juin 102014
 

Texte de 2011, après le contre-G8 du Havre. Peut-être encore plus d’actualité aujourd’hui…

tumblr lbaaechgis1qerud1o1 400 Billet d’humeur

 

Pour en finir avec le concept de peuple

La semaine dernière lors d’une manifestation au Havre contre la tenue du sommet du G8, on a pu voir des altermondialistes brandir le slogan « les peuples, pas la finance ». Il est bien triste de voir des gens qui s’inscrivent dans une idée d’émancipation proclamer des devises aussi nulles. Pour eux, il s’agit de se référer de manière positive à l’idée de peuple, et de lui opposer le mal qui serait la finance, le bon peuple contre les méchants banquiers – deux non-sens dans une seule phrase.

 

D’abord le bon peuple : dans son origine latine, le concept de peuple désigne l’ensemble des citoyens d’une cité, c’est-à-dire ceux qui ont des droits. Dans l’histoire moderne, le terme de peuple est indissociable de celui de la nation ou du territoire. C’est pour cela qu’en général il est suivi d’un adjectif, le peuple français, américain, espagnol, etc… En fonction de la culture politique, il est associé plutôt à l’idée de la nation – c’est le cas en France avec le droit du sol – ou alors à celle de l’ethnie comme par exemple en Allemagne avec le droit du sang. Cela explique d’ailleurs aussi qu’aujourd’hui en Allemagne ce sont en général les milieux d’extrême droite qui utilisent de manière positive la référence au Volk (peuple). Vers la fin du 19ème siècle était né en Allemagne se qui s’appelait le mouvement « völkisch », qui définissait l’appartenance à un peuple par la descendance (par le sang). Il prônait un retour à la nature, une identification des gens avec leur terroir et avec leur pays (au sens géographique) et faisait découler de cela une identité nationale. Cette identité, soi-disant allemande, se manifestait dans la musique, les beaux arts et plus tard aussi dans la politique. La suite de l’histoire est bien connue : les nazis se sont nourris massivement du mouvement völkisch et ont mis en place la domination et l’éradication de ceux qui étaient définis comme étant non allemands.

 

Un autre problème est que des concepts tels que peuple et nation fonctionnent toujours logiquement aussi par l’exclusion : si je remplis les critères d’adhésion (nationalité, ethnie, lieu de naissance…), je peux en faire partie ; si je ne remplis pas ces critères, j’en suis exclu. Aujourd’hui en France par exemple, si on s’en tient à la définition du Petit Robert, un sans-papiers ne fait pas partie du peuple car pour cela il faudrait « avoir en commun un certain nombre de valeurs et d’institutions ».

 

A titre purement personnel, n’importe qui peut constater qu’il est ridicule dans une perspective d’émancipation de vouloir s’attacher à l’idée d’un peuple. Je suis étranger vivant depuis presque trente ans en France, à quel peuple devrais-je me sentir appartenir ? Ces tentatives de définitions d’identité sont grotesques. La seule possibilité est de critiquer radicalement ces concepts tout à fait réels que sont peuples, Etats et nations. Il faut également démontrer la fausse opposition entre politique et économie, Etat et marché ainsi que planification et concurrence.

 

Vous allez me rétorquer que les altermondialistes qui parlent du peuple veulent dire le peuple du bas, en gros vous et moi contre eux, le vrai peuple quoi. Là, c’est la plus simpliste argumentation de lutte de classes qui commence vraiment à sentir le moisi, et il est étrange que ce soit des gens qui prétendent ne pas faire de la politique ou alors faire de la politique autrement qui reprennent cet argumentaire litanique digne de la belle époque du PCF. Enfin on a trouvé le nouveau sujet révolutionnaire.

 

Venons-en à la deuxième partie du slogan affiché : la finance. Dans une critique tronquée de la société actuelle, c’est la finance qui est assimilé au mal. C’est elle, avec la figure emblématique du banquier, qui serait responsable de la globalisation de l’économie, de la pauvreté dans le monde et des guerres sur la planète. Ah ! que cette vision est bien commode : elle permet de trouver quelques coupables, de renouveler sans cesse les fantasmes de conspiration et surtout de ne pas remettre en question le capitalisme ainsi que ses institutions que sont la politique et l’Etat. Il est clair qu’aujourd’hui les montants des transactions financières dépassent largement la production matérielle, mais la faute à cela n’est pas à chercher du côté de quelques banquiers et spéculateurs certes peu fréquentables. Si l’argent est investi massivement dans la spéculation, c’est que le secteur productif ne garantit plus assez de survaleur pour un système qui se moque de tout sens et ne connaît que la croissance. Dans cette optique, il n’y a pas de retour en arrière possible vers un capitalisme plus raisonnable, mieux géré. C’est la folie et le caractère destructeur de la socialisation capitaliste dans son ensemble qu’il faut dépasser, sans se limiter à son dernier avatar qu’est la bulle spéculative. Pour cela, il est déjà important de critiquer des concepts tels que peuple et nation, en reconnaissant qu’ils font partie du problème et non de la solution.

Paul Braun, 2011.

août 242013
 
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Le site américain OpenDesk propose de télécharger gratuitement des plans de meubles à fabriquer soi-même. Et si vous n’avez pas de scie à bois sous la main, il est toujours possible de faire travailler les artisans de votre région.

Si vous avez envie d’un nouveau meuble en kit, mais que pour une raison ou une autre vous voulez vous épargner le grand tour d’Ikea , une autre option est possible. Le site américain OpenDesk propose de partager des plans de meubles placés sous licences libres (sans droit d’auteur, donc non payants). Ces plans sont des œuvres originales de créateurs, qui n’ont pas souhaité en garder l’exclusivité et ont décidé d’en publier les plans et instructions de montage sous licence Créative Commons. Chacun peut donc télécharger gratuitement le dossier du meuble qui l’intéresse. Reste encore à fabriquer les différents éléments avant de pouvoir passer aux joies de l’assemblage. Et comme tout le monde n’est pas forcément équipé d’une table de fraisage à commande numérique ou d’une scie sauteuse, le site propose des solutions.

S’approprier le processus de fabrication

Le principe du site, outre le partage gratuit de connaissance, est de permettre de s’approprier le processus de fabrication des objets, dans la limite de ses capacités et de sa volonté. Quatre scénarios sont prévus, qui permettent à chacun de s’y retrouver. Pour les plus équipés et les plus bricolos, chaque meuble est fourni avec des fichiers de découpe numériques. Ceux-ci permettent de donner des ordres aux machines de découpe de type CNC , et d’obtenir ainsi les différents éléments. Pour ceux qui ne disposent pas de telles machines, OpenDesk permet aux artisans et ateliers de découpe de proposer leurs services aux internautes habitant leur région. Il est alors possible de se procurer les pièces de bois en l’état brut et de prendre en main la suite du processus, ou bien de commander des pièces déjà traitées. Pour les moins courageux on peut carrément confier l’entièreté de la réalisation à l’artisan. Le coût risque alors d’être plus élevé que celui d’un meuble Ikea. Mais le prix n’est pas le cheval de bataille d’Open Desk.

Partager gratuitement des créations

Via sa plateforme de mise en relation avec des artisans, le site compte promouvoir le travail des artisans, et encourager la consommation locale. Des meubles sous licence libre, c’est également une nouveauté qui s’inscrit dans le courant de la révolution des imprimantes 3D. Ces imprimantes ont permis de développer le partage des œuvres en se basant moins sur la reproduction d’œuvres préexistantes que sur la création originale émanant d’une communauté. Des sites comme Thingiverse , 123D Gallery ou GrabCAD permettent ainsi de trouver des objets librement imprimables et modifiables, dont les plans ont été mis en ligne par leurs créateurs. Le site OpenDesk reprend ce principe, en espérant l’appliquer avec succès à un autre domaine que les objets en plastique.

Source : http://www.lesoir.be

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