colères et mobilisations en Bretagne

 Posted by on 10 novembre 2013 at 15 h 42 min  Actualité nationale, Luttes sociales
nov 102013
 

texte que Solidaires fait circuler :

Vous trouverez ci-dessous une contribution de trois camarades des Solidaires de Bretagne, qui n’engage pas les structures, mais qu’il nous semble intéressant de partager dans Solidaires. Le Secrétariat national

Colères et mobilisations en Bretagne

Note d’information aux militant-es de Solidaires

Contribution au débat

(André Garçon, David Cocault et Serge Le Quéau)

Nous ne pouvons que nous féliciter de voir une population debout, refuser la fatalité et exprimer avec force une colère bien légitime.

La situation économique et sociale de la Bretagne est catastrophique. Le « modèle breton » de développement économique productiviste, est aujourd’hui en faillite. Cette faillite a été accélérer par la crise financière et économique qui sévit partout en Europe et par la mise en oeuvre des plans d’austérité, pour ne pas dire de stupidité, qui ne font qu’apporter de la crise à la crise

Le paradoxe de la situation bretonne, c’est que se sont les ultras libéraux du MEDEF et de la Fnsea qui ont réussi la prouesse de prendre la tête et de canaliser la révolte des populations à leur profit.

Pourtant, se sont les organisations syndicales implantées dans les entreprises touchées par les plans sociaux qui mènent la lutte sur le terrain. Ces organisations, qui par ailleurs, du fait de leur division, ne réussissent pas à organiser et de coordonner les luttes, que l’urgence réclame pourtant.

Fo continue à jouer cavalier seul. La Cfdt joue la carte du syndicalisme de proposition et préfère la négociation à l’action. Au nom du syndicalisme rassemblé la CGT, ne veut pas heurter la Cfdt et finit par se paralyser elle-même (Voir compte-rendu de l’intersyndicale régionale du 5 novembre à Rennes ci-dessous). Pour sa part, Solidaires Bretagne souhaite l’organisation rapide d’une nouvelle grande manifestation unitaire régionale et que cette perspective de mobilisation soit annoncée dès demain soir à l’issu de l’intersyndicale. Cette manifestation pourrait avoir lieu à Morlaix ou a défaut que la mobilisation prévue en Ille et Vilaine pour le 23 novembre prochain, devienne une journée de mobilisation régionale. Ce qui n’est pas encore gagné. Fo vient de nous faire savoir par courrier qu’elle ne se rendrait pas à l’intersyndicale de demain à Rennes.

Manifestation de Quimper et Carhaix du 2 novembre – Premiers bilan et perspectives.

Fin octobre, l’absence de coordination et de proposition de mobilisation du mouvement syndical, que pourtant la situation sociale exigeait, a laissé un boulevard dans lequel le MEDEF et la Fnsea se sont engouffrés, relayé avec une efficacité certaine par le Maire de Carhaix et son collectif des « Bonnets rouges » faux-nez du patronat breton et piloté par le puissant et ultralibéral Institut de Locarn.

C’est cette grossière manipulation qui a convaincue l’Union Régionale Solidaires de Bretagne, en accord avec la Cgt et la Fsu à appeler dans l’urgence à la manifestation de Carhaix. Préparé en quelques jours sans battage médiatique, elle aurait pu n’être que symbolique, cela n’a pas été le cas. La presse régionale a annoncé de 2500 à 3000 manifestants, c’était de cet ordre.

Initié par la CGT, Solidaires et FSU (avec aussi des divergences qu’il ne sert à rien de nier au sein de ces organisations); l’appel s’est élargi ensuite à la Confédération Paysanne, au Front de Gauche (appels notamment du PG 29 et du PCF 29), à EELV, Lutte Ouvrière. Des salariés des boites touchées par les licenciements étaient là notamment ceux de Marine Harvest, Tilly Sabco, Nutréa-Triskalia, qui ont tous pu s’exprimer à la tribune après la lecture de la déclaration unitaire CGT, Solidaires, FSU.

La manifestation de Quimper a été un très gros succès en terme de participation, au moins 15 000, peut être plus, en tout cas ce fut une des plus grosses manifestations de ces dernières années en Bretagne

Les médias ont aidé, le soutien matériel des organisateurs (mise à disposition de bus, de bonnets rouge, de drapeaux, …) a joué un rôle. Le phénomène grandissant des réseaux sociaux a aussi contribué à mobiliser des gens qui sans doute faisaient là leur première manif, ce qui n’était pas le cas à Carhaix où la moyenne d’âge était plus élevée. Si l’on excepte un syndicat de salariés FO, et Christian Troadec (étiqueté « divers gauche » qui peut passer d’une alliance avec José Bové à une autre avec la FDSEA) les principaux organisateurs (Medef 29, FDSEA, CCI…), ne se situent pas dans notre camp politique et social. C’est cette alliance interclassiste qui a posé et qui continue de posé problème, c’est cela qui a permis les appels de Marc Le Fur député UMP des Côtes d’Armor, chef de file de la droite bretonne ou d’Agnès Le Brun députée UMP de Morlaix, présents à Quimper avec un bonnet rouge et le soutien bienveillant du FN et des identitaires …

A l’opposé, il y avait à Quimper des manifestant(es) qui non seulement étaient conscients de ce problème, mais sont allés à Quimper avec l’intention de le dénoncer dans la manif elle même. Il ne faut donc pas faire d’amalgame entre ces manifestant(es) et les dirigeants de cette manifestation. C’est sur cette tactique que les avis ont pu diverger, pas sur le fond: que ce soit dans les syndicats Solidaires, CGT et FSU, tout le monde regrette et dénonce la volonté de main-basse du Medef et de la FDSEA sur la colère légitime de la population.

Par contre ce qui a été évident, c’est le manque de réactivité du mouvement syndical qui de ce fait a ouvert un boulevard au collectif des bonnets rouge. (Fabriqué en chine pour la plus part) et distribués gratuitement au début par le patron d’Armor Lux.

La CFDT, pourtant largement majoritaire dans le secteur agroalimentaire en Bretagne, a quant a elle fait le choix de n’appeler a aucune manifestation.

Pour nous où sont les vrais clivages ?

Celles et ceux qui ont manifesté à Quimper, ne peuvent pas voir dans Carhaix une « diversion » ou une « division », Carhaix a eu l’indispensable avantage de poser en grand la question de la nécessaire indépendance de classe, Carhaix a contribué à dénoncer les tentatives de récupération politicienne de l’UMP et de l’extrême droite (voir les immenses banderoles à Quimper : « Hollande démission » ou le tracteur avec un grand portrait de Marine Le Pen).

Celles et ceux qui ont manifesté à Carhaix, ne peuvent pas résumer Quimper à une manif de patrons et de gros paysans , car il n’y avait pas 15 000 patrons et gros paysans, il y avait aussi beaucoup de salariés, précaires, chômeurs, jeunes en colère et on les comprends.

Le problème s’est posé, quand de la lutte contre les licenciements, on est passé au combat centré contre l’écotaxe, puis contre tous les impôts et les charges y compris sociales, le rôle de l’état, les contraintes réglementaires et surtout environnementales

Il y a eu aussi reconnaissons le quand même tous, instrumentalisation, et en tout cas volonté d’instrumentalisation, de salariés par des patrons de grandes chaînes de distribution et les patrons licencieurs. L’exemple que tout le monde a pu voir sur France 3, c’est le PDG de Tilly-Sabco, qui fait son annonce de 1000 suppressions d’emplois, le 31 octobre et est le 2 novembre dans la rue au milieu des salariés qu’il vient de virer. Patrons qui par ailleurs licencient à tour de bras les militants syndicaux combatifs et cela avec constance depuis des années. Nos camarades de l’entreprise Nutréa-Triskalia, qui ont été intoxiqués gravement par des pesticides interdits, puis licenciés comme des malpropres par leurs patrons qui se trouvaient à la tribune à Quimper peuvent en témoigner. C’est aussi le représentant de cette entreprise qui s’est exprimé le premier a s’être exprimer et au nom du patronat agroalimentaire breton, lors de la grande conférence sur le pacte d’avenir de la Région Bretagne du 6 novembre organisée par le Préfet de Région en présence de tous les parlementaires bretons et de tous les acteurs économique et sociaux de la Région.

Par contre à Carhaix, nous camarades ont pu prendre la parole et témoigner de la violence des patrons voyous, qui aujourd’hui ont la prétention de défendre le mieux l’intérêt des salariés de l’agroalimentaire et pourquoi pas de l’intérêt général en Bretagne….

Il existe bien deux vrais clivages :

- Le premier est social: entre les salariés et ceux qui vivent de leur travail sans exploiter personne (petits paysans et petits artisans), les précaires et les chômeurs qui tous souffrent de l’austérité d’un côté; les patrons (de l’agroalimentaire, des transports routiers…) , les dirigeants de la FDSEA et de l’agro-business, les gros actionnaires de l’autre qui demandent encore plus de libéralisme au gouvernement.

- Le deuxième clivage est politique: il y a celles et ceux qui sont pour une réforme fiscale radicale qui permette une répartition plus juste des richesses (suppression des impôts indirects sur les produits de première nécessité, impôts sur les revenus du capital …), qui ne sont pas contre l’impôt car il finance les services publics et ceux qui ont utilisé l’écotaxe comme prétexte pour exiger la baisse des cotisations patronales et sociales (le salaire socialisé), la suppression des normes sociales (le code du travail), environnementales (pouvoir polluer sans limite) et profiter de la crise comme effet d’aubaine pour remettre en cause notre modèle social issu du CNR.

Tout le monde l’a dit, la situation est compliquée. N’a-t-on pas vu à Josselin, des ouvriers intérimaires de GAD Josselin être envoyés par leur patron, contre d’autres ouvriers GAD Lampaul-Guimiliau ? Le patron les menaçant de licenciement s’ils n’obéissaient pas à ses ordres. Cette division est bien évidemment mortelle, pour le mouvement syndical si elle venait à se développer.

Sur ces deux clivages fondamentaux, tous les adhérents et militants de Solidaires de Bretagne, se retrouvent tous dans le même camp et sans ambigüité aucune, qu’ils soient allés à Carhaix ou à Quimper. Ils n’ont donc aujourd’hui aucune raison de se diviser.

Notre préoccupation principale aujourd’hui après l’intersyndicale du 5 novembre (Compte-rendu ci-dessous) et la Conférence Régionale est de savoir comment on continue, pour que le mouvement ne soit pas à la remorque des patrons, pour aider à lever les confusions et unir les salariés et leurs organisations syndicales dans l’action pour défendre leurs intérêts de classe.

Quelles perspectives ?

La réunion de l’intersyndicale du 7 novembre à Rennes va être déterminante pour la suite.

Dans cette période historique pour toute la Bretagne, le mouvement syndical se doit d’être à la hauteur des enjeux et prendre toutes ses responsabilités pour être à l’initiative, construire son unité et créer les rapports de force que la situation exige.

Nous verrons s’il est possible d’annoncer une nouvelle grande mobilisation régionale dans une ville du Finistère ( Morlaix ?) très rapidement ou seulement pour le 23 novembre en transformant la mobilisation initialement prévue à Rennes pour défendre l’emploi dans l’automobile et l’électronique durement touchés, en une grande manifestation régionale interprofessionnelle.

Nous savons que ces propositions de mobilisation ne sont pas encore celle de toutes les organisations syndicales, et qu’il y aura un gros travail syndical à faire dans les entreprises et les administrations pour élargir et amplifier la mobilisation.

Mais nous gardons aussi à l’esprit que le mouvement social parti de Bretagne pourrait s’étendre à tous le pays, tant la situation économique et sociale est dramatique dans toutes les régions de France, comme dans la plupart des pays d’Europe.

Le 06 novembre 2013

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