nov 142014
 

Péage gratuit à Millau – Pas d’armistice contre la police !

Ce mardi 11 novembre, 150 personnes ont mené une opération de péage gratuit à Millau pour l’arrêt total du projet de barrage à Sivens et le désarmement des forces de polices. Les fonds collectés seront reversés pour soutenir les inculpés de la lutte du Testet.

Ce mardi 11 novembre, nous avons été 150, venus de tout l’Aveyron et au-delà, à nous retrouver à Millau pour “stopper le barrage et désarmer la police”.

Nous nous sommes rassemblés près du lieu où Nabil, un jeune de Villefranche-de-Rouergue, fut froidement abattu par la BAC en juin 2012. Et là avons partagé quelques mots qui affirmaient notre profonde colère suite au meurtre de Rémi Fraisse, notre détermination à ne pas céder à la peur que le pouvoir tente de produire à chaque manifestation, en nous enfermant, en nous mutilant, ainsi que notre solidarité avec toutes les ZAD qui naissent dans les bocages, dans les forêts, dans les esprits.

Suite à ces quelques prise de parole et lectures de textes nous avons convenu à mots couverts (les oreilles mal-intentionnées n’étant jamais loin) d’aller de ce pas rendre visite à un de ces grands groupes promoteur d’infrastructures dévastatrices, et d’en profiter au passage pour, en plus d’en entraver le fonctionnement normal, détourner la taxe qu’il ponctionne au profit de la lutte du Testet et de ses inculpés.

Après un bout de route, voitures en file indienne, arrivés sur les lieux un joyeux cortège se mis en branle, sa cible en vue à quelques 200m : le péage du viaduc de la société Eiffage.

De menus obstacles franchis, nous nous sommes répandus le long des barrières et avons commencé notre collecte en musique.

Plusieurs banderoles furent déployées en hommage à Rémi et Nabil, et pour arrêter leurs projets destructeurs.

Dont une de 8m sur laquelle on pouvait lire “Arrêt du barrage de Sivens. DÉSARMONS LA POLICE”.

Une heure plus tard, nous nous sommes retirés au cris de “Rémi, Nabil. On n’oublie pas !”, “La police mutile ! La police assassine !”, et avant de nous séparer une assemblée s’est formée, fermement décidée à continuer le mouvement.

Parce que nous ne sommes pas calmes !
que nous ne rentrerons pas gentiment chez nous !
et que nous leur feront payer le saccage et la répression ! Et cher !

Un des textes lu au rassemblement (lui aussi fruit d’une collecte) :
Pas d’armistice contre la police !

Il y aurait mille manières de reprendre l’Histoire. Un discret cliquetis, une goupille qui tombe au sol. Quelques secondes plus tard une explosion. Un anonyme, un ami, au sol. Il est mort. Puis le silence. Il s’agit pour eux de préparer la seconde explosion, celle qui aura lieu dans la rue, dans les médias. Trouver la manière, rapidement, de disjoindre l’annonce de l’événement et ses conséquences probables : la peur, la tristesse, la colère, la vengeance. Une cellule de crise, des conseillers, des professionnels de la communication. Il faut aller vite, garder l’initiative, imposer les mots et le langage à même de désactiver les sentiments, donc les actes. Anesthésier les cœurs et les âmes. Les noyer. Les noyer dans un flot de bavardages… de mensonges… d’arguments. On pinaille sur le modèle de la grenade, sur la contenance du futur barrage, sur l’innocuité du petit personnel de gendarmerie. Casseurs, pacifistes, non-violents, anarchistes, autopsie, bouteille, responsabilité, alcool, cagoules, accident, laboratoire, analyses, non-létale, harcèlement, mauvais endroit, nuit, mauvais moment. Tout une cacophonie orchestrée afin que personne ne puisse dire ni entendre cette simple phrase : Rémi Fraisse a été tué par des gendarmes car il protestait contre la construction d’un barrage. Lorsque des gendarmes tirent plus de 400 grenades en l’espace de quatre heures et que l’une d’entre elles finit par tuer Rémi Fraisse, ce n’est pas plus une bavure qu’un accident mais une manière radicale de maintenir l’ordre. Il faut se le répéter : Rémi Fraisse a été tué par des gendarmes car il protestait contre la construction d’un barrage.

Sa mort n’est pas une bavure. Et c’est le ministre de l’Intérieur lui-même qui le dit. Il faut toujours écouter les experts quand ils vous parlent de leur sale travail. Il y aurait bavure si la grenade avait été mal employée, ou hors d’un cadre légal, or ce n’est pas le cas. Les gendarmes mobiles avaient le droit de balancer leurs petites boîtes de TNT dès lors qu’ils faisaient face à des opposants déterminés. De la même manière que tous les flics qui ont crevé l’œil d’un jeune ou d’un badaud à coup de flash-ball ont toujours été mis hors de cause par la justice. Comme une ritournelle du maintien de l’ordre : en frapper un pour les terroriser tous…

Ce qui a voulu être dispersé par les gendarmes ce week-end là, c’est une certaine manière de donner corps à des perceptions du monde radicalement opposées à celle des aménageurs. Rémi a été tué pour s’être opposé en actes à l’avancée de leur désert, alors qu’il aurait été confortable de rester chez soi. Rémi est mort parce qu’il n’est pas seulement allé aux concerts organisés à deux kilomètres de la zone de chantier, il est allé à l’affrontement, avec d’autres. Comme la veille une petite foule avait déjà bousculé les vigiles et incendié du matériel de chantier, ou affronté la police pour que la réoccupation de la ZAD du Testet soit effective, pour lui faire de la place, donner de l’espace et du temps à tout ce qui pourrait s’inventer et se partager là.

Ce qui s’invente au cœur des ZAD, c’est une manière tout autre de penser la vie, de penser la politique : comment se nourrir, se loger, cultiver, produire de l’énergie, inventer des moyens de productions, habiter… Mais aussi apprendre à vivre ensemble et s’inventer des futurs. Là, au milieu des champs, aux abords des forêts et le long des rivières, ce ne sont pas des réponses aux questions de gouvernement que nous cherchons, mais des manières de n’être plus gouvernés. Cette recherche commune, au sein d’espaces de liberté arrachés de haute lutte, nous procure à la fois le sentiment d’une intense liberté et d’un attachement sans bornes aux lieux occupés. Nous sommes reliés à ces prés, ces jachères, ces êtres, ces bêtes, par mille fils invisibles et pourtant d’une solidité inouïe. Et nous savons qu’à travers et au-delà de nous s’initie un vaste mouvement souterrain de réappropriation de la vie. C’est aussi pour cela que sans nous connaître, sans bien sûr appartenir à des réseaux organisés fantasmés par des journalistes en manque « d’affaires », nous nous levons ensemble lorsque l’un d’entre nous est tué.

Depuis la mort de Rémi, des centaines de manifestations en France et en Europe prennent la rue aux cris de « désarmons la police ». Dans nombre d’entre elles, nous avons pu constater où en était rendu ce bon vieux « droit à manifester » : arrestations préventives, nasses pour empêcher physiquement les départs des cortège, tirs de flash-ball au visage, nez arrachés, usage abondant de ces grenades-soi-disant-suspendues qui ont coûté la vie à Rémi. On prétexte qu’il faut bien faire face aux casseurs, aux sauvages. Ce faisant, la police dévoile sa fonction essentielle : empêcher toute véritable révolte. Maintenir l’ordre. Mais elle dévoile également l’absence totale de légitimité de cet ordre dont elle est désormais l’ultime argument.

Ce n’est pas à ceux qui organisent une répression meurtrière de définir ce qu’est « la violence » en pointant du doigt quelques vitrines brisées. Si s’opposer physiquement, si refuser de plier, si faire éclater sa colère, c’est être un casseur, alors oui nous sommes tous des casseurs. Il n’y a de toute façon aucune commune mesure entre ceux qui défendent ce qui les attache au monde (une vallée, un bocage, une forêt…) et ceux qui, par profession, défendent sa destruction méthodique.

À la suite de chaque crime policier, les responsables nous appellent au calme. Nous savons que ces appels ne sont que l’exigence de notre soumission, de notre tacite acceptation. Le but de la longue chaîne du travail policier. Nous ne sommes pas calmes. Nous n’attendrons pas en silence que les noms de nos frères et sœurs viennent allonger la liste des crimes policiers. Nous n’attendrons pas de l’État qu’il muselle sa police, comme nous n’attendrons pas sagement qu’il suspende son barrage. Nous construisons et défendons dès aujourd’hui les mondes que nous désirons. Nous crions ZAD partout. Car la ZAD ce ne sont plus simplement 2000 ha en Loire atlantique, c’est un esprit, c’est une révolte, c’est un mouvement qui dit : nous sommes debout et nous ne plierons pas ! Pas plus devant les aménageurs que devant les matraques et les grenades.

Indymedia Nantes, 12 novembre 2014

Côté Eiffage : vers une plainte

Comme à chaque fois face à ce type d’action, la Compagnie Eiffage du viaduc de Millau envisage de déposer plainte. « Il y a du matériel qui a souffert, explique le directeur général délégué, Emmanuel Cachot [sic - NdJL]. Et aussi une perte de recette… Je n’ai pas d’avis sur leurs revendications, je ne comprends pas pourquoi le péage a été pris en otage. »

Presse à détruire (Mathieu Lagouanère, MidiLibre.fr, 12 novembre 2014

***********************************

Occupation de l’Agence France Presse d’Athènes. Pour Rémi Fraisse, assassiné par l’État français

Une cinquantaine de personne ont occupé ce soir les bureaux de l’Agence France Presse d’Athènes comme une minime réponse à l’assassinat de Rémi Fraisse par l’État français.

La responsable de l’A.P.F., fidèle à son métier de journaliste, a fait tout ce qu’elle pouvait pour empêcher la diffusion de l’intervention. Comme une vrai fille de Voltaire, elle était d’accord avec ce qu’on disait, mais elle a défendu le droit de l’État français de se taire et de faire taire.

Ci-dessous, le texte de l’intervention et quelques photos. Sur la banderole est écrit “Rémi Fraisse, l’État français assassine. La solidarité internationale est notre arme”.

La matinée du dimanche 26 octobre, Rémi Fraisse est assassiné par les flics — avec une grenade offensive — pendant une manifestation de 7000 personnes contre le recommencement des travaux pour la construction d’un barrage au long de la forêt de Sivens, dans le sud-ouest de la France. Les jours qui suivent l’assasinat des manifestations et des rassemblements sont appelés partout en France. Même si la répression est brutale, avec des gardes à vue préventives, des flash-ball et des arrestations, sur plusieurs villes des affrontements sauvages éclatent. Les médias français essayent d’étouffer l’affaire comme ils peuvent.

La construction du barrage dans la forêt de Sivens, un projet qui remonte au lointain 1978, a pour but la création d’un réservoir de 1.500.000 mètres cubes d’eau, qui serviront à l’irrigation de vingt grandes unités de monoculture de maïs. Pour la réalisation du projet une grande partie de la forêt doit être coupée, tandis que la zone humide du Testet (une de dernières de France) avec sa rare biodiversité va évidement être détruite.

Depuis 2011 des collectifs, des habitants et des organisations écologistes de la région se battent contre la destruction de l’environnement et de leurs vies, notamment avec l’occupation de la partie de la forêt destinée à la construction du barrage. En septembre 2014, après des affrontements avec la police, les occupant.e.s de la forêt sont expulsé.e.s et la destruction de la forêt commence. L’appel à la manifestation pendant laquelle est assassiné Rémi Fraisse avait comme but la réoccupation de l’endroit et le blocage des travaux, prévus pour le 27 octobre. Après l’assassinat le chantier a été suspendu.

Des projets comme celui de la construction du barrage dans la forêt de Sivens dans le Tarn, de la construction du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de toute l’infrastructure qui va avec (port maritime/axes de circulation), de la construction de la voie ferrée à grande vitesse (TAV) à travers les Alpes en France et en Italie, de la création de la plus grande mine à ciel ouvert pour l’extraction de l’or à Rosia Montana en Roumanie, la destruction de milliers d’hectares d’une forêt ancestrale pour la création d’une mine d’or à ciel ouvert à Halkidiki, au nord de la Grèce, sont des parties qui composent le puzzle d’un large effort pour sauver l’économie capitaliste. Un effort qui est basé sur le pillage des ressources naturelles et humaines, mais qui trouve et continuera à trouver face à lui des résistances sociales.

Dans les circonstances actuelles de la restructuration capitaliste les limites de la croissance se transforment en “une croissance” des limites, pas seulement par rapport à l’intervention dans la nature mais aussi par rapport à la répression contre tout.e.s ceux/celles qui choisissent de résister. Avec des perquisitions, des emprisonnements et une répression permanente qui va jusqu’à l’assassinat. La lutte de tout.e.s ceux/celles qui choisissent de résister à ces conditions fait partie de la lutte globale pour la défense de la terre et la liberté. C’est une lutte commune avec la nôtre. De la France jusqu’en Grèce, transformons les foyers de résistance en signal de révolte pour les opprimé.e.s de la terre entière.

La solidarité est notre arme

Anarchistes/Solidaires
Indymedia Nantes, 11 novembre 2014

Athènes : intrusion d’anarchistes à l’AFP au nom de Rémi Fraisse

Une quinzaine de personnes se réclamant de la mouvance anarchiste ont envahi les locaux de l’Agence Française de Presse (AFP) à Athènes. Les intrus ont exigé l’envoi depuis l’agence d’un texte sur la mort de Rémi Fraisse, le jeune écologiste tué sur le site de construction d’un barrage en France. Ils n’ont pas obtenu gain de cause.

Une quinzaine de personnes se réclamant de la mouvance anarchiste grecque ont fait irruption dans les bureaux de l’AFP à Athènes mardi après-midi. Ils ont exigé l’envoi depuis l’agence d’un texte sur la mort de Rémi Fraisse, un jeune écologiste tué sur le site de construction d’un barrage controversé dans le sud-ouest de la France.

Arrivés par groupes de quatre ou cinq, ils ont imposé leur présence pendant trente à quarante minutes dans les locaux de l’agence après avoir sonné à la porte.

Ils réclamaient d’envoyer depuis les ordinateurs et le mail de l’AFP un message en français pour déplorer les conditions de la mort de Rémi Fraisse. Ce message devait être adressé à une dizaine de groupes de la mouvance anticapitaliste et anarchiste en France.

N’ayant pas obtenu gain de cause, les intrus ont fini par quitter les lieux en répandant des tracts dans le bureau. Le ton initialement courtois des échanges avec les deux journalistes présentes est devenu plus menaçant en fin de visite, un membre du groupe laissant entendre que ce refus aurait des conséquences.

Une bombe artisanale avait explosé en 2008 à l’entrée des bureaux de l’Agence France-Presse (AFP) à Athènes, sans faire de blessés, un attentat revendiqué par “la Conspiration des cellules de feu”, une organisation anarchiste largement démantelée depuis.

Depuis la mort de Rémi Fraisse le 26 octobre, plusieurs manifestations, parfois émaillées de violences comme à Nantes et Toulouse samedi dernier, ont été organisées dans toute la France. Son décès, le premier dans une manifestation réprimée par la police en France métropolitaine depuis 1986, a provoqué un choc dans le pays et mis dans l’embarras le gouvernement socialiste au pouvoir.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (ATS via ArcInfo.ch, 12 novembre 2014)

***********************************************

Appel du plateau de Millevaches à bloquer les gendarmeries

Une action visant à encercler la gendarmerie d’Eymoutiers sur le plateau des Millevaches et à enfermer les cognes a eu lieu samedi 08 novembre. Cet appel à été diffusé à la suite. Ainsi qu’une vidéo.

« […] Considérant que depuis des années maintenant, elles appliquent une doctrine de maintient de l’ordre consistant à blesser, éborgner, larder la chair des manifestants d’éclats de métal, et cela à dessein ;

Considérant qu’un telle stratégie — “en blesser un pour en effrayer cent” — vise essentiellement à dissuader quiconque de manifester, à établir comme normal le fait que désobéir puisse se payer d’un œil, d’un nez, d’une mâchoire, voire désormais d’une vie ;

Considérant que la mort de Rémi Fraisse n’est en effet pas le fruit d’une bavure, mais la conséquence logique d’une telle stratégie ;

[…] Considérant que même après le meurtre au Testet, les forces de l’ordre ont continué à utiliser des armes similaires à celle qui a causé la mort de Rémi, comme en témoignent les manifestants attaqués ou blessés par des grenades offensives ou des grenades de désencerclement ce samedi 1er novembre à Nantes et à Toulouse ;

Considérant qu’il est plausible que de tels évènements puissent se reproduire ;

Considérant que la stratégie de communication cyniquement mise en œuvre par le gouvernement dans de telles occasions consiste d’une part à contrôler la circulation des informations afin de contenir l’émotion populaire, d’autre part à mettre en cause de “petits groupes organisés d’émeutiers” là même où c’est toute la population qui, par sa présence résolue, appuie l’émeute ;

Considérant que ce n’est bien évidemment pas les émeutiers qui sont complètement isolés de la population, mais bel et bien le gouvernement et sa police ;

Considérant que cette stratégie de communication est à la fois grossière et constante dans sa grossièreté, et qu’elle a assez duré ;

Considérant que les forces de police n’ont de légitimité que celle de l’ordre politique qu’elles conspirent à maintenir ;

Considérant en l’espèce que le présent ordre politique n’a lui-même plus un gramme de légitimité, et que par voie de conséquences les forces de police non plus ;

Considérant qu’à peu près tout le monde déteste la police (y compris les policiers eux-mêmes) ;

Considérant que la gendarmerie est partout comme un corps étranger qu’il convient d’extirper de la population ;

Considérant enfin que ces gens sont armés et dangereux, et qu’ils sont finalement assimilables à une milice au service d’intérêts tout autres que ceux du peuple ;

Considérant que l’humanité a vécu sans police pendant assez de siècles et en assez de lieux pour trouver en elle toutes les ressources d’une vie débarrassée de pareille verrue ;

Considérant que nous sommes bien assez grands pour trancher nos conflits et penser nos façons de vivre par nous mêmes ;

Nous, assemblée populaire du plateau de Millevaches, appelons tous et chacun dans les jours qui viennent à se rendre en masse devant les commissariats, gendarmerie et casernes afin d’y bloquer par tous les moyens nécessaires — piquets, soudure, cadenas, murets, etc. — la sortie des uniformes globalement inutiles, malfaisants et régulièrement assassins qui les peuplent. »

La vidéo :

http://www.dailymotion.com/video/x29seuw_le-plateau-de-millevaches-appelle-a-bloquer-les-gendarmeries_news#from=embediframe

***********************************************

Récit manifestation de Rennes pour Rémi 8/11

La manifestation pour Rémi et contre les violences d’Etat a bien eu lieu ce samedi après-midi. La préfecture a préalablement interdit le rassemblement et a mobilisé plusieurs centaines de C.R.S pour faire respecter cette interdiction. Le préfet, par le biais de ses flics, met Rennes en « état de siège » comme le titre très justement Ouest-France. Les commerçants sont vivement encouragés à baisser le rideau, le marché est bouclé deux heures avant le rassemblement et les familles sont invitées à ne pas se balader « dans les possibles zones de heurts où il pourrait y avoir des tirs de flash-ball et des gaz lacrymogènes ». Violence d’Etat nous disions donc. Tout laisse penser qu’il ne va rien se passer, à commencer par la présence massive des flics dans les rues quasiment désertes, autour de la place st michel et de la place des Lices. Mais des badauds circulent tout de même entre les rangs de C.R.S qui bloquent l’accès à plusieurs rues. Et bientôt ces derniers se reculent, sûrement pour ne pas effrayer la population. Si des commerces étaient fermés, c’est du conseil avisé du préfet Patrick Strozda. Si les rues sont désertes et si le métro est bloqué, c’est sur l’ordre du préfet.

A 15 heures donc, les gens se massent place st michel. La préfecture croyait nous dissuader et bien c’est raté. Trois cent personnes s’élancent vers la place Ste Anne aux cris de « Flics. Porcs. Assassins » « La police mutile. La police assassine ». Nous croisons régulièrement des policiers qui bloquent les accès aux rues piétonnes de l’hypercentre. Ils se font huer. On approche et ils nous repoussent. Le cortège est assez mobile pour les esquiver et aller là où bon lui semble. On passe devant le centre commercial de la Visitation qui enferme ses clients de crainte que nous l’investissions. On continue vers le Parlement toujours en criant « Rennes debout, un camarade est mort ». La déambulation passe devant le Parlement, des flics bloquent la rue en direction de la préfecture. On s’engouffre rue Le Bastard. Le cortège grossit. Place de la mairie on s’époumone : « Assassins, tueurs d’enfants », « Rémi en hommage. Résistance et sabotage ». Le message est clair. On retourne place des Lices au beau milieu de l’énorme dispositif. Un moment d’hésitation, on descend vers le bas de la place. Les flics ne souhaitent apparemment pas que nous marchions sur les quais car ils bloquent toutes les rues, nous sommes presque encerclés. Qu’à cela ne tienne nous faisons fi de leur présence et franchissons un de leur barrage. On passera coûte que coûte. Ils se mettent à matraquer mais savent qu’ils ne font pas le poids face à une foule déterminée. Ils en sont quitte pour deux ou trois coups et une volée d’injures. Cependant des flics de la BAC courent le long du trottoir pour contenir cette percée. Ils se mettent en travers de la rue mais une partie du cortège passe par un parc et les contournent. Ils sont encerclés. Des invectives et des noms d’oiseaux s’abattent sur eux. Ils gazent, ça ne fait fuir personne. Ils ont l’air plutôt anxieux et constatent leur impuissance. On continue notre route sur la place de Bretagne vers République. Encore des flics, tant pis ça repart par la ruelle du Carthage. Les cris et les chants se font plus forts à mesure que l’on s’approche de la mairie et que l’on croise à chaque carrefour de nouvelles lignes de C.R.S. « Les policiers c’est des connards et les gendarmes c’est des bâtards » « Si t’aimes pas la police tape dans tes mains ». On est place de la mairie on veut aller à République mais des bleus s’interposent encore, cette fois assez nombreux. L’altercation dure une quinzaine de minutes durant laquelle ils gazent et frappent le crâne d’un type les mains en l’air. Au bout d’un moment ils sont contraints de reculer et nous nous rendons sur la place de la République avant que tout le monde ne se disperse.

La manifestation était une réussite, non parce qu’il y avait assez de flics pour éviter la casse mais parce qu’il n’y avait pas assez de flics pour que rien ne se passe.

Il y aura d’autres manifs, à Rennes ou ailleurs. Violentes ou non. Interdites ou non.

« Les Flics entravent que dalle, la seule chose qu’ils ont su contenir, c’est leurs larmes »

A 15H, Rennes à la couleur de l’état de siège, il y a des équipes de flics en civil, équipés de trombinoscopes, qui guettent le visage de chaque personne sortant du métro. Les CRS ont pris positions, en rang d’oignons, pour faire respecter l’interdiction de manifester. Aujourd’hui, la seule manifestation autorisée serait celle de la boulimie marchande, et pourtant notre rassemblement prend le temps de se former, sans se laisser démonter.

A 15H30, on est parti, les premiers cris fusent, sur les flics qui filment et qui fulminent. Pour eux, commence une longue journée, pleine de quolibets. Plusieurs fois, ils vont tenter de nous encercler de nous éloigner des belles rues, de faire en sorte qu’on ne nous voit plus, mais toute l’aprém, on sortira pas de notre orbite, Rue Lebastard, Le Parlement et puis St Anne, vers République, 1 fois puis 2 puis 3 on tourne comme des derviches. On assène contre les flics des chants qui se propagent assez vite. « Les Policiers, c’est des Batards, c’est Des Batards »

En vrai tout le monde le savait, l’a senti, tout le monde connaît l’arrogance de la police, mais là c’n’est plus au PMU que ça se braille, on le scande dans la rue et des quelques uns qu’on était au début, très vite on s’compte par centaines.

Ouais, ils ont tués, mutilés, humiliés, et y’a ceux qui ne se sentent toujours pas concernés, mais même ceux la n’peuvent plus faire comme si rien ne se passait, car leurs magasins préférés ferment leurs volets de terreur, toutes les ½ heures dès qu’ils voient passer la manif.

Et puis, arrivé Place des Lices, on se délite, un temps d’hésitation un peu trop long, et on a bien failli se faire expulser du centre-ville. Presque encerclés, on a su trouver la faille dans leur barrage, quelques minutes avant qu’ils ne le renforce. Une rue gardée par 4 cuirassées et un camion, c’est vraiment pas assez. Très vite, ils sont dépassés, bousculés, il s’prennent des bols de molards et les croches-pattes claquent.

Alors la manif s’engouffre et on repart vers République, mais avant ça, il faudra calmer un peu les Bacs, qui se sont soudain pris pour le futur barrage de Sivens et qui ont cru pouvoir contenir notre torrent, avec des gazeuses et des tonfas. Uns fois cet obstacle contourné, on rejoint les grands boulevards, mais les quittons bien vite, car on est mieux là où on peut faire bloc. En filant, à droite, à gauche, en esquivant leur dispositif, on a su en gros aller là où on voulait, en étant toujours plus nombreux. A 2 doigts de République, ils tentent encore une fois de nous bloquer et bloquent en même temps tous les passants. Ils gazent, tabassent, mais on finit par les pousser, ouvrant le passage vers les quais. Ici, on reste jusqu’à la nuit, y’a du relais pour insulter des flics, des fast-foods et des métro sortent de nouvelles énergies qui ont aussi leurs comptes a régler. Doucement, la manif se disperse. Et puis quoi ? Si on écoute les médias, c’est une réussite policière, aucun tag, aucune vitrine brisée, une manif tranquille, alors ?

Quand près de mille personnes crient leur haine de l’ordre policier, c’qui est brisé, c’est qu’a jamais on puisse préférer à cette joie-là, la sourde angoisse de ceux qui voudraient que « tout finisse bien par séarranger ». Quand près de mille personnes arrivent à forcer des barrages de flics, à s’déployer, à garder la rue et à se sentir ensemble, c’qu’est définitivement brisé, on peut l’dire c’est la possibilité d’un retour à la normale, à la normalité résignée et solitaire.

On a entendu ici-et-là certains dire qu’à ce nombre, avec cette force, on aurait pu occuper n’importe quoi, bloquer un des services de l’état, une des multiples facettes de la police, s’approprier n’importe quel espace qui a pour tache jusqu’ici de nous pourrir la vie. On sait que la police n’est pas la seule impliquée, ce qui a tué Rémi c’est aussi l’économie, son arrogance et sa violence.

Assemblée Générale à l’université Rennes 2 : la présidence répond par une fermeture administrative. Alors on la décale au jeudi 13 novembre, au hall B Fac Villejean pour parler des suites à donner.

Une vidéo :

 

CRAN a publié 75 articles

[Collectif inactif et plutôt en sommeil depuis plusieurs mois] ----------- Nous nous sommes organisé-e-s en collectif depuis 2007. Nous sommes principalement caennai-se-s. Pour certain-e-s d’entre-nous la lutte anti-nucléaire n’est pas nouvelle. Nous étions un certain nombre par exemple à organiser un espace autonome avec la coordination contre la société nucléaire au sein du Village Alternatif Autogéré et Anti-Nucléaire d’avril 2006 à Cherbourg. Nous nous sommes réuni-e-s autour d’un projet commun contre le nucléaire et la société dans laquelle il se développe. Pour affirmer notre refus du nucléaire et de ses désastres quotidiens de la Biélorussie à Cherbourg. Pour dénoncer la prolifération de l’armement nucléaire et le développement de la société de contrôle social et policier qui lui sont intimement liés. Pour s’opposer à la dictature de son armada d’experts et l’expropriation de nos propres vies qui s’y déploient. Également pour remettre en lumière le lien entre nucléaire et capitalisme et insister sur la nécessité de rompre avec la notion de développement fut-il durable… Nous nous sommes réuni-e-s également autour de pratiques communes : l’action directe contre les nucléocrates et leurs entreprises de destruction du vivant, le refus des logiques électoralistes et du fétichisme organisationnel (politique ou syndical), la réappropriation de l’histoire de la lutte antinucléaire, à travers la réédition de textes anciens ou plus récents, l’échange d’infos et d’analyses sur la question du nucléaire.