise pas – ce qui revient en fait à la refouler et la faire ressurgir – mais elle se contrôle et s’expie. Le rite fonctionne mieux que le rationalisme pour éliminer la domination, ce qui ne veut pas dire que les personnes croient réellement aux symboles. L’important, c’est que ça marche et que la société soit équilibrée et sans rapports stables de domination. La révolution aura quelque chance de subvertir le monde désincarné d’aujourd’hui si nous sommes capables d’inventer d’autres formes sociales et culturelles qui nous permettent non pas la maîtrise mais la lucidité.

Le drapeau de la révolution, c’est l’autogouvernement, et donc l’absence de chefs et de dirigeants qui guident les autres. Sur une base essentiellement territoriale, sectorielle, affinitaire ? Sortir du productivisme et du carcan capitaliste du travail passe par ne pas reproduire un fédéralisme basé sur les catégories productives, surtout que cela alimente l’illusion qu’il suffirait de tenir les moyens de production pour mener une révolution, comme si le pouvoir n’était pas aussi militaire, politique, symbolique et dans nos têtes. Une base territoriale, avec la ségrégation spatiale qu’on connaît et dont on ne peut qu’hériter au début, laisserait s’organiser entre eux des bourgeois et réactionnaires. Sans oublier que certains espaces sont durablement contaminés pour très longtemps. Une base affinitaire laisserait la part belle aux guerres de chapelle. Que les révolutionnaires les plus avancés s’assument et s’organisent pour éviter que la révolution se fixe et finalement échoue sera essentielle, à la condition d’avoir en tête les dérives avant-gardistes et l’intention de partager et convaincre. Renouer avec le fédéralisme, avec pour principe la liberté individuelle dans la responsabilité collective. Eviter la résurgence d’un Etat qui ne dirait pas son nom implique de mettre au premier plan l’auto-organisation des opprimés, et permettre que se créent autant d’espaces collectifs d’organisation que ne le souhaitent les protagonistes, espaces pouvant être en conflit avec d’autres. C’est pourquoi il faudra tout autant mettre l’accent sur les convergences, sur la fédération. Et trouver des solutions contre les groupes qui en profiteront pour satisfaire leurs propres intérêts, qui tomberont dans des dérives autoritaires, qui alimenteront des logiques haineuses…

 

La question de la généralisation du conflit. Sans attendre une potentielle situation favorable qui, si on ne la provoque pas, ne vient jamais, en découdre avec le vieux monde demande de s’organiser et de la lucidité. Chaque lutte ne peut pas être envisagée comme séparée, comme un combat spécifique, mais bien comme une pierre de l’édifice révolutionnaire. Il n’y a pas de conflit central, à même de créer une situation révolutionnaire, ou plutôt il y en a plusieurs. Bon courage à celles et ceux qui voudraient mesurer quelle domination est la plus centrale entre l’exploitation, le racisme, le patriarcat, les ravages industriels etc.

La question de la généralisation du conflit, c’est aussi celle du mode d’organisation et des bases d’une communauté de lutte. Tendre dès le départ vers une direction réellement révolutionnaire (en finir avec le salariat, la propriété privée, les lieux séparés de la société où se prennent des décisions etc.) est la condition d’une subversion du monde tel qu’il est et d’éviter de ne changer que les chefs. En même temps, ce ne seront pas les militants doctrinaires qui feront la révolution, et des directions très diverses et tout à fait opposées seront en présence.

Renforcer son autonomie, qu’elle soit de subsistance, politique, culturelle, est le seul moyen de ne pas se faire absorber par le système et la réaction. Cette autonomie se pose aussi par rapport au rythme de la révolte : pas toujours être dans l’urgence activiste et défensive. Pour autant, une lutte est justement le moment où tout peut se discuter, les rencontres se font, les expériences mutuelles sont les plus solides, bien au-delà des milieux militants et autres révolutionnaires professionnels. Ces derniers seront même probablement à la traîne d’un soulèvement révolutionnaire. C’est donc aussi la question de la composition qui se pose, et surtout de la manière dont les positions des uns, des unes et des autres peuvent se construire, s’exprimer, s’opposer. C’est peut-être le point le plus central et le plus difficile. On n’a pas encore trouvé mieux que les assemblées populaires, les conseils de travailleurs ou de bon gouvernement, les arouch, ou peu importe comment on nomme les formes d’autogouvernement.

 

La question du processus révolutionnaire. Les expériences révolutionnaires passées montrent que toute phase de transition vient en réalité fixer et stopper la révolution avant qu’elle ne devienne irréversible. Les plus opportunistes en profitent alors pour instituer un gouvernement provisoire sans lien avec le soulèvement, leur garantissant le maintien de leurs privilèges. En revanche, une révolution ne se réalise pas spontanément, en quelques jours ou quelques semaines. Les rapports de domination ont la fâcheuse tendance à persister, et en finir avec les capitalistes ne suffit pas à en finir avec le capitalisme, avec les autoritaires en finir avec l’autoritarisme etc., même si c’est un début nécessaire. Le carcan du système n’est pas seulement extérieur, c’est aussi des rapports, habitudes et imaginaires qui nous tiennent. Pas de transformation extérieure sans transformation intérieure dans le même mouvement. De toute façon, ce n’est pas parce qu’une révolution est faite qu’il n’y en a plus à faire. Il y a, et aura, toujours des situations de domination à combattre. Ce sera probablement bien plus facile, et ces situations ne se fixeront pas en division permanente de genres, de classes et de statuts.

Par ailleurs, une révolution, avant de se réaliser, fait toujours face à des forces contre-révolutionnaires. Comment continuer la révolution tout en organisant de façon conséquente la défense ? Comment ne pas instituer une hiérarchie paramilitaire ? Parmi les revendications des Enragé-es de la révolution française, parmi lesquels Pauline Léon, il y avait celui du droit de s’armer, y compris et surtout pour les femmes. Si l’Etat se définit d’abord par le monopole de la violence, c’est une revendication justifiée. A la condition de ne pas créer le far west, ce qui pose la question du contrôle collectif de l’usage des armes… En tous cas, pas de révolution sans envisager sérieusement les problèmes d’ordre politico-militaire qu’une telle initiative fera surgir, surtout dans un contexte jamais égalé d’un surarmement des appareils étatiques.

La meilleure défense, c’est l’attaque. La révolution doit sans cesse avancer, et l’expérience montre que ce n’est surtout pas la question de la défense contre la réaction qui doit servir de prétexte au ralentissement du processus révolutionnaire. Il est trop tard pour gagner militairement quand les gens ont appris à vivre autrement, il est trop tard pour gouverner quand la plupart des personnes vivent ici et maintenant comme s’ils étaient déjà pleinement libres.

                                                   

 

Non pour demain, c’est pour aujourd’hui qu’il faut lutter pour une révolution, parce que c’est la condition de vivre un peu plus libre et plus joyeusement.

Et parce que la résignation et le pessimisme nous emmerdent.

 

Piou-Piou

 

août 042014
 
Dépot arme

Israël/Palestine : « j’appelle les soldats de base et les réservistes à refuser les ordres et à ne pas participer au massacre »

La déclaration de désertion d’un jeune israélien

mercredi 30 juillet 2014

Udi Segal, jeune israélien de 19 ans, devait démarrer son service militaire le lundi 28 juillet 2014. Malgré la loi l’obligeant, comme la plupart des israéliens juifs de son âge, à rejoindre l’armée après le lycée, Udi a refusé. Il est ce que l’on appelle un refuznik (en hébreu sarvan, de sirev : « il a refusé »), comme ces autres jeunes qui refusent de servir dans Tsahal. Certains de ces soldats refusent notamment de servir dans les territoires palestiniens occupés, d’autres refusent tout simplement d’être incorporés, comme c’est le cas d’Udi.

En 2005, on comptait plus d’un millier de refuzniks dans un pays de huit millions d’habitants, rongé par un état de guerre perpétuel et le patriotisme qui en découle automatiquement, et qui aimerait diviser la société israélienne en deux camps : les patriotes et les traitres nationaux, les « traitres nationaux » étant ultra-minoritaires et très mal perçus.

Il est difficile pour nous qui vivons au cœur de l’Europe pacifiée, de comprendre ce climat, qui en Israël comme en Palestine, exhorte chaque individu au nationalisme grégaire, jusqu’à réussir à l’inscrire dans l’ADN social. Il en va de notre responsabilité, en tant qu’anarchistes et anationalistes, de diffuser la parole et les actes de ceux qui refusent ces logiques de mort, d’un côté de la frontière comme de l’autre. Surtout lorsque les espaces de contestation sont généralement eux aussi contaminés par ce climat [1].

Nous vous proposons donc cette déclaration d’Udi, à qui nous souhaitons force, courage et détermination pour la suite, pour en finir avec le nationalisme et le patriotisme.

 

Je m’appelle Udi Segal, j’ai 19 ans, je viens du Kibbutz Tuval au nord d’Israel, il y a quelques mois j’ai signé la lettre des objecteurs de conscience 2014 qui fut envoyée au premier ministre, à ce jour, elle a été signée par 130 déserteurs. Dans la lettre nous déclarions notre refus de servir dans l’armée israélienne. La principale raison est l’occupation et l’oppression continue du peuple palestinien, qui s’exprime par des allocations sociales inégales, le mépris des droits, et le meurtre continu de plus de 600 personnes dans la dernière opération à Gaza [2]. De plus, le service militaire contribue au militarisme israélien. Moi par exemple, en tant qu’homme, juif et ashkénaze [3], et donc plus susceptible d’avoir un impact sur la société israélienne et de m’en sortir, car je viens d’un milieu social dominant plus enclin au militarisme israélien, un milieu auquel je m’oppose fortement.

Même si il n’y avait pas l’occupation, je refuserais de servir l’armée, car elle pérennise un système politique, nationaliste et capitaliste auquel je refuse de prendre part et qui ne profite qu’à quelques-uns. Je ne pense pas que l’opération militaire en cours à Gaza me protège. Les opérations militaires ne me protégeront pas, elles ne feront qu’engendrer de nouvelles opérations militaires comme ça a été le cas avec l’Opération Plomb durci [2008-2009] qui n’a fait que mener à l’Opération Pilier de défense [novembre 2012] et qui continue aujourd’hui avec l’opération Bordure Protectrice, qui elle-même mènera probablement à d’autres opérations militaires. Ce qui protégerait serait une paix juste reconnaissant l’injustice faite aux palestiniens. On ne pourra réaliser la paix tant qu’un peuple sera opprimé, occupé et entouré d’un mur. Cette population n’a pas abandonné son désir de liberté et ne se repose pas sur l’éventuelle compassion de ceux qui l’occupent, alors ne vous attendez pas à vivre en sécurité dans une telle situation. A ceux qui pensent quand même qu’ils me défendent, dans une telle situation, si le prix à payer pour la sécurité est de 600 morts à Gaza, je ne suis pas intéressé par ce genre de sécurité.

Mon refus de servir sera difficile pour ma famille. Mon frère est dans l’armée, et il pourrait être à Gaza lorsque je me retrouverai en prison, j’espère que cela ne créera pas de conflits insolubles… Et au delà de ça, à cause de moi, les gens regarderont avec méfiance mes parents et mes frères. Je pense que je contribue à la société israélienne, mais il me semble important de préciser que mon action ne s’inscrit pas dans une vision patriotique ou sioniste, mais dans une vision globale, une globalité qui inclut Israël. Je pense que l’occupation est un obstacle et qu’elle est dommageable pour les israéliens.

Beaucoup d’amis de mon âge se sont enrôlés dans l’armée. Je viens moi-même d’un milieu militariste, mon école a un des plus forts pourcentages de recrutement dans le pays [4]. Oui, il y a de nombreuses personnes qui ont arrêté de m’adresser la parole et qui m’ont mis à l’index suite à mon choix. Mais il s’agit peut-être d’un bon tri dans mes amitiés, puisque j’ai aussi des amis qui se sont enrôlés et qui sont restés à mes cotés. J’ai choisi d’aller en prison parce que malheureusement, les israéliens écoutent plus facilement ceux qui sont prêts à se sacrifier et à payer le prix. La prison va me retirer ma liberté, c’est quelque chose de difficile à appréhender car je n’ai connu jusque là que le dehors, dans une liberté toute relative. De plus, pour ceux qui refusent l’occupation, les conditions de détention peuvent être particulièrement dures, comme le montre l’exemple d’Uriel Ferera, emprisonné récemment. Il a refusé de porter l’uniforme et subit des humiliations en raison de son milieu traditionnel.

L’objectif qui sous-tend ma désertion est d’en finir avec l’occupation. Mais compte tenu de la réalité présente, ce qui importe maintenant est que les israéliens ouvrent leurs yeux, qu’ils réfléchissent au sens de l’occupation et à ce que cela signifie de servir dans l’armée, particulièrement les adolescents qui se rapprochent de la conscription.

En ce qui concerne l’opération en cours à Gaza, j’appelle les soldats de base et les réservistes à refuser les ordres et à ne pas participer au massacre.

Udi Segal.

Udi, a répondu « je refuse » à l’ordre de conscription le lundi 28 juillet à midi, accompagné d’environ 70 solidaires, juifs et arabes (dont d’autres refuzniks), tous pris à partie par une contre-manifestation de patriotes de merde rassemblés en urgence par le biais de la poubelle Facebook. Udi est actuellement retenu dans une prison militaire.

[Traduit et annoté par nos soins de l’hébreu, le 29 juillet 2014.]

Source : Non fides.

juil 302014
 
anarchisme_syrie

Avec la population de Palestine et d’Israël contre la barbarie militariste (Communiqué de l’Initiative Communiste-Ouvrière)

Aucun être humain ne peut rester insensible aux images de morts, de destruction et de souffrances de la population de la Bande de Gaza. Comme dans toutes les guerres modernes, comme en Syrie, en Irak, à l’Est de l’Ukraine, en République Démocratique du Congo ou ailleurs, c’est la population civile, des enfants, des personnes âgées, des travailleurs, des chômeurs, des employés, etc. qui tombent victimes des bombardements.

Prise en otage par le militarisme israélien et par les milices du Hamas, la population palestinienne pleure une fois encore ses enfants et vit dans la terreur des bombardements. Enfermée, au nord par les troupes israéliennes et au sud par l’armée égyptienne, dans une immense prison à ciel ouvert, la population de la Bande de Gaza subit une fois encore le jeu sanglant des dirigeants du Hamas et d’Israël. Comme lors des précédentes « opérations » de l’armée israélienne, les bombardements, en tuant des civils et en détruisant les infrastructures nécessaires à la population, loin d’affaiblir le Hamas, lui offre des possibilités de se développer sur la base du désespoir d’une partie de la population. De son côté, chaque tir de roquette du Hamas, loin de protéger la population palestinienne, est un cadeau fait à Nentanyahou pour justifier le renforcement du militarisme.

Rien n’est plus à vomir que les déclarations des dirigeants qui prétendent agir pour la « sécurité » des populations, alors qu’ils les entraînent dans une nouvelle spirale de guerre, d’attentats, de morts et de souffrances. Seule la fin immédiate des bombardements et des tirs de roquettes, seule la paix, peuvent apporter non seulement la sécurité, mais aussi le bien-être, tant au peuple de Palestine qu’à celui d’Israël.

Ce n’est bien sûr ni sur le gouvernement militariste d’Israël, ni sur les dirigeants du Hamas ou ceux du Fatah qu’il faut compter pour imposer la paix. Ce n’est pas non plus sur les États arabes, l’Union Européenne ou l’ONU. Dans cette guerre comme dans toutes les guerres, chaque État ne cherche qu’à défendre ses propres intérêts et ceux des bourgeois au pouvoir. Certes, comme bien des fois ces dernières années, après avoir provoqué des centaines voir des milliers de morts, il y aura peut-être un nouveau cessez-le-feu temporaire, les dirigeants israéliens comme ceux du Hamas se féliciterons de leur victoire, avant de plonger une fois encore les populations de Palestine et d’Israël dans une nouvelle marre de sang.

Seule la mobilisation de la population d’Israël et de Palestine permettra d’obtenir, contre les appels à la haine racistes des extrémistes nationalistes et/ou religieux, contre les états-majors et chefs d’États, une paix véritable basée sur l’égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens.

Et l’espoir d’un avenir meilleur, pour nos sœurs et frères de classe de Gaza, de Tel Aviv, de Ramallah, de Haïfa ou de Jérusalem, en ces jours sombres où tombent des centaines de victimes innocentes, ne peut en aucun cas venir de la surenchère nationaliste. L’espoir au contraire, ce sont par exemple les initiatives comme les manifestations communes de résidents juifs et arabes dans le nord d’Israël, les manifestations contre la guerre, le racisme et l’occupation à Tel Aviv, Haïfa ou Jérusalem, ainsi que les multiples initiatives comme celle du Forum des Familles qui regroupe des familles, palestiniennes et israéliennes, qui ont perdu un proche dans la guerre, mais aussi de nombreuses initiatives spontanées qui montrent que dans cette région comme ailleurs l’humanité peut triompher face à la barbarie.

21/07/2014

 

De l’agression contre des membres de l’Hachomer Hatzair boulevard Beaumarchais (en 2003) aux attaques de synagogues en juillet 2014

vendredi 18 juillet 2014, par Yves

La polémique fait rage autour des incidents qui ont entouré la manif « pro-palestinienne » du dimanche 13 juillet 2014. Certains parlent de provocations de la LDJ (un groupe d’extrême droite juif qui défend des positions racistes contre les Arabes et est en effet tout à fait capable de provocations), d’autres d’attaques délibérées contre deux synagogues. D’autres enfin combinent les deux versions.

On trouvera 3 témoignages intéressants sur i-télé :
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-la-police-est-responsable-88714
(un organisateur de la manif)
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-serge-benhaim-dement-toute-attaque-de-la-synagogue-88717
(le témoignage d’un responsable de la synagogue)
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-ca-a-ete-un-piege-88720
(une manifestante)

Pour le moment il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette affaire, chaque partie ayant intérêt à mentir. Il est évident qu’un certain nombre de manifestants ont crié « Mort aux Juifs » et que ce type de slogans ne peut en aucun cas être justifié par les provocations de la LDJ. Seuls des antisémites peuvent crier « Mort aux Juifs », fussent-ils face à des Juifs d’extrême droite.

Un petit retour en arrière sur ce qui arriva lors d’une manifestation en mars 2003 permet de comprendre la source du problème actuel : l’incapacité des organisateurs des manifestations de gauche et d’extrême gauche à tenir à l’écart les manifestants antisémites : de ceux qui crient des slogans antisémites ou chantent des chants religieux invitant à tuer des Juifs à ceux qui brandissent des drapeaux d’organisations djihadistes, en passant par tous ceux qui se baladent avec des pancartes Israel=SS, Sharon=SS, etc.

C’est parce que l’antisémitisme est toléré dans les manifestations de gauche et d’extrême gauche, que les provocations de la LDJ sont grandement facilitées, que cette organisation d’extrême droite peut se présenter en défenseure des Juifs, et que des petites minorités antisémites viennent aussi dans ces manifestations car elles pourront y parader sans problème.

Nous ne croirons aux protestations indignées des organisateurs que lorsqu’ils adopteront des positions politiques claires contre l’antisémitisme de gauche. En attendant nous les considérons comme complices de ces « débordements » antisémites, même s’il est évident que nous ne pouvons en aucun cas approuver l’interdiction des manifestations de soutien à la Palestine par tel ou tel préfet.
C’est évidemment aux militants de gauche et d’extrême gauche de faire le ménage dans leurs rangs pas aux flics, surtout quand on connaît leurs préférences politiques (leur vote pour le FN, organisation raciste et antisémite) et le passé de l’Etat français face à l’antisémitisme sous l’Occupation.

Alors à quand le Grand Ménage contre l’antisémitisme de gauche, camarades et compagnons ? Mettez-vous au boulot si vous voulez être crédibles (cf. http://www.mondialisme.org/spip.php?article2055).

Y.C., Ni patrie ni frontières, 18/07/2014

PS. Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, nous reproduisons ci-dessous un article de René Monzat paru dans Ras l’Front en 2003.

 

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Anatomie d’une agression

par René Monzat, Ras l’Front, n° 93, avril-mai 2003

Une grave agression antisémite s’est déroulée à Paris en marge de la manif antiguerre du 22 mars dernier.
Que s’est-il passé ?

L’agression

Alors que le cortège emprunte le boulevard Beaumarchais, un petit groupe court sur le trottoir, criant « où sont les juifs », s’en prenant à des militants de l’association Hachomer Hatzaïr qui regardent passer le cortège « à cause » de la kippa que porte l’un d’entre eux. Ils se replient vers le local d’Hachomer à quelques dizaines de mètres dans la rue Saint Claude, ou sont réunis 150 enfants et ados de 6 à 16 ans.
Les agresseurs les suivent, les attaquant à plusieurs reprises à coups de bâton. Les incidents durent plusieurs minutes. Deux militants de 18 et 25 ans doivent être hospitalisés.
Plusieurs incidents antisémites, moins graves, se sont déroulés en marge de cortèges anti-guerre ou pour les droits des Palestiniens depuis plus d’un an. Voir à ce sujet les articles de Karl Laské dans Libération.

Y a t-il eu attaque du Betar ou de la Ligue de Défense Juive ?

Le bruit a circulé qu’un commando du Betar ou de la LDJ (extrême droite sioniste) avait attaqué le cortège. Il est sans fondement. Le Betar est exsangue à Paris. Les commandos qui ont attaqué plusieurs réunions sont composés de membres de la Ligue de Défense Juive se réclamant du mouvement Kach, interdit en Israël pour racisme. Ils sont venus tourner autour d’autres manifs du même genre, mais pas de celle du 22 mars.

Qui sont les agressés ?

Des militants et militantes du mouvement sioniste de gauche Hachomer Hatzair.
Né il y a 90 ans en Galice, ce mouvement de jeunesse qui s’est longtemps réclamé du marxisme. Il a fourni de nombreux cadres à l’extrême gauche ou à Shalom Archav (la Paix Maintenant).
Il pense certes pis que pendre de l’OLP et de Yasser Arafat, mais n’a jamais fait de concession sur le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat et veut que Jérusalem devienne la capitale des deux états .
Il participe à la « Coalition pour la paix » et mène campagne dans ce cadre pour le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés, et pour le démantèlement des colonies. Il a participé à la manifestation anti Le Pen du 1er Mai 2002. A cette occasion, ses militants arboraient l’autocollant Ras l’Front.

Quelle est la nature de l’agression ?

Une agression antisémite délibérée, déclenchée parce qu’un des militants portait une kippa, dont la signification est strictement religieuse.

Qui sont les agresseurs ?

En premier lieu de jeunes loubards qui se disent musulmans et crient « Jihad », mais dont une bonne partie ne comprend pas un traître mot d’arabe et n’a manifestement jamais ouvert un exemplaire du Coran. Ils circulent le long des cortèges en collectionnant les auto-collants de différentes organisations.
En second lieu de petits noyaux politiques de groupes islamistes. Ils ne sont pas forcément les mêmes d’une manifestation à l’autre. Leur caractère islamiste apparait dans leur propension à scander Allah Akbar, et à réciter ostensiblement la prière à la fin des manifs. Ces groupes d’une dizaine à quelques dizaines de personnes cherchent souvent à instrumentaliser les loubards. Ils occupent de petits segments de cortèges et suivent un animateur qui dispose d’un porte-voix, mais n’arborent aucune banderole. Il y a un an, certains de ces groupes se signalaient par des drapeaux du Hamas ou du Hezbollah, et ne sont pas revenus depuis, suite à des « explications » avec le SO des manifs.
Autant les jeunes antisémites se caractérisent par leur impulsivité, autant les groupes islamistes montrent parfois une véritable maîtrise technique de la manipulation de cortèges. Ainsi, le 6 avril 2002, des militants munis d’oreillettes, arrivent à la hauteur de telle ou telle bande de « loubards », se mettent à courir en criant « le Betar arrive ! ». Arrivés à la hauteur des groupes du Hezbollah (dont un des cadres libanais était présent ce jour-là) ou de porteurs de drapeaux verts du Hamas, ils s’évanouissent dans la nature. Plus question du Betar, mais les islamistes ont renforcé leur cortège.
Dans d’autres cas, ils ont tenté d’imposer leurs propres slogans au cortège des comités Palestine. Ils se sont insinués entre la camionnette et le premier rang, « improvisé » un sit­in pour éloigner la camionnette et couvrir les slogans décidés par la coordination.
La bande vidéo rendue publique sur le site de Digi-Presse permet de reconnaître rue St Claude des membres de ces deux types de groupes : jeunes loubards et militants plus âgés. Les militants et militantes du Hachomer ont remarqué parmi leurs agresseurs des gens du même âge qu’eux (une vingtaine d’années) et d’autres, souligne une militante « de l’âge de mon père »

Les réactions

La condamnation des organisateurs de la manifestation a été claire et sans équivoque. Le maire de Paris, Bertrand Delanoé, et celui du IIIème, Pierre Aidenbaum, sont venus assurer le Hachomer de leur indignation et de leur solidarité.

Qu’est-ce qui a rendu l’agression possible ?

Les organisations qui ont appelé à la manifestation n’arrivent pas à assurer collectivement le contrôle politique et militant des cortèges. Il est géré segment par segment. La difficulté augmente avec la disproportion entre le noyau militant d’une structure et les centaines voire milliers de personnes qui se joignent, le jour venu, au cortège.

Les organisateurs ont-ils une politique pour prévenir des dérapages ou incidents ?
Un dispositif a été mis au point par les organisateurs de la manif suivante, du 29 mars, durant une réunion au siège du Hachomer Hatzaïr. Avec une efficacité limitée.

Une structure comme la Coordination des Comités Palestine définit une orientation et arrive globalement à la tenir malgré une expansion fulgurante. En revanche le happening organisé place Denfert Rochereau, en fin de manif par une des camionnettes d’Agir Contre la Guerre, donnait le micro à qui voulait le prendre. On a ainsi entendu successivement des invocation religieuses aux martyrs, au Jihad, et au soutien d’Allah contre les juifs, le tout en arabe, puis le représentant de l’Union Française Juive pour la Paix.

Par ailleurs les auteurs devront rendre compte de leur participation à l’agression devant les tribunaux. Et cette affaire ne sera pas enterrée.

Encart

Une polémique secondaire est due au fait que les incidents ont éclaté non loin du cortège de la Capjpo. (Coordination des appels pour une paix juste au Proche Orient.)

La CAPJPO est elle auteur de l’agression ? La CAPJPO milite pour deux Etats et affirme lutter contre l’antisémitisme. Soupçonner la direction de cette structure d’avoir fomenté une agression antisémite est absurde.

Des gens portant l’autocollant de la CAPJPO y ont-ils participé ?
L’agression aurait pu se déclencher à la hauteur d’un autre segment du cortège. La CAPJPO ne dispose pas d’un vrai SO permanent. N’importe qui pouvait manifester dans son cortège sans pour autant y militer habituellement.

Que dit la CAPJPO de cette agression ?
Les trois communiqués rédigés par la direction de cette organisation montrent qu’elle n’a rien compris aux faits ni au sens de ce qui s’est passé.
En effet le premier communiqué est titré « nouvelle agression et provocation sharonienne ». Il évoque un commando d’une vingtaine de personnes armées du matériel habituel de la LDJ, commando qui n’a jamais existé.
De toute façon une telle attaque du cortège par un commando de la LDJ aurait justifié une réaction du SO, mais en aucun cas un déchaînement antisémite.
Nulle part ces communiqués ne décrivent l’agression antisémite pour ce qu’elle a été.
En d’autres termes les communiqués semblent excuser, et de ce fait couvrir après coup(s) l’agression qui a été commise.
Samedi 29 mars, le rédacteur du communiqué reconnaissait, oralement, s’être « trompé » dans la relation des faits.

Source : Ni patrie, ni frontières.

Le MNLA reprend Kidal

 Posted by on 26 mai 2014 at 12 h 55 min  Actualité Internationale, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 262014
 

source: jura libertaire

Les Touaregs reprennent le contrôle de Kidal

Les combattants touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) ont repris le contrôle total de la ville de Kidal, ce 21 mai 2014.

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/05/024.jpg?w=695Forts du soutien des forces internationales, notamment la France, les dirigeants de l’État malien ne peuvent s’empêcher d’abuser de ce pouvoir que la France leur a octroyé. Le 16 mai 2014, des militaires maliens font usage de balles réelles pour essayer de repousser des manifestants, en majorité femmes, venus dénoncer la venue du premier ministre malien à Kidal. Le lendemain, c’est aux positions du MNLA qu’ils se sont attaqués, ce qui a contraint les combattants du MNLA à réagir et de violents combats ont lieu, combats durant lesquels les combattants touaregs ont infligé des pertes considérables à l’armée malienne. Le gouvernorat de Kidal ainsi que certaines positions sont passés sous le contrôle des Touaregs.

Durant toute cette confusions qu’a vécu la ville de Kidal, les forces internationales présentes sur place ont joué un rôle malsain en se positionnant systématiquement en faveur de l’État malien [Alors que la France n’a pas dénoncé la répression des civiles par les l’armée malienne le 16 mai, ni l’usage de balles réelles contre des manifestants pacifiques, elle s’est empressé de dénoncer l’action du MNLA le lendemain qui n’a fait que se défendre. La France a même osé parler d’otages au sujet des soldats maliens faits prisonniers par le MNLA. La même attitude a été adoptée par les nations Unies représentées sur place par la Minusma.].

http://i0.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/05/033.jpg?w=695

Le mercredi 21 mai, c’est à l’arme lourde que les soldats de l’armée malienne présents encore à Kidal se sont attaqués aux habitations de civils. Excédés, les combattants touaregs dont les positions ont été visées par les soldats maliens ont riposté et très vite, comme d’habitude, ont pris le dessus sur l’armée malienne qui ont été chassés de la ville de Kidal. Dans un communiqué, rendu public le 21 mai, le MNLA déclare que “suite à l’agression et à l’attaque de nos positions par l’armée malienne tôt ce matin, l’ensemble des positions occupées jusqu’ici par les forces armées maliennes sont à présent sous le contrôle des forces combattantes de l’Azawad”. Dans son communiqué, le MNLA appelle la communauté internationale “à tout mettre en œuvre pour assurer la protection des populations de l’Azawad en territoire sous contrôle malien contre toute tentative de représailles de la part de l’armée malienne défaite”. En effet, il faudra s’attendre à des opérations de représailles qui seront menées, comme d’habitude, contre les populations civiles touarègues aussi bien par l’armée malienne que par les milices et mercenaires à qui elle l’a l’habitude de sous-traiter ces actions crapuleuses.

Le jeudi 22 mai 2014, c’est Anderboukane qui tomber sous le contrôle du MNLA : les militaires maliens y ont été chassés. Selon des informations qui parviennent du terrain, des combats on lieu à Menaka. Les combattants touaregs comptent libérer la ville de l’occupation malienne avant la tombée de la nuit.

Tamazgha, le site berbériste, 22 mai 2014

ukraine: l’anarchisme….‏

 Posted by on 16 mai 2014 at 10 h 16 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 162014
 

UKRAINE: L’anarchisme dans un contexte de guerre civile

Wednesday May 14, 2014 04:47author by Par Antti Rautiainen (version anglaise sur Tahrir-ICN, LibC Report this post to the editors
Vendredi 2 mai, la maison des syndicats d’Odessa a pris feu. Au moins 42 personnes ont trouvé la mort au cours des affrontements qui ont lieu dans cette ville, la plupart dans l’incendie et quelques autres dans les combats de rues. Il y a un excellent témoignage direct des événements disponible ici : http://napaki.livejournal.com/100072.html (en russe, non lu par le traducteur).
Les événements ont commencé alors que des combattants armés antiMaidan et pro-russes ont attaqué une manifestation organisée par des ultras de football aux sympathies nationalistes. Cette agression a fait quelques morts mais les pro-russes se sont rapidement retrouvés dans une situation défavorable. Ils se sont retirés vers leur campement de protestation dans le parc de Kulikovo mais les manifestants pro-Kiev les y ont suivis et ont mis le feu au camp. Les pro-russes se sont ensuite réfugiés dans la maison des syndicats, qui a rapidement pris feu aussi. On peut voir sur cette video (http://www.youtube.com/watch?v=s9AMjLBIliw&feature=youtu.be) comment l’incendie s’est propagé. A la deuxième minute, on peut voir une flamme derrière une fenêtre fermée, ce qui laisse supposer qu’une partie de l’incendie a démarré à l’intérieur. Ce qui est possible, à cause des accidents liés à l’utilisation de cocktails Molotov, utilisés des deux côtés lors des combats. Cela dit, on voit aussi des nationalistes pro-ukrainiens jeter des cocktails Molotovs, ce qui les rend au moins partiellement responsable de l’incendie.
Il y a des doutes quant au fait de savoir si le noyau dur des pro-russes qui ont attaqué la manifestation avec des armes à feu étaient, ou non, des provocateurs hors-sol. Dans tous les cas, il est certain que parmi les gens qui étaient dans la maison des syndicats, il en était qui n’avaient absolument rien à voir avec l’agression. Dans un certain nombre de photos, on peut voir la police protéger le noyau dur des agresseurs. En dehors de ça, la police a été très passive pendant l’incendie et n’est pas intervenue dans les évènements. Même si elle n’était peut-être pas partie prenante d’une conspiration, ils n’ont dans tous les cas pas du tout agi de manière professionnelle.
Pendant le week-end, les troupes du gouvernement central et les « fédéralistes » locaux ont levé une guerre dans la ville de Kramatorsk en Ukraine de l’est. Ce qui signifie que ce qui se passe actuellement en Ukraine peut d’ors et déjà être considéré comme une guerre civile. Dans les semaines qui viennent, nous allons découvrir à quel point cette situation de guerre va s’étendre et si la Russie va y intervenir, ou non. Je me considère très informé du contexte russe puisque j’ai vécu plus de 12 ans à Moscou, mais cela ne veut pas dire que je le suis autant pour l’Ukraine. Je n’ai seulement visité le pays que trois fois dans les dernières années et je n’ai guère plus qu’une vingtaine d’ami-e-s là-bas. Malgré tout, en me renseignant un peu sur ce qui se passe en Ukraine, j’ai vite compris qu’une guerre civile pouvait devenir un scénario possible là-bas.
Tous mes ami-e-s ukrainiens, cependant, étaient absolument certain-e-s qu’une telle chose ne pouvait arriver là-bas. Et ce malgré toutes les différences entre l’Ukraine occidentale et l’Ukraine orientale, personne n’était préparé à tuer en leurs noms. Illes étaient convaincu-e-s que l’Ukraine ne deviendrait jamais une autre Yougoslavie.
Tou-te-s avaient des connaissances, des ami-e-s et des amant-e-s des deux côtés du fleuve Dnieper, et ukrainophones et russophones. Mais en ne prenant en compte que ses propres ami-e-s, on tombe vite dans le piège du microscope, oubliant de ce fait tous les mécanismes qui créent de la haine sur un large niveau.
La guerre ne requiert pas une haine personnelle entre les gens, les raisons économiques et géopolitiques sont suffisantes. Et en Ukraine, les intérêts géopolitiques sont nettement plus grands qu’en Yougoslavie. Si quelqu’un a intérêt à attiser les haines ethniques ou les sentiments belliqueux, un simple petit accrochage à base ethnique suffit. Quelques violences, meutres et kidnappings et tout le monde est en ordre en bataille. Ca a marché aujourd’hui en Ukraine juste comme ça a marché dans de nombreux autres endroits.
A l’heure actuelle, la « gauche » occidentale semble assez désorienté à propos des évènements en cours là-bas. C’est parce que la « gauche », au sens large, n’est pas vraiment un concept utile dans l’ex-URSS, puisqu’elle peut signifier n’importe quoi depuis les sociaux-démocrates jusqu’aux anarchistes, en passant par les staliniens qui soutiennent Poutine. Personnellement, je préfère toujours écrire ce mot entre guillemets. Je me sens anarchiste, pas de « gauche », puisque depuis maintenant un certain nombre d’années les anarchistes ont été la seule force politique en Russie qui combinait les principes éthiques d’opposition au racisme, au sexisme et à l’homophobie avec ceux de l’égalité sociale. Jusqu’à très récemment, il n’y a pas vraiment eu quelque chose de l’ordre de la « nouvelle gauche » en Russie, à l’exception d’une poignée de trotskistes.
Une fracture au sein de la « gauche » en Ukraine est non seulement très probable mais aussi nécessaire. A Kharkiv, dans les combats de rues, l’organisation stalinienne « Borotba » (qui signifie lutte en ukrainien) a combattu contre les côtés où se trouvaient les anarchistes. Dans la région de l’ex-URSS, 99,9 % de la « gauche » supportera toujours l’impérialisme sous prétexte d’être « avec le peuple ». Il est temps que les anarchistes refuse l’association sémantique avec le terme « gauche ». Nous n’avons rien en commun avec ces gens.
Mais les anarchistes aussi peuvent se retrouver facilement manipulé-e-s avec des expressions à la mode tels que « auto-organisation » et « démocratie directe ». Par exemple, Boris Kagarlitsky, un russe intellectuel très connu dans la « gauche » occidentale et fréquemment invité dans les Forums Sociaux Mondiaux a trouvé un terrain favorable en Occident en utilisant de tels expressions à la mode.
Apparemment, les anarchistes d’Ukraine et de Russie n’ont pas pu anticiper les développements qui ont mené à la guerre civile. On n’y a seulement débattu autour de Maidan en se demandant si ce mouvement pouvait offrir quelque chose de mieux que le régime de Yanukovitch. On ne s’y attendait pas à ce que la Russie réagisse à une victoire de Maidan par une escalade consciente de la violence du conflit, et qu’il pourrait finalement dégénérer en guerre civile.
Alors que la Russie est la machine de propagande et le fournisseur d’armes principal du conflit, les pays occidentaux ne font guère mieux, en ne prenant en compte que les intérêts du nouveau gouvernement à Kiev et présentent le mouvement en Ukraine orientale comme un ensemble de pantins de la Russie. La branche armée des « fédéralistes » sont indéniablement des pantins du Kremlin, mais si le mécontentement n’était pas largement partagé et qu’il n’y avait pas de manifestation contre le nouveau régime de Kiev, cette branche armée n’aurait jamais fleurie.
Je ne crois pas qu’une guerre civile était l’objectif du Kremlin. En premier lieu, il s’agissait de déstabiliser l’Ukraine au maximum afin de forcer Kiev à abandonner ces velléités de regagner le contrôle sur la Crimée. Maintenant la situation est hors de contrôle du Kremlin et il sera peut-être contraint d’envoyer des troupes régulières pour remplir sa promesse de soutien donnée aux « fédéralistes ».
Le gouvernement à Kiev a envoyé tellement de « derniers ultimatums » aussi vite oubliés et a annoncé tellement d’ « opérations anti-terroristes » qui n’existaient pas qu’il est clair qu’il n’a que très peu de troupes opérationnelles. A quelques occasion, les troupes du gouvernement central ont en réalité pris part aux évènements et les résultats en ont été tragi-comiques. En conséquence, le gouvernement comprend bien que la question reste ouverte quant à savoir s’il est en capacité de remporter une guerre civile si celle-ci viendrait à se développer. Cependant, il comprend aussi que la guerre peut permettre de discipliner la société et de stabiliser le nouvel ordre et que soient oubliées et enterrées les promesses faites au mouvement. Avec le temps, les deux camps en sont arrivés à la conclusion qu’une véritable guerre civile pourrait s’avérer nécessaire pour leurs intérêts, même si personne ne l’avait programmé au début pour autant.Désaccord dans le mouvement anarchiste

Au cours des évènements, les mouvements anarchistes d’Ukraine et de Russie ont explosé en trois camps distincts. Un premier groupe s’est concentré sur la production de communiqués internet condamnant les deux côtés du conflit. Pour elleux, rester en dehors de toute dynamique sociale est une question de principe et ils ne veulent que relater et analyser. Participer à la protestation sociale n’est pas un but pour elleux et ils préfèrent garder les mains propres. Puisque chacun des camps est influencé par des libéraux écoeurants, des nationalistes détestés et des affreux staliniens, tous en même temps, ou par d’autres indésirables, on ne peut pas pleinement participer à rien et la seule alternative est de rester à la maison et de publier des communiqués sur Internet à propos de comment la situation va de pire en pire. Cependant, la majeure partie du temps, ces communiqués sont tout simplement évidents et remplis de banalités.

Un deuxième groupe s’est composée autour de celleux qui se sont trouvé-e-s tout excité-e-s par tout ce « riot-porn » et cette violence anti-police à Kiev, sans véritablement considérer qui perpétrait ces violences et dans quels intérêts. Certains antifascistes ont même dérivé au point de soutenir « l’unité nationale » dans Maidan et de menacert des anarchistes de Kiev qui critiquaient Maidan et refusaient d’y participer. La plupart des gens de ce camp sont juste des fans de la violence anti-police sans autre cadre théorique mais quelques uns essaient de donner à Maidan un parfum (imaginé) anti-autoritaire, en prétendant que l’assemblée générale de Maidan (« Veche ») équivaut aux conseils révolutionnaires mis en place durant les révolutions du 20ème siècle. Ils appuient cette analyse sur les revendications sociales qui sont parfois présentées à Maidan, mais ces revendications étaient toujours à la marge de l’ordre du jour de Maidan.
L’une de ces revendications périphérique étaient que les oligarques devraient payer un dixième de leurs revenus en taxes et était généralement articulée avec un populisme nationalisme. Cependant, les revendications de Maidan Kiev étaient toujours très loin de ramener à la société les milliards volés par les oligarques. A Vinnytsa et Zhitomir, il y a eu une tentative d’exproprier des usines appartenant à des capitaux allemands mais c’était le seul cas d’un éventuel dépassement du cadre libéral-national auquel je suis familier.
Dans tous les cas, le problème principal de Maidan n’était pas le manque d’un ordre du jour social ou le manque de démocratie directe, mais bien le fait que les gens ne le revendiquaient même pas. Même si tout le monde n’arrêtait pas de répéter qu’illes ne voulaient pas d’une autre « révolution orange » comme en 2004, ni d’un retour de Yulia Timoshenko, ce sont à la fin toujours les industriels du chocolat Poroshenko and Vitaly Klitchko qui sont en tête des sondages. C’était le choix du peuple après être ressorti épuisé de la voie révolutionnaire proposée par les nationalistes radicaux du Secteur Droit. Comme c’est là, les gens veulent retourner à « la vie normale », la vie avant Yanukovitch et ne sont pas prêt-e-s à faire des sacrifices que des développements révolutionnaires plus profonds exigeraient. La démocratie représentative est bien comme un hydre, si tu en coupes une tête, deux poussent à sa place.
Cependant, aucune des craintes de « renversement fasciste » ne s’est matérialisée. Les fascistes n’ont gagné que très peu de pouvoir et leur rôle historique en Ukraine va désormais être de jouer les troupes d’élites pour faire appliquer les réformes libérales exigées par le FMI et l’Union Européenne, c’est-à-dire des coupes budgétaires dans les retraites, une augmentation par 5 fois du prix du gaz etc. Le fascisme en Ukraine est traditionnellement assez puissant, mais il a été incapable de promouvoir réellement son propre agenda dans la vague révolutionnaire. C’est un schéma largement similaire à celui du parti Svoboda [stalinien] qui va complètement se discréditer vis-à-vis de ses électeurs.
Mais n’importe qui essayant d’intervenir, anarchistes compris, s’est retrouvé dans cette même situation – qui est d’être mis sur la touche after tous ces efforts. Pendant les manifestations, les anarchistes et la « gauche » enviait jalousement le Secteur Droit mais finalement toute la visibilité et la notoriété qu’ils ont chèrement payées n’ont pas suffi à leur offrir une véritable influence.
Si les anarchistes avaient adopté la position d’ « observateurs-trices neutres » après que Yanoukovitch ait tué des manifestant-e-s, illes auraient été complètement discrédité-e-s. Si après avoir été tué-e-s, la classe des travailleu-r-ses ou plus exactement « le peuple », c’est-à-dire la classe des travailleu-r-ses associée aux couches les plus basses de la bourgeoisie, avaient échoué à renverser Yanoukovitch, la société ukrainienne aurait plongé dans un sommeil léthargique comme les sociétés russes et biélorusses en font l’expérience. Evidemment, après le massacre, il ne restait plus le choix : il fallait renverser le pouvoir, quoiqu’il puisse arriver à sa place après. Les anarchistes à Kiev n’étaient absolument pas en position d’influencer la situation de manière significative, mais rester à côté n’était plus une option envisageable.
Et c’est là que nous arrivons à la troisième et dernière position envisagée par les anarchistes et que nous appellerons « centriste » : entre l’activisme sans cervelle, et la neutralité des communiqués sur Internet. Le camp des anarchistes réalistes ont compris que, même si les protestations de Maidan manquaient définitivement d’un programme conséquent et positif, il fallait faire quelque chose ou le futur serait terrible.Les limites de l’intervention

A Kiev, les anarchistes ont pris part à un certain nombre d’initiatives importantes au cours de la vague révolutionnaire – d’abord l’occupation du ministère de l’éducation1 ou encore le raid contre le bureau de l’immigration par le groupe local NoBorder, qui cherchaient des preuves de la collaboration illégale avec les services de sécurité d’autres pays. Mais l’intervention anarchiste la plus réussie a été celle de Kharkiv, où Maidan était relativement faible mais aussi davantage libéré de l’influence nationaliste.
Malgré tout, un tel centrisme a aussi ses propres problèmes. L’un d’entre eux est qu’il peut favoriser les mauvaises forces politiques à gagner du pouvoir et ainsi discréditer la protestation radicale. Un deuxième problème peut aussi être celui de finir par se battre pour un combat qui n’est pas le nôtre. Quand les antiMaidan ont attaqué Maidan dans la ville de Kharkiv, leurs ennemis fantasmés n’étaient pas les anarchises mais l’OTAN, l’UE ou les fascistes de l’Ukraine occidentale. Puisque les anarchistes y avaient fait le choix de rejoindre Maidan, il aurait été lâche de leur part de déserter une fois le combat engagé. Donc, les anarchistes ont fini par se battre aux côtés des libéraux et des fascistes. Je ne veux pas critiquer les anarchistes de Kharkiv ; après tout ce qu’illes ont fait était peut-être la tentative la plus aboutie parmi les anarchistes ukrainiens d’influencer le cours des choses mais ce n’était pas, loin de là, la bataille et les alliés qu’ils auraient souhaité.

Et donc, vient le moment où la désertion se fait impérative, et c’est quand commence la guerre civile. Là maintenant, il est encore trop tôt pour faire un véritable bilan définitif des tentatives des anarchistes pour influencer Maidan mais après le début de la guerre civile, Maidan ne jouera plus de rôle véritable. A partir de là, l’assemblée va progressivement se tourner vers l’armée et les fusils d’assaut remplacer les cocktails Molotov. La discipline militaire remplace l’organisation spontanée.
Quelques partisan-e-s de l’organisation ukrainienne Borotba (qui veut dire Struggle) et le Front de Gauche Russe prétendent qu’illes essaient de faire actuellement la même chose que ce que les anarchistes ont fait à Maidan, c’est-à-dire diriger les manifestations vers des revendications sociales. Mais le mouvement AntiMaidan n’a pas de structures de démocratie directe, pas même déformées. Il a rapidement adopté un modèle hiérarchique hérité des organisations militaires. Les leaders d’AntiMaidan sont en réalité d’anciens officiers de police et de l’armée de réserve. Ce mouvement ne cherche pas à exercer de l’influence sur les masses mais à s’imposer par le pouvoir militaire et les armes. C’est parfaitement logique puisque, si l’on en croit un récent sondage, même dans la région la plus « fédéraliste » de Lugansk, seule 24 % de la population est favorable à un renversement armé des structures de gouvernement2. Dans cette situation, AntiMaidan ne peut compter sur une victoire à travers des manifestations de masse.
Alors que, dans sa nature, Maidan était une protestation nationaliste et libérale de classe moyenne soutenue par une partie de la bourgeoisie, AntiMaidan est purement contre-révolutionnaire, en tendance. Bien sûr, AntiMaidan a ses propres bases. On pourrait être tenté d’y intervenir, mais une intervention supposerait une approche de type soviétique et impérialiste. Le Parti Communiste Russe, Borotba, le Front de Gauche Russe et Boris Kagarlitsky ont tous rejoint ce camp soviético-patriote. Intervenir au sein de Maidan faisait davantage de sens tant que l’ennemi restait les forces de police anti-émeute « Berkut » et des truands mercenaires. Quand les opposants sont des participants d’AntiMaidan induits en erreur, il ne fait dès lors plus sens de se battre dans la rue.
Quand on regarde des deux côtés de ce conflit, on peut voir une tendance dangereuse, que chaque anarchiste et anti-autoritaire va devoir affronter dans l’avenir : la récupération de la rhétorique et de la terminologie anti-autoritaire pour servir les idéologies hiérarchiques. D’un côté, les « nationalistes autonomes » qui ont trouvé beaucoup de sympathies parmi les anarchistes et de l’autre, des intellectuels tels que Boris Kagarlitsky. Tout deux définissent leur propre camp belliqueux avec des attributs comme « démocratie directe » et « auto-organisation ». En réalité, ces caractéristiques sont soit présentes de manière déformée soit pas du tout. Quand deux courants nationalistes différents « s’auto-organisent » pour s’entre-mutiler et s’entretuer, il n’y a rien à célébrer. A la suite des évènements en Ukraine, il est clair que les anarchistes doivent expliquer au monde la différence de nature entre « auto-organisation » et auto-organisation…
Selon le sondage auquel je me référais plus haut, en Ukraine orientale dans son ensemble, seulement 12 % soutiennent les actions armées des « fédéralistes », alors que le gouvernement de Kiev est soutenue par environ 30 % de la population. Les 58 % restants ne soutiennent aucun des deux partis belligérants et dans des conditions de guerre civile, c’est la majorité sur laquelle on devrait compter. Nous devrions encourager les désertions et les évitements de conflit. Sous de totalement autres conditions, et si les anarchistes avaient davantage d’influence, nous pourrions former des unités indépendantes contre les deux camps belligérants.
Des civils non armé-e-s sont parvenu-e-s à empêcher des bains de sangs en se plaçant au milieu des troupes comme des boucliers humains. Sans une telle forme de désobéissance civile, une véritable guerre aurait probablement pu éclater bien avant. Nous devrions soutenir ce mouvement et tenter de le diriger à la fois contre les « fédéralistes » and les troupes gouvernementales.
Au cas où la Russie réagirait en occupant des territoires en Ukraine orientale ou le pays dans son ensemble, nous pourrions nous inspirer des partisan-e-s anarchistes de la 2nde Guerre Mondiale qui se sont battu-e-s en France et en Italie. Dans de telles conditions, l’ennemi principal est l’armée occupante, en tant qu’elle va s’affronter à l’ensemble de la population très rapidement. Mais il est aussi nécessaire de se garder à distance maximum des éléments nationalistes de la résistance, puisque la moindre alliance avec eux entravera la réalisation de notre programme dans le cadre de la résistance.
Les évènements à Odessa sont une tragédie et il est possible que parmi les personnes qui sont mortes dans la Maison des Syndicats certaines n’avaient pas pris part aux violences. Les gens qui ont jeté des cocktails molotovs sur le bâtiment auraient du en prévoir les conséquences. Même si la propagation de l’incendie n’est pas uniquement de leur faute, ce n’est pas qu’illes ne s’y sont pas employé-e-s.
Si la guerre civile se répand, ces morts ne sont que le début. Il ne fait aucun doute que des deux côtés, la majorité ne veut qu’une meilleure vie pour leurs proches et leur terre natale et nombreu-x-ses sont celleux qui détestent d’autant oligarques et gouvernements. Plus des gens sincèrement ingénu-e-s meurent, plus la pression se fait grande de soutenir l’une ou l’autre des factions en guerre. Et nous devons lutter contre cette pression.
Alors qu’il peut éventuellement valoir le coup d’avaler des lacrymogènes ou de tâter de la matraque pour une révolution bourgeoise, il n’y a aucun sens à mourir dans une guerre civile qui oppose deux camps également bourgeois et nationalistes. Ca ne serait pas un autre Maidan mais quelque chose de complètement différent. Aucun sang, ni celui des anarchistes ni de personne d’autre, ne devra couler pour cette stupidité.Traduction française : Gio, CGA

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Autre source d’infos (plutôt sur Maïdan)
Seulement en espagnol (pas le temps de traduire)
Rapport d’une délégation de SAC (Suède) et IP (Pologne) à Kiev

http://www.cgtvalencia.org/actualitat/20140508/informe-de-ip-y-sac-sobre-su-visita-a-ucrania/12498.html

avr 172014
 
Bouddhisme_religion_d_amouuuur-300x149

(source : http://mutien.com/site_officiel/?p=14902 )

Depuis pas mal d’années, j’écris des articles sur les religions en expliquant qu’elles ne servent qu’une oligarchie et participent au rabaissement de l’Homme.

Comme j’écris principalement des articles sur les 3 religions monothéistes, les fans du bouddhisme s’imaginent être à l’abri…

Pourtant, j’ai déjà abordé ce sujet, en publiant de nombreuses preuves que le bouddhisme est comme les autres religions > Une arme de destruction massive de l’esprit .

Pour en revenir au monothéisme, j’entends souvent les moutons dirent > Ah regardez l’Islam, ils tuent des chrétiens, ah, ils tuent des innocents…

Déjà avant tout, il faut arrêter de stigmatiser l’Islam plus que les autres religions. Car comme je l’ai déjà publié, TOUTES les religions TUENT et l’Islam n’est pas la pire de toutes… Suffi simplement de s’intéresser à l’histoire, la vraie.

Maintenant que j’ai mis les pendules à l’heure, je voudrais justement aborder le massacre des Musulmans en Birmanie.

Ah… Bizness FM à oublié de vous en parler ?

Et oui, la réalité est là : En Birmanie, les extrémistes bouddhistes massacrent la minorité musulmane Rohingya  !!!

Comment ces bouddhistes menés par des moines justifient-ils le recours à la force avec tant de haine ?

Je vous invite à regarder cette vidéo et écouter Jean-Louis Margolin, chercheur en histoire contemporaine de l’Asie à l’Institut de recherche asiatique de Marseille, l’expliquer à Jean-Baptiste Cocagne en précisant que le bouddhisme est une religion intolérante envers les autres religions.

A écouter et surtout à méditer sur cette prétendue religion d’amouuuur !

Terminons cet article avec notre voisin français et leur président (roi ?) Hollande et les Droits-de-l’homme à géométrie variable > Ce dernier a déroulé aujourd’hui le tapis rouge à la parlementaire birmane Aung San Suu Kyi sans un mot sur sa passivité notoire à propos des exactions commises contre la minorité musulmane !

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En complément, vous pouvez lire cet article beaucoup plus complet : http://www.huffingtonpost.fr/2013/07/17/birmanie-rencontre-hollande-sein-rakhine-rohingyas_n_3609825.html

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