« on a le même intérêt », dit la ministre au patron du medef

 Posted by on 12 décembre 2013 at 9 h 46 min  Education / Facs  Commentaires fermés
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Les Echos (du capital) sur le copilotage des formations par le medef

Geneviève Fioraso : Le Medef et le gouvernement prêts au « copilotage » des formations

Par Marie Bellan et Marie-Christine Corbier | 09/12 | 06:00

Après avoir voulu faire entrer davantage l’entreprise à l’école, le gouvernement cherche à faire de même à l’université. Jean-Marc Ayrault et le ministre de l’Education, Vincent Peillon, avaient placé, le 18 octobre, l’ancien patron d’Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta, à la tête du Conseil national éducation-économie (CNEE). La ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, installe ce matin le comité Sup’emploi. Il sera coprésidé par deux chefs d’entreprise, Françoise Gri et Henri Lachmann.Vous voulez rapprocher l’enseignement supérieur de l’entreprise. L’idée est ancienne. Que va changer le comité Sup’emploi ?

Geneviève Fioraso : Le comité est d’abord une instance non paritaire, à la différence de ce qui existe déjà. Il sera d’ailleurs coprésidé par deux chefs d’entreprise, Françoise Gri, ex-présidente de Manpower France, et Henri Lachmann, ex-PDG de Schneider Electric. Ensuite, nous avons fait appel à des personnes issues de l’entreprise, de la formation, de la recherche, qui siégeront en tant que personnes qualifiées. L’objectif est de mieux anticiper l’évolution des emplois, pour la formation initiale et pour la formation tout au long de la vie. Ce qui veut dire trouver de meilleures réponses sur les métiers en tension et sur ceux qui correspondent à nos enjeux de recherche comme l’allongement de la durée de vie, la transition énergétique, la chimie verte.

Pierre Gattaz : L’initiative me paraît tout à fait intéressante. Mais le plus difficile, c’est l’exécution et l’action. Va-t-on y arriver ? Aujourd’hui, l’Education nationale et l’enseignement supérieur poussent très souvent des formations qui ne correspondent pas aux besoins des entreprises et aux métiers futurs. Il faut inverser cette tendance et concevoir les formations à partir de nos besoins, dans les filières du futur. Sinon, on va dans le mur. Mais il faut aussi orienter les formations vers nos besoins actuels. Car il nous manque des soudeurs, des chaudronniers, des décolleteurs… Il y a une sorte d’élitisme en France qui fait que, si on n’a pas un bac + 5, on n’est rien du tout.

Mi-octobre, le Medef a réclamé au gouvernement le copilotage des formations. Y êtes-vous favorable ?

G. F. : Mais bien sûr ! Cela est déjà intégré dans la gouvernance des universités, où on a, depuis la loi sur l’enseignement supérieur de juillet dernier, davantage d’acteurs économiques. De même, grâce aux regroupements d’universités que nous encourageons, des stratégies de site vont être définies. Or ces stratégies sont faites pour être élaborées avec les acteurs économiques ! Il faut décloisonner et enlever les a priori. Chacun a des a priori sur l’autre. Mais je constate que, sur le terrain, un certain nombre de barrières sont tombées. Beaucoup d’universités ont des partenariats avec les entreprises. Il faut maintenant faire tomber les derniers bastions.

P. G. : On a progressé, c’est vrai, que ce soit avec la loi Pécresse [la loi sur l'autonomie des universités, NDLR] ou avec ce que vous avez pu apporter. Mais les formations dispensées à l’université sont encore trop souvent orientées pour la toute petite minorité d’étudiants qui se destinent à l’enseignement, et pas pour ceux qui vont aller travailler en entreprise. Ce rapprochement avec les chefs d’entreprise est fondamental, parce que les besoins en formation, c’est de l’emploi. Je ne dis pas que tous les efforts sont à faire dans votre camp, les entreprises aussi doivent en faire. En tout cas, il y a urgence.

G. F. : On a le même intérêt !

P. G. : Oui, mais vous, vous avez d’énormes corporatismes…

Au fond, vous ne croyez pas tellement à l’efficacité de cette nouvelle commission…

P. G. : Je salue cette initiative. Mais il y a eu beaucoup de rapports déjà. L’objectif doit être le plan d’actions.

G. F. : Non, mais allez sur le terrain ! ça a énormément bougé ! Il ne faut pas écouter les postures des uns et des autres. Les universités ont désormais des « fab labs » [des laboratoires de fabrication, NDLR], des ateliers de créativité…

P. G. : Mais il y a encore un pas à faire entre le système français, qui fonctionne sur des subventions, et une université comme Oxford…

G. F. : On est au 3e rang mondial pour l’accueil des étudiants étrangers. La première raison avancée, c’est la qualité de notre formation. La qualité de formation à l’université est tout à fait méconnue. L’image qu’on a, que vous avez et que peuvent avoir les familles et les lycéens de l’université ne correspond pas à la réalité. On est au 6e rang mondial pour la qualité de nos publications scientifiques. Mais on est entre les 20e et 25e rangs pour l’innovation, car on a du mal à transformer l’invention du laboratoire en innovation dans l’entreprise qui crée de l’emploi. Voilà pourquoi il faut rapprocher les deux mondes. Mais je vois aussi beaucoup de projets de partenariats, que je pousse au maximum. Je ne vois pas un monde séparé, avec des cloisons, comme vous le voyez…

P. G. : Ce que vous dites va dans le bon sens. Mais il faut aller beaucoup plus loin et plus vite. Il faut absolument que les entreprises ou les branches s’intègrent davantage dans les universités pour définir les métiers de demain. Or on sait que les régions - pour ce qui relève du champ de Vincent Peillon [ministre de l'Education, NDLR] - sont encore très réservées sur notre intervention pour définir des qualifications, des diplômes et des calendriers adéquats.

Que pensez-vous du projet du gouvernement qui vise à instaurer des quotas de stagiaires dans les entreprises ?

P. G. : On est très inquiets sur ce projet. Car vous avez deux façons de régler les problèmes de l’emploi dans le pays. Soit vous nous faites confiance et vous désasphyxiez les entreprises pour qu’elles soient plus compétitives en considérant qu’elles sont nos forces vives. Soit vous dites on a un problème de stagiaires, et vous mettez en place des quotas, des pénalités… et vous ajoutez 50 pages au Code du travail.

G. F. : Mais les jeunes, ce sont aussi nos forces vives ! Et il ne faut pas non plus les exposer à des abus. Certains instituts de sondage ou agences de communication ont plus de 30 % de stagiaires ! Vous êtes bien d’accord pour dire que ce n’est pas normal ?

P. G. : Cela peut être vrai dans certains cas, mais après, le risque, c’est qu’on demande à tout le monde, y compris aux petites entreprises qui ne vont déjà pas bien, d’avoir leur quota de stagiaires, qu’elles le veuillent ou non…

G. F. : Non. L’idée, c’est d’éviter les abus…

Qu’est-ce qui serait acceptable pour vous ?

P. G. : Il y a un moment où il faut arrêter les projets et les propositions de loi qui apportent beaucoup de nervosité. L’intégration des jeunes le plus tôt possible par des stages, de l’alternance, de l’apprentissage, pour moi, c’est la meilleure formation. Et il faut y penser pour nos élites. Il faut prévoir, pour nos étudiants issus de l’ENA, de Sciences po ou de l’Ecole nationale de la magistrature, un stage obligatoire en entreprise en fin d’études. Dans une PME ou une entreprise de taille intermédiaire, en France ou à l’étranger. C’est fondamental.

Marie Bellan, Marie-Christine Corbier, Les Echos

Agitation à la fac de Caen

 Posted by on 1 décembre 2013 at 16 h 13 min  Actualité locale, Education / Facs, L'information des collectifs locaux  Commentaires fermés
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Depuis la fin de l’année dernière, des assemblées générales et des actions de perturbation essaiment à l’université de caen. La nouvelle loi Fioraso est venue renforcer la soumission de l’enseignement supérieur au capitalisme, alors que les plans sociaux sont la solution pour faire face aux déficits budgétaires qui frappent de nombreuses universités depuis leur « autonomie ». Non-remplacement des départs en retraites et dégradation des conditions de travail, fusion de filières et renforcement de leur vocation professionalisante, intrusion des entreprises privées, sélection par tirages au sort dans certaines facs etc. dans un contexte général d’austérité. Les revendications sont très étatistes et pas mal centrées sur la fac, la mobilisation est faible, mais il y a quand même un peu d’agitation.

Loi Fioraso et déficit des universités : un nouveau coup dur pour les universités, les personnels et les étudiant-e-s

                        Geneviève Fioraso est l’actuelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Son parcours laisse on ne peut plus rêveur : dans la région grenobloise, cette dernière était en effet à la fois PDG de Minatec Entreprises (spécialisée dans les nanotechnologies), maire adjointe de Grenoble, membre ou co-présidente de trois Sociétés d’Economies Mixtes publiques-privée liées à « l’innovation technologique » et évidemment à Minatec Entreprises, ou encore membre d’association de loi 1901 dont la plupart sont liées à la facilitation et la coordination des rapports entre secteurs publics et secteurs privés. C’est donc une ancienne patronne et une lobbyiste convaincue du rapprochement public-privé qui dirige actuellement ce ministère. Son cabinet ministériel et composé très majoritairement de partisans et artisans de la loi LRU… Vous vous rappelez ?

La loi LRU, cette loi qui a rendue autonome financièrement les universités, passant par une diminution considérable de la dotation budgétaire d’Etat, et poussant ces dernières à rechercher d’autres sources de financements, notamment via les entreprises privées ou le mécénat. La loi LRU qui a également transférer la gestion financière et humaine de la « masse salariale » de l’Etat aux universités, avec une accentuation en parallèle des pouvoirs des conseils d’administration et surtout des Président-e-s d’universités, faisant de ces dernier-e-s de vrai-e-s chefs d’entreprises. Cette fameuse loi qui fait qu’actuellement, plus d’un tiers des universités françaises sont en déficit budgétaires (et plus de la moitié en difficultés financières) et utilisent les salarié-e-s comme variable d’ajustement en supprimant des dizaines et des dizaines de postes (voire des centaines dans quelques universités), provoquant suppressions d’heures de cours, surcharge d’étudiant-e-s dans certains TD, et dégradations des conditions de travail et d’études. Cette loi qui pousse les universités, les filières, les centres de recherches et les personnels à la compétition la plus totale, et force actuellement à des suppressions ou fusions de filières (considérées comme insuffisamment rentables pour l’économie capitaliste) voire d’universités…

Et bien non seulement la loi Fioraso ne remet rien en cause de cette foutue loi LRU, mais elle accélère et enfonce le clou de la marchandisation de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La loi, passée à l’Assemblée Nationale et au Sénat pendant l’été (comme sa frangine LRU en 2007, on change pas les bonnes méthodes), préconise notamment la mise en place de « communautés d’universités », dont l’objectif principal est de faire fusionner les universités les unes entre les autres, afin de créer de grands pôles régionaux de l’enseignement supérieur censés être compétitifs sur la scène internationale, passant par des fusions de filières et de centres de recherche, pour une soi-disant question de « lisibilité ». Mais ce sont bien les étudiant-e-s les plus précaires et les personnels qui vont trinquer. Toute fusion génère des suppressions de postes. Et toute fusion supprime des filières, empêchant les étudiant-e-s n’ayant pas les moyens de se déplacer à des centaines de kilomètres de chez eux/elles de s’inscrire dans la filière de leur choix. Dans le même temps, les pouvoirs vont se concentrer dans les mains de l’instance dirigeante du regroupement/fusion d’universités, d’ailleurs composée à seulement 50% de membres élu-e-s, les autres étant nommé-e-s et de préférence lié-e-s à l’économie régionale.

Le projet de loi transfert également « l’accréditation des diplômes » directement par les universités et laisse ainsi encore plus de largesse à ces dernières pour concevoir directement leurs propres diplômes, renforçant la régionalisation et la mise en compétition des universités. En parallèle, les UFR (Unité de Formation et de Recherche) vont être supprimées et les universités vont pouvoir créer les composantes qu’elles souhaitent. Rappelons que la nouvelle Licence mise en place à partir de 2012 et finalisée en 2014 introduit les représentant-e-s du « milieu socio-économique régional » dans la conception des enseignements, dans les enseignements, et dans les jurys d’examens. Mis bout à bout, tout se tient : les universités créent des diplômes dont les objectifs sont de former une main-d’œuvre directement exploitable par le patronat local.

De plus, le projet Fioraso prévoit de transformer la Licence en une simple continuité du lycée, reléguant la spécialisation au Master. Cette volonté est à mettre en lien avec la professionnalisation forcée des filières depuis 2007 au moins, où les connaissances fondamentales liées à une discipline sont petit à petit remplacées par des « compétences » communes à toutes les filières (langues, informatique, projet professionnel, etc.), dont l’objectif est bien de faire intégrer des logiques managériales et économiques aux futur-e-s salarié-e-s/chômeur-euse-s, interchangeables et sans connaissances précises sur le marché du travail. L’idée ici est également de limiter l’accès à la recherche au plus grand nombre, abordable dans un futur très proche uniquement en Master, où la sélection sociale est plus importante. Contrairement à ce que disent les gouvernements successifs, ce n’est pas la professionnalisation qui permettra d’enrayer l’échec en Licence, mais un plan massif de résorption de la précarité étudiante qui gonfle chaque année, poussant les ¾ des étudiant-e-s à se salarier dans le courant de l’année (et plus de la moitié pendant l’année universitaire).

Pour finir, ce projet de loi, dont la tonalité réside principalement dans le rapprochement des universités avec le monde de l’entreprise, va accentuer et accélérer la pénurie budgétaire des universités, poussant ces dernières à supprimer toujours plus de postes et chercher des financements privés. Ce processus est celui le plus prisé dans le monde pour justifier à un moment une hausse importante des frais d’inscription, comme en Angleterre, au Chili, au Canada etc. Déjà en France, les frais d’inscriptions augmentent chaque année bien au-delà de l’inflation, et de manière croissante de la Licence au Doctorat, l’idée étant bien de limiter les longues études aux étudiant-e-s socialement acceptables et compétitifs… Combien de temps allons-nous laisser faire ? En ce moment même, dans plusieurs universités françaises, des étudiant-e-s et des personnels tentent de se mobiliser contre ce projet de loi, contre le déficit des universités, et plus largement contre la sujétion de l’enseignement supérieur et de la recherche au système capitaliste, via des assemblées générales et l’auto-organisation. Il est vrai qu’on ne peut compter sur des organisations syndicales comme l’Unef, organe étudiant des MJS (et donc du PS), pour mobiliser, cette dernière étant favorable à la loi LRU, la professionnalisation des filières, et bien sûr, le projet Fioraso.

Les assemblées générales des universités de Lyon 2, Montpellier 3, Paris 8, Caen, Toulouse 2, ou encore Grenoble, ont mandaté des étudiant-e-s pour se retrouver en CNE (Coordination Nationale Etudiante) à Montpellier 3 (fac la plus mobilisée pour le moment) le week-end du 23-24 novembre afin de se coordonner à l’échelle nationale et établir une plate-forme commune de revendications. Une prochaine CNE aura lieu les 25 et 26 janvier 2014, probablement à Lyon.

Partout, mobilisons-nous et lions nos luttes, contre la marchandisation et la destruction des services publics, la casse du code du travail, des droits sociaux, et l’enrichissement exponentiel de quelques-un-e-s au dépens de la majorité.

Texte écrit par Syndicat de Luttes-Caen (SL-Caen), membre de la fédération Solidaires Etudiant-e-s,
actualisé par Seb-Caen.

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