Petits récits de la lutte à PSA Aulnay parut dans le journal de la fédération anarchiste « Le Monde libertaire » où l’on voit le rôle joué par la section CGT locale tenue par Lutte Ouvrière et sa logique autoritaire.Tentative de lutte à PSA : ambiancehttp://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16115-tentative-de-lutte-a-psa-ambiance
Récit d’un camarade ouvrier de PSA-Aulnay. Il témoigne de la lutte en cours et de la détermination d’une poignée de travailleurs à ne pas baisser la tête.
Tout commença par une grève surprise de l’atelier peinture déclenchée à quelques jours de l’annonce officielle de la fermeture de l’usine par 18 ouvriers en équipe A, 14 autres en équipe?B. Ça stoppa l’usine. Personne n’avait vu venir cette grève organisée essentiellement par des intérimaires. La CGT, noyautée par Lutte ouvrière (LO), encore moins. Au fil des événements qui suivirent, l’attitude de ces derniers devint de plus en plus suspecte auprès de certains ouvriers.
Les propos d’un militant de LO lors d’une réunion de la CGT, et rapportés après coup par un des participants, contribuèrent encore plus à la suspicion grandissante. Faut dire que le militant n’y avait pas été de main morte, dans sa réponse à ceux qui proposaient d’utiliser le quasi-blocage de l’usine pour aller vers la grève totale le 12 juillet, comme beaucoup le suggéraient dans les ateliers…
Réponse du trotskiste : « Ça arrangera le patron que l’usine soit à l’arrêt ! Si les ouvriers de Continental ont pu faire la grève non stop, c’est qu’ils étaient payés pendant deux ans ! Ici, c’est des actions ponctuelles qu’il faut faire ! » Les staliniens étaient copiés au-delà de leurs espérances. La conclusion du secrétaire du syndicat à la fin de la réunion en fait foi : « Pour le 12, on verra ce que décident les ouvriers ! »
Cependant, tout ça n’empêcha pas une manifestation sauvage organisée par la poignée de grévistes de l’atelier peinture. « Ne ratez pas le train de la grève… Après il sera trop tard ! » gueulaient ceux qui passaient sur les chaînes du ferrage. Mais, à part un petit nombre, personne ne prit le train en marche. Ce qui permit à LO de déclarer que la majorité ne suivait pas les grévistes de l’atelier peinture. Il faut dire que, au montage, des militants de LO avaient déjà tout fait pour dissuader les débrayages de soutien qui voulaient descendre en peinture. Ils firent de sacrées pantomimes pour ça.
Malgré tout, le courant de sympathie était bien réel dans les ateliers où il n’était pas rare d’entendre des réflexions comme : « À 18, ils font ce qu’on devrait faire à 3 000 ! ils ont des c…, en plus c’est pratiquement que des intérimaires ! » Et même – les cadences tournant au ralenti grâce au blocage peinture – des choses plus sarcastiques encore du genre : « Le boulot se fait à présent dans la joie et la bonne humeur, sauf pour ceux qui ont les yeux rivés vers la peinture : direction et Lutte ouvrière compris ! »Ayant eu vent de tout ça, les grévistes de l’atelier peinture préférèrent se faire épauler par SUD?Auto qui organisa, à la sortie de l’usine, une collecte de soutien pour payer les jours de grève. Cette initiative fut bien perçue par les ouvriers. Ils y virent là une manière de maintenir la pression et de préparer au mieux la riposte alors que l’annonce officielle de la fermeture de l’usine était imminente.
Les seuls qui ne virent pas ça d’un bon œil furent bien sûr les militants de LO, qui n’en démordaient pas et répétaient que, si les ouvriers avaient voulu soutenir les peintres, ils auraient fait grève avec eux.Le SIA, syndicat jaune, écrivit par ailleurs dans un tract ce que LO racontait tout bas dans les ateliers : « Les peintres de la cabine en grève, à vous de juger ! La majorité silencieuse s’interroge : à qui profite le blocage de la production ? »
Au final, les grévistes finirent par rendre les armes. Avec les honneurs, malgré tout. à seulement deux poignées par équipe et malgré les bâtons dans les roues que leur ont flanqué LO et le SIA, ils obtinrent, suite aux négociations, douze heures de grèves payées, les contrats des 10 intérimaires grévistes prolongés jusqu’à janvier 2013. Avec ça, ils restèrent tous soudés et, pour eux pas de doute, ils avaient bien vu sur qui ils pouvaient compter.
À présent, aux autres ouvriers de comprendre, eux aussi, qu’ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes.
Le lendemain, l’annonce de la fermeture de l’usine en 2014 était officialisée. Le cynisme avec lequel fut annoncée la nouvelle par les chefs dans les réunions fut sans limites. Pour preuve, ils accordèrent jusqu’à 10 heures pour que les ouvriers se remettent du choc et appellent leur famille. L’ignominie alla encore plus loin : 1 500 personnes seraient reclassées à Poissy, 1 500 autres dans le bassin des alentours d’Aulnay-sous-Bois. La stupeur, la consternation régnaient. Pourtant, tout le monde savait que le coup de massue final restait à venir. Les imbéciles qui croyaient les chefs qui disaient que l’usine ne fermerait jamais les croiront-ils quand ils diront que personne ne restera sur le bord du chemin ?
Ces questionnements des salariés, ainsi que le contexte syndical évoqué au début de cet article, sont pour moi les clés permettant de comprendre où l’on en est arrivé actuellement à l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Cela fera l’objet d’autres articles à venir.
Silien Larios
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Ça se passe comme ça à PSA?Aulnay (suite)http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16163-ca-se-passe-comme-ca-a-psa%E2%80%88aulnay-suite
Je poursuis la narration des événements qui se déroulent à l’usine PSA d’Aulnay.
Cette fois-ci, je vous ramène directement au 12 juillet sur le parking après l’annonce de la fermeture de l’usine. La foule n’est pas si grande que ça. La colère non plus. Avant que la colère arrive, il y a beaucoup de larmes. Des personnes se sont effondrées quand ça a été dit par les chefs. Des ouvriers conscients ont bien compris que les jours qui viennent seront déterminants pour voir si la colère totale arrive.
Pour l’instant elle est mesurée, la colère.
Positif : beaucoup sont rentrés chez eux après avoir été dire leur fait aux chefs dans les briefings d’explication de mon équipe : « Le baratin a assez duré ! Vous licenciez massivement à Poissy, c’est pas pour prendre ceux d’Aulnay à la place ! »
Un ouvrier vide son sac de plus belle : « Vingt-cinq ans d’exploitation, quarante-sept ans d’âge, vous croyez quand même pas me dégager comme ça ! »
Une certitude, la direction va essayer de nous endormir. La clé de ce qui viendra arrivera de la majorité silencieuse.
Un ouvrier se demande si les pleurs feront place à la colère, ajoutant : « Si ont fait pas bloc, on est foutus ! » Son raisonnement est des plus justes selon moi : deux blocs vont se constituer dans l’usine, le bloc des résignés qui voudront s’en sortir avec les mesures de la direction et qui seront passés au lapidaire, et le bloc de ceux qui sont prêts à se battre pour s’en sortir collectivement.
Lutte ouvrière ne tarde pas à proposer un comité de grève pour coordonner la lutte à venir. De drôles de danses arrivent de la part des trotskistes pour trier sur le volet ceux qui en feront parti.
Après l’annonce de la fermeture, à la prise d’équipe, les télés sont présentes tous les jours. Elles viennent filmer le camp retranché d’Aulnay. Voici quelques réflexions de colères : « Les médias parlent de nous ! Ça fait un retour de monnaie pour la direction ! »Mais il y a des sadiques, des voyeurs chez les journalistes, certains viennent filmer les ouvriers qui pleurent pour faire de la téléréalité à deux balles sur la détresse du monde du travail ! Ils filment aussi le PDG qui verse des larmes de crocodile, demandant l’aide de l’État pour la filière automobile alors qu’il vire 8 000 personnes en France !
Le lundi suivant, dans l’atelier du ferrage, une nouvelle AG organisée par la CGT a lieu pendant la pause du matin.
Après la prise de parole de l’orateur trotskiste, l’autorité du chef est mise à l’épreuve. Beaucoup de présents expriment leur méfiance envers les syndicats et les partis politique. Voilà Lutte ouvrière débordée. Tout ça n’empêche pas la direction d’Aulnay d’entamer sa sinistre comédie, se couvrant de ridicule comme à son habitude.
Cette fois, les sommets sont atteints.
Elle a fait venir, en plus des huissiers habituels en ces circonstances, des caméras pour nous filmer. Nous mettre en boîte ne suffit pas à la direction. Une fois l’AG finie, un de ses larbins vient nous signifier qu’on est considérés comme en grève. Un ouvrier harangue le guignol : « Tu sers à rien ! Tous au paquebot, voir le directeur pour être payés ! »
La foule suit. Des présents de l’AG appellent des potes restés sur ligne. Ils rappliquent vitesse grand V.
à cet instant, tout le monde comprend que les premiers jours d’un mouvement sont les plus importants. Si on est payés pour les AG, ça sera plus facile d’entraîner du monde pour les débrayages à venir. D’importance, la suite va l’être.
En plus des mouchards habituels et des huissiers pour constater, des militants de Lutte ouvrière suivent la foule des ouvriers en marche. Faudrait pas qu’ils perdent la mainmise sur les événements.
Nous voila tous au paquebot – qui est le siège de la direction (pour une usine qui coule, ça ne s’invente pas).Pas au bout de nos surprises, qu’on est !
Le directeur est absent, le navire serait-il déjà abandonné ? Une collaboratrice se pointe, toute tremblante. Nous signifions à la dame le pourquoi qu’on est là. La collaboratrice prend son portable : le directeur recevra une délégation de syndicalistes pour discuter une fois son rendez-vous achevé ! Après ça, la bourgeoise entend une ouvrière dire ce qu’elle a sur le cœur : « Tu nous regardes de haut ! On est pas de ton monde parce qu’on est des ouvrières ! Ta fille de 8 ans risque pas de te dire : “Maman, t’auras bientôt plus de boulot !” Toi, des beaux quartiers, ça risque pas de t’arriver ! Ils nous ont prévenus avant les vacances de la fermeture de l’usine, pour qu’elles soient bien gâchées ! »
Historique ce qui suit. Les ouvriers élisent les représentants qui seront reçus par le directeur de l’usine. Lutte ouvrière n’arrive à imposer qu’un unique syndicaliste des leurs. Il s’invite dans la délégation. L’ouvrière fait partie de la délégation. Un militant peut pas s’empêcher d’aller lui dire comment causer. Elle envoie le dirigisme trotskiste à la poubelle : « T’es pas mon père ! »
La négociation n’obtient rien, le directeur reste intraitable : « Si je vous paye une demi-heure de réunion par jour, c’est la porte ouverte à tous les débordements ! »
L’argument « Vous payez les briefings bourrage de crâne obligatoire avec le chef » ne convainc pas le directeur.
Personne n’est déçu après les négociations : « C’est pas grave, nous gagnerons la prochaine fois ! Des syndicalistes auraient rien obtenu de plus ! »
Les présents disent aux trotskistes de pas trop parler les prochaines fois aux réunions, pour qu’elles soient plus courtes et que tous puissent causer et qu’il ne soit pas enlevé trop d’argent sur la fiche de paye !
J’arrête ma narration sur ces notes qui éclairent un peu plus le contexte actuel de l’usine. Un prochain article reprendra le fil des événements.
Silien Larios
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PSA : récit d’un ouvrier (suite)http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16199-psa-recit-dun-ouvrier-suite
Mercredi 16 janvier, la grève reconductible a enfin démarré dans l’usine. Sur un effectif de 3 000 personnes, une minorité de 450 grévistes, chiffre de la CGT, bloquent la production. Selon moi, c’est à peu près 250?ouvriers qui constituent son noyau dur. L’un des objectifs de la lutte est atteint : l’usine est morte, pas une voiture ne sort depuis cette date ! Avant de vous raconter ces événements, n’ayant pas encore tous les éléments nécessaires pour le faire de manière précise, je reprends la suite de mes articles à l’endroit laissé par le précédent. Leurs enchaînements amèneront au moment présent, l’éclairant un peu plus.
Nous revoici donc au mois de juillet 2012, à quelques jours des vacances. À ce moment, les tensions entre grévistes et non-grévistes deviennent de plus en plus paroxystiques. L’atmosphère devient encore plus électrique, quand on apprend que des non-grévistes profitent de la journée du 12 juillet pour être payés double. Les grévistes avaient obtenu qu’elle soit payée. Ceux qui ne sont pas allés protester sur le parking ce jour-là n’ont eu aucun scrupule à toucher leur journée de travail en plus. Je ne répète pas encore assez pour ces vermines : « Lorsqu’il y aura négociation, tout devra aller aux seuls grévistes ! Les autres pourront crever ! Tu bougeais pas, c’est que t’étais content de ton sort ! »
Un collègue s’énerve encore plus, apprenant qu’un chef, qui ne fout rien depuis vingt ans, ne remplaçait même pas pour aller aux cabinets. Maintenant, l’enflure prend le poste des grévistes. L’ouvrier ajoute : « Tôt ou tard les pendules seront remises à l’heure ! »
Ce qui suit éclaire bien des aspects du trotskisme. Nous débarquons au débrayage demandé par la CGT en fin de journée. Le camarade Jean-Pierre Mercier doit faire le compte rendu de son entrevue avec Montebourg. Une fois les grévistes présents, le leader répète, pour commencer son discours, le déjà dit plusieurs fois, histoire de donner plus de consistance à son allocution. Il fait ça malgré la demande des grévistes d’aller à l’essentiel pour pas perdre trop d’argent. Son allocution finie, Mercier demande au micro s’il y a des questions. C’est gonflé de la part de quelqu’un qui dit partout qu’il faut des débats entre ouvriers ! L’ouvrière de l’autre jour, du haut de sa petite taille, d’une voix légère, ose une remarque. Sans micro, la voix porte ne pas. Mercier se garde bien de le faire passer. Elle n’a pas l’habitude de parler en public comme le grand orateur professionnel qui prépare ses discours à l’avance… Après la remarque de l’ouvrière disant : « Il faut rester dans l’usine le 25 ! Faire une journée morte ! S’adresser aux indécis pour bloquer la production ! » Mercier reprend la parole, micro en main. Il répète les propos de l’ouvrière tel un professeur corrigeant ses élèves. Après ça, il ajoute : « C’est pas une bonne idée, il faut tous monter avenue de la Grande-Armée ce jour-là, une délégation de l’usine de Rennes, qui va subir 2 000 licenciements, viendra ! Nous pourrons discuter avec eux ! » Avec ce qui vient : les trotskistes dévoilent une fois de plus leur vrai visage. L’ouvrier qui avait entraîné le débrayage du paquebot hausse la voix sans micro : « C’est dans l’usine que ça se passe ! On t’a déjà assez vu dans les télés ! » À ce moment, un béni oui-oui de Lutte ouvrière intervient à son tour : « Il ne faut qu’un leader dans le mouvement ! » Entendant ça, énervé, je hausse le ton pour être entendu : « Non, c’est la porte ouverte à toutes les pires dictatures, totalitarismes qui ont commencé comme ça ! Avec un unique leader qui au départ pouvait être honnête ! » Les trotskistes et leur suite me mitraillent du regard. Ça joue pour eux que je sois pas un bon orateur, avec ou sans micro. Ma prose reste. Mes paroles s’envolent toujours dans le tumulte des flots de l’action d’une grève, finissant dans la confusion. Profitant de la confusion qui s’installe, les autres militants de Lutte ouvrière présents prennent le micro. Et à tour de rôle, ils appuient la proposition du chef. Des cris s’entendent : « Ils ont raison ! Ils ont raison ! » Ça promet pour le comité de grève.
Bingo ! Le lendemain, ils remettent ça pour placer leurs militants au comité de grève. Ils ne vont pas changer une formule qui gagne. Une formule qui a marché par le passé chez leurs maîtres staliniens. En plus, il ne faut pas qu’ils traînent, une riposte pourrait s’organise. Les trotskistes présentent au micro leurs candidats, les adoubés qu’ils pourront manipuler. Les autres partants doivent se présenter en levant la main, pire qu’à l’école quand on demandait la permission à la maîtresse. Après ça, le tribun d’arrosoir fait voter l’élection du comité de grève à main levée. Comme ça, certains passent, ni vu ni connu. Qui a dit que ce ne sont pas de fins stratèges politiciens ?
Leur stratégie a même été jusqu’à appeler à l’abstention au second tour de la présidentielle. Ils en rient encore jaune d’un bon mot qui circule dans les ateliers : avec 0,5 vous vous êtes abstenu aussi au premier tour !
Beaucoup d’ouvriers ne veulent pas faire partie du comité de grève. Ils ont eu vent de son déroulement : Lutte ouvrière laisse d’abord tous les points de vue s’exprimer. Beaucoup parlent pour ne rien dire, c’est pain bénit pour les trotskistes, les éventuels opposants sont noyés dans ce fatras de paroles. Après ça, à tour de rôle, ils imposent le leur, espaçant les interventions pour que les participants croient que leur point de vue vient du débat.
Il est à souhaiter que la grève présente permette aux ouvriers conscients de faire voler en éclats cette politique vaseuse.
La suite prochainement…
Silien Larios
**********************************************Les ouvriers en grève de PSA Aulnay s’adressent à vousAulnay, le 05 février 2013
Nous, ouvriers de PSA Aulnay, sommes en grève reconductible depuis le 16 janvier 2013. Nous refusons de grossir les rangs de Pôle emploi, car c’est l’avenir que nous prépare la famille Peugeot.
Comme vous le savez, le plan de PSA, c’est non seulement la fermeture de l’usine d’Aulnay, mais aussi plus de 10 000 salariés jetés sur le carreau. A quelques jours de la fin de pseudo négociations, on en est toujours au même point : aucune garantie sérieuse quant à l’avenir des salariés menacés de licenciement ! Voilà pourquoi, après maintenant deux ans de lutte, marquées par des journées de grève et de manifestation, nous avons décidé la grève reconductible.
Depuis le début du mouvement, PSA fait tout pour nous démolir : calomnies répandues dans la presse, armée de vigiles et de cadres qui quadrillent l’usine. Et maintenant des sanctions :
6 militants, qui sont en première ligne dans la lutte contre la fermeture de leur usine, sont convoqués par la sureté territoriale. Parmi eux, 4 sont en mise à pied conservatoire en vue d’un licenciement.
Notre grève intervient dans un contexte d’attaques tous azimuts contre le monde du travail. Licenciements massifs, mais aussi accords destinés à baisser les salaires et rendre les salariés encore plus flexibles. L’accord sur la « sécurisation de l’emploi », que le gouvernement s’apprête à entériner tel quel, est en réalité une régression sociale colossale !
Sous prétexte de « moderniser » le marché du travail et la fonction publique, c’est tout le monde du travail qui est menacé de précarité !
Si notre grève suscite l’hostilité du grand patronat et du gouvernement, en revanche elle recueille la sympathie de nombreux salariés. Des rencontres ont eu lieu avec des travailleurs d’autres entreprises, notamment ceux de Renault, où Ghosn espère mettre en place un accord de « compétitivité » qui ne vise qu’à maintenir les profits aux dépens des salariés. Beaucoup citent notre grève en exemple et l’idée d’une riposte commune fait son chemin !
Salariés, notre grève peut devenir la vôtre et mettre un coup d’arrêt à l’offensive conjointe du patronat et du gouvernement. Popularisez-la, aidez-la financièrement, défendez l’idée que c’est tous ensemble qu’il faut lutter.Tract du comité de grève soutenu par CGT, CFDT, SUD
05/02/2013***********************************PSA comme si vous y étiez (suite)in Le Monde libertaire n°1697 (14 février-6 mars 2013) http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16242-psa-comme-si-vous-y-etiez-suite
L’objectif de la minorité gréviste est toujours tenu : production toujours quasi bloquée. Pour contrer cet état de fait, la direction de PSA a cherché à présenter les ouvriers en lutte d’Aulnay-sous-Bois comme des « voyous » qui terrorisent la maîtrise et les non-grévistes. Oubliant bien au passage d’indiquer que, côté cour, dans un courrier individuel en date du 24 janvier adressé à l’ensemble du personnel, elle prenait soin de préciser : « Parmi ces grévistes, une minorité a entravé la production… »
Depuis le début des hostilités, elle emploie des termes forts pour s’autoblanchir d’une situation paroxystique qu’elle a elle-même créée et continue d’entretenir. La réalité est plus prosaïque : les non-grévistes ont moins peur de l’agressivité des grévistes que du manque de ressources qu’entraîne la perte du salaire.
La seule minorité qui cherche à entraver quelque chose, c’est la direction de PSA ; pour preuve, malgré la difficulté à trouver environ 200 cadres de divers coins de la France pour redémarrer les chaînes après sa semaine de lock-out, le statu quo persiste. Pendant la semaine d’arrêt, elle n’a même pas réussi à entraver la grève. Plus de 200 grévistes ont continué la lutte à l’UL CGT d’Aulnay-sous-Bois et poursuivi leurs actions, comme aller voir les ouvriers de Renault Flins ou collecter de l’argent dans les péages pour remplir la caisse de grève.
Ils ne sont pas fiers ceux qui ont accepté de venir faire ce sale boulot lorsque les ouvriers les interpellent : « Tu viens gagner de l’argent pendant que nous on risque de perdre notre travail ! Tu diras ça à tes enfants ! » Ils ne trouvent rien à répondre. Les grévistes passent également du temps à discuter avec les vigiles des sociétés privées placés aux portes d’entrée de l’usine. Le plus gros travail reste malgré tout de chercher à convaincre les non-grévistes. à la reprise, ces derniers sont restés chez eux ou étaient pratiquement invisibles, confinés dans les salles de repos par les chefs. Malgré les calembredaines de la direction les journalistes présents n’ont pu constater aucune dégradation.
Après cette incursion dans l’actualité, je fais à nouveau un saut en arrière dans le temps, vous ramenant à quelques encablures des grandes vacances. Ces points de vue d’ouvriers saisis à la volée restituent mieux qu’un discours le contexte de l’époque : « Les syndicats nous font marcher, en faisant croire qu’on prend les décisions ! Nous sommes en Enfer, l’infirmerie ne désemplit pas de déprimés, certains se mettent en accident de travail, d’ici à ce qu’il y ait des suicides ! » Des cyniques disent même : « Ça nous arrangerait bien, ça foutrait dans la merde la direction d’Aulnay-sous-Bois ! Le désespoir va loin à l’heure actuelle ! » Pour manipuler la foule, un militant de Lutte ouvrière raconte dans les réunions du comité de grève : « Nous avons la mainmise, la production tourne vitesse escargot ! » La gueule qu’il tire après cette réplique : « Ça doit être un escargot avec turbo ! »
En effet, la production est bien repartie. Au briefing, j’attaque le chef d’entrée : « Pas longtemps que vous mettez pour remettre en cause vos belles promesses comme quoi le rapport humain, le dialogue sont privilégiés rapport à la production ! »
Une fois de plus, ce 25 juillet, nous voilà tous avenue de la Grande-Armée à Paris. Ainsi en ont décidé les trotskistes via leur comité de grève. Au final, 200 personnes mobilisées : c’est un échec. Comme à son habitude, Lutte ouvrière a suivi le plan élaboré avec son chef sans écouter les remarques des ouvriers qui voulaient rester dans l’usine… La catastrophe est évitée par les Bretons de l’usine de Rennes venus en nombre. Ils ont la pêche, eux ! Ils bloquent leur usine, eux, quand ils se déplacent ! Alors que nous, on fait toujours des voitures. Un comble, notre usine ferme et c’est un syndicat réformiste qui ramène le gros des troupes ! Je suis bien d’accord avec l’ouvrier qui me donne son impression : « La mayonnaise prend toujours pas, pour qu’elle prenne la mayonnaise faudrait un déclic chez les hésitants ou quelques-uns pour battre les œufs ! »
Le déclic pourrait venir du dernier briefing fait par les chefs avant les cinq semaines de vacances d’été. Dès le début de cette réunion, je sors : « Si tu bouge pas, t’auras que des cacahuètes ! La préretraite, c’est finish ! Vous allez droit vers la misère aménagée ! » Comme ils rient ceux qui entendent ça ; mais après avoir entendu les dires du chef qui confirment que les mesures proposées par la direction centrale ne prévoient pas plus pour les anciens, ils ne rient plus du tout. Ils voient bien que la direction donne à peine quelques milliers d’euros. Avec des collègues, nous étions convenus de ne rien dire à cette réunion pour que les anciens s’expriment : « Nous allons voir ce qu’ils ont dans le ventre ! » Des vieux ont causé : «?Si les syndicats signent cet accord pour le plan social, on a que ça ??» Un silence de mort règne dans la salle. L’acquiescement du chef confirme définitivement que les vieux qui croyaient partir du fait de leur ancienneté avec 50 000-60 000 euros n’auront rien. Ils en restent glacés, bouche bée, sans paroles qu’ils sont les vieux. Il n’y a pas si longtemps encore, ils nous riaient bien au nez quand on débrayait, nous lançant : « On s’en fout, nous aurons bientôt la retraite ! » Mais y’a pas que les vieux qui tombent de haut. Comble du ridicule, les jeunes qui coulent nos grèves se saoulent la gueule après le repas pour oublier leurs tourments. Le chef vient les voir pour qu’ils reprennent le taf. « On est en grève?», répond un des jeunes. Il s’improvise leader de lutte avec quelques grammes dans le sang. Avant ça, il m’avait demandé : « T’es délégué, pourquoi t’a rien dit ? » « Les concernés doivent aussi s’exprimer », que j’avais répondu. « Ils s’expriment bien les concernés à présent », me dit un pote, poursuivant non sans ironie : « Qu’ils s’expriment, c’est un début ! Les voila affichés à présent, le monde à l’envers ! à notre tour de profiter de leur grève pendant qu’on travaille, la chaîne va pas tarder à s’arrêter ! » En effet, elle s’arrête, la chaîne. Nous bullons tous ainsi en attendant les vacances.
Grâce à la grève improvisée pour leur permettre de décuver. Nous nous balançons quelques réflexions avant de partir décompresser cinq semaines : « La mayonnaise doit prendre d’entrée après les congés, sinon, c’est foutu ! On verra au retour des vacances, s’ils ont des couilles à jeun ! »
Malheureusement, beaucoup ne partiront pas en vacances cet été ! Ils auront l’occasion, en restant cinq semaines dans leurs cités avec femmes et enfants, de réfléchir autour d’un Ricard à la vérité des prix donnés par les chefs dans les briefings ! Si ça réagit pas tout de suite, la direction nous mettra devant le fait accompli des mauvais coups qu’elle nous aura préparés ! J’interromps là mes évocations. Pour savoir ce qui est arrivé au retour des congés et la tournure de la grève actuelle, suite au prochain numéro.
Silien Larios
*****************************************Ambiance à PSA : des nouvelles fraîchesIn le Monde libertaire n°1700 (21-27 mars 2013)
http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/16277-ambiance-a-psa-des-nouvelles-fraiches
Tous les records de durée d’une grève dans l’automobile commencent à exploser ce jeudi 7 mars. Plus de sept semaines, ça devient dément. Effacées des tablettes les six semaines de 2007. Le Guiness Book n’est pas loin. Dans l’espoir de redonner un deuxième souffle à un conflit qui s’enlise, le secrétaire Lutte Ouvrière de la CGT Aulnay veut inviter les non-grévistes à l’AG où viendra le remplaçant de Bernard Thibault. Sans peur du grotesque, il propose même de leur offrir le café et des cacahuètes… Il se dit que plus de monde il y aura, plus ça permettra à sa secte 1 de faire de la lèche à la CGT nationale, en lui donnant des gages… À ceux qui me proposent de m’adresser aux ouvriers confinés dans les salles de pause, je réponds tout net : « J’ai le respect des cadavres ! Je ne trouble pas les cimetières ! » Sans ironie, je me permets d’ajouter : « S’il doit y avoir des cacahuètes, ça sera les épluchures dans la gueule de ces charognes ! »
Une preuve de plus que la plus grande partie des non-grévistes ont les foies. Rien que pour cette semaine : 60 d’entre eux partent pour Poissy monter les sièges manquants à cause de la grève chez Lear. Chaque lundi un nombre équivalent devrait suivre un chemin similaire. À ce rythme, ils préparent bien le vidage de l’usine. Le débat est toujours là : ont-ils encore besoin de la production à Aulnay ? L’une des clefs d’une éventuelle victoire réside toujours dans cette question. Cette interrogation n’empêche en tout cas pas la compassion envers la vermine : qu’ils crèvent les pneus des bus ! Le témoignage d’ouvriers ayant fait l’aller-retour prouve bien qu’ils vont marner : à Poissy, pas le droit d’aller aux cabinets, faut respecter les pauses, même pour manger le casse-croûte ! Comme disait Louis-Ferdinand Céline : « On croit qu’il y a des limites à la bêtise humaine… elle est sans limite ! » Rien que le fait que je vous raconte qu’à Aulnay, ils étaient payés à rien foutre que profiter de notre grève, étaye les dires du grand écrivain. Encore heureux pour ces casemates que le chef ne leur ait pas demandé d’aller se jeter au fond d’un trou…
Tout n’est pas encore verrouillé. Les murs ont été trop longtemps fermés. Les jeunes qui viennent voir les grévistes, ramènent de la joie, de l’enthousiasme et de la bonne humeur… la jonction sans prise de tête entre le monde du travail et l’intellectuel. Lutte Ouvrière avec sa tristesse qui durera toujours, sa sournoiserie. voulait que la grève d’Aulnay soit sa chasse gardée exclusive. Au moins ces Pierrots lunaires viennent avec leurs vraies couleurs…
Le passé éclaire souvent le présent. Pour vous prouver que je n’exagère pas dans mes dires, je vous y ramène… Ce samedi-là, un rassemblement d’importance a lieu à Aulnay-sous-Bois. C’est un grand meeting déjà prévu de longue date par les syndicats. Son but : protester contre le chômage, la désolation à venir dans un département déjà sinistré. Poutou et ses collègues de Ford montent dans la foulée de leur manif du matin au salon de l’automobile pour apporter leur soutien.
C’est pas de trop au vu du nombre des présents que les Fords soient venus aux HLM des 3 000. Une fois Poutou sur place, Jean-Pierre Mercier et deux acolytes viennent à sa rencontre. Prétextant que c’est un meeting syndical, pas politique… donc il ne montera pas à la tribune. Les promesses faites avant, les péripéties de 50 ouvriers venus dans la galère du RER pour arriver dans la foulée du Salon de l’Auto n’y font rien. Au contraire, les sbires aboient de plus belle. Poutou et ses collègues auront fait le voyage pour rien. Dégoûtés, ils repartiront avec le sectarisme de Lutte Ouvrière en souvenir. Il est vrai que Jean-Pierre Mercier et sa secte 1 n’aiment pas la concurrence ; s’il doit y avoir unité, ça doit être sous leur unique direction.Comme j’aimerais que le ridicule tue ce que racontent les trotskistes dans les ateliers sur Poutou. Les chants de corbeaux se poursuivaient : « Le NPA c’est des petits ! Ils ont besoin de la lutte d’Aulnay pour exister, faire leur pub ! Le NPA se met devant la foule avec son drapeau pour faire croire qu’il dirige, qu’il est grand ! » Tout ça a fait des dégâts : une revendication monte : « Les syndicalistes doivent enlever leurs badges. Arrêter les guéguerres d’appareil politique. » Les grévistes précisent bien : ce qui a fait déborder le vase, c’est l’attitude honteuse, sectaire… contre Poutou et les ouvriers de Ford.
La colère légitime contre Lutte Ouvrière remonte jusqu’au secrétariat du syndicat. Manque de pot pour les trotskistes ce jour-là : un observateur de la CGT nationale monte pour assister aux débats hebdomadaires au local. Bien qu’édulcorés par LO, les compte-rendus des échanges montrent bien que ça a chauffé pour eux. En invitant un adepte de Joseph, les croyants en Léon voulaient démontrer l’alliance définitive entre les deux branches du bolchévisme (stalinisme/trotskysme) de plus en plus complémentaires. Le stalinien malgré ça ne manquera pas de casser du trotskyste racontant en haut lieu que ça n’allait déjà pas si bien. Je vous relate des faits pas très reluisants de l’histoire contemporaine du mouvement trotskiste. Si je ne relatais pas à mon tour les paroles d’un militant de Lutte Ouvrière pour calomnier Poutou de plus belle. Propos qui m’ont été rapportés par des témoins. Elles finiraient à l’égout à l’image de l’individu qui les a éructées dans une réunion d’atelier. « Le révolutionnaire Poutou a payé pour rentrer au salon de l’auto ! Nous, on rentre gratos ! » Le public d’idiots du village acquis à son humour de caniveau, se marre. Sans savoir qu’il est plus facile de rentrer à 3 000 qu’à 50. À contempler ces réparties douteuses, on conviendra qu’une éventuelle union des trotskistes n’est pas pour demain !
Conséquence des calomnies intertrotskistes : si le ridicule ne les tue pas, les bouchons finissent par sauter dans les ateliers. Une grève anti-syndicats éclate en équipe B derrière montrent les déboires des dirigeants de la CGT d’Aulnay.
Bien que Lutte Ouvrière ait mué, le corps staliniste rejette les cellules trotskistes, c’est génétique. Il ne peut que se réjouir des malheurs des néostaliniens. La lecture des minutes de la réunion nous montre bien comment. Mercier a été rembarré par les grévistes quand il s’est présenté à eux avec son badge. Son image de leader de la grève s’est bien écornée… Dans la réunion au local, Mercier croit se dédouaner en faisant dans la surenchère calomniatrice, balançant en plein secrétariat : « Les grévistes de ce matin sont téléguidés par FO pour casser la CGT et la lutte ! » En balançant ces inepties, malgré sa garde prétorienne, il ne fait rien d’autre qu’aggraver son cas. Des personnes présentes laissent pas passer : « Si eux sont FO, moi aussi ! La grève de ce matin est plus que justifiée ! » Les notes du cahier, avant arrachage, s’arrêtent là. L’article aussi. Suite la semaine prochaine avec la narration clinique comme si vous y étiez de l’épopée au siège de l’IUMM.
Solien Larios
1. Définition du Larousse : Clan constitué par des personnes ayant la même idéologie. Ex. : ce petit groupe constitue une secte à l’intérieur du parti. Ensemble de personnes professant une même doctrine philosophique, religieuse etc. Ex : la secte d’Epicure. Groupement religieux clos sur lui-même et créé en opposition à des pratiques religieuses dominantes.
Soutien
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mar 252013
