mai 172014
 

Ces notes ont servi de base pour lancer une causerie sur le campus Effiscience et la réindustrialisation par les nouvelles technologies.

Le campus Effiscience est un campus technologique situé à Colombelles, sur le site de l’ex-SMN : le bastion ouvrier est remplacé par les nouvelles technologies, ou comment faire oublier les luttes ouvrières. Ce campus s’appuie aussi sur l’Université de Caen, le GANIL (recherche nucléaire et accélérateur de particules) et l’ENSICAEN (école d’ingénieurs).

Créé en 2007, avec Webhelp et NXP subventionnés par les pouvoirs publics pour leur installation, il s’est spécialisé dans les technologies sans contacts, service par téléphone et le nucléaire. La dernière entreprise à investir, c’est AREVA, via sa filiale médicale AREVA Med, pour 200 millions d’euros. Après avoir propagé les cancers, AREVA se propose donc de les soigner.

Ce campus, c’est plus de 2000 salariés aujourd’hui, et 80 start-ups, où le rêve d’une fusion entre recherche, entreprise et pouvoirs publics se réalise : tous et toutes ensemble vers le progrès. L’objectif est de passer à 6000 salariés en 2015, d’où l’accélération de son développement. En février 2014, 2000m2 de bureaux ont été livrés. L’ensemble du plateau est voué à entrer dans le giron du campus. NXP, ex-Phillips, est déjà l’un des plus grands centres de recherche et développement dans son domaine, avec 500 salariés (principalement des ingénieurs), et vise à doubler sa superficie. Elle bosse sur des logiciels, et des systèmes pour la télévision, l’identification comme la biométrie, les véhicules etc. Les ingénieurs côtoient les salariés précaires de Webhelp, soumis au management le plus infantilisant.

Les partenaires du campus Effiscience sont l’agglomération caennaise, la ville de Colombelles, et trois réseaux européens qui regroupent des organisations qui bossent dans les nouvelles technologies. L’un est basé à Bruxelles, l’autre en Espagne, et le dernier à Nantes. Ces réseaux cohérents forment une communauté d’intérêts pour défendre l’industrialisation par les nouvelles technologies.

Les références de ce campus ? Minatec de Grenoble pour la gauche, spécialisé dans les nanotechnologies et créé par le Commissariat à l’Energie Atomique (donc l’Etat), Saclay pour la droite, où le CEA regroupe 5000 chercheurs dans le nucléaire et les nouvelles technologies. Ce qu’il y a de commun, c’est la même idéologie du progrès, la programmation du devenir du monde par la technologie. Désastres industriels, réduction de notre liberté, développement du cynisme et du narcissisme… Ce qu’il y a de commun, c’est aussi la recherche dans le nucléaire et le militaire. Ce que cachent toujours le nucléaire médical et la recherche fondamentale, les seules visées affichées à Caen avec ce campus ou l’association des nucléaristes Nucleopolis, ce sont les centrales et les bombes. A Bayeux, d’ex-ingénieurs du GANIL ont créé leur boîte, spécialisée dans « le domaine du vide », qui travaille notamment pour l’armement, entre autres industries de merde.

Le campus Effiscience s’inscrit dans le projet de réindustrialisation de la France par les nouvelles technologies, ce que quelqu’un comme Rifkin, conseiller de l’UE, des métropoles de Rennes et de Lille etc. appelle la troisième révolution industrielle. Bref, exploitation, réduction de l’exercice de notre liberté et ravages industriels. Cette réindustrialisation se fait autour de métropoles reliées entre elles et qui fonctionnent comme des pôles de compétitivité spécialisés : à Toulouse l’aéronautique et l’aérospatial, à Grenoble les nanotechnologies, à Caen le nucléaire. Evidemment, toutes ces technologies s’imbriquent. On essaie déjà de nettoyer les fonds de cuve radioactive avec des nanoparticules…

Cette réindustrialisation accompagne en fait la restructuration du capitalisme par les objets connectés, les voitures électriques, les éoliennes industrielles et la relance du nucléaire, entre autres. Et les énergies renouvelables, développées par les nucléaristes comme AREVA, GDF-Suez, EDF, DCNS etc., viennent s’ajouter au nucléaire, et on aura bien les énergies renouvelables industrielles en plus du nucléaire, et non à la place. L’EPR est toujours en cours à Flamanville, et d’autres sont déjà annoncés, en attendant les réacteurs de nouvelle génération testés à Cadarache (projet ITER).

Cette réindustrialisation en France se base sur le rapport McKinsey : Etat et capital s’entendent autour de 34 priorités (énergie renouvelable, véhicules à pilotage automatique, TGV du futur, réseaux électriques intelligents, hôpital numérique, nanotechnologies, cybersécurité etc.). Etat et industriels visent en fait à développer la haute technologie, les productions à haute valeur ajoutée, en France et dans les pays les plus riches. Le capitalisme a de plus en plus de mal à créer de la valeur, et industriels et Etat se tournent vers le virtuel pour tenter d’en créer. Ce sera donc les secteurs de pointe pour les pays riches, tant pis pour les pays dits du Sud. Comme ça ne suffit pas dans la concurrence mondiale, le rapport McKinsey fixe en même temps l’objectif de baisse des coûts de production et du travail : prolétariser toujours plus. L’ANI et les accords de compétitivité entraient dans ce cadre.

Le campus Effiscience est une étape dans cette restructuration du capitalisme. Se défaire de ce qui nous opprime passe par lutter contre ce campus.

 

Note:

Les 34 plans industriels lancés par le gouvernement

– Big data
– Cloud computing
– Objets connectés
– Réalité augmentée
– Logiciels et systèmes embarqués
– Services sans contact
– E-éducation
– Hôpital numérique
– Cybersécurité
– Nanoélectronique
– Robotique
– Supercalculateurs
– Innovation dans l’agroalimentaire
– TGV du futur
– Véhicule deux litres aux 100 km pour tous
– Véhicule à pilotage automatique
– Bornes électriques de recharge
– Autonomie et puissance des batteries
– Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs
– Satellite à propulsion électrique
– Dirigeable pour les charges lourdes
– Navire écologique
– Énergies renouvelables
– Réseaux électriques intelligents
– Qualité de l’eau et gestion de la rareté
– Biotechnologies médicales
– Dispositifs médicaux innovants
– Souveraineté des télécoms
– Industrie du bois
– Recyclage et matériaux verts
– Rénovation thermique des bâtiments
– Chimie verte et biocarburants
– Textiles techniques et intelligents
– Usine du futur

avr 172014
 
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Le moustique OX513A sera peut-être le premier animal – ou plutôt insecte – transgénique que vous rencontrerez dans la nature. Conçu par une entreprise britannique, ce moustique OGM doit servir à lutter contre la propagation de la dengue. Après des tests grandeur nature, le Brésil est sur le point de donner son feu vert à sa commercialisation. Problème : aucune étude indépendante n’a été réalisée pour mesurer les conséquences de la production massive de cet insecte transgénique. Et son efficacité contre la dengue est contestée.

Ce n’est malheureusement pas un scénario de série B. Pour la première fois, des animaux génétiquement modifiés vont être commercialisés en milieu ouvert. Le Brésil est sur le point d’autoriser l’usage de moustiques génétiquement modifiés. Le 10 avril, la Commission brésilienne en charge des OGM (CNTBio) a approuvé, à 16 voix contre une, la dissémination dans l’environnement du moustique transgénique Aedes aegypti commercialisé par l’entreprise britannique Oxitec [1]. Le nom de code de cette lignée de moustiques génétiquement modifiés est OX513A. Pour les autorités brésiliennes, l’enjeu est de lutter contre la dengue, une infection virale potentiellement mortelle transmise à l’être humain par la piqûre de moustiques femelles. En 2013, 2,35 millions de cas de dengue, dont plus de 37 000 étaient des cas d’infection sévère, ont été signalés sur le continent américain, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

D’après la société Oxitec, qui a déposé la demande de commercialisation en juillet 2013, ces moustiques transgéniques permettraient de « contrôler » la population des moustiques porteurs de dengue en les rendant stériles. Des essais ont eu lieu dans plusieurs villes du Brésil depuis 2011, notamment à Juazeiro dans l’État de Bahia (nord-est du pays). 17 millions de moustiques mâles y ont été relâchés en deux ans, selon un reportage vidéo de France 24. C’est dans cette même ville qu’a été inaugurée à l’été 2012 l’usine Moscamed, co-gérée par le ministère de l’Agriculture brésilien, qui multiplie les œufs de moustique conçus par Oxitec. Du ministère de la Santé aux sociétés Oxitec et Moscamed, les propos sont unanimes : les lâchers de moustiques mâles génétiquement modifiés réduisent drastiquement – de 79% à 90% – la population de moustiques sauvages au bout de six mois.

Aucune étude indépendante

La technique utilisée par Moscamed consiste à insérer un gène perturbateur dans des œufs de moustiques qui les rend dépendants à un antibiotique, la tétracycline. Ce médicament est indispensable pour leur croissance, explique Oxitec. L’usine Moscamed se charge de détruire les œufs femelles et assure ne relâcher que les mâles qui ne peuvent pas piquer, donc transmettre la dengue. Ces moustiques mâles génétiquement modifiés sont censés s’accoupler dans la nature avec des femelles « sauvages » et engendrer des descendants non viables, contribuant ainsi à leur extinction progressive. « Ces moustiques, lâchés dans la nature en quantité deux fois supérieure à celle des moustiques non transgéniques, attireront les femelles pour copuler mais leur progéniture n’atteindra pas l’âge adulte, ce qui devrait réduire la population de l’Aedes aegypti », avance le ministère de la Santé brésilien.

Or, aucune étude indépendante n’a validé les données avancées par Oxitec. Pour de nombreuses organisations écologistes, « le dossier est lacunaire. Aucun plan de suivi post-commercial n’est fourni par l’entreprise, et les soi-disant « résultats probants » des essais en champs (commencés en février 2011) n’ont pas été publiés », rappelle l’association Inf’OGM. Les essais réalisés avec ce même moustique génétiquement modifié, dans les îles Caïmans, ont également montré que la technologie n’était pas si efficace, et qu’il faudrait plus de sept millions de moustiques génétiquement modifiés stériles, par semaine, pour avoir une chance de supprimer une population sauvage de seulement 20 000 moustiques [2].

Reproduction incontrôlée d’insectes OGM ?

N’y a t-il par ailleurs aucune chance que ces OGM, présentés comme « stériles », se reproduisent ? Selon un document confidentiel rendu public par l’ONG anglaise GeneWatch – qu’elle a pu obtenir grâce aux lois britanniques sur la liberté d’information –, les moustiques génétiquement modifiés par Oxitec ne sont pas aussi stériles que prévu. La tétracycline, le fameux antibiotique dont dépendent ces insectes, est très largement présente dans les eaux usées et dans la viande issue d’élevage industriel. « Or, les moustiques qui transmettent la dengue se reproduisent dans des environnements largement pollués par les eaux usées, souligne Christophe Noisette, d’Inf’OGM. En présence de cet antibiotique, leurs progénitures ont un taux de survie de 15 % environ et leur descendance sont capables d’atteindre l’âge adulte ».

L’étude citée par GeneWatch mentionne aussi que les moustiques GM peuvent survivre, même sans la présence de tétracycline, à hauteur de 3 %, ce qui rend impossible le contrôle de millions de moustiques lâchés dans la nature. « C’est un défaut fondamental de la technologie d’Oxitec qui devrait donc arrêter ses expériences », réagit Helen Wallace, directrice de GeneWatch. Aux côtés d’autres organisations [3], GeneWatch exprime également sa crainte que le nombre de « moustiques-Tigre » (Aedes albopictus), originaires d’Asie et également vecteurs de la dengue, n’augmente. Cette espèce extrêmement invasive pourrait en effet occuper la niche écologique laissée par l’élimination des moutisques Aedes aegypti. C’est sur la base de cette absence d’étude d’impacts indépendante qu’une pétition a été lancée en Floride où la firme Oxitec avait prévu des essais à ciel ouvert. La pétition a recueilli près de 130 000 signatures et l’expérience dans cet Etat américain a été repoussée jusqu’à nouvel ordre.

Du coté d’Oxitec, on assure que cette technique serait « réversible ». « Les moustiques sauvages reviennent lorsque l’on arrête de traiter la zone ». Et c’est là une des clés financières pour Oxitec. Car les moustiques OGM fonctionnent comme des insecticides : pour qu’ils soient efficaces, il faut inonder les zones à traiter en permanence, ce qui implique une production continue de millions de moustiques transgéniques. En bout de course, des millions d’euros pour Oxitec qui a le monopole de cette « technologie ». Et qui a d’ores et déjà breveté l’idée dans la plupart des pays touchés par la dengue. Or, la moitié de la population mondiale environ est exposée au risque d’après l’OMS. Il ne reste plus à Oxitec qu’à attendre la confirmation de l’autorisation par l’Etat brésilien avant de commencer à percevoir ses royalties.

Le moustique OX513A deviendra alors le premier animal OGM librement commercialisé. D’autres animaux génétiquement modifiés ont déjà été autorisés, comme des poissons transgéniques fluo, nommés Glofish et Night Pear, destinés à un usage décoratif en aquarium. Mais ils sont censés demeurer en milieu confiné.

@Sophie_Chapelle

A lire, sur les animaux transgéniques : Ces animaux mutants que la cuisine génétique vous prépare

Source : Bastamag

Notes

[1] Voir le communiqué de la CNTBio.

[2] Winskill P, Harris AF, Morgan SA, et al. (2014) Genetic control of Aedes aegypti : data-driven modelling to assess the effect of releasing different life stages and the potential for long-term suppression. Parasites & Vectors 7(1):68.

[3] Third World Network, AS-PTA, Red América Latina Libre de Transgénicos, GeneWatch UK

mar 082014
 

Brochure sur l’autodéfense informatique

Posted on 7 mars 2014 by juralib
http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/03/011.jpg?resize=300%2C425TÉLÉCHARGER LA BROCHURE

L’Informatique : Se défendre et attaquer

Cette brochure a été faite par désir de rassembler les connaissances théoriques et les outils pratiques actuellement les plus efficaces à nos yeux, pour utiliser l’informatique pour des activités sensibles, sans se faire avoir. Concrètement, ça implique d’être en mesure d’agir de manière anonyme, confidentielle et en laissant le moins de traces possible derrière nous. Sans ces précautions, inutile d’espérer déjouer longtemps la surveillance et la répression employées par les États et leurs classes dirigeantes pour continuer à exercer tranquillement leur domination.

Se réapproprier les outils informatiques, c’est comprendre pour mieux se défendre et… attaquer, mais c’est aussi se donner les moyens de pouvoir choisir en connaissance de cause, quand ne pas utiliser l’informatique.

Le texte est disponible en ligne sur le site infokiosques.net.

fév 142014
 

Lutte contre les poubelles à puces dans le Calvados

 

En juillet 2012, la communauté de communes Evrecy Orne Odon (19 communes à l’ouest de Caen) se dote de bacs à poubelles munis de puces RFID, qui sont ditribués aux habitants. Quelques personnes refusent cette nouvelle technologie de contrôle, des réunions et un collectif anti-poubelles à puces se monte. C’est surtout en juin 2013, lorsque les habitants reçoivent la facture, que la mobilisation prend de l’ampleur. La taxe foncière augmente considérablement (+100E pour une petite maison), alors que le nombre des levées des poubelles diminue (4 fois moins en quelques années). Des dépôts ciblés d’ordures en sac sont organisés, notamment au pied des mairies, des démontages publics de puces aussi.

C’est ici la gestion technologique des déchets, au profit de la multinationale Veolia, qui se met en place. Les puces RFID intégrés calculent le nombre de levées, sachant que le forfait en prend en charge 26, les autres étant facturées plein-pot aux habitants. La prochaine étape de cette traçabilité, c’est le calcul du poids des déchets. Déjà à Evercy Orne Odon, les poubelles ne peuvent pas être soulevées par les camions-poubelles si elles ne sont pas pucées. Outre le non ramassage de ses poubelles, la personne qui refuse ces bacs est menacée d’une amende de 553E (correspondant au paiement plein-pot d’un bac et des levées).

Comme toujours, on vise à responsabiliser et faire payer le consommateur au profit de grands groupes industriels privés, qui sont d’ailleurs souvent les mêmes qui polluent et produisent le plus de déchets. Comme si nous avions fait le choix de vivre dans une société industrielle et capitaliste. Par ailleurs, ces nouvelles technologies, qui sont loin d’être « écoresponsables » (composants miniers rares, produits chimiques etc.), renforcent l’administration de nos vies et l’intrusion du pouvoir dans la vie quotidienne de chacun. Parmi leurs plus grands promoteurs, nous trouvons notamment Europe Ecologie les Verts, férus des gadgets technologiques et autres villes intelligentes (voir à ce sujet l’ouvrage de Tomjo, L’Enfer vert, sur la multiplication des technologies de contrôle à Lille mise en place par des élus Verts). Evrecy Orne Odon n’est pourtant qu’une ville test, et demain c’est partout que ces procédés vont voir le jour.

NOTE : Veolia, en France, c’est 11,5 milliards d’E de chiffre d’affaires, et 100 000 salariés. Dans le monde, près de 30 milliards d’E de chiffre d’affaires pour près de 400 millions de bénéfices nets. Les deux tiers des dépenses de protection de l’environnement sont consacrées au traitement des déchets et des eaux usés. Ce sont des multinationales comme Véolia qui touchent l’essentiel de cette manne financière. La multinationale Veolia est en fait subventionnée. C’est donc de l’escroquerie organisée. Veolia fait la promotion de la smart city et autre ville intelligente (en anglais, c’est l’intelligence comme dans Central Intelligence Agency – CIA – c’est-à-dire renseignements), c’est à dire la multiplication des nouvelles technologies pour tracer notre vie quotidienne, profiler nos comportements et contrôler nos existence. Bref, l’être humain réduit à un flux d’informations à administrer. Pour la petite histoire, Veolia est liée à EDF – dont les centrales et leurs déchets sont bien sûr à haute valeur environnementale ajoutée.


 

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