Toulouse : Quelques informations complémentaires sur l’expulsion du CREA

 Posted by on 27 avril 2014 at 16 h 44 min  Actualité nationale  Commentaires fermés
avr 272014
 

TOULOUSE: UN MILITANT BLESSÉ PAR UN TIR DE FLASHBALL LORS DE L’ÉVACUATION D’UN SQUAT
MEDIAPART 25 avril 2014 | Par Louise Fessard [1]
Yann Zoldan, 26 ans, a déposé plainte jeudi 24 avril après avoir été grièvement blessé par un tir policier le 21 avril à Toulouse, lors de l’évacuation de deux squats. Il souffre de multiples fractures à la joue droite, causées selon lui par un lanceur de balles de défense.
Un jeune homme a déposé plainte jeudi 24 avril 2014 auprès du procureur de Toulouse après avoir été grièvement blessé par un tir policier le 21 avril à Toulouse, lors de l’évacuation de deux maisons squattées. Yann Zoldan, psychologue de 26 ans, souffre de multiples fractures à la joue droite, causées selon lui par l’impact d’un tir de LBD 40×46 (le Flashball nouvelle génération, plus puissant et plus précis).
Yann Zoldan, le 23 avril, blessé à la joue droite. Les forces de l’ordre étaient intervenues lundi 21 avril en fin d’après-midi pour déloger des familles de deux maisons récemment squattées, au 38, rue Louis- Plana, à Toulouse. Plusieurs militants de la Crea (campagne pour la requisition, lentraide et l’autogestion), un collectif toulousain [2] qui depuis trois ans « réquisitionne » des bâtiments vides pour y créer des « centres sociaux autogérés », étaient présents. « C’était des maisons inoccupées depuis des années et nous avons les preuves qu’on les occupait depuis plus de 48 heures_ (passé ce délai, la police ne peut normalement plus intervenir en flagrant délit et le propriétaire doit obtenir une décision de justice pour procéder à l’expulsion des squatteurs), dit Mathieu Rigouste, sociologue et militant [3] qui a été interpellé au passage. Mais les policiers sont passés outre. Le nouveau maire, Jean-Luc Moudenc (UMP), s’est fait un devoir de réprimer la Crea.»
Selon les militants interrogés, à la vue des agents de la brigade anticriminalité (Bac) et des CRS venus en nombre, les occupants auraient préféré quitter les lieux eux-mêmes. « Il a fallu sortir les affaires, organiser des voitures, c’est alors qu’un camarade (Mathieu Rigouste) a été interpellé par la Bac, explique Louise, une étudiante de 26 ans. Plusieurs personnes se sont rapprochées pour savoir pourquoi ils l’interpellaient. Les policiers de la Bac ont sorti les matraques et un LBD. La violence a monté d’un coup. Ils ont lancé une grenade assourdissante à travers la rue.» Vers 20 heures, intrigué par une première déflagration, Clément, un voisin de 26 ans, a assisté à la scène depuis son palier, au rez-de-chaussée du 30, rue Louis-Plana. « J’ai clairement entendu un CRS dire “Celui-là, attrapez-le”, ils ont couru vers un gars et là c’est parti en vrille avec des coups de matraque, des mecs qui se sont retrouvés au sol, puis j’ai entendu une nouvelle déflagration de Flashball », décrit le jeune homme, électricien et musicien. C’est à ce moment que Yann Zoldan, qui cherchait à fuir, aurait été touché. « Je m’étais réfugié derrière une poubelle, un policier en civil m’a dit “Sors et cours”, donc je suis sorti en levant les mains en l’air et en le regardant, affirme le jeune homme, militant du droit des animaux. Le policier a essayé de me donner un coup de matraque, j’ai reculé et là je me suis pris le tir. Je suis tombé sur les genoux, puis c’est devenu la confusion. » Selon lui, seul un policier de la Bac était armé d’un lanceur de balles de défense et larme était dotée d’un « viseur » _(caractéristique des LBD 40×46). « Plusieurs militants lui avaient dit “Ne visez pas la tête”», se souvient Yann Zoldan.
Soutenu par ses amis, Yann Zoldan est mis à l’abri chez le voisin Clément, qui avait laissé sa porte ouverte, au cas où. « Il était conscient mais complètement sonné et pissait le sang, c’était impressionnant, décrit ce dernier. On lui a donné les premiers secours puis je l’ai emmené aux urgences de Purpan. »_ Diagnostic : une joue droite en miettes. Après scanner, le certificat du médecin des urgences daté du 21 avril dénombre pas moins de cinq fractures des os du visage : « Fracture mandibulaire droite, fracture du malaire, fracture du sinus maxillaire, facture du plancher de l’orbite, hémosinus du maxillaire droit. » Des blessures « compatibles avec l’impact de la balle de Flashball »_, a précisé deux jours plus tard le médecin légal, qui a attribué une ITT de dix jours renouvelable. « Le médecin des urgences m’a dit que des morceaux d’os avaient explosé et que si j’avais été touché un peu plus haut, au niveau de la tempe où les os sont plus fins, çaurait été la mort à coup sûr », indique Yann Zoldan. Le jeune homme, doctorant en psychologie, devrait être opéré dès que sa joue aura dégonflé pour « mettre des plaques de métal ».
Son avocat, Me Julien Brel, a déposé plainte jeudi 24 avril devant le procureur de Toulouse pour violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique, en demandant l’ouverture directe d’une information judiciaire. L’avocat connaît bien ces blessures. Il défend déjà Joan Celsis, un étudiant toulousain qui avait perdu un œil [4] en mars 2009, après un tir de Flashball. L’affaire avait abouti à non-lieu, confirmé le 14 mars 2013 par la chambre de l’instruction de la cour dappel de Toulouse, faute d’identification du policier tireur. Les quatre militants interrogés assurent qu’il n’y a eu aucune violence envers les forces de l’ordre le 21 avril 2014. « De ce que j’ai vu, les squatteurs n’étaient pas du tout dans une attitude agressive qui aurait justifié la réponse des policiers, ils étaient en train de partir petit à petit », indique Clément, le voisin. « La police a été extrêmement violente pour casser la Crea, estime de son côté Louise. _Ça fait plusieurs années qu’ils nous ont dans le viseur et là avec l’arrivée de Jean-Luc Moudenc, ils ont voulu marquer le coup. » D’après la jeune femme, les policiers auraient saisi et donné des coups de pied dans l’appareil photo d’un militant, qui photographiait les interpellations et les « violences policières ».
Selon plusieurs témoignages, quatre personnes auraient été interpellées ce soir-là, dont Mathieu Rigouste, 33 ans. Chercheur en sciences sociales et militant, le jeune homme a été placéen garde à vue pour _« violation de domicile » selon son avocat Me Julien Brel. « Puis ils lui ont rajouté refus de prélèvement d’ADN et ont prolongé sa garde à vue jusqu’à mercredi11 heures, pourl’interroger sur des faits plus anciens », explique l’avocat. Près de 40 heures de garde à vue qui ont abouti, selon Me Julien Brel, à une simple « convocation à la maison de la justice et du droit pour un rappel à la loi »… Auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux quartiers populaires et à l’idéologie policière (L’Ennemi intérieur_ [5] paru en 2009 ou encore La Domination policière [6]parue en 2012), Mathieu Rigouste parle d’une « arrestation arbitraire ». « Comme d’habitude, les policiers ont désigné des chefs, ils essaient de fabriquer des responsables pour mieux réprimer, alors que la Crea est un mouvement de gens en galère sans chef », dit-il.
Links: —— [1] http://www.mediapart.fr/biographie/58110 [2] http://creatoulouse.squat.net/sample-page/ [3] http://www.lesinrocks.com/2012/12/11/actualite/rigouste-11330655/ [4] http://carredinfo.fr/blesse-par-un-tir-de-flash-ball-joan-celsis-mene-un-combat-judiciaire- depuis-quatre-ans-19180/ [5] http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ennemi_interieur-9782707169150.html [6] http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=729

Source : médiapart.

 

Le CAFCA au Conseil général de l’Ariège

 Posted by on 25 avril 2014 at 17 h 54 min  Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés
avr 252014
 

Le CAFCA au Conseil général de l’Ariège

Ariège. RSA : le conseil général envahi par le CAFCA

Une trentaine de militants du collectif d’autodéfense face aux contrôles de l’administration (CAFCA) ont fait irruption, hier après-midi, au conseil général. Ils sont venus plaider le dossier de Séverine, une mère isolée qui a vu son RSA suspendu dans un premier temps faute de s’être présentée devant une commission avant d’être rétablie dans ses droits dans un second temps mais sans effet rétroactif. Entre « occupation » symbolique et réception dans une salle de réunion, la trentaine de personnes a pu échanger avec Francis Dejean le directeur général des services du conseil général et Christine Séverin, directrice de l’aide au développement social (ASD). « Sans justification de son absence à un rendez-vous, une somme de 100 € a d’abord été retenue sur son RSA au mois d’octobre. Puis, c’est 50 % au mois de novembre qui a été retenu. Quand elle a expliqué sa situation devant la commission, elle a été rétablie dans ses droits en décembre » a rappelé Francis Dejean.

« On est là pour débloquer une situation d’urgence » a affirmé l’un des membres du collectif. « On est là pour demander ce à quoi elle a droit. Tout le monde est là de plein droit » a renchéri une autre. Le ton était engagé, les échanges parfois vifs, mais le dialogue est resté de mise. « On ne partira qu’avec des garanties » a encore lancé un autre militant. « Nous exigeons l’arrêt du harcèlement et de leurs punitions aussi infantilisantes qu’humiliantes et le remboursement intégral des sommes ponctionnées » note le collectif dans un communiqué. « Je ne peux pas donner ces garanties. Seule la commission qui examinera la demande de recours grâcieux, avec de nouveaux éléments, peut prendre la décision » a précisé Francis Dejean en détaillant la situation et les voies de recours.

Après une série d’échanges pendant plusieurs minutes, Séverine qui a exprimé sa colère et sa désespérance, a rédigé une nouvelle demande de recours grâcieux où elle présente de nouvelles pièces. Cette demande doit être examinée en commission mercredi prochain.

La trentaine de militants du collectif a ensuite quitté le conseil général dans le calme. Ils ont affirmé, avant de partir, suivre l’évolution de ce dossier.

Leur presse (LaDepeche.fr, 24 avril 2014)

Source : Jura libertaire.

avr 252014
 

NDDL

Avec les inculpé-e-s du 22 février – Avec le mouvement

Appel pour une solidarité active

mardi 15 avril 2014, par WXYZ

Après la manifestation anti aéroport à Nantes le 22 février, la répression a attendu le lendemain des élections municipales, le 31 mars, pour procéder à 9 nouvelles arrestations suivies de quatre condamnations. L’assemblée quinzomadaire du mouvement, qui regroupe la coordination, les zadistes et les collectifs extérieurs de soutien, n’est pas arrivée à dégager un texte commun de solidarité, signé seulement d’une partie (lire ci-dessous).

En effet, certains collectifs et des opposant-e-s ont décidé de ne pas laisser passer ces mesures policières et judiciaires sans réagir, pour ne pas laisser le pouvoir imposer sa version médiatique des faits. Des victimes de tirs policiers de balles caoutchouc (trois personnes éborgnées, une cheville cassée, une nuque enfoncée,…) organisent également une réunion publique pour dénoncer et poursuivre ces pratiques policières. Le Collectif Nantais Contre l’Aéroport organise également une soirée pour revenir sur l’histoire des violences politiques à Nantes, les mensonges médiatiques autour du « saccage » de Nantes du 22 février et l’action de la police.

Dans le même temps, la coordination anti aéroport est incapable d’exprimer une solidarité minimum avec les condamnés. Pire, son porte-parole de fait – celui de l’ACIPA – s’engage carrément dans les élections européennes sur la liste de Europe Écologie Les Verts (EELV), la composante la plus institutionnelle de la coordination qui a toujours condamné la résistance de terrain et utilisé sa participation à la coordination anti aéroport comme un faire-valoir électoral, pour mieux ensuite s’allier et co-gérer la région et la métropole avec le Parti Socialiste.

Au moment où les capitalistes bretons du Club des Trente réclament à grands cris ‟leur” aéroport au nom du dynamisme économique, soutenus par la nouvelle patronne de la métropole, Johanna Roland, il est pourtant plus que jamais nécessaire de dénoncer les manœuvres de la préfecture qui tente de bâillonner, criminaliser et intimider l’opposition.

Nantes, le 15 avril 2014


Avec les inculpé-e-s du 22 février – Avec le mouvement

Le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes se voit chaque jour plus fragilisé. La manifestation du 22 février a connu une mobilisation inédite et démontré une nouvelle fois la force du mouvement avec 50.000 personnes, 500 tracteurs et 67 cars venus de toute la France. Dans la foulée, les déclarations et accords renouvelés sur le fait de ne pas démarrer de travaux avant l’épuisement des recours actuellement déposés contre l’aéroport (1), pourrait bien acter son chant du cygne.

Quand Valls est prêt à proposer l’abandon du projet pour rattraper les Verts (2), on peut d’ores et déjà se dire que le gouvernement n’y croit plus vraiment. Quoi qu’il en soit, hors des cénacles, le mouvement est plus paré que jamais pour empêcher tout démarrage de travaux et toute nouvelle vague d’expulsion.

On s’approche aujourd’hui d’une victoire majeure pour les luttes contre l’aménagement gestionnaire et marchand du territoire. Et c’est bien, entre autre, parce que ceux et celles qui résistent sur le terrain ont su rester uni.e.s, et ce malgré les tentatives désespérés pour diaboliser la colère qui s’est exprimée le 22 février.

Dans ce contexte de déroute pour les pro-aéroports, une série d’arrestations (3) survient néanmoins au lendemain des élections municipales en pleine nomination de Valls au poste de premier ministre.

Cette opération est une tentative de vengeance qui exige que se déploie un soutien large, mais qui ne saurait entamer la détermination du mouvement.

Après les annonces grandiloquentes sur les enquêtes en cours, le résultat n’est au demeurant pas très impressionnant. On a au final un échantillon de quelques personnes qui, comme des centaines d’autres ce jour-là, on peut-être jeté quelques projectiles sur la police et sont accusées par ailleurs d’avoir, comme des dizaines de milliers d’autres, « participé à un attroupement armé ». Ces suspect.e.s étaient tellement bien profilé.e.s que sur les 9 arrêté.e.s, deux ont été quasi immédiatement relâché.e.s sans suite, dont un n’était même pas à Nantes lors de la manifestation. 4 sont déjà passés en comparution immédiate, et 1’autre sera jugés dans quelques mois. Pour les premiers qui n’ont pas pu préparer leur défense, les condamnations sont lourdes malgré le vide des dossiers : 4 mois de sursis, 4 mois ferme, 5 mois ferme et enfin un an de prison avec mandat de dépôt, ainsi qu’une interdiction pour tous de manifester à Nantes et Notre Dame des Landes durant un à trois ans.

Si l’opération est piètre, ces arrestations sont néanmoins graves. D’abord parce qu’un camarade se retrouve en prison et que plusieurs autres risquent d’y aller dans les mois à venir. Elles sont graves aussi parce qu’elles représentent une tentative de faire accepter de nouveaux dispositifs répressifs propre à criminaliser encore plus à l’avenir, l’ensemble des luttes sociales et tout-e-s ceux et celles qui font concrètement obstacles à leur grands projets.

Comme avec les militants du Val de Susa (4), les ouvriers de PSA ou des Contis (5), les dits terroristes de Labège (6), Tarnac (7) ou les insurgés de Villiers le bel (8) , l’État, face à ce qu’il estime comme une menace, déploie une débauche de moyens médiatiques et policiers pour criminaliser le mouvement. La cellule de crise et les appels à la délation dans les médias cherchent à faire rentrer les personnes ciblées dans les petites cases repoussoirs du “casseur” isolé ou du “terroriste” en bande organisé et à construire un ennemi intérieur bien délimité et extérieur au mouvement. Pour Valls, il est nécessaire de croire à la fiction du “black bloc”, celles de groupes manipulateurs et marginaux qui n’interviendraient dans les luttes que pour assouvir leurs désirs nihilistes. Il leur faut isoler, stigmatiser, diviser parce que la réalité d’une lutte large et plurielle, la possibilité d’une solidarité entre diverses tactiques est aussi inacceptable que dangereuse pour eux. C’est bien cette réalité qui a mis en échec l’opération César et qui leur rend si difficile l’idée d’un retour sur la zone.

La méthode employée : arrêter des semaines après une manifestation des personnes à domicile, sans flagrant délit et sur la base d’images photos, vidéos ou d’aveux extorqués est plutôt nouvelle dans ce pays (9). Et c’est cette méthode qu’une solidarité active doit neutraliser. Le procédé vise avant tout à distiller une peur durable de participer à des manifestations, surtout s’il est possible que celles-ci ne soient pas qu’un défilé docile et qu’une tension s’y dégage. Rappelons à ce titre qu’un catalyseur majeur des affrontements du 22 février a sans nul doute été la volonté du Préfet d’empêcher que la manifestation se déroule et la transformation du cœur de Nantes en zone rouge. Ceci dans un contexte où la préfecture annonçait qu’elle comptait bien reprendre au plus vite les expulsions et destructions de maisons sur la Zad, ainsi que celle des espèces protégées. Gardons aussi en mémoire que, malgré la fiction médiatico-politique de « la ville dévastée de manière indiscriminée », la plupart des actes de sabotages qui sont survenus ce jour là étaient ciblés sur les porteurs du projet d’aéroport et leurs sbires, ou sur des acteurs d’autres grands projets comme celui du Val de Susa. Même si les 50 000 personnes présentes n’y ont pas pris part, même si certain.e.s manifestant.e.s étaient angoissé.e.s de la situation ou critiques de ces actes, il est indéniable que des milliers de personnes ont soutenu ou participé plus activement à l’élan visant à passer au centre-ville malgré les barrages policiers, et que pas mal d’autres ont applaudit ou sourit à la vision des engins de destructions de Vinci incendiés. La police a répondu le jour même à cet affront : à coup de flashballs ou de grenade, elle a mutilé à vie et blessé gravement des dizaines de manifestant.e.s. (10)

Mais cela n’était pas suffisant, à défaut de juger la foule, la loterie répressive s’abat après coup sur quelques individus isolés.

Cette vague d’arrestation pourrait se répéter. C’est maintenant à tout-e-s celles et ceux qui, le 22 février, n’ont pas supporté de se faire entraver dans leur droit à manifester, qui se sont insurgé-e-s contre la violence policière et la répression, et au-delà à toutes celles et ceux qui se soucient de la possibilité même de lutter, de s’organiser pour ne laisser aucune des personnes inculpées après cette journée seules face à la justice ou derrière les barreaux.

Premiers signataires :

- Des occupant-e-s de la Zad, groupes et personnes en lutte contre l’aéroport et son monde.

- L’assemblée des habitant-e-s de la Zad du jeudi 10 avril 2014

- Le Carila (Comité Anti-Répression Issu de la Lutte anti-Aéroport)

L’OCL se joint à cet appel.

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Notes :
(1) Cette position avait déjà été annoncée par Ayrault suite à la manifestation du 22 février, et aux appels pressants d’Auxiette, président de région, à expulser immédiatement la Zad. Elle a été confirmée par écrit dans un accord passé entre EELV et le PS entre les deux tours des municipales puis reprise par Ségolène Royal lors de son arrivée au ministère de l’écologie.
(2) Emmanuelle Cosse, patronne d’EELV a déclaré le 5 avril au conseil national de son parti que Valls leur avait proposé « à demi-mots, la fin de NDDL » afin qu’ils restent au gouvernement.
(3) Des personnes avaient déjà été arrêtées et inculpées pendant la manifestation et la semaine qui a suivi. Pour plus d’infos et des conseils sur les arrestations du 31 mars : http://zad.nadir.org/spip.php?artic…
(4) Le 9 décembre 2013, la police politique, sur ordre des parquets de Turin et Milan, a incarcéré Chiara, Mattia, Niccolo et Claudio, pour « attentat à finalité de terrorisme ». Ils et elles sont accusé-es d’avoir pris part à une attaque du chantier du TAV pendant laquelle du matériel a été saboté. Ils risquent 20 ans de prison. C’est loin d’être la première fois en Italie que ce type de procédure anti-terroriste s’abat sur des militants anti-TAV
(5) Fin 2012 et début 2013, face à la fermeture annoncée de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, divers actions qualifiées de « militaristes » par la direction et dénoncées par les principaux syndicats ont été menées par des ouvriers en lutte : séquestration de cadres, cortèges masqués et sabotages à l’intérieur de l’usine, émeutes… En avril 2009, dans le cadre d’une lutte dure face à un plan social, 200 ouvriers de Continental saccagent la Sous-préfecture de Compiègne. 6 d’entre eux seront inculpés pour ces faits.
(6) Le 5/08/11, une dizaine de personnes avait pénétré dans les locaux de la Protection judiciaire de la jeunesse, à Labège près de Toulouse, pour manifester contre l’incarcération des mineurs suite à la répression d’une révolte dans un EPM et déversé du liquide nauséabond sur des ordinateurs. Le 15 novembre 2011, après des mois d’enquêtes, plusieurs maisons et squats étaient perquisitionnées et 4 toulousaines se voyaient incarcérées avec des chefs d’inculpation lourds. http://pourlaliberte.noblogs.org/
(7) Le 11 novembre 2008, 9 personnes sont arrêtées et inculpées »association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste », accusées d’avoir participé au sabotage d’un caténaire de ligne TGV. Voir : http://www.soutien11novembre.org/
(8) Le 25 novembre 2007, Lakhmany et Moushin, 16 et 15 ans, meurent renversés par une patrouille de police. La ville se soulève pendant deux jours. Des mois après, des personnes sont arrêtées suite à un appel public à la délation du gouvernement, et sont condamnées à des peines très lourdes.
(9) Si ces méthodes sont assez nouvelles en France, elles sont malheureusement courantes dans d’autres pays européens. Ainsi suite aux émeutes qui se sont emparé de Tottenham et de plusieurs villes anglaises en août 2011 après un meurtre policier, des centaines de personnes sont arrêtées à posteriori sur la base d’images vidéos et d’appels à la délation dans les jours, semaines et mois qui suivent.
(10) La violence policière s’était déjà déchaînée pendant les expulsions de la Zad en contre et novembre 2012. Entre autre, le 24 novembre pendant une opération dans la forêt de Rohanne, où une centaine de personnes avaient été blessées, dont certaines gravement, par des flashballs et grenades.


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Infos complémentaires :

Un comité de soutien à Enguerrand, condamné à un an ferme s’est créé avec sa famille et des proches - contact : soutien.enguerrand(@)riseup.net
Une manifestation de solidarité devrait s’organiser rapidement.

Le Carila (comité anti-répression issu de la lutte anti-aéroport) apporte un soutien juridique et matériel aux inculpées. Vous pouvez envoyer des dons pour les frais de justice et d’avocat. Comité de Soutien aux Inculpé-e-s Le Gué 44 220 Couëron

Des blessés du 22 février ont déposé des plaintes pour « violences volontaires avec armes » .
Un appel aux blessés du 22 février a été lancé. http://22fevrier2014nantes.blogspot.fr/

L’assemblée du mouvement a signé un communiqué commun inspiré par un texte du comité NDDL 22 : http://zad.nadir.org/spip.php?artic…

Source : Site OCL.

avr 242014
 

Flash ball : les blessés du 22 février relancent le débat

Les trois jeunes qui ont porté plainte dénoncent l’usage abusif des lanceurs de balles de défense. Riposte proportionnée face à une situation exceptionnelle, répond la police. L’enquête s’annonce complexe.

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La manifestation du 22 février, à Nantes, avait dégénéré en des affrontements violents avec les forces de l’ordre.

Ce que disent les blessés

Quentin Torselli, Damien Tessier et Emmanuel Derrien ont été blessés à l’œil lors de la manifestation du 22 février. Quentin Torselli, 29 ans, a perdu l’usage de son œil gauche. Damien Tessier, 29 ans également, souffre « d’une nécrose de la rétine », due, selon lui, à « une grenade assourdissante ou une balle de caoutchouc ». Emmanuel Derrien, 24 ans, originaire de Quimper, sera bientôt opéré de la cataracte. Il pense avoir été la cible d’« un projectile dont il ne peut préciser la nature ». Tous trois ont le sentiment d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment.

« C’était la première manif de ma vie, et ce sera la dernière, raconte le Rezéen Damien Tessier. J’étais dans une optique cool. Je venais par curiosité mais aussi par intérêt pour ce débat sur l’aéroport. Et puis je me suis retrouvé au milieu de gamins affolés. C’était la panique. Aujourd’hui, je suis en colère. Je ne peux plus ni conduire ni exercer mon métier de maçon. »

Venu ce jour-là de Landerneau pour un entretien d’embauche, le cuisinier Emmanuel Derrien dit être passé par hasard : « J’étais là en tant que spectateur. »

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Pierre Douillard, Damien Tessier, Emmanuel Derrien et Quentin Torselli, hier [15 avril], lors de la conférence de presse, à Nantes.

Trois plaintes contre X et une enquête de l’IGPN

Les trois jeunes gens dénoncent ces blessures, qu’ils estiment avoir été causées par les forces de police et désignent un usage « abusif et hors du cadre légal » des lanceurs de balles de défense (flash ball super-pro et LBD 40), armes utilisées ce jour-là par les policiers. Au moins deux d’entre eux ont porté plainte contre X pour violences volontaires avec armes. Et envisagent « d’attaquer le préfet et le commandement de la police devant le tribunal administratif ».

Réunis au sein d’un collectif pour l’instant informel, ils réclament l’ouverture d’une information judiciaire. De leur côté, les membres de l’Observatoire nantais de la démocratie locale demandent la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, « pour savoir ce qui s’est passé ce jour-là ».

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VOIR LA VIDÉO

Une riposte proportionnée, selon la police

À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle, rétorque Jean-Christophe Bertrand, patron de la police de Loire-Atlantique : « Ces armes ne sont jamais utilisées dans les manifestations, sauf en cas de violences exceptionnelles, en légitime défense ou pour disperser des attroupements. Ces conditions étaient réunies le 22 février. Les personnes qui ont été blessées n’étaient pas dans le flot des manifestants pacifistes mais parmi ceux qui ont pris le risque d’affronter les forces de l’ordre. » D’autres armes moins mutilantes auraient-elles pu suffire à faire revenir l’ordre ? « Pas à ma connaissance. En tout cas, les gaz lacrymogènes, lancés en très grand nombre, n’y ont pas suffi. »

L’usage des lanceurs de balles de défense est strictement réglementé. Ainsi, il est interdit de viser les personnes au-dessus de la ligne des épaules. Comment alors expliquer ces blessures à l’œil ? « Les consignes données aux fonctionnaires habilités à les utiliser sont claires : on ne vise pas les visages. Mais on ne peut pas exclure que la personne visée ait fait un mouvement inopiné au dernier moment. »

Le flash ball, une arme appropriée ?

Même analyse du côté des syndicats de police. « Les fonctionnaires ont utilisé ces armes à bon escient », explique Mickaël Evelinger, délégué régional Unsa police. « Face à des gens qui veulent tuer du flic, si la police n’est pas armée, c’est l’anarchie. » Le représentant du SGP-FO, Stéphane Léonard, rappelle que la situation était « celle d’une guérilla urbaine. Rue Kervégan, les policiers se sont retrouvés débordés. Plus de munition. Ils devaient défendre leur peau. C’est tout à fait déplorable que des jeunes perdent un œil mais, à un moment, ce qui est raisonnable c’est de rentrer chez soi. »

« Rien ne prouve pour l’instant que ces blessures ont été causées par des flash ball », remarque Arnaud Bernard, du syndicat Alliance. « 2500 grenades ont été utilisées ce jour-là, les canons à eau ont tourné toute la journée. Que pouvait-on faire d’autre que d’utiliser les flash ball ? Tirer avec nos armes de service ? Je rappelle que l’on a compté cent trente blessés dans nos rangs. »

Une enquête qui s’annonce complexe

Une enquête a été confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Pour l’heure, le parquet a recensé quatre plaintes, dont deux émanant de journalistes indépendants touchés l’un au pied, l’autre au thorax. « L’enquête s’annonce complexe, reconnaît le procureur adjoint, Guirec Lebras. Les blessures constatées chez les uns et les autres ne sont pas du même ordre. Et chaque blessé se trouvait sur une scène différente. On n’est pas dans le cas d’une seule intervention sur un groupe déterminé, dans un lieu donné. Sur chacune des scènes, il faudra analyser les conditions pratiques et juridiques du tir. »

Un policier devant les assises

S’il est un jour prouvé qu’un blessé a réellement été victime d’une munition tirée par un policier, il restera à établir si oui ou non ce dernier a agi en état de légitime défense. Sur cette question, le parquet de Bobigny vient de créer un précédent en décidant de renvoyer devant les assises le policier qui avait blessé au flash ball Joachim Gatti, 34 ans, lors d’une manifestation à Montreuil, en juillet 2009. Le parquet a estimé que le policier, mis en examen en septembre 2009, ne se trouvait pas en état de légitime défense « de lui-même ou d’autrui ».

Leur presse (Isabelle Labarre, Ouest-France.fr, 17 avril 2014)

Violences lors de la manifestation anti-aéroport : les policiers blessés portent plainte

NOTRE-DAME-DES-LANDES – Pour réagir aux plaintes déposées par des manifestants blessés lors de la manifestation du 22 février, les forces de police ont annoncé leur intention de déposer des plaintes.

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Des violences ont émaillé la manifestation du 22 février à Nantes, contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Eux aussi veulent réagir. Les policiers blessés lors de la manifestation du 22 février à Nantes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ont décidé de porter plainte contre X. La nouvelle a été officialisée par Jean-Christophe Bertrand, directeur départemental de la sécurité publique, dans Ouest-France et Presse-Océan.

Une des raisons à cette action : les fonctionnaires estiment que les manifestants blessés ont largement médiatisé leur cas, en dénonçant des “violences policières”. Ces derniers jours en effet, quatre plaintes ont été déposées de la part de militants victimes de tirs lors de la manifestation. Un collectif, celui des Blessés du 22 février, s’est également créé, avec pour but la lutte contre l’utilisation des flash-ball et des lanceurs de balles de défense.

Les policiers se sentent eux aussi “victimes”

Mais les forces de l’ordre ont elles aussi eu des blessés dans leurs rangs. D’après les chiffres de la préfecture, ils seraient 130 à avoir reçu des projectiles. Aucun fonctionnaire n’avait encore déposé plainte. Mais ils ont changé d’avis. “Ils veulent préserver leurs droits. Eux aussi se sentent victimes”, indique Jean-Christophe Bertrand. “Mais on ne pensait pas que cette affaire allait prendre cette ampleur”, explique-t-il dans Ouest-France. Un accueil spécifique va être ouvert au commissariat central. En tant que directeur départemental, Jean-Christophe Bertrand veut lui aussi déposer une plainte, en soutien aux fonctionnaires blessés.

Une enquête, menée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), est en cours pour tirer au clair ces événements du 22 février.

Leur presse (Sibylle Laurent, MetroNews.fr, 18 avril 2014)

Nantes : le chef de la police assume sans réserve les blessés par Flashball

Le bilan des blessés de la manifestation de Nantes contre l’aéroport ne cesse de s’alourdir. Trois hommes ont été grièvement blessés à l’œil par des tirs policiers. Interrogé par Mediapart, le directeur départemental de la sécurité publique assume : « Ceux qui prennent le risque de s’en prendre aux forces de l’ordre s’exposent eux aussi à des dommages corporels. »

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Jean-Christophe Bertrand, directeur départemental de la sécurité publique de Loire-Atlantique.

Trois jeunes hommes ont été grièvement blessés à l’œil par des tirs policiers, lors de la manifestation du 22 février à Nantes contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. L’un est éborgné et les deux autres ont peu de chances de retrouver la vue. Sur la page Facebook d’appel à témoignages qui a été créée, plusieurs autres manifestants affirment, photos à l’appui, avoir été atteints par des tirs de Flashball au visage : sur le crâne avec neuf points de suture, sur la joue ou encore à la lèvre. Quatre enquêtes pour violences ont déjà été confiées à la délégation rennaise de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

C’est un bilan particulièrement lourd et inédit pour une manifestation en France. Contacté par Mediapart, Jean-Christophe Bertrand, directeur départemental de la sécurité publique de Loire-Atlantique depuis juillet 2013, a accepté de répondre le 15 avril à nos questions par téléphone. Il assume sans sourciller les violences commises et rappelle qu’une enquête de l’IGPN est en cours. « Ceux qui prennent le risque de s’en prendre aux forces de l’ordre s’exposent eux aussi à des dommages corporels », déclare Jean-Christophe Bertrand.

Jeudi 17 avril, deux jours après cet entretien, Jean-Christophe Bertrand a incité, dans une note de service révélée par France-3 Pays de la Loire, les policiers blessés à saisir eux aussi la justice en leur annonçant la création d’une structure dédiée pour recueillir leurs plaintes. Il indique avoir lui-même décidé de déposer plainte en tant que directeur départemental : il veut « marquer tout (son) soutien aux fonctionnaires (…) mais aussi pour prendre en compte le caractère exceptionnel d’une manifestation qui a fortement marqué les esprits ».
Entretien.

Quel était le cadre d’utilisation du Flashball superpro et du Lanceur de balles de défense 40 × 46 (plus puissant et précis) au cours de cette manifestation ?

Jean-Christophe Bertrand : Le Flashball et le LBD ont effectivement été utilisés dans cette manifestation, dans le cadre légal. À savoir dans des situations de légitime défense, quand des fonctionnaires ont été agressés par des jets de divers projectiles, dont des pavés catapultés, des billes d’acier, des boulons, et des cocktails Molotov. Et à certains moments, dans un autre cadre d’emploi, qui est la dispersion des attroupements après que des sommations ont été effectuées.

Les fonctionnaires ont obligation de faire un rapport après chaque utilisation de ces armes. Combien de tirs ont eu lieu au cours de la manifestation du 22 février ?

Je ne peux pas vous dire. Ce sera à l’IGPN de le déterminer lors de son enquête.

La police française est réputée pour son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre. Est-ce normal qu’au cours d’une manifestation, trois personnes soient grièvement blessés au visage par des tirs policiers au point, pour l’un, d’avoir perdu un œil ?

Il y avait 20’000 manifestants (50’000 selon les organisateurs, ndlr). Tout ceux qui ont défilé pacifiquement et n’ont pas cherché l’affrontement avec les forces de l’ordre n’ont rien eu. Mais un petit millier de personnes ont voulu en découdre et se sont exposées à une réplique des forces de l’ordre. On peut considérer que trois blessés au visage c’est beaucoup, mais il faut rapporter ce chiffre au nombre de manifestants. Nous encadrons tous les jours des manifestations à Nantes sans avoir à utiliser ces armes, ce qui prouve l’extrême violence de la
manifestation du 22 février. Nous n’avions jamais connu ça à Nantes, et rarement dans le reste de la France. Au total, 130 policiers et gendarmes ont été blessés (dont 27 adressés au CHU et un seul cas grave d’un officier d’une CRS souffrant d’une fracture au bras, ndlr).

Il faut attendre les résultats de l’enquête de l’IGPN pour savoir si ces personnes ont effectivement été blessées par des tirs de Flashball et de LBD, et pour savoir ce que ces personnes faisaient au moment où elles ont été blessées. L’un des manifestants blessés à l’œil (Quentin Torselli, ndlr) se trouvait au milieu de gens qui affrontaient les forces de l’ordre. Je me demande ce qu’il faisait là (le jeune homme affirme qu’il reculait et était pacifique, ndlr).

Doit-on en conclure que les forces de l’ordre françaises sont autorisées à crever les yeux de manifestants qui se retrouvent au milieu d’affrontements ?

Ceux qui prennent le risque de s’en prendre aux forces de l’ordre s’exposent eux aussi à des dommages corporels. La réplique est proportionnée. Si l’on a équipé les forces de l’ordre d’armes non létales, c’est pour éviter que les fonctionnaires n’aient recours à des armes conventionnelles (armes à feu, ndlr).

Mais comment expliquer qu’autant de personnes aient été touchées au visage, alors qu’il est expressément interdit aux fonctionnaires de viser au-dessus des épaules, sauf cas de légitime défense ?

Si la personne bouge entre le moment où le fonctionnaire appuie sur la queue de détente de l’arme et l’impact, il y a toujours un risque que le point d’impact ne soit pas celui initialement visé.

Les policiers et gendarmes ont-ils reçu des instructions particulières quant à l’usage de ces armes avant la manifestation ?

Je rappelle que les fonctionnaires dotés de cette arme, à savoir les CRS, les gendarmes mobiles et les agents de sécurité publique, ont reçu une formation technique et juridique. Donc ils connaissent parfaitement leurs conditions d’usage.

Sur une vidéo filmée par un photographe indépendant, on voit des CRS et un camion à eau poursuivre, gazer et asperger d’eau à haute pression des manifestants qui tentent de secourir Quentin Torselli, blessé quelques instants plus tôt. Y a-t-il eu des entraves aux secours ?

Non, il faut faire attention aux vidéos, car on ne voit pas ce qui se passe derrière les manifestants. La caméra est tournée uniquement vers les fonctionnaires. On ne peut donc pas analyser la scène en toute impartialité. Je ne pense pas que les fonctionnaires dans le camion à eau aient pu entendre ce que criaient les manifestants devant.

Deux journalistes ont déposé plainte pour violence. L’un d’eux, un photographe, a reçu un tir de Flashball dans le torse après avoir crié « Hé, c’est des journalistes ». Il se trouvait au milieu de plusieurs reporters clairement identifiables par leurs caméras et appareils photo. Pourquoi tirer sur un journaliste ?

Il faut bien analyser les images et le son, parce qu’il n’est pas certain que les fonctionnaires aient entendu ce qu’il criait. Quand des journalistes sont mélangés aux casseurs, c’est assez difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Dans le feu de l’action, il n’est pas facile de trier.

Est-ce normal que des agents du GIPN (Groupe d’intervention de la police nationale) de Rennes soient intervenus en maintien de l’ordre sur la voie publique, cagoulés, sans matricule, ni moyen d’identification ?

Ils étaient identifiés en tant que fonctionnaires de police. De toute façon, personne n’est capable de lire un matricule dans un contexte aussi agité de manifestation. Le GIPN était initialement dédié à la protection de la mairie. En fin d’après-midi, la situation est devenue tellement critique qu’ils ont demandé à venir porter assistance à leurs collègues, qui se trouvaient entre le cours des 50-Otages et le parking de la Petite-Hollande.

Attendiez-vous un milliers de « casseurs », selon le chiffre qui a ensuite été donné par la préfecture de Loire-Atlantique ?

Nous avions des informations de risques d’agrégation de gens violents, ce qui s’est révélé exact. Mais nous n’avions pas de chiffre précis.

Dans une lettre ouverte au ministre de l’intérieur, Françoise Verchère, conseillère générale du Parti de gauche et l’une des responsables du collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (le Cédépa), s’est étonnée que la police ne soit pas intervenue plus tôt pour interpeller le petit groupe de personnes qui se livrait à des dégradations en tout début de manifestation. Qu’en est-il ?

Je rappelle à Mme Verchère que lorsqu’on est élu de la République, on respecte les lois de la République. En l’occurrence, les organisateurs d’une manifestation sont censés déclarer son parcours auprès des pouvoirs publics. Ce que se sont obstinément refusé à faire les organisateurs de la manifestation du 22 février (plusieurs réunions se sont tenues entre la préfecture et les organisateurs, sans qu’aucun accord n’ait été trouvé, ndlr).

Face à l’absence de dialogue et à leur volonté de passer par le centre-ville, nous avons dû prendre des mesures de blocage des accès en centre-ville. Nous avions donc des forces mobilisées pour verrouiller le centre-ville et que nous ne pouvions pas déplacer pour aller interpeller des gens qui commettaient des dégradations le long du parcours de la manifestation. Il n’y a aucun manichéisme de notre part !

Vous avez annoncé dans une note de service du 17 avril vouloir vous-même déposer plainte. Pourquoi ?

Il y avait un certain nombre de demandes de la part de fonctionnaires qui avaient l’impression d’avoir été oubliés, au vu de la couverture médiatique offerte aux manifestants blessés. D’où mon souhait d’organiser le recueil de ces plaintes. Et, à titre personnel, je déposerai également plainte à l’appui des personnels agressés, en tant que chef de service, comme les textes m’y autorisent. Il y a eu des blessures physiques, comme des acouphènes, et d’autres moins visibles, psychologiques. Plusieurs fonctionnaires souffrent de troubles liés à la violence inouïe à laquelle ils ont dû faire face.

Boite noire : Cet entretien a eu lieu par téléphone le 15 avril 2014 et a été complété le 18 avril (dernière question). Il n’a pas été relu par M. Bertrand.

Leur presse (Louise Fessard, Mediapart, 18 avril 2014)

Source : Jura libertaire.

Toulouse : La police expulse et tabasse les occupant-e-s du CREA.

 Posted by on 24 avril 2014 at 11 h 41 min  Logement / Squat / Urbanisme  Commentaires fermés
avr 242014
 

[Les pauvres ne disparaissent pas à coups de tonfa magique] Des bâtiments sont vides, des gens sont à la rue : réquisitionnons ce qui a été construit par le peuple pour loger le peuple

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Communiqué de la Campagne de Réquisition d’Entraide et d’Autogestion du 23 avril 2014

À Toulouse, depuis plus de trois ans nous, familles avec enfants, étudiant.es précaires, travailleur.euses.s pauvres, galériens.nnes privé.e.s de papiers, réquisitionnons des bâtiments vides privés et publics pour nous loger, nous organiser et vivre selon nos propres moyens et nos propres besoins. Dans cette même logique, depuis plus de trois ans, insoumissibles aux logiques de l’État, du capital, et des politiques bourgeoises nous refusons de laisser organiser les conditions de notre misère et notre exploitation.

C’est ainsi, que lundi 21 avril, nous, habitant.e.s et soutiens du Centre Social Autogéré du 57 avenue Jean-Rieux étions obligé.es de rendre les clefs du bâtiment réquisitionné depuis octobre 2013 après que M. Jean-Luc Moudenc, nouveau maire ressuscité de la droite toulousaine, ait personnellement « prié » le propriétaire de nous expulser sous menace d’un carnage policier. Il est clair que dans la logique de la Justice et que dans l’obsession personnelle et maladive de M. Moudenc de « nettoyer sa ville », les intérêts des pauvres et leurs organisations ne valent rien.

C’est ainsi bien conscient de cela, que nous avions ouvert par nécessité, quelques jours auparavant, deux nouvelles réquisitions à la Roseraie que nous venions d’officialiser.

Mais dès dimanche soir et ce jusqu’à l’expulsion, se sont succédés autour de ces deux maisons : vrais et faux propriétaires, renforts massif d’agents immobiliers, policiers divers et variés s’étant tous accordés sur le même discours : notre impossibilité à rester dans les lieux quels que soient nos droits et nos déterminations. Le dispositif s’accélère le lundi après-midi lorsque nous nous trouvions à l’intérieur des bâtiments. Fort d’une plainte fallacieuse et illusoire pour violation de domicile déposée par les propriétaires, les renseignements généraux ont, dans un premier temps, tenté d’interroger plusieurs personnes identifiées de la CREA. Bredouilles, ils repartent pour mieux revenir une heure après accompagnés de plusieurs camions de CRS bloquant la rue et ordonnant l’expulsion immédiate et illégale des bâtiments, sans solution de relogement.

Après discussion, nous nous décidons à sortir des maisons, avec nos affaires et sans que personne ne soit embarqué, à qui serait intimé l’obligation de répondre de la plainte du propriétaire.

Une heure plus tard, nous nous trouvons tous dehors : habitant.tes, entourés de nos soutiens et de nombreux voisin.e.s. lorsque le lourd dispositif policier finit de se mettre en place. Nous nous interrogeons encore sur l’impressionnant arsenal mis en œuvre : plus d’une centaine de policiers de corps différents, une quinzaine de camions, brigades des CSI, BAC, Police nationale, gardes-mobiles, renseignements généraux, lorsqu’au même moment le gouvernement se pavane vulgairement dans les médias en parlant de « plans d’économies » et de « gestion sociale » du pays.

Nous déménageons nos affaires lorsque la BAC décide d’interpeller quelqu’un identifié comme « responsable ». En plus de la violence de l’intervention, s’en suit un déluge de coups de la part des tous les policiers : gaz lacrymos, tir de grenade dispersive, tir tendu de flash-ball au visage. Un autre camarade s’est écroulé au sol, se faisant secourir et transporter à l’hôpital par les voisin.e.s. Touché en pleine face, plus de la moitié des os de son visage ont explosé. Plusieurs personnes ont été blessées, et la chasse à l’homme dure plusieurs heures. De plus, quatre personnes ont été interpellées, une est toujours en garde-à-vue ce mercredi matin et une cinquante de personnes se retrouvent à la rue du fait de l’acharnement de la Mairie et de la Préfecture.

Nous adressons donc un message au nouveau maire de Toulouse et à tous ceux qui partagent ses idées et intérêts : les pauvres ne disparaissent pas à coups de tonfa magique. Les surveillances, contrôles, expulsions, répressions ne font qu’accroitre nos déterminations à ne pas nous résigner au jeu des pouvoirs publics de droite comme de gauche, et à choisir pour et par nous-mêmes nos conditions d’existence. Des bâtiments sont vides, des gens sont à la rue : réquisitionnons ce qui a été construit par le peuple pour loger le peuple.

Ici et maintenant, rencontrons-nous, organisons-nous.
Tous pour Tou.tes
Pouvoir au peuple

Source : Jura libertaire.

avr 242014
 

[Lille] Perquisition et gardes à vue contre la Mutuelle des fraudeurs

Perquisition et gardes à vue contre la Mutuelle des fraudeurs

À 8 heures 30 ce matin, sept personnes encagoulées ont arrêté un camarade suspecté d’appartenir à la Mutuelle des fraudeurs. Ils ont ensuite perquisitionné son appartement, volé de l’argent et les ordinateurs. Une deuxième personne est convoquée dans l’après-midi, elle sera elle aussi mise en garde à vue.

Transpole porte plainte pour incitation à la fraude, alors que la fraude n’est pourtant ni un crime ni un délit, mais une contravention.

Nous devons considérer cette perquisition et ces arrestations comme une intimidation couronnant l’escalade de la violence organisée par Transpole et Lille Métropole :

• Mise en place de la vidéosurveillance depuis 2001 dans les stations, les rames et les bus, puis pose de micros ;

• Fichage des déplacements individuels avec la carte « Pass pass » ;

• Des contrôleurs et agents de sécurité de plus en plus agressifs ;

• Échange d’infos avec l’Éducation nationale, la Police, les bailleurs sociaux, etc. dans le cadre du Contrat Local de Sécurité ;

• Aujourd’hui perquisition et gardes à vue pour de supposés fraudeurs ;

• Demain vidéo surveillance “intelligente” pour détecter les fraudeurs (Voix du Nord du 16/04/14)

Si on ajoute à cette politique de fichage la hausse des tarifs depuis 10 ans dans cette période de paupérisation, nous considérons que Transpole et Lille Métropole sont les premiers à inciter à la fraude !

Ne nous laissons pas intimider et montrons notre solidarité,

RDV jeudi 17 avril à 18h30 à la station de tramway « Saint Maur » pour un rassemblement devant les locaux de la Brigade financière et de la DCRI, 634 avenue de la République à Marcq-en-Baroeul, où sont enfermés les deux mis en cause.

Mailing, 16 avril 2014 à 22h51

[Lille] Suites aux interpellations contre la Mutuelle des fraudeurs

http://i1.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/04/18.jpg?resize=350%2C292Les deux personnes suspectées d’appartenir à la mutuelle des fraudeurs, perquisitionnées et interpellées mercredi matin, ont été relâchées après 27 heures de garde-à-vue. Elles ont été auditionnées par la Brigade financière, habituellement spécialisée dans les gros bonnets. Aujourd’hui, la presse affirme que Transpole ne porte pas plainte, contrairement à ce qui a été dûment signifié et entendu en audition : les enquêteurs se sont entretenus par téléphone avec François-Xavier Castelain, chef du contrôle pour Transpole.

Considérant le manque de fondement de leur plainte, et par là-même la nullité de leur conseil juridique, l’entreprise serait-elle en train de reculer ? En effet, l’incitation à la fraude (ce qui reste à prouver) n’est pas une incitation à commettre un crime ou un délit, tel que l’interdit la loi, mais une incitation à commettre une simple contravention, ce qui n’est pas puni du tout. Ils devront trouver autre chose pour criminaliser la Mutuelle des fraudeurs.

Le procureur est à la besogne, nous attendons son avis. Quand bien même cette entreprise policière ferait chou blanc, nous devons la considérer comme une tentative d’intimidation des groupes qui s’organisent contre la précarité et le fichage des déplacements. Cette plainte intervient dans une guerre à la fraude beaucoup plus large et toujours plus agressive menée par Transpole, les élus de Lille Métropole, et plus particulièrement Éric Quiquet.

Cette plainte semble être son cadeau de départ : l’élu écologiste s’en va pantoufler à la direction du Syndicat mixte des transports après treize ans de loyaux services à faire leurs profits. Nous le tenons, lui aussi, pour responsable. Nous tiendrons une assemblée samedi 19 avril à 15h30 à L’Insoumise, 10 rue d’Arras à Lille, pour discuter des suites à donner à cette agression. Nous réclamons d’ores et déjà que soient rendus l’argent et les ordinateurs saisis par la Brigade financière.

http://i2.wp.com/juralib.noblogs.org/files/2014/04/171.jpg?resize=600%2C433

La Mutuelle des fraudeurs et L’Insoumise, Lille, le 18 avril 2014.

Source : Jura libertaire.

Projection-débat territoire et autonomie

 Posted by on 23 avril 2014 at 17 h 12 min  L'information des collectifs locaux, Luttes sociales  Commentaires fermés
avr 232014
 
cheran-vive

Projection-Débat le mercredi 30 avril à 19H30 à l’amphi A. Tocqueville, campus 1 UCBN
Thématique :Territoire et Autonomie,exemples Latino-américains

Programme:

- Introduction: présentation du livre “Autonomies et émancipations, Amérique Latine
en mouvement” de Raúl Zibechi (2007).
- Projection du documentaire “Gardes Forestiers, autodétermination et autodéfense”.
- Débat autour de l’autonomie, de sa dimension spatiale et de ses possibilités de réalisation.

Le Documentaire: Gardes Forestiers, autodétermination et autodéfense
( 44 min., produit par Manovuelta et Radio Fogata, Mexique, 2013)

Synopsis : Le 15 avril 2011, la communauté indigène Purepecha de Cherán (Etat du Michoacán, Mexique) se leva contre le saccage de ses bois anciens et sacrés organisé par l’industrie forestière unie au crime organisé et à différentes agences gouvernementales. A partir de cette date, se lança un processus d’autonomisation qui impliqua la prise de contrôle des bureaux des autorités locales, leurs armes et leurs véhicules, pour ensuite expulser les partis politiques. Ils ont ensuite re-établi une forme d’auto-gouvernement traditionnel qui inclut le conseil des anciens, sa « police » communautaire connue comme « la Ronda » (la Ronde) et sa propre équipe de gardes forestiers.

Clôture de débat.

 Posted by on 18 avril 2014 at 3 h 01 min  Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés
avr 182014
 

Clôture de débat

 

Un quarteron de ministres en r’traite connus pour leur sens extrême de l’État ont cosigné un appel pathétique dans les pages « Rebonds » du Libération du 15 octobre 2013 [L’appel en Post Scriptum de cet article.]. « Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. » Des « minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes » prendraient à partie de plus en plus de scientifiques, ce qui rendrait de plus en plus difficile de recruter des étudiants en physique, biologie, chimie, géologie. La perte de compétitivité de la France serait irrémédiable si ses petits soldats scientistes étaient ainsi découragés. « L’existence même de la démocratie est menacée (…) » Et nos quatre « sages » d’inciter les autorités en fonction à siffler la fin de partie et d’en appeler au soutien médiatique : « Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés. » On sait où cela mène : le 31 juillet 1977, au soir de la manifestation de Malville, le ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet, justifiait ainsi la répression policière au 20 Heures : « La France est, chacun le sait, une démocratie authentique et à ce titre les manifestations pacifiques y seront toujours acceptées. Par contre, la violence d’où qu’elle vienne ne peut être tolérée. »

 

D’une manière récurrente, comme à chaque fois qu’un projet (gouvernemental, scientifique, technologique…) soulève une opposition conséquente chez des individus qui agissent sans intermédiaires, les fonctionnaires politiques montent au créneau : cette fois-ci ils assènent que « la France a besoin de scientifiques techniciens ». Pour préserver les apparences démocratiques, le citoyen est invité à participer aux débats organisés par les experts d’État avec pour seul choix, celui de revêtir le costume de l’expert ou du contre-expert. Alors, haro sur « les minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes » qui s’efforcent effectivement de faire taire la propagande favorable au déferlement des trouvailles techno-marchandes : nanotechnologies, OGM, trou de déchets nucléaires de Bure, gaz de schiste, diffusion des ondes électromagnétiques…

Ces perturbations ont deux sens. D’un côté, elles renvoient la parole d’État à sa nature autoritaire. De l’autre côté, elles renvoient la parole citoyenne, qui n’en est que le reflet, à son inconsistance passive. C’est en toute cohérence que se manifeste ce refus des fausses discussions occupant réellement les lieux du désastre.

Après les campagnes contre les OGM et celle contre les nanotechnologies, c’est aujourd’hui celle contre Cigéo, à propos du projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure qui est en cause dans cet appel du quarteron. L’intervention des minorités stigmatisées a réussi à confiner la propagande scientiste et étatique dans le cadre risible d’un débat public secret. Face aux contestations conséquentes, le chapelet de rendez-vous prévus par la Commission nationale du débat public (CNDP), saisie par l’Andra (gestionnaire étatique de la poubelle nucléaire) a été annulé. La CNDP s’est finalement réfugiée dans son forum Internet. Ce débat s’avère donc soluble dans le numérique.

En faisant taire cette propagande, une activité démocratique s’est exercée, au sens réel d’une démocratie spontanée, soucieuse de la vérité et de la capacité de décision de ceux qui sont assujettis aux infrastructures programmées. Comment la mise en scène fonctionne-t-elle ? La parole politique des experts est émise en miroir de l’avis technicien invoqué auprès des citoyens censé représenter le point de vue général pour entériner les décisions déjà prises. Pour briser ce miroir déformant, il n’y a pas d’autre moyen que celui qui consiste à empêcher la propagande mensongère des lobbyistes et la « débatcratie » (voir l’encadré Méthode du discours en fin de texte) de s’imposer : Cigéo ne veut débattre que des modalités du tombeau à déchets nucléaires. Comme ils le disent eux-mêmes : « Faire participer, c’est faire accepter ».

Il faut aller voir ce que cachent les paroles lénifiantes de ces quatre vieux roublards du mensonge politique. Sous prétexte d’impartialité, ces partisans de la politique du fait accompli travestissent les conséquences épouvantables de la fuite en avant dont ils sont les zélateurs, notamment en matière énergétique.

Bure : une poubelle nucléaire pour un nucléaire décomplexé

La gestion de l’accumulation inexorable des déchets est d’ores et déjà programmée pour éviter l’engorgement de toute la filière. En France, elle l’est de manière géographiquement concentrée dans la Meuse, autour de Bure. À Void-Vacon se construit une plateforme de transit spécialement aménagée pour le transport des matières radioactives. L’uranium en voie d’enrichissement ou appauvri s’échange entre Pierrelatte (Drôme) et Almelo (Pays-Bas) et encore Pierrelatte et Lingen (Allemagne), centrale en train d’être démontée, et donc pourvoyeuse de déchets, voisine de celle d’Emsland, active jusqu’en 2020.

Le marché du combustible avance à bon train. Le va-et-vient de la plateforme de Void-Vacon n’est pas seulement destiné à la poubelle de Bure, mais aussi à l’avenir de la production mondiale [1] de combustible nucléaire. Non loin de là, le site de Morvilliers étant saturé, un nouveau site de déchets dits à faible radioactivité est envisagé à côté du site existant de Soulaines. Pour que le nucléaire continue, il faut que la matière radioactive circule partout, avec une telle urgence qu’on voit dérailler des Castors montés sur des boggies des années 40, dans la gare de Drancy.

Le nucléaire militaire n’est jamais loin du nucléaire civil, il n’est donc pas loin de Bure. À Commercy, Safran promet une recrudescence d’emplois et de sous-traitance pour des moteurs d’avion, l’entreprise produit aussi le système de propulsion et de guidage du M51, missile nucléaire pour sous-marin. À Saint-Dizier, la base militaire, BA 113, est à vocation nucléaire, c’est celle du Rafale.

Extension du domaine de la radioactivité

Le nucléaire tient ses promesses. Le désastre de Fukushima s’avère être le moment où, visiblement, la société humaine est sommée d’accepter de vivre avec la radioactivité. La catastrophe a pris une telle ampleur que, dépassées par les événements, les autorités se sont résolues à, littéralement, « dépasser les bornes ». Incapable de déplacer les populations menacées, car selon les normes alors en vigueur, il aurait fallu, notamment, évacuer la ville de Tokyo, aujourd’hui, le gouvernement japonais, plutôt que d’assurer la survie des exilés, les incite financièrement à rentrer chez eux où la décontamination est si impossible que la normalisation, déjà passée de 1 à 20 mSv/an, est admise en « zones de retour indéterminé » au delà de 50 mSv/an, pour des durées courtes et contrôlées, comme l’observe Cécile Asanuma-Brice [2]. Ainsi, devant l’accumulation sans fin d’eau contaminée, récupérée de l’arrosage des réacteurs éventrés – des centaines de milliers de tonnes – Dale Klein, membre du Comité de surveillance de Fukushima, appelé par Tepco comme autorité indépendante et ancien président de la NRC, Commission de régulation nucléaire des États-Unis, propose de diluer le tout dans l’Océan pacifique, tout en garantissant une technique de filtrage de césium et de strontium [3] qu’il faudra bien mettre quelque part.

Les autorités bureaucratiques nous préparent à nous faire vivre dans les zones contaminées en appliquant le principe suivant : le changement de la norme change l’apparence de la réalité en changeant la réalité de l’apparence, pour ne pas, évidemment, changer la réalité.
Du fait de ses dimensions spatio-temporelles si éloignées de l’échelle humaine, de l’irréversibilité du processus de désintégration, qui rend la décontamination impossible puisqu’elle ne consiste qu’en un déplacement des déchets, et de ses aspects inapparents, le nucléaire impose une approche fataliste quant à ses effets. Roger Belbéoch en écrivant dans Société nucléaire, en 1990 : « Les données statistiques de mortalité deviennent un matériau stratégique important pour la gestion d’une société nucléaire. Il est réaliste d’exiger des mesures sérieuses (…), d’exiger qu’on nous mette en fiche dès notre naissance et même avant, d’exiger une autopsie après la mort afin de connaître la charge corporelle de certains radioéléments comme le plutonium… », montrait comment, par sa seule existence, l’industrie nucléaire livrait les hommes aux statistiques.

Il n’y a pas de seuil pour le cancer

Pour que tout puisse continuer jusqu’à perpète, il faut que cette situation soit normale. Pour ce faire, il faut que les seuils de mesure concoctés par les experts nucléaristes le prouvent et, par conséquent, ils jouent sur les unités de valeur.

Les seuils ont été créés et sont déterminés par les bureaucraties des organismes internationaux (CIPR, UNSCEAR, BEIR, etc.) [4] . Ils sont responsables de la continuité de la société en fonction du principe coût-bénéfice-risque.

Il n’y a pas lieu de se laisser hypnotiser par le yo-yo des signes de dangerosité codifiés par la CIPR, qui recommandait, selon sa publication publiées en 1991, de réduire le seuil de 50 mSv/an à 20 mSv/an pour les travailleurs du nucléaire et à 1 mSv/an pour les populations, avec 5 mSv/an en situation d’accident. Que les autorités ministérielles japonaises aient généralisé la norme de 20 mSv/an à tous le 22 avril 2011 n’est pas étonnant.

Ce flou savant avance que rien n’est grave en dessous de 100 mSv/an puisque selon l’expertise de la CIPR : « Aux doses supérieures à 100 mSv/an, il existe une probabilité accrue d’effets déterministes et un risque significatif de cancer. » Pourquoi « 100 » ? Ce chiffre est la limite symbolique en dessous duquel les masses ont été jugées gouvernables par les nucléocrates. Qu’en dessous d’un certain chiffrage les risques soient amoindris est une tautologie. C’est aussi vrai pour « 100 » que pour n’importe quelle autre valeur. Ce que marque réellement cette limite n’est pas une précaution sanitaire, mais les conditions sous lesquelles les populations sont gérables aux plans politique et économique. Ce ne sont pas de personnes malades dont parle la CIPR 2007, mais de « fantômes numériques » : d’hommes et femmes envisagés comme réceptacles moyens du risque potentiel. Il ne s’agit ni de les soigner ni d’encourager un exode nécessaire, mais de déterminer une toise rendant la morbidité et la mortalité socialement invisible. De quoi meurt un fumeur hypocondriaque japonais ? Hors des situations où la contamination est intense et brutale, la radioactivité diffuse tue assez lentement et de manière assez diverse pour que cette question soit noyée dans le registre de l’exégèse médicale. Ces normes existent pour que les existences ne cessent pas d’être administrées. À partir de n’importe quelle dose, les autorités pourront toujours nous dire qu’au dessous les effets sont moins accrus et les risques moins significatifs. Et pourtant ils existent ! C’est précisément parce qu’il n’y a pas de limite qu’il ne reste que la mesure.

Au Palais de la Découverte, où l’Andra relaie ces jours-ci sa pédagogie : « on parle de faibles doses lorsque les doses d’exposition sont inférieures à 100 millisieverts. Au-delà de cette dose, on sait que les risques de cancer augmentent. En dessous de cette dose, aucun risque de cancer n’a pour l’instant pu être observé par les nombreuses études menées. » L’Andra relativise son point de base fétichisé de 100 mSv/an : « Des recherches sont menées sur les autres effets sur la santé qui seraient liés aux faibles doses. Par précaution, on considère que ce risque existe et qu’il est proportionnel à la dose reçue, même pour de faibles doses. » Par précaution, le bourreau aiguise sa hache.

Mesurer la radioactivité n’est pas un acte antinucléaire. Si certaines mesures peuvent montrer la présence de rayonnements radioactifs là où ils sont niés ou volontairement sous-évalués par les nucléocrates, ces révélations ne dépassent pas le registre de l’information. Prendre connaissance de la morbidité de ce processus de production énergétique sans s’en remettre aux autorités, en quelque sorte librement, par exemple en achetant un dosimètre à la Criirad, ne contribue qu’à se faire une image du danger. Que cette image soit plus réaliste, plus précise et moins mensongère que celle que les autorités fournissent à l’intention des masses ne change rien aux relations de pouvoirs auxquelles chacun est assujetti. Consacrer plus d’efforts que nécessaire à cet éclaircissement d’ordre quantitatif, a fortiori s’y spécialiser, peut générer un état d’hypnose. Le Léviathan n’est pas moins puissant s’il est contemplé avec dégoût plutôt qu’admiré.

Toute participation à cette schizophrénie de la mesure s’intègre, d’une manière ou d’une autre, à la cogestion. Pour éviter que la catastrophe ne pétrifie nos imaginaires en imposant ses effets à nos consciences, quand ce n’est pas à nos corps, il nous faut ne pas quitter des yeux les causes, les moyens et les mobiles qui orientent la nucléarisation du monde. L’« innovation » et la « liberté de créer » desquelles se réclament les ministres au motif de la démocratie n’est que la perpétuation de la dynamique soumettant l’ensemble des aspects de l’existence à la production exponentielle de marchandises.

Seule l’attaque contre cette schizophrénie pourrait permettre aux hommes de trouver un chemin pour sortir de ce cauchemar. Nous ne sommes pas des mesureurs !

Paris, le 3 février 2014,
Association contre le nucléaire et son monde,
acnm

Méthode du discours

Une rapide comparaison entre deux livres récents peut faire comprendre les règles du débat reconnu.
À ma gauche la gentille Sezin Topçu auteure de La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée ; à ma droite le méchant Alexandre Moatti, auteur de Alterscience – Posture, dogmes, idéologies.
Sezin Topçu forge le néologisme de « débatcratie » pour constater la vacuité volontaire des procédures de dialogue imposées par les dispositifs des « débats publics ». Mais, bien que son juste constat révèle la stratégie étatique intégrant la partie « contre-expertisante » de la contestation dite écologiste en France, cette sociologue, formée à croire qu’il y avait de l’histoire mais qu’il n’y en a plus, rêve de la possibilité même de ce qu’elle constate comme étant impossible puisqu’elle participe elle-même à la « débatcratie » qu’elle dénonce via la fondation Sciences citoyennes et sa promotion de lanceurs d’alerte.
À l’opposé, Alexandre Moatti dénonce un complot contre la science. Ce conseiller scientifique du site science.gouv.fr dresse une ligne Maginot contre « l’alterscience », sorte de Protocole où l’ultragauche côtoie Lyndon LaRouche. Dans le n° 292 de Science… et pseudo-sciences, revue de dogmatiques scientistes, il expliquait déjà, fin 2010, son concept Licorne : « Plus que leur contestation des résultats scientifiques, leur contestation de la démarche scientifique elle-même nous semble fort inquiétante. [...] l’alterscience, plus diffuse et moins visible que les pseudo-sciences ou l’ésotérisme, constitue néanmoins un des fronts ouverts dans les rapports actuels difficiles entre science et société. » Toute ressemblance avec la première phrase de la communication quadricéphale ministérielle…
L’enjeu de ces faux débats consiste à générer des discours spécialisés à l’intérieur d’une apparence de consultation générale en orientant les discussions sur les aspects techniques. Cela génère un opposant sérieux comme Bertrand Thuillier : dont la critique contre-experte s’achève par cette expression paradoxale « un système vivant ! » et par cette question qui ne met rien en cause de la chaîne de production nucléaire : « Cigéo : solution unique ? ».
Le citoyen n’est personne : il est une des abstractions qui dessaisissent les personnes des moyens d’intervenir dans leur propre existence. Il est le masque démocratique de ces abstractions.

Clôture de débat - ACNM

P.-S.

Libération, mardi 15 octobre 2013, Rebonds

La France a besoin de scientifiques techniciens

Par ROBERT BADINTER, JEAN-PIERRE CHEV�?NEMENT, ALAIN JUPPÉ et MICHEL ROCARD

Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. Des minorités constituées autour d’un rejet de celles-ci tentent d’imposer peu à peu leur loi et d’interdire progressivement tout débat sérieux et toute expression publique des scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. L’impossibilité de tenir un débat public libre sur le site de stockage des déchets de la Cigéo (site souterrain de stockage des déchets hautement radioactifs proposé par l’Andra) est l’exemple le plus récent de cette atmosphère et de ces pratiques d’intimidation, qui spéculent sur la faiblesse des pouvoirs publics et des élus.
De plus en plus de scientifiques sont pris à partie personnellement s’ils osent aborder publiquement et de façon non idéologique, des questions portant sur les OGM, les ondes électromagnétiques, les nanotechnologies, le nucléaire, le gaz de schiste. Il devient difficile de recruter des étudiants dans les disciplines concernées (physique, biologie, chimie, géologie). Les organismes de recherches ont ainsi été conduits à donner une forte priorité aux études portant sur les risques, même ténus, de telle ou telle technique, mettant ainsi à mal leur potentiel de compréhension et d’innovation. Or, c’est bien la science et la technologie qui, à travers la mise au point de nouveaux procédés et dispositifs, sont de nature à améliorer les conditions de vie des hommes et de protéger l’environnement.
La France est dans une situation difficile du fait de sa perte de compétitivité au niveau européen comme mondial Comment imaginer que nous puissions remonter la pente sans innover ? Comment innover si la liberté de créer est constamment remise en cause et si la méfiance envers les chercheurs et les inventeurs est généralisée, alors que l’on pourrait, au contraire, s’attendre à voir encourager nos champions ? Il ne s’agit pas de donner le pouvoir aux scientifiques mais de donner aux pouvoirs publics et à nos concitoyens les éléments nécessaires à la prise de décision.
Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés par des minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes. Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante.

Robert Badinter Ancien garde des Sceaux, ancien président du Conseil constitutionnel
Jean-Pierre Chevènement Ancien ministre de la Recherche et de la Technologie, ancien ministre de la Recherche et de l’Industrie, ancien ministre de l’Education nationale
Alain Juppé Ancien Premier ministre.
Michel Rocard Ancien Premier ministre.

Notes

[1] L’accord interétatique d’Almelo signé en 2008 garantit les échanges de matières combustibles usagées ou enrichis entre les entreprise ROSATOM (russe), CNNC (chinoise), japonaise (JNFL) et prochainement, d’après Areva, américaine (Eagle Rock).

[2] Lire Notre vie désormais, c’est de creuser notre tombe sur le site Rue89.

[3] http://www.spiegel.de/international/world/inspector-says-japan-needs-international-help-for-nuclear-plant-a-921302.html

[4] CIPR, Commission internationale de protection radiologique, émettrice de recommandations à l’adresse des États ; UNSCEAR, Comité scientifique des Nations unis sur les effets des radiations atomiques, pourvoyeuse de données scientifiques adressées à la CIPR ; BEIR, biologic effects of ionising radiation, émanation de l’Académie américaine des sciences.

LE POLE NUCLEAIRE AU TEMPS DU MOX

 Posted by on 18 avril 2014 at 2 h 52 min  Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés
avr 182014
 

LE POLE NUCLEAIRE AU TEMPS DU MOX

En 1977, l’opposition menée par des antimilitaristes (insoumis et objecteurs de conscience) contre l’implantation de l’usine FBFC (franco-belge de fabrication de combustible) de Romans-sur-Isère n’a pas réussi à s’opposer à sa mise en fonction. Ces opposants étaient encore marqués par la manifestation de Malville de 1977. Les professionnels de l’écologie contre la FBFC avaient phagocyté toute la discussion et avaient laissé ces opposants radicaux affronter directement la police qui protégeait le site. Cette courte bataille a eu lieu en présence du député Georges Fillioud député depuis 1967, réélu continûment jusqu’en 1981, charge à laquelle il ajouta celle de maire de Romans de 1977 à 1983.
Avec deux propagandistes de l’énergie renouvelable1 et les écologistes évoqués plus haut, ce même Georges Fillioud était en tête de la manifestation contre l’implantation de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse en 1978, démarrée en 1984. Les radicaux avaient été propulsés en queue du cortège où l’un d’eux a été arrêté avec des explosifs dans sa voiture.
L’usine FBFC s’est faite oublier derrière l’écran de fumée que constitue le tissu associatif de Romans- sur-Isère. Bien des choses ont changé depuis 1981 à Romans. Georges Fillioud, maire de Romans et proche de Mitterrand a aidé à récolter les taxes de l’usine nucléaire FBFC.
La situation de l’emploi de la ville est marquée par l’effondrement de l’industrie de la chaussure, les ouvriers organisés d’une façon autonome se sont retrouvés sans base de discussion avec la population, le fatalisme et la révolution technologique dont Grenoble était l’emblème régional, était plus au centre des discussions qu’une bataille autonome pour la défense d’un emploi. Quelle tristesse quand on sait que cette région romanaise avait été un lieu de refuge pour Marius Jacob, que cette ville rebelle accueillit Louise Michel conformément à sa réputation traditionnellement acquise de ville ouverte qui recevait les condamnés et les bannis des villes environnantes comme Valence!
Toujours est-il la mafia nucléariste a conquis cette ville. Elle a constitué une technocratie tout en établissant une atmosphère d’irréversibilité. En 2008, l’usine s’est illustrée par une forte pollution à l’uranium suite à la rupture d’un tuyau d’évacuation. Ce fut l’occasion d’apprendre que les déchets liquides de l’usine sont rejetés, après « traitement » dans une station d’épuration, directement dans l’Isère2 Des émetteurs de radioactivité alpha (de l’uranium en quasi-totalité) se retrouvent donc dans le fleuve. L’association planet’aiire qui se présente sous le label écologiste a alors invité, dans une petite salle municipale du centre-ville, le directeur de l’usine FBFC et du personnel de l’usine pour un débat citoyen avec, en vedette américaine, Roland Desbordes président de la CRIIRAD3 par ailleurs membre du Plan Local d’Information. Le débat se focalisait sur des détails techniques et se fondait uniquement sur la peur des citoyens présents dans la salle. La volonté de l’association était que les gens présents s’impliquent dans l’économie sociale et solidaire et dans les énergies renouvelables en prenant en compte le risque nucléaire. Cette discussion s’était déroulée loin des habitations du quartier qui jouxte l’usine FBFC. Après cela « L’ouvrier a repris son labeur il a, de nouveau, courbé ses reins sur la tâche quotidienne. Aujourd’hui comme hier, l’esclave prépare la pâtée de son maître »4
Nous avons appris dernièrement que la FBFC se « félicitait » de produire le combustible nucléaire pour les deux réacteurs EPR en construction de Taishan, en Chine5. Le directeur de la production parlait certainement avec l’aval de Luc Oursel, l’actuel président d’Areva qui déclarait lors de l’inauguration en juillet 2012 d’un pôle de Recherche et développement du Mox à Codolet (site nucléaire de Marcoule, Gard): « En fait, après Fukushima, il n’y a pas eu d’hiver nucléaire » L’usine FBFC cachée au milieu de la zone industrielle de Romans à proximité d’une usine de ravioles fournit des assemblages de combustibles nucléaire destinés à la plupart des centrales nucléaires française. Si l’usine FBFC ne fabrique que des assemblages d’uranium enrichi, ces assemblages, s’enorgueillit le directeur de la production, sont confectionnés en zirconium. Le zirconium est issu d’un minérai exploité en Australie et en Afrique du Sud mais tout prochainement au Sénégal. À l’état minéral, ce métal, l’un des plus anciens de la croûte terrestre, le zircon6 qui n’est pas radioactif en lui-même, contient fréquemment des traces de thorium et d’uranium radioactifs. À l’état métallique, il est utilisé comme gaine pour les crayons d’uranium pour sa capacité présumée à contenir l’irradiation pendant 2000 ans et après usage il n’est pas séparé du combustible, cette faculté fait qu’il est aussi utilisé comme verre pour abriter le plutonium, rôle qu’il remplit tant qu’il ne présente aucune fissure. Lorsque le zirconium est soumis à une température trop élevée dans l’eau, sa capacité à isoler l’hydrogène est susceptible de produire une explosion au contact de l’oxygène aérien à température ambiante. Arnie Gundersen ou Murray Miles, des experts, ont avancé que ce processus expliquait les explosions des unités 1, 2 et 4 des 12, 14 et 15 mars 2011 dans le documentaire Fukushima un an après : Enquête sur une supercatastrophe nucléaire7.
Les villages sénégalais proches des lieux d’extraction sont Doiogo, Mboro, Fass Boye, Lompoul, Darou Khoudouss,et Diokoul Diawrigne, il s’agit d’une bande d’environ 4 km sur 100 qui longe l’océan atlantique et débute 50 km au nord de Dakar. La question des conditions de l’extraction du minerai ne sera évidemment pas abordée au salon du livre de Romans, en novembre 2008, salon sponsorisé entre autres par Areva et qui choisit pour thème l’Afrique noire. C’est peut-être un signe des soucis humanitaires et de la conception de la protection de l’enfance vus par la technocratie de la FBFC.
L’industrie nucléaire appartient à l’ère post carbone définit au sommet de Copenhague. Le capitalisme industriel qui se connecte dans la région Rhône Alpes veut allier (exemple l’association atout Tricastin8) le nucléaire avec toutes les industries et même renouveler son expérience (chauffage urbain de Pierrelatte alimentés par les réacteurs de Georges Besse I donc pourquoi pas le chauffage urbain de Montélimar9 9avec les vieilles centrales).
La FBFC, dotée de trois sites, a pour particularité d’assurer deux activités non radioactives : la fabrication de la totalité des grilles de maintien des crayons de combustibles et la fabrication des composants pour assemblages Melox, c’est-à-dire de combustibles produit à base de plutonium, le combustible dit « Mox ». Mais l’activité de production de combustible a été transférée de Pierrelatte à Romans et Dessel (en Belgique). L’usine de Pierrelatte ne manipule plus d’uranium depuis 1999. Nous déduisons donc des informations transmises par la FBFC que ce sont les deux autres usines d’assemblages qui effectuent ce travail.
Par ailleurs, la communication d’Areva a annoncé un nouvel investissement de 24 millions d’euros à Chusclan (à proximité du site nucléaire de Marcoule) avec l’installation d’une nouvelle unité de dosage primaire, Cette unité doit démarrer au second trimestre 2014. Elle a été conçue pour Astrid10 et MELOX. Cette filiale du Groupe AREVA, leader mondial de la fabrication de combustibles MOX, organise son monde autour d’elle, par exemple avec l’Association TEKHIN11. L’état a relancé la filière des surgénérateurs (réacteurs fonctionnant au plutonium tels phénix et superphénix) via Astrid (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration ) qui est en train de se construire à Marcoule. Pour mémoire cette filière avait été officiellement abandonnée en 1998 par Dominique Voynet alors ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire. Celle-ci avait en contrepartie signé les accords autorisant l’extension de l’usine MELOX à Marcoule ainsi qu’autorisé l’exploitation du laboratoire d’enfouissement de Bure (Meuse).
Détruire la toile de tarentule des nucléocrates prendra du temps et ne peut se limiter à la seule dénonciation des nucléocrates et des cogestionaires. La société civile est déterminée par le stade de développement atteint par le capitalisme12 L’usine d’enrichissement Georges Besse II et celle de conversion Commurhex II au Tricastin (elle couvre une superficie de 650 hectares sur trois communes, deux départements et deux régions ) ont déjà été inaugurées avec l’acceptation de la dite société civile et tout va bien, les associations de contrôle veillent…
Or « Mesurer la radioactivité n’est pas un acte antinucléaire. Si certaines mesures peuvent montrer la présence de rayonnements radioactifs là où ils sont niés ou volontairement sous-évalués par les nucléocrates, ces révélations ne dépassent pas le registre de l’information. Prendre connaissance de la morbidité de ce processus de production énergétique sans s’en remettre aux autorités, en quelque sorte librement, par exemple en achetant un dosimètre à la Criirad, ne contribue qu’à se faire une image du danger. [...]Il ne faut pas quitter des yeux les causes, les moyens et les mobiles qui orientent la nucléarisation du monde. L’innovation et la liberté de créer desquelles se réclament les ministres au motif de la démocratie n’est que la perpétuation de la dynamique soumettant l’ensemble des aspects de l’existence à la production exponentielle de marchandises. »13 Il faut montrer la convergence entre les luttes contre les lignes de train à grande vitesse en Val Susa et au pays Basque, contre une centrale à gaz dans le Finistère, contre un barrage au Portugal, contre le nucléaire ou les lignes THT dans le Cotentin, à chaque fois, c’est un même front qui prend corps localement. Tout comme à Notre Dame des Landes, ou avec le doublement de la THT nord Pas de calais et celle du projet Penly, ou encore avec celle du stockage de déchets de Bure.
Au sein du pôle nucléaire, la FBFC et Areva ont eu la possibilité de tumoriser la ville de Romans sur Isère en créant des lieux citoyens et leur cortège de pacification, avec les partis politiques de gauche et les accompagnateurs du désastre en cours.
« Aujourd’hui comme hier il s’agit pour nous de saisir les possibilités de remettre publiquement en discussion l’exploitation du nucléaire. Mais n’étant pas des martyrs, nous ne nous enchaînerons pas en réseaux de citoyens. Nous n’offrirons pas le spectacle d’un enchaînement volontaire immobile reposant sur l’espoir sidérant que sa présence passive [et massive] occasionnerait une prise de conscience généralisée. »14
Nous sommes toujours plus dépossédés de notre santé et de nos vies par des techniciens (au service de l’économie numérique) et par l’Etat. Quel bonheur de vivre au Japon, dans la société la plus technologique au monde ou les administrateurs du désastre en cours à la suite de la catastrophe de Fukushima ont la possibilité d’appliquer le programme Ethos déjà évalué à Tchernobyl. Ici aussi en France, le citoyen réclame protection et contrôle en permanence (pics de pollution, zones SEVESO, rayons de soleils devenus dangereux par le trou de la couche d’ozone…), pour le nucléaire la CRIIRAD, avec ses balises (parfois payées par les collectivités locales et donc les taxes des entreprises du nucléaire : bonjour l’indépendance), analyse l’air et parfois l’eau pour déterminer si les doses de radioactivité dépassent la mesure acceptable. « Ces mesures servent surtout à donner l’illusion qu’en respectant certaines règles on vivra en bonne santé »15. La tragédie de claude Dany16 est encore une illustration du progrès médical. Cette histoire médiatique est à mettre en parallèle avec l’époque du premier scandale médiatisé de l’entreposage de déchets radioactifs à c ôté des centrales du Tricastin. Un vieil ouvrier EDF, syndiqué comme il se doit, malade du cancer du poumon avait declaré en privé : « J’ai travaillé dans le limousin dans les mines d’Uranium avant d’arriver dans cette centrale, c’était pour l’indépendance énergétique de la France ». Il y a un point commun entre cet homme et Naoto Natsumura (« le dernier homme de fukushima ») présenté le 16 Mars dans le JDD. Ces hommes avaient tellement intégré en eux la bataille pour le progrès, la communauté pacifiée, qu’ils y ont sacrifié leur santé et leur vie.
La « sauvegarde de la vie sur terre », les machines pour le bien être de tous ont trouvé chez Jeremy Rifkin17 un pasteur apologiste. Ce lobbyiste travaille actuellement avec le Nord-Pas de Calais pour transformer toute l’économie de la région18.. La théorie de Rifkin consiste à utiliser la technologie d’internet pour organiser un réseau horizontal et « autogéré » de production d’énergie. L’une des mailles de ce réseau est le nouveau compteur électrique « intelligent » appuyé par Rifkin soutenu notamment par de nombreux élus verts. Lors de son discours du 9 juillet 2013, Jean Marc Ayrault, se basant sur la loi NOME19, a annoncé le déploiement par EDF de compteurs électriques baptisés linky et fabriqués par la multinationale Cap gémini20, leader mondial du compteur électrique « intelligent ». Cap gémini gère également par un accord d’Octobre 2013 avec Areva l’informatique des centrales françaises a trois exceptions près. Cet outil qui permet a EDF d’avoir un accès direct et permanent à l a consommation électrique de chaque foyer. Outre le fait que ce compteur soit un outil de surveillance supplémentaire, linky est également vendu pour que chaque foyer puisse mieux maîtriser sa consommation d’énergie en y ayant également un accès direct. Ce dispositif d’optimisation pour EDF, par la collecte des données en temps réel, fait de chaque citoyen un petit soldat de la production électrique nationale : le rêve de « l’autogestionnaire » Rifkin se réalise, notre cauchemar ne fait que commencer.
« Les structures économiques et technologiques d’une société sont beaucoup plus importantes que ses politiques dans la détermination de l’homme ordinaire. »21 Sous couvert de nous faciliter la vie, la technologie fait de nous ses esclaves inconscients. Tout le monde semble avoir oublié un petit détail : c’est justement nous, par notre refus de se poser les questions entre nous, les vampirisés, atomisés (par les notions d’accomplissement personnel, de progrès, de bien commun, de bonheur) qui sommes responsables de l’existence de ces folies. L’objectif n’est pas de mieux administrer où d’autogérer un monde de merde mais bien de le détruire. Parlons clair, seuls des individus associés s’autorisant des « pensées dangereuses » peuvent briser l’Etat nucléaire avant qu’il ne nous brise.
Des individus associés
lelabo
31 Mars 2014.

1

 Haroun
Tazieff
(géothermie),
Alain
Bombard
 (hydrolienne)

2 


De
la
même
manière,
en
1974 
 à 
Grenoble
les
effluents
 radioactifs
de
l’usine
Paul�?Langevin
en
passant
par
 les
égoûts
avaient
abouti
dans
la
nappe
phréatique
et
 enfin
dans
l’Isère
http://www.dissident�? media.org/infonucleaire/pdf_nucleaire/fuite_grenobl e.pdf

3 


Commission 
de 
recherche
 et 
d’information
 indépendantes
 sur 
la 
radioactivité.

4 
On peut trouver cette phrase dan le livre Albert Libertad et que crève le vieux monde chez Mutines Séditions

5 
La récente visite en France du président Xi Jinping aura certainement réjouit les dirigeants de FBFC.

6

http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2670p058- 059.xml0/

7

 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedd ed&v=qwJRBxK7k5Y

8 

http://atout-tricastin.fr/actualite club d’entreprise créé en 1993

9

 Le
Monde
du
30
novembre
10 http://www.reporterre.net/spip.php.article5571
11 

http://www.tekhin.fr/fr/presentation . 
L’objectif de ce projet est de fédérer un ensemble de compétences universitaires et industrielle

12
 Contribution a la critique de l’économie politique in l’idéologie allemande de Marx.

13

 Association contre le nucléaire et son monde : clôture de débat, 3 février 2014., http://www.non-fides.fr/?Cloture- de-debat

14

La clé plutôt que la chaîne, ACNM Mars 2012

15 

OCL : Fukushima, on n’oublie pas.

16 

Le pionnier du cœur artificiel (JDD du 16/03/2013).

17

 Conseiller de plusieurs chefs d’Etat et de l’Union européenne.

18

 Journal La brique Mars/Mai 2014

19
 http://fr.wikipedia.org/wiki/March%C3%A9_de_l’%C3 %A9lectricit%C3%A9_en_France

20 

Cap gemini est présidée par Paul Hermelin, représentant spécial de la France pour la relation économique avec l’Inde en Janvier 2013. Areva a négocié de nombreux contrats avec l’inde.

21
 Théodore
Kaczinsky
: La
 société 
industrielle 
et 
son
 avenir

Mouvement de prisonniers en Grèce

 Posted by on 17 avril 2014 at 12 h 32 min  Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés
avr 172014
 

Chopé sur Base de données anarchistes :

1305538072

jeudi 27 mars

D’après des contacts avec des taulards de la prison de Nigrita, Ilias Karelis, le détenu qui a tué le maton à Malandrino, y a été transféré dans la journée. Ilias a été tabassé par les matons de la prison de Nigritas ainsi que durant son transfert par les flics et il a été placé au mitard. Les prisonniers des ailes 4 et 6 ont demandé qu’il soit retiré de l’isolement et qu’il soit transféré dans une autre aile de la prison.

vendredi 28 mars

Ilias Karelis a été retrouvé mort cette nuit au mitard de la prison de Nigrita et, tel que c’est rapporté dans les médias, ce n’est pas un suicide (sa cellule était constamment sous surveillance vidéo). En réponse à ce meurtre étatique, les prisonniers des ailes B et C de la prison de Larissa et ceux des ailes A, B et C de la prison de Patras ont fait la grève des plateaux et refusent de rentrer dans leurs cellules.

De plus, dans le cadre plus large du mouvement contre le projet de loi des prisons à haute sécurité, les taulards des prisons de Patras et Chania (Crête) ont refusé de rentrer dans leurs cellules tandis que dans la prison de Malandrino ils ont fait la grève des plateaux. Les prisons de Korydallos et de Kerkyras ont aussi fait la grève des plateaux pour la mort d’Ilias.

Pour finir, les prisons de Kerkyras et de Malandrino ont envoyé un texte, en plus de celui pour le mouvement, rempli de colère et de rage pour ce meurtre.

Solidarité avec la lutte des prisonniers
Un seul mot pour le meurtre d’Ilias : Vengeance

[Traduit du grec par nos soins de Indy Athenes.1.2.3.]

Nouveau mouvement des prisonniers dans toute la Grèce

mercredi 16 avril 2014

Selon les informations que nous avons reçu le vendredi 11 avril 2014 par des compagnons détenus dans la prison de Korydallos, toutes les prisons du pays vont faire une grève des plateaux pour toute la journée dans le cadre du mouvement contre le nouveau projet de loi.

 

Les prisons qui participent à cette action sont les suivantes : Grevena, Domokos, Larissa, Nafplio, Alikarvassos, Avlona, Kerkyra, Korydallos (prison des femmes et des hommes), Nigrita Serres, Komotini, Trikala et Diavata.

Dans certaines prisons la participation au mouvement est totale (Korydallos, Domokos, etc.) et dans d’autres soit la majorité soit quelques ailes sont impliquées (Nafplio, etc.).

En signe de solidarité, les détenus de certaines prisons (Kerkyra, Korydallos) ont donné leur nourriture à des groupes sociaux dans le besoin (pauvres, handicapés, sans-abri) et ce par le biais d’associations humanitaires.

LA LUTTE CONTINUE…

 

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