Autour des luttes d’intermittent-e-s et de précaires.

 Posted by on 9 septembre 2014 at 1 h 38 min  Actualité nationale, Luttes sociales  Commentaires fermés
sept 092014
 
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Sont compilés ici plusieurs textes  autour des luttes d’intermittents et d’intermittentes et de précaires. A la suite, la très citoyenne et très syndicale déclaration de la Coordination nationale des intermittents et précaires. Bonne lecture.

Une lutte d’intermittents et précaires à Alès : un bilan

Limites du consensus démocratique dans la lutte

jeudi 21 août 2014, par WXYZ

 

Une illustration des limites du consensus démocratique dans la lutte

La grève des intermittents à Cratère surface (Alès)

Bribes d’analyse d’un collectif de travailleurs, chômeurs et précaires

Ce texte essaye de revenir sur la grève et la lutte lors du festival Cratère surface à Alès du 30 juin au 5 juillet. Ce fut l’un des épisodes du mouvement contre l’accord UNEDIC. Ce festival se tenait entre celui du Printemps des comédiens à Montpellier, qui fut le premier où les travailleurs se mirent massivement en grève, et celui d’Avignon. Nous sommes quelques-uns du collectif Exploités Énervés (composé de travailleurs, de précaires, de chômeurs, de RSAstes…) à nous être investi dans ce combat. Cette tentative d’analyse part de nos points de vue.

En préambule, le texte qui suit n’est qu’une tentative d’analyse de la lutte à laquelle nous avons participé autour de la grève à Cratère Surface. Nous avons été invités dès le début de la grève (et même avant, à la présentation de la saison du théâtre le Cratère – scène nationale d’Alès – , par des grévistes du Printemps des Comédiens) et avons pris pleinement part à la lutte. Celle-ci, comme toute lutte (un rapport de force sur le dossier d’un chômeur, le fait d’empêcher des huissiers d’expulser des locataires, une grève, un mouvement plus global type mouvement des retraites…), a été traversée de contradictions. Il y a toujours des bagarres à mener au sein d’un mouvement pour que les participants gardent le contrôle de leur lutte, pour l’élargir, pour construire un réel rapport de force. Ainsi différentes réflexions sont posées ici afin de servir lors de la lutte qui se poursuit et de celles qui viennent. Ces réflexions, si elles sont critiques parfois, s’adressent à l’ensemble des participants, chômeurs, précaires, intermittents…

Problèmes des AG, de la légitimité et de l’unité du mouvement

La première chose qui nous a fort étonnés, c’est la présence du directeur et des ses bras droits aux AG des grévistes. La direction avait organisé le vote à bulletin secret pour la grève avant le début du festival. C’est une technique souvent utilisée pour reprendre en main un mouvement ou l’empêcher de démarrer (les syndicats sont coutumiers du fait quand ils veulent arrêter une grève). En effet, la pression de l’encadrement sur chaque individu est plus forte et n’est pas contrebalancée par l’enthousiasme collectif. Les non-grévistes sont plus à l’aise pour exprimer un point de vue contre le mouvement… En organisant ce vote, la direction souhaitait garder le contrôle de la situation. Si le directeur affirmait depuis le début qu’il soutenait le mouvement, sa position, sa fonction faisaient qu’il ne pouvait laisser la grève se durcir. L’objectif d’un directeur de théâtre est de faire jouer coûte que coûte et de sauver ainsi, un peu, son festival. Son intérêt est alors opposé à celui des grévistes, quelle que soit sa sincérité quant aux revendications. Sa présence en AG pose un problème : il est difficile pour des salariés en grève de s’exprimer devant la personne qui va les employer, ou non, le mois ou la saison suivante. Les risques de répression individuelle à la suite du mouvement ne sont pas minces, d’autant plus dans un secteur (le spectacle), où par définition l’emploi saisonnier dépend du bon vouloir de quelques directeurs de théâtre qui se connaissent tous.

Des ouvriers en grève ne peuvent agir quand leur hiérarchie est présente. Ce rapport de pouvoir, inhérent au fait que l’un a la capacité de garder l’autre au travail ou de l’en priver, créé un déséquilibre. De plus, par sa présence dans les AG, la direction peut être témoin des conflits entre les grévistes. Ces désaccords sont toujours présents et nécessitent des débats. Il est dangereux que la hiérarchie puisse y assister et s’en serve pour opposer les gens les uns aux autres. Le seul moyen de sortir de cette situation est de se réunir sans elle. Ainsi il est plus cohérent de montrer un front uni à la direction et de garder les polémiques entre salariés en grèves, entre individus en lutte. Le directeur, le responsable com’, l’administratrice ne s’y sont pas trompés et ont utilisé les conflits et les divisions entre artistes et techniciens, entre régisseurs, managers et grévistes… pour les exacerber et affaiblir le mouvement.

Des AG avaient lieu chaque matin, organisées de la manière suivante : dans un premier temps se réunissait le personnel du cratère dans son ensemble, grévistes, non-grévistes, personnel de direction, de communication…puis s’en suivait une AG ouverte à tous (chômeurs, précaires, individus ou collectifs…). L’organisation de plusieurs moments dans l’AG décisionnelle nous semblait naturelle. Il est logique que les salariés se retrouvent tout d’abord entre eux afin de décider de la grève. En effet, ce sont eux qui perdent leurs salaires et sont dans un rapport direct avec leur direction, pas forcément les autres gens en lutte. Mais encore une fois, il est un peu étrange d’attendre le directeur pour commencer cette première partie de l’AG quand les autres personnes qui participent à la lutte n’arrivent qu’après. Il faut noter que l’’existence d’AG ouverte à tous est un point très positif. Cela pose dès le départ une possibilité d’élargissement de la lutte à tous les concernés. C’est un fait nouveau comparé au précédent mouvement des intermittents (2003) où le repli corporatiste était assez fort.

On l’a vu, durant les AG, les grévistes n’ont pas réussi à se retrouver entre personnes en lutte (c’est à dire sans la direction, sans les non-grévistes…) cela pose un réel problème dans une lutte. Ces AG étaient interminables, avec des débats récurrents tel celui sur la légitimité des 96 heures de grève votées au départ par les techniciens principalement.

Un moment de discussion entre personnes en lutte aurait permis d’organiser plus rapidement des actions vers l’extérieur et non de rester des heures cloîtrés à l’arrière du théâtre et ainsi s’isoler des chômeurs, des travailleurs auxquels on devait s’adresser. Cela aurait aussi permis de tirer les leçons de chaque action, d’en faire un bilan et d’envisager la suite. A ce moment-là, les AG auraient constitué de véritables AG de lutte, d’autant que chaque jour voyait monter la pression et que, contrairement à ce que pouvait dire la direction, le public accueillait plutôt bien ces actions.

Le premier jour, la pluie a interrompu le spectacle mais des interventions ont pu être faites. Le deuxième jour, à Rochebelle, on a laissé jouer la première représentation avec une intervention et des échanges avec le public à la fin. La seconde représentation a été annulée avec l’accord de la troupe (hollandaise) malgré les manipulations de l’administratrice. Le troisième jour, il a été décidé de bloquer complètement les spectacles. En discutant directement avec les compagnies, il apparaît qu’elles finissaient majoritairement par comprendre la situation et refusaient de casser la grève. Pour les autres, il a fallu mettre un peu la pression. En discutant avec le public à la fin d’un spectacle, celui-ci se montrait réceptif aux questions du chômage et de la réforme de l’UNEDIC. Quand les spectacles ont été annulés, les gens étaient désappointés mais pas hostiles et la plupart comprenait très bien que lorsque l’on fait grève, le festival ne peut se tenir malgré tout. Tous les grévistes n’étaient pas présent à ces actions et dans ces moments et le fait de partager ses impressions ensemble aurait montré à chacun les aspects positifs de ces blocages et de ces avancées.

Alors que chaque action montrait que la lutte grandissait, ce que la direction et certains artistes faisaient passer dans les AG, c’est que la lutte était violente, que c’était contre-productif… Si les grévistes et les gens en lutte s’étaient retrouvés entre eux, ils auraient pu saisir les aspects positifs plutôt que discuter éternellement de ce que les troupes et le festival perdaient en ne jouant pas. Cela aurait permis d’être plus efficace tant dans les discussions que dans la mise en place d’actions. D’ailleurs l’action de Brouzet (annulation des spectacles de la soirée) n’a pas été décidée en AG mais lorsque les grévistes se sont retrouvés entre eux et en dehors de ce cadre.

Il y aurait donc pu y avoir 2 parties dans l’AG, une où les salariés décident de la grève et des modalités puis une autre où les personnes en lutte discutent et décident des actions (sans la direction, sans les non-grévistes !). Certaines personnes (intermittents et précaires) défendaient cela depuis le début.

Les questions de la légitimité de la lutte et de la démocratie sont revenues à plusieurs reprises dans les AG. La démocratie a pris la forme d’un vote à bulletin secret organisé par la direction, ce n’est pas anodin. C’est une façon de limiter le droit de grève. C’est la propagande sur les passagers de la SNCF pris en otage, c’est l’accueil des enfants dans les écoles en grève, c’est le service minimum, c’est le vote à la majorité et avec un taux de participation suffisant en Angleterre pour qu’une grève soit légale. Ces mesures visent à empêcher tout mouvement social. A travers une pseudo démocratie (où tous ne sont pas égaux puisque certains ont le pouvoir de donner un salaire ou de mettre au chômage), l’État et les directions d’entreprises cherchent à casser toutes possibilités d’agir.

La grève, c’est la force des travailleurs d’empêcher que des marchandises, c’est-à dire le profit des patrons, ne puissent sortir. C’est dans ce rapport de force que se pose la possibilité de la lutte. Qu’elle soit minoritaire ou non, une grève ou une lutte, répond à des conditions de vie insatisfaisantes ou menacées. Ici, l’accord de l’UNEDIC est clairement un recul pour les classes populaires (chômeurs, précaires, intérimaires ou intermittents). Cet accord fait partie d’une politique plus globale d’austérité. L’État prend sur le dos des plus pauvres, l’argent qu’il va donner aux patrons (50 milliards). Il est nécessaire que les personnes visées réagissent. La légitimité de tous mouvements part de l’inégalité intrinsèque à cette société, des rapports d’exploitation, de classes qui la régissent.

Les dominants cherchent à saper toute réaction par une démocratie qui ne peut exister dans cette société inégalitaire. Pour être plus concret, quand des salariés se mettent en grève pour 96 heures, ils mettent en jeu leurs vies, leurs salaires… C’est leur choix et personne ne peut leur reprocher. Les artistes qui sont arrivés plus tard n’avaient qu’à se déterminer eux-aussi, soit ils rentrent dans la grève soit ils la cassent ! Personne n’a choisi à leur place ! Il faut quand même rappeler que si il n’y avait pas eu de grève, personne ne se serait retrouvé pour en discuter et agir. Le discours de certains sur l’intérêt de faire des actions sous de nouvelles formes mais ne pas faire grève est naïf ou crapuleux. Il n’y aurait eu aucune action si il n’y avait pas eu au préalable de grève. C’est grâce à la grève qu’il y a eu des AG, que d’autres gens ont pu s’associer à la lutte, que nous avons pu discuter, que des actions ont pu être mises en place…

Cette question de la légitimité en amène une autre tout aussi récurrente, celle de l’unité du mouvement. Les artistes non-grévistes appelaient souvent à l’unité à tout prix. Cela n’a pas de sens, il y a des grévistes, des non-grévistes, des précaires en lutte… L’unité se fait sur certaines bases, en l’occurrence la lutte contre l’accord de l’UNEDIC. L’intérêt de l’unité était la jonction entre les chômeurs, les précaires, d’autres travailleurs en lutte et les intermittents et non des débats stériles entre grévistes et non-grévistes ! D’autant que ces appels à l’unité se faisaient au nom de la volonté de jouer de certaines troupes. Le blocage serait alors une action de division, mais le fait de jouer malgré la grève non ?! Une unité ne se fait pas en l’air, être unis, oui mais avec qui et pourquoi ? Certains pouvaient être contre le mouvement, d’autres ne voulaient pas de blocage, d’autres voulaient jouer,… Dans ce cas, l’unité signifie juste l’immobilité et la non-action. L’unité peut se faire par la persuasion, en discutant, en argumentant mais pas à tout prix, en affaiblissant le mouvement. Elle se construit aussi sur une base objective, sur les intérêts que l’on défend. Je n’ai pas les mêmes intérêts qu’un patron d’entreprise ou qu’un politicien et je n’ai aucune unité à construire avec eux !

Blocage de la production, milieu culturel et catégories sociales

La question centrale dont nous avons déjà un peu parlé est celle du blocage de la production c’est-à dire, dans un festival, des spectacles. Étant donné que la grève est un rapport de force, elle s’appuie sur la possibilité pour les travailleurs de ne pas travailler et donc de ne pas produire. Si la production sort quand même, c’est un échec, les grévistes ont fait grève pour rien.

Dans tous les secteurs de l’économie cela est valable. L’État et le MEDEF (en fait, tous les capitalistes) n’ont rien à faire d’une grève où les spectacles jouent, même sans les techniciens. Mais au fait, ça ferait même peut être faire des économies aux gestionnaires du théâtre !? La question se pose comme dans n’importe quelle usine, il ne faut pas que la production sorte, il faut empêcher les jaunes de travailler (souvent l’encadrement ou les syndicats patronaux) et bloquer le lieu de production. La question du droit au travail n’est qu’un prétexte idéologique utilisé par certains pour limiter la grève. C’est un argument fréquemment brandi par les patrons, les médias ou les politiques pour affaiblir une lutte et culpabiliser les travailleurs en lutte. L’acceptation ou le rejet de cette idée par les personnes en lutte et leur entourage révèle l’état du rapport de force. Le directeur modula d’ailleurs ses positions sur le fait de laisser jouer ou pas les compagnies en fonction des positions exprimées dans les AG et des actions menées. L’article du Midi Libre « Cratère Surface joue avec la grève » est caractéristique de l’inutilité d’une grève qui ne s’en prend pas à la production. Et les techniciens en grève et les précaires présents l’ont bien compris lorsqu’ils passèrent une AG presque complète à discuter de cet article et de cette question. Prenons un autre exemple, dans un article du Monde en ligne daté du 17/07/2014, Aurélie Filipetti de passage à Avignon, explique : « Nous verrons le bilan financier. Mais les pertes seront bien plus limitées que lors du mouvement de 2003. Ma priorité était que les spectacles jouent et que le public puisse venir parce que dans un contexte de baisse des finances publiques il n’était pas possible de se retrouver avec des dettes à éponger ».

En effet, le blocage de la production a des conséquences économiques, c’est le principal levier des grévistes, des travailleurs. C’est le seul langage que peut comprendre le gouvernement et le patronat. D’ailleurs, tout le monde (les grévistes, les médias, le gouvernement…) scrutait le festival d’Avignon et s’il allait être bloqué ou pas, le considérant comme déterminant dans la poursuite de la lutte et pour le poids que cela aurait eu !

La présence de la direction comme cette idée qu’il fallait laisser jouer provient entre autre d’une illusion. Le milieu du spectacle semble une « grande famille » : tous (artistes, techniciens, direction de théâtre) sont là pour la culture et l’Art. En réalité, les travailleurs de la culture sont de plus en plus exploités dans des conditions de plus en plus précaires.

Cette idée d’une grande famille au travail est propagée dans tous les secteurs d’emplois. Dans la grande distribution notamment, la propagande de la direction tourne autour de ce paternalisme et de la « culture d’entreprise ». Il faudrait vendre le plus possible et sacrifier ses week-ends pour le bien de l’entreprise.

Dans le spectacle, il y a effectivement une notion de milieu culturel. Les gens se connaissent, passent d’un festival à un autre, se tutoient avec l’encadrement, se côtoient en dehors du boulot… malgré la précarité des emplois. C’est à la fois une force et un problème. La force réside dans la capacité à se mobiliser qui ne se retrouve pas chez des chômeurs éparpillés et dans des conditions diverses, ou parmi des travailleurs changeant régulièrement d’emploi… La communication va plus vite, d’autant plus que les travailleurs de la culture sont mobiles. Cependant, c’est aussi un problème de se croire sur un pied d’égalité voire « d’amitié », sur le « même bateau » avec son patron et de penser que le spectacle est le plus important, que c’est une expression quasi-sacrée ! Les conditions de travail, de salaire, de contrats sont extrêmement diverses. Le technicien n’est pas dans la même situation que l’artiste, que le régisseur, que la direction, que l’employé de prestataires de services…

Le technicien est au service de l’artiste sur scène et cet état de fait amène à une certaine infériorisation qui a eu son expression dans la grève. Les techniciens grévistes hésitaient à prendre la parole dans les AG et encore plus devant du monde. En tant que grévistes, ils avaient plus à exprimer que les artistes non-grévistes. Lors des AG et des expressions publiques, leur parole a souvent été confisquée par l’ego et les intérêts de certains minables artistes beaux-parleurs qui ont monopolisé les débats ! Finalement, de nombreuses catégories apparaissent dans ce milieu et il est illusoire de croire en la « grande famille » de la Culture. Les rapports de classes sont ici présents comme partout ailleurs.

Il n’y a pas à se faire d’illusion sur quelque milieu que ce soit, même s’il peut être utile de se servir des avantages de certaines connexions. Les grévistes, dans tous les cas, doivent pouvoir prendre la parole, doivent communiquer sur le mouvement, un mouvement qui doit rester le leur !

Actions et élargissement de la lutte

Ce mouvement comportait dès le début une volonté d’élargissement, en direction des précaires mais aussi de tous ceux que cette réforme concerne.

Quelle que soit la lutte, elle ne peut rester confinée dans un lieu. La diffusion de l’information sur la grève permet de gagner de nouvelles personnes à cette lutte. Elle permet de sortir d’un cadre qui est celui de l’abrutissement au travail. Cette question est d’autant plus importante lorsque l’on lutte contre une réforme qui touche plusieurs secteurs.

Ici, la lutte contre l’accord de l’UNEDIC, l’un des actes des politiques d’austérité, concerne les intermittents, les intérimaires, les seniors, les chômeurs et l’ensemble des travailleurs précaires et tous les secteurs sont touchés. La réforme de l’UNEDIC fait partie des mesures d’austérité, telles les 50 milliards d’économies prévues par le gouvernement. Ce sont les fonctionnaires (profs, milieu hospitalier, …), les retraités, les précaires quel que soient leurs statuts, les travailleurs, qui en subissent les conséquences avec une pression accrue sur les revenus, de moindres possibilités de combats (même défensifs : voire les mois de carences en cas d’indemnités supra légales…). Dans cette optique, une lutte limitée aux intermittents n’a pas de sens et les grévistes du Cratère l’ont bien compris.

Cependant il a été difficile tout au long du mouvement de sortir du théâtre. Nous avons déjà parlé des contradictions entre les personnels du festival qui ont bloqué les dynamiques. Pourtant, il aurait été intéressant d’interpeller et d’entrer en contact avec d’autres personnes concernées. Nous avons, à plusieurs reprises, proposé d’aller distribuer des tracts devant la CAF ou Pôle Emploi voire de les occuper. Certains nous ont entendu mais ces actions n’ont pas pu être mises en place. Pourtant, il y aurait eu de quoi faire. Nous aurions pu aller dans les CAF, les Pôle Emplois, à la sécu, dans les hôpitaux, voir les saisonniers dans les bars et les restos, dans les boîtes d’intérim, dans les usines, dans les quartiers…Et il ne s’agissait pas d’entrer en contact avec un « public » ou d’expliquer au « public » mais bien de tisser des liens entre personnes subissant la même attaque de l’État. Il y a bien eu quelques distributions de tracts devant des entreprises du coin et un supermarché mais c’est tout.

Les assemblées populaires proposées depuis le début auraient pu aussi servir à cela. Malgré la tentative de récupération de la direction, elles ont été tentées. La direction aurait bien aimé transformer ces assemblées populaires en forum citoyen. Ce qui revenait à faire d’une grève, d’une lutte, une nouvelle forme de spectacle et à maintenir son festival. Bref, cela servait à empêcher que la lutte ait lieu et à maintenir la situation sous contrôle de la direction.

La présence devant le Cratère d’une table expliquant la grève a pris du temps mais c’était une étape. Ainsi la lutte était visible et des rencontres possibles. Dans le même temps était proposée une assemblée populaire à 18h. Nous n’avons tout d’abord pas été clairs car c’était annoncé publiquement quasi dès le début mais les assemblées n’ont (plus ou moins) eu lieu que le vendredi et le samedi.

Un certain videur en prit la direction festive ou plus plutôt crispante, irritante voire franchement loin ou contre la lutte. Sa présence aurait pu être évitée si plus de personnes en lutte avaient été présentes. Son show peu critique (c’est le moins que l’on puisse dire !), a été l’expression de cette position (opposition) entre spectateur et acteur. L’organisation de l’espace -une scène, des sièges devant- rendait la situation proche du spectacle et non de l’assemblée de lutte. Pourtant, après son show dirigé (consciemment ou non) par la direction, quelques personnes de l’assemblée et des gens en lutte ont réussi à reprendre la parole. Parmi les personnes qui sont restées, beaucoup semblaient soutenir le mouvement et étaient prêtes à participer. Mais, là aussi, nous n’avons rien eu à leur proposer… parce que nous n’en avions pas parlé, parce que nous avions juste balancé les mots « assemblée populaire » sans en chercher ni les formes ni les perspectives, parce que la direction en tenait encore les rênes et qu’elle ne désirait pas voir son théâtre occupé par une foule de personnes voulant prendre part à la lutte… Le samedi, encore pire, les spectacles ont joué tranquillement et, pour l’organisation du festival, la soirée la plus importante a été sauvée ! Cette idée d’assemblée n’était pas la panacée, elle n’aurait touché que quelques personnes mais elle permettait de sortir du théâtre, de visibiliser la lutte et aurait pu permettre de partager des perspectives de lutte plus largement.

Durant cette lutte, existait toujours un débat entre ceux qui parlaient plus de la question de la « Culture » et d’autres qui parlaient de la réforme de l’UNEDIC et des politiques d’austérité. Si les grévistes désiraient élargir leur lutte comme les travailleurs du Printemps des Comédiens auparavant, il fallait sortir des revendications culturelles pour aller chercher les autres secteurs contre l’accord de l’UNEDIC. Les cheminots auraient pu être sensibles à ces questions, les infirmières ou sage femmes de l’hôpital aussi tout comme les fonctionnaires, les chômeurs… Les ouvriers de l’usine où une distribution de tract a eu lieu étaient presque tous au courant de l’accord et tous s’arrêtaient pour en discuter.

Cette lutte ne peut être victorieuse qu’en sortant du milieu du spectacle, qu’en s’élargissant à la question de l’austérité, des politiques du gouvernement et du patronat et donc en s’adressant à tous, en trouvant des ponts entre les secteurs, en multipliant les actions dans différents lieux…

Ces réflexions ne se veulent pas donneuses de leçons, nous nous incluons largement dans ces constats. Un collectif de chômeurs et de travailleurs précaires a, dans la période actuelle, beaucoup de difficultés à se mobiliser.

Le rôle et les possibilités d’un collectif de précaires

Nous sommes quelques-uns du collectif Exploités énervés à avoir participé quotidiennement à la lutte qui se déroulait à Cratère surface, tandis que d’autres suivaient plus ponctuellement, en fonction de leurs disponibilités. Il semble ici nécessaire de présenter un peu ce collectif : il regroupe des personnes aux statuts multiples (travailleurs, précaires, chômeurs, bénéficiaires des minimas sociaux…) sur une base de solidarité de classe face au capital et à l’État. Une grande partie de ses activités est la défense de situations particulières face à aux administrations (CAF, PE, CG…), mais aussi quelques fois sur un conflit salarial. Bien conscients que les problèmes qui touchent chacun sont les fruits d’un système économique et des politiques gestionnaires qui l’accompagnent, nous participons également à des campagnes, des mouvements sociaux, nous nous solidarisons avec des grèves ou luttes spécifiques, toujours sur une base de solidarité de classe.

Nous ne pouvions alors que nous joindre à la grève des travailleurs de Cratère-surface, surtout vu le contexte actuel. En effet, il est pour nous indispensable que se développe des résistances face aux politiques d’austérité (politiques de baisse du coût du travail – c’est à dire les salaires, les allocations et aides diverses). D’autant que la lutte contre les accords de l’UNEDIC concerne tous les allocataires, actuels ou futurs, de Pôle Emploi. Pour finir, nous avions pu lire ou entendre, de la part de nombreux intermittents en lutte qu’ils désiraient être rejoint par des chômeurs et précaires afin de mener un combat commun. Sur Alès, les techniciens en grève souhaitaient rencontrer le collectif dans cette perspective.

Nous avons donc rejoint la lutte des travailleurs de Cratère-surface. Nous y avons participé pleinement, intervenant dans les discussions en AG, participant à la rédaction de tracts, aux diff de tracts ou à la manif et aux actions du soir lors des spectacles. Notre place était parmi nos camarades de lutte sans que la légitimité de notre présence ou de notre parole soit remise en cause. Si certains (surtout la direction) ne voyaient pas ces « dépassements » de la question de l’intermittence d’un très bon œil, ils se sont bien gardés de le dire en dehors de petits comités ou de face-à-face réduits.

Si cette volonté d’égalité entre les précaires et les intermittents était consensuelle, dans la pratique, les différences de conditions ont persisté. Positivement : nous n’étions pas employés par le Cratère, sa direction n’avait aucun moyen de pression sur nous, ce qui nous conférait une position spécifique. Nous avons donc pu appuyer le conflit contre la direction qui cherchait à garder le contrôle sur la lutte pour que le festival puisse se tenir malgré la grève. Nous avons pu, en AG et sur des actions, relayer la parole de techniciens qui n’osaient pas la prendre et soutenir ceux qui s’exposaient, en appuyant les positions qui voulaient rendre la grève effective en empêchant les spectacles d’avoir lieu.

Toutefois, nous nous sommes « fondus » dans la lutte des travailleurs de Cratère-surface sans nous montrer capable de lancer des discussions et des actions visant d’autres catégories de chômeurs ou précaires. Pendant cette semaine, pris par une lutte qui s’organisait difficilement, nous n’avons pas réussi à concrétiser des initiatives permettant l’élargissement de la lutte. Nous avons pu relayer via internet les infos sur la lutte en cours, en donnant les rendez-vous des grévistes mais sans en proposer d’autres. Il y a eu quelques diffs sur des usines de l’agglomération alors que nous aurions pu proposer des actions et des assemblées pour tenter de mobiliser les précaires et chômeurs de la ville et de ses alentours. Pour info, le secteur d’Alès recense plus de 16 % de chômage depuis le dernier trimestre 2012.

Nous n’avons même pas réussi à nous réunir au sein du collectif. Nous échangions sur place, au petit bonheur, avec les camarades du collectif et les personnes que nous connaissons qui passaient. Une mobilisation de précaires et chômeurs à cette occasion aurait changé les rapports de force. Elle aurait pu appuyer les grévistes, isolés et embourbés dans des conflits internes, pour leur permettre de sortir et de se rendre visibles. Cela aurait aussi pu donner une pérennité à la lutte qui était d’emblée bornée entre les dates de début et de fin du festival : une semaine !

Le constat de cette difficulté à se mobiliser en tant que chômeurs ou précaires n’est pas nouveau. Il est un trait constant lié aux conditions d’existence de ces catégories. Les contrats et statuts sont nombreux (CDD, interim, CAE/CUI, stagiaires, allocation chômage ou RSA…), les employeurs changent et les collègues avec (avec des hiérarchies salariales à l’intérieur des boîtes en fonction des types de contrats) et si l’on passe tous par Pôle Emploi, il est difficile de s’y rencontrer et la dématérialisation n’arrange rien. En ce sens, la précarité ou le chômage ne crée pas de fait une communauté d’intérêt. Les chômeurs sont maintenus dans une disponibilité pour les besoins du patronat mais isolés les uns des autres. Il n’y a ni lieu où se retrouver, ni production à bloquer pour faire pression. Les conditions de vie de cette catégorie de la population (qui, répétons-le, regroupe des réalités diverses) limitent les possibilités de se regrouper et de faire pression pour défendre ses intérêts. A ces difficultés, vient s’ajouter le découragement, la résignation de ceux qui ont déjà à lutter au quotidien pour accéder aux allocations dont ils dépendent pour vivre : usés par ces luttes, il reste peu d’énergie pour mener des batailles collectives, d’autant que ces dernières années, peu de luttes ont débouché sur des « victoires ». L’État ne s’y est pas trompé. Le gouvernement, après plusieurs semaines de mobilisation, a proposé aux intermittents des aménagements de la réforme UNEDIC, uniquement pour les annexes les concernant. Ces derniers continuent à affirmer « ce que nous défendons, nous le défendons pour tous », mais ils ne peuvent tenir s’ils ne sont rejoints par les autres concernés. Sur Alès, comme dans d’autres villes, des collectifs de précaires et chômeurs se sont associés à la lutte contre la réforme de l’UNEDIC. Si des rencontres et des dépassements ont eu lieu, un mouvement des chômeurs et précaires n’en a pas émergé. Il nous faut tisser au quotidien des solidarités et des rapports de force pour la défense de nos intérêts pour espérer que des luttes plus importantes puissent se développer. Il nous faut trouver des bases communes et des lieux pour se rassembler, par-delà nos multiples statuts, notre atomisation et notre invisibilisation.

Exploités Énervés

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Mail : exploitesenerves

Site : http://exploitesenerves.noblogs.org/

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Retour sur Chalon dans la lutte


À l’approche du festival d’Aurillac et au lendemain d’un mois de juillet que nous pourrions qualifier ainsi : « pluvieux, avec quelques éclaircies, ici où là », je voudrais proposer un regard sur ce qui s’est passé, sur ce que j’ai vu, vécu, compris ou interprété, pour tenter d’y voir un peu plus clair, pour se donner une chance de formuler un espoir !

Je tiens à dire avant toute chose que je ne m’exclues pas de certaines critiques que je ferais ici et que je ne ferais pas non plus l’économie des critiques qui pourront m’être adressées, si tant est qu’elles visent à faire avancer la réflexion et la lutte. Je ne prétends pas détenir toute l’information ni toute la vérité sur ce que j’avance. J’invite d’ailleurs tous ceux qui le souhaitent à compléter ou contredire mes propos.

À la dernière AG de la CIP-idf avant Chalon, un camarade nous a présenté les « dispositifs » que la direction du festival de Chalon comptait mettre en place pour servir de support à la lutte qui s’y préparait : un « médiateur », Alexandre Ribeyrolles, allait se charger de mettre des outils à notre disposition (une imprimante à tirage illimité, une salle pour les AG) et avait pour mission de faire le relais entre le mouvement, la direction, les autorités (mairie, pref. et RG), et entre les acteurs de la lutte et le « public », via, notamment, un barnum nommé l’échangeur, installé dans le parc G. Nouelle.
Une camarade présente lors de cette AG idf qui avait vécu Sotteville comme d’autres, nous mis en garde contre l’institutionnalisation de la lutte. En effet, ce geste louable de la direction fleurait bon l’instrumentalisation, la récupération et l’endormissement mais n’avait pas empêché quelques compagnies et collectifs de préparer les premier rdv pour organiser les premières AG et pour certains d’annoncer qu’ils feraient grève.

Bien que présent aux AG, comme l’oreille du directeur du festival et la main amicale des interluttants, depuis le début, Alexandre s’est efforcé de rester neutre. La première question se pose peut être ici ? Car si Alexandre soutient la lutte, ce dont je ne doute pas une seconde, pourquoi doit-il mettre une casquette qui le prive de langue ? Étant donné la fonction, une autre posture eut été compliquée, mais celle-ci l’était-elle moins ? Il s’est avéré que sa présence consistait surtout à faciliter les choses pour tout le monde, c’est à dire des deux côtés, de façon à ce que les choses se passent bien. Et que « tout le monde y trouve son compte »… [1].

Nous étions donc entre ça, l’expérience difficile de Sotteville et le ton donné par le festival d’Avignon [2] qui conditionnait la suite de la lutte. Marseille et Montpellier étant déjà loin, ils semblaient avoir été légèrement oubliés.

Ce qui est certain, c’est que nous aurions pu pousser bien plus loin l’usage des outils qui nous étaient proposés, de façon à mettre en lumière, par exemple, le fait qu’il n’y avait pas d’autre imprimante que celle proposée par la CGT qui fermait le week-end. Par ailleurs, nous aurions pu pousser bien plus loin le champ d’action que nous nous permettions et dont nous disposions largement par nous même ! La salle qui nous était prêtée pour nous réunir en grand nombre dans de bonnes conditions d’AG (avec des chaises presque pour tout le monde, des micros et à l’abri des intempéries) permettait également d’éviter des AG sauvages ou dans des lieux qui aurait trop imprégné le festival, qui aurait conféré une visibilité plus grande au mouvement et une mixité plus naturelle avec l’ensemble des personnes présentes sur Chalon (festivaliers, saisonniers, intermittents, habitants et passants)…

Ce qui permis d’initier le mouvement à Chalon étaient les réunions des compagnies déjà présentes plusieurs jours avant l’ouverture. La première AG était préparé le lundi par des personnes des CIP idf, Nord-Picardie et Bourgogne notamment, des membres de la Fédération Nationale des Arts de la Rue et des membres de collectifs, des artistes et/ou bénévoles du festival. Il y avait déjà une commission action porteuse de propositions (propositions faites en AG, l’expérience nous montra plusieurs fois et de diverses manière l’intérêt qu’il peut y avoir à ne pas le faire, nous y reviendrons).
Suite à la première AG, le mardi 22 juillet, les participants semblaient plutôt portés par la volonté de jouer malgré tout ! il faut bien manger… certes, nous parlons d’un milieu déjà très précaire et dont certains se disent même prêts à être encore plus précaires mais qui continueront de toute façon à faire la seule chose qu’ils sachent faire : créer ! C’est tout à leur honneur et c’est d’ailleurs tout naturel dans un festival dont l’apport économique repose principalement sur la pratique de métiers parmi les plus précaires : les arts de la rue.
En effet, que ce soit la Fédération Nationale des Arts de la Rue, les compagnies précaires (in et off confondus) ou Alexandre, j’en voyais beaucoup le cul entre deux chaises, entre la volonté qu’il se passe quelque chose et la crainte qu’une chose (incontrôlée) ne se produise.

Ce qui est arrivé, finalement, c’est un flou pas très artistique des lignes d’opposition « entre nous » et « entre eux et nous ». Un flou dans nos relations avec les institutions, les médias, les autorités.
Ce fut notamment l’erreur de chercher un médian entre les différentes façons de percevoir la lutte sur un temps aussi réduit. Le médian aurait été le consensus ? Consensus impossible à trouver dans de telles conditions politiques et temporelles et dans ces dispositions de lutte, sans grève générale et avant tout, sans aucun objectif commun sinon qu’il devait à tout prix se passer quelque chose mais pas trop !
Ainsi, les AG servaient surtout de point d’information, de prise de température et de prises de becs et malgré cela, des discours s’y sont reconnus, et ont permis de nouvelles expériences collectives de lutte, des pensées et des pratiques qui avancent.
Dès lors que le jeudi sembla plus franchement s’orienter vers une grève, ce qui prédominait surtout, c’était le droit de grève « individuel » qui retirait son pouvoir décisionnel aux AG. L’écho maintes fois relancé traduisait surtout l’angoisse de voir des spectacles bloqués bien qu’aucune proposition allant en ce sens n’avait été formulée [3]. Il s’agissait donc bien de s’en prémunir.
Donc des dispositions de lutte timides et de façade pour beaucoup : derrière un discours de détermination et de fermeté, surtout la volonté de ne pas trop faire de vagues. Ce qui allait de fait dans le sens contraire d’un renforcement de la lutte.
Alors que nous cherchions à nous prémunir des guerres fratricides [4], en écrasant autant de fois qu’on le prononçait le mot « bienveillance », nous avions bien de la peine à définir un « nous », à savoir qui s’oppose à ce nous et comment.
Ainsi, comment déterminer ce « nous » sans faire de catégories, sans « cliver » ?

Il y avait, en assemblée générale, les artistes, les techniciens, les bénévoles, les administrateurs de compagnies, chargé-e-s de prod/de diff, directeurs artistiques etc. Ainsi ce « nous » vague, est constitué des personnes présentes en AG d’abord parce qu’elles y ont été invitées, grévistes ou non, en lutte ou non ! Cherchez l’erreur…

Le propos n’est pas non plus d’accuser la difficulté d’une lutte qui se veut ouverte, inclusive, qui cherche l’horizontalité, d’accepter l’altérité en son sein propre, d’accepter les divergences politiques et stratégiques alors que beaucoup ne se connaissent pas, beaucoup n’étaient pas actifs dans cette lutte avant Chalon, beaucoup en ignoraient l’actualité et les enjeux. Mais c’est encore moins évident quand on nous serine que le droit de grève est individuel et que le vote doit être à bulletin secret !
Lorsque la discussion tourna autour du droit de vote des bénévoles, ainsi que des artistes jouant dans le off du off (c’est à dire les copains qui jouent là où il y a de la place et ne sont pas annoncés au programme), une personne a proposé avec ironie de venir faire voter les serveurs, les saisonniers ou autres précaires. Le sens de sa proposition était de pointer une absurdité, c’est à dire moquer l’idée que tous les précaires puissent prendre part à leur lutte en participant non seulement aux débats et aux actions mais aussi au vote ! Bien sûr, pour y arriver, il faudrait une grève générale, mais comment en prendre le chemin si tout le monde s’attend ? Il ne croyait pas si bien dire ! car c’est bien ce qui nous fait lourdement défaut. Nous clamons sans cesse que cette lutte n’est pas uniquement celle des intermittent-e-s, que la RU (réforme de ’lUnédic) concerne d’abord l’annexe 4, et les emplois discontinus et nous discutons le vote des bénévoles ?

Non seulement nous n’avions pas d’objectif commun clair, mais nous n’étions même pas fichus d’en discuter. Il fallait faire vite, se tirailler sur ce qui ressemblait plus à des conflits d’intérêt qu’à une synergie de groupe, discuter longtemps, en nombre, voter vite, individuellement, et surtout à bulletin secret. La force du groupe en prenait un coup dans l’aile, le sens des AG aussi.
Si les AG avaient été décisionnelles, l’intérêt d’y participer aurait été plus important et tout ce qui en découle aurait été renforcé, à commencer par la grève (même pour un seul jour).
Cela soulève donc la question des objectifs et des moyens que l’on se donne pour y parvenir. Par exemple, l’« abrogation » inclue de fait une renégociation. C’est le premier point. Mais s’agit-il d’une tactique médiatique pour pousser le verbe et donner une posture à voir ? Nous aurons quelques solidarité, quelques moyens de nous faire entendre mais guère plus.
S’il s’agit d’un réel objectif, alors nous devons pousser le discours encore plus loin ! Formuler des propositions lisibles et compréhensibles par le plus grand nombre (comme par exemple le slogan Italien des années 70 sur le coût du logement : « pas plus de 10% du salaire » est clair à la fois pour les locataires et pour les propriétaires [5]. Ici, nous pourrions commencer à penser et organiser une refonte de l’Unedic et une conception autre du travail et du chômage dans nos vies, de ce que ça implique politiquement c’est à dire dans l’organisation de nos vies et de la vie de la cité etc.

Une position politique, quelle qu’elle soit, ne peut se permettre le luxe d’attendre le rapport de forces nécessaire à son application pour être formulée puisqu’elle conditionne en grande partie ce rapport de force. Cela se crée aussi en fonction des objectifs formulés puisqu’ils permettent de concentrer les énergies vers un point défini.
Pour se donner les moyens des objectifs communs, il faut poser le contexte local au sein d’un mouvement national qui s’oppose à une politique d’austérité européenne, le tout en considérant que l’été des saisonniers se trouve entre deux saisons « culture ». Ça indique assez les conditions pour se réunir.

On ne peut compter sur le consensus avec une telle division des travailleur-se-s, un tel individualisme, et un laps de temps si court. Le seul consensus qui serait possible serait d’accepter les différents moyens de luttes, considérer une culture politique commune de la diversité et des postures particulières. Cette culture politique se construit, elle s’invente. Ce consensus, qui n’existe pas encore, nécessite le compromis, mais ne peut pas non plus être une façon de trouver un médium qui satisfasse à la fois les institutions au service du capital et ceux qui luttent contre elles ni entre ceux qui luttent pour construire le rapport de force et ceux qui luttent pour qu’il y en ai le moins possible.

Sur un festival de 4 jours, où lors des AG les anxieux se la dispute aux badauds, nous ne pouvions déployer une force collective ample comme si chacun était déjà préparé, un mouvement composé principalement de personnes informées de l’actualité récente de la lutte (certaines compagnies n’étaient même pas au courant des rdv d’AG), instruites également et expérimentés à l’activisme (du plus « pantoufles » au plus « baskets ») et surtout nous ne pouvions pas faire comme si ces AG étaient décisionnelles pour les actions alors qu’elles ne l’étaient même pas pour la grève.

Ce que nous apprenions le vendredi, après la manif du jeudi où étaient réunies 2000 à 3000 personnes, c’est qu’il ne fallait pas préparer les actions comme si nous étions en masse. Nous n’étions plus que 30 et toutes les cibles prévues étaient protégées ou fermées (Pole emploi, Medef, préfecture). Comme si la manif avait servi de b.a. pour la majeure partie des gens (beaucoup ne pouvaient pas venir non plus puisqu’ils jouaient) et que la manif avait comme annoncé la veille les cibles du lendemain. C’est pourquoi le samedi nous avons privilégié les actions diffuses et directes, par petits groupes autonomes pour une action de scotchage de banques et assurances pendant que d’autres baladaient la BAC dans leurs bagnoles autour des stations de péages d’autoroutes.
Nous ne pouvions prévoir des actions fortes sans capacité au rapport de forces. Nous avons tenté de faire tout avec tous. Nous avons surtout fait ce que nous pouvions et nous nous sommes quand même bien amusé-e-s !
Alors, pourquoi se dire collectif pour les actions et pas pour le vote ? À mon sens, ça a eu l’effet de contenir les velléités collectives tout en isolant chacun dans sa pensée, dans son idée, dans sa situation. Cela divise jusqu’au sein des compagnies les moins indécises.
Et par dessus ça, un léger sentiment de Sisyphe que de devoir toujours recommencer au début, avec de nouvelles personnes, avec de nouvelles rencontres aussi bien celleux qui ont leur histoire, leur expérience de lutte, leur culture politique et celleux qui arrivent pour la première fois dans un mouvement social et qui s’y impliquent vraiment, prêt-e-s à toutes les erreurs, toujours riches d’enseignement pour la suite.

Concrètement, la mobilisation quotidienne s’est beaucoup limitée à des actions de communication : croix très visibles, un certain nombre de compagnies faisant des discours avant, après ou même pendant les spectacles, quelques communiqués déterminés mais confus, quelques diffusion de vidéo sur la réforme Unédic.
Toujours est-il que l’ouverture du festival ne s’est pas passée comme prévu (avec son petit lot de dommages collatéraux qui eurent des répercussions sur la suite en interne et aussi en externe, j’y reviendrai). La journée de grève fut suivie par 40 à 50% des compagnies, ce qui permis une très belle manif, et enfin, heureusement, l’arrivée de Manon le dimanche fut très forte en émotion.

Par contre, la posture de lutte qui consiste à ne pas faire de vague, à ne pas heurter, à devoir respecter un maire UMP qui met en place un arrêté municipal contre la mendicité parce que « c’est un partenaire du festival » [6], soit la volonté de conserver sa respectabilité à un homme politique ouvertement anti-pauvre, reflète bien l’absence de propositions concrètes dans des actions qui cibleraient de façon « plus intelligente », qui viseraient « les bonnes cibles ».

Donc « on ne pose pas de bombes », mais « on sème des graines » [7] « … très bien. Et après, qu’est-ce qu’on fait ? On arrose ? Comme si le militantisme devait se contenter d’être informatif. Oui, l’information est une part du travail militant, et c’est un travail de fourmi qui est essentiel, mais le but de l’information n’est pas de faire « prendre conscience » qu’on se fait enfumer, ça tout le monde le sait, même les fachos sont d’accords pour dire ça, c’est dire si cette remarque est consensuelle, le tout est de savoir comment on se fait enfumer et comment y résister. Concrètement, en cessant de parler aux gens en les considérant d’abord comme « notre public » pour faire les choses avec les premiers concernés.

Informer à bien pour but de permettre un rapport de force dans l’action, mais ne peut se contenter pour toute fin d’être une action. D’où je pense aussi, la grande confusion sur la question des médias [8]. Ne rien faire qui heurte, ne pas donner le bâton pour se faire battre, ne pas se mettre l’opinion publique à dos, ne pas donner l’occasion de se faire taxer de casseurs, de bloqueurs, de délinquants, bref, c’est la naissance du populisme.

Nous ne pourrons jamais changer les règles du jeu si nous nous efforçons sans cesse de respecter celles qu’on nous impose. Sécurité, République, démocratie, autant de justification du système en place et d’affirmation de l’autorité légitime. En un mot, ce qui gagne du terrain, c’est la réaction.
Nous ne pouvons avancer avec une culture politique anti rapport de forcer Nons manquons d’audace !
Pour finir, il y eu un magnifique rapt de subvention populaire par le seul collectif de Chalon en grève sur les 4 jours du festival [9], des contacts pris avec les éboueurs grévistes de Chalon, les cheminots, les postiers, le tout par une seule copine de ce même collectif en grève.
Il y eut aussi un maire réactionnaire furax qu’on le prive de sa « liberté d’expression » [10], qui annula le conseil municipal où voulaient intervenir notamment des parents d’élèves en colère, mais comme le dit un communiqué : « la Fédération Nationale des Arts de la Rue condamne avec la plus grande fermeté tous ceux qui vont à l’encontre du dialogue et de la construction du vivre ensemble par des actes inacceptables. » [11].
Nous ne saurons jamais ce qu’ils ont voulu dire…

Un participant à la CIP Ille et Vilaine.

Notes :

[1] Peut-on en déduire, par effet de délégation, la difficulté à mobiliser sur l’ensemble de la semaine ? Peut-être pas mais des notions de psychologie de groupe peuvent largement m’échapper.

[2] Avec des grèves perlées, un « festival militant » mais surtout informatif dont les acteurs de la lutte se sont épuisés en s’imposant double emploi : jouer et organiser la lutte, que ce soit dans le In ou dans les perturbations visant le Off (ouverture et village notamment).

[3] Bien qu’un blocage ne soit pas une fin en soit, il peut se révéler riche d’échanges et d’expériences, comme ce fut le cas dans une énorme machine du spectacle, le Théâtre de la ville à Paris, qui fonctionne clairement sur le dos des précaires – voir : Intervention au Théâtre de la Ville à Paris, représentation annulée – ou lors du festival d’Alès, cf. Une illustration des limites du consensus démocratique dans la lutte – La grève des intermittents à Cratère surface (Alès).

[4] Il arrive ainsi fort aisément de confondre bienveillance et politesse (car on peut être bien plus insultant sans dire une seule grossièreté qu’en en disant des tonnes), de prendre de l’hypocrisie pour du respect et la sincérité pour un manque d’égard, mais les plus dommageables restent les conflits d’intérêts et les conflits de personnes.

[5] Voir : Les autoréductions – Grèves d’usagers et luttes de classes en France et en Italie (1972-1976).

[6] Nous pourrions commencer par inverser les rôles et considérer que ce n’est pas la Fédé des arts de la rue qui a besoin du maire, mais le maire qui a besoin de la Fédé pour organiser ce festival qui repose d’ailleurs sur le travail des précaires, intérimaires, saisonniers, serveurs, artistes, techniciens etc. et que ce qui s’est passé lors de l’ouverture du festival ne va pas à l’encontre de la lutte mais au contraire que cela s’inscrit dans le cadre d’un rapport de forces qui aurait pu suivre un objectif de lutte simple visant à imposer au maire de retirer son arrêté anti-mendicité. Au final, cette action non concertée et donc non organisée à eu pour effet d’affirmer qu’il n’est pas un « partenaire » de la lutte et également de créer des tensions en interne.

[7] Voir Intermittents : le collectif du in d’Avignon demeure mobilisé, Le Figaro, 6 août 2014.

[8] Voir, par exemple, Pourquoi les médias sont-ils si unanimes contre les mouvements sociaux  ?, L’Humanité, 26 juin 2014.

[9] Ce rapt était fictif et concerté entre tous les protagonistes, organisateurs de la subvention populaire et le collectif du Troc. La somme de la subvention fut immédiatement reversée à la CIP Bourgogne, ce qui permit de renflouer la caisse de grève.

[10] Telle fut la défense du maire lui même lorsque, s’apprêtant à prendre la parole à la tribune lors de l’ouverture du festival, une horde d’inconscients le huèrent, peut être pas de la façon la plus pertinente certes, mais de façon franche et sincère.

[11] Voir la conclusion du communiqué de la Fédé des arts de la rue, le 28/07/14.

 

Source : CIP/IDF.

 

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Pour la fin du néo-libéralisme « de gauche » – Coordination nationale des intermittents et précaires

 

Face à la machine néo-libérale dirigée par le gouvernement et orchestrée par son bras droit, le MEDEF -qui démantèle les droits sociaux collectifs- nous amplifions la résistance…

Nous, coordination nationale des chômeuses, chômeurs, précaires, intermittents, intermittentes, intérimaires, réunis ces 31 août, 1er et 2 septembre à Dijon, travaillons à l’abrogation de la convention d’assurance chômage et exigeons l’ouverture de véritables négociations avec les premiers concernés.

La coordination est aux côtés des associations et syndicats – représentant 39 salariés intermittents, intérimaires, travailleurs précaires privés de droits, matermittentes, mais aussi employeurs – qui, le 26 août, ont déposé une requête sommaire au Conseil d’Etat. Cette requête vient s’ajouter à d’autres procédures, qui vont toutes dans le même sens : dans la forme comme sur le fond, jamais le droit n’a été respecté dans l’élaboration et la validation d’une convention d’assurance chômage injuste, illégale et préjudiciable.

Dans le cadre des tables de concertation de la mission Valls, nous avons de nouveau dénoncé la zone de non-droit qu’est Pôle Emploi. Nous continuerons à exiger que de réelles expertises soient faites sur les dépenses de l’UNEDIC [1].

Nous n’aurons de cesse d’attaquer cette illégalité partout où elle est à l’œuvre.

Enlisés dans leur arrogance et leur mépris, les barons du pouvoir n’imaginent pas que ceux qui sont confrontés aux réalités du terrain puissent avoir des idées claires et des solutions efficaces à proposer.

Un autre modèle d’indemnisation chômage pour les salariés en emploi discontinu existe et nous le portons pour tous [2].

De nouveau, en ce mardi 2 septembre 2014, par la voix du ministre du travail et du dialogue social, ce gouvernement néo-libéral persiste à vouloir éradiquer les droits sociaux des chômeurs en les stigmatisant et en les fliquant [3].

Nous nous y attendions : nous avons d’ores-et-déjà organisé les moyens de nous défendre collectivement, à travers une commission juridique et politique permanente, qui protègera l’ensemble des salariés et des chômeurs de toutes pratiques déloyales.

Parce que la grève est un droit et qu’elle permet de se donner du temps pour se parler, pour penser, pour agir, pour inventer de nouveaux droits sociaux et défendre nos conditions de travail,

Parce que seule une grève intransigeante et qui dure impactera économiquement et socialement les partenaires du MEDEF et du gouvernement,

Nous appelons tous les chômeurs, précaires, salariés à entamer une grève reconductible partout en France, dans tous les secteurs d’activité, dès le 1er octobre -jour de mise en application de l’intégralité de la convention d’assurance chômage- et à tenir des piquets de grève pour faire entendre nos revendications.

Nous avons les moyens de cette grève.

A Montpellier, tous les grévistes du Printemps des Comédiens ont été soutenus et accompagnés grâce à la caisse de grève mise en place et alimentée par une solidarité nationale. Nous appelons donc toutes les coordinations et associations à faire de même.

Notre capacité à nous organiser dans un système de solidarité est une arme de lutte.

Nous lutterons, sans aucune pause et de toutes nos force, parce que nous sommes nombreux, contre toutes les répressions dont font l’objet les luttes sociales.

Nous rappelons aux anciens comme aux nouveaux membres du gouvernement qu’ils sont persona non grata partout où nous sommes [4].

Nos actions ne connaîtront pas de pause.
Ce que nous défendons, nous le défendons avec tous.

Dijon, le 2 septembre 2014.

Notes :

[1] Les 1ères tables rondes de la mission de concertation sur l’intermittence du gouvernement Valls I

[2] Un autre modèle d’indemnisation du chômage des salariés intermittents, avec une présentation filmée, Contre-propositions pour une réforme de l’assurance-chômage des salariés intermittents

[3] La courbe monte… les chômeurs trinquent – Recours radiations

[4] Nous déclarons persona non grata les membres du gouvernement – Tract.

Source : idem.

Le CAFCA au Conseil général de l’Ariège

 Posted by on 25 avril 2014 at 17 h 54 min  Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés
avr 252014
 

Le CAFCA au Conseil général de l’Ariège

Ariège. RSA : le conseil général envahi par le CAFCA

Une trentaine de militants du collectif d’autodéfense face aux contrôles de l’administration (CAFCA) ont fait irruption, hier après-midi, au conseil général. Ils sont venus plaider le dossier de Séverine, une mère isolée qui a vu son RSA suspendu dans un premier temps faute de s’être présentée devant une commission avant d’être rétablie dans ses droits dans un second temps mais sans effet rétroactif. Entre « occupation » symbolique et réception dans une salle de réunion, la trentaine de personnes a pu échanger avec Francis Dejean le directeur général des services du conseil général et Christine Séverin, directrice de l’aide au développement social (ASD). « Sans justification de son absence à un rendez-vous, une somme de 100 € a d’abord été retenue sur son RSA au mois d’octobre. Puis, c’est 50 % au mois de novembre qui a été retenu. Quand elle a expliqué sa situation devant la commission, elle a été rétablie dans ses droits en décembre » a rappelé Francis Dejean.

« On est là pour débloquer une situation d’urgence » a affirmé l’un des membres du collectif. « On est là pour demander ce à quoi elle a droit. Tout le monde est là de plein droit » a renchéri une autre. Le ton était engagé, les échanges parfois vifs, mais le dialogue est resté de mise. « On ne partira qu’avec des garanties » a encore lancé un autre militant. « Nous exigeons l’arrêt du harcèlement et de leurs punitions aussi infantilisantes qu’humiliantes et le remboursement intégral des sommes ponctionnées » note le collectif dans un communiqué. « Je ne peux pas donner ces garanties. Seule la commission qui examinera la demande de recours grâcieux, avec de nouveaux éléments, peut prendre la décision » a précisé Francis Dejean en détaillant la situation et les voies de recours.

Après une série d’échanges pendant plusieurs minutes, Séverine qui a exprimé sa colère et sa désespérance, a rédigé une nouvelle demande de recours grâcieux où elle présente de nouvelles pièces. Cette demande doit être examinée en commission mercredi prochain.

La trentaine de militants du collectif a ensuite quitté le conseil général dans le calme. Ils ont affirmé, avant de partir, suivre l’évolution de ce dossier.

Leur presse (LaDepeche.fr, 24 avril 2014)

Source : Jura libertaire.

mar 312014
 
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En pleine soirée électorale, une centaine d’intermittents ont tenté deux fois de se diriger, ce dimanche soir 30 mars, vers la mairie de Caen. La police leur a barré l’accès.

Une centaine d’intermittents du spectacle se sont rassemblés ce dimanche soir 30 mars à Caen. Une première fois, ils ont tenté de se diriger vers la mairie, mais la police leur a barré la route à hauteur de la place Saint-Sauveur.

La seconde tentaitve a échoué au niveau de la place Guillouard. Les intermittents estiment que les problèmes liés à leur statut ne sont toujours pas réglés.

source: ouest france

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