nov 282014
 
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Tribune pour une organisation entre les ZAD et contre les violences policières

par le groupe MARCUSE

Le groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) est un collectif d’auteurs critiques apparu au début des années 2000. En 2004, ils publiaient De la misère en milieu publicitaire, toujours disponible aux éditions de La Découverte, et en 2012 La liberté dans le coma aux éditions de La Lenteur. À Sivens, ils ont pu suivre et prendre part à la contestation envers le conseil général et le projet de barrage inutile qui a causé la mort de Rémi Fraisse. Dans un contexte de manifestations contre les crimes policiers qui réunissent lycéen-ne-s, écologistes et habitant-e-s de cités, voici leur analyse, mise en affiche et en tract.

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Un jeune homme de 21 ans est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre à Sivens. Personne ne conteste plus désormais que c’est une grenade offensive – une arme de guerre – lancée par un gendarme mobile qui l’a atteint et tué sur le coup.

Moins de 48 heures plus tard, la presse et l’élite politique du pays divulguaient les résultats d’un rapport d’experts, qu’elles connaissaient depuis plusieurs jours et qui éreintait le projet de barrage sur le ruisseau du Testet : trop grand, trop ravageur écologiquement et, au fond, d’une utilité contestable. Bref, il n’aurait pas fallu commencer les travaux. Dommage pour les nombreuses personnes blessées au mois de septembre, par flashball notamment, parce qu’elles tentaient de faire barrage de leur corps à la destruction de la forêt. Dommage pour Rémi Fraisse.

Ils avaient raison de contester ce projet, mais ils avaient raison trop tôt, car il était inconcevable pour messieurs Carcenac (président du conseil général du Tarn, commanditaire du projet) et Gentilhomme (le préfet) de suspendre les travaux en attendant la publication de ce rapport. Nous vivons dans un monde où le plus souvent, il ne sert à rien d’avoir raison.

Doublement dommage pour Rémi F., sa famille et ses amis qui le pleurent : non seulement il a laissé sa vie à un endroit où nombre de décideurs admettent aujourd’hui qu’il n’y avait pas lieu de déforester. Mais en plus, il a été abattu par des gendarmes qui n’avaient aucune raison d’être là… si ce n’est susciter des heurts avec les franges de manifestants qui ont pour coutume d’en découdre avec la police.

Rappelons qu’il n’y avait rien, ni machine ni matériel de chantier à défendre pendant le rassemblement d’opposants du 25 octobre. L’objectif était simplement que les télévisions aient leur lot d’images de guérilla à diffuser les jours suivants, pour au moins reconquérir une opinion locale que la violence employée par les autorités pour avancer les travaux avait émue. Messieurs Carcenac et Gentilhomme savaient qu’à l’issue de ce weekend de manifestation, plus aucun argument ne resterait en faveur de leur barrage, que Ségolène Royal allait les lâcher, etc. Il fallait donc d’urgence en fabriquer un nouveau : les contestataires sont des « violents », des « casseurs ».

L’opération médiatico-policière à laquelle on assiste depuis lors, à l’échelle nationale cette fois, est du même ordre : il s’agit de discréditer la multitude d’oppositions apparues en France ces dernières années contre des projets d’infrastructure telles que des autoroutes, des lignes TGV, des aéroports, ou encore un stade, une ferme-usine… Le message de Manuel Valls, de ses commissaires et de ses communicants est clair : ceux qui s’opposent à ces projets de manière résolue et conséquente (non, c’est non) sont des casseurs, des Bonnot ou des Ravachol qui sèmeront la violence et la désolation partout où on les laissera s’enkyster.

Pratique : cela permet de ne pas avoir à discuter et justifier la violence et les dévastations que nécessitent chaque jour, aux quatre coins de la terre, le fonctionnement de centrales nucléaires, la fabrication de téléphones portables ou la pulvérisation de pesticides – ici des mines d’uranium et de coltan où les conditions de travail sont infernales, là des guerres civiles et des paysans chassés de leur terre, partout des eaux souillées et des cancers à tire-larigot. Plutôt parler d’une vitrine cassée à Albi que du bouleversant paysage de forêt décimée à Sivens, ou des conséquences humaines et sanitaires du productivisme agricole. Plutôt jeter de nouveaux téléspectateurs dans les bras de Marine Le Pen en brandissant le spectre de l’anarchie, que laisser entrevoir à la population des manières de lutter qui permettent de sortir de l’impuissance et du désespoir politiques.

Au lendemain de la mort de Rémi F., Thierry Carcenac a eu cette phrase stupéfiante : « Mourir pour des idées, c’est une chose mais c’est quand même relativement stupide et bête. » À cette fripouille, nous rétorquons : « Tuer pour ses intérêts et pour la croissance, c’est abject, même si c’est relativement banal, à l’échelle de la planète. »

Car s’il faut voir dans cette mort la conséquence d’une idée, c’est de celle qui anime obsessionnellement tous les gestionnaires du monde, du cadre de PME aux chefs d’État en passant par le moindre élu local : la croissance à tout prix ; l’emploi même s’il est inutile ou nuisible ; le développement infini, pour rester ou devenir plus attractif que le voisin et consolider leur pouvoir.

Le même jour, Carcenac a aussi poussé ce cri du cœur : « Si tous les chantiers qui déplaisent doivent être protégés ainsi, où va–t-on ? ». Effectivement, où va-t-on si les gens se mêlent de leurs affaires et que les représentants ne peuvent plus s’en occuper à leur place, en s’en mettant plein les poches avec leurs petits copains entrepreneurs ? C’est la crainte qui se répand ces jours-ci dans l’oligarchie française : qu’il ne soit plus possible d’engager des travaux d’infrastructure industrielle dans le pays sans que surgissent des opposants informés, déterminés et librement organisés. Qu’il ne soit plus possible de faire tourner la machine à cash sans que de simples citoyens posent bruyamment les questions qui fâchent : ce projet, pour quoi faire ? au profit de qui ? et avec quelles retombées sur notre milieu de vie ?

C’est pour cela qu’il est si important, pour l’État, qu’un mouvement de jeunesse n’émerge pas, qui mettrait en question à la fois les moyens (policiers) et les finalités (capitalistes) de son action. Où irait-on si lycéens et étudiants réclamaient le désarmement de la police, en dénonçant de concert les crimes racistes commis ordinairement dans les banlieues et la répression sauvage des manifestations anti-capitalistes ? Où irait-on si les différentes Zones à Défendre contre les projets industriels et commerciaux scélérats continuent de se relier, de se coordonner, de se fédérer, en paroles et en actes ? Difficile pour sûr de savoir où cela nous mènera, mais s’engager sur ce chemin est la plus belle chose qui puisse nous arriver.

À quelques encablures de Sivens, mi-novembre 2014,

Groupe MARCUSE
(Mouvement Autonome de Réflexion Critique
à l’Usage des Survivants de l’Économie)

Réflexions sur les luttes contre les grands travaux

 Posted by on 2 novembre 2014 at 18 h 32 min  Non classé  Commentaires fermés
nov 022014
 
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A l’occasion de la mort d’un camarade au Testet, les luttes contre l’aménagement capitaliste du territoire et de nos vies sont de nouveau sur le devant de la scène. Le texte ci-dessous participe à remettre en perspective les enjeux de ces luttes.

http://zad.nadir.org/spip.php?article1097

Réflexions sur les luttes contre les grands travaux

lundi 21 janvier 2013, par zadist

Des acteurs-trices engagés dans les luttes contre des grands chantiers (construction d’une LGV au Pays Basque sud, projet d’aéroport à notre Dame des Landes -NDDL, mise en place d’une ligne THT Cotentin-Mayenne) se sont retrouvés cet été, aux rencontres d’Eychenat (Ariège) organisées par l’OCL-OLS.

Il s’agissait d’échanger des informations et des analyses sur chacun de ces combats, d’analyser leurs forces et leurs faiblesses et de voir comment contribuer à renforcer les dynamiques engagées.

L’objet de cet article n’est pas de présenter les caractéristiques de ces différents chantiers ni les spécificités des luttes qui s’y opposent. De nombreux articles de Courant alternatif leur ont été, leur sont et leur seront consacrés et nous vous invitons à vous y référer [1].

Il s’agit ici plutôt de rendre compte de quelques questionnements et analyses que nous avons échangés au cours de ces rencontres.

Une politique de métropolisation

« Grands Travaux Inutiles Imposés » – GTII-, cette expression convient-elle pour désigner ces chantiers ? En fait, elle apparaît comme un label déposé que des mouvements institutionnels de gauche comme ATTAC, le Front de gauche ou certains Verts ont collé sur ces grands chantiers. Mais, inutiles à qui ? L’adjectif sans autre précision n’a pas beaucoup de sens. Il serait plus adéquat de dire que ces travaux sont socialement inutiles, pire, nuisibles et destructeurs, et imposés aux populations par le mensonge et par la force. Tous ces grands chantiers en projet ou en cours portent en commun un même modèle de développement. Ils s’inscrivent dans une dynamique de métropolisation, par l’accroissement de la densification de l’habitat, par la mise en place de plans de rénovation urbaine, par le développement des nouvelles Industries Culturelles et Créatives (ICC) ; ils relèvent d’une politique d’aménagement du territoire visant à la concentration des richesses, à l’intensification de leur circulation d’un grand pôle à un autre. Ces pôles urbains sont mis en concurrence entre eux. Les terres ne sont plus qu’un lieu de passage, un espace à détruire ou bien à transformer en ressource touristique et de récréation.

Pour tenter de se faire accepter, ces projets se parent parfois de l’image d’un capitalisme vert, d’un développement dit durable, alors qu’ils ont des conséquences désastreuses sur l’environnement, des impacts très néfastes et destructeurs sur les plans économiques, sociaux, culturels.

C’est ce que dénoncent ceux-celles qui s’y opposent en remettant en cause à la fois le modèle de société et de développement que ces grands chantiers impliquent et la façon dont ils sont décidés, leur gestion politique, puisqu’ils sont imposés aux populations contre leur gré.

Institutionnels légalistes et partisans de l’action directe

Les luttes contre ces chantiers ont des caractéristiques communes. En particulier, s’y côtoient, dans des relations plus ou moins conflictuelles, des acteurs très différents : des institutionnels (élus, partis, syndicats, associations, ONG) porteurs d’une vision citoyenniste [2] prônant seulement des actions légalistes ainsi que, parfois, des pseudo alternatives ; et des composantes favorables à des actions directes, qui replacent l’aménagement du territoire dans le contexte d’une contestation globale du système (critique du développementisme, défense de la terre, remise en cause du modèle économique et social, dénonciation de l’éco-capitalisme), cherchent à promouvoir des formes d’auto-organisation et de type assembléaire et prônent un type de société radicalement autre. Si la présence de ces deux composantes entraîne des clivages, il peut y avoir une certaine porosité entre elles.

La question du coût

Que signifient ces grands travaux à un moment où le capitalisme est confronté à une crise de rentabilité et de sa propre reproduction ? Seraient-ils une tentative de réponse d’une fraction du capital pour rebondir malgré l’impasse économique actuelle ?

Une des failles ou des contradictions dans la réalisation des grands chantiers semble être que, avec la crise des finances publiques et la réduction drastique des budgets, les Etats européens, les régions et l’UE ne peuvent pas se permettre de dépenser des tonnes de fric dans de nombreux gros projets mis en concurrence.

Beaucoup des grands chantiers ont été conçus il y a plusieurs années et reposaient sur une dynamique de croissance alors importante ; depuis quelque temps l’Europe est entrée dans une autre période. Tous les grands travaux prévus ne vont sans doute pas se faire, du moins dans les délais envisagés. Des hauts responsables eux-mêmes en arrivent à émettre des contre-arguments ; c’est par exemple le cas de Pépy, patron de la SNCF, qui expliquait récemment que le développement du TGV et des LGV plombait complètement les comptes et, à terme, la viabilité économique de l’entreprise. Quand on parle du TGV dans le Val di Susa ou de l’EPR à Flamanville, on entend dire que si cela coûte trop cher, peut-être que… En tout cas, si certains projets sont abandonnés par leurs promoteurs, ce n’est pas le modèle de développement dont ils sont porteurs qui sera mis en doute. Mais s’il est décidé que, pour l’impérialisme européen, la LGV Lyon-Turin doit se faire, le rapport critique de la Cour des comptes n’aura eu la valeur que d’une simple mise en garde…

Les logiques étatiques et même régionales pèsent fortement dans la compétition généralisée entre les zones et les pôles pour que la phase actuelle des grands travaux soit menée à bien. Ces logiques suivent celle de l’aménagement territorial voulu par le capitalisme européen qui, en guerre économique avec l’Asie, les Etats-Unis et des pays émergents, cherche à s’affirmer par ces projets d’infrastructures. La dimension prise par les grands chantiers est mondiale, c’est ce modèle de développement destructeur et nuisible qui est pensé et imposé partout sur la planète par l’élite dirigeante. La logique du capitalisme n’étant pas à 100% rationnelle, il est difficile de conclure sur la façon dont il évalue la rentabilité de ces grands travaux et de savoir si les difficultés des finances publiques d’aujourd’hui vont avoir des conséquences sur l’avenir proche des chantiers. En effet, si la philosophie des Etats et de l’UE est de mêler financements publics et privés (PPP), les financeurs privés ne mettront pas la main au porte-monnaie si cela ne leur rapporte pas et les financeurs publics coopéreront difficilement vu la crise du financement de l’Etat et des collectivités ; même aux yeux de Rousset, président PS de la région Aquitaine et fervent défenseur d’une LGV Bordeaux-Hendaye destinée à être financée par les partenariats public-privé, ceux-ci apparaissent à présent comme des « bombes à retardement » budgétaire qui font la part belle aux grands groupes du BTP et rendent « impotentes » les collectivités.

En tout cas, si le coût des grands travaux constitue un point faible capable peut-être de remettre en cause la réalisation de certains d’entre eux, il ne semble pas que l’argument des sommes faramineuses qui leur sont consacrées, alors que les coupes sociales sont de plus en plus importantes, aide à renforcer la mobilisation, du moins au Pays Basque sud pour ce qui est du TGV ; peut-être parce que, dans ce nouveau contexte des conséquences de la crise, ces thèmes des grands chantiers sont relégués derrière les autres questions sociales.

Un double enjeu pour le capitalisme

Au-delà de savoir si un projet est utile ou inutile en terme de bénéfice social ou même de rentabilité pour le capitalisme, ce qu’on voit à l’œuvre c’est une logique d’organisation de l’espace, de contrôle et de dépossession. ll y a en effet un double enjeu derrière ces grands travaux : structurer un grand espace européen offrant de nouvelles conditions pour la profitabilité du capitalisme, où le libre jeu de la rentabilité peut s’installer sans limite ; et domestiquer et homogénéiser les populations, détruire les résistances locales, diluer les particularismes culturels… La raison d’être de l’industrie et des grands travaux quels qu’ils soient, c’est certes de répondre à des besoins façonnés mais c’est aussi d’asseoir un rapport social de domination, qui n’est pas lié en totalité à la finalité économique et financière. La vie entière des gens est surdéterminée par ces infrastructures. Ils doivent vivre, penser, rêver de la même manière partout sur la planète. De ce point de vue, ces projets sont une attaque directe contre les gens, leur mode de vie, leur culture, tout ce qui les soude entre eux, et leur permet justement d’entreprendre des luttes collectives.

Face à cette agression, la logique de ceux-celles qui luttent, c’est celle de leurs vies : ils-elles n’acceptent pas que l’on dispose de leurs vies et modes de vie. Et par la lutte, ils-elles se réapproprient la décision sur ce qu’ils-elles veulent et ne veulent pas.

Si certaines luttes contre les grands chantiers ont gagné force et impact débordant largement le cadre local, dans des lieux comme Nantes, le Pays Basque, le Val di Susa, c’est qu’elles naissent et se renforcent sur le terreau local d’une culture politique et sociale riche et active, c’est qu’elles perçoivent l’écho d’autres luttes simultanées ou sont nourries des expériences et de la mémoire de luttes précédentes.

Ainsi, la force du combat du Val di Susa vient de ce que, au début, il s’est appuyé sur un sentiment d’appartenance des gens de la vallée, avec une culture de lutte et de résistance, et un degré d’affrontement qui s’est joué sur des bases très claires : « non au TGV, ce chantier ne se fera pas », avec des méthodes d’action diversifiées, dont des formes radicales prises en charges et assumées par l’ensemble de la communauté en lutte qui s’est auto-désignée comme le « peuple NoTAV ». Et ce combat s’est diffusé à Turin, à Milan, à Bologne, etc., et au-delà des frontières. En Italie, la lutte du Val di Susa est devenue au cours des dernières années, dans le contexte du berluscolisme et du reflux considérable des conflits ouvriers et sociaux en général, le symbole de la résistance collective, de la rébellion populaire et dans tout le pays, des centaines de milliers de personnes se reconnaissent et s’identifient à ce combat. De plus, des lieux de rassemblement, de rencontres et de débats régulièrement mis en place dans toute la Vallée ont permis à la lutte d’avoir ce caractère ouvert et solidaire.

Or, cette référence communautaire, ces repères collectifs, ces visions solidaires, ces projets en commun ont tendance à disparaître dans la société capitaliste. Une des conséquences du développement des flux pour les besoins du capital, c’est de nous séparer de notre passé, de nous couper de nos références, de nous individualiser et de nous isoler, ce qui rend plus difficile que les gens s’agrègent pour lutter ensemble. Nous sommes ainsi plus atomisés et plus fragilisés, et en particulier à la merci de toutes les répressions.

Faiblesses et difficultés

Les luttes contre les grands travaux s’opposent à des forces très puissantes, pouvoirs publics, multinationales, idéologie du progrès, car même si le développementisme et le productivisme sont de plus en plus remis en cause, les idées de progrès et de modernité, présentées comme porteuses d’emploi, d’activité et de richesses, restent malgré tout des signes d’adhésion à cette société….. Les chantiers sont multiples, cohérents entre eux, et sont menés de front, s’ajoutant les uns aux autres ; et comme nous ne pouvons pas faire face à tous, nous dirigeons nos forces contre celui qui nous semble important ou le plus scandaleux. Par exemple, nous disaient les camarades basques cet été, nous luttons contre le TGV, mais nous nous trouvons encerclés par d’autres projets, un super-port de commerce, des autoroutes, l’exploitation du gaz de schiste… et tout est fait pour que les choses semblent inéluctables. Dans tous les cas, il y aura quelques endroits avec des résistances et beaucoup d’autres sans aucune opposition : donc, les victoires que l’on peut obtenir ne peuvent être que partielles, ce qui peut expliquer cette impression un peu pessimiste d’être encerclés.

Un autre problème qui rend difficile la mobilisation est que ces luttes doivent commencer très en amont, à un moment où les projets sont au stade de la conception et apparaissent encore abstraits pour la population. Face au silence et aux mensonges des promoteurs de ces projets, il y a un énorme travail à faire pour chercher l’information, la diffuser, pour expliquer, analyser les causes, les conséquences …. Cela donne un côté un peu intellectuel à la lutte contre un projet qui est encore à l’état virtuel. Il n’empêche que l’action commence bien avant les travaux. Ce sur quoi il faut réfléchir, c’est comment intervenir à chaque étape du projet (que ce soit au cours de son élaboration, pendant les travaux préliminaires, lors de la phase d’acceptation sociale avec les enquêtes publiques… ) soit pour parvenir à l’empêcher à ce stade, soit pour préparer une mobilisation importante pour le moment où le chantier démarre effectivement.

Une difficulté encore, mentionnée par les militant-es contre le TGV au Pays Basque, c’est la tendance au ‟délégationnisme”, comme on dit de l’autre côté des Pyrénées. Même si l’opinion est très hostile au TGV et si les débats à propos des grands chantiers ont imprégné toute la société, passer à une implication active dans la lutte, à des actions de désobéissance, c’est une autre chose ; de même que maintenir une mobilisation dans la durée en évitant essoufflement voire découragement. Les luttes contre les grands chantiers sont en général très longues et les gens ont tendance à s’en remettre aux individus, groupes ou associations qui s’investissent dans l’opposition avec détermination et persévérance.

De plus, partout où ces projets rencontrent de la résistance, ils sont imposés par la force et par la violence, avec pour conséquences d’affaiblir les acteurs-trices de la lutte, de démobiliser, de diviser, de faire peur, de faire dépenser du temps et de l’énergie dans des procès et des mobilisations antirépressives et défensives. Quand la zone devient militarisée, que le chantier est défendu par des troupes armées, on ne peut plus agir sans un mouvement de masse qui s’impose par le nombre. Et quand des travaux ont commencé, que des tronçons du chantier sont en cours de réalisation, cela a un indéniable impact psychologique démobilisateur, y compris chez les plus militant-es. Aujourd’hui, pour le TGV basque (sud), il reste encore 70% du budget à dépenser pour les travaux, mais les dégâts sont déjà énormes.

En fait, la faiblesse principale est l’absence d’un mouvement massif et populaire. Se côtoient, en se tolérant plus ou moins bien, des groupes institutionnels, très organisés et puissants, d’autres personnes qui sont sur des bases antiautoritaires ou d’écologie radicale, et, comme à NDDL, le mouvement des occupants, mais la conjonction de ces forces ne débouche pas forcément sur une alchimie capable de susciter des mobilisations de masse comme au Val di Susa, pouvant rassembler 60 ou 80 000 personnes pour entraver les travaux… La difficulté est de créer et de maintenir une communauté d’action pertinente pour avancer, avec des acteurs différents mais qui partagent le même objectif, et qui se montrent solidaires parce que leurs modes d’action ne sont pas antagonistes mais complémentaires. Parfois, la diversité, l’hétérogénéité peuvent donner beaucoup de force au mouvement. C’était le cas à la manifestation du 24 mars, à Nantes, quand il y avait à la fois la force de frappe de la Confédération paysanne avec l’arrivée des tracteurs, plus le cortège des gens qui s’étaient organisés pour mener des actions, plus la masse des manifestants. La manifestation de réoccupation mobilisant 40 000 personnes le 17 novembre est à cet égard encore plus exemplaire. C’est aussi un signe de force du mouvement, au Val di Susa, quand les forces institutionnelles défilent en portant des flambeaux et des banderoles « Nous sommes tous des Black Blocs » pendant que d’autres s’affrontent avec la police.

Comment contribuer au renforcement des luttes ?

En fonction de ce que les acteurs sur le terrain décident et des appels qu’ils font, il est important de se rendre sur place, d’apporter son soutien pour renforcer une action, une manifestation, pour concentrer des forces sur une échéance importante, pour bloquer une étape précise d’un projet et pour peser, y compris politiquement… Quand une lutte est fortement engagée, qu’elle a une grande incidence sur la société, elle peut devenir un lieu de rencontres, d’échanges entre différents combats. Ceci aussi bien au niveau d’une même région qu’à celui d’un pays et de l’Europe. Ainsi, dans la mesure où l’opposition au TGV a été une référence importante au Pays Basque, des discussions, des liens et des campagnes communes ont pu se faire à l’échelle des provinces (Guipuzcoa, Biscaye, Navarre) avec les acteurs d’autres luttes : incinérateurs, super-port, autoroute, etc.. Mais, c’est difficile car chaque lutte a ses propres rythmes, ses propres exigences, sa propre dynamique… Des questions tactiques, de priorité par exemple, se posent, difficiles à trancher parfois : faut-il concentrer des forces à un moment donné sur une action un peu centrale ou continuer à multiplier les actions locales, par exemple ? La lutte de NDDL apparaît aujourd’hui très emblématique. Le fait que Jean-Marc Ayrault soit premier ministre n’y est pas étranger. Le grand aménageur de la métropole nantaise (projets culturels, aéroport, rénovation urbaine…) personnifie en partie l’enjeu et peut contribuer à porter l’écho de la lutte bien au-delà des 2000 hectares impactés par le projet.

La vaste opération militaire « César » contre les occupant-es de la ZAD, déclenchée le 16 octobre dernier, a suscité de nombreuses réactions, donnant une ampleur nouvelle à la lutte. Messages de soutien, rassemblements et actions de solidarité se multiplient en France et dans d’autres pays. Partout des comités de soutien se constituent. La manifestation de réoccupation du 17 novembre, pour reconstruire un lieu de lutte sur la zone, a représenté un test important. En dépassant largement les enjeux locaux, NDDL et la ZAD (rebaptisées respectivement Notre Dame des Colères et Zone à défendre) sont devenus des symboles et la lutte contre le projet d’aéroport apparaît gagnable, pour peu, comme il est dit dans l’article de Courant alternatif de novembre, que « la résistance s’élargisse durablement, se renforce en pertinence et ne se laisse pas instrumentaliser par les forces institutionnelles. »

On sait que la victoire sur un site peut être obtenue quand il y a à la fois le rapport de force et des failles dans ce que l’on combat. A NDDL, et sans doute aussi dans le Val di Susa, ces conditions semblent rassemblées. Ces contradictions internes au camp d’en face, ces failles, ces éléments conjoncturels, d’ordre ‟tactique”, ne sont pas à négliger dans le cadre d’une lutte et d’un rapport de force toujours très précaire et difficile, mais à condition que l’orientation générale de celle-ci, la richesse de ses pratiques et des éléments critiques qu’elle contient n’en dépendent pas ou ne se voient effacées car ce sont elles qui donnent un caractère ouvert et fédérateur à la lutte. Faire le lien entre les luttes contre les projets de TGV, d’aéroports, de tous les chantiers destructeurs, est essentiel : cela permet d’une part de rendre bien visibles les enjeux qui se situent au-delà de chaque projet spécifique et de chaque combat local et d’autre part de faire prendre conscience du modèle de planification territoriale et de société contre lequel il s’agit de lutter. Si nous ne voulons pas laisser les organisations institutionnelles, qui prennent le pouvoir aux dépens des luttes, monopoliser les liaisons entre les différents fronts de lutte en Europe et dans le monde, il est important que ceux-celles qui se battent radicalement contre ces grands chantiers destructeurs tissent eux-mêmes des liens entre eux-elles à une échelle intra et extra-européenne. Une tâche importante, c’est de faire un travail de coordination inter-luttes, ou au moins une circulation des informations. Cela pourrait prendre plusieurs formes.

Bulletin, modeste, de liaison inter-luttes qui parle des combats locaux contre ces grands (et moins grands) chantiers qui tous procèdent de la même logique de dépossession des gens de leur territoire et de leur vie. Bulletin qui ferait ressortir les traits et les axes communs, les différences aussi, qui permettrait d’échanger sur les questions qui nous préoccupent, de mieux comprendre la logique capitaliste à l’œuvre dans ces tentatives pour intensifier l’urbanisation du territoire, de se renforcer mutuellement, de s’organiser pour programmer les rencontres à venir…

Rencontres plus ou moins régulières, en profitant des échéances de mobilisation dans telle ou telle région pour organiser une coordination de collectifs. Cela se faisait dans d’autres luttes et mouvements, l’essentiel étant d’éviter la bureaucratisation en créant des « structures » détachées des rythmes et des besoins de la lutte, des mobilisations.

Outils Internet permettant de partager et diffuser rapidement informations et analyses sur diverses situations, les bilans des collectifs, les débats, les éventuelles divergences, etc. Ils ont généralement vocation à porter des informations et analyses et à relayer les appels à se mobiliser. Ils peuvent tout aussi bien être des supports d’échanges entre collectifs de lutte, avec synthèses de situations, bilans, analyses, propositions, comptes-rendus de réunions et d’assemblées décisionnelles ou de débat.

Mais les coordinations inter-luttes ne dépendent pas seulement des outils mis en place et d’aspects formels ou organisationnels : elles dépendent des luttes elles-mêmes, de leur intensité, de leur ouverture, de leur autonomie, de la richesse des contenus qu’elles portent et mettent en discussion, de leur capacité à tisser de nouveaux liens et modes de rencontres en fonction des besoins qu’elles expriment. Les luttes que l’on connaît comme celles du Val di Susa, de l’aéroport de NDDL, contre la ligne THT Cotentin-Maine, ont montré l’importance de la création d’espaces et de lieux ouverts (les « presidi » No TAV, les maisons et locaux occupés dans la ZAD, le château d’eau et le bois occupés sur le territoire de la commune du Chefresne, ou encore les week-ends de mobilisation et de débats, les camps d’été permettant moments de rencontre et d’échanges et journées de mobilisation et de dénonciation…) dans une continuité d’actions et de présence sur place. Ce qui permet d’en faire des moyens de soutien, d’agrégation, ouverts aux populations locales (afin de maintenir le lien, un contact, entre ceux-celles qui luttent au quotidien et ceux-celles qui ne peuvent que venir ponctuellement), mais aussi des lieux d’information, d’échanges et de coordination entre luttes se situant dans des perspectives proches (contre un projet de centrale à gaz en Bretagne, contre le projet de grand stade OL Land à Lyon, contre le doublement d’une ligne THT dans le Pas-de-Calais, contre le centre d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure…) et d’autres luttes de résistance urbaines et rurales autour de la réappropriation de terres, de lieux de vie, d’habitat et d’activités.

Le préalable à toute coordination, c’est finalement le sentiment que les luttes ne peuvent compter que sur elles-mêmes, leurs solidarités réciproques, leur capacité à additionner leurs forces et à se renforcer mutuellement, en particulier dans les moments critiques ou décisifs. Ces liaisons directes de luttes à luttes, ces coordinations horizontales, ces recherches de multiples points de connexion, définissent aussi une démarche politique, une manière de se positionner dans un contexte. Et là, cette démarche n’a pas que des amis et des supporters. Elle se heurte à tous ceux qui ont intérêt à la fragmentation des luttes, au saucissonnage des problématiques et des revendications parce qu’elle leur permet d’exister et de prospérer en occupant ces places et fonctions d’intermédiaires professionnels, de porte-paroles auto-proclamés, de représentants permanents, de direction politique, de médiateurs avec les instances du pouvoir politique. La richesse des contenus portés par les luttes et les manières de se battre et de tisser des liens sont eux-mêmes des enjeux et des éléments du combat.

oct 292014
 
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Meurtre au Testet : communiqué des occupant-e-s du bus venus de Notre-Dame des Landes

 

 

Ocupant-e-s de la Zad de Notre-Dame-des-Landes ou habitant-e-s des environs, nous sommes parti-e-s en bus exprimer notre solidarité à tou-te-s celles et ceux qui s’opposent au projet de barrage de Sivens, quelque soient leur façon de lutter.

Nous sommes venu-e-s avec des légumes cultivés collectivement sur les terres du projet d’aéroport et l’évidence que les flics n’ont pas leur place dans une zone en lutte. Nous sommes aussi venu-e-s avec nos pratiques ; nous avons fait la cuisine, nous avons participé aux discussions. Et face à la police, certain-e-s d’entre nous ont masqué leur visage pour compliquer le fichage et la répression.

Les flics, qui avaient promis de ne pas être présents, ont tenu le chantier et l’ont même défendu avec toutes les armes qu’ils avaient à disposition. Au cours des affrontements, Ils ont tué un manifestant.

Après avoir tiré sur Rémi et l’avoir vu tomber au sol, les flics ont eu le culot de déclarer avoir « trouvé un corps » et ignorer l’origine de sa mort. Une fois de plus, les violences policières ne se sont pas limitées à des blessures graves.

Face à cette trajédie, une assemblée générale a décidé d’une manifestation à Gaillac. Nous sommes révolté-e-s que l’Etat se permette de tuer celles et ceux qui lui résistent. Nous trouvons grotesque la tentative de la préfecture et du ministère de l’interieur de détourner l’attention de ce meurtre en mettant l’accent sur des détails de la manif et en extrapolant sur l’identité des personnes cagoulées.

Un simple tour de passe-passe médiatique ne suffira pas à effacer cette mort.

Cette répression, au lieu de freiner nos mouvements, ne fait que renforcer notre rage et notre détermination.

NI OUBLI, NI PARDON.

Les occupant-e-s du bus venu de Notre-Dame-des-Landes.

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Pour une poignée de canards …

tract distribué lors du rassemblement de soutient à la ZAD du sivens le 20/09 à rennes

C’est toujours la même histoire, un barrage qui menace d’engloutir une zone humide pour le profits de quelques-un : bétonneurs patentés, élus corrompus et agriculteurs intensifs. Quelques individualité-e-s qui s’organisent et résistent au carnage annoncé. Déforestation et tabassage, campements rasés et chasse à l’homme… Le pouvoir militarise la zone et multiplie les exactions pour permettre la tenue des travaux, l’état abat sa violence sur les insurgé-e-s avec l’aide d’une compagnie de gardes mobiles et d’une milice d’agriculteurs et de fachos emmenée par un agriculteur ancien du SAC.

En face la rage et l’imagination comme seules armes pour mener cette guerre asymétrique, des gen-te-s tentent de bloquer l’avancée des travaux, en occupant la zone, en sabotant les machines et en s’affrontant aux flics et aux milices, en occupant le conseil général du Tarn à Albi, des lycéen-ne-s se mettent en grève et bloquent leurs lycées à Gaillac et à Castres, dans le Poitou quelques noctambules s’en vont repeindre les locaux et les véhicules de la boite qui doit effectuer des prélèvements sur le site. Dans ce tourbillon, de nouveaux rapports sociaux viennent peu à peu ronger les anciens, de nouvelles formes de luttes naissent dans la découverte, l’expérimentation et la pratique des limites de la protestation citoyenne et non violente et de la conflictualité assumée avec l’existant.

Ça se passe en ce moment ( sept 2014 ) dans le Tarn, à L’Isle-sur-Tarn dans la foret de Sivens, sur la zone humide du Testet.

Pour des informations plus détaillées tu est invité à consulter le blog de la ZAD du Testet  : http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/ et le site du collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet : http://www.collectif-testet.org/.

Pour ne pas laisser l’isolement étouffer la révolte et éroder la détermination de celles et ceux qui résistent sur place. Parce que le combat qui se mène là-bas est le même que celui qui se mène contre l’aéroport à Notre dame des landes, contre le TAV dans le val de Suse, contre un projet immobilier en Espagne à Burgos ou en Turquie parc Gezi.

Parce que ce qui se joue là-bas, c’est aussi ce qui se joue dans l’ici de chacun-e, la lutte contre l’aliénation et la dépossession dans une tentative de construire autre chose, un autre chose qui échapperait à la domination du capitalisme et de l’état. Contre ce qu’on essaie de fuir et de détruire et qui colonise notre vie quotidienne et notre environnement. Empêcher que la ZAD du Testet devienne un énième territoire dévitalisé pour les besoins du capitalisme et de la société productiviste, comme chacun-e tente d’empêcher l’existant de dévitaliser sa vie quotidienne pour le transformer en un mort vivant perdu dans le flux « métro-boulot-conso-dodo ».

Nous appelons chacun-e à soutenir la ZAD du Testet et à se jeter dans la guerre sociale en se renseignant et diffusant des informations sur ce qui s’y passe, en se rendant sur place pour participer à l’occupation, en organisant le soutient matériel aux insurgé-e-s en attaquant l’ordre capitaliste près de chez soi ou en agissant selon les modalité de lutte que chacun-e jugera utiles et convenir à ses inclinations.

Nous voulons une société de maîtres sans esclaves, avec le luxe et l’abondance pour toutes et tous au service d’une vie passionnante et passionnée pour chacun-e. La lutte et la joie plutôt que le béton, les profits et la soumission.

SOLIDARITÉS AVEC LES INSURGÉ-E-S DE LA FORÊT DE SIVENS

CONTRE LE BARRAGE ET SON MONDE, LA ZAD EST PARTOUT

AUTO-ORGANISATION ET CONFLICTUALITÉ PERMANENTE CONTRE LA DOMINATION DE L’ÉTAT ET DU CAPITALISME

VIVE LA GUERRE SOCIALE

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Ce soir à Nantes, Bernard, pas de retour au calme !

Mis a jour : le mardi 28 octobre 2014 à 11:17

Mot-clefs: Répression aéroport notre-dame-des-landes
Lieux:

Ceci est un témoignage sur la manifestation de ce soir à nantes. Juste quelques ressentis, en en attendant d’autres, pour ceux qui n’étaient pas là, pour participer à d’autres échos que les mystifications de la presse et les condamnations de la préfecture et de ses amis. En espérant que ça puisse participer à donner la patate pour que ça continue à bouger.

Ce soir nous étions plus de 1500 à manifester dans les rues de nantes pour manifester notre tristesse et notre colère suite à l’assassinat de Rémi par la police sur la zad du Testet. Il y avait simultanément une vingtaine d’autres rassemblements au moins dans plein d’autres villes en France.

Juste avant 18h nous avons appris par les médias que le procureur cherchait encore pitoyablement à embrouiller l’assistance et à cacher comme il le pouvait que Rémi ait de toute évidence été tué par une grenade policière. On n’était déjà pas content, être pris ainsi pour des imbéciles n’a pas amélioré l’humeur générale.

Après quelques prises de parole, tout le monde est parti en manifestation dans les rues de Nantes derrière des banderoles comme « Vos armes non léthales tuent – on n’oubliera pas – résistance », «22 fevrier 3 yeux en moins, 26 octobre un mort», ou « Nantes-Toulouse-Montreuil. Solidarité contre les violences policières ». Des slogans contre la police et en mémoire de Rémi étaient hurlés par la foule tandis que la manif traversait les rues passantes au beau milieu des terrasses de bar et de restaus. Des inscriptions ont été faites un peu partout sur les murs de la ville. Dès qu’une voiture de police apparaissait, des dizaines de personnes couraient dans sa direction jusqu’à la voir repartir en trombe.

Et puis, au bout d’une bonne heure, un sacré paquet de vitrines de banques et d’autres enseignes de toutes ces boîtes qui se croient maîtres du monde et ravagent nos existences ont commencé à sauter l’une après l’autre dans les précieuses rues commerçantes du centre ville. La presse et la préfecture parleront comme toujours de quelques « casseurs isolés », de « violences à condamner » et espèrent que personne ne flairera l’arnaque. Nous, on sait que ces petits éclats de verres et ces morceaux de mobilier urbain mis en travers de la chaussée était bien plutôt le signe d’une colère partagée par les centaines de personnes qui battaient encore le pavé à ce moment là et qui ne se lâchaient pas. Et on est bien conscient aussi que tout cela n’est vraiment pas grand chose par rapport à ce qu’ils ravagent quotidiennement, par rapport à la mort de notre camarade et à toutes les personnes assassinées par la police chaque année dans ce pays et trop souvent oubliées.

Pas de chance pour les dirigeants, la date d’aujourd’hui suffisait à rappeler que parfois aussi, quand la police tue, le peuple se soulève : ce 27 octobre cela fait exactement 9 ans que Zyed et Bouna sont morts dans un transformateur à Clichy sous bois. De l’automne 2005 en France, à l’hiver 2008 en Grèce en passant par l’été 2014 Ferguson, il y a des spectres qu’aucun gouvernement ne souhaite réanimer. Ce qui est sûr c’est que ce soir, les flics faisaient profil bas. Certains au chaud dans leurs bureaux savaient pertinemment qu’il se sont mis dans un sacré pétrin et que leur bras armé n’avaient pas intérêt à prendre le risque de blesser de nouveau gravement qui que ce soit aujourd’hui.

Et puis ils espèrent encore enterrer cette histoire et la mémoire de Rémi. Cazeneuve compte d’ailleurs bien sur l’assistance responsable des porte-paroles politiques et associatifs et tape sur les doigts de ceux « qui se sont autorisés à tenir des propos approximatifs, irresponsables et polémiques. » Selon lui « Ces commentaires ne participent ni à la manifestation de la vérité, ni au nécessaire retour au calme.». Peut-être que certains responsables tomberont dans le panneau et t’aideront à faire avaler la pilule, mais nous, franchement Bernard, nous qui étions dans les rue ce soir, on appellera pas au calme. On ne va ni oublier, ni arrêter de manifester approximativement et de toute évidence, on est pas les seuls. Et tiens toi le pour dit, on ne laissera plus tes troupes revenir détruire nos vies, nos terres ou nos maisons…

Des manifestant-e-s du 27 octobre et des jours qui viennent.

Ps : une nouvelle manifestation est annoncées à Nantes ce samedi. Un appel circule pour que ce soit le cas aussi ailleurs en France.

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Procès lundi 27 Oct. à Rennes en comparution immédiate d’un opposant à l’aéroport de NDDL

Info de camarades zadistes à N.D.D.L. :

Lundi 27 OCtobre 2014, passera en comparution immédiate une personne du nom de « Salomé », suite à des faits commis dans le Tarn et des faits commis lors des expulsions sur la zad de N.D.D.Landes.

La personne, sur le fichier F.P.R. (fichier des personnes recherchées) surement a été transféré à Rennes ce week end. En détention provisoire depuis, elle passe en procès au tribunal de Rennes demain lundi. On ne sait pas à quelle heure sont les comparutions immédiates.

Seulement, il risque une peine de prison ferme avec mandat de dépot; donc de partir en détention à la fin de son procès.

Si des ami(e)s pouvaient se rendre lundi au tribunal de Rennes (cité judiciaire en face de l’hotel de Police en forme de soucoupe volante) histoire que l’on sache ce que le copain va devenir ce serait chouette.

A bientôt avec ce triste constat que l’état policier a laché ses tueurs ce jour sur la ZAD du TESTET.

RESISTANCE !

PS Salomé ne semble pas être passée en comparution le lundi 27…

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Et pendant ce temps, au Parti de gauche :

 

Jean-Luc Mélenchon : J’étais à la manifestation contre le barrage du Testet…

Lu sur Facebook dimanche 26 octobre 2014 à 19 h

Jean-Luc Mélenchon 1 h · Modifié ·  J’étais à la manifestation contre le barrage du Testet. J’y ai vu deux sortes de manifestants et de personnes engagées dans la lutte. Ceux (et celles) qui mènent l’action pour la protection du site ou contre un projet que nous considérons comme emblématique d’une certaine agriculture et de la propension des technocrates à décider seuls ce qui leur semble bon. Ceux-là mènent le combat soit comme zadiste (protecteur de la Zone A Défendre), grévistes de la faim, marcheurs, manifestants et ainsi de suite. De l’autre une petit groupe confus de clochards, de militants d’extrême-droite et, peut-être, de gens qui se disent anarchistes. Ceux-là pour l’essentiel sont arrivés la veille du rassemblement et se composaient d’individus que personne ne connaissait. Les dirigeants réels de la lutte n’ont cessé d’être en butte à la violence qui venait sans cesse de ce groupe sans qu’on puisse identifier l’appartenance politique – à supposer qu’ils en aient une – des personnages cagoulés et vociférant dont il est question. Ce dont je suis certain c’est que l’extrême-droite s’y trouvait sous les cagoules. Un des ivrognes qui me prit à partie s’était en effet fendu en me voyant d’une apostrophe très caractéristique : « tiens, voilà la franc-maçonnerie qui se réveille ! ». Bonjour le défenseur de l’environnement ! Celui qui m’a jetté du yaourt, un petit homme très malodorant et masqué, qui s’est enfui en courant après son exploit ridicule de gosse de riche qui jette de la nourriture, était déjà sévèrement aviné à l’heure à laquelle je suis arrivé, vers midi. Les batailles rangées avec les CRS et garde mobiles n’ont jamais été décidées ni par les dirigeants du mouvement ni par les zadistes locaux. Au contraire, ils se sont le plus souvent interposés pour essayer d’empêcher le choc. Il faut dire que ces violences sont très choquantes et contre-productives dans la population locale. C’est au point que les animateurs du mouvement ont tous déclaré l’après-midi que c’étaient sans doute là des « pro-barrages » qui agissaient. Naturellement, je n’ai le moyen de savoir si c’est vrai ou pas. En tous cas cela révèle bien l’état d’exaspération des responsables du mouvement devant ce type de comportement. Comment comprendre en effet le traitement agressif que cette poignée nous avait réservé à Bové et moi alors que nous étions là pour soutenir et provoquer de la médiatisation ? Comment comprendre l’inadmissible dégradation des véhicules des journalistes, les insultes et les pressions dont ils ont été accablés sans trêve ? Pour faire de la contre-communication, que pourrait-on faire de pire ? Pour écarter les soutiens, que faire de plus dissuasif ? Déjà, les parents venus avec les enfants dans les bras se sentaient très mal quand ils ont découverts ce type de horde arrogante qui s’appropriait le mouvement. A présent, il y a un mort. Je ne sais pas de qui il sagit ni comment il est décédé. C’est triste et très défavorable pour le mouvement. Je pense que les vrais militants doivent être sous le choc car toute cette violence les submergeait déjà avant. Il est absurde de s’avancer dans les explications et accusations à propos de ce décès sans en connaitre les circonstances ni les conclusions de l’autopsie. Le pire serait que toute cette lutte se trouve résumée à cela. Cela ne doit pas nous détourner de continuer à soutenir ceux qui luttent sans les confondre avec une poignée de violents.

JLM

Ajoutée le 26 oct. 2014 Jean-Luc Mélenchon était présent au rassemblement organisé par les opposants aux barrage de Sivens dans le Tarn le 25 octobre.

 

Source : Indymédia  Nantes.

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[Mercredi 29 Octobre] Infos / Actus

Mis en avant

Rémi a été tué par une grenade lancée par les gendarmes. Les preuves sont tellement accablantes que l’Etat ne peut plus nier, ni tenter une grossière manipulation. Cependant Cazeneuve déclare « il ne s’agit pas d’une bavure ». Carcenac ne lache rien et continue de mentir : une interview dans le Monde. Réunion du Conseil Général du tarn ce vendredi.

Par la voix de leur avocat, les parents de Rémi Fraisse ont lancé un appel «au calme dans le cadre des rassemblements organisés en hommage à leur fils».

Sur le site :  ce mercredi à 18h AG de la coordination, toutes composantes confondues, en vue de préparation à suite du mouvement au nouveau Mirador.

On reçoit de nombreux textes:

-Echo de la guerre en cours, par des personnes sur place au moment des faits

-Et maintenant qu’est ce que l’on fait ?

-De la Palestine à Sivens par les AmiEs de Tarabut.

On reçoit des mails envoyés à Carcenac après ses déclarations immondes hier matin, dont celui-ci :

« Vous avez presque réussi à me faire vomir lors de votre conférence de presse d’hier. Rémi Fraisse n’est pas mort pour des idées, il a été tué par une grenade très vraisemblablement lancée par un gendarme, saisissez-vous la différence ? Je vous explique : il n’avait pas L’INTENTION de mourir, il voulait défendre la Nature, et donc le bien commun, une notion qui doit vous sembler extrêmement obscure, au vu de vos agissements.

Je suis extrêmement triste de constater qu’il existe des gens comme vous, mais me console en pensant à tous ceux qui, comme Rémi, font preuve d’un grand courage en se battant contre tous les projets de société guidés par l’argent et le pouvoir »

On reçoit des communiqués :

-de deux élus régionaux du PG

On reçoit des témoignages :

-de Christophe Martin, des Alternatifs

Soutiens et rassemblement partout en France  :

-Manifestation à Briançon ce mecredi 29/10 à 14h à Briançon devant la sous préfecture
-Contre la violence policière et contre la destruction de la forêt de Sivens ! RDV mer 29 oct – 19 H place des Terreaux, Lyon. Silencieusement.
-A Nîmes. Nouveau rassemblement jeudi 30/10 à 17h30 devant la préfecture.
-Dijon : Rassemblement mercredi 18h – Préfecture. Manifestation samedi 17h – Mémorial Rue de la Liberté.
Metz : le rassemblement pour Rémi est prévu ce mercredi à 18h à la colonne (c’est avant la rue Serpenoise).
-Gap : ce mercredi 29 Octobre à 11h30, esplanade de la Paix. Voici un article de presse sur le rassemblement de hier matin .
-Carcassonne : mercredi 29/10 à 18 h devant la préfecture
-Saint Gaudens : rassemblement silencieux  devant la sous-préfecture mercredi 29 octobre à 17 h
-Besançon :  un rassemblement aura lieu demain mercredi à partir de 17h, place Pasteur.
-St Etienne : un rassemblement de soutien à la ZAD aura lieu à saint-etienne (42) demain mercredi 29 Octobre à 18h00 devant la préfecture.
-Villeneuve sur Lot :  mercredi 29 octobre a 18 heures,  rassemblement en hommage à Rémi sur la place de Paris.
-Vannes18h30 mercredi 29,  devant la préfecture, place du Général de Gaulle
-Rodez18h  mercredi 29 devant la Préfecure

Caen : un nouveau rassemblement aura lieu vendredi 31 à 18h.
-Saint Brieuc : un 2 ème rassemblement est prévu samedi 1 er novembre à  14 h devant la préfecture.
-Poitiers :  pl. Charles de Gaulle (« place du marché »)  : Rendez-vous jeudi 30 dès 16h00, pour une discussion autour des ZAD et de la répression policière, puis à 18h00 pour une manifestation
-Lons le Saunier : rassemblement jeudi à 17 h30 devant la préfecture.
-Sète : rassemblement devant la mairie le jeudi 30 octobre à 18h30

Source : Tant qu’il y aura des bouilles.

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Échos de la guerre en cours

Dans le brouillard ambiant on ne peut faire l’impasse sur quelques questions évacuées du débat public par les médias dominants et leur logique du spectacle permanent.
Le rassemblement prévu sur le site du projet de barrage était annoncé comme pacifique. Quelques jours avant, la préfecture faisait savoir qu’il n’y aurait pas de présence policière sur la zone pendant le weekend du 25 et 26 octobre. Sur le site  tantquilyauradesbouilles.wordpress.com le 22, on pouvait lire que

«  La préfecture du Tarn se plie déjà à l’événement: le préfet s’est engagé à ce qu’aucun gendarme ne soit présent sur la zone durant le week-end. Ce rassemblement sera sans risque de violence ni répression. C’est le nombre et la détermination qui montreront notre force et amèneront la victoire. Venez nombreux.ses. avec bonne humeur ! »

Pour qui en doutait, ceux et celles qui sont venu.e.s sur la zone ce weekend-là ne se préparaient pas à la guérilla.

Mais alors que les premiers participants arrivent vendredi soir, la nuit s’illumine. Il reste un préfabriqué et un générateur sur la zone, au niveau du parking construit pour accueillir les machines du chantier. Ce soir-là, ils partent en fumée.
Qui pouvait sincèrement penser que le matériel laissé sur la ZAD resterait intact alors qu’un rassemblement contre le projet de barrage était annoncé depuis plus d’un mois? Qui viendra nous dire que les équipes du barrage ont eu le temps de tout retirer de la zone sauf ces deux éléments, juste assez peu coûteux pour ne pas représenter une perte trop importante mais suffisamment pour donner un vernis de légitimité au retour des forces de l’ordre sur zone?
Cet incendie marque le retour des flics sur la zone et donc des affrontements.

Le lendemain, la matinée se déroule dans une ambiance familiale et festive. Cela fait drôlement plaisir de voir toutes ces bouilles de mômes courir partout, des personnes de tous les âges se balader autour de la Métairie, elle qui fût si souvent cernée par les milices en armures bleu marine. Les conférences, les témoignages, la pièce de théâtre et la cantine à prix libre, le programme se déroule sous le soleil et avec le sourire.

L’accalmie prend fin vers 16h30. Les bleus sont de retour au niveau du parking, la tension monte . Le face à face se déroule entre le parking et la colline qui remonte vers les bois. S’en suit environ 4h d’affrontements, ou plutôt de guerre asymétrique. 200 personnes à la louche, cagoulées ou non, violentes ou pas, clowns activistes et pacifistes font face à des robots en armures, boucliers, casques, et armes diverses à la main. Il parait qu’ils représentent l’ordre et la loi. Mais alors qu’est-ce qu’ils foutent là, à provoquer tout le monde? Que protègent-ils? Il n’y a plus rien à brûler ou à saboter.  Pire, qui protègent-ils?
Visiblement personne. Par contre ils attaquent, manquant de faire cramer ce qu’il reste de forêt à Sivens avec leurs grenades incendiaires. Ils provoquent des incendies à plusieurs reprises, tirs tendus de lacrymos, puis les grenades assourdissantes, désencerclantes qui fusent de toutes parts. Ils visent au milieu des personnes présentes, « dans le tas ». Plusieurs blessé.e.s sont évacué.e.s alors que ces cinglés en uniforme continuent de les canarder. Un homme en état de choc s’effondre à côté de moi, on le met sur le côté en évitant autant que possible les palets de gaz qui nous sont volontairement lancés dessus. L’équipe médic prend le relai.
Oui, on a lancé des pierres. Et peut-être que quelques-unes d’entre-elles ont frôlées leurs casques. Oui, on a envoyé des patates. Et alors quoi? C’est cela que l’on appelle le terrorisme? Nous on n’éborgne personne, et on assassine encore moins. Oui on est plusieurs à préférer rester cagoulé.e.s.
Mais c’est pour des raisons toutes simples et bien moins romanesques que ce qu’on peut laisser entendre. Le fichage est une réalité. Les robots auxquels nous faisons face sont équipés de cameras et nous filment en permanence. Ils cherchent le moindre prétexte pour faire tomber ceux qui les gênent sous la loi réservée aux terroristes. L’anonymat est un droit, et on le prend. Non, on n’a aucune envie de donner des armes supplémentaires à leur dictature. La cagoule et le choix de vêtements plutôt sombres permettent également, à l’image des zapatistes, de créer une foule unie et soudée, sans différence de sexe, de statut ou de couleur. Et puis, de façon très pragmatique, pour continuer à respirer dans un nuage gaz lacrymogène il vaut mieux avoir quelque chose sur le nez.  Voilà nos explications mais où sont les leurs? Pourquoi étaient-ils là le samedi après-midi alors que tout était calme et allait pour le mieux sur la zone? Pourquoi y avait-il plus de 40 camions de GM et une dizaine de fourgons de CRS?

Les affrontements de l’après-midi prennent fin quand, après une pause des deux côtés, les zadistes décident de partir d’eux-mêmes. On les laisse plantés là sur leur ligne stupide, sans adversaires. La soirée se déroule normalement jusqu’à 1h du matin. Sur le fameux parking il reste quelques fourgons et les bleus sont rassemblés autour. Ils ont deux grands projecteurs qui éblouissent les personnes venues voir ce qu’il se passe. Au départ elles ne sont pas nombreuses mais suite aux premiers effets d’annonce des policiers (« Gendarmerie Nationale, dispersez-vous, nous allons avoir recours à la force! ») d’autres les rejoignent. L’ordre est donné dans les rangs zadistes de ne pas tirer les premiers. « On attend qu’ils commencent, on ne fait rien avant. ».
Les premiers palets de lacrymo déchirent la nuit suivis des premières pierres. Certaines parviennent jusqu’aux carrosseries des fourgons. Le gros de la masse des personnes présentes s’éloigne un peu des grilles du parking. On y voit pas grand chose et plusieurs d’entre nous tombent dans les tranchées du chantier en courant pour échapper aux grenades. Quatre fusées d’artifice sont tirées, elles touchent le sol après avoir laissé un filament scintillant. Aucune d’entre-elles ne touche un véhicule et encore moins un flic. Par contre les grenades envoyées par le camp adverse passent très près, leurs explosions résonnent à travers la zone, ramenant le voile de la guerre sur l’ambiance festive.

J’ai quitté la zone du parking à 1h30 du matin. J’étais seule à ce moment-là. Sans binôme et fatiguée par la journée je ne me sentais plus de rester au front. J’ai passé le trajet du retour à la tente à me demander pourquoi ils étaient restés alors qu’à 20h tout était calme. Au milieu de ce face à face nocturne, j’avais peur de leurs armes et me sentais terriblement vulnérable dans mon pauvre pull à capuche.

Le lendemain matin au café on apprend la mort de Rémi. On est tous.te.s sonné.e.s, sous le choc. Puis viennent un mélange de tristesse et de rage et l’urgence d’une réponse.

Maintenant il reste beaucoup de questions. J’aimerai vraiment qu’on m’explique pourquoi il y avait des flics sur zone, surtout le samedi alors qu’il n’y avait plus rien à protéger. Personnellement je ne peux pas m’empêcher d’y voir le moyen de gâcher un weekend festif qui avait ramené du monde sur la zone du projet. Je ne peux pas croire que les promoteurs du barrage aient pu oublier ou ne pas avoir le temps de sortir l’Algeco et le générateur avant le rassemblement. Rémi semble être la victime d’une stratégie de pyromanes et de flics à qui cela fait bien longtemps qu’on a donné carte blanche sur cette zone.

C a m i l l e

Source : idem.

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Le collectif pour la sauvegarde de la zone humide :

Premières réactions du Collectif après le décès d’un manifestant

Rémi, 21 ans, venu défendre la zone humide du Testet, est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre à proximité du parking du chantier du barrage de Sivens. Le Collectif présente toutes ses condoléances à sa famille et à  des proches.

Les causes du décès ne sont pas encore connues, nous espérons que l’enquête sera menée avec la plus grande transparence pour que toute la lumière soit faite sur ce drame. Comme nous l’avons fait savoir dès le dimanche matin, nous sommes à la disposition des enquêteurs pour faciliter si besoin leur travail.

Nous allons indiquer sur cette page les premières réactions du Collectif (des plus récentes au plus anciennes).

Communiqué du 26/10 à 17h30

Suite au décès d’un opposant au barrage de Sivens cette nuit sur le site du chantier, le Collectif demande au Conseil Général et à la Préfecture du Tarn de favoriser l’apaisement sur place et de respecter le temps de deuil pour la famille, les proches et les opposants en suspendant le chantier du barrage de Sivens.

Etant donné le nombre important d’opposants restés à la ferme occupée de la Métairie Neuve, toute présence des forces de l’ordre sur le site du chantier serait considérée comme une provocation. Une enquête est en cours et rien ne doit venir la perturber. Les occupants ont sécurisé la zone où ont eu lieu des affrontements cette nuit afin que les enquêteurs puissent recueillir des éléments d’enquêtes notamment là où une tâche de sang est visible. Le Collectif se tient prêt à jouer un rôle de médiateur pour que les enquêteurs puissent accéder au site sans tensions.

Pour sa part, face à un fort sentiment de colère des manifestants encore sur place, le Collectif Testet appelle l’ensemble des opposants au calme et au respect du deuil. Il faut éviter une escalade de la violence et le Collectif tentera par tous les moyens à sa disposition de contribuer à cela.

Ben Lefetey, porte-parole (06 99 26 60 66)

Après entretien téléphonique avec l’AFP, dépêche du 26 octobre 2014 12:27 :

Barrage contesté dans le Tarn: un mort lors d’affrontements, selon les opposants

Un homme est décédé dans la nuit de samedi à dimanche sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn), a annoncé la préfecture, les opposants affirmant que la mort est survenue « dans le contexte d’affrontements » avec les gendarmes.

« Selon les premiers éléments que nous avons recueillis, la mort a eu lieu dans le contexte d’affrontements avec les gendarmes. Nous ne disons pas que les forces de l’ordre ont tué un opposant mais un témoin nous a dit que le décès s’était passé au moment d’affrontements », a déclaré à l’AFP par téléphone Ben Lefetey, porte-parole du collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe la majeure partie des opposants au projet de barrage.

« Un témoin dit avoir vu quelqu’un s’effondrer lors d’affrontements et être enlevé par les forces de l’ordre », a ajouté M. Lefetey.

« On mène l’enquête et nous allons coopérer avec les enquêteurs », a-t-il souligné.

Contactée, la préfecture n’a pas voulu faire de commentaire.

Quelques heures auparavant, elle avait annoncé dans un très bref communiqué que, « vers 2 heures du matin, le corps d’un homme (avait) été découvert par les gendarmes sur le site de Sivens ». « Les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement mais n’ont pu que constater le décès de la victime. Une enquête a été ouverte sous l’autorité du procureur d’Albi afin de déterminer les causes du décès et l’identité de la victime », ajoute le texte qui ne donne aucun autre élément.

Le procureur de la République à Albi était injoignable.

Interrogé par l’AFP, le lieutenant-colonel Sylvain Renier, commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, n’a pas voulu faire de commentaire sur le décès.

Le responsable, qui gérait sur place les opérations de gendarmerie lors des échauffourées de samedi soir, a simplement indiqué que le calme était revenu « vers 21h ».

Il a précisé que sept membres des forces de l’ordre avaient été blessés mais que les pompiers ne lui avaient fait état dans la soirée d’aucun blessé dans le camp adverse.

- « Anarchistes » -

Selon le lieutenant-colonel, « 100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus ont jeté des engins incendiaires » et autres projectiles aux forces de l’ordre encadrant une mobilisation de « 2.000 » opposants qui, elle, est restée pacifique, selon lui.

Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de flash-balls, a-t-il ajouté.

Il a précisé que des négociations avaient été entamées, en vain, entre un représentant pacifique des opposants à la construction du barrage de Sivens et un des assaillants qui avait alors dit qu’ils se réclamaient de « l’anarchisme ».

M. Lefetey a dit ne pas être en mesure de confirmer les affirmations des gendarmes selon lesquelles les assaillants s’étaient présentés comme des anarchistes. Il a simplement évoqué « des radicaux qui voulaient s’attaquer aux équipements de chantier ».

Selon une source proche de l’enquête, la personne décédée est un « homme âgé d’une trentaine d’années qui faisait partie de ceux qui étaient au milieu des échauffourées hier soir » (samedi).

Le projet de barrage-réservoir d’1,5 million de m3 d’eau stockée fait de plus en plus figure de « Notre-Dame-des-Landes du Sud-Ouest », en référence à cette commune de Loire-Atlantique, où une importante mobilisation a provoqué le gel en 2012 de la création d’un nouvel aéroport.

Depuis le début des travaux de déboisement le 1er septembre, les échauffourées et les rassemblements se sont multipliés aux alentours du chantier.

La retenue d’eau est portée par le conseil général du Tarn, qui assure qu’il est indispensable pour irriguer les terres agricoles alentour et qu’une autre zone humide sera recréée.

Les opposants dénoncent un projet coûteux qui, selon eux, ne servira qu’à irriguer les terres d’un petit nombre d’exploitants pratiquant une agriculture intensive.

Ils ont reçu l’appui de l’ancienne ministre Cécile Duflot, des députés écolos Noël Mamère et José Bové, et du dirigeant du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, qui a participé samedi à la mobilisation de 2.000 personnes, la plus importante depuis le début du mouvement.

Un rapport d’experts, commandité par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, doit être rendu public la semaine prochaine.

Communiqué de presse de la Préfecture le 26 octobre 2014 avant 10h :

Cette nuit, vers 2 heures du matin, le corps d’un homme a été découvert par les gendarmes sur le site de Sivens. Les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement mais n’ont pu que constater le décès de la victime.

Une enquête a été ouverte sous l’autorité du procureur d’Albi afin de déterminer les causes du décès et l’identité de la victime.

Source : Site du collectif.

 

oct 262014
 
arton819
Mort d'un manifestant au Testet – premier appel
 
A relayer au sein des comités et partout où vous le pouvez.
 
Suite à la nouvelle de la mort d'un manifestant lors du rassemblement au 
Testet, nous avons reçu de premières nouvelles de camarades de la zad  
de Notre Dame des landes présent sur place. La mise en cause directe des 
forces de l'ordre dans la mort du manifestant semble se confirmer. Un 
communiqué donnant des précisions à ce sujet sera envoyé ce soir depuis 
la zad du Testet.
 
Dans l'attente de ce communiqué, les personnes rassemblées sur place 
lancent un appel à ce que partout en France s'organisent dès que 
possible des manifestations devant les lieux de pouvoir.
 
Localement, ils appellent à manifester ce soir dimanche à 18h devant 
l'hotel de police à Gaillac et demain lundi à 14h devant la Préfecture.
 
Nous ne pouvons laisser passer cette mort. Organisons nous ! 
Réagissons !
-- 
S Q U A T S - F R - D I F F U S I O N
Liste francophone de diffusion d'infos relatives aux squats
Se (dés)inscrire ou gérer ses options d'abonnement :
http://lists.squat.net/mailman/listinfo/squats-fr-diffusion
Hébergée par squat!net - http://squat.net/ - http://radar.squat.net/
sept 292014
 
drone-uk-35373

Cet ouvrage a pour but de mettre en évidence la fabrication d’armement dans la région toulousaine. C’est un outil d’information. Vous y trouverez un descriptif du complexe militaro-industriel local et un inventaire non exhaustif des laboratoires, universités, institutions et entreprises de Midi-Pyrénées impliqués dans le marché de la guerre.

http://www.non-fides.fr/?Toulouse-Necropole

sept 112014
 
fric flic

Nous faisons suivre ce communiqué des gens en lutte contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, et qui font face à une opération policière pour évacuer la zone et commencer les travaux.

Plus d’infos sur leur site: http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

 

[Mardi 9 Septembre] Bilan de la journée

Comme on en a marre de regarder tomber les arbres et de se faire défoncer en forêt, on a délocalisé la lutte aujourd’hui.

Action au Conseil Général. On est allé à Albi s’inviter dans les locaux du Conseil Général, en espérant que notre action allait faire revenir Carcenac (Thierry) de Paris pour nous rencontrer. On entre comme dans du beurre de tous les côtés et on met une belle pagaille en hurlant « Moratoire » et autres slogans bien sentis, en reconstituant dans l’escalier central une forêt avec les plantes en pot qui trainent de ci delà et en brassant le secrétariat de Thierry  pour obtenir un rendez vous et présenter nos revendications. 2-3 tags de-ci de-là et discussions avec le personnel.

Après un bon moment, on sent que la situation se tend, apparemment des ordres sont arrivés (on va dialoguer enfin ?) et des gars de la BAC, moins cool que la police municipale, se mettent en action en entreprenant de dégager le couloir menant au bureau de Thierry, bloqué par des copains et copines assises. Du coup, cela se met à chauffer. Comme c’est plus dur sans lacrymos et flashball, les flics nous jettent littéralement jusqu’à l’escalier. Là, on s’agrippe àr Guillaume Cros, un élu de la région qui nous suit depuis qques jours et qui fait rempart de son corps. Il est lui aussi balancé dans l’escalier. Confusion. Bousculade. Matraque. Echange de coups.  Un copain embarqué.

Puis cela se calme à nouveau, on est assis dans l’escalier, on bouge plus. Puis, c’est reparti, on se fait jeter manu miltari dans les escaliers. De dépit, on recule en résistant pacifiquement un max et en arrachant au passage les affiches de l’expo Jaurès qui sont là (le pauvre a du se retourner dans sa tombe plus d’une fois dans la matinée). On finit en montant au grillage et en chantant, avant de pique-niquer devant les portes closes.

Désolé Thierry pour les 2-3 pots de fleurs et les 2-3 tags, force est de constater que l’on n’a pas encore le niveau de la FNSEA niveau « saccage » !

Sur le site. Les GMs (toujour saussi énervés) et machines sont arrivés tôt. Le GIGN était là aussi et a délogé  les grimpeurs aux Perches (plates-formes à 18 mètres de haut, au centre du site). La caravane de la Bouille est expulsée mais on avait déjà déménagé pas loin.

Ailleurs. Avec les copains du Testet et les gendarmes d’Albi (sympas), visite au barrage de Fourrogues, sur la Vère. Construit par la CACG pour le CG puis déclaré illégal. Thierry a dit à son sujet « ce barrage n’existe pas ». Donc on a commencé à  démonter ce barrage hirs-la-loi. Quand nous serons des milliers sur le site, on s’y mettra plus sérieusement.

Demain. On attend du monde, si vous n’êtes dans aucune des actions prévues, RV à Barat à 5h du mat’.

Paris: l’âge des fossoyeurs

 Posted by on 11 juin 2014 at 13 h 34 min  Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés
juin 112014
 

samedi 7 juin 2014 (non-fides.fr)

Mercredi 4 juin 2014, 15 h 02. Paris. Palais de la Découverte. Une tentative de court-circuitage de la propagande radieuse de l’Andra a été menée. Le noir total n’a pas été atteint. Le texte suivant a été abandonné dans ce temple français du scientisme.

Au nom de la science, le Palais de la Découverte s’efforce de former les humains que la mafia nucléariste veut laisser à ce monde. Sa pédagogie voudrait formater des enfants qui joueraient au poker avec des cartes durcies au mercure radioactif sur un parquet du château de Versailles verni par le même procédé en avalant de la Vache-qui-rit ionisée.

Le Comité d’experts de l’exposition rassemble des membres du CEA, de l’IRSN, de l’ASN, un colonel du DICO (délégué à l’information des affaires nucléaires et à la communication de la Défense), d’EDF, de l’Académie des sciences, de l’Union des professeurs de physique et chimie par ailleurs directeur du département dudit Palais de la Découverte, etc. Mais c’est l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui signe le copyright.

La transformation d’uranium en énergie repose sur une idée simple et violente. On peut accélérer le temps en agitant un minimum d’espace. L’industrie nucléaire n’utilise pas une denrée énergétique naturellement à sa disposition ; elle la fabrique en séparant les noyaux atomiques. C’est ainsi qu’elle intensifie la productivité des machines, la circulation des échanges et l’aménagement du monde et son emprise sur nos existences. Mais l’histoire ne peut pas abolir l’irréversibilité du processus de désintégration. Le fantasme purement économique de faire beaucoup de choses avec trois fois rien tombe dans la réalité de tout son poids, non sans que ses dégâts n’ouvrent de nouveaux marchés.

La schizophrénie nucléariste poursuit sa fuite en avant. Du côté rayonnant, la France, ce pays fier et sûr de lui qui prétend contrôler toute la chaîne nucléaire, des mines aux déchets en passant par les armes, construit les EPR qu’elle ne sait pas achever et relance sa technologie explosive au sodium du surgénérateur dont le brevet est français avec Astrid. Cependant l’ombre avance après Tchernobyl et Fukushima. La pourriture du royaume nucléocrate voit revenir les prurits de l’espace à la gueule du temps programmé. Les nucléocrates ne peuvent rien à la contamination, qu’il n’est possible que de déplacer et qui ne se nettoie pas. C’est pourquoi l’exposition explique, sur le ton du brouillage scientiste, que la radioactivité est naturellement partout et que donc, ainsi soit-il, autant en rajouter.

Ils expliquent donc comment on peut vivre en contexte morbide, c’est-à-dire survivre, donc se surveiller mourant un peu chaque jour. Il leur faut désormais raconter aussi qu’on tue les tumeurs grâce au Nuclear for Health sans se préoccuper de leurs origines. Pour effacer l’arrière-goût des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ils racontaient que le Nuclear for Peace avait remédié à la guerre qu’on disait froide. Au Japon, à l’avant-garde du désastre depuis 2011, le négationnisme emprunte le vocabulaire d’un psychiatre comme Shinichi Niwa : « Il est très important, pour calmer la peur, d’être exposé aux radiations. »

L’effort pédagogique de l’Andra est évidemment lié à la décision politique de l’État français de vendre ses déchetteries à vocation mondiale, puisque au dépôt de La Hague est censée s’ajouter la poubelle en sous-sol de Bure, en Lorraine. Le démantèlement est un marché prometteur. Rappelons, par exemple, que l’Allemagne voisine, où 9 réacteurs tournent pour encore quelques années, s’apprête à devenir un gros pourvoyeur de déchets, que La Hague accueille des cargos poubelles du Japon et que les 58 réacteurs hexagonaux sont voués au démantèlement, non pas du fait d’une prise de conscience dont se targueront les écolocrates, mais à cause de leur péremption due à l’incapacité de n’importe quelle machinerie à échapper au processus de désintégration qu’elle contient.

Le déni de responsabilité porte la cause sur les phénomènes naturels. Il y aurait des erreurs non humaines, comme un tsunami… et des humains qui en subissent les effets. Et c’est comme tel que l’exposition s’adresse au visiteur en l’invitant à évaluer ses risques de morbidité radioactive en se mesurant sur un pèse-personne.

« Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’Inventif »
Chant I, L’Odyssée Homère, mercredi 4 juin 2014

L’EXPO

Parce que comprendre le sujet des déchets radioactifs, c’est d’abord découvrir la radioactivité… Quel est le lien entre l’incroyable Hulk et l’imagerie médicale ? Entre le parquet du château de Versailles et les rayons du cosmos ? Naturelle ou recréée par l’homme, la radioactivité est omniprésente dans notre quotidien. Venez visiter l’exposition au Palais de la découverte à Paris jusqu’au 8 juin 2014

Jouons ensemble !

1) Ton papa ou ta maman meurt d’une tumeur, que fais-tu ?
a) Je vais brûler un cierge.
b) Je remercie la radiothérapie qui lui a permis de survivre dix ans, après Tchernobyl.

2) Le tsunami a détruit les réacteurs de Fukushima, que fais-tu ?
a) Je me bouche le nez en prenant le premier train pour Osaka.
b) J’applique les consignes de sécurité et je me porte volontaire dans une équipe de décontamination pour sauver mon pays.

3) Le travail de tes parents vous oblige à rester habiter à côté de la centrale du Tricastin alors que des fuites ont été officiellement détectées dans les cuves, que fais-tu ?
a) Je fais jouer la concurrence pour m’acheter le compteur Geiger le moins cher du marché.
b) Je plombe mes compteurs pour faire baisser le stress familial.

Si tu as trois réponses a) tu n’as pas compris, l’Andra t’offre un billet gratuit pour revoir l’exposition ; si tu as trois réponses b) tu seras délégué dans les écoles pour les formations de sûreté post-accidentelle. Si tu réponds e), d) ou f) tu ne seras pas évalué.

mai 172014
 

Ces notes ont servi de base pour lancer une causerie sur le campus Effiscience et la réindustrialisation par les nouvelles technologies.

Le campus Effiscience est un campus technologique situé à Colombelles, sur le site de l’ex-SMN : le bastion ouvrier est remplacé par les nouvelles technologies, ou comment faire oublier les luttes ouvrières. Ce campus s’appuie aussi sur l’Université de Caen, le GANIL (recherche nucléaire et accélérateur de particules) et l’ENSICAEN (école d’ingénieurs).

Créé en 2007, avec Webhelp et NXP subventionnés par les pouvoirs publics pour leur installation, il s’est spécialisé dans les technologies sans contacts, service par téléphone et le nucléaire. La dernière entreprise à investir, c’est AREVA, via sa filiale médicale AREVA Med, pour 200 millions d’euros. Après avoir propagé les cancers, AREVA se propose donc de les soigner.

Ce campus, c’est plus de 2000 salariés aujourd’hui, et 80 start-ups, où le rêve d’une fusion entre recherche, entreprise et pouvoirs publics se réalise : tous et toutes ensemble vers le progrès. L’objectif est de passer à 6000 salariés en 2015, d’où l’accélération de son développement. En février 2014, 2000m2 de bureaux ont été livrés. L’ensemble du plateau est voué à entrer dans le giron du campus. NXP, ex-Phillips, est déjà l’un des plus grands centres de recherche et développement dans son domaine, avec 500 salariés (principalement des ingénieurs), et vise à doubler sa superficie. Elle bosse sur des logiciels, et des systèmes pour la télévision, l’identification comme la biométrie, les véhicules etc. Les ingénieurs côtoient les salariés précaires de Webhelp, soumis au management le plus infantilisant.

Les partenaires du campus Effiscience sont l’agglomération caennaise, la ville de Colombelles, et trois réseaux européens qui regroupent des organisations qui bossent dans les nouvelles technologies. L’un est basé à Bruxelles, l’autre en Espagne, et le dernier à Nantes. Ces réseaux cohérents forment une communauté d’intérêts pour défendre l’industrialisation par les nouvelles technologies.

Les références de ce campus ? Minatec de Grenoble pour la gauche, spécialisé dans les nanotechnologies et créé par le Commissariat à l’Energie Atomique (donc l’Etat), Saclay pour la droite, où le CEA regroupe 5000 chercheurs dans le nucléaire et les nouvelles technologies. Ce qu’il y a de commun, c’est la même idéologie du progrès, la programmation du devenir du monde par la technologie. Désastres industriels, réduction de notre liberté, développement du cynisme et du narcissisme… Ce qu’il y a de commun, c’est aussi la recherche dans le nucléaire et le militaire. Ce que cachent toujours le nucléaire médical et la recherche fondamentale, les seules visées affichées à Caen avec ce campus ou l’association des nucléaristes Nucleopolis, ce sont les centrales et les bombes. A Bayeux, d’ex-ingénieurs du GANIL ont créé leur boîte, spécialisée dans « le domaine du vide », qui travaille notamment pour l’armement, entre autres industries de merde.

Le campus Effiscience s’inscrit dans le projet de réindustrialisation de la France par les nouvelles technologies, ce que quelqu’un comme Rifkin, conseiller de l’UE, des métropoles de Rennes et de Lille etc. appelle la troisième révolution industrielle. Bref, exploitation, réduction de l’exercice de notre liberté et ravages industriels. Cette réindustrialisation se fait autour de métropoles reliées entre elles et qui fonctionnent comme des pôles de compétitivité spécialisés : à Toulouse l’aéronautique et l’aérospatial, à Grenoble les nanotechnologies, à Caen le nucléaire. Evidemment, toutes ces technologies s’imbriquent. On essaie déjà de nettoyer les fonds de cuve radioactive avec des nanoparticules…

Cette réindustrialisation accompagne en fait la restructuration du capitalisme par les objets connectés, les voitures électriques, les éoliennes industrielles et la relance du nucléaire, entre autres. Et les énergies renouvelables, développées par les nucléaristes comme AREVA, GDF-Suez, EDF, DCNS etc., viennent s’ajouter au nucléaire, et on aura bien les énergies renouvelables industrielles en plus du nucléaire, et non à la place. L’EPR est toujours en cours à Flamanville, et d’autres sont déjà annoncés, en attendant les réacteurs de nouvelle génération testés à Cadarache (projet ITER).

Cette réindustrialisation en France se base sur le rapport McKinsey : Etat et capital s’entendent autour de 34 priorités (énergie renouvelable, véhicules à pilotage automatique, TGV du futur, réseaux électriques intelligents, hôpital numérique, nanotechnologies, cybersécurité etc.). Etat et industriels visent en fait à développer la haute technologie, les productions à haute valeur ajoutée, en France et dans les pays les plus riches. Le capitalisme a de plus en plus de mal à créer de la valeur, et industriels et Etat se tournent vers le virtuel pour tenter d’en créer. Ce sera donc les secteurs de pointe pour les pays riches, tant pis pour les pays dits du Sud. Comme ça ne suffit pas dans la concurrence mondiale, le rapport McKinsey fixe en même temps l’objectif de baisse des coûts de production et du travail : prolétariser toujours plus. L’ANI et les accords de compétitivité entraient dans ce cadre.

Le campus Effiscience est une étape dans cette restructuration du capitalisme. Se défaire de ce qui nous opprime passe par lutter contre ce campus.

 

Note:

Les 34 plans industriels lancés par le gouvernement

– Big data
– Cloud computing
– Objets connectés
– Réalité augmentée
– Logiciels et systèmes embarqués
– Services sans contact
– E-éducation
– Hôpital numérique
– Cybersécurité
– Nanoélectronique
– Robotique
– Supercalculateurs
– Innovation dans l’agroalimentaire
– TGV du futur
– Véhicule deux litres aux 100 km pour tous
– Véhicule à pilotage automatique
– Bornes électriques de recharge
– Autonomie et puissance des batteries
– Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs
– Satellite à propulsion électrique
– Dirigeable pour les charges lourdes
– Navire écologique
– Énergies renouvelables
– Réseaux électriques intelligents
– Qualité de l’eau et gestion de la rareté
– Biotechnologies médicales
– Dispositifs médicaux innovants
– Souveraineté des télécoms
– Industrie du bois
– Recyclage et matériaux verts
– Rénovation thermique des bâtiments
– Chimie verte et biocarburants
– Textiles techniques et intelligents
– Usine du futur

mar 232014
 

Des taux de radiation élevés détectés au Nouveau Mexique  18/02/2014 11:44 (Par Sandra BESSON. actualites-news-environnement.com)

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Des taux de radiation extrêmement élevés ont été détectés au Nouveau Mexique, sous une centrale de stockage de déchets nucléaires aux Etats-Unis.

Des capteurs souterrains ont détecté des taux excessifs de radiation à l’intérieur d’un site de stockage de déchets nucléaires sous le désert du Nouveau Mexique, mais aucun ouvrier n’a été exposé et il n’y aurait aucun risque pour la santé publique, d’après ce qu’ont déclaré des responsables du Département de l’Energie.

 

Une alarme de surveillance de l’air s’est mise en alerte vendredi à 11h30 heure locale, indiquant des concentrations dangereuses de radiation à l’intérieur de la Centrale Pilote d’Isolement des Déchets. Il s’agirait du premier incident de la sorte depuis que la centrale a ouvert en 1999.

 

 

 

Dimanche, la source de cette radioactivité élevée n’avait pas encore été déterminée, et par mesure de précaution, le projet d’envoyer des équipes d’inspection sous la surface pour enquêter a été mis en attente.

 

« Ils n’iront pas aujourd’hui. Il s’agit de sécurité plus que de tout autre chose. Nous attendons jusqu’à ce que nous obtenions une autre évaluation avant d’autoriser la réentrée » a déclaré le porte-parole de DOE Bill Mackie.

 

La centrale, située au sud-est du Nouveau Mexique près de Carlsbad, est conçue comme un entrepôt de déchets dits transuraniens, qui comprennent les machines au rebut, les vêtements et autres équipements contaminés au plutonium ou d’autres radio-isotopes plus lourds que l’uranium.

 

Les déchets, provenant d’autres laboratoires nucléaires de DOE et de sites d’armes des Etats-Unis, sont enterrés dans des formations salées souterraines qui se ferment progressivement autour des containers et les isolent du monde extérieur.

 

Aucun salarié n’était sous terre lorsque la fuite de radiation a été détectée dans les alentours de la plateforme d’élimination des déchets de la centrale, et aucun des 139 employés travaillant en surface à ce moment là n’ont été exposés, d’après ce qu’a indiqué le Département de l’Energie.

 

L’alarme a automatiquement fait passer le système souterrain de ventilation en mode filtration pour empêcher toute fuite d’atteindre la surface, ont expliqué les responsables de DOE.

 

Les tests de l’air en surface dans et autour de la centrale ont montré que l’incident ne posait aucun danger pour la santé humaine ou l’environnement, a indiqué Bill Mackie.

 

Les alarmes de surveillance de l’air à la centrale ont été piégées dans le passé par des dysfonctionnements ou des fluctuations des taux de radon, un gaz radioactif généré naturellement.

 

Mais des responsables ont déclaré qu’ils pensaient que c’était la première alarme réelle depuis le début des opérations à la centrale.

 

Seule une douzaine de membres essentiels du personnel sont restés sur le site pendant le week-end.

 

Les livraisons de déchets avaient déjà été interrompues à la centrale quand un avion avait pris feu au cours du mois dans un accident qui a affecté plusieurs ouvriers.

 

« Nous sommes en mode de fermeture » a déclaré Bill Mackie.

 

La centrale du Desert de Chuhuahuan reçoit normalement jusqu’à 6000 mètres cubes de déchets radioactifs par an et emploie plus de 800 salariés. Le site devrait continuer à accepter des matériaux radiologiques jusqu’à 2030, d’après ce qu’a indiqué Bill Mackie.

mar 202014
 

ICRA News

Après Belo Monte, le bassin du rio Tapajós, l’un des principaux affluents de l’Amazone, est la nouvelle cible des constructeurs de grands barrages. Le gouvernement brésilien voudrait faire construire au moins quatre nouveaux grands barrages dans cette région préservée, à la biodiversité unique, et il a missionné un groupe d’entreprises – dont les françaises EDF et GDF Suez – pour réaliser les études d’impact environnemental. Pour prévenir toute velléité de rébellion chez les tribus de la zone, il leur a aussi donné l’appui de l’armée… Ou comment deux entreprises françaises se retrouvent au cœur du conflit de plus en plus tendu entre gouvernement brésilien et populations indigènes.

Groupe d’études du Tapajós (GET) : un nom en apparence inoffensif qui cache une démarche nettement plus contestable. Celle de construire, après Belo Monte et d’autres, une nouvelle génération de grands barrages amazoniens, dans le bassin encore préservé du rio Tapajós et de ses affluents, comme le rio Teles Pires. Au moins quatre nouveaux barrages sont prévus dans la région, qui abrite une biodiversité très riche, mais encore mal connue, et des milliers d’indigènes. Le GET, qui regroupe diverses firmes privées sous l’égide de la compagnie publique d’électricité Eletrobras, est chargé d’étudier la région en vue de réaliser les études d’impact environnemental des futurs barrages.

Deux entreprises françaises sont parties prenantes du GET : les sœurs rivales EDF et GDF Suez. La seconde a construit récemment plusieurs nouveaux barrages au Brésil, dont celui de Jirau ; la seconde aimerait bien en faire de même. Toutes deux ont signalé, par le passé, leur intérêt à participer, au-delà des études d’impact, à la construction et à la gestion des futurs barrages du rio Tapajós. EDF a soumis sa candidature aux enchères pour le barrage de Sinop sur le Teles Pires et, malgré son échec, était récemment en discussion pour racheter une partie du consortium vainqueur. En revanche, l’entreprise a choisi de ne pas participer aux enchères pour le barrage de São Manoel (toujours sur le Teles Pires), qui ont eu lieu en décembre dernier – ni d’ailleurs GDF Suez, qui s’était déclarée un temps intéressée, mais semble avoir jugé les risques trop élevés. Interrogée en décembre dernier, EDF déclarait alors réfléchir à une éventuelle candidature pour construire le barrage de São Luiz do Tapajós, sur la rivière du même nom – les enchères sont prévues pour septembre 2014, comme pour le dernier barrage projeté, celui de Jatobá.

Après les barrages de Jirau et Santo Antonio et, surtout de Belo Monte, le rio Tapajós apparaît désormais comme le nouveau front de la bataille politique et médiatique que se livrent, d’un côté, le gouvernement brésilien et ses alliés industriels, et de l’autres, les populations indigènes et le mouvement environnementaliste international. Si les promoteurs de ces barrages estiment qu’il s’agit d’un sacrifice nécessaire pour assurer l’indépendance énergétique du Brésil, les critiques soulignent, comme dans le cas de Belo Monte, qu’il s’agit surtout de favoriser le développement du futures mines (notamment d’or) dans la région. À terme, ce sont pas moins de douze barrages qui pourraient être construits dans tout le bassin.

Militarisation des études environnementales ?

Une partie des barrages projetés sur le rio Tapajós doivent être construits sur le territoire des indiens Munduruku, l’une des principales tribus amazoniennes, qui compte environ 13 000 membres. Ils ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à s’opposer par la force, au besoin, à la construction des barrages. Même si, en théorie, leurs villages ne seront pas inondés, les Munduruku craignent les conséquences de la modification de l’hydrologie du fleuve, la destruction de la biodiversité, et l’impact social des futurs chantiers, et de l’afflux de migrants qu’ils ne manqueront pas d’occasionner. Un de leurs sites sacrés, les chutes de Sete Quedas, a d’ailleurs déjà été détruit du fait des travaux d’aménagement sur la rivière.

Il y a quelques mois, des Munduruku ont capturé trois scientifiques du GET – ils leur reprochaient de ne pas avoir été consultés au préalable avant leurs démarches de prospection. Ces experts ont été ensuite libérés. Mais ces événements expliquent sans doute le décret étonnant promulgué récemment par le gouvernement brésilien : un décret qui octroie le soutien de l’armée nationale à tous les projets de réalisation d’études d’impact social ou environnemental sur les terres indigènes, et interdit aux populations locales de manifester contre ce genre d’études.

Un décret directement lié aux événements du rio Tapajós, que les indigènes ont baptisé « décret de la répression ». Selon les Munduruku, depuis cette décision, “la police et les forces armées encerclent nos villages. Ils pensent qu’ils peuvent nous intimider, mais nous ne serons jamais intimidés”. Selon eux, la réalisation des études d’impact n’est qu’une manière de les mettre devant le fait accompli.

Localement, les projets de barrages n’ont pas que des opposants, certains espérant qu’ils amèneront avec eux le développement. Des journalistes qui ont assisté à l’une des « auditions publiques » destinées à « consulter » les populations sur le projet de barrage de São Manoel décrivent “un exercice de relations publiques”. Une partie de la Justice brésilienne conteste le principe même de ces auditions publiques, au motif que les indigènes devraient auparavant, au regard du droit international, pouvoir donner leur « consentement libre, préalable et informé ». “En militarisant fortement la région, le gouvernement a rompu le dialogue avec ces populations et a rendu impossible l’organisation d’une consultation préalable adéquate”, a déclaré à Al-Jazeera le procureur du Pará Felicio Pontes. Avec d’autres procureurs, celui-ci a même réussi à faire annuler, temporairement, une audition. Mais, comme souvent en matière de grands barrages au Brésil, cette décision de just ice a été annulée grâce à une disposition légale datant de la période de la dictature, qui permet au pouvoir exécutif de suspendre les règles du droit lorsque la « sécurité nationale » est en jeu.

Ces développements montrent combien, en matière de grands barrages, la réalisation des études d’impact n’a rien d’anodin. Symbole de l’opacité du processus, les scientifiques mandatés ont d’ailleurs interdiction absolue de parler à la presse. Les études d’impact sont déterminantes pour l’octroi des licences administratives, et ensuite pour les programmes de « compensation » sociale et environnementale auxquels les constructeurs du barrage seront tenus.

Selon les critiques, le travail des experts du GET vise surtout à donner l’impression aux communautés locales que la décision de construire les barrages est un fait accompli : l’objectif est d’“intimider et coopter les communautés locales, en donnant l’impression que les barrages sont un fait accompli et qu’ils vont retirer beaucoup d’argent de ces projets.”, selon Brent Milikan de l’ONG International Rivers. Le site internet du GET affiche d’ailleurs la couleur : il n’y est question que de “lever les doutes” et “démystifier les barrages”. Que des entreprises comme EDF et GDF Suez (entre autres) participent au GET constitue aussi une situation de conflit d’intérêts dès lors que ces mêmes entreprises sont intéressées à la construction de ces mêmes barrages, ou d’autres.

Recul des droits des indigènes ?

Les Munduruku ont été rejoints dans leur lutte par des tribus voisines, alliées traditionnelles, et bénéficient du soutien des autres peuples indigènes du pays. Ces derniers sont très remontés contre les grands projets lancés en Amazonie et dans le reste du Brésil ces dernières années, dont le mégabarrage de Belo Monte ne constitue que la face la plus visible. Cinquante guerriers Munduruku ont occupé en décembre 2013 un bâtiment officiel du gouvernement à Brasilia – celui-là même qui abrite l’administration qui a le pouvoir de décider de « suspendre » les décisions de justice au nom de la sécurité nationale.

Pour les indigènes brésiliens, le décret adopté par le gouvernement de Dilma Roussef autorisant le recours à l’armée pour réaliser les études d’impact du Tapajós s’inscrit dans une tendance au recul des droits des peuples indigènes dans le pays. Le processus de démarcation officielle des terres indigènes, prévu par la Constitution de 1988, est au point mort. Plusieurs projets législatifs ou décrets ont été introduits par la Chambre des députés et/ou par le gouvernement de Dilam Roussef pour limiter les droits juridiques des indigènes sur leurs propres terres et régulariser la situation des grandes exploitations agricoles.
Olivier Petitjean
www.multinationales.org
Photo : Amazon Watch

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