Perspectives révolutionnaires ou insurrection de papier ?

 Posted by on 30 mai 2014 at 19 h 30 min  Luttes sociales  Commentaires fermés
mai 302014
 

Repris du site Contretemps. Nous ne partageons pas l’ensemble des propos avec l’auteur, mais cette contribution mérite le détour:

A propos de Kamo et Eric Hazan, Premières mesures révolutionnaires, La Fabrique, septembre 2013, 116 pages.

Il est des livres qui prétendent ou promettent beaucoup, leur titre laissant espérer des réponses aux questions les plus brûlantes que nous impose l’époque, et dont on ressort perplexe, tant les appels vigoureux et légitimes à ne pas se satisfaire du monde tel qu’il va, à ne pas y prendre docilement la place qui paraît nous revenir, cohabitent avec les arguments les plus pauvres et les pistes d’action les moins mobilisatrices. Premières mesures révolutionnaires, coécrit par Kamo1 et Éric Hazan est de ces livres.

Car au-delà d’exclamations avec lesquelles on ne saurait qu’être d’accord (« on a raison de se révolter »), mais vaines et abstraites si elles ne s’accompagnent pas d’une analyse concrète et de propositions pratiques à la mesure des défis contemporains, voilà un ouvrage qui ne permet en rien de sortir de la torpeur intellectuelle et de la sidération politique dans laquelle se trouvent embourbés la gauche radicale et les mouvements sociaux. En effet, les problèmes tactiques et stratégiques auxquels sont confronté-e-s celles et ceux qui – ici et maintenant – prennent parti et luttent pour changer le monde, ne sont qu’effleurés, quand ils ne sont pas implicitement passés sous silence ou explicitement éconduits avec la plus grande désinvolture.

S’il en est ainsi, c’est que le refus de se contenter de réponses prémâchées à la « question révolutionnaire » – que les auteurs se proposent de rouvrir(p. 8) –, volonté qui fait la force et la vitalité de cet ouvrage court, est aussi à l’origine de sa principale faiblesse. À ne pas prendre au sérieux les débats stratégiques du 20ème siècle2, ouverts pour l’essentiel par la Révolution russe mais prolongés à travers les grèves ouvrières insurrectionnelles de l’après-1918 (Allemagne, Italie, Hongrie, etc.), les guerres de libération nationale (Chine, Cuba, Algérie, Viêtnam, etc.), et les soulèvements anti-bureaucratiques dans les pays du bloc soviétique (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne), on risque en effet de rejouer sans le savoir une partition ancienne et, à tout le moins, de ne guère apprendre des impasses stratégiques dans lesquelles ont pu s’enfermer les mouvements révolutionnaires au cours du dernier siècle.

Cela d’autant plus que ces défaites et erreurs passées, ne serait-ce que la sous-estimation des dangers – dégénérescence bureaucratique ou contre-révolution –, ont rendu la perspective d’une transformation révolutionnaire de la société presque impensable, sinon indésirable, aux yeux d’une grande partie des exploité-e-s et des opprimé-e-s. Si la volonté de « trouver de nouveaux points d’appui » (p. 8) est donc non seulement louable mais nécessaire, encore faudrait-il préciser ce qui, dans cet « héritage sans mode d’emploi » (Daniel Bensaïd) que composent les doctrines et mouvements révolutionnaires passés, devrait être abandonné et ce qui conserve pour nous une actualité, à condition d’être repensé au vu de la conjoncture présente. À défaut, le spectre des révolutions défigurées, trahies ou défaites, a toutes les chances de ressurgir sous la forme d’une incapacité à nous orienter dans les situations révolutionnaires à venir.

Il importe donc de discuter plusieurs points centraux de cet ouvrage, qui concernent aussi bien l’analyse de la situation sociale et politique dans laquelle nous sommes amené-e-s à intervenir, que l’orientation nécessaire à ceux et celles qui aspirent à rompre avec le capitalisme et à construire une société tout autre, libérée de la dictature du capital et des rapports marchands. Précisions utile afin d’éviter tout faux débat : la critique ne porte en rien ici sur la possibilité de soulèvements révolutionnaires à venir en Europe et en particulier en France, ni d’ailleurs sur le risque d’un « chaos » consécutif à ces soulèvements, mais sur les débats stratégiques que de tels soulèvements ne manqueront pas de mettre à l’ordre du jour, aussi éloignés semblent-ils de notre horizon immédiat.

Vers une évaporation du pouvoir ?

Tout d’abord, si l’on suit les auteurs de l’ouvrage, l’ordre existant serait si affaibli et son existence si précaire qu’il ne tiendrait sur rien d’autre que la violence et la coercition (« il a renoncé à tout argument, hormis celui de la force »). Les peuples n’auraient plus guère d’illusions à l’égard du système qui les opprime et des justifications qu’en donnent ces idéologues organiques de la bourgeoisie que sont économistes, experts et autres éditocrates : « leurs boniments […] ne suscitent que moqueries » (p. 20).

Que les idées des classes dominantes ne soient pas accueillies passivement par des individus aliénés jusqu’à l’aveuglement et passifs jusqu’à l’apathie, c’est l’évidence. Bien que s’appuyant sur des dispositifs managériaux variés qui s’efforcent d’obtenir le travail (même précaire et sous-payé)3, mais aussi sur des institutions qui quadrillent les consciences (École et médias en premier lieu), l’idéologie des classes dominantes n’est jamais toute-puissante, mais elle est dominante en ce sens qu’elle parvient non seulement à faire passer pour évidentes les catégories de l’économie bourgeoise (pensons aux mystifications relatives au « coût du travail »4, au « trou de la Sécu »5 ou à la prétendue nécessité de rembourser la « dette publique »6), à faire accepter des sacrifices prétendument nécessaires au nom de l’ « intérêt général », mais aussi à entraver l’expression politique autonome des classes dominées7.

En effet, cohabitent presque toujours dans les consciences des dominé•e•s l’adhésion, partielle ou totale, à des pans entiers de l’idéologie dominante, et la mise à distance – par l’indifférence dédaigneuse, l’ironie acerbe ou la critique frontale – du discours dominant8. C’est pour l’essentiel le niveau et l’issue des luttes sociales qui, en définissant le rapport de forces politiques entre dominants et dominé•e•s, détermine les flux et les reflux de la conscience, soit dans le sens d’une remise de soi aux idéologies dominantes et aux appareils de domination, l’État en premier lieu, soit au contraire vers une autonomisation politique et symbolique des groupes dominés (prolétariat, femmes, non-Blancs, etc.), et vers la constitution d’une capacité collective à secouer le joug qui les opprime, y compris sur le plan des idées.

En lien avec le diagnostic pour le moins « optimiste » qu’ils formulent, qui clôt avant même de l’avoir posée la question de l’hégémonie et du consentement (au sens gramscien de ces deux termes), les auteurs succombent à un catastrophisme prophétique bien fait pour disposer à l’inaction. Nous serions ainsi à deux doigts d’une « évaporation du pouvoir » (p. 31), d’un « écroulement de l’appareil de domination » (p. 36), ou encore d’un « évanouissement de l’appareil d’État » (p. 56). À quoi bon, en ce cas, s’organiser dès maintenant, se coordonner et se mobiliser collectivement si le système a toutes les chances de s’effondrer de lui-même, par la conjonction et l’amplification de ses propres contradictions internes, ou par la multiplication d’escarmouches avec les forces de l’ordre ? On se demande même en quoi une insurrection serait nécessaire si les structures de pouvoir sont vouées à « s’évanouir ».

On sait le soin que prend Éric Hazan à analyser les pièges que le discours des dominants tend à quiconque cherche à analyser et comprendre le monde tel qu’il va9. Ce choix de terminologie – « évaporation », « évanouissement », « écroulement », etc. – ne doit donc rien au hasard et mérite d’être pris au sérieux. Or, il suffit d’avoir en tête les luttes massives menées par les travailleurs/ses dans plusieurs pays d’Europe ravagés par les politiques d’austérité depuis l’éclatement de la crise financière (Grèce en tête), ou les soulèvements révolutionnaires dans les pays arabes (Tunisie, Egypte, Syrie, etc.), pour comprendre que d’ « évaporation », d’ « évanouissement » ou d’ « écroulement », il n’est nullement question, ni ici ni ailleurs.

Si les appareils d’État ne se sont nullement effondrés et si les économies ne s’écroulent pas totalement, c’est non seulement que le pouvoir des classes dominantes ne tient pas uniquement, ni d’ailleurs principalement, dans la coercition physique, à laquelle elles ne recourent qu’en dernier ressort, mais aussi que les bourgeoisies ont appris des crises précédentes, et notamment de la grande crise du capitalisme ouverte en 1929. Sans même parler de ces « amortisseurs » des crises capitalistes que constituent les systèmes de protection sociale, les services publics, etc. – toutes choses conquises par les mouvements ouvriers et que les gouvernements cherchent actuellement à liquider –, le niveau de coordination des politiques économiques s’est considérablement renforcé entre les puissances capitalistes par rapport à l’entre-deux-guerres, comme se sont perfectionnés les moyens de persuasion douce et de surveillance étroite dont disposent les classes dominantes.

Les effets politiques et idéologiques potentiellement dévastateurs de la récession ont donc pu être atténués et ne se sont nullement accompagnés, du moins pour l’instant, d’un effondrement des États, ni même de la plupart des partis traditionnels (à l’exception du PASOK grec), qui n’ont pourtant pas ménagé leur peine pour que cette crise de leur système, produit des politiques économiques et financières qu’ils ont menées depuis la fin des années 1970, soit surmontée sur le dos des travailleurs/ses. Comment peut-on d’ailleurs imaginer que les classes dominantes laisseraient se décomposer sans broncher les États, vecteurs décisifs de conservation sociale et instruments de répression sans équivalent dans des situations où pouvoirs et privilèges sont remis en cause à une échelle de masse10 ?

Se libérer de l’idée de transition ?

Point crucial dans leur argumentation : les auteurs insistent ainsi sur la nécessité de se défaire de l’idée d’une « période de transition […] entre l’ancien régime et l’émancipation en actes » (p. 35). Il est en effet juste de mettre en garde contre la transition en tant que mot d’ordre visant à ralentir la maturation d’un processus révolutionnaire lorsque celui-ci est en cours (« qui n’avance pas recule »), à freiner les actions et à limiter les revendications au nom de jours plus propices qui n’arrivent jamais. Généralement avancé par l’aile opportuniste du mouvement révolutionnaire, effrayée par la possible perte de privilèges bureaucratiques, ce mot d’ordre permet d’en appeler à un gouvernement provisoire sans lien avec le soulèvement révolutionnaire, pour mieux enterrer l’idée d’une rupture avec l’ordre ancien.

Demeure néanmoins entier le problème des formes concrètes que pourrait prendre le passage d’une société où le pouvoir économique et politique est exercé par une extrême minorité au profit d’une minorité, à une société tout autre, égalitaire et (réellement) démocratique (« ¡ democracia real ya ! » comme disent les indigné-e-s espagnol-e-s). Il ne dépend pas des seuls révolutionnaires de se débarrasser du problème de la transition, qui ne désigne pas une simple manœuvre opportuniste mais découle de l’inertie des structures de domination et de rapports de force parfois défavorables aux partisans de l’insurrection au cours même du processus révolutionnaire.

Les auteurs manquent en fait la double vérité de toute rupture révolutionnaire en réduisant la révolution comme processus à la révolution comme moment, c’est-à-dire comme insurrection. Cela aboutit à une double insuffisance : d’une part, l’accent n’est pas mis sur le caractère chaotique de toute trajectoire révolutionnaire11, passant par des phases d’euphorie, des coups d’arrêt voire des régressions puis de brusques remontées ; d’autre part, le moment insurrectionnel n’est jamais pensé sérieusement en tant que tel, c’est-à-dire comme épreuve de force, voire comme assaut soudain du pouvoir d’État, avec les problèmes d’ordre politico-militaire que pose une telle prise d’initiative dans les conditions actuelles (surarmement des appareils d’État, armée de métier, etc.). Ainsi la référence à l’insurrection fait-elle davantage figure d’évocation littéraire que de perspective stratégique12.

Ce dont la « transition » est le nom, c’est de la situation instable et forcément temporaire durant laquelle les rapports capitalistes/marchands n’ont pas encore été abolis complètement, aussi bien dans l’objectivité des formes de travail et d’échange que dans les subjectivités, façonnées par les logiques de concurrence et d’accumulation caractéristiques du capitalisme. Mais la transition désigne également ce moment où s’intensifient les luttes entre les formes nouvelles de pouvoir démocratique qu’inventent les classes dominées au cours même des processus révolutionnaires, et les formes de pouvoir propres aux classes dominantes, qui se manifestent notamment dans le cadre des appareils répressifs d’État.

Si les auteurs peuvent s’épargner le problème de la transition, c’est qu’ils se sont débarrassés préventivement – par décret théorique – de la question du pouvoir, en postulant l’ « évanouissement » quasi spontané des structures de domination inhérentes aux sociétés capitalistes. Nulle raison de penser une situation potentielle de double pouvoir, durant laquelle coexisteraient et s’affronteraient pouvoir populaire et pouvoir d’État, démocratie révolutionnaire et démocratie représentative, dès lors qu’on postule une « évaporation » ou un « écroulement » du pouvoir des classes dominantes. Or la transformation des États durant les trente dernières années ont plutôt vu un renforcement de ce pouvoir, à travers un procesus de « repatrimonialisation » – via notamment une fiscalité de plus en plus favorable aux plus riches et aux grandes entreprises capitalistes13 – doublé de l’accroissement du caractère pénal de l’Etat (au sens où Loïc Wacquant oppose « État social » et « État pénal »14).

Mais si la question de la transition est aussi aisément escamotée, c’est qu’Hazan et Kamo s’en tiennent à des réponses vagues et problématiques quant aux formes d’organisation et aux modes de décision qui pourraient émerger d’un processus révolutionnaire. Invoquant des « groupes de travail » formés sur la base du volontariat, qui auraient notamment pour tâche la résolution des problèmes hérités des sociétés capitalistes et productivistes (le démantèlement des centrales nucléaires par exemple), ils n’envisagent à aucun moment que ces groupes puissent être investis, et détournés de leur vocation première, par des adversaires de la révolution. Il faut citer en détail ce passage :

« En faire des groupes d’élus reviendrait à reconstituer de petits parlements, avec les inconvénients que l’on a vus. Une façon de procéder serait que s’y retrouvent celles et ceux qui ont envie d’y participer – qui s’intéressent à la question, qui ont réfléchi sur le sujet, qui ont ou avaient un emploi dans le secteur – bref, des volontaires. Il n’y a guère de risque que l’on se bouscule pour participer à de tels groupes par opportunisme ou recherche d’avantages matériels, vu que la fonction n’apportera aucun privilège financier mais plutôt un sacrifice de temps, une dépense d’énergie, un bouleversement de vie – raisons pour lesquelles elle ne pourra être qu’assez brève, avec une relève par roulement » (p. 77).

Par refus légitime d’un parlementarisme bavard qui, en séparant arbitrairement discussion et exécution des décisions, n’engage à rien ceux qui palabrent et détournent au passage l’attention des lieux véritables du pouvoir, les auteurs en viennent à refuser l’idée même de débats politiques et pluralistes – à tous les niveaux pertinents, du plus local jusqu’à l’échelle internationale – concernant l’ensemble des domaines de l’existence, et s’épargnent le problème des conditions d’une possible irruption des classes populaires et de l’ensemble des opprimé•e•s sur la scène, politique et sociale, où se façonnent leurs destinées.

La critique de ce que Marx nommait déjà le « crétinisme parlementaire » permet de justifier un mode d’organisation – les « groupes de travail » évoqués plus haut – qui a toutes les chances de se muer en règne de l’expertise dès lors que ne sont pas envisagés et recherchés des modes d’intervention, de débat et de contrôle proprement populaires. Qui, en effet, se sentirait appelé à venir grossir les rangs, « volontairement » (sic), de ces groupes de travail, sinon ceux qui imaginent – sur tel ou tel sujet – avoir une compétence particulière, ceux que leurs parcours antérieurs et leur « capital culturel » ont disposé à se penser incontournables et qui chercheront par là à s’aménager un statut (et quelques privilèges) dans la nouvelle société ?

« Les groupes de travail n’auront pas de président mais un coordinateur pour l’organisation matérielle des séances, leur enregistrement, leur diffusion, etc. [comment seront choisis ces coordinateurs, sachant que « l’organisation matérielle des séances » peut à l’évidence être la source d’un pouvoir ?]. Pour traiter des questions difficiles, ils pourront inviter des spécialistes scientifiques ou techniques, qui n’auront rien de commun avec les experts de naguère : choisis [par qui et selon quel type de procédure ?] parmi les partisans du nouveau cours [qui décidera du degré de soutien des uns et des autres au « nouveau cours » ?], ils participeront aux discussions à égalité avec n’importe qui » (p. 77).

Mais plus encore, doit-on considérer, dans un réflexe hyper-individualiste, que l’intervention d’organisations collectives défendant des perspectives communes – qu’on les appelle « partis », « mouvements », « réseaux », « groupes », « comités », « sections », peu importe – constituerait nécessairement une entrave à un changement radical de société, ou au contraire que c’est en s’organisant collectivement et en menant les nécessaires débats, là encore à tous les niveaux de décision pertinents, que les classes dominées prendront confiance dans leur capacité à transformer les rapports sociaux ?

Mieux, si l’on considère que ces « partis », « mouvements » ou « réseaux » constituent en effet une entrave, comment empêchera-t-on les individus, engagés ou non dans le processus révolutionnaire, de s’organiser collectivement pour l’infléchir dans tel ou tel sens ? Selon un paradoxe qui n’est qu’apparent, seul un appareil de surveillance et de répression digne des États capitalistes d’aujourd’hui ou des États bureaucratiques d’hier, pourrait assurer que les « groupes de travail » ne soient pas investis par des groupes organisés voire détournés de leur vocation originelle.

Une alternative existe, qui permettrait d’éviter une telle impasse : mettre au premier plan l’auto-organisation des opprimé-e-s, prenant non seulement le temps de discuter de tout ce qui les concerne mais assumant un contrôle direct et un suivi effectif des décisions prises par les structures démocratiques constituées pour réorganiser la société. Mais cela suppose la possibilité pour eux de constituer autant d’organisations collectives qu’ils le souhaitent (et qui reflèteraient les clivages nouveaux que ferait inévitablement émerger un processus révolutionnaire). Or cette solution est explicitement exclue par les auteurs :

« Quant aux ’’décisions’’ prises, la meilleure façon de s’assurer qu’elles soient sensées réside, non pas dans un ’’contrôle populaire’’ toujours manipulable [comment éviter que les « groupes de travail » ne soient eux-mêmes manipulés ?], mais dans leur mode d’application. En l’absence d’un exécutif central, ce sera aux groupes de travail eux-mêmes d’organiser la mise en œuvre des mesures qu’ils auront proposées. Être directement confronté à ce qu’implique pratiquement une mesure, devoir emporter la conviction générale [comment s’assurera-t-on d’une telle « conviction générale » sans procédure démocratique pour en vérifier l’existence ?], cela dissuade de suggérer des solutions irréalisables ou dictées par tel ou tel intérêt inavouable » (p. 78).

Se trouve ainsi effacée toute référence à un champ politique – que ce soit au niveau local, régional, national ou supranational – où s’affronteraient différentes orientations au sein même du mouvement révolutionnaire. C’est pourquoi non seulement le rôle des organisations n’est pas réfléchi, celles-ci étant implicitement considérées par les auteurs comme un obstacle à tout changement social, mais ces derniers s’épargnent au passage le problème des conditions d’une déprofessionnalisation du politique – ou positivement d’une appropriation populaire du politique –, puisque le politique serait en quelque sorte aboli par l’insurrection victorieuse.

Les auteurs succombent ainsi à ce que D. Bensaïd nommait l’ « illusion sociale », en référence aux ouvrages de John Holloway15. Mais ils vont plus loin encore en proposant une version hyper-décentralisée de l’idée saint-simonienne d’un passage (immédiat) du « gouvernement des hommes » à « l’administration des choses », qui leur permet d’esquiver la question du pouvoir au nom d’une juste critique de ce que le révolutionnaire russe Rakovsky nommait les « dangers professionnels du pouvoir »16.

Rendre la révolution irréversible ?

Les auteurs prétendent, à travers ce livre, proposer un « plan pour rendre l’insurrection irréversible […], pour sortir du cycle trop connu des révolutions ratées », fondé sur « la séquence révolution populaire – gouvernement provisoire – élections – réaction ». Louable intention, car il est urgent de sortir de l’impasse stratégique dans laquelle la gauche et les mouvements sociaux sont empêtrés. Mais en quoi consiste ce « plan » qui doit nous aider à éviter les erreurs passées et nous permettre d’ouvrir, sans détours ni revirement, le champ des possibles ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce plan n’est pas même esquissé. Car pour rendre « irréversible », non simplement l’insurrection mais le processus révolutionnaire, on ne saurait faire l’impasse sur l’examen des menaces externes et des dangers internes qui guettent toute révolution. À mesure en effet que se trouve posée la question du pouvoir et visée l’abolition des privilèges de toutes sortes dont est faite la société capitaliste, il ne peut manquer de s’opérer aussi bien un aiguisement des luttes de classes qu’une polarisation au sein des forces sociales engagées dans le processus.

Gageons que les auteurs ne croient pas sérieusement que les classes dominantes – à l’intérieur des frontières nationales comme à l’extérieur – demeureraient passives devant une tentative résolue et consciente d’en finir avec les rapports d’exploitation, par exemple devant une répudiation de la dette publique décidée unilatéralement par un gouvernement révolutionnaire conséquent. Alors, pourquoi ne pas le dire et prendre au sérieux ces « premières mesures révolutionnaires » qu’il importerait de mettre en œuvre pour entraver les actions que la bourgeoisie entreprendrait à coup sûr, au niveau national et international, pour mettre fin à une telle expérience ?

Les auteurs demeurent largement muets sur ces mesures, qu’on pense par exemple à la socialisation intégrale du système bancaire, à la réquisition des grands moyens de production et d’échange ou à l’exercice d’un contrôle des travailleurs sur les comptes (des entreprises et des administrations) ou sur l’embauche, qui permettraient pourtant de penser les conditions de possibilité d’une rupture avec le pouvoir capitaliste. En lieu et place, Hazan et Kamo paraissent très inquiets que se manifestent des formes violentes de ressentiment, pendant ou après l’insurrection, contre les classes dominantes déchues (p. 86-89). Ainsi reprennent-ils implicitement à leur compte le discours dominant sur les excès des révolutions, sans jamais rappeler que les accès de violence à l’initiative des révolutionnaires sont presque toujours des réactions à la violence contre-révolutionnaire et aux tentatives de maintenir ou de restaurer l’ordre ancien.

Quand il leur arrive de faire face à l’épineux problème – qui s’est posé à toutes les révolutions – de la lutte nécessaire contre les ferments de contre-révolution, les mesures qu’ils suggèrent apparaissent davantage comme des tours de passe-passe qui n’attaquent guère le pouvoir des classes dominantes dans ses fondements (économiques et politiques). À ce propos, il vaut la peine de citer longuement un passage de l’ouvrage, qui donne à voir l’inconséquence de la réponse proposée à ce problème :

« L’appareil d’État s’est dissous, ses débris tournoient dans le vide. Ceux qui se réunissaient chaque semaine pour régler les affaires courantes et qu’on qualifiait contre toute évidence de ’’gouvernement’’ sont hébétés, éparpillés dans la nature, certains en fuite. Mais le premier moment passé, ils vont chercher à se retrouver, à se concerter, à préparer la revanche. Pour qu’ils restent inoffensifs, il faut les maintenir dispersés. Ces gens-là fonctionnent par réunions, dans des bureaux, avec des dossiers. Nous les leurs ôterons : nous fermerons, nous ferons murer et garder tous les lieux où tournaient hier encore les rouages de l’État, du palais de l’Élysée à la plus reculée des sous-préfectures – ou nous y installerons des crèches, des hammams, des cantines populaires comme dans les hôtels de luxe à Barcelone en 1936. Nous couperons leurs lignes de communication, leurs intranets, leurs listes de diffusion, leurs lignes téléphoniques sécurisées. Si les ministres déchus et les chefs de la police haïs veulent se réunir dans des arrière-salles de cafés, libre à eux. Privés de leurs bureaux, ces bureaucrates seront incapables d’agir » (p. 37).

Bel optimisme, mais reposant sur une analyse fausse des sources du pouvoir bureaucratique : ce n’est évidemment pas l’existence matérielle de bureaux, de dossiers, de lignes de communication ou de listes de diffusion qui fondent ce pouvoir mais la division du travail et la spécialisation qui en dérive des tâches de gestion, de conception et de contrôle, en somme la professionnalisation de l’exercice du pouvoir dans l’ensemble des organisations (entreprises privées, administrations publiques, organisations syndicales et politiques, associations, etc.).

En outre, ne faut-il pas se préparer à l’émergence, au sein même des forces révolutionnaires, de groupes ou de couches sociales qui agiront de manière à satisfaire leurs intérêts particuliers au détriment de l’approfondissement du processus révolutionnaire, éventuellement jusqu’à l’étranglement de celui-ci ? Toute l’histoire des révolutions passées démontre en effet, de manière suffisamment dramatique pour qu’on y prête attention, ce qu’il en coûte de succomber à l’illusion d’une résolution automatique, au lendemain de l’insurrection ou au cours du processus révolutionnaire, de ces deux problèmes fondamentaux : dérives bureaucratiques et périls contre-révolutionnaires. Si l’on ne saurait s’en prémunir une fois pour toutes, s’y préparer collectivement et faire vivre la démocratie dans nos organisations, nos collectifs et nos mouvements, sont la moindre des précautions que peuvent prendre, dès maintenant, ceux et celles qui aspirent à transformer radicalement la société.

Et maintenant ?

Pour quiconque s’interroge sur ce qu’il importe de faire dans l’immédiat, la réponse proposée par Hazan et Kamo – « faire évoluer ces groupes [en révolte] en constellations subversives par le jeu des amitiés, des espoirs partagés, des luttes menées en commun, de proche en proche » – ne pourra paraître qu’insatisfaisante. Non que les amitiés et espoirs unissant les groupes en révolte soient quantité négligeable dans la lutte pour une société communiste, mais il est pour le moins douteux qu’ils suffisent à renverser le pouvoir des classes dominantes.

C’est qu’un des points aveugles de cet ouvrage tient, paradoxalement, dans les rapports de domination qui structurent la société capitaliste et les luttes collectives qui sont d’ores et déjà menées quotidiennement et qui pourraient donner matière à réflexion, notamment quant à leur incapacité à déboucher sur une expression politique anticapitaliste de masse17. Or, si l’on se refuse à ce que les « premières mesures révolutionnaires » constituent un programme élaboré en chambre et imposé du dehors, elles ne peuvent que s’inscrire en prolongement de ces luttes, non comme une émanation spontanée, mais en interaction entre le mouvement réel et l’intervention en son sein de militants et de groupes révolutionnaires, c’est-à-dire a minima reconnaissant la nécessité d’une révolution pour en finir avec le système capitaliste.

Pire, les auteurs manifestent, en plusieurs passages de l’ouvrage, une attitude sectaire les amenant à se poser en extériorité de l’essentiel des luttes actuelles et de tous les cadres militants existants. Ainsi les aspirations écosocialistes et les mobilisations antifascistes sont-elles réduites à des « leurres », qui feraient écran à une véritable « poussée révolutionnaire » (p. 104). Cela sans parler des lieux de travail, qui ne sont pas même évoqués, et plus spécifiquement du syndicalisme alors même que ce dernier demeure – malgré sa crise structurelle et son intégration des directions confédérales à l’État, notamment à travers la multiplication des instances de « dialogue social » – l’une des principales sources de contestation sociale au sein des sociétés capitalistes18.

Ne pas succomber aux nostalgies ouvriéristes ne saurait impliquer de perdre de vue ce qui se joue de décisif dans les entreprises et de s’y organiser pour combattre la dictature du capital. Près de nous, l’expérience du LKP en Guadeloupe rappelle non seulement le rôle d’impulsion que peuvent avoir les syndicalistes et les sections syndicales, pour peu qu’ils refusent la collaboration de classes ; Mais ce mouvement a posé plus largement la question des formes que pourrait prendre une mobilisation populaire radicale, dans une situation où chômage, précarité et travail informel concourent pourtant à fragmenter le camp des opprimé-e-s. Revenir sur une telle séquence, beaucoup plus significative à mes yeux que l’expérience de Tarnac invoquée dans l’ouvrage (p. 83-84), permettrait d’en mesurer les apports et limites en la confrontant à des mouvements comme la grève des travailleurs/ses sans-papiers en 2008-2009, le mouvement de masse contre la réforme des retraites en 2010 ou la lutte obstinée contre la création d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Plus généralement, ayant écarté de manière décisoire la question du pouvoir au profit d’un idéal d’ « ingouvernabilité » (p. 9), les auteurs ne pensent à aucun moment la manière dont les instruments collectifs de lutte que se sont donnés les classes dominées dans la société présente (syndicats, collectifs, coordinations, etc.), et ceux qu’ils inventeront au cours du processus révolutionnaire (assemblées, comités de mobilisation, conseils, coordinations, etc.), pourraient constituer l’embryon d’un pouvoir inédit, capable à la fois de briser les tentatives de contre-révolution, d’assurer les conditions d’une participation de tou-te-s à l’œuvre collective et de jeter les bases d’une société nouvelle, tout en évitant la confiscation du processus révolutionnaire au profit d’une nouvelle classe dominante et la consolidation d’un nouvel appareil d’État fonctionnant comme instrument de domination d’une classe.

Si le livre d’Éric Hazan et de Kamo connaît un succès certain, malgré les importantes limites mises en évidence ici, ce n’est pas seulement en tant qu’heureux symptôme d’un désir de radicalité ou parce que son spontanéisme traduit un sentiment anti-organisations qui s’est répandu à partir des années 1980, à mesure que les partis de gauche (PS, PCF et Verts) et les directions syndicales trahissaient les espoirs populaires placés en eux. La gauche révolutionnaire a également sa part de responsabilité, n’étant pas parvenue – du moins pour l’instant – à poser à une échelle large plusieurs questions qui apparaissent décisives dans la période (question raciale, Union européenne, productivisme, etc.), à renouveler son paradigme stratégique (ce qui ne signifie en rien abandonner les acquis de la gauche antistalinienne), mais aussi à repenser les rapports interpersonnels au sein de courants qui restent marqués par des décennies de durs combats à contre-courant. Pire, les organisations à la gauche du PS ont pu – et peuvent encore – contribuer à la montée de l’islamophobie19, au mirage d’une réforme des institutions de l’Union européenne20, ou encore à l’illusion d’un évitement du basculement climatique sans rupture radicale avec le productivisme21.

Plus spécifiquement, la gauche radicale continue de pâtir d’une forme d’ouvriérisme qui, non seulement dispose à un anti-intellectualisme prenant prétexte de l’intellectualisme des intellectuels de profession, mais continue à l’amener, particulièrement dans le cas d’une organisation comme Lutte ouvrière, à négliger les luttes dépassant le strict cadre de l’entreprise. Il ne suffit pas en effet de faire la (juste) critique d’une conception réductrice de la classe ouvrière, en élargissant cette catégorie à l’ensemble des travailleurs contraints de vendre leur force de travail (employés administratifs et commerciaux, techniciens et ingénieurs, enseignants et personnels des hôpitaux, etc.), pour en avoir fini avec les impasses ouvriéristes. Encore faut-il prendre au sérieux une série de questions qui n’apparaissent secondaires que si l’on se satisfait d’une compréhension appauvrie de la logique du système capitaliste, ramenée à l’extorsion de la plus-value au niveau de l’entreprise et à la marchandisation du monde.

Quelle relation entre luttes économiques et combats politiques ? Quelle articulation entre mobilisations dans les entreprises, contre les licenciements ou la détérioration des conditions de travail, et résistances dans les lieux de vie, contre l’urbanisation capitaliste et la gentrification ? Comment faire face à l’atomisation des travailleurs/ses liée au chômage de masse, à la précarisation généralisée, à la multiplication des statuts d’emploi au sein d’une même entreprise et à la sous-traitance en cascade ? Comment combiner les résistances à l’exploitation et la lutte contre le racisme systémique et le patriarcat, qui rendent impensable l’auto-constitution du prolétariat en tant que sujet politique autonome et unifié ? Quelles traductions concrètes pourrait avoir une stratégie de front unique, dans les conditions présentes, visant à contester l’hégémonie capitaliste ? Quelle place pour la grève générale mais aussi pour les confrontations électorales et les batailles d’idées dans une stratégie de conquête du pouvoir ? Quel rôle pour les militants et organisations révolutionnaires dans les mouvements sociaux ? Quelle articulation entre les nécessaires combats défensifs (en particulier l’antifascisme) et la lutte pour le pouvoir ?

Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres encore22, que la gauche révolutionnaire devrait remettre sur le métier en se gardant de tout dogmatisme, pour espérer conquérir une large audience et devenir capable de peser sur le cours des choses. À défaut, elle laisse un espace vacant, non seulement pour des forces réformistes plus ou moins radicales et des issues strictement électorales, mais aussi pour des courants et théoriciens qui – tels Éric Hazan et Kamo – offrent des réponses, certes grisantes mais essentiellement incantatoires. Pour ne prendre qu’un exemple : on n’en a assurément pas fini avec la question du pouvoir en affirmant que celui-ci va s’ « évaporer » ou s’ « évanouir » une fois l’insurrection venue. Mais au moins cela constitue-t-il une réponse, là où les courants anticapitalistes et révolutionnaires se contentent généralement de renvoyer à un moment plus propice la position du problème, au nom du refus des solutions « clé en main ».

Reste que, pour les raisons indiquées plus haut, on ne saurait compter sur une telle « évaporation du pouvoir », qui nous exonèrerait des combats politiques et idéologiques visant à entraîner dans une lutte ouverte contre le capital et son État des franges de plus en plus larges du prolétariat. L’ordre du jour est donc au renforcement des cadres de résistance existant ici et maintenant sur des questions très diverses, à l’élaboration collective d’une stratégie d’émancipation à la hauteur des défis posés par le capitalisme autoritaire, et à la construction de fronts politiques et sociaux qui, s’ils se donnent pour ambition d’opposer un pouvoir populaire aux classes dominantes, ne sauraient se réduire à des fronts électoraux.

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  • 1. À noter que ce pseudo est emprunté à un militant proche dans sa jeunesse de Staline et responsable de braquages visant à renflouer les caisses du parti Bolchevik.
  • 2. Voir : D. Bensaïd, « Sur le retour de la question politico-stratégique ».
  • 3. Voir notamment : N. Jounin, Chantier interdit au public. Enquête sur les travailleurs du bâtiment, Paris, La Découverte, 2007 ; M. Benquet, Encaisser. Enquête en immersion dans la grande distribution, Paris, La Découverte, 2013.
  • 4. L. Cordonnier, « Coût du capital, la question qui change tout », Le Monde diplomatique, juillet 2013.
  • 5. J. Duval, Le mythe du ’’trou de la sécu’’, Paris, Raisons d’agir, 2007.
  • 6. F. Chesnais, Les dettes illégitimes, Paris, Raisons d’agir, 2011.
  • 7. I. Garo, L’idéologie ou la pensée embarquée, Paris, La Fabrique, 2009.
  • 8. Sur cette conception de la conscience contradictoire, voir : A. Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Paris, La Fabrique, 2011, p. 112.
  • 9. Voir notamment : É. Hazan, LQR. La propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006.
  • 10. Il n’est pas question ici d’affirmer que les Etats nationaux sont le seul cadre d’organisation des classes dominantes. Ces dernières ont su au contraire multiplier les cadres leur permettant de coordonner leur action sur le plan idéologique, économique et politique : « think tanks » néolibéraux, organisations patronales, structures de lobbying (telles que l’ERT au niveau européen), Commission européenne, Banque centrale européenne, organisations internationales (FMI, OMC, Banque mondiale), etc.
  • 11. Comme le montre parfaitement Gilbert Achcar dans son livre sur les soulèvements populaires dans les pays du Moyen-Orient depuis 2011 : Le peuple veut, Paris, Actes sud, 2013. Voir également, sur le cas du Chili sous Allende, le livre récent de Franck Gaudichaud : Chili 1970-1973. Mille jours qui ébranlèrent le monde, Rennes, PUR, 2013. On pourrait également évoquer la séquence révolutionnaire portugaise d’avril 1974 à novembre 1975 : « 40 ans après, grandeur et limites de la Révolution portugaise ».
  • 12. Même en consultant L’insurrection qui vient, on n’y trouve pas le début d’une analyse des conditions de possibilité d’une insurrection dans les conditions présentes, et de ce que cela impliquerait concrètement, si du moins on prend au sérieux le mot d’ « insurrection ».
  • 13. T. Piketty, Le capital au XXIè siècle, Paris, Seuil, 2013.
  • 14. L. Wacquant, Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Marseille, Agone, 2004.
  • 15. Voir : D. Bensaïd, « Et si on arrêtait tout ? « L’illusion sociale » de John Holloway et de Richard Day », Revue internationale des livres et des idées, 2008, et « La Révolution sans prendre le pouvoir ? », paru initialement dans Contretemps, 2003, n°6. Voir également, pour une critique de Crack Capitalism : P. Blackledge, « In perspective : John Holloway », International Socialism, 2012, n°136.
  • 16. Voir : K. Rakovsky, « Les dangers professionnels du pouvoir. Une lettre sur les causes de la dégénérescence du parti et de l’appareil d’Etat », 1928.
  • 17. Sur ce point, voir : S. Kouvélakis, La France en révolte. Luttes sociales et cycles politiques, Paris, Textuel, 2007.
  • 18. Sur les contestations dans le monde du travail en France, voir notamment : S. Béroud, J.-M. Denis, G. Desage, B. Giraud, J. Pélisse, La lutte continue. Les conflits du travail dans la France contemporaine, Bellecombe-en-Bauge, Le Croquant, 2008 ; S. Béroud et P. Bouffartigue, Quand le travail se précarise, quelles résistances collectives ?, Paris, La Dispute, 2009. Sur les stratégies patronales de pacification et de répression, voir le numéro 50 de la Revue Agone, publié en 2013 et coordonné par Étienne Pénissat.
  • 19. L. Lévy, « La gauche », les noirs et les arabes, Paris, La Fabrique, 2010.
  • 20. Voir : P. Sotiris, « La gauche face à l’Union européenne », Contretemps, mars 2014.
  • 21. Voir : M. Löwy, Manifeste pour l’écosocialisme, Paris, Mille et une nuits, 2011 ; D. Tanuro, L’impossible capitalisme vert, Paris, La Découverte, 2012.
  • 22. Pour un aperçu, voir : S. Kouvélakis (dir.), Y a-t-il une vie après le capitalisme ?, Paris, Le temps des cerises, 2008.
date:

04/05/2014 - 21:40

Ugo Palheta

mai 262014
 

source: la horde

CRUAUD, GOLOUA AN COLAIR

Des lecteurs nous signalent une page Facebook d’un élu FN particulièrement gratiné : celle de Daniel Cruaud, conseiller municipal de Giberville (Basse-Normandie). On y découvre qu’il partage avec Marine Le Pen le goût de l’écriture phonétique (comprendre : à l’orthographe plus qu’approximative), mais surtout qu’il fait preuve d’une islamophobie totalement décomplexée. Il relaie ainsi, entre autres conneries, l’appel d’un mystérieux Collectif des Gaulois en Colère, qui menace ainsi « les musulmans » : « le FN étant encore trop gentil avec vous, nous serons contraint d’employer les méthodes de nos ancêtres (souvenez-vous de Charles Martel).«

Communiqué du NPA Lisieux-Pays d’Auge:

Lisieux, le 12 mai

La direction de la Poste du Calvados a fait le choix de faire distribuer par les facteurs la propagande du FN. Propagande diffusé avec de la publicité commerciale. Ordonner aux facteurs de distribuer ces tracts, place La Poste dans l’illégalité quand au devoir de réserve et de neutralité du service public . Plusieurs bureaux et facteurs du Calvados ont décidé de refuser de distribuer cette propagande qui appel à la haine.

Le NPA Lisieux- Pays d’Auge soutien l’ensemble des facteurs qui refusent de se transformer en commercial du FN et de propager ces idées racistes, xénophobes, islamophobes, homophobes…!! Nous condamnons cette collaboration commerciale de la Poste et donc de l’état avec l’extrême droite. Le F-Haine n’est pas un parti pour les travailleurs et les classes populaires, mais bien un parti capitaliste aux ordres de la finance et de la bourgeoisie.

Le MNLA reprend Kidal

 Posted by on 26 mai 2014 at 12 h 55 min  Actualité Internationale, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 262014
 

source: jura libertaire

Les Touaregs reprennent le contrôle de Kidal

Les combattants touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) ont repris le contrôle total de la ville de Kidal, ce 21 mai 2014.

Forts du soutien des forces internationales, notamment la France, les dirigeants de l’État malien ne peuvent s’empêcher d’abuser de ce pouvoir que la France leur a octroyé. Le 16 mai 2014, des militaires maliens font usage de balles réelles pour essayer de repousser des manifestants, en majorité femmes, venus dénoncer la venue du premier ministre malien à Kidal. Le lendemain, c’est aux positions du MNLA qu’ils se sont attaqués, ce qui a contraint les combattants du MNLA à réagir et de violents combats ont lieu, combats durant lesquels les combattants touaregs ont infligé des pertes considérables à l’armée malienne. Le gouvernorat de Kidal ainsi que certaines positions sont passés sous le contrôle des Touaregs.

Durant toute cette confusions qu’a vécu la ville de Kidal, les forces internationales présentes sur place ont joué un rôle malsain en se positionnant systématiquement en faveur de l’État malien [Alors que la France n’a pas dénoncé la répression des civiles par les l’armée malienne le 16 mai, ni l’usage de balles réelles contre des manifestants pacifiques, elle s’est empressé de dénoncer l’action du MNLA le lendemain qui n’a fait que se défendre. La France a même osé parler d’otages au sujet des soldats maliens faits prisonniers par le MNLA. La même attitude a été adoptée par les nations Unies représentées sur place par la Minusma.].

Le mercredi 21 mai, c’est à l’arme lourde que les soldats de l’armée malienne présents encore à Kidal se sont attaqués aux habitations de civils. Excédés, les combattants touaregs dont les positions ont été visées par les soldats maliens ont riposté et très vite, comme d’habitude, ont pris le dessus sur l’armée malienne qui ont été chassés de la ville de Kidal. Dans un communiqué, rendu public le 21 mai, le MNLA déclare que “suite à l’agression et à l’attaque de nos positions par l’armée malienne tôt ce matin, l’ensemble des positions occupées jusqu’ici par les forces armées maliennes sont à présent sous le contrôle des forces combattantes de l’Azawad”. Dans son communiqué, le MNLA appelle la communauté internationale “à tout mettre en œuvre pour assurer la protection des populations de l’Azawad en territoire sous contrôle malien contre toute tentative de représailles de la part de l’armée malienne défaite”. En effet, il faudra s’attendre à des opérations de représailles qui seront menées, comme d’habitude, contre les populations civiles touarègues aussi bien par l’armée malienne que par les milices et mercenaires à qui elle l’a l’habitude de sous-traiter ces actions crapuleuses.

Le jeudi 22 mai 2014, c’est Anderboukane qui tomber sous le contrôle du MNLA : les militaires maliens y ont été chassés. Selon des informations qui parviennent du terrain, des combats on lieu à Menaka. Les combattants touaregs comptent libérer la ville de l’occupation malienne avant la tombée de la nuit.

Tamazgha, le site berbériste, 22 mai 2014

mai 172014
 

Ces notes ont servi de base pour lancer une causerie sur le campus Effiscience et la réindustrialisation par les nouvelles technologies.

Le campus Effiscience est un campus technologique situé à Colombelles, sur le site de l’ex-SMN : le bastion ouvrier est remplacé par les nouvelles technologies, ou comment faire oublier les luttes ouvrières. Ce campus s’appuie aussi sur l’Université de Caen, le GANIL (recherche nucléaire et accélérateur de particules) et l’ENSICAEN (école d’ingénieurs).

Créé en 2007, avec Webhelp et NXP subventionnés par les pouvoirs publics pour leur installation, il s’est spécialisé dans les technologies sans contacts, service par téléphone et le nucléaire. La dernière entreprise à investir, c’est AREVA, via sa filiale médicale AREVA Med, pour 200 millions d’euros. Après avoir propagé les cancers, AREVA se propose donc de les soigner.

Ce campus, c’est plus de 2000 salariés aujourd’hui, et 80 start-ups, où le rêve d’une fusion entre recherche, entreprise et pouvoirs publics se réalise : tous et toutes ensemble vers le progrès. L’objectif est de passer à 6000 salariés en 2015, d’où l’accélération de son développement. En février 2014, 2000m2 de bureaux ont été livrés. L’ensemble du plateau est voué à entrer dans le giron du campus. NXP, ex-Phillips, est déjà l’un des plus grands centres de recherche et développement dans son domaine, avec 500 salariés (principalement des ingénieurs), et vise à doubler sa superficie. Elle bosse sur des logiciels, et des systèmes pour la télévision, l’identification comme la biométrie, les véhicules etc. Les ingénieurs côtoient les salariés précaires de Webhelp, soumis au management le plus infantilisant.

Les partenaires du campus Effiscience sont l’agglomération caennaise, la ville de Colombelles, et trois réseaux européens qui regroupent des organisations qui bossent dans les nouvelles technologies. L’un est basé à Bruxelles, l’autre en Espagne, et le dernier à Nantes. Ces réseaux cohérents forment une communauté d’intérêts pour défendre l’industrialisation par les nouvelles technologies.

Les références de ce campus ? Minatec de Grenoble pour la gauche, spécialisé dans les nanotechnologies et créé par le Commissariat à l’Energie Atomique (donc l’Etat), Saclay pour la droite, où le CEA regroupe 5000 chercheurs dans le nucléaire et les nouvelles technologies. Ce qu’il y a de commun, c’est la même idéologie du progrès, la programmation du devenir du monde par la technologie. Désastres industriels, réduction de notre liberté, développement du cynisme et du narcissisme… Ce qu’il y a de commun, c’est aussi la recherche dans le nucléaire et le militaire. Ce que cachent toujours le nucléaire médical et la recherche fondamentale, les seules visées affichées à Caen avec ce campus ou l’association des nucléaristes Nucleopolis, ce sont les centrales et les bombes. A Bayeux, d’ex-ingénieurs du GANIL ont créé leur boîte, spécialisée dans « le domaine du vide », qui travaille notamment pour l’armement, entre autres industries de merde.

Le campus Effiscience s’inscrit dans le projet de réindustrialisation de la France par les nouvelles technologies, ce que quelqu’un comme Rifkin, conseiller de l’UE, des métropoles de Rennes et de Lille etc. appelle la troisième révolution industrielle. Bref, exploitation, réduction de l’exercice de notre liberté et ravages industriels. Cette réindustrialisation se fait autour de métropoles reliées entre elles et qui fonctionnent comme des pôles de compétitivité spécialisés : à Toulouse l’aéronautique et l’aérospatial, à Grenoble les nanotechnologies, à Caen le nucléaire. Evidemment, toutes ces technologies s’imbriquent. On essaie déjà de nettoyer les fonds de cuve radioactive avec des nanoparticules…

Cette réindustrialisation accompagne en fait la restructuration du capitalisme par les objets connectés, les voitures électriques, les éoliennes industrielles et la relance du nucléaire, entre autres. Et les énergies renouvelables, développées par les nucléaristes comme AREVA, GDF-Suez, EDF, DCNS etc., viennent s’ajouter au nucléaire, et on aura bien les énergies renouvelables industrielles en plus du nucléaire, et non à la place. L’EPR est toujours en cours à Flamanville, et d’autres sont déjà annoncés, en attendant les réacteurs de nouvelle génération testés à Cadarache (projet ITER).

Cette réindustrialisation en France se base sur le rapport McKinsey : Etat et capital s’entendent autour de 34 priorités (énergie renouvelable, véhicules à pilotage automatique, TGV du futur, réseaux électriques intelligents, hôpital numérique, nanotechnologies, cybersécurité etc.). Etat et industriels visent en fait à développer la haute technologie, les productions à haute valeur ajoutée, en France et dans les pays les plus riches. Le capitalisme a de plus en plus de mal à créer de la valeur, et industriels et Etat se tournent vers le virtuel pour tenter d’en créer. Ce sera donc les secteurs de pointe pour les pays riches, tant pis pour les pays dits du Sud. Comme ça ne suffit pas dans la concurrence mondiale, le rapport McKinsey fixe en même temps l’objectif de baisse des coûts de production et du travail : prolétariser toujours plus. L’ANI et les accords de compétitivité entraient dans ce cadre.

Le campus Effiscience est une étape dans cette restructuration du capitalisme. Se défaire de ce qui nous opprime passe par lutter contre ce campus.

 

Note:

Les 34 plans industriels lancés par le gouvernement

- Big data
- Cloud computing
- Objets connectés
- Réalité augmentée
- Logiciels et systèmes embarqués
- Services sans contact
- E-éducation
- Hôpital numérique
- Cybersécurité
- Nanoélectronique
- Robotique
- Supercalculateurs
- Innovation dans l’agroalimentaire
- TGV du futur
- Véhicule deux litres aux 100 km pour tous
- Véhicule à pilotage automatique
- Bornes électriques de recharge
- Autonomie et puissance des batteries
- Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs
- Satellite à propulsion électrique
- Dirigeable pour les charges lourdes
- Navire écologique
- Énergies renouvelables
- Réseaux électriques intelligents
- Qualité de l’eau et gestion de la rareté
- Biotechnologies médicales
- Dispositifs médicaux innovants
- Souveraineté des télécoms
- Industrie du bois
- Recyclage et matériaux verts
- Rénovation thermique des bâtiments
- Chimie verte et biocarburants
- Textiles techniques et intelligents
- Usine du futur

ukraine: l’anarchisme….‏

 Posted by on 16 mai 2014 at 10 h 16 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés
mai 162014
 

UKRAINE: L’anarchisme dans un contexte de guerre civile

Wednesday May 14, 2014 04:47 by Par Antti Rautiainen (version anglaise sur Tahrir-ICN, LibC
Vendredi 2 mai, la maison des syndicats d’Odessa a pris feu. Au moins 42 personnes ont trouvé la mort au cours des affrontements qui ont lieu dans cette ville, la plupart dans l’incendie et quelques autres dans les combats de rues. Il y a un excellent témoignage direct des événements disponible ici : http://napaki.livejournal.com/100072.html (en russe, non lu par le traducteur).
Les événements ont commencé alors que des combattants armés antiMaidan et pro-russes ont attaqué une manifestation organisée par des ultras de football aux sympathies nationalistes. Cette agression a fait quelques morts mais les pro-russes se sont rapidement retrouvés dans une situation défavorable. Ils se sont retirés vers leur campement de protestation dans le parc de Kulikovo mais les manifestants pro-Kiev les y ont suivis et ont mis le feu au camp. Les pro-russes se sont ensuite réfugiés dans la maison des syndicats, qui a rapidement pris feu aussi. On peut voir sur cette video (http://www.youtube.com/watch?v=s9AMjLBIliw&feature=youtu.be) comment l’incendie s’est propagé. A la deuxième minute, on peut voir une flamme derrière une fenêtre fermée, ce qui laisse supposer qu’une partie de l’incendie a démarré à l’intérieur. Ce qui est possible, à cause des accidents liés à l’utilisation de cocktails Molotov, utilisés des deux côtés lors des combats. Cela dit, on voit aussi des nationalistes pro-ukrainiens jeter des cocktails Molotovs, ce qui les rend au moins partiellement responsable de l’incendie.
Il y a des doutes quant au fait de savoir si le noyau dur des pro-russes qui ont attaqué la manifestation avec des armes à feu étaient, ou non, des provocateurs hors-sol. Dans tous les cas, il est certain que parmi les gens qui étaient dans la maison des syndicats, il en était qui n’avaient absolument rien à voir avec l’agression. Dans un certain nombre de photos, on peut voir la police protéger le noyau dur des agresseurs. En dehors de ça, la police a été très passive pendant l’incendie et n’est pas intervenue dans les évènements. Même si elle n’était peut-être pas partie prenante d’une conspiration, ils n’ont dans tous les cas pas du tout agi de manière professionnelle.
Pendant le week-end, les troupes du gouvernement central et les « fédéralistes » locaux ont levé une guerre dans la ville de Kramatorsk en Ukraine de l’est. Ce qui signifie que ce qui se passe actuellement en Ukraine peut d’ors et déjà être considéré comme une guerre civile. Dans les semaines qui viennent, nous allons découvrir à quel point cette situation de guerre va s’étendre et si la Russie va y intervenir, ou non. Je me considère très informé du contexte russe puisque j’ai vécu plus de 12 ans à Moscou, mais cela ne veut pas dire que je le suis autant pour l’Ukraine. Je n’ai seulement visité le pays que trois fois dans les dernières années et je n’ai guère plus qu’une vingtaine d’ami-e-s là-bas. Malgré tout, en me renseignant un peu sur ce qui se passe en Ukraine, j’ai vite compris qu’une guerre civile pouvait devenir un scénario possible là-bas.
Tous mes ami-e-s ukrainiens, cependant, étaient absolument certain-e-s qu’une telle chose ne pouvait arriver là-bas. Et ce malgré toutes les différences entre l’Ukraine occidentale et l’Ukraine orientale, personne n’était préparé à tuer en leurs noms. Illes étaient convaincu-e-s que l’Ukraine ne deviendrait jamais une autre Yougoslavie.
Tou-te-s avaient des connaissances, des ami-e-s et des amant-e-s des deux côtés du fleuve Dnieper, et ukrainophones et russophones. Mais en ne prenant en compte que ses propres ami-e-s, on tombe vite dans le piège du microscope, oubliant de ce fait tous les mécanismes qui créent de la haine sur un large niveau.
La guerre ne requiert pas une haine personnelle entre les gens, les raisons économiques et géopolitiques sont suffisantes. Et en Ukraine, les intérêts géopolitiques sont nettement plus grands qu’en Yougoslavie. Si quelqu’un a intérêt à attiser les haines ethniques ou les sentiments belliqueux, un simple petit accrochage à base ethnique suffit. Quelques violences, meutres et kidnappings et tout le monde est en ordre en bataille. Ca a marché aujourd’hui en Ukraine juste comme ça a marché dans de nombreux autres endroits.
A l’heure actuelle, la « gauche » occidentale semble assez désorienté à propos des évènements en cours là-bas. C’est parce que la « gauche », au sens large, n’est pas vraiment un concept utile dans l’ex-URSS, puisqu’elle peut signifier n’importe quoi depuis les sociaux-démocrates jusqu’aux anarchistes, en passant par les staliniens qui soutiennent Poutine. Personnellement, je préfère toujours écrire ce mot entre guillemets. Je me sens anarchiste, pas de « gauche », puisque depuis maintenant un certain nombre d’années les anarchistes ont été la seule force politique en Russie qui combinait les principes éthiques d’opposition au racisme, au sexisme et à l’homophobie avec ceux de l’égalité sociale. Jusqu’à très récemment, il n’y a pas vraiment eu quelque chose de l’ordre de la « nouvelle gauche » en Russie, à l’exception d’une poignée de trotskistes.
Une fracture au sein de la « gauche » en Ukraine est non seulement très probable mais aussi nécessaire. A Kharkiv, dans les combats de rues, l’organisation stalinienne « Borotba » (qui signifie lutte en ukrainien) a combattu contre les côtés où se trouvaient les anarchistes. Dans la région de l’ex-URSS, 99,9 % de la « gauche » supportera toujours l’impérialisme sous prétexte d’être « avec le peuple ». Il est temps que les anarchistes refuse l’association sémantique avec le terme « gauche ». Nous n’avons rien en commun avec ces gens.
Mais les anarchistes aussi peuvent se retrouver facilement manipulé-e-s avec des expressions à la mode tels que « auto-organisation » et « démocratie directe ». Par exemple, Boris Kagarlitsky, un russe intellectuel très connu dans la « gauche » occidentale et fréquemment invité dans les Forums Sociaux Mondiaux a trouvé un terrain favorable en Occident en utilisant de tels expressions à la mode.
Apparemment, les anarchistes d’Ukraine et de Russie n’ont pas pu anticiper les développements qui ont mené à la guerre civile. On n’y a seulement débattu autour de Maidan en se demandant si ce mouvement pouvait offrir quelque chose de mieux que le régime de Yanukovitch. On ne s’y attendait pas à ce que la Russie réagisse à une victoire de Maidan par une escalade consciente de la violence du conflit, et qu’il pourrait finalement dégénérer en guerre civile.
Alors que la Russie est la machine de propagande et le fournisseur d’armes principal du conflit, les pays occidentaux ne font guère mieux, en ne prenant en compte que les intérêts du nouveau gouvernement à Kiev et présentent le mouvement en Ukraine orientale comme un ensemble de pantins de la Russie. La branche armée des « fédéralistes » sont indéniablement des pantins du Kremlin, mais si le mécontentement n’était pas largement partagé et qu’il n’y avait pas de manifestation contre le nouveau régime de Kiev, cette branche armée n’aurait jamais fleurie.
Je ne crois pas qu’une guerre civile était l’objectif du Kremlin. En premier lieu, il s’agissait de déstabiliser l’Ukraine au maximum afin de forcer Kiev à abandonner ces velléités de regagner le contrôle sur la Crimée. Maintenant la situation est hors de contrôle du Kremlin et il sera peut-être contraint d’envoyer des troupes régulières pour remplir sa promesse de soutien donnée aux « fédéralistes ».
Le gouvernement à Kiev a envoyé tellement de « derniers ultimatums » aussi vite oubliés et a annoncé tellement d’ « opérations anti-terroristes » qui n’existaient pas qu’il est clair qu’il n’a que très peu de troupes opérationnelles. A quelques occasion, les troupes du gouvernement central ont en réalité pris part aux évènements et les résultats en ont été tragi-comiques. En conséquence, le gouvernement comprend bien que la question reste ouverte quant à savoir s’il est en capacité de remporter une guerre civile si celle-ci viendrait à se développer. Cependant, il comprend aussi que la guerre peut permettre de discipliner la société et de stabiliser le nouvel ordre et que soient oubliées et enterrées les promesses faites au mouvement. Avec le temps, les deux camps en sont arrivés à la conclusion qu’une véritable guerre civile pourrait s’avérer nécessaire pour leurs intérêts, même si personne ne l’avait programmé au début pour autant.Désaccord dans le mouvement anarchiste

Au cours des évènements, les mouvements anarchistes d’Ukraine et de Russie ont explosé en trois camps distincts. Un premier groupe s’est concentré sur la production de communiqués internet condamnant les deux côtés du conflit. Pour elleux, rester en dehors de toute dynamique sociale est une question de principe et ils ne veulent que relater et analyser. Participer à la protestation sociale n’est pas un but pour elleux et ils préfèrent garder les mains propres. Puisque chacun des camps est influencé par des libéraux écoeurants, des nationalistes détestés et des affreux staliniens, tous en même temps, ou par d’autres indésirables, on ne peut pas pleinement participer à rien et la seule alternative est de rester à la maison et de publier des communiqués sur Internet à propos de comment la situation va de pire en pire. Cependant, la majeure partie du temps, ces communiqués sont tout simplement évidents et remplis de banalités.

Un deuxième groupe s’est composée autour de celleux qui se sont trouvé-e-s tout excité-e-s par tout ce « riot-porn » et cette violence anti-police à Kiev, sans véritablement considérer qui perpétrait ces violences et dans quels intérêts. Certains antifascistes ont même dérivé au point de soutenir « l’unité nationale » dans Maidan et de menacert des anarchistes de Kiev qui critiquaient Maidan et refusaient d’y participer. La plupart des gens de ce camp sont juste des fans de la violence anti-police sans autre cadre théorique mais quelques uns essaient de donner à Maidan un parfum (imaginé) anti-autoritaire, en prétendant que l’assemblée générale de Maidan (« Veche ») équivaut aux conseils révolutionnaires mis en place durant les révolutions du 20ème siècle. Ils appuient cette analyse sur les revendications sociales qui sont parfois présentées à Maidan, mais ces revendications étaient toujours à la marge de l’ordre du jour de Maidan.
L’une de ces revendications périphérique étaient que les oligarques devraient payer un dixième de leurs revenus en taxes et était généralement articulée avec un populisme nationalisme. Cependant, les revendications de Maidan Kiev étaient toujours très loin de ramener à la société les milliards volés par les oligarques. A Vinnytsa et Zhitomir, il y a eu une tentative d’exproprier des usines appartenant à des capitaux allemands mais c’était le seul cas d’un éventuel dépassement du cadre libéral-national auquel je suis familier.
Dans tous les cas, le problème principal de Maidan n’était pas le manque d’un ordre du jour social ou le manque de démocratie directe, mais bien le fait que les gens ne le revendiquaient même pas. Même si tout le monde n’arrêtait pas de répéter qu’illes ne voulaient pas d’une autre « révolution orange » comme en 2004, ni d’un retour de Yulia Timoshenko, ce sont à la fin toujours les industriels du chocolat Poroshenko and Vitaly Klitchko qui sont en tête des sondages. C’était le choix du peuple après être ressorti épuisé de la voie révolutionnaire proposée par les nationalistes radicaux du Secteur Droit. Comme c’est là, les gens veulent retourner à « la vie normale », la vie avant Yanukovitch et ne sont pas prêt-e-s à faire des sacrifices que des développements révolutionnaires plus profonds exigeraient. La démocratie représentative est bien comme un hydre, si tu en coupes une tête, deux poussent à sa place.
Cependant, aucune des craintes de « renversement fasciste » ne s’est matérialisée. Les fascistes n’ont gagné que très peu de pouvoir et leur rôle historique en Ukraine va désormais être de jouer les troupes d’élites pour faire appliquer les réformes libérales exigées par le FMI et l’Union Européenne, c’est-à-dire des coupes budgétaires dans les retraites, une augmentation par 5 fois du prix du gaz etc. Le fascisme en Ukraine est traditionnellement assez puissant, mais il a été incapable de promouvoir réellement son propre agenda dans la vague révolutionnaire. C’est un schéma largement similaire à celui du parti Svoboda [stalinien] qui va complètement se discréditer vis-à-vis de ses électeurs.
Mais n’importe qui essayant d’intervenir, anarchistes compris, s’est retrouvé dans cette même situation – qui est d’être mis sur la touche after tous ces efforts. Pendant les manifestations, les anarchistes et la « gauche » enviait jalousement le Secteur Droit mais finalement toute la visibilité et la notoriété qu’ils ont chèrement payées n’ont pas suffi à leur offrir une véritable influence.
Si les anarchistes avaient adopté la position d’ « observateurs-trices neutres » après que Yanoukovitch ait tué des manifestant-e-s, illes auraient été complètement discrédité-e-s. Si après avoir été tué-e-s, la classe des travailleu-r-ses ou plus exactement « le peuple », c’est-à-dire la classe des travailleu-r-ses associée aux couches les plus basses de la bourgeoisie, avaient échoué à renverser Yanoukovitch, la société ukrainienne aurait plongé dans un sommeil léthargique comme les sociétés russes et biélorusses en font l’expérience. Evidemment, après le massacre, il ne restait plus le choix : il fallait renverser le pouvoir, quoiqu’il puisse arriver à sa place après. Les anarchistes à Kiev n’étaient absolument pas en position d’influencer la situation de manière significative, mais rester à côté n’était plus une option envisageable.
Et c’est là que nous arrivons à la troisième et dernière position envisagée par les anarchistes et que nous appellerons « centriste » : entre l’activisme sans cervelle, et la neutralité des communiqués sur Internet. Le camp des anarchistes réalistes ont compris que, même si les protestations de Maidan manquaient définitivement d’un programme conséquent et positif, il fallait faire quelque chose ou le futur serait terrible.Les limites de l’intervention

A Kiev, les anarchistes ont pris part à un certain nombre d’initiatives importantes au cours de la vague révolutionnaire – d’abord l’occupation du ministère de l’éducation1 ou encore le raid contre le bureau de l’immigration par le groupe local NoBorder, qui cherchaient des preuves de la collaboration illégale avec les services de sécurité d’autres pays. Mais l’intervention anarchiste la plus réussie a été celle de Kharkiv, où Maidan était relativement faible mais aussi davantage libéré de l’influence nationaliste.
Malgré tout, un tel centrisme a aussi ses propres problèmes. L’un d’entre eux est qu’il peut favoriser les mauvaises forces politiques à gagner du pouvoir et ainsi discréditer la protestation radicale. Un deuxième problème peut aussi être celui de finir par se battre pour un combat qui n’est pas le nôtre. Quand les antiMaidan ont attaqué Maidan dans la ville de Kharkiv, leurs ennemis fantasmés n’étaient pas les anarchises mais l’OTAN, l’UE ou les fascistes de l’Ukraine occidentale. Puisque les anarchistes y avaient fait le choix de rejoindre Maidan, il aurait été lâche de leur part de déserter une fois le combat engagé. Donc, les anarchistes ont fini par se battre aux côtés des libéraux et des fascistes. Je ne veux pas critiquer les anarchistes de Kharkiv ; après tout ce qu’illes ont fait était peut-être la tentative la plus aboutie parmi les anarchistes ukrainiens d’influencer le cours des choses mais ce n’était pas, loin de là, la bataille et les alliés qu’ils auraient souhaité.

Et donc, vient le moment où la désertion se fait impérative, et c’est quand commence la guerre civile. Là maintenant, il est encore trop tôt pour faire un véritable bilan définitif des tentatives des anarchistes pour influencer Maidan mais après le début de la guerre civile, Maidan ne jouera plus de rôle véritable. A partir de là, l’assemblée va progressivement se tourner vers l’armée et les fusils d’assaut remplacer les cocktails Molotov. La discipline militaire remplace l’organisation spontanée.
Quelques partisan-e-s de l’organisation ukrainienne Borotba (qui veut dire Struggle) et le Front de Gauche Russe prétendent qu’illes essaient de faire actuellement la même chose que ce que les anarchistes ont fait à Maidan, c’est-à-dire diriger les manifestations vers des revendications sociales. Mais le mouvement AntiMaidan n’a pas de structures de démocratie directe, pas même déformées. Il a rapidement adopté un modèle hiérarchique hérité des organisations militaires. Les leaders d’AntiMaidan sont en réalité d’anciens officiers de police et de l’armée de réserve. Ce mouvement ne cherche pas à exercer de l’influence sur les masses mais à s’imposer par le pouvoir militaire et les armes. C’est parfaitement logique puisque, si l’on en croit un récent sondage, même dans la région la plus « fédéraliste » de Lugansk, seule 24 % de la population est favorable à un renversement armé des structures de gouvernement2. Dans cette situation, AntiMaidan ne peut compter sur une victoire à travers des manifestations de masse.
Alors que, dans sa nature, Maidan était une protestation nationaliste et libérale de classe moyenne soutenue par une partie de la bourgeoisie, AntiMaidan est purement contre-révolutionnaire, en tendance. Bien sûr, AntiMaidan a ses propres bases. On pourrait être tenté d’y intervenir, mais une intervention supposerait une approche de type soviétique et impérialiste. Le Parti Communiste Russe, Borotba, le Front de Gauche Russe et Boris Kagarlitsky ont tous rejoint ce camp soviético-patriote. Intervenir au sein de Maidan faisait davantage de sens tant que l’ennemi restait les forces de police anti-émeute « Berkut » et des truands mercenaires. Quand les opposants sont des participants d’AntiMaidan induits en erreur, il ne fait dès lors plus sens de se battre dans la rue.
Quand on regarde des deux côtés de ce conflit, on peut voir une tendance dangereuse, que chaque anarchiste et anti-autoritaire va devoir affronter dans l’avenir : la récupération de la rhétorique et de la terminologie anti-autoritaire pour servir les idéologies hiérarchiques. D’un côté, les « nationalistes autonomes » qui ont trouvé beaucoup de sympathies parmi les anarchistes et de l’autre, des intellectuels tels que Boris Kagarlitsky. Tout deux définissent leur propre camp belliqueux avec des attributs comme « démocratie directe » et « auto-organisation ». En réalité, ces caractéristiques sont soit présentes de manière déformée soit pas du tout. Quand deux courants nationalistes différents « s’auto-organisent » pour s’entre-mutiler et s’entretuer, il n’y a rien à célébrer. A la suite des évènements en Ukraine, il est clair que les anarchistes doivent expliquer au monde la différence de nature entre « auto-organisation » et auto-organisation…
Selon le sondage auquel je me référais plus haut, en Ukraine orientale dans son ensemble, seulement 12 % soutiennent les actions armées des « fédéralistes », alors que le gouvernement de Kiev est soutenue par environ 30 % de la population. Les 58 % restants ne soutiennent aucun des deux partis belligérants et dans des conditions de guerre civile, c’est la majorité sur laquelle on devrait compter. Nous devrions encourager les désertions et les évitements de conflit. Sous de totalement autres conditions, et si les anarchistes avaient davantage d’influence, nous pourrions former des unités indépendantes contre les deux camps belligérants.
Des civils non armé-e-s sont parvenu-e-s à empêcher des bains de sangs en se plaçant au milieu des troupes comme des boucliers humains. Sans une telle forme de désobéissance civile, une véritable guerre aurait probablement pu éclater bien avant. Nous devrions soutenir ce mouvement et tenter de le diriger à la fois contre les « fédéralistes » and les troupes gouvernementales.
Au cas où la Russie réagirait en occupant des territoires en Ukraine orientale ou le pays dans son ensemble, nous pourrions nous inspirer des partisan-e-s anarchistes de la 2nde Guerre Mondiale qui se sont battu-e-s en France et en Italie. Dans de telles conditions, l’ennemi principal est l’armée occupante, en tant qu’elle va s’affronter à l’ensemble de la population très rapidement. Mais il est aussi nécessaire de se garder à distance maximum des éléments nationalistes de la résistance, puisque la moindre alliance avec eux entravera la réalisation de notre programme dans le cadre de la résistance.
Les évènements à Odessa sont une tragédie et il est possible que parmi les personnes qui sont mortes dans la Maison des Syndicats certaines n’avaient pas pris part aux violences. Les gens qui ont jeté des cocktails molotovs sur le bâtiment auraient du en prévoir les conséquences. Même si la propagation de l’incendie n’est pas uniquement de leur faute, ce n’est pas qu’illes ne s’y sont pas employé-e-s.
Si la guerre civile se répand, ces morts ne sont que le début. Il ne fait aucun doute que des deux côtés, la majorité ne veut qu’une meilleure vie pour leurs proches et leur terre natale et nombreu-x-ses sont celleux qui détestent d’autant oligarques et gouvernements. Plus des gens sincèrement ingénu-e-s meurent, plus la pression se fait grande de soutenir l’une ou l’autre des factions en guerre. Et nous devons lutter contre cette pression.
Alors qu’il peut éventuellement valoir le coup d’avaler des lacrymogènes ou de tâter de la matraque pour une révolution bourgeoise, il n’y a aucun sens à mourir dans une guerre civile qui oppose deux camps également bourgeois et nationalistes. Ca ne serait pas un autre Maidan mais quelque chose de complètement différent. Aucun sang, ni celui des anarchistes ni de personne d’autre, ne devra couler pour cette stupidité.Traduction française : Gio, CGA

= = = = =
Autre source d’infos (plutôt sur Maïdan)
Seulement en espagnol (pas le temps de traduire)
Rapport d’une délégation de SAC (Suède) et IP (Pologne) à Kiev

http://www.cgtvalencia.org/actualitat/20140508/informe-de-ip-y-sac-sobre-su-visita-a-ucrania/12498.html

Quelques idées sur le mouvement zapatiste

 Posted by on 11 mai 2014 at 13 h 40 min  Anarchisme  Commentaires fermés
mai 112014
 

Quelques idées sur le mouvement zapatiste

repris de non-fides

 

samedi 10 mai 2014

 

Ce texte a été publié en mars 2013 en espagnol, par La letra armada, un collectif anti-autoritaire du Mexique, et traduit en français en août 2013. Il s’agit d’une rapide présentation du mouvement zapatiste tel qu’il existe de nos jours, et d’une critique de l’implication d’anarchistes dans ce mouvement.

 

En parlant du mouvement zapatiste on pourrait croire que c’est un mouvement contemporain sans racines dans le passé. Cependant le zapatisme tel que nous le connaissons aujourd’hui est en réalité une récupération du mouvement dirigé par Emiliano Zapata au début du XXe siècle, durant la période de la guerre civile connue comme la Révolution Mexicaine.
Sous la devise de “la terre est à celui qui la travaille“, Zapata avait réuni plus de 27 000 hommes et femmes, la majorité des indigènes et paysans du sud du pays, dans l’Armée Libératrice du Sud afin qu’ils luttent pour la réappropriation des terres qui avaient été confisquées par des notables et des grands propriétaires terriens. Un point que le gouvernement soi disant révolutionnaire de Francisco Madero n’avait pas voulu inclure dans son plan de gouvernement, ce qui lui valut une rupture avec eux. Cette rupture implique que les zapatistes, à travers le plan Ayala, ne le reconnaissent pas (et les deux présidents suivants) et construisent un mouvement autonome du pouvoir étatique qui perdure formellement jusqu’en 1919 (année de l’assassinat de Zapata), mais qui informellement continue d’être en vigueur pendant tout le XXe siècle.

Le 1er janvier 1994, le jour commence avec en gros titres dans tous les journaux : 3000 indigènes qui s’appellent eux-mêmes Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional - EZLN), prennent la tête de sept communes au Chiapas. Ils lancent une déclaration de guerre contre le gouvernement et annoncent leur intention d’arriver jusqu’à la capitale du pays. Le soulèvement dura douze jours, durant lesquels de nombreuses personnalités (religieuses, intellectuelles, culturelles), collectifs, organisations, individus… demandent l’arrêt de l’affrontement.

Ces nouveaux zapatistes commencent un processus de dialogue avec le gouvernement qui mène aux Accords de San Andrés (1996), dans lesquels ils demandent que l’État mexicain reconnaisse, entre autres choses, le droit à l’autonomie, la culture, les droits des peuples indigènes dans la constitution et en même temps de satisfaire les demandes de justice et d’égalité pour les indigènes et les pauvres du Mexique. Comme cela avait eu lieu plusieurs années auparavant, le gouvernement les trahira (ainsi que les quelques 65 peuples indigènes qui vivent dans le pays), leur donnant des miettes suite à leurs demandes. L’EZLN décide alors de rompre les relations, et commence à travailler indépendamment du gouvernement en misant sur la construction de l’autonomie.

Bien que la lutte des zapatistes ait été lancée pour obtenir le droit à l’autodétermination, dans ses demandes il n’y a pas d’intention de construire un État indépendant de la République mexicaine. L’idée est plutôt que le gouvernement les reconnaisse et n’invisibilise plus les peuples indigènes du pays. C’est ainsi que dans tous leurs actes publics ils entonnent l’hymne national et prêtent serment face au drapeau national, en forme d’affirmation de leur appartenance au pays.

En 2003 on voit s’officialiser la division entre la partie civile de l’organisation, appelée Bases d’appui zapatistes-BAZ (pour la plupart des indigènes tzeltales, tojobales, tzotziles, etc.) et la partie militaire, vu qu’ils considèrent que la partie militaire s’immisce dans le processus démocratique et prend le dessus. Ainsi les Conseils de Bon Gouvernement (Juntas de Buen Gobierno-JBG) restent à charge de la sécurité, des processus démocratiques et de la construction et du développement de l’autonomie ; et l’EZLN reste immergée dans les montagnes et la forêt du Chiapas en n’ayant des contacts publics qu’au travers de communiqués.
Les BAZ et les JBG misent sur un nouveau plan de travail et ouvrent des liens directs avec la dite « société civile organisée » : ils développent une activité abondante de diffusion et propagande (dont la revue Rebeldía), créent des organisations hors du territoire zapatiste comme le Front Zapatiste de Libération Nationale, ouvrent des espaces de soutien comme la Cafetería Comandanta Ramona et permettent l’entrée de milliers de personnes dans les communautés comme observateurs ou coopérateurs.

En 2005 l’EZLN lance la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone dans laquelle elle appelle toutes les organisations anticapitalistes de gauche à former un front national, horizontal, sans parti, qui lutte pour la construction d’un autre Mexique sans président et une nouvelle constitution qui contienne une réponse aux demandes de tous les groupes en lutte du pays. Des centaines de collectifs, organisations et individus de gauche de tout le pays répondent à l’appel et se déclarent adhérents, y compris de nombreux collectifs anarchistes. C’est ainsi qu’est organisée une Rencontre Anarcho-galactique par des collectifs qui soutiennent cette initiative et voient dans un mouvement de type plateformiste (sous des accords idéologiques minimums) la possibilité de s’unir avec d’autres personnes pour la construction d’une alternative sans leaders ni État.

L’Autre Campagne (La Otra Campaña : nom du mouvement qui apparaît à la suite de la publication de la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone) se définit sans parti, cependant certains partis de gauche se sont déclarés adhérents. Le Parti Communiste (sans registre formel au Mexique) s’est chargé d’apporter ses images iconiques de leaders à chaque assemblée ou rencontre et essaie en même temps d’introduire ses idéaux politiques. Cela favorise aussi la participation de personnes appartenant à des partis de gauche dans le travail de base au sein de l’initiative des zapatistes.

Dans les deux cirques électoraux qui ont eu lieu depuis qu’est apparu La Otra Campaña, de nombreux individus adhérents ont appelé au vote utile pour battre l’ultra-droite (représentée par les partis PRI et PAN) et mettre au pouvoir la « gauche » (PRD), soi- disant un parti qui pourrait garantir « l’État de droit ». L’EZLN même, durant tout le processus de dialogue avec le gouvernement pour obtenir la signature des Accords de San Andrés, a entretenu des relations avec l’espoir d’alors, Cuauhtémoc Cárdenas. Ou sans aller aussi loin, depuis l’année dernière [2012] elle a soutenu publiquement un mouvement absolument réformiste appelé « Mouvement pour la Paix avec Justice et Dignité », mené par le poète Javier Sicilia, dont le fils a été assassiné par le narcotrafic. Cette initiative civile a cherché depuis le début le dialogue avec le gouvernement pour obtenir que celui-ci réponde aux demandes de réparation pour les familles qui ont un proche qui a été assassiné.

La Otra Campaña se définit comme un mouvement horizontal sans leaders. Cependant il y a plusieurs personnages qui donnent l’impression que cette organisation est un mouvement vertical. C’est le cas du Sous-commandant Marcos qui n’est pas seulement le porte-parole des zapatistes mais aussi une figure représentative et une icône pour tout le mouvement de gauche sans parti (même si lui et tous les communiqués des JBG essaient de montrer le contraire). Depuis qu’a commencé La Otra Campaña chacune des actions appelées par l’EZLN a été soutenue par les collectifs et individus adhérents, la même chose ne se passe pas avec les initiatives qui sont sorties de collectifs plus petits. Clairement, ce sont les adhérents et sympathisants qui ne mettent pas en œuvre la pratique de l’horizontalité.

Même si les avancées obtenues par le mouvement zapatiste sont
dues avant tout à l’usage de la force armée durant le soulèvement de 1994, depuis 1996 ils ont décidé de miser sur la résistance pacifique, c’est-à-dire, ne pas attaquer, mais se défendre. Et c’est ce qu’ils ont fait toutes ces années : se défendre. Même si la guerre de basse intensité ne s’est pas arrêtée, bien au contraire, elle s’est intensifiée ces dernières années, l’EZLN ne s’est jamais remise à utiliser les armes. Est-ce que ça a du sens une organisation armée qui n’utilise pas d’armes ?

La Otra Campaña, suivant la proposition des zapatistes, se pose depuis le début comme un mouvement civil et pacifique qui rejette ouvertement l’exercice de la violence antagoniste comme forme d’attaque. Nous pouvons trouver une infinité de postures et condamnations contre cette pratique. La Otra Campaña n’a jamais fait place à autre chose qu’à la création de réseaux et d’interminables dialogues et discussions autour de comment construire de nouvelles formes de gouvernement, de travail, etc.

Ce que nous écrivons n’est pas une condamnation envers les zapatistes ou envers ceux qui croient de manière utopique que le processus organisationnel et de lutte de La Otra Campaña est une attaque réelle contre l’État. Nous reconnaissons ouvertement que la construction d’autonomie des zapatistes est l’une des expériences les plus intéressantes qui se soient faites dans cette région, même si bien sûr ça n’est pas la seule car il existe d’autres mouvements indigènes autonomes dans d’autres parties du pays (Ejército Popular Revolucionario-ERP, Ejército Revolucionario del Pueblo Insurgente-ERPI, Alianza Magonista Zapatista, Radio Ñomndaa…). Au sujet de La Otra Campaña, nous manifestons de grandes réserves en ce qui concerne les moyens et objectifs avec lesquels ils travaillent. Un réseau de solidarité et d’appui n’est pas suffisant pour arriver à un changement de fond.

Le zapatisme, au cours de ces années, a réussi à résister aux attaques de l’État, de tout type de forces du (dés)ordre et de groupes paramilitaires. Ils ont récupéré des milliers d’hectares de territoire. Ils ont crée des hôpitaux, des écoles et des coopératives de production. Ils ont formé des centaines de personnes qui à leur tour forment d’autres personnes. Ils ont crée leur propre système de gouvernement (les conseils de Bon-Gouvernement) qui reprend la tradition des gouvernements d’us et coutumes dans lesquels se construit dans la pratique la démocratie directe. Les dirigeants sont élus en assemblée et s’ils ne réalisent pas bien leur travail on leur retire leur charge. Chaque charge est temporelle et les responsabilités sont rotatives. Ils ont crée une structure politico-géographique à travers les Caracoles, de façon à ce que leur territoire soit unifié. Ils ont crée un système de justice propre.

Les zapatistes les plus vieux racontent qu’il y a des années (pas tant que ça en réalité) les indigènes au Chiapas ne pouvaient pas marcher sur le trottoir, ils devaient marcher sur la route là où circulent les voitures. Ils racontent aussi qu’on appliquait le droit de cuissage aux femmes qui travaillaient sur les terres des grands propriétaires terriens (avant de se marier elles étaient obligées d’être violées par le maître). Ils disent qu’ils étaient traités comme du bétail. Et ils racontent encore beaucoup d’autres choses aussi horribles que celles-ci. C’est pour ça que nous n’allons pas critiquer cette forme qu’ils ont choisi pour construire leur autonomie : chacun doit agir en prenant en compte les circonstances et espaces dans lesquelles il vit.

Ce que nous pouvons critiquer par contre c’est justement l’absence de critique de la part de nombreux collectifs et individus anarchistes du Mexique. Comment participer à un mouvement vertical où certains sont importants et où tu es puni si tu ne respectes pas les règles (et ça nous le disons pour les compagnon-ne-s qui sont plus proches de l’organisation) ? Comment peuvent-ils participer à cette condamnation de la violence antagoniste si le fait même d’être anarchiste signifie de fait une posture violente contre l’ordre établi ? Comment peuvent-ils faire des alliances avec une organisation qui cherche à construire la démocratie si, nous, nous ne croyons pas en la démocratie, ni dans les drapeaux, les patries, les hymnes nationaux ? Comment peuvent-ils croire en un mouvement de masse ? Comment peuvent-ils penser que nous allons pouvoir nous mettre d’accord avec des marxistes, trotskistes, léninistes, communistes, pacifistes… ? Quelle affinité idéologique peut-on avoir avec une organisation de style marxiste ?

Nous, nous croyons en une affinité qui dépasse le fait de se déclarer anti-capitaliste, ou de se dire activiste, ou d’être contre l’État et le système démocratique actuel. Nous croyons en la création de groupes d’affinité, partant d’une pratique réelle, qui s’opposent et se confrontent au pouvoir. Nous croyons en la destruction du système, et pas en sa possible transformation et réhabilitation. Nous croyons en la confrontation directe sans besoin de justifications comme l’autodéfense ou la résistance. Ces différences au sujet des formes d’agir, objectifs et moyens de la lutte, que maintiennent les zapatistes et La Otra Campaña, font que nous nous tenons à distance d’eux.

La letra armada
Publié sur Contrainfo en espagnol en mars 2013, traduit en français en août 2013. Brochure éditée par Camotazo.

mai 092014
 

Après seulement une semaine, le squat du 5 place du 36ème RI à Caen a été expulsé ce vendredi matin à 7h par les CRS et les flics locaux. Les expulsé-es des centres d’hébergement d’urgence s’y étaient installé-es. Le bâtiment vide depuis plusieurs années appartient au groupe Allianz, société d’assurances au capital de près d’un milliard d’euros…

RDV : ce vendredi 9 mai AG au campus 1, arrêt de tram Université, au sous-sol du bâtiment Lettres (à gauche à partir de l’arrêt de tram), à 17h

manif à 18h à partir du Phénix, campus 1

BESOIN URGENT DE MATOS : tentes, matelas, couvertures principalement. Dépôt toute la journée au sous-sol du bâtiment Lettres, campus 1, arrêt de tram Université.

 

 

 

 

 

 

 

Déclaration anarchiste contre la guerre en Ukraine.

 Posted by on 7 mai 2014 at 15 h 34 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés
mai 072014
 

DECLARATION ANARCHISTE CONTRE LA GUERRE EN UKRAINE

Guerre à la guerre ! Pas une goutte de sang pour la « nation » !
La lutte de pouvoir entre les clans de l’oligarchie en Ukraine menace de se transformer en conflit international armé. Le capitalisme russe tente d’utiliser la redistribution du pouvoir au sein de l’Etat ukrainien pour mettre en oeuvre ses vieilles aspirations impériales et expansionnistes en Crimée et en Ukraine orientale, régions où il a d’importants intérêts économiques, financiers et politiques.
Dans le contexte de la prochaine crise imminente en Russie, le régime tente d’attiser le nationalisme russe afin de détourner l’attention de l’aggravation des problèmes socio- économiques des travailleurs : salaires et pensions de misère, démantèlement des soins accessibles, de l’éducation et d’autres services sociaux. Dans la tempête d’une rhétorique nationaliste et agressive, il est plus facile d’instaurer un Etat autoritaire et corporatiste basé sur des valeurs réactionnaires et des politiques répressives.
En Ukraine, la crise politique et économique aigüe a conduit à exaspérer la confrontation entre les « nouveaux » et « vieux » clans oligarchiques, et a pour la première fois utilisée des formations ultra-nationalistes et ultra-droitières pour réaliser un coup d’Etat à Kiev. L’élite politique de Crimée et d’Ukraine orientale n’a pas l’intention de partager son pouvoir et ses propriétés avec les nouveaux dirigeants de Kiev et se tourne vers le gouvernement russe pour avoir de l’aide. Des deux côtés, on a recours à l’hystérie nationaliste, respectivement ukrainien et russe. Il y a des affrontements armés et effusion de sang. Les puissances occidentales ont leurs propres intérêts et leurs propres aspirations, et leur intervention dans le conflit pourrait mener à une troisième guerre mondiale.
Ces messieurs des différentes cliques belligérantes nous poussent, comme d’habitude, nous les gens ordinaires, les travailleurs salariés, les chômeurs, les étudiants, les retraités…, à nous battre pour leurs intérêts. Ils veulent nous saouler avec leur drogue nationaliste, nous pousser les uns contre les autres, nous faire oublier nos réels besoins et intérêts : que nous n’avons que faire de leurs « nations », alors que nous avons à régler d’autres problèmes urgents et vitaux : comment joindre les deux bouts dans ce système qu’ils ont instauré pour nous opprimer et nous réduire en esclavage.
Nous ne succomberons pas à l’intoxication nationaliste ! Qu’ils aillent en enfer avec leurs Etats et « nations », leurs drapeaux et leurs discours ! Ce n’est pas notre guerre et nous ne devons pas y participer et payer avec notre sang leurs palais, leurs comptes en banque et leurs plaisirs de s’asseoir dans les confortables fauteuils du pouvoir. Et si ces messieurs de Moscou, Kiev, Lvov, Kharkov, Donetsk et Simferopol commencent cette guerre, notre devoir est d’y résister par tous les moyens !
Pas de guerre entre les « nations » – pas de paix entre les classes !
KRAS-AIT (Confédération Révolutionnaire Anarcho-Syndicaliste, Russie), Fédération Anarchiste de Moldavie (Moldavie), Fraction Socialisme Révolutionnaire (Ukraine), Internationalistes d’Ukraine, de Russie, de Lituanie, d’Israël et de Moldavie.

http://regard-noir.toile-libre.org/declaration-des-anarchistes-contre-la-guerre-en-ukraine/

Tract du 1er mai de l’AG de lutte contre toutes les expulsions de Caen

 Posted by on 2 mai 2014 at 13 h 19 min  Non classé  Commentaires fermés
mai 022014
 

Salut,

Vous trouverez ci dessous le texte du tract diffusé par l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen à l’occasion de la manif du 1er mai.

Il contient un certain nombre de clarifications politiques et d’infos sur la situation locale des expulséEs du « 115″, les services d’hébergement d’urgence.

Le tract recto-verso en format PDF est téléchargeable en cliquant sur l’icône en fin d’article.

 

Après 11 mois de lutte, toujours à la rue…

Depuis mai 2013, plusieurs squats ont été ouverts à Caen pour accueillir les familles et personnes expulsées du « 115 », les services d’accueil d’urgence. Depuis, ni la préfecture, représentant l’État, ni la mairie de Caen n’ont cherché de solutions pour reloger massivement les gens. Cette situation se retrouve aujourd’hui dans la plupart des grandes villes avec des milliers de personnes mises à la rue et des travailleurs-euses sociaux-ales laisséEs sans moyens et misEs sous pression.

À l’origine de ces expulsions, on trouve les politiques d’austérité, d’amputation des droits sociaux, de coupes budgétaires qui visent les services publics et le secteur social et qui se traduisent par une précarité accrue pour les secteurs les plus pauvres et fragiles de la population.

Ne nous leurrons pas, ces attaques contre les plus pauvres préparent le terrain pour d’autres attaques contre les couches populaires, précaires mais aussi salariées. Les « usagers » des services sociaux ne sont pas les seuls visés, les salariéEs du public et du privé voient leurs conditions de travail se dégrader, leurs salaires stagner ou en passe d’être « gelés ». Le gouvernement a annoncé un nouveau plan d’austérité de 50 milliards d’euros… Le patronat peut être rassuré, les 200 milliards et quelques d’euros d’aides diverses, d’exonérations, d’allégements de charges qu’il accapare ne seront pas concernés par les « mesures d’économies ». Par contre la santé, les retraites, l’indemnisation chômage, les aides sociales et familiales, tout ce qu’on appelle « le salaire indirect », sont systématiquement attaqués.

Nous subissons le règne simultané du profit, de l’injustice et de l’exploitation On nous somme d’accepter sans résistance de payer, financièrement et humainement, la « crise » capitaliste et l’endettement de l’État.

Si nous luttons, au sein de l’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen, en tant que soutiens « françaisEs », pour le relogement décent et durable des expulséEs du « 115 » et pour leur régularisation, car ils/elles sont pour la plupart demandeurs-euses d’asile étrangerEs, ce n’est pas seulement par indignation humaine et conscience morale face à la situation qui est faite aux hommes, aux femmes, aux enfants mis à la rue, c’est aussi, pour une partie d’entre nous, parce que nous comprenons bien que la politique particulière dont ils/elles sont la cible s’inscrit dans une politique générale qui nous vise également en tant que précaires et/ou salariéEs, que leur précarisation accrue annonce que notre tour viendra et préfigure ce qui nous attend, parce que la dégradation de leurs conditions d’existence reflète celle que nous vivons déjà.

Si nous sommes aux cotés des expulséEs c’est donc aussi par conscience sociale et parce que c’est notre intérêt, parce que ce combat particulier s’inscrit dans le cadre plus général de la lutte des classes qui traverse cette société inégalitaire. Notre solidarité est donc aussi, pour pas mal d’entre nous, une solidarité de classe.

Celle-ci s’exprime évidemment clairement à l’opposé des discours politiciens, gouvernementaux et médiatiques qui répandent le poison xénophobe, raciste, nationaliste et répressif. Nous n’avons ni l’esprit rétréci ni le cœur rabougri. Notre lutte se fout des nationalités, de la couleur de la peau et des frontières.

Si nous ne sommes malheureusement pas les seulEs à subir, nous ne sommes heureusement pas les seulEs à résister. Depuis plusieurs mois surgissent ici, à Caen, d’autres luttes : personnel hospitalier du Bon Sauveur, intermittentEs du spectacle, auxiliaires de vie sociale et usagers de l’aide sociale (personnes âgées, handicapéEs physique et/ou psychiques) confrontéEs à la baisse des aides accordées par le Conseil Général , ouvrierEs de la biscuiterie Jeannette licenciéEs. Chacune de ces luttes a ses caractéristiques et touche des horizons parfois assez différents. Mais elles nous paraissent avoir la même origine : le règne du fric, de la rentabilité au détriment de nos vies et du bien commun, les politiques d’austérité et de réduction des droits sociaux. Nous profitons de cette journée de manifestation du premier mai pour réaffirmer que ce n’est pas en restant isoléEs, chacunE attaquéE dans son coin, que nous pourrons résister. La convergence des luttes nous paraît être une nécessité actuelle. Elle ne se décrète pas. Elle ne pourra être construite que par la base à travers des rencontres, de l’information, des discussions, des solidarités concrètes. L’Assemblée Générale de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen œuvrera dans la mesure de ses moyens, limités, à cette convergence des luttes carune telle convergence serait bien plus inquiétante pour le pouvoir politique et économique que la situation actuelle d’éparpillement des luttes.

FACE AUX INJUSTICES : RÉSISTANCE SOCIALE !

RELOGEMENT DIGNE ET DÉCENT DES EXPULSÉ-E-S DU « 115 ».

DES PAPIERS POUR TOUTES ET TOUS.

 

Des nouvelles de la situation sur Caen

 

Non seulement, aucune solution n’a été mise en place pour reloger les personnes à la rue, expulsées du 115, qu’elles soient françaises ou étrangère, mais aujourd’hui la préfecture, par l’intermédiaire de la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), jette de nouvelles famillesavec enfants à la rue.

Elle recommence comme l’an dernier à pareille époque à dire qu’iln’y a pas assez de crédits pour les hébergements. Mais rien n’a été fait pour ouvrir denouvelles places de CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile).

 

La DDCS dit qu’elle va bientôt ouvrir une structure de 100 places, mais ce n’est pas pour loger celles et ceux qui sont à la rue, c’est pour vider une partie des hôtels (70eme anniversaire du débarquement et jeux équestresobligent… ).

Elle va donc continuer à jeter à la rue des familles avec enfants, voire même aussides personnes malades.
Lors d’une action en référé contre la préfecture, son représentant ose justifier l’action de celle-ci, pour refuser de loger une famille (1 couple avec 2 enfants de 5 et 15 ans) sous prétexte que cette famille a trouvé refuge au squat du 103-109 rue de Baveux.

 

L’ordonnance de référé du Tribunal Administratif du 18 avril 2014 déclare :

« … il résulte de l’instruction que la famille B…. occupe un immeuble actuellement « squattté » également par d’autres familles demandeurs d’asile, dont il n’est pas soutenu qu’il offrirait des conditions matérielles telles qu’elles seraient incompatibles avec le respect de la dignité humaine; qu’ainsi l’autorité administrative ne peut pas être regardée dans les circonstances de l’espèce, comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d’asile; … »

De fait, la justice reconnaît indirectement l’utilité du squat, qui loge 75 personnes (dont 16 enfants) et évite à la préfecture de faire face à ses obligations légales en matière d’hébergement des demandeurs d’asile.

 

Aujourd’hui, la lutte continue face à l’attitude de la préfecture.

Il n’est pas question que les occupant-e-s du 103-109 rue de Bayeux se retrouvent à la rue.

 

Assemblée Générale de Lutte contre Toutes les Expulsions

Contact : [email protected]

 

  Tract du 1er mai de l'AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions de Caen (253,6 KiB, 148 hits)

 

 

 

 

mai 022014
 

mail reçu :

Salut,

Depuis Juin 2013, les syndicats CGT et SUD et le personnel de l’HP de Caen bataillent sévère contre la direction qui veulent leur retirer 5 jours de RTT.
Le 24 Avril, les instances ont de nouveau été bloquées pour éviter que le directeur ne fasse passer son plan qu’il a alourdi au passage en annonçant la supression de 30 postes, le paiement des consultations externes par les patients et le paiement des chambres individuelles… Les médecins se sont joint au personnel du bout des lèvres.
Mais le directeur a plus d’une cartouche en réserve puisqu’il a assigné en référé les deux syndicat au tribunal de grande instance le 30 Avril. Résultat, après une lecture à charge des tracts de la CFDT pour mieux enfoncer CGT et SUD, le verdict est tombé :

-il est ordonné que les instances à venir puissent se tenir sous protection policière si une manifestation au même moment avait lieu.

-il est interdit sous peine d’amende (500 euros par jour) de se réunir ou de manifester devant les instances au moment de leur tenue. Cette amende est valable pour chaque syndicat, MAIS aussi pour chaque agent présent.

-il est interdit à chaque syndicat sous peine de la même amende d’écrire un tract appelant à une manifestation « devant l’instance ou à proximité »