Lettre de solidarité avec la discordia.

 Posted by on 17 juin 2016 at 10 h 14 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Lettre de solidarité avec la discordia.
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L e 26 janvier dernier, alors qu’ils et elles s’apprêtaient à ouvrir la bibliothèque anarchiste la Discordia, les compagnons et compagnonnes anarchistes qui organisaient un débat intitulé « Islamophobie : du racket conceptuel au racket politique » ont eu le « plaisir » de découvrir que la façade de l’immeuble qu’ils et elles louent dans le 19ème arrondissement de Paris avait été recouverte de tags. « Cependant, en arrivant mardi après-midi, on a vu que la devanture de la Discordia avait été taguée, probablement dans la nuit. Des A cerclés (merci !) et des invectives (« fafs » et « racistes ») particulièrement mal écrites et pensées à la bombe de peinture noire. Le tout accompagné d’un feuillet de « revendication », affirmant que nous véhiculerions « des théories racistes et islamophobes » et que nous serions « la courroie de transmission des idéologies du pouvoir », etc. »

Quelques jours plus tard, rebelote—et malheureusement pas dix de der. Cette fois des jets de peinture sont venus s’ajouter aux premières « dégradations ». Il y a quelques jours enfin, les compagnons et compagnonnes ont eu cette fois l’occasion de découvrir la vitrine de leur bibliothèque brisée.
A la suite quelques mots de solidarité face à ces « attaques » répétitives et ces tentatives d’intimidation.

(…)

Lire la suite dans le document joint :

Letttre de solidarité à la discordia

 

Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar.

 Posted by on 16 mars 2016 at 13 h 25 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar.
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samedi 12 mars 2016

Le jeudi 10 mars a eu lieu la troisième session du procès de nos compagnons Mónica et Francisco. Ce sont principalement les plaidoyers finaux des avocats de la défense et l’accusation et du parquet qui ont été présentés.

 

Cela a débuté par les témoignages d’experts, appelés par la défense, qui ont fait un rapport sur l’étude comparative d’ADN de Francisco et Mónica extraits d’objets qu’ils ont utilisés dans leurs cellules. Dans leur rapport ils ont confirmé ce qui suit : il n’y a aucune correspondance.

La juge a ensuite demandé si les différentes parties maintenaient leurs conclusions initiales, et l’avocat de la femme blessée dans la basilique lors de l’explosion a déclaré qu’il maintenait les accusation de « dommages » et « blessures » mais qu’il retirait l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste et de conspiration, rabaissant la demande de condamnation à 12 ans et un jour chacun et demandant une indemnisation de 102 000 euros.

Les derniers plaidoyers ont alors commencé, avec la procureur qui a maintenu les 4 charges de l’accusation écrite : appartenance à une organisation terroriste, destruction, blessures et conspiration. Elle a aussi maintenu la demande de 44 ans de prison chacun. Dans son plaidoyer elle a insisté sur le fait que dans la procédure orale et dans les rapports des renseignements la participation des compagnons dans une organisation à caractère terroriste est prouvée. Face au discrédit des experts par la défense dans les sessions précédentes, évoquant le manque de formation de ces derniers sur les thèmes qu’ils traitent dans leurs rapports, la procureur a voulu valider leurs rôles à partir de leurs connaissances techniques et pratiques. Selon cette même ligne, la procureur a continué sa plaidoirie en considérant avérée la participation de Francisco et Mónica à l’action del Pilar et à l’intention de s’attaquer au sanctuaire de Montserrat. En ce qui concerne les accusations de blessures, elle s’est appuyée sur les rapports médicaux qui décrivent les lésions auditives et les séquelles psychologiques sur la femme concernée.

L’accusation a continué en expliquant la raison du changement de ses conclusions suite à la procédure orale, signalant que si elle est d’accord avec la procureur sur le fait que les compagnons appartiennent à la FAI-FRI et aux GAC, il n’y a pas d’arguments suffisants pour considérer ces derniers comme des organisations terroristes. Un argument similaire qui a été utilisé pour justifier le retrait des accusations de destruction : elle considère que leur visite à Montserrat était dans l’intention d’attaquer cet endroit mais il n’y a pas de preuves suffisantes pour le prouver. Concernant les accusations soutenues, il est important de souligner qu’elle a modifié la figure juridique de « destructions » en « dégâts » à but terroriste.

Les derniers plaidoyers étaient ceux de la défense, qui était catégorique sur la remise en question des thèses de l’accusation. La défense a fait un long exposé que nous résumerons par les points centraux :

  • Le manque d’impartialité de la section de première instance en ayant exercé des procédures qui correspondent au juge instructeur. Sur ce point la défense considère comme un signe d’impartialité le fait que c’est cette même instance qui décrétera l’élargissement de la préventive en indiquant qu’il y avait des « preuves » suffisantes pour prendre cette mesure. Ici aussi la défense remet en question le fait que des rapports policiers aient été inclus comme preuves d’expertise.
  • L’absence de vérité lorsqu’il a été signalé dans l’enquête que Francisco et Mónica avaient été condamnés au Chili pour le Caso Bombas et avaient été libérés par un « vice de procédure » alors qu’ils ont été acquittés par manque de preuves.
  • Le fait que l’acte d’accusation et l’écrit de l’accusation sont un « copier coller » des rapports des services de renseignement prouve qu’il y a un manque d’impartialité dans l’enquête du parquet et dans la procédure d’instruction de l’affaire.
  • Par une solide documentation technique elle remet en question la rigueur du système utilisé afin d’obtenir les résultats de l’analyse anthropométrique, signalant par exemple, qu’à aucun moment les spécificités techniques du programme appliqué n’ont été clarifiées ; ni la raison de l’utilisation de ce système là et non pas d’un autre, et le fait que les résultats sont loin d’être fiables puisqu’ils ne remplissent pas le minimum des conditions techniques requises (distance de la caméra, angle, luminosité, pixels, qualité de l’image).
  • La défense remet en question l’utilisation de sources « ouvertes », c’est à dire, obtenues d’internet et non vérifiées avec des sources originales.
  • Elle met en avant qu’aucun témoin n’ait fait de description qui corresponde aux traits de Mónica et Francisco.
  • Le concept et la pratique de la « solidarité et le soutien mutuel » sont inhérents à tout anarchiste.
  • Étant donné qu’il faut au moins trois personnes pour former une organisation terroriste, l’enquête policière a eu besoin de les relier à d’autres personnes et groupes et c’est là qu’apparaissent les GAC.
  • Il n’y a pas d’indices suffisants pour les relier aux GAC et en aucun cas on ne peut considérer ces derniers comme une organisation terroriste, signalant qu’il n’y a aucune action revendiquée sous ce sigle. De plus, après lecture des communiqués et du livre des GAC « Contre la démocratie», elle conclut qu’il n’y a rien dans son contenu qui puisse indiquer que c’est une organisation à finalité terroriste.
  • La défense argumente que la FAI-RI ne répond à aucune structure ni organisation et que c’est une « signature » sous laquelle il y a des appels à l’action des anarchistes au niveau international. Elle insiste à nouveau sur le fait que depuis 2009 elle n’est plus considérée comme organisation terroriste par la communauté européenne.
  • Sur le rapport qui traite du danger de l’engin explosif, en partant de la conviction que ce ne sont pas eux les responsables, elle signale que ceux qui ont fait cette action à la basilique n’avaient pas pour intention de blesser des personnes, vues les caractéristiques de l’engin, l’heure de l’explosion et l’alerte à la bombe faite par téléphone.

Le jugement s’est terminé par l’utilisation d’un droit à une dernière parole pour Mónica et Francisco, dont ils ont profité pour réaffirmer leurs idées anarchistes. À la suite de cela la juge a ordonné l’évacuation de la salle au milieu des cris de soutien des compagnons présents.

Nous terminons cette synthèse en citant les derniers mots des compagnons, qui reflètent la force et la cohérence de leurs convictions :

MORT À L’ÉTAT ET VIVE L’ANARCHIE !

[Traduit de l’espagnol de Publicacion Refractario.]

Résumé de la première session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar Résumé de la seconde session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar

Solidarité avec les anarchistes Mónica Caballero et Francisco Solar.

Source : Non Fides.

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

 Posted by on 4 février 2016 at 11 h 53 min  Contre les religions  Commentaires fermés sur « Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)
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Base de données anarchistes:

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

jeudi 4 février 2016

En février 2013 mourrait une deuxième fois, quelques 956 ans plus tard et dans sa ville natale et mortelle de Maarat al-Nou’man, le grand poète syrien « islamophobe », « judéophobe », « christianophobe » et « autoritarophobe », Abu-l-Ala al-Maari, décapité par les cannibales sociaux de Jabhat al-Nosra (Al-Qaeda -le Grand Frère du terrorisme djihadiste- en Syrie). Mais ce n’est rien comparé à tous les corps faits de chairs et de sang passés sous la lame, les bombes, les balles, le viol, la torture et la faim. De Paris à Alep, de Daesh à Al-Qaeda, de Riyad à Téhéran. En l’an mil comme en 2016, on ne s’agenouillera pas, ni nous ne nous prosternerons devant les prescriptions nommées Dieu.
Solidarité avec les incroyants du monde entier - la religion des pauvres, c’est le sabotage.
Voici donc quelques vers d’un subversif d’autrefoi, Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

Religion

« Les hommes sont poèmes récités par leur destin
Parmi eux le vers libre et le vers enchaîné, »

Réveillez-vous, réveillez-vous, ô égarés !
Vos religions sont subterfuges des Anciens.
Ils disent que le Temps mourra bientôt,
Que les jours sont à bout de souffle.
Ils ont menti – ils ignorent son échéance.
N’écoutez pas ces champions de fourberie.

Les gens voudraient qu’un imam se lève
Et prenne la parole devant une foule muette.
Illusion trompeuse – il n’est d’imam que la raison,
Notre guide de jour comme de nuit.

Peut-être dans les temples se trouvent-ils des gens
qui procurent la terreur à l’aide de versets,
Comme d’autres dans les tavernes
Procurent le plaisir.

Les lois divines ont semé parmi nous la rancune
Et nous ont apporté toutes sortes de malheurs,

Les corps vont à la poussière.
Aucun savant ne sait où va l’âme.

Malgré moi, je suis sorti en ce bas monde,
Et mon voyage est pour un monde ailleurs.
Cela malgré moi aussi, et Dieu m’en est témoin !
Suis-je prédestiné, entre ces deux mondes,
A accomplir une tâche,
Ou suis-je libre de mes choix ?

Raison - demeures laissées à l’abandon
Ignorance - solides demeures habitées.

La religion - commerce de morts.
Pour cette raison, c’est un objet invendable
parmi les vivants.

L’ égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
Malheur à lui ! Quel homme n’a pas connu l’impiété ?

Le Livre est devenu trompettes des égarés,
Et les versets, mélodies.
Ils en ont joué, puis, dans leur infamie,
Les ont agitées comme des épées
Sur l’homme paisible qui veille
Au clair de lune.

Je ne blâme pas l’athée ?
Mais plutôt celui qui, craignant l’enfer,
Persiste dans sa furie.

La raison ne peut que s’étonner des lois,
Qu’elles soient païennes, musulmanes,
juives ou chrétiennes.

Vos temples et vos bordels se valent.
Loin de moi, Ô genre humain !
Puissé-je rester sous terre et ne pas me lever
Quand Dieu vous appellera à la résurrection !

Quant à la certitude, elle n’existe pas.
L’apogée de mes efforts se trouve
Dans l’intuition et les pressentiments.

J’ai poussé loin mes recherches
Et mes investigations.
J’affirme, malgré cela,
Que je suis perdu et ignorant.

Le mensonge a détruit
Les habitants de la terre.
Leurs descendants se sont groupés en sectes
Qui ne peuvent fraterniser.
Si l’inimitié n’avait été dans leur nature,
Dès l’origine,
Mosquée, église et synagogue
N’auraient fait qu’une.

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois …
A toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elles est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?

Autres pensées

Les hommes sont paroles du temps,
Il est inévitable qu’elles subissent
modification et changement

Les destins m’ont dépassé sur la route et s’en sont allés.
Me voici éternel, à en lasser l’éternité.

Dans l’exil et l’éloignement,
L’homme est à l’image d’une étincelle
Se séparant de son feu.
Si elle tombe sur une terre lisse,
Elle te montrera son extinction.
Si elle rencontre des brindilles,
Tu verras son embrasement.

O homme, tu es pareil à la fourmi
Levée de bon matin pour chercher
Un grain de blé à traîner.

Le temps est un oiseau qui prend l’espace -
Attrape-le ! Toute la sagesse tiendra dans ta main.

c’est au milieu de la foule
Que je m’ensauvage -
Ma solitude n’est autre
Que livre de mon humanité.

Ces nuits nous emportent
Comme vaisseaux au large
Naviguant sans amarres.

Comme si la tristesse n’était que cendres
Répandues sur ton front,
Mais c’est ton cœur qui brûle.

La pensée est une corde.
Si on en saisit un bout,
Ce même bout sera relié
Aux pléiades.

La pensée voit que la lumière
Est créée dans l’éternité
Et que l’essence du temps n’est autre
Que son obscurité.

Des gens prétendent diriger leurs semblables,
Cette direction, pour moi, est tyrannie.

Pareils vos mosquées et bordels
Gens infréquentables !
Ni bonne plante, ni palmier
Ni gommier vous êtes
Mais épine que nul ne cueille
Nuisible, délétère.

Ho ! imbéciles, réveillez-vous ! Les sites que tu crois sacrés
ne sont qu’impostures inventées par les anciens
Avides de pouvoir, qui vécurent dans la luxure
Et moururent dans la bassesse et leur loi n’est que poussière.

Les gens viennent des contrées les plus lointaines
pour jeter des cailloux (à Satan) et pour baiser la Pière Noire.
Combien étranges sont les choses qu’ils disent !
Est-ce que l’humanité tout entière devient aveugle à la vérité ?

Parmi les ruines croulantes de la religion
L’éclaireur sur son chameau joua de la flûte
Et appela les siens : « Restons ici !
La pâture regorge de mauvaises herbes. »

Les musulmans trébuchent, les chrétiens sont égarés
Les juifs sont dévoyés, les mages sont dans l’erreur.
Nous les mortels nous répartissons en deux catégories
Les crapules initiées et les dévots stupides.

Le mensonge à tant corrompu le monde
Que jamais nulle dispute n’aura divisé de vrais amis
Comme les sectes l’ont fait
Mais la haine étant dans la nature humaine
Les églises et les mosquées se sont élevées côte à côte.

Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

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Maarat al-Nou’man, dans la province d’Idlib en Syrie, début février 2013.

 

Dieu et l’Etat, Bakounine

 Posted by on 15 janvier 2016 at 12 h 43 min  Anarchisme, Contre les religions  Commentaires fermés sur Dieu et l’Etat, Bakounine
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Dans cette ambiance où la religion réémerge avec force (pas seulement l’Islam), que l’Etat (qu’il soit islamiste ou démocratique) persiste à se faire passer pour la seule organisation sociale possible, quelques classiques. Bakounine rappelle le lien entre théologie et Etat,dont il faut se débarrasser.

atheisme.org :

résumé de Dieu et l’Etat de Bakounine:

Dieu et l’Etat, deux cibles à abattre pour Michel Bakounine. Indissociables, la religion et l’Etat ne subsistent que parce que la hiérarchie est la colonne vertébrale sans laquelle ces édifices s’écrouleraient, une bâtisse à laquelle le peuple n’a pas sa part. Dans un style mordant qui ne laisse aucun répit à l’adversaire et en examine tous les ressorts, Bakounine exécute la religion et n’en laisse que des ruines fumantes. Dieu, inventé par la religion, c’est la soumission absolue et sans condition, l’abdication de la raison, la haine de la révolte. Car la raison qui caractérise l’individu doit aussi le mener sur le chemin de la révolte. Contre l’injustice et l’oppression, la rébellion, pas la prière ! En outre, si Bakounine affiche sa très haute estime pour la science en tant que rejet des ténèbres de la religion, il n’entend pas pour autant accepter un gouvernement de savants. Le révolutionnaire anarchiste célèbre la science aussi fort qu’il met en garde contre le scientisme, cette intrusion de la science dans la morale, la politique, la direction des individus. Or l’individu ne saurait être libre si une direction lui est imprimée. La liberté contre l’autorité.

Dieu et l’Etat sur : http://kropot.free.fr/Bakounine-Dieu-Etat.htm

Le principe de l’Etat sur : http://infokiosques.net/spip.php?article263

La loi de Dieu est éternelle et inaltérable

 Posted by on 10 janvier 2016 at 16 h 26 min  Contre les religions  Commentaires fermés sur La loi de Dieu est éternelle et inaltérable
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non-fides:

Lors d’une de ses émissions, une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l’homosexualité est une perversion. « C’est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination ». La Bible le dit. Un point c’est tout », affirma-t-elle. Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui disait :

« Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu. J’apprends beaucoup à l’écoute de votre programme et j’essaie d’en faire profiter tout le monde. Mais j’aurais besoin de conseils quant à d’autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c’est indiqué dans le livre de l’Exode, chapitre 21, verset 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ?

Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu’ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas aux canadiens. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ?

J’ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L’Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu’il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d’une quelconque manière ?

Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu’on ne peut pas s’approcher de l’autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J’ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Un de mes amis pense que même si c’est abominable de manger des fruits de mer (Lévitique 11:10), l’homosexualité est encore plus abominable. Je ne suis pas d’accord. Pouvez-vous régler notre différend ?

La plupart de mes amis de sexe masculin se font couper les cheveux, y compris autour des tempes, alors que c’est expressément interdit par Le Lévitique (19:27). Comment doivent-ils mourir ?

Je sais que l’on ne me permet aucun contact avec une femme tant qu’elle est dans sa période de règles (Levitique. 15:19-24). Le problème est : comment le dire ? J’ai essayé de demander, mais la plupart des femmes s’en offusquent…

Quand je brûle un taureau sur l’autel du sacrifice, je sais que l’odeur qui se dégage est apaisante pour le Seigneur (Levitique. 1:9). Le problème, c’est mes voisins : ils trouvent que cette odeur n’est pas apaisante pour eux. Dois-je les châtier en les frappant ?

Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d’aller jusqu’au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d’une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu’il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ?

Je sais que vous avez étudié à fond tous ces cas, aussi ai-je confiance en votre aide.

Merci encore de nous rappeler que la loi de Dieu est éternelle et inaltérable.

Votre disciple dévoué et fan admiratif.

 

Califat et barbarie.

 Posted by on 14 décembre 2015 at 23 h 34 min  Actualité Internationale, Contre les religions, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés sur Califat et barbarie.
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A la suite la première partie du texte Califat et barbarie de Tristan Léoni sur l’Etat islamique. Ce texte est extrait du site Douter de Tout (DDT21), titre d’un site qui reprend de nombreux textes de Gilles Dauvet (co-auteur de Léoni sur le Rojava entre autres), dont on sait jusqu’où sa capacité de douter de tout l’a mené. Pour mémoire : https://sous-la-cendre.info/3211/rojava-quelques-notes-critiques-sur-la-revolution-et-le-role-du-pkkpyd

C’est pour son ‘intérêt descriptif que ce texte est ici « publié ».

Un de sous la cendre.

Califat et barbarie (première partie).

Les Arabes, comme mercenaires ou auxiliaires, étaient le soutien indispensable des grands empires. On achetait leur concours, on craignait leurs révoltes, on se servait de leurs tribus les unes contre les autres. Pourquoi n’utiliseraient-ils pas leur valeur à leur propre profit ? Pour cela il faudrait un État puissant qui unifierait l’Arabie. Il pourrait ainsi assurer la protection des richesses acquises et du commerce, détourner vers l’extérieur l’avidité des Bédouins les moins pourvus au lieu qu’elle soit une entrave pour l’activité commerciale des Arabes eux-mêmes. Les États de l’Arabie du Sud, trop colonisateurs à l’égard des nomades, trop détachés des Bédouins malgré leur parenté lointaine, avaient failli à cette mission.
Un État arabe guidé par une idéologie arabe, adapté aux nouvelles conditions et cependant encore proche du milieu bédouin qu’il devait encadrer, constituant une puissance respectée à égalité avec les grands empires, tel était le grand besoin de l’époque. Les voies étaient ouvertes à l’homme de génie qui saurait mieux qu’un autre y répondre. Cet homme allait naître.

Maxime Rodinson, Mahomet, 1961, p. 58-59.

La naissance d’un État n’est ni fréquente, ni attendrissante. Et le prématuré, le proto-État, bien que très fragile, est déjà nuisible.
Avec l’actuelle restructuration du Proche-Orient, nous assistons à la constitution de nouvelles entités, les plus connues étant l’État islamique (EI) et le Rojava (Kurdistan occidental). Celui-ci, parangon de démocratie et de féminisme, serait un rempart contre la barbarie du premier. Car l’État islamique est un monstre, les images le prouvent. Tout le prouve. Il faudrait d’ailleurs le nommer Daech1 car il ne mériterait pas le « noble » qualificatif d’État et n’aurait « rien à voir » avec l’islam. L’explication devrait suffire. Elle n’est pourtant pas suffisante pour comprendre pourquoi et comment, depuis des mois, huit à dix millions de personnes vivent dans un territoire en guerre contre le reste de la planète. Les jours du Califat sont sans doute comptés, mais la question, elle, demeurera : Pourquoi ça marche ?

L’EI attire tous les regards, mais son image est brouillée. Le reflet qui nous parvient via les médias est celui d’une foire aux atrocités soigneusement mise en scène, ou d’épisodes guerriers choisis en fonction d’obscurs intérêts politico-militaires, par exemple la Bataille de Kobané. Mais parmi les groupes « rebelles » ayant émergé durant le conflit irako-syrien, l’EI est aussi le seul qui tente de mettre en place une structure de type étatique et qui s’appuie sur un projet politique structuré et ambitieux2 : le rétablissement du Califat disparu en 1258 qui implique une critique du monde, de sa marche, de l’Occident, de la démocratie, du nationalisme, etc. Est-ce à dire une critique du capitalisme ? Certainement pas, mais plutôt celle de certains de ses maux et excès, ceux qui entraveraient le fonctionnement libre et harmonieux d’une société califale rêvée… et surtout de son économie.

première partie : de l’État

 

« Ce qui serait le mieux, en ce moment, ce serait un pouvoir
autoritaire mais qui serait très bon, aimable et juste
».
Lilo Pempeit à son fils Rainer Werner, 1977.

Nous ne reviendrons pas sur les origines et l’artificialité centenaire des États et frontières de la région, ni sur les soulèvements de 2011 qui, en Syrie et en Irak, ont laissé place à une guerre civile puis, rapidement, à une confrontation militaire à plusieurs bandes opposant une multitude d’acteurs locaux et internationaux aux stratégies et alliances fluctuantes.

La généalogie de l’EI, à l’origine la branche irakienne d’al-Qaïda devenue autonome, est elle-même des plus complexe3 mais préoccupait peu de monde avant que ses troupes ne remportent une série de surprenantes victoires durant l’été 2014.

La question militaire

L’EI n’était à l’origine qu’un des groupes de résistance armée à l’occupation américaine en Irak (donc un groupe terroriste) ; mais, à partir de 2009, il bénéficie du ralliement de milliers de miliciens sunnites et de centaines d’ex-officiers de l’armée irakienne4.

Militairement très efficace, l’EI a été considéré par une bonne partie de la population irakienne sunnite comme une « armée de libération » et donc fêté comme telle5, et beaucoup de chefs de tribus ont choisi de lui faire allégeance. Cela explique que de nombreuses localités soient tombées entre ses mains aussi facilement (par exemple Mossoul) et que les troupes de Bagdad (chiites) n’aient que peu résisté dans ses régions.

L’EI s’est ainsi emparé d’un important arsenal qui lui servira pour progresser en Syrie à partir de 2013 ; dans ce pays les localités sont prises à la suite de violents combats contre d’autres groupes islamistes ou grâce au ralliement de ceux-ci. Dans le chaos ambiant, ses capacités logistiques et régaliennes lui valent une certaine popularité dans la population. C’est dans un second temps qu’il lancera des offensives contre le Rojava et le régime de Damas.

A noter que l’EI semble très attentif à la survie de ses combattants, n’hésitant pas à abandonner des positions si nécessaire (la question des attaques suicides est d’un autre ordre). Cette armée rassemblerait selon les estimations entre 30 et 100 000 hommes : beaucoup d’anciens miliciens irakiens, des arabes et des kurdes et au moins 20 000 volontaires étrangers. Leur solde étant versée avec régularité, cela limite pillages, vols et rackets dont sont coutumiers de nombreux autres groupes rebelles.

La réputation sanguinaire et impitoyable de ses troupes est sciemment entretenue ; n’étant pas signataire des Conventions de Genève, l’EI ne respecte aucune « règle » de la guerre, surtout contre ceux qu’il juge infidèles ou apostats. Ses adversaires, quels que soient leurs agissements, s’en trouvent parés d’un verni de respectabilité.

Administrer un territoire

Le rétablissement du Califat, sous le nom d’État islamique, a été proclamé le 29 juin 2014 dans la Grande mosquée d’al-Nuri à Mossoul. Le débat sur le terme « État » n’a pas cessé depuis6.

Si le mot désigne un territoire délimité à l’intérieur duquel une autorité souveraine fait régner ses lois sur une population fixe, dispose d’une armée, d’une monnaie et d’une économie, l’EI ressemble bien plus à un État que certaines entités aujourd’hui (plus ou moins) reconnues internationalement (Libéria, Somalie, Yémen, Vatican, Luxembourg, Libye, Soudan du Sud, etc.) et bien peu à un groupe terroriste.

Seule l’instabilité de ses frontières contredit le modèle étatique occidental, mais la guerre n’est pas seule en cause :

« Est-ce que le mot de « Dawla », généralement employé en arabe pour dire « État », et qui sert à l’acronyme « Daech », peut être exactement traduit par « État » ? Dans l’histoire du monde arabe et du monde musulman, ce mot distingue en effet des formes de gouvernement qui n’ont pas grand rapport avec l’histoire occidentale du mot État. Celui-ci renvoie à l’idée de « statique », de territorialité, de frontière, de souveraineté, de différenciation entre le politique et le social, en bref à bien d’autres choses que ce qui a pavé l’histoire du monde musulman » (Bernard Badie)7

Sur la question de la forme, l’EI a déjà répondu :

« Quant à ceux qui veulent des passeports, des frontières, des ambassades et de la diplomatie ils n’ont pas compris que les partisans de la religion d’Ibrâhîm [al-Baghdadi] mécroient et prennent en inimitié ces idoles païennes. […] Nous voulons rétablir l’État Prophétique et celui des quatre Califes bien-guidés ; pas l’État-Nation de Robespierre, de Napoléon, ou d’Ernest Renan. » (Dar al-Islam)8

L’EI gère un territoire de 300 000 km2 peuplé de 8 à 10 millions d’habitants. Il n’a pas tardé à installer (ou à transformer) les institutions du territoire qu’il contrôle. Elles se structurent autour d’une administration centrale réduite (sept ministres autour du Calife), d’un Conseil de guerre et de sept gouverneurs de provinces chacun assisté d’une choura.

Les deux grandes zones (Syrie et Irak) disposent d’une assemblée consultative composée d’imams, de prédicateurs, de notables des villes et de chefs de tribus, où toutes les voix n’ont pas le même poids mais où l’on recherche le consensus. La démocratie, invention occidentale et « idolâtre », est rejetée et le pouvoir législatif inutile : la charia suffit.

Raqqa (200 000 habitants) est de fait la capitale administrative, Mossoul (2,5 millions d’habitants) la capitale religieuse.

Lorsqu’il s’empare d’un territoire, l’EI restitue le pouvoir à des acteurs locaux (ou les maintient en place s’il leur fait confiance) : chefs tribaux, de clans, leaders de quartier, à condition qu’ils fassent allégeance exclusive à l’EI, qu’ils ne déploient d’autre emblème que celui de l’EI, et respectent ses injonctions en matière de mœurs.

Quant au fait que l’administration du Califat s’impose froidement par la violence et l’arbitraire, ce n’est certainement pas une raison pour la priver du nom d’État, au contraire.

Une répression extraordinaire… et ordinaire

L’EI est un des régimes les plus répressifs d’une région assez bien dotée en la matière9 mais c’est surtout le seul qui fasse un tel étalage d’« atrocités ». Pour des sociétés occidentales ayant connu une dé-brutalisation 10 ce ne peut être l’œuvre que de « barbares », c’est-à-dire qu’ils ne parlent pas « notre » langue.

Pourtant, dans les zones qu’il contrôle, l’EI, rétablit une forme d’État de droit, et ainsi « répond aux aspirations d’acteurs locaux »11. En Irak il a chassé les troupes chiites considérées par la population comme une abominable armée d’occupation, une « check point army » dont la présence n’apportait qu’exactions, violences, viols, racket, corruption généralisée et insécurité 12. Dans une ville comme Mossoul où régnaient bakchich et clientélisme, et où une misère massive jouxte d’inexplicables poches de prospérité, les premières mesures du nouveau régime, hautement symboliques, peu onéreuses et très médiatisées, sont l’éviction et l’exécution publique des corrompus. Les habitants le constatent, « c’est incontestablement un mieux par rapport à la situation précédente, devenue invivable »13.

Si l’ordre règne à Mossoul, c’est aussi que la répression est impitoyable. Mais loin d’être dictée par une folie mortifère incontrôlée, elle répond à de froides logiques étatique et administrative et trouve une légitimité dans une interprétation littérale du Coran et très rigoriste des Hadith (actes et paroles du Prophète). Cette abominable répression, ultra-médiatisée, relève en fait de trois registres différents :

1 / Politico-médiatique

Il s’agit d’exécutions d’otages mises en scène par les médias du Califat afin de choquer les Occidentaux. Elles sont massivement relayées par les médias occidentaux14.

2 / « Crimes de guerre »

Il s’agit des massacres, là aussi très médiatisés, commis par l’EI dans les heures et jours qui suivent la prise d’une ville ou de nouveaux territoires. Outre des exécutions de partisans ou sbires d’autres régimes, voire de militants démocrates ayant échappé à tous les groupes précédents, la nouvelle administration califale ne peut ignorer les minorités religieuses encore présentes15 :

Les gens du Livre (les chrétiens) se voient proposer trois possibilités : conversion, statut de dhimmitude (citoyens de seconde zone, mais protégés) ou exil. Beaucoup ont choisi cette dernière solution avant même l’arrivée de l’EI16.

Les « païens » (les Yézidis par exemple ) ne sont même pas considérés comme humains et n’ont donc aucun droit. Ils doivent être tués ou réduits en esclavage.

Les apostats (athées ou convertis) méritent simplement la mort. L’EI fait un usage fréquent du takfir, procédé permettant d’ôter la qualité de musulman à un adversaire et d’en faire un apostat (c’est le cas des chiites mais aussi de quasiment tous les sunnites opposés à l’EI).

Bien que l’EI se donne pour but d’appliquer strictement ce qui relève selon lui de prescriptions coraniques, il ne s’agit là que de la théorie. Dans la pratique, lors des combats, l’encadrement et la discipline n’étant pas encore du plus haut niveau, « bavures » et « exactions » sont fréquentes.

Quant au rétablissement de l’esclavage, c’est une conséquence des victoires militaires. Femmes et enfants capturés (« mécréants ») sont considérés comme une partie du butin qui se doit d’être partagée équitablement (ou du moins le produit de leur vente). Les victimes sont ainsi transformées en domestiques et/ou « concubines »17 (certaines auraient été achetées par des proxénètes turcs). Ici encore, l’EI se flatte d’appliquer à la lettre les indications du Coran qui encadrent cette pratique18.

3 / Justice ordinaire

Pour beaucoup de commentateurs, la justice quotidienne et correctionnelle est le service qui fonctionne le plus efficacement dans le Califat. Des juges religieux, les qadis, ont été nommés sur tout le territoire et pris place dans les Palais de justice.

Les peines encourues varient : amende, confiscation, flagellation publique ou non (par exemple pour avoir fumé une cigarette19), emprisonnement, amputation (pour un voleur), exécution selon diverses techniques (pour adultère, homosexualité, viol, corruption, etc.). L’effet recherché étant dissuasif et exemplaire, les exécutions sont publiques et les cadavres exposés. La baisse de la délinquance et de la criminalité serait considérable.
On retrouve des aspects de ces pratiques dans certains pays musulmans, en particulier l’Arabie Saoudite.

La justice jouirait auprès de la population d’une « réputation d’impartialité »20. Les médias de l’EI mettent évidemment en avant des exemples montrant que les djihadistes ne bénéficient pas de passe-droit : ici un responsable crucifié pour corruption, là un combattant exécuté pour viol.

Les qadis disposent d’une police chargée d’appliquer leurs décisions. Une autre unité, les muhtasibîn, fait respecter la hisbah (ce qui convenable ou pas, selon le Coran). Cette police des mœurs, rendue célèbre par la présence en son sein de femmes djihadistes européennes, surveille également les marchés.

Sans oublier une police secrète politique, l’Anni, et l’interdiction des manifestations. Le contrôle et la surveillance de la population semble particulièrement redoutable et des experts y voient même la « patte » d’officiers irakiens formés aux techniques du Bloc de l’Est21. Les opposants débusqués sont exécutés de manière exemplaire et, on l’aura compris, « si vous respectez leurs règles sans broncher, personne ne s’en prendra à vous »22. Pourtant, aussi efficace soit-elle, une politique répressive ne suffit pas à assurer la pérennité d’un régime.

La vie quotidienne

Les informations disponibles sont parcellaires, souvent anecdotiques et concernent le plus souvent Raqqa ou Mossoul. La réalité est sans doute bien différente dans les campagnes ou d’une ville à l’autre, en fonction de l’ancienneté de l’arrivée de l’EI, du degré de soutien ou de résistance des tribus et de la population, de l’éloignement ou de la proximité du front. Les réglementations peuvent par exemple s’appliquer de manière progressive23.

Dans les rues ce qui frappe c’est assurément le noir des femmes. Les nouvelles réglementations liées aux mœurs, à la religion (interdiction du tabac, de l’alcool et de la drogue24) mais surtout celles concernant la condition féminine sont les plus connues.

En fait, la situation des femmes s’est progressivement dégradée en Irak depuis le premier embargo de 1990 et surtout après 2003. Il en est sans doute de même en Syrie depuis 2011, où la plupart des zones « libérées » de Assad sont aux mains de groupes armés islamistes.

Outre un code vestimentaire très strict imposé dès le plus jeune âge (voile obligatoire pour les fillettes à partir de la troisième année d’école), les femmes ne peuvent circuler dans les villes du Califat sans la présence d’un tuteur masculin. Les seuls emplois féminins autorisant un déplacement hors du domicile semblent liés au secteur médical ou éducatif. A noter que, contrairement à l’Arabie saoudite, les femmes sont autorisées à conduire des voitures.

Il est également demandé aux hommes un effort vestimentaire, notamment d’éviter les tenues jugées trop occidentales ou certains vêtements de marques.

Ces rues des grandes villes dans lesquelles la police scrute les vêtements semblent pourtant grouillantes et bruyantes, les étals et boutiques achalandés, l’activité commerciale battant son plein25 . Ce n’est pas le business que souhaite bouleverser l’EI, plutôt l’apparence et la surface pour les remettre en adéquation avec la volonté divine. Les journées sont ainsi rythmées (perturbées selon certains commerçants) par les cinq prières quotidiennes, il y a enfin des agents qui régulent la circulation aux carrefours, de nouvelles plaques minéralogiques, un calendrier lunaire, etc.

L’EI accorde aussi une attention toute particulière à la sécurisation et à l’amélioration de l’approvisionnement, ainsi qu’à une baisse des prix des denrées alimentaires ; d’où le contrôle des moulins et boulangeries, autrefois publiques en Syrie. Pendant qu’une jeune « Autorité de protection des consommateurs » veille sur l’hygiène et la qualité des produits, les muhtasibîn sont attentifs aux prix dans les rues et sur les marchés : on peut tout de même être exécuté pour « spéculation et accaparement »26 .

Lorsqu’une ville est conquise, comme toute armée d’occupation conséquente, l’EI a parmi ses priorités de rétablir le fonctionnement des services publics. Les employés des entreprises publiques et les fonctionnaires sont incités à rester en place et le versement des salaires est assuré s’il le faut27. (et avec plus de régularité que sous le règne de Nouri al-Maliki). L’état civil se remet à fonctionner, prenant juste en compte les modifications légales (comme l’autorisation du mariage pour les filles dès l’âge de neuf ans).

L’EI s’efforce de reconstruire les infrastructures endommagées par la guerre mais lance aussi de nouveaux projets mis en valeur dans sa presse : réparation de ponts et de circuits électriques, création de lignes des transport public à prix réduit, restauration d’un service postal, etc. Lors de la prise de Palmyre, les exécutions à peine terminées, l’EI a dépêché sur place des techniciens pour rétablir l’électricité et les connexions internet. Les fonctionnaires de la ville ont reçu des avances sur salaire et du nouveau matériel médical a été installé dans l’hôpital28. A Raqqa, réalisation emblématique, le palais du gouverneur a été transformé en hôpital29. Dans des zones périphériques parfois délaissées par les régimes précédents, l’EI a pu « bénéficier de significatifs effets de contraste dans son rapport aux populations »30 en finançant des campagnes de vaccination, la construction de dispensaires, de puits ou d’écoles.

L’éducation est une autre des priorités affichées. Le régime insiste sur la nécessité de rouvrir écoles et universités, surtout pour les filières scientifiques et techniques. Il a créé une fac de médecine à Raqqa, où une université scientifique est réservée aux femmes. Quant aux programmes scolaires, ils ont subi une brutale réforme inspirée du modèle saoudien.
Il circule des images d’enfants et jeunes adolescents recevant une formation militaire dont on ignore le contexte : déscolarisation complète ou (plus vraisemblablement) cours hebdomadaire ?

Mais la propagande du régime montre aussi des djihadistes emmenant se baigner des enfants souriants, jouant avec eux, d’autres gamins au volant d’autos-tamponneuses ou sur des jeux gonflables géants dans les parcs. On sait aussi qu’à Mossoul a été organisée une « Journée du divertissement » avec distribution de ballons (sic) et concours de récitation du Coran…31

Un programme social

Les vidéos d’exécutions ne sont qu’une partie de la propagande de l’EI que véhicule internet : s’y ajoute un volet social et caritatif.

Il est classique pour les mouvements islamistes (d’opposition) de mettre en place des programmes d’aide aux plus démunis. Celui de l’EI est de grande ampleur et les mesures annoncées sont diverses : allocations aux familles les plus pauvres (à Raqqa, ville délaissée par Damas, 10 $ par enfant, puis 250 $ au début de l’hiver)32, ouverture de cantines, distribution de nourriture, contrôle ou baisse des prix des produits de première nécessité, plafonnement des loyers, allocations familiales, prime au mariage et pour chaque naissance33, allocations pour les familles de soldats morts au combat, etc.

L’EI achète ainsi la paix sociale et le soutien de la population, mais cela s’inscrit aussi dans son projet politique. Les djihadistes ayant en charge l’administration d’un territoire, s’ils crucifient les opposants, ils se doivent aussi de veiller sur l’immense majorité de la population qui respecte leur interprétation de la charia et qui peut, dans une certaine mesure, bénéficier elle aussi des conquêtes militaires34.

Il y a forcément une différence entre un programme et sa réalité35. D’autant que l’EI, de par même sa légitimisation religieuse ne peut bouleverser l’ordre établi (par Dieu) en s’en prenant aux différences de revenus, classes, hiérarchies (parfois tribales), allégeances, etc. Il ne peut se donner comme objectif que d’en limiter les excès et les abus les plus criants, sans pour autant succomber à son tour à la corruption, ce qui n’est pas simple36.

L’économie califale

Les informations en ce domaine sont en général fragmentaires et invérifiables (on apprend ainsi que l’industrie du ciment représenterait 10 % des recettes de l’EI, sans plus de précision37) ; beaucoup de chiffres sont avancés mais très peu de détails sur le fonctionnement concret des entreprises.

L’EI disposerait d’un patrimoine de 2 260 milliards de dollars, son fameux « trésor de guerre », mais ce chiffre recouvre en fait la valeur des installations pétrolières et gazières, des mines de phosphates, des terres agricoles et des sites culturels situés sur son territoire (dont des centaines de millions de dollars trouvés dans les coffres de la banque centrale de Mossoul)38. Il est en hausse par rapport à 2014. Le budget de l’État en 2015, de l’ordre de 2,5 milliards d’euros, aurait diminué, notamment à cause des recettes liées au pétrole (baisse des cours et hausse des bombardements), quoique celles provenant de taxes et confiscations grimpent.

Nous avons tout d’abord affaire à une économie de guerre, dans des zones parfois ravagées par les combats et vidées d’une large part de sa population. C’est surtout le cas en Syrie où, sur 22 millions d’habitants, 4 millions ont fui à l’étranger et 8 à 10 ont dû quitter leur domicile ; si certaines villes sont « passées » intactes à l’EI, d’autres ont été ravagées par de longs combats. De nombreuses usines ont déménagé dans d’autres régions ou en Turquie39.

C’est différent dans la partie irakienne du Califat où économie et population sont depuis longtemps adaptées à ce type de situation.

C’est via la Turquie (et dans une moindre mesure la Jordanie) que l’économie de l’EI est reliée au reste du monde, mais son entrée en guerre à l’été 2015 ainsi que les offensives kurdes menacent cet accès.

Dans le cadre d’une économie de guerre, l’EI semble faire preuve de pragmatisme afin de relancer au plus vite les unités de production nécessaires à son effort militaire et au ravitaillement des populations dont il a la charge (puis à la perception de taxes), en fonction de l’urgence, du type de propriétaire (compagnies d’État, qui sont nombreuses, ou privées), du type d’entreprise, des particularités locales. Cette capacité d’adaptation est facilitée par la large autonomie dont jouissent les autorités locales.

C’est ce réalisme, et non une volonté de libéralisme économique, qui expliquerait la privatisation de certaines entreprises d’État (sans exclure un bénéfice financier) ou le lancement d’un programme de soutien aux petites entreprises et à l’économie locale40. Des usines abandonnées par les propriétaires ont sans doute été remises en fonctionnement par l’EI. Par exemple, la gestion de certaines exploitations pétrolières a été laissée un temps aux entreprises en place, et pour d’autres confiée à des tribus locales.

En tout cas, l’EI paraît édicter plus de programmes, brochures, décrets, fatwas, etc. sur les questions de mœurs que d’économie.

Impôts et fiscalité

Un nouveau système fiscal reposant sur des prélèvements réguliers et des procédures et barèmes formalisés a été mis en place pour assurer le fonctionnement de l’État. Ces impôts, qualifiés par les médias occidentaux d’« extorsion » et de « racket », représentent au moins un tiers des revenus de l’EI. Ils comprennent la Zakât, aumône légale et troisième pilier de l’islam, aux formes diverses, parfois payée en nature par les paysans ; la Sadaqa, don volontaire aux nécessiteux, et la Djizya, impôt des dhimmis, lourde mais progressive selon les revenus (on parle de 60 à 250 dollars mensuels à Mossoul).

De très nombreuses taxes existent (certaines au titre de la Zakât) par exemple sur : les entreprises, le revenu des entreprises nouvellement créées, les télécoms, la protection des commerces, les retraits d’espèces, les salaires (5 % pour la «protection sociale»), ceux versés par Damas ou Bagdad (50 %), les produits aux frontières, les chameaux, les péages, etc. Cette fiscalité remplace celle des régimes précédents mais aussi les pots-de-vin qui étaient obligatoires.

Les « extorsions » comprennent de nombreux cas de confiscations : d’argent pour non-respect des réglementations (sur l’alcool ou les cigarettes), et de maisons, de terres, de voitures ou de bétail suite à l’abandon par leurs propriétaires.

L’augmentation des recettes en 2015 a deux causes : les difficultés du régime qui doit augmenter les taxes existantes, et une amélioration de l’administration et de la collecte.

Ressources extraordinaires et « criminelles »

Il s’agit de sommes versées par des donateurs privés du Golfe (les liens tribaux jouent ici un rôle important), des rançons d’otages, de la vente/rachat d’esclaves, et du commerce d’antiquités (ou plutôt de l’encadrement de ce trafic). Souvent liés aux conquêtes militaires, ces revenus ont tendance à se tarir.

De multiples rumeurs circulent sur divers trafics (cigarettes, drogue, organes) et d’activités mafieuses contradictoires avec l’idéologie affichée du régime. Ce qui semble plus certain, c’est la taxation de certaines filières préexistantes (par exemple celle du Captagon).

Banques41

L’EI s’est doté d’une banque d’État et d’une monnaie officielle : dinars, dihrams et fulus califaux sous forme de pièces en or, argent et cuivre (la valeur d’une pièce serait celle de la valeur intrinsèque du métal qui la compose). On ne sait rien de son utilisation réelle sinon qu’elle est peu probable.

L’EI contrôle sur son territoire plusieurs dizaines d’établissements bancaires, certains continuant à effectuer des opérations commerciales y compris des transactions internationales. Les banques de Mossoul, succursales d’établissements basés dans le Golfe ou à Bagdad, ont continué (continuent peut-être encore) à fonctionner normalement.

Le régime est néanmoins confronté à des difficultés de change : si ses revenus sont encaissés en dollars, euros, livres turques ou syriennes, il règle ses factures en dollars.

Agriculture

Elle représenterait entre 7 et 20 % des recettes du Califat, qui contrôle les vallées fertiles du Tigre et de l’Euphrate, là où étaient produits 50 % du blé syrien, un tiers de celui d’Irak (8ème producteur mondial) et près de 40 % de l’orge irakienne.

Ici encore la guerre est un facteur important dans des régions très agricoles (dans le gouvernorat de Raqqa, 50 % de la population active travaille dans ce secteur). Beaucoup de paysans ont fui (notamment des chrétiens ou kurdes) abandonnant fermes et terres. L’EI s’en est emparé mais des champs restent en friche42. Le contrôle de cette production est vital car il permet au régime de fixer le prix de la farine et donc du pain, base de l’alimentation.

L’EI contrôle aussi une large partie des champs de coton syriens dont la vente représenterait 1 % de ses recettes. L’exportation de cette fibre est moins aisée que celle du pétrole, mais la principale destination est la même : 6 % des importations turques auraient ainsi pour origine les champs du Califat. De quoi produire un cinquième des tee-shirts made in Turkey (soit 1,2 % de ceux vendus en France)43.

Divers

Quoique l’EI se soit emparé de la majorité des mines syriennes de phosphate (nécessaire à la fabrication d’engrais), il n’a pas les moyens de relancer l’ensemble de la production et il lui est difficile de la vendre. Cela représenterait néanmoins 10 % de ses recettes44. Il contrôle également des sites d’extraction de soufre en Syrie et en Irak, ainsi que de nombreuses cimenteries.

Hydrocarbures

Si en 2003 les compagnies américaines ont raflé tous les contrats irakiens, elles ont dû depuis faire face à la concurrence de BP, Lukoil et surtout de la Chine qui, depuis 2008, a investi des dizaines de milliards dans le pétrole irakien, devenant le premier client et le premier investisseur dans le pays. Aujourd’hui, 50 % de la production sont exportés vers la Chine (chiffre qui devrait atteindre 80 % en 2035), et l’on projette de construire deux pipe-lines reliant les deux pays. Plus de 10 000 travailleurs chinois étaient présents sur place avant l’irruption de l’EI.

Alors que les États-Unis cherchaient à se désengager militairement de la région, l’accentuation du chaos irakien gênait donc surtout les investisseurs chinois (déjà chassés de Syrie par la guerre). Ce n’est qu’en août 2014, lorsque l’EI a menacé les zones pétrolières sous contrat avec des compagnies américaines (Kurdistan et sud de l’Irak) et Bagdad (dont la chute aurait été catastrophique pour toute la région), que l’US Air Force a dû intervenir.

L’EI contrôle 60 % du pétrole syrien et 10 à 15 % de celui d’Irak (ce dernier chiffre a certainement baissé depuis le recul des troupes de l’EI à l’automne 2015). La production est estimée en 2015 entre 20 000 et 50 000 barils de pétrole par jour, contre au moins 70 000 l’année précédente : c’est une goutte d’eau comparée à la production régionale (la Syrie produisait 385 000 barils par jour en 2010)45. Le pétrole, vendu 50 à 60 % de moins que les prix du marché, rapporte entre 1 et 1,5 million de dollars par jour, soit entre 350 et 600 millions de dollars par an. C’est la principale ressource de l’EI (selon les sources entre 25 et 40 %) mais elle diminue du fait de la baisse des prix du marché et des bombardements occidentaux.

Par ailleurs, Daech recrute au prix fort des personnels compétents (techniciens, ingénieurs, traders…), en Syrie et en Irak mais aussi à l’étranger, pour améliorer la productivité de ses sites vieillissants46. L’État Islamique s’est fixé pour objectif de parvenir à des rendements doubles de ceux obtenus dans les champs de pétrole avant qu’il en prenne possession47.

L’EI s’occupe presque uniquement d’extraire du pétrole brut, vendu au pied des puits à des commerçants indépendants, contrebandiers, ou simples propriétaires de camion, qui emportent le pétrole pour le raffinage, la consommation locale (60 à 70 %) ou l’exportation. En octobre et novembre 2015, les bombardements américains auraient détruit des centaines de ces camions. De même, les grosses installations de raffinage comme beaucoup de ses raffineries artisanales (mobiles) ayant été détruites par la coalition, l’EI s’adresse à des raffineries privées dont il taxe la production. En Syrie, moyennant le paiement de taxes, des compagnies pétrolières privées ont pu continuer à travailler dans des zones conquises par l’EI48. L’exportation se fait par contrebande vers la Jordanie, la Turquie ou des zones tenues par des groupes ennemis via une myriade de camion, parfois à dos d’âne ou de cheval, ou acheminées par de mini-oléoducs artisanaux. En Irak, le trafic de pétrole est une pratique remontant aux temps de l’embargo, voire plus ancienne.

En Syrie le contrôle de l’extraction donne lieu à de nombreux conflits entre groupes rebelles pour le partage de cette importante source de revenus. Il en va de même des exploitations gazières qui permettent la fourniture de gaz et d’électricité aux populations.

Cela laisse aussi le champ libre à des trafics stupéfiants. Le pétrole extrait sur le territoire de l’EI peut être vendu à ses ennemis : à d’autres groupes, au régime de Damas ou au Rojava49. La prise d’une centrale électrique à gaz près de Palmyre a obligé Raqqa et Damas à des marchandages, puisque personne ne contrôle l’intégralité de la chaîne de la production à la distribution50. Dans la région de Deïr ez-Zor, l’EI a confié l’extraction de pétrole et de gaz aux tribus locales qui récupèrent une fraction des bénéfices mais vendent une partie de la production au régime d’Assad pour se prémunir de représailles aériennes.51 Attention aux sabotages d’oléoducs par des tribus exclues du jeu !

Rien qu’un État ?

Construire un État tout en faisant la guerre à presque toutes les puissances de la planète est loin d’être aisé. Ce que nous venons de décrire est moins un tableau socio-économique de l’EI à un instant T que l’esquisse d’un processus qui, en gros, s’étend de l’été 2014 à l’été 2015. C’est durant cette période, qui sera peut-être un jour considérée comme celle de « l’apogée » du Califat, celle de son expansion maximale, que l’EI se lance dans la construction d’un État, de son administration, tente de relancer son économie tout en assurant un niveau de vie supportable pour sa population.

Cette période est sans doute achevée et ce processus passé en involution. Sauf surprise d’ampleur, l’implication progressive de la Turquie dans le conflit, l’intervention militaire russe (octobre 2015) et la montée en puissance de celle des Occidentaux (été et automne 2015) devraient d’ici quelques mois régler la question de l’existence territoriale de l’EI en Irak et en Syrie. Déjà tous les indicateurs passent au rouge et les tableaux de productions et statistiques cités plus haut seront fin 2016 fort bas.

Nous nous demandions au début « pourquoi ça marche ? » Et nous avons vu que la survie et l’expansion de ce régime ne s’expliquaient pas seulement pas ces capacités militaires et policières. Certains parlent même d’« État providence ».

Mais c’est aussi que le Califat n’est pas seulement, banalement, un État. Non content d’administrer, il prétend transformer le monde, instaurer une nouvelle ère ou en préparer la venue… Une ère où il ne s’agirait évidemment pas pour l’EI d’abolir le salariat ni la société marchande, seulement de les remodeler à sa façon. « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » (ici le « comme avant » est d’importance), la surface, les mœurs, coutumes, etc. Bien sûr, mais aujourd’hui, pour des milliers habitants d’Irak et de Syrie, et bien au-delà, l’espoir s’appelle Califat. Et des dizaines de milliers de jeunes, notamment beaucoup de prolétaires, traversent la planète pour y vivre ou y mourir, et beaucoup d’autres en en rêvent. Cet espoir est désespérant. Non ?

Tristan Leoni, novembre 2015

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La deuxième partie de cet article, « De l’utopie », paraîtra dans 15 jours.

1Acronyme arabe de l’ancien nom de l’EI, utilisé d’avril 2013 à juin 2014, « l’État islamique en Irak et au Levant » (faisant lui-même suite à « État islamique d’Irak »).

2Le projet du PYD n’a lui pour cadre que le Kurdistan syrien (Rojava). L’EI entend lui, dans un premier temps, s’étendre de l’Inde à l’Espagne. Sur le PYD, voir notre article paru sur DDT21 en janvier 2015, « Kurdistan ? ».

3Sur cette question, voir Myriam Benraad, Irak, la revanche de l’histoire, Paris, Vendemiaire, 2015, 288 p.

4A partir de 2006, au sein de comités al-Sahwa (le Réveil), Bagdad avait salarié des milices sunnites pour lutter contre al-Qaïda. Le Premier ministre Nouri al-Maliki y met un terme en 2009, licenciant ainsi 85 000 miliciens.

5Pierre-Jean Luizard, Le Piège Daech, La Découverte, 2015, p. 17.

6Voir les entretiens avec Philippe-Joseph Salazar, disponibles sur Youtube depuis novembre 2015.

7Interview de Bernard Badie, Afrique Asie, octobre 2015, p. 33.

8Dar al-Islam, n° 3, mars-avril 2015, p. 14 (Dar al-Islam est la revue francophone de l’EI).

9Unique exception, le Rojava. Les chances d’y être enfermé arbitrairement, exécuté, torturé ou « disparu » par la police y sont bien plus faibles que partout ailleurs dans la région. Même Human Rights Watch le reconnaît.

10Au sens de George Mosse, historien qui a forgé le concept de « brutalisation » appliqué aux sociétés sorties de la Première Guerre mondiale, et dans laquelle il voit la « matrice des totalitarismes ».

11Pierre-Jean Luizard, op. cit., p. 15-16.

12L’armée de Bagdad, gangrenée par un absentéisme organisé et une forte corruption était d’une rare inefficacité pour assurer un semblant de sécurité dans la ville.

13Pierre-Jean Luizard, op. cit., p. 29.

14Ces images n’utilisent pas les mêmes canaux que celles, nombreuses et très populaires sur internet, montrant par exemple des djihadistes jouant avec de petits chats.

15Un traitement qui rappelle, par ses pratiques et son cadre religieux, celui des populations occitanes lors de la Croisades des Albigeois au XIIIème siècle.

16La dhimmitude, sévère et contraignante, comprend notamment le paiement d’un impôt spécial, la Djizya. A Raqqa quelques dizaines de chrétiens ont choisi ce statut, alors qu’à Mossoul les évêques ont préféré l’exil.

17Abdel Bari Atwan, Islamic State: The Digital Caliphate, Londres, Saqi Books, 2015 ; Claude Moniquet , Djihad : D’Al-Qaida à l’État Islamique, combattre et comprendre, La Boite à pandore, 2015, p. 182.

18Des agissements qu’il est problématique de qualifier de « barbares » tant ils rappellent les heures les plus glorieuses de l’Antiquité grecque.

19De par sa dangerosité, la cigarette est assimilée au suicide qui est interdit par l’islam.

20« Administration, police, communication… Daech, les rouages d’un quasi-État », http://bibliobs.nouvelobs.com, 18 novembre 2015.

21Alain Rodier, « Irak/Syrie: Daesh, comment ça marche ? », http://www.cercle-k2.fr, 7 juin 2015.

22Selon un membre du groupe d’opposants Raqqa is Being Slaughtered Silently cité par Layal Abou Rahal, « Raqqa, la ville modèle du califat de l’EI », L’Orient le Jour, 21 juin 2015.

23Hala Kodmani, « A Palmyre, l’État islamique a cherché à gagner la confiance », Libération, 1er juin 2015.

24Le célèbre Captagon, sorte d’amphétamine, n’étant ni un psychotrope ni un hallucinogène, n’est pas jugé haram. Les soldats de l’EI l’utilisent car il augmente la vivacité psychique et la résistance à la fatigue. Des djihadistes français ayant succombé à son caractère addictif ont été emprisonnés par l’EI.

25Voir les reportages de Vice News sur Raqqa : http://news.vice.com/video/the-islamic-state-part-1

26Avant, les réseaux clientélistes locaux organisaient la pénurie artificielle de denrées alimentaires de base pour faire monter les prix.

27Bagdad ou Damas continuent parfois à payer leurs fonctionnaires dans les zones qu’ils ne contrôlent plus ; c’est aussi le cas au Rojava.

28Hala Kodmani, « A Palmyre, l’État islamique a cherché à gagner la confiance », Libération, 1er juin 2015.

29www.france24.com, octobre 2014.

30Grégoire Chambaz, « Facteurs tribaux dans les dynamiques du contrôle territorial de l’État islamique », http://courrierdorient.net, 11 octobre 2015.

31Yochii Dreazen, « Daech, administrateur colonial », Foreign Policy, 20 août 2014 (Courrier international, hors-série, octobre-décembre 2015)

32Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, L’État islamique. Anatomie du nouveau Califat, Bernard Giovanangeli Editeur, 2015, p. 98.

331 000 dollars selon Samuel Laurent, L’État islamique, Seuil, 2014, p. 100.

34On pense ici au livre de Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands : Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple, Flammarion, Paris, 2005.

35Les informations décrivant une situation alimentaire et sociale catastrophique avant l’été 2015 sont rares. Voir par exemple sur Raqqa en novembre 2014: Marie Le Douaran, « A Raqqa, Daech vit grand train mais fait mourir la ville à petit feu », http://www.lexpress.fr, 27 février 2015.

36Myriam Benraad, « Défaire Daech : une guerre tant financière que militaire », Politique étrangère, vol. 80, n° 2, été 2015.

37Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, op. cit., p. 118.

38Marine Rabreau, « Pétrole, taxes, trafics d’humains : comment Daech se finance », Le Figaro, 19 novembre 2015.

39Henri Mamarbachi , « Comment fonctionne l’économie de guerre en Syrie », http://orientxxi.info, 8 octobre 2015.

40Yochii Dreazen, « Daech, administrateur colonial », op. cit.

41Jean-Charles Brisard and Damien Martinez, Islamic State : The Economy-Based Terrorist Funding, Thomson Reuters, octobre 2014, 12 p.

42Aline Joubert, « L’État islamique vit-il au-dessus de ses moyens ? », http://www.marianne.net, 07 Mars 2015.

43« Le coton syrien continue d’habiller les Français », Le Monde, 23 septembre 2015. et Caroline Piquet, « Peut-on retrouver du coton «made in Daech» dans nos vêtements ? », Le Figaro, 3 septembre 2015.

44Olivier Hanne, Thomas Flichy de la Neuville, op. cit., p. 118.

45En 2014, l’Italie produit quotidiennement 121 000 barils et le Koweït 2,8 millions.

46Marine Rabreau, « Comment Daech organise son lucratif marché pétrolier », Le Figaro, 26 novembre 2015.

47Elisabeth Studer, « Daesh financé par la manne pétrolière », www.leblogfinance.com, 19 octobre 2015.

48Financial Times, 16 octobre 2015.

49« Les ennemis de Daesh achètent son pétrole », RMC, 26 septembre 2014.

50Jacques Hubert-Rodier, « Les affaires mafieuses d’Assad avec Daech », Les Echos, 19 octobre 2015.

51Frantz Glasman, « Deïr ez-Zor, à l’est de la Syrie. Des islamistes, des tribus et du pétrole… », http://syrie.blog.lemonde.fr, 8 décembre 2013.

Source : DDT 21.

L’écologisme comme religion - ou la soumission comme devoir.

 Posted by on 14 décembre 2015 at 22 h 43 min  Anarchisme, Contre les religions, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés sur L’écologisme comme religion - ou la soumission comme devoir.
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zad

La seule église qui illumine est celle qui brûle (Buenaventura Durruti)

Religion et écologie ont tout en commun. Les religions s’appuient sur un récit, un grand mythe fondateur et l’écologie n’échappe pas à la règle. Le mythe de l’Eden antédiluvien trouve son prolongement, pour le prêche écologiste, dans sa conception même de la Terre, assimilée à un pur Paradis perdu. Dans ce messianime de guignol, où la Nature est élevée au rang de divinité suprême, tout respire l’équilibre et le sublime. A l’image de Dieu, le fantasme de la Planète bleue recèle ce que les hommes ne possèdent pas: l’infinie perfection.
Toute religion est une réponse à la division du monde en classes sociales : elle entend recomposer autour d’un Dieu unique une communauté qui ne soit plus divisée par l’exploitation. Mais en demandant à chacun d’accepter la condition sociale que Dieu nous aurait assignée, elle reproduit le monde tel qu’il est avec ses classes, son Etat, son exploitation.
L’écologisme procède du même paradoxe : sa vision idéalisée d’un monde sans pollution répond au vœu d’une Humanité enfin réconciliée avec la Terre, mais concrètement son action s’articule en pleine connivence avec le monde du commerce et de l’argent, avec le capitalisme donc, précisément responsable des catastrophes que nous connaissons. Les grand-messes écologistes dans lesquelles les puissants de ce monde paradent aux côtés de leurs amis verts n’ont absolument pas pour objectif que l’humain puisse à nouveau respirer sans danger sur terre, elles se résument à fixer le prix de l’air via l’achat et la vente de droits de polluer.
« Qui a perverti ce fabuleux Eden? » est la question qui précède immanquablement l’apparition du mythe complémentaire à celui du Paradis perdu : le pêché originel. La fable d’Adam et Eve, avec le serpent et la pomme, est à la source d’une vision commune à l’écologie et à la religion qui situent tous deux dans une désobéissance coupable de l’Homme -ici pêcheur originel, là pollueur impénitent- l’origine des horreurs que nous subissons aujourd’hui.
Dans l’écologie comme dans la religion, c’est donc chez l’Homme et chez lui seul qu’il faut chercher le coupable. Le péché originel, c’est lui. Qui a transformé cette magnifique planète en un immense dépotoir ? Qui détruit jour après jour la formidable biodiversité terrestre ? C’est encore lui. L’homme est mauvais par nature et par instinct. Tout est décidément bon à recycler pour l’écologisme et le voilà qui fait du neuf avec du vieux. L’idéologie fondamentalement capitaliste qui nous répète à longueur de journée que l’homme est un loup pour l’homme, nous est ici resservie avec un emballage plus vert, plus durable et plus éco-responsable.
De tout temps, les classes dominantes ont été friandes de robinsonnades et de fables naturalistes suspendues dans les airs. La réalité sociale et concrète, avec ses hommes faits de chair de sang ne trouve pas facilement place dans les discours des maîtres du monde. A ces agaçants personnages d’esclave ou d’exploiteur, bien trop concrets pour faire partie d’une description écologique du monde, ils préfèreront toujours des abstractions telle l’Homme des droits et des devoirs de 1789.
Cet homme éthéré, abstrait, sans consistance réelle, qui refait régulièrement surface, cet homme aussi perdu que Robinson Crusoé sur son île dévastée, cet homme fait de droits et de devoirs et pompeusement baptisé « Citoyen », est l’idole de la religion écologiste. Qu’il puisse exister deux sortes de citoyens, -celui qui est libre de vendre sa force de travail et celui qui est libre de l’acheter, celui qui est libre de toute propriété et celui qui possède tout, bref celui qui exploite et celui qui est exploité-, n’effleure pas un instant l’esprit de notre Homo ecologicus post-moderne.
Détacher l’homme de la société, le présenter comme un homme irréel, est la seule manière d’éjecter de notre horizon oppresseurs, exploiteurs et expropriateurs mais aussi, et c’est l’essentiel, d’annihiler toute tentative d’envisager la remise en question du rapport social capitaliste qui fait des uns les maîtres du monde et des autres leurs esclaves. Dans ce rêve éveillé où ne demeurent que droits et devoir, libertés d’entreprise et égalités marchandes, il n’y a plus de classes, plus d’affrontements, plus d’exploitation. Seule règne la Sainte Démocratie, ce paradis des citoyens libres et égaux. Tout serait parfait pour la religion écologiste s’il n’y avait l’activité dévastatrice de la production marchande qui, pour réaliser de nouveaux profits, dévore tout ensemble les hommes, le vivant, la Terre et l’Univers dès qu’elle en aura les moyens.
Le problème de l’écologie est là. Elle veut transformer l’homme -enfin, ce fantôme qu’est l’homme abstrait- et non les conditions sociales dont il n’est finalement que le produit. Avant l’Homo ecologicus moderne, le stalinisme aussi nous avait vendu l’arrivée sur Terre d’un homme nouveau : l’Homo Sovieticus. Et là aussi, sans pour autant abolir aucune des caractéristiques du capitalisme -ni le salariat, ni le travail, ni les classes sociales, ni l’Etat, ni l’argent- on nous avait promis le Paradis égalitaire.
Après avoir emprunté à la religion le paradis perdu, le péché originel, puis l’homme abstrait, les moralistes verts nous mènent tout doucement à l’élément essentiel du récit de la soumission des hommes au monde capitaliste : la culpabilisation. Ce sentiment religieux par excellence prend force et devient une réalité contraignante grâce à la peur qu’engendre le discours sur l’Apocalypse. Discours qui se décline sur base d’une constatation que chacun peut faire : il y a de plus en plus de CO² dans l’air. Et de voir le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), les gouvernements, les organisations non gouvernementales et toutes sortes de prophètes à gauche comme à droite, puissamment relayés par les médias, souffler dans les trompettes annonçant la fin du monde.
Ecologistes en tête, tous ces imbéciles plus ou moins inspirés par la science, prétendent nous alerter de ce qui se passera dans 50 ou 100 ans alors qu’ils sont incapables de prévoir correctement le temps qu’il fera dans un mois. La fascination bourgeoise pour les modèles informatico-scientifiques en dit long sur leur conception du monde. Pour eux, tout se résume à un problème de gestion dont il suffit d’ajuster les variables. Réduire le climat à un problème de température et de CO² est, de la part des catastrophistes, un tour de passe-passe cybernétique grossier pour nous faire oublier que toute théorie scientifique répond d’abord à des besoins marchands et résulte de la concurrence capitaliste. Qui paye est maître dans notre monde. Le mythe d’une science désintéressée, indépendante des conditions sociales qui la produisent, est, tout comme l’homme abstrait décrit précédemment, une pure construction de l’esprit.
Le GIEC en est l’exemple par excellence. Création de l’ONU, il rassemble les gouvernements de la planète ainsi que 2500 scientifiques triés sur le volet et qui gagnent leurs grades académiques et obtiennent des subsides pour leurs laboratoires en démontrant ce que les détenteurs du pouvoir veulent entendre. Les scientifiques vivent eux aussi sur cette planète et partagent avec le commun des mortels les idéologies dominantes. A chacun sa théorie, le marché est libre.
L’annonce du réchauffement climatique, comme tant d’autres catastrophes futures claironnées par la bourgeoisie, n’est finalement qu’un cache-sexe idéologique. C’est la manière habituelle du capital de nous faire quitter la réalité pour la sphère éthérée des idées, des abstractions. Les communiqués à effet terrorisant n’ont pour but que de nous paralyser face à l’immensité du désastre et surtout, à nous faire oublier que la dégradation générale de nos conditions d’existence… est déjà advenue ! Le développement normal du capitalisme, c’est, chaque jour, la destruction du vivant.
Pour ne prendre qu’un exemple, l’industrialisation de la production de nourriture dans les années 1930 a bouleversé les conditions de vie d’une façon inimaginable. Toute la planète en a été transfigurée. Depuis, la généralisation des pratiques de l’agrobusiness (monocultures, élevages et pesticides intensifs, bricolages génétiques…) n’a fait que s’accélérer et a fini par appauvrir à tel point la biodiversité du sol, de la faune et de la flore, qu’on ne sait s’il sera possible un jour de récupérer ce qui a été perdu.
Il ne s’agit là que d’un moment particulier du gigantesque bouleversement que le rapport social a subi ces dernières décennies dans tous les domaines. Le pot de yaourt Danone fait aujourd’hui plusieurs fois le tour du monde avant d’atterrir dans nos frigos et cela grâce à la révolution industrielle qu’ont connu les transports, transformant l’ensemble de la planète en une immense usinemonde, accroissant circulation et pollution puisque les marchands ne stockent presque plus mais font produire en flux tendu. Pas question de tout cela dans la théorie du réchauffement climatique. Exit le rapport social et bonjour les théories scientifiques, bonjour la peur, les degrés qui montent, qui montent… et la banquise qui fond, qui fond… inexorablement.
La religion écologique concentre notre attention sur un futur catastrophique pour mieux dissimuler les questions immédiates, concrètes, amplement actuelles d’un capitalisme toujours plus nocif et meurtrier. Limitons-nous à réfléchir sur les moyens d’abaisser la température de la planète ou de produire moins de CO² et de déchets, mais ne touchons surtout pas à la racine marchande du problème. La réponse des experts et autres politiciens peut alors se concentrer sur des solutions qui vont toutes dans le même sens : une marchandisation accrue du monde, un abîme de misère grandissant pour les damnés de la Terre que nous sommes, un accroissement des profits pour ceux qui nous exploitent. Le problème n’est donc plus de comprendre ce qui, dans le rapport entre les hommes, est à ce point retors qu’il produit cette différence abyssale entre les conditions de vie d’une minorité possédant tout et celles d’une majorité complètement démunie. La question n’est même plus « Pourquoi le monde va si mal ? ». Toute l’attention est concentrée sur la façon dont « nous » -les hommes abstraits, les citoyens de la grande famille démocratique- allons séquestrer le CO², économiser de l’énergie, de l’eau, généraliser la voiture électrique, le vélo, l’éolienne et développer le nucléaire de 4ème génération, les OGM… comme nouveaux leviers de croissance économique. Leur solution va de soi : acceptons à notre « petit » niveau, l’idéologie des petits gestes pour la planète que l’Etat nous demande d’accomplir tous les jours. Acceptons de collaborer encore et toujours plus avec le monde de l’argent. Bref, toujours plus de la même chose, mais dans un discours lénifiant qui se résume à : « En obéissant à nos consignes, en obéissant à nos ordres écologiques, en obéissant au monde marchand, en obéissant… tu sauveras la Terre ». Amen!
Petit homme abstrait, si tu te sens maintenant responsable de la situation actuelle, c’est que l’Etat a réussi son coup. La culpabilisation et la peur n’ont d’autre fonction que de nous asservir, hier afin de délivrer notre âme imaginaire, aujourd’hui pour sauver une sainte planète tout autant irréelle.
A ce divin tableau, il ne manque plus que la venue du Sauveur. Voilà que face à nous, nous qui violons quotidiennement la belle Gaïa par nos tris insuffisamment sélectifs, le culte écologique déroule le tapis rouge et introduit l’acteur sacré de notre domestication : l’Etat, lui, le bras séculier de toutes les religions. Appuyé par une cour de scientifiques, l’Etat seul est habilité à résoudre la « crise écologique ». Les vieux conflits historiques comme la lutte de classes n’ont plus de raison d’être. Le sauvetage de l’espèce humaine et de la Terre, impératif suprême, ne peut avoir lieu que si s’accomplit la domestication définitive de ce prolétariat qui donne tant de fil à retordre.
Les éco-évangélistes accompagnent l’Etat dans l’écriture de nouvelles tables de lois. Ces nouveaux Commandements astreignent chacun à adopter des comportements éco-responsables et écocompatibles, sous peine de séances d’exorcisme pour remettre les récalcitrants sur le droit chemin. Composées des meilleurs moines-policiers de l’écologisme, les brigades vertes vous saluent ! Elles se chargent de juger vos comportements au nom de la morale écologique et de sa religion. Elles scrutent à la loupe votre quotidien pour vérifier si chacun d’entre vous observe correctement les nouvelles prescriptions. Mieux que l’Inquisition ! Une véritable culture de la surveillance transformant chacun en flic zélé au service du stalinisme vert. Nos enfants, embrigadés par l’école dans les « Jeunesses vert-pomme », se font déjà une joie de dénoncer leurs parents s’ils ne recyclent pas convenablement leurs misérables déchets. L’Etat 2.0 est là. Vert et informatisé, post-moderne à souhait. On a beaucoup parlé de la tricherie de Volkswagen qui a contourné les tests de pollution de ses voitures. Mais cette « tricherie » est complètement institutionnalisée. Constructeurs d’automobiles,
lobbys politiques, responsables des contrôles, tous savent que les tests d’émission de CO2 mis en place ces dernières années sous prétexte d’écologie, sont bien plus favorables aux capitalistes qu’auparavant. Pire encore, plus la pression écologique est grande, plus la tricherie augmente. Ainsi, la différence entre la « performance polluante » d’une voiture dans un test standardisé et la réalité, qui était de 8% en 2001 est aujourd’hui de… 40% ! (Le Monde – 23/9/ 2015) L’imaginaire écologique annonce volontiers la fin du monde, mais jamais la fin du capitalisme. Pourtant ce que l’homme a fait, il peut le défaire. Ce que les croyants écologistes ne saisissent pas, c’est que l’homme auquel ils n’arrêtent pas de se référer n’est qu’une abstraction, tandis que l’homme réel, lui, a une particularité qu’ils sont incapables de saisir. Sa bipédie ? Non. Sa capacité de penser ? Pas vraiment. Ce qui caractérise fondamentalement cet être, c’est sa capacité à transformer le monde et luimême dans un même mouvement. Il n’y ni fatalité, ni nature humaine définie une fois pour toute. « L’homme est la nature prenant conscience d’ellemême. » rappelait Elisée Reclus. Or, il est évident que le changement du rapport Homme/Nature ne pourra advenir qu’une fois résolus les rapports que les hommes entretiennent entre eux. Se débarrasser du capitalisme comme rapport social bridant nos existences, voilà la seule façon de résoudre la destruction en cours du vivant.

D’éternels Hérétiques. Paris, 1er décembre 2015.

Extrait de la revue Les habitants de la Lune, n°9,

leshabitantsdelalune(a)yahoo.fr

Source : Non Fides.

Perquisitions et racisme anti musulmans et musulmanes.

 Posted by on 11 décembre 2015 at 15 h 42 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Non classé  Commentaires fermés sur Perquisitions et racisme anti musulmans et musulmanes.
Déc 112015
 
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A la suite, un certains nombre de témoignages extraits du site du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), collectif citoyen qui vise à recenser les « actes islamophobes » en France. L’auteur de ces lignes ne se reconnaît pas dans la démarche citoyenne du collectif qui vise à soutenir l’Etat, son arsenal répressif et les instituions internationales dans leur lutte contre « l’Islamophobie », comme si ces mêmes Etats, comme l’ Etat français, n’organisaient pas une xénophobie d’Etat, dont les musulmans et les musulmanes, mais pas qu’eux et elles, étaient les victimes. Ensuite parce que le terme même d’Islamophobie, utilisé par des défenseurs de la religion musulmane, comme l’organisation de coopération Islamique (OCI) qui réunit une centaine d’Etats dont une dizaine d’Etats théocratiques comme l’Iran, vise souvent dans leur bouche à interdire toute critique de cette religion, et de l’ensemble des religions, cherchant à réprimer tout acte blasphématoire. La religion, et l’islam ne fait pas plus exception à la règle que le christianisme, a pourtant historiquement soutenu et continue au quotidien de soutenir bien des dominations. C’est d’autant plus difficile à nier après que des fous de Dieu aient opéré les massacres du 13 novembre, et bien d’autres à travers la planète. Si l’endoctrinement religieux n’est pas l’unique terreau de ce fanatisme, il en est indéniablement un engrais puissant.

Mais, s’il n’existe pas de religions des opprimé-e-s et que la religion opprime, il existe bien un racisme anti-musulmans et musulmanes qui frappe d’ailleurs de nombreuses personnes qui ne sont pas musulmanes. Ce racisme déjà ancien, et souvent alimenté par l’imaginaire colonial et post-colonial, gagne singulièrement en virulence depuis quelques semaines. Ce racisme doit être dénoncé sans complicité avec le fait religieux, pour ce qu’il est. Les perquisitions et les assignations à résidence qui tombent plus rapidement que les décisions de la COP21 frappe majoritairement ces populations musulmanes. De nombreuses perquisitions se font comme à la belle époque sur dénonciation. Et le racisme policier s’y exprime dans toute son étendue.

A la suite donc quelques témoignages.

Un de Sous la cendre.

Perquisition musclée chez un homme atteint d’un cancer puis chez sa belle-fille enceinte.

Le 17 novembre dernier, à 5h00 du matin, la police défonce la porte du domicile des parents de M.R. C’est son domicile que les policiers veulent perquisitionner. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’il n’habite plus chez eux.

La maman de M.R tente d’arrêter les policiers en leur demandant de faire moins de bruit. Elle a peur pour son mari. Agé, il est cardiaque et atteint d’un cancer.

Face à sa demande, l’un des policier argue :

« Tout le monde meurt ! Tout le monde a le cancer ! »

Ils se précipitent alors dans la chambre du frère de M.R, qui lui habite toujours chez ses parents.

Sa porte est fermée à clé. Alors qu’ils tentent de défoncer la porte, la clé tombe par terre à l’intérieur de la chambre. Le frère de M.R, leur crie alors « Attendez ! Attendez ! » en la ramassant. Alors qu’il s’apprête à ouvrir, la porte cède sous les coups. Les policiers entrent et le frappent.

Ils continuent leurs recherches mais ne trouvent rien dans l’appartement.

Ils apprennent que M.R n’habite plus chez ses parents, qu’il s’est marié et qu’il habite ailleurs désormais.

Une équipe de policiers reste chez les parents, l’autre part chez le couple.

Ils sont 6. Ils arrivent chez M.R et frappent à la porte. Il leur ouvre.

Ils l’informent qu’ils sont là pour lui car il se serait radicalisé, qu’il porte une barbe, qu’il ne sort plus comme avant et se renferme sur lui-même. Il est menotté.

Les policiers investissent les lieux. La femme de M.R est dans la mezzanine. Un policier monte.

Elle demande si elle peut se couvrir.

Il lui répond alors :

« Ah et puis quoi encore ? Si vous voulez vous couvrir, portez votre barbe et votre djellaba, vous n’avez rien à faire ici, votre religion c’est chez vous, si vous n’êtes pas contents vous rentrez chez vous, on n’a pas besoin de voir des barbus et des voilées dehors !».

Elle insiste.

« Quand on est là vous ne vous couvrez pas !» continue-t-il.

Il lui demande alors si elle porte le voile. Avant même qu’elle ait le temps de répondre, ses collègues, s’exclament du bas de la mezzanine « Oui oui y’a ses capes ici !», d’un ton moqueur.

L’appartement est saccagé. La nourriture, les vêtements, les livres, la poubelle, tout est jeté par terre.

Pendant ce temps Mme R, qui est myope, demande au policier qui est encore avec elle, si elle peut mettre ses lunettes. Elle essuie un refus. Elle insiste. Finalement il accepte.

A peine les a-t-elle mise qu’il les lui arrache et les jette violemment.

La perquisition continue. Tout est passé au peigne fin.

Pendant ce temps, au moindre geste de l’épouse, le policier qui est avec elle lui crie dessus.

Il fouille dans son trousseau de mariage.

« Qu’est-ce que tu fais avec ça » lui crie-t-il, en tombant sur une paire de chaussures à talons.

« On me l’a offerte » répond-elle.

Le policier, méprisant, lui répond :

« Ah ça ne se porte pas avec le voile !» puis les jette à leur tour.

Comme si le respect et la dignité ne devaient pas leur être accordés, les humiliations continuent.

« Ca porte des grandes marques ! » s’exclament les policiers en fouillant dans les vêtements du mari.

La perquisition prend fin.

En sortant, ils remarquent un tableau blanc dans l’entrée sur lequel sont inscrits les mots « Caf » et « Sécurité Sociale ». L’un des policiers s’exclame alors « Bien sûr ça profite du système ! »

M.R leur répond que sa femme est enceinte et qu’elle doit juste faire les démarches pour mettre à jour sa situation…

Sans se soucier de ce qu’ils venaient de faire subir au couple, ils continuent à se moquer d’eux en quittant finalement les lieux sans leur remettre de copie du procès-verbal de perquisition comme l’exige la loi.

« De toute façon y a encore des places à Guantanamo » lance l’un d’entre eux avant de partir.

[Si la situation actuelle nécessite effectivement des mesures d’urgence, de nature exceptionnelle, rien ne justifie de procéder à celles-ci dans la violence, la discrimination, l’irrespect et les moqueries. La dignité humaine doit être respectée en toutes circonstances.] (sic!)

Source : CCIF.

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Une enseignante qualifie son élève « d’apprenti terroriste ».

Aymen a 11 ans. Il est en 6ème dans un collège en région parisienne.

Le jeudi 25 novembre dernier, alors qu’il est en cours, Aymen montre discrètement un papier plié en forme de pistolet à ses camarades, puis le remet dans son sac.

L’un d’entre eux va voir leur professeur et lui dit qu’un des élèves a un pistolet et qu’il l’a visé.

L’enseignante lui demande de qui il s’agit. Apprenant qu’il s’agit d’Aymen, elle va le voir, prend son sac et lui confisque le papier.

Le lendemain, alors que toute la classe est au CDI, la professeur pose le pistolet en papier sur le bureau de la responsable du CDI, qui lui demande d’où il vient.

L’enseignante lui répond alors :

« Ce sont les œuvres de l’apprenti terroriste ».

Aymen est choqué, ses camarades sont témoins de la scène. Il ne comprend pas, il n’a prononcé aucune parole faisant référence à un quelconque acte terroriste, il ne faisait que s’amuser.

Le principal convoque les parents du jeune garçon.

Ceux-ci contactent le CCIF qui prend immédiatement le dossier en charge.

Le jour de l’entretien arrive. Sont présents le principal du collège, son adjoint, deux enseignants, un délégué de parent d’élève, Aymen, sa maman et une juriste du CCIF.

L’enseignante affirme vouloir s’excuser, mais emploie le terme « kalachnikov » pour désigner l’objet qu’avait montré Aymen à ses camarades. Il ne s’agissait pourtant que d’un pliage et évidemment pas d’une telle arme.

Notre juriste met alors l’accent sur la gravité des propos proférés, l’enseignante ne semblant pas prendre la mesure de celle-ci.

Le principal rendra sa décision sous peu.

Depuis l’émergence d’abus de l’état d’urgence, nous les dénonçons chaque jour, avec le concours de ceux qui souhaitent porter haut et fort les droits de l’Homme et la dignité humaine.

Cet état d’urgence semble faire, outre des victimes directes des perquisitions, assignations à résidence, et autres fermetures administratives, de nouvelles victimes, collatérales.

Le traitement des médias et la stigmatisation d’une certaine tranche de la population induit, chez un certain nombre de français, l’idée que les musulmans sont responsables des événements du 13 novembre 2015.

Aujourd’hui c’est un enfant qui pâti de la violence des uns et des amalgames des autres.

Il n’y a plus de limite, plus de morale dans l’expression de l’islamophobie.

Ensemble, combattons les abus de l’état d’urgence et l’islamophobie grandissante.

Source : CCIF

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« Ahahah, c’est la tempête ! » : un appartement saccagé durant une perquisition.

2

Xavier est chez lui lorsqu’il entend la sonnerie.

Il tente de voir qui vient de sonner mais n’aperçoit personne.

Il n’ouvre pas.

D’un coup, les policiers défoncent la porte et entrent dans l’appartement.

Xavier est menotté dans la salle de bain, un policier reste avec lui.

Les autres envahissent l’appartement et procèdent à la perquisition. Ils fouillent tout, ils cassent même les ampoules du salon.

Toujours menotté, Xavier entend les policiers dire « Ahaha c’est la tempête ! », continuant à retourner l’appartement.

A la fin de la perquisition, l’une des policières, qui était cagoulée, lui demande de signer le procès-verbal, dont l’obtention d’un double lui est refusée.

Il demande alors ce qu’il doit faire pour sa porte.

« Vous vous débrouillez avec votre bailleur » lui répond l’un des policiers.

De la nourriture aux vêtements, tout est par terre.

Xavier ne retrouve plus son téléphone, ni une enveloppe qui contenait 200euros.

Pourquoi saccager son appartement ? Pourquoi utiliser tant de violence ?

Il porte une barbe, un qamis, aime voyager et est converti depuis de nombreuses années. Aujourd’hui cela semble suffisant pour légitimer un tel traitement.

Mobilisons-nous contre les abus de l’état d’urgence.

Aujourd’hui se sont des mères angoissées, des enfants traumatisés, et des familles sous le choc qui se retrouvent face à des dégâts psychologiques et matériels parfois considérables.

Si la sécurité doit impérativement être assurée, elle ne doit pas empiéter sur le respect et la dignité humaine.

Ensemble, nous sommes plus forts.

Source : CCIF.

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Témoignage :  » C’est une femme voilée comme vous qui portait une ceinture d’explosifs « 

0

« Aujourd’hui, en allant acheter un sandwich, des policiers m’interpellent sur un rond point. Je me gare sur le côté. No stress Safiya tout va bien, ils demandent tes papiers, t’as ton permis ton assurance ta carte grise. J’étais loin de la réalité. Loin d’avoir déchiffré les réelles motivations de ces policiers.

Ils ont fouillé ma voiture, fouillé mon coffre. En attendant, un homme passe en voiture, ralentit, descend sa vitre et crie  » L’ISLAM DEHORS ».

L’Islam dehors ? D’accord, mais où dehors ?
Mon pays d’origine est devenu un champ de ruines, et un front de guerre.
Mon pays de naissance, d’éducation, le pays dans lequel j’ai grandi, me demande d’aller « dehors »?

Je tremble d’émotions -haine, tristesse, désespoir , je ne sais pas trop. Je récite toutes les sourate protectrices dans ma tête pour en finir avec ces policiers.
Ils trouvent des CD de Anachid (chants arabes sans musique), me questionnent. Je leur explique que c’est de la musique arabe.
« On va vérifier ça alors ».
Je pose la question. Je casse ce malaise et je verbalise toutes mes pensées. « Vous pouvez vérifier, Et vous pouvez aussi tout simplement me voir moi, la petite étudiante de 20 ans, au delà de mon voile. Regardez moi Ét dites moi si j’ai l’air d’être une terroriste « .

Ce sont les ordres. Maintenir le secteur en sécurité suite aux événements de ce matin, d’ailleurs qu’est ce que je pense de ces événements ?
Quoi, quels événements. Je n’avais pas encore vu les informations.
 » c’est une femme voilée comme vous qui portait une ceinture d’explosifs « .

Et alors? Si un homme noir viole une fillette de 6 ans, tous les noirs sont des violeurs ? Si cet arabe qui n’a pas recu d’éducation vole ces bonbons, tous les arabes sont des voleurs ? Si cet américain déclenche une tuerie dans une église fréquentée par des noirs, tous les américains blancs sont des terroristes ?

Ce sont les ordres, sécurité nationale, Etat d’urgence. Que de prétextes à ce geste discriminatoire.
Je hais tenir des propos victimisant la communauté musulmane, mais là, c’était trop.
Aujourd’hui je suis triste pour ma France…

Triste que les choses tournent ainsi. Triste que des personnes acceptent que les choses tournent ainsi. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu ce côté « naïf ». A toujours justifier le mauvais comportement des « autres ».

« Mais non elle te regarde de cette manière parce qu’elle te trouve jolie, pas parce que tu portes le voile « .

Source : CCIF.

Contre l’Etat et le capital… L’urgence est à la révolte !

 Posted by on 7 décembre 2015 at 16 h 04 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Contre l’Etat et le capital… L’urgence est à la révolte !
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mardi 1er décembre 2015

L’horreur a frappé le 13 novembre 2015 en plein Paris. Ce carnage a été le fruit de fanatiques religieux, décidés à se faire sauter au milieu de gens sortis pour faire la fête, que ces fous de Dieu considèrent comme « décadents ». Dans la foulée, les mesures que l’Etat a instaurées à travers l’état d’urgence lui ont permis d’élargir ses possibilités de surveiller, réprimer, juger, enfermer, museler toutes contestations de l’ordre existant. Les flics perquisitionnent désormais en pleine nuit, contrôlent à tout va dans les rues, sur les routes, aux frontières, dans les gares et centres commerciaux… Les chiens de l’Etat ne se sentent plus pisser : cet état d’urgence est une belle occasion pour eux d’exhiber leurs muscles devant les caméras de télévision et d’avoir toujours plus de moyens pour mener à bien leur sale travail, tout en se sentant porté par la ferveur patriotique dont l’Etat a su tirer profit. Tout ceci bien sûr au nom de la « lutte contre le terrorisme islamiste ».

 

En douze jours, 1.233 perquisitions, 165 interpellations, dont 142 gardes-à-vue ont été menées. 266 assignations à résidence ont été prononcées à l’encontre de personnes « dont le comportement paraît constituer une menace pour la sécurité et l’ordre public » (AFP, 24/11/2015). La sécurité dont parle le pouvoir concerne l’Etat et les innombrables rouages qui font fonctionner ce monde d’exploitation et d’oppression. Si des musées et des bibliothèques ont été fermés après les attentats, les temples de la consommation continuaient de faire le plein, avec encore plus de vigiles pour les protéger.

En vue d’empêcher une opposition trop massive et radicale au sommet de l’ONU sur le climat à Paris entre le 29 novembre et le 12 décembre 2015, l’Etat prévoit de déployer 8.000 flics pour contrôler aux frontières. 11.000 uniformes quadrilleront Paris et sa région. Sur tout le territoire, pas moins de 120.000 militaires, gendarmes et policiers sont sur le pied de guerre pour protéger les puissants de ce monde.

Sous la protection de 2.800 casques bleus, cette assemblée réunira sur le site du ’Bourget’ patrons, banquiers, industriels et chefs d’Etat du monde entier afin de discuter des désastres écologiques dont sont responsables ces mêmes crapules en costard-cravate qui décident de nos vies au quotidien.

Dans ce contexte de suspicion et de peur généralisées, il est clair que refuser la dénonciation, renoncer à montrer patte blanche à l’entrée d’un service administratif ou d’un centre commercial, dénoncer et lutter contre le déploiement militaire et policier ou blasphémer « l’union nationale » et tout ce qu’elle comporte de dégueulasse font de chacun d’entre nous de potentiels terroristes pour le pouvoir.

Les dominants nous veulent dociles et résignés…. Organisons-nous pour contrecarrer leurs plans macabres !

[Affiche trouvée sur les murs de Besançon, novembre 2015, reprise d’Indy Nantes.]

Espagne : la procureur requiert 44 ans de prison (chacun) contre Mónica et Francisco.

 Posted by on 6 décembre 2015 at 23 h 03 min  Actualité Internationale, Anarchisme, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Espagne : la procureur requiert 44 ans de prison (chacun) contre Mónica et Francisco.
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vendredi 4 décembre 2015

Dans son réquisitoire écrit présenté au juge d’instruction, la procureur de l’Audiencia Nacional Teresa Sandoval affirme que Mónica et Francisco appartiennent à une organisation terroriste, dont le modus operandi serait d’ »attaquer l’Etat avec des engins incendiaires ou des engins explosifs artisanaux », organisation composée de petits groupes qui défendent l’anarchie en utilisant la violence et agissent de manière autonome « pour ne pas être détectés » (sic).

 

De plus, elle avance que « les groupes d’affinité insurrectionalistes, comme les cellules de base djihadistes, ont parfaitement identifié un ennemi générique et n’ont donc pas besoin d’organe supérieur qui les active pour passer à l’attaque ». Sa thèse absurde est que les Groupes anarchistes coordonnés (GAC) créés en Espagne en 2012 seraient en réalité une succursale de la Fédération Anarchiste Informelle (FAI/FRI), à laquelle on pourrait attribuer plusieurs attentats anarchistes, dont justement celui contre la Basilique del Pilar du 2 octobre 2013 dont sont accusés Mónica et Francisco, et qui avait pourtant été revendiqué par le Comando Insurreccional Mateo Morral.

La procureur de l’Audiencia Nacional demande ainsi un total de 88 années de prison contre les deux compagnons, pour « appartenance à une organisation terroriste » (9 ans chacun), « lésion causée à une victime » (une perte acoustique, 12 ans chacun), « attentat terroriste contre la basilique del Pilar de Saragosse » (18 ans chacun), « conspiration en vue de commettre le délit d’attentat terroriste dans la basilique de Montserrat à Barcelone » (5 ans chacun).

[Synthèse d’après un article paru dans El Heraldo (Aragon, Espagne), « La fiscal compara al grupo anarquista que puso la bomba del Pilar con las células yihadistas » par Brèves du Désordre, 01/12/2015 08:47.]

Pour écrire aux compagnons :

Mónica Caballero Sepúlveda
Francisco Solar Domínguez
C.P Villabona-Asturias
Finca Tabladiello s/n
33422 Villabona-Llanera
Asturias, Espagne

Pour mémoire :

Barcelone : prison préventive pour deux compagnons, contrôle judiciaire pour les autres

lundi 18 novembre 2013

Le juge de l’Audiencia Nacional (tribunal spécial de Madrid), Eloy Velasco, a ordonné aujourd’hui dimanche, après près de quatre jours de séquestration des compagnons par les services antiterroristes, du placement en détention provisoire de Francisco Solar et Mónica Caballero. Ces deux anarchistes chiliens sont accusés d’ « appartenance à une organisation terroriste » (GAC, « Grupo Anarquista Coordinado Comando Insurreccional Mateo Morral ») et de « destruction à finalité terroriste », soit l’explosion d’un engin à la Basilique del Pilar de Saragosse, le 2 octobre dernier. L’accusation se base notamment sur des images de vidéosurveillance du métro, de stations de bus et d’un bar (de dedans vers dehors), où l’imaginaire policier tient beaucoup de place, à Barcelone puis à Saragosse, et à différentes dates. Ils ne sont en revanche pas accusés de la pose d’un engin explosif dans la cathédrale Almudena de Madrid le 7 février dernier, engin qui a été désactivé par les keufs, même si les deux attaques ont été revendiquées par le « Comando Insurreccional Mateo Morral ».

 

De plus, Francisco et Monica sont accusés de « conspiration en vue de commettre un acte terroriste » contre le Monastère de Montserrat, situé au nord-est de Barcelone. Le théorème fantaisiste et commode des chiens de l’antiterrorisme est que le GAC serait l’expression en Espagne de la FAI/FRI.

Enfin, le juge a ordonné la liberté conditionnelle avec contrôle judiciaire contre les trois autres arrêtés (Valeria, Gerardo et Yune), accusés de « complicité avec une organisation terroriste ». Ils devront pointer de façon hebdomadaire à l’Audiencia Nacional de Madrid, et leur passeport (ils sont d’origine chilienne, argentine et italienne) est saisi, de même qu’ils ont obligation de ne pas quitter l’Espagne. A leur sortie du tribunal, ils ont été accueillis par de nombreux compagnons, qui ont copieusement insulté flics et médias.

Traduit de l’espagnol à partir de l’agence EFE par brèves du désordre, 17/11/13 .

Espagne : Quelques mots de Mónica Caballero depuis la prison de Brieva

lundi 24 novembre 2014

Les dates qui viennent s’approchent chargées de sentiments intenses. D’un côté, ce sera l’anniversaire de l’irréparable perte de Sebastián en décembre, et maintenant, en novembre, un an a passé depuis mon arrestation. Je me souviens du moment où ils m’ont appris le décès de Sebastián, ça a été comme une douche froide (une mauvaise compagne lors des froides nuits madrilènes). La perte de n’importe quel compagnon-ne est toujours un événement horrible, et je peux aujourd’hui revoir ce fait et me sentir fière d’avoir eu un compagnon aussi digne.

 

Se souvenir de nos frères et de nos sœurs est un exercice nécessaire pour nous, qui construisons une réalité différente. Si nous ne le faisions pas, il ne resterait que de nombreuses fiches policières et des reportages de ces charognards de journalistes. La chute d’un-e anti-autoritaire dans cette guerre contre l’ordre établi ne peut pas être qu’un moment de tristesse. Il nous appelle aussi à suivre son exemple et, dans mon cas, c’est une immense joie que je ressens en me souvenant de qui a refusé de se soumettre et est parti à l’assaut du ciel.

Même s’il peut sembler qu’on se répète, Angry vit dans notre mémoire.
Les distances nous séparent, le sentiment nous réunit.

Je profite de ce moment, lors duquel les souvenirs m’émeuvent, pour faire une brève analyse de ma situation. Commençons par un retour sur ce qui a conduit à ma détention.

Le 13 novembre 2013, la police m’a arrêtée avec mon compagnon et trois autres personnes. Ils nous accusent d’avoir placé l’engin explosif qui a détonné en octobre 2013 dans la Basilique du Pilar à Saragosse, de conspiration en vue de commettre un second attentat, qui selon eux aurait dû avoir lieu dans le monastère de la vierge de Montserrat, à Barcelone, et d’appartenance à bande armée. Tout cela est inclus dans la loi antiterroriste.

L’organisation à laquelle on nous accuse d’appartenir est le commando insurrectionnel Mateo Morral, groupe qui s’est attribué deux actions à l’explosif : l’une dans la cathédrale de l’Almudena (Madrid), et celle du Pilar (Saragosse).
Bizzarrement, l’accusation inclut aussi l’appartenance à la FAI-FRI et aux GAC (groupes anarchistes coordonnés), alors que les revendications de ces explosions ne mentionnent à aucun moment ces sigles.

L’une des motivations les plus décisives dans les actions des appareils répressifs espagnols a été les informations fournies par leurs pairs chiliens. Depuis que nous avons mis le pied sur le sol Ibérique (Francisco et moi), la police chilienne a fait tout son possible pour se venger du ridicule qu’est devenu le « caso bombas », lors duquel nous avons tous deux été absous. Les mots de Sebastián Piñera, qui était président du Chili au moment de notre arrestation, adressés au Ministre de l’Intérieur espagnol confirment ce que je dis.

L’accusation à laquelle Francisco et moi devons faire face va au-delà de savoir si nous sommes les auteurs matériels des faits. Bien que les appareils judiciaires ne le reconnaîtront jamais, l’accusation est totalement politique, puisque la seule certitude qu’ils ont est que nous sommes anarchistes. Je n’ai jamais renié les idées que je propage, et c’est ce qu’ils veulent punir.

Je ne baiserai pas leur croix de repentance, j’avance tranquille d’avoir la certitude du fait que je lutte pour les idéaux les plus nobles, et qu’ils n’en finiront pas avec les idées et les pratiques anti-autoritaires.

En armant notre chemin, sans transiger ni négocier.
Nous n’arrêterons pas avant d’en avoir fini avec toutes les cages.
Mort à l’État, et vive l’anarchie !

[Repris de Contrainfo.]

Comme tombés du ciel.

 Posted by on 3 décembre 2015 at 17 h 49 min  Actualité nationale, Anarchisme, Contre les religions  Commentaires fermés sur Comme tombés du ciel.
Déc 032015
 
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Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : Contre tous les dieux, contre tous les maîtres

mardi 17 novembre 2015

13 novembre, 2015, quelques fous de dieu descendent de leur ciel sur Paris pour tirer dans des foules et massacrent environ 130 personnes. Quelques jours auparavant, deux d’entre eux se sont fait sauter dans un quartier chiite de Beyrouth, tuant plus de 40 autres. Quelques semaines plus tôt ils explosent dans une manifestation à Ankara, provoquant 102 morts. C’est de la terreur. Même les plus endurcis se sentent poussés à avouer que, en fait, ils ont peur. Peur d’être au mauvais endroit au mauvais moment la prochaine fois que ça arrivera. Peur de perdre un proche pour une mort si fortuite. Même si on a du mal à l’avouer, l’État n’est pas le seul terroriste qu’il y ait. Il y en a d’autres.

 

Après les attentats de Paris, tout l’éventail des déclarations politiques s’est fait jour. C’est la guerre, les représailles seront impitoyables, l’état d’urgence, nouvelles mesures sécuritaires, l’union nationale. Tout cela est déjà devenu banal. Il en va de même pour les indignations, les protestations et les communiqués issus des milieux libertaires et gauchistes qui sont maintenant indissociables d’un tel genre de tragédie. Solidarité, crainte des pogroms anti-musulmans et anti-arabes, montée de l’extrême droite… Il y a une part de vérité dans tout cela, même si la tonalité et le niveau de réflexion ne font que ressembler à ceux du pouvoir.

Chaque petite groupuscule, chaque organisation se pressant en vautours à sortir une déclaration. Comme si ça importait de balancer leurs sigles dans nos gueules, comme si ça importait de dire tout ce qu’on a entendu plusieurs milliers de fois. Comme s’il s’agissait d’autre chose que d’un geste politicien et opportuniste, pour rameuter des adeptes grâce à une tragédie, peu importe si c’est fait consciemment ou non. Les compagnons nous poussent, nous encouragent chaque fois à garder notre sang froid, à prendre le temps de réfléchir, de ne pas se hâter à tirer des conclusions. Bon, donnons nous du temps pour réfléchir, pour nous poser la question d’où viennent ces événements horribles, quelles sont leurs causes, comment est-ce qu’on pourrait les combattre.
Et à quoi bon alors ? Qu’est-ce qu’on a à raconter après ces moments de réflexion ?

La CGA de la région parisienne, par exemple, nous dit que « [l]es massacres de Paris commis par les fascistes religieux de Daesh sont la conséquence des politiques guerrières et impérialistes des grandes puissances politiques du monde au Proche-Orient depuis une bonne dizaine d’années ». La CNT aussi nous explique pourquoi les malheureux ont été tués : parce qu’ils se trouvaient « sur le chemin des assassins de Daesh qui a décidé d’étendre le conflit du Moyen-Orient sur le sol français, cette guerre à laquelle l’Etat français participe activement ». C’est tout pour la réflexion, merci pour votre attention, on peut passer aux pétitions de principes.
Bref, les attentats ont eu lieu pour des raisons géopolitiques. Bref, pour des affaires d’hommes en cravates. Rien à voir avec ces mecs misérables qui sont petit à petit devenus des fous d’Allah prêts à massacrer ceux et celles qui ne les supportent pas. Rien à voir avec les individus qui ont pris la décision de porter des armes, de les utiliser contre n’importe qui et de se faire sauter pour envoyer en enfer autant de gens que possible, assurant leur passage au paradis. Eux, les fous de dieu, ils sont tombés du ciel.

Mais l’histoire n’est elle qu’une affaire de « processus », de conditions objectives ? Mais les individus n’ont-ils aucune place dans tout cela ? Mais les individus, munis d’armes de guerre et de ceintures explosives, qui ont tués tous ceux et toutes celles qu’ils ont pu tuer ces derniers jours, n’ont-ils vraiment rien à voir dans tout ça ?

Si la question vous paraît trop complexe, vous n’avez qu’à relativiser, nous expliquer que Daesh et la république sont de même nature et de même fonction, que c’est la guerre, et qu’« on » l’avait bien cherché, que l’État est le seul terroriste, que l’employé de la CAF qui vous a coupé le RSA provoque la même terreur que quelques Amoks transits par leurs kalachnikovs. Que la religion n’a rien à voir dans tout ça ou presque. Puis nous sortir vos analyses automatiques, déjà « valables » en 1871, probablement toujours valables en 2071. Puis continuez comme ça, de toute manière la vérité est de votre coté, vos idéologies confinent à la science.

Il paraît que Daesh est d’une autre opinion. C’est vrai, les frappes en Syrie étaient invoquées par ses soldats, et dans le communiqué qui est sorti. Tout cela on le sait. Mais cela n’explique pas pourquoi et comment ces individus se sont justifiés, pour eux-mêmes, une telle violence contre des gens qui ne donnent pas d’ordres à des militaires, qui ne pilotent pas des avions de guerre, qui ne savent même pas tirer, mais qui sont tout simplement allés boire un coup avec des amis, voir un concert d’un groupe de rock, un match de foot, ou même qui ne faisaient que passer par hasard. Et bah Daesh nous explique ce que la CGA-RP et la CNT (et tant d’autres) n’expliquent pas : Paris, c’est-à-dire ses simples habitants, étaient pris pour cible parce que c’est « la capitale des abominations et de la perversion ». Voila pour vos analyses géopolitiques, les amis.

Daesh est une organisation dégueulasse dont l’existence, ou au moins l’émergence, dépend largement de la situation géopolitique au Moyen-Orient : le vide de pouvoir provoqué par des guerres civiles en Syrie et en Irak, l’arsenal des armes américaines dont ces forces de dieu pouvaient s’emparer, le régime discriminatoire contre les sunnites après l’occupation de l’Irak en 2003, et autant d’autres raisons qui étaient invoquées par beaucoup d’autres et qu’on peut consulter sans difficulté. Tout cela est valide, on est d’accord que les pays occidentaux ont joué leur part. Mais on ignore encore pourquoi s’attaquer aux gens qui n’ont rien à voir avec tout ça. Ce sont des fous, des « malades », des « barbares » ? Ah oui, peut-être, mais même les prétendus « fous » ont leurs raisons. Des raisons qu’on passe sous silence.

Disons-le finalement : les gens dans différents lieux de Paris ce 13 novembre étaient visés parce qu’ils ont mené une vie abominable et perverse ; ceux et celles qui étaient massacrés à Beyrouth quelques jours auparavant étaient pris pour cible parce qu’ils étaient des mécréants, des chiites en l’occurrence ; les jeunes d’Ankara en octobre ont été massacrés parce qu’ils étaient « athées ». Nous, les anarchistes, disons tout le temps que les moyens déterminent les fins, et il faut l’affirmer encore une fois : même si ces gens pathétiques visent la France pour ses guerres au Moyen-Orient, le Hezbollah pour ses positions stratégiques, les forces kurdes à cause de prétentions géopolitiques dans la région, ils justifient les tueries de gens qui ne sont qu’indirectement impliqués, ou pas impliqués du tout, parce que ces gens sont des pêcheurs, des mécréants, des sodomites, des apostats, des profanes, tout simplement. Tout comme tous ceux et toutes celles qui se sont fait décapiter, torturer, fusiller ou arrêter dans les régions sous contrôle des forces islamistes. Comment peut on se perdre dans des analyses géopolitiques d’étudiants en première année de sciences politiques et passer à coté de ces quelques faits têtus ?

Ces mecs, ces chiens de garde du sacré dont la responsabilité est souvent silencieusement diminuée par des analystes froids, ont joué leur part aussi – tout comme leurs imams, leurs mosquées et leur « communauté » des croyants. Avant de crier pour ne pas qu’il y ait d’amalgame entre les « modérés » et les « radicaux », posons nous les questions suivantes : combien d’entre ces « modérés » se sont inclinés lorsqu’on leur disait qu’aller boire un coup dans un bar de Paris est une abomination ? Combien étaient d’accord qu’écouter de la musique dans une salle de concert est une perversion ? Que l’homosexualité est le pire des péchés ? Combien d’entre eux ont osé protester à voix haute pour affirmer que ce n’est pas le cas ? Et que croire ou pas, comme nous l’expliquent tant d’âmes bienveillantes, n’est qu’une affaire personnelle ? Une conviction personnelle parmi d’autres dans le supermarché des convictions personnelles ? À quoi bon répéter sans cesse qu’ils sont terribles, les moyens, si on est d’accord avec les fins, et notamment que les pécheurs doivent finalement être punis, sur terre ou ailleurs ?

Qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, les croyants dits « modérés » et ceux dits « extrémistes » ne divergent que sur un point, certes important : les moyens, les pratiques, les degrés. Entre le chrétien, le juif et le musulman « modéré » qui manifeste en 2013 parce que l’homosexualité est une abominable perversion, et le chrétien « extrémiste » qui, dans les rues américaines chasse l’abomination avec son fusil à pompe. Entre le juif « modéré » qui pense que les femmes n’ont rien à faire aux cotés des hommes pour cause d’impureté, et le juif « extrémiste », qui, dans les rues de Jérusalem, plante sa lame dans le cœur d’une adolescente trop « libérée » à son goût. Y a-t-il une différence fondamentale entre ces « modérés » et ces « extrémistes » ? Si vous pensez que les moyens sont sans importance, alors probablement que non… Mais ce n’est pas notre cas.

Notre problème n’est pas tant les « extrémistes » religieux ou les « modérés », notre problème n’est pas tant l’islam, le judaïsme ou le christianisme, mais bien LA RELIGION. Et quiconque n’analysera les événements en cours qu’en fonction de raisonnements géopolitiques, historiques, sociologiques ou même psychologiques, quiconque refusera d’analyser le caractère religieux de ces événements devra être accusé et questionné sur sa complaisance avec les religions, sa démagogie envers les « croyants » et son rapport populiste et politicien au monde.

Rappelons-nous que la religion, quelle qu’elle soit, est un système moralisateur qui justifie les massacres. Elle n’est pas seulement un archaïsme du passé, une duperie qui cache les véritables conditions de l’existence matérielle ou un manque d’intelligence rationnelle. Non, elle est un système de pensée qui condamne des gens à l’enfer, et il n’y a qu’à attendre que certains représentants du ciel ne prennent la justice en leurs propres mains. Et avant de faire état que la croyance est une affaire personnelle de chacun, il faudrait demander s’il en va de même pour le croyant.

Ceci n’est pas un appel à la violence inter-communautaire. Ceci n’est qu’un petit rappel du fait que la religion, toutes les religions, sont une des causes principales de la misère sur cette terre. Qu’elle n’est pas réductible aux explications économiques ou géopolitiques. Que, s’il y a des attentats qui sont aujourd’hui perpétrés au nom du sacré, c’est parce qu’il y a ceux qui passent à l’acte pour le garder sur terre, quel que soit le contexte politique, économique, climatique, géographique ou diable sait quoi d’autre.

La misère sur cette terre pousse des gens à faire confiance aux cieux des dieux, au mysticisme, au scientisme, au nationalisme et à ses unités nationales. Cieux de tous qui font oublier que lorsqu’on vend son temps en travail, lorsqu’on pourrit dans la rue ou en taule, lorsqu’on périt aux frontières, lorsqu’on tombe d’une balle dont on ne connaît même plus l’origine, tout glisse entre nos mains sans même avoir eu la chance de vivre. Des cieux qui ne font que nous faire accepter d’attendre la mort, ou des fois, de faire mourir les autres.

Pour vivre enfin, crachons donc sur le sacré et sur tous les dieux. Partons à l’assaut des cieux et encourageons les autres à faire pareil. Parce que les fous de dieu ne tombent pas du ciel, mails ils ne tarderont pas à le faire tomber sur nos têtes.

Il n’y a pas de religion des opprimés, seulement des religions qui oppriment.
Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : Contre tous les dieux, contre tous les maîtres.

Le 17 novembre 2015,
Des anarchistes d’ici et d’ailleurs
.

Source : Non Fides.

Déc 012015
 
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Une lettre ouverte nous a été adressé. Malgré des désaccords sur une partie de son contenu je la publie. C’est la moindre des choses de publier la critique d’un compagnon révolutionnaire sur un choix éditorial de ce site. Pour rappel la base de ces choix : « Des collectifs et des individu-e-s participent à alimenter ce site qui ne cherche pas à offrir une homogénéité théorique mais à permettre la diffusion de différents points de vue anti-autoritaires (anarchistes, anarcho-communistes, féministes, autonomes, conseillistes, etc.). Cet outil n’est ni l’organe d’un collectif ou d’une organisation, ni l’expression d’un point de vue unique, mais il se refuse à diffuser les textes d’obédiences autoritaires. »

Quelques précisons tout de même, non sur le fond de cette adresse, mais sur le pourquoi nous n’avons pas répondu à la dite lettre. Si Sous la cendre est un site collectif, il est animé par assez peu de monde et nos disponibilités respectives sont assez réduites en ce moment. Nous n’avons donc pas vu passer la lettre en question. Il ne s’agissait donc pas de passer à la trappe les questionnements d’André Dréan, dont nous publions à l’occasion certains textes, même lorsque nous avons des désaccords avec le contenu. Ensuite, il est difficile de faire le reproche à ce site de taire le caractère aliénant du religieux. La publication du texte de Claude guillon sur l’islamophobie en est une expression récente. Par contre cette adresse pose une nouvelle fois la nécessité d’améliorer notre fonctionnement collectif

Selon nos disponibilités et notre envie collective ou individuelle nous ferons une réponse à André plus tard.

Un de sous la cendre.

Lettre ouverte au site libertaire « Sous la cendre »*

mardi 24 novembre 2015

Envoyée au début de la semaine dernière à « Sous la cendre », cette lettre n’a reçu aucune réponse. Sachant qu’elle tente d’aborder des questions qui dérangent, ici celle de l’islam, sur laquelle pas mal de libertaires et assimilés préfèrent faire silence, par peur d’être taxés « d’islamophobie », je suis donc amené à la diffuser largement. Quelques précisions.

 

D’abord, dans la lettre, je souligne que le réductionnisme affiché dans « Ni de leur guerre, ni de leur paix » me rappelle celui qui présida à la rédaction de « Notre royaume est une prison », à l’époque de l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en 1980. Bien entendu, je ne me livre à aucune analogie facile, qui me conduirait à affirmer que l’auteur de « Ni de leur guerre, ni de leur paix » est a priori négationniste, ce qui était déjà le cas de rédacteurs de « Notre royaume ». Par contre, vu le travers, propre à l’idéologie rationaliste à la française, dont il fait preuve, il favorise l’escamotage des questions « maudites » auxquelles beaucoup de « libertaires » autoproclamés ne veulent pas se confronter par pur opportunisme envers les préjugés qu’ils attribuent en bloc aux couches sociales qu’ils aimeraient bien racoler, sans même être à l’écoute des individus auxquels ils sont censés s’adresser. Ils oublient même parfois que des Maghrébins peuvent être athées ! Sans s’en rendre compte, ils reprennent, en quelque sorte à leur compte, l’idéologie d’Etat, comme expression renversée de la réalité, alors que cette dernière est beaucoup plus complexe et plus contradictoire qu’il n’y paraît dans le discours des gestionnaires de la domination.

Enfin, pour montrer que je ne fais aucune fixation obsessionnelle sur l’islam, je rappelle que les mêmes « libertaires », en quête permanente de causes improbables à soutenir et de victimes de « nos » États à défendre, ont souvent des attitudes identiques envers d’autres religions, à commencer par le catholicisme, en Europe même. Sans même remonter à l’époque de l’apparition de « Solidarnosc » en Pologne, je pense ici à l’Irlande où les républicains du « Sinn Féin », non contents d’être nationalistes sont, de plus, cléricaux. Ce qui n’est pas sans conséquence, à commencer par leur hostilité légendaire à la possibilité d’avorter. Il y a à peine six mois, à leur dernier congrès, leur direction a finalement reconnue du bout des lèvres qu’elle était pensable, sans même que cela fasse l’unanimité, « dans certains cas » : ceux où le fœtus est atteint de maladie, déformation ou handicap qui permette au corps médical de « douter de ses chances de survie ». Affirmer que le « Sinn Féin » et les populations irlandaises qui, en particulier en Ulster, le soutiennent partagent sur de telles questions des positions infâmes, est-ce faire preuve de « cathophobie » ? Alors même que l’État britannique, pour gérer au mieux la situation du côté de Belfast, interdit là-bas ce qu’il accepte ailleurs, en Grande-Bretagne ! Poser la question, c’est y répondre.

Lettre ouverte au site libertaire «  Sous la cendre  »

Bonjour,

J’ai été étonné de retrouver affiché sur votre site le texte « Ni de leur guerre, ni de leur paix », sans le moindre commentaire critique. Texte qui me semble particulièrement mal venu et que je ne diffuse pas pour plusieurs raisons dont la première est l’absence d’empathie envers les premiers concernés par le massacre, par exemple au Bataclan, les morts, les blessés, les proches, pour la plupart des « teenagers », y compris de banlieue, comme je peux en connaître, parfois depuis longtemps, ou en croiser là où j’habite dans le 93 (Seine-Saint-Denis). Lesquels « teenagers », à l’occasion d’origine maghrébine, étaient horrifiés par les massacres, ont passé leur nuit au téléphone et, pour certains, à courir les hôpitaux, craignant pour la vie de leurs amours, de leurs amis et de leurs relations, en vadrouille au centre du cyclone. Pourtant, malgré leur intense émotion, ils n’amalgamaient pas les « fous de Dieu » aux Arabes, aux Maghrébins, ni même aux Musulmans en général. Et tous condamnaient le lendemain l’instauration de l’état d’urgence et les appels à chanter « La Marseillaise » sur Facebook. Bref, le texte me rappelle, dans son esprit, ces « analyses » prétendument « objectives » dans les années 1970-1980, où les « subjectivités » étaient refoulées, concernant les massacres des juifs, à l’époque du nazisme. Il est impossible de répondre à l’utilisation des émotions par l’État hexagonal, ce que je suis le premier à faire, par la froideur de pseudo-analyses critiques « géopolitiques » du niveau du premier politologue « révolutionnaire », interviewé par le « Monde diplomatique ».

La deuxième raison, en liaison avec la première, c’est que le texte, vu son caractère intemporel, aurait pu être écrit il y a quarante ans, à l’occasion d’attentats sponsorisés par Carlos et le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), à l’époque du panarabisme, qui refoulait la question de la religion au nom de l’hypothétique construction de quelque État nation laïque, parfois même affublé de l’appellation incontrôlée « socialiste », en Palestine. Or, la question de la religion en général et celle de l’islam en particulier remontent à la surface plus que jamais, au point que ce que nous pensions dépassé avait été plus prosaïquement refoulé, en particulier dans les discours des leaders du panarabisme, du nassérisme et de ses avatars, déjà bien décomposés à la fin de la Guerre froide. Par exemple, la question des particularités de « l’islamisme radical », comme idéologie qui combine le politique et le religieux dans le cadre des rapports mondiaux actuels, fruits pourries de la liquidation des Blocs, est totalement passée sous silence dans le texte et réduite, de façon marxeuse, à la dimension de conflits entre États nations, au sens moderne, de luttes pour les marchés, etc. Or, la question soulevée par « l’islamisme radical », en Syrie et ailleurs, sous la bannière défraîchie de la Guerre sainte, n’est pas plus réductible à « l’implacable logique » du capitalisme et de l’État, en général, que celle du nazisme envers les juifs, les tziganes, etc. Il va falloir empoigner à bras le corps l’histoire de « l’islamisme radical », et le combattre en tant que tel, sans faire évidemment la moindre concession à la démocratie, à l’État républicain, à ses situations « d’urgence », à ses lois de la même veine, etc. Sinon, nous risquons de le banaliser, comme les révisionnistes le firent, et continuent à le faire, à propos de l’antisémitisme.

Car, je le dis tout net, sur la question des derniers massacres à Paris, ce texte est aussi faux, dans sa démarche, que ceux sortis, à l’époque du révisionnisme et de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic, par les néobordiguistes, du genre « Notre royaume est une prison », en 1980. De façon générale, je pense que nous serons en accord là-dessus : la question religieuse n’est pas réductible à celle de « la logique » du capitalisme et de l’État. Pas plus que l’aliénation moderne n’a fait disparaître des aliénations millénaires, même si elle les modifie, les utilise, etc. Ce qui est aussi le cas de « l’islamisme radical », vu ce qu’il charrie de fanatisme religieux, déjà en termes de destructions accompagnées d’autodestructions violentes. Lesquelles ont comme objectif, non pas la réalisation de quelque État nation, mais celle, imaginaire, de la théocratie universelle préconisée dans le Coran, avec, comme récompense des bienheureux sacrifiés sur l’autel du Prophète, l’accès au paradis peuplé de vierges. Je pense que des Européens, pétris de culture chrétienne, puis laïque, ne comprennent pas à quel point les discours et les communiqués des imams, même fondamentalistes, rencontrent des échos dans la tête des musulmans d’ici, même si nombre d’entre eux sont gênés, voire horrifiés, par les actes commis par des « frères » au nom de l’islam.

Bref, en termes de critique, l’islamisme disparaît de l’horizon de pas mal de libertaires et assimilés, pour des raisons bien résumées dans le texte « Croire ou penser, il faut choisir ! », disponible sur le blog de Floréal. La haine légitime contre « notre » État ne doit pas nous conduire à écrire des textes aussi réducteurs que « Ni de leur guerre, ni de leur paix ». C’est une chose que de critiquer l’État républicain, comme je le fais sans concession, entre autres auprès des «  jeunes » que je connais sur « ma » banlieue, y compris depuis cinq jours. C’est autre chose que de défendre des positions réductrices, qui évacuent la critique de l’islamisme et de ses horreurs spécifiques, comme le fond nos citoyennistes à gauche de la gauche, particulièrement dans le 93. Au point d’accepter sans réagir, sous prétexte de ne pas stigmatiser en bloc les « musulmans », des propos vulgairement complotistes et antisémites, que j’entends parfois dans des cafés maghrébins de « ma » banlieue : « Les attentats sont horribles, mais ils ne sont pas le fait de vrais musulmans, mais de fous manipulés par Israël. » En ce qui me concerne, je ne tolère pas plus ce genre de propos, qui visent à dédouaner l’islam, que ceux de chrétiens qui affirmeraient : « L’inquisition n’avait rien à voir avec le christianisme et l’Église romaine, elle était sans doute manipulée par les rabbins d’Amsterdam. » Quitte à me faire traiter « d’islamophobe » par de prétendus libertaires et assimilés, je n’escamoterai pas la critique de la religion. Sans évidemment assimiler a priori des individus, ici musulmans, à des « fous de Dieu ». Par contre, lesdits libertaires de pacotille croient possible, par des tentatives d’approche opportuniste, de racoler des « jeunes » islamisés à des degrés divers. Misère du militantisme !

Ni Dieu, ni maître.

André Dréan,
Paris, le 18 novembre 2015.

Pour correspondre, écrire à nuee93

* L’objectif de ma lettre n’est pas de stigmatiser « Sous la cendre », mais d’aller à la rencontre de personnes avec qui j’ai a priori envie de soulever des questions importantes. Ce qui n’est pas le cas avec de prétendus libertaires comme ceux qui, dans « Alternatives libertaires » et ailleurs, assimilent frauduleusement la critique de l’islam à de « l’islamophobie » et qui, par suite, déroulent le tapis rouge devant des lobbies aussi infréquantables que celui des « Indigènes de la république ».

Une analyse anarchiste de la Théorie du Privilège.

 Posted by on 1 novembre 2015 at 2 h 22 min  Anarchisme, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Féminismes / Genre / Sexualités  Commentaires fermés sur Une analyse anarchiste de la Théorie du Privilège.
Nov 012015
 
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A la suite, une analyse intéressante venant de l’Assemblée des femmes de la fédération anarchiste britannique autour de la question des privilèges. Le texte rend compte des diverses oppressions qui traversent nos vies et nos luttes, et de la nécessité à la fois que nous opprimé-e-s nous emparions nous-mêmes des luttes qui visent à nous émanciper, mais ce sans nier les privilèges de nos situations respectives. Ce texte insiste également sur le besoin impérieux de ne pas privilégier des formes d’oppression sur d’autres, et de ne pas superposer comme un mauvais copier/coller le modèle de la domination de classes sur toutes les autres dominations .

Par contre ce texte sous-estime sûrement comment la part d’oppression qui subsiste chez les opprimé-e-s peut amener à un repli identitaire, faisant au choix du prolétaire, de la femme, du ou de la « racisé-e » comme on dit, ou d’autres sujets de l’oppression l’unique sujet révolutionnaire, oubliant ainsi que c’est parfois à l’extérieur même de cette identité qu’on pu se construire des contributions essentielles à l’émancipation. Des bourgeois comme Bakounine, Kropotkine ou Marx ont ainsi pu contribuer à l’élan révolutionnaire, comme des chercheurs et chercheuses ont pu dénoncer le délire technoscientifiques, et ont souvent à cette occasion renoncés à leurs privilèges. Certains « blancs » et certaines « blanches », comme il est à la mode de s’auto-catégorisé, ont refusé dans les luttes anti-coloniales de reproduire les rapports colonialistes qu’ils ou elles n’eurent de cesse de combattre. Ces identités de privilégiés qui nous traversent, ne veulent pas dire que nous y adhérons et surtout ne peuvent résumer ce que nous sommes. Nous sommes bien plus que blancs, noirs, hommes, femmes, prolétaires, lumpen-prolétaires issus de la petite-bourgeoisie, musulmanes, juifs, athées, blasphémateurs, valides. Nous sommes également vivants, révolutionnaires, anarchistes, en rage contre un monde que l’on cherche à abattre jusque dans ces moindres fondements de domination. Nous ne sommes pas que des entités qu’une analyse matérielle de l’histoire et des rapports de domination peut décrypter, nous sommes également des individus porteurs de subjectivités qui échappons parfois et en luttant à ces déterminismes.

Enfin il est notable que ces réflexes oppressifs qui traversent certains et dans une moindre mesure certaines opprimé-e-s ne sont sans doute pas étrangers à la séduction que peuvent exercer des discours confus qui ne cessent de prospérer. Il est même parfois des dominé-e-s qui non seulement accepte la domination mais même s’en rendent activement complice contre leurs « égaux ». La non détention de privilèges ne fait pas forcément l’abolitionniste, ni même le détenteur de vérité, en encore moins le sujet révolutionnaire.

Un de sous la cendre.

Une analyse anarchiste de la Théorie du Privilège.

Le but de ce texte est de présenter une analyse anarchiste et de lutte des classes de la Théorie du Privilège. Nous sommes nombreux à penser que le terme “privilège” est utile pour parler de l’oppression liée à la classe économique. Mais il peut aussi nous aider à comprendre comment diverses oppressions affectent nos relations sociales et le croisement de nos luttes au sein du prolétariat. Cette analyse est le fruit du travail de l’assemblée des femmes de la Fédération Anarchiste (du Royaume-uni). Ce texte ne représente pas tous nos points de vue et fait partie d’une discussion en cours au sein de la FA.

But et définitions

Qu’entendons-nous – et que rejetons-nous avec cette notion de « privilège » ? Le privilège implique que quelque soit l’endroit où il existe un système d’oppression (tel que le capitalisme, le patriarcat, la suprématie blanche, l’hétéronormativité) il y a un groupe opprimé, mais aussi un groupe privilégié qui bénéficie de l’oppression que le système met en place [1]. Le groupe privilégié n’a pas besoin de soutenir activement le système d’oppression, ni même d’en être conscient pour en bénéficier. Les privilégiés tirent profit du fait d’être perçus comme la norme et subvenir à leurs besoins est considéré comme naturel, alors que le groupe opprimé est considéré comme « les autres », et leurs besoins seulement à « prendre en compte ». Parfois le groupe privilégié bénéficie du système de manière évidente, matérielle, comme quand on attend des femmes qu’elles fassent la plupart ou toutes les tâches ménagères, et que leurs partenaires masculins tirent un avantage de ce travail non rémunéré. En d’autres occasions, les bénéfices sont plus subtils et invisibles, et impliquent qu’on se focalise moins sur le groupe privilégié; par exemple, les jeunes noirs ou asiatiques ont 28% plus de chance d’être arrêtés et fouillés par la police que les jeunes blancs [2]. Il ne s’agit pas ici de dire que les jeunes blancs ne sont jamais inquiétés par le harcèlement policier ou qu’être un prolétaire ou un européen blanc immigré ne suffit pas pour être davantage harcelé par la police. Cependant, le fait est qu’un nombre disproportionné de noirs et d’Asiatiques sont ciblés par rapport aux blancs, ce qui signifie concrètement que si on a de la drogue sur soi et qu’on est blanc, on a beaucoup plus de chances de s’en tirer que si on était noir. Au Royaume-Uni les blancs sont aussi ceux qui risquent le moins d’être arrêtés, envoyés en prison, ou d’être victimes de crimes [3]. Les Noirs font face à un taux de chômage encore plus important au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis [4]. Nous ne citons pas ces chiffres pour défendre l’idée que les personnes de toutes origines et de toutes ethnies devraient subir les mêmes injustices – mais parce que nous voulons créer une société au sein de laquelle personne n’aie à en souffrir. Mais pour arriver à cela il faut déjà comprendre comment les systèmes d’oppression fonctionnent, ce qui passe par reconnaître que, si les noirs et les minorités ethniques ont plus de chance de pâtir de ces désavantages alors logiquement les blancs ont moins de risque d’y être confrontés. Cela signifie qu’ils ont un avantage, un privilège, qui comprend également celui de ne pas avoir besoin d’être conscients de l’étendue du problème.

Un groupe privilégié peut aussi, d’une certaine façon, être opprimé par les attentes du système qui le privilégie ; par exemple, le patriarcat attend des hommes qu’ils ne montrent pas leurs faiblesses ou leurs émotions et on ne les croit pas capables de prendre soin de quelqu’un. Cependant, les hommes ne sont pas opprimés par le patriarcat parce qu’ils sont des hommes, mais parce que cette oppression est nécessaire pour maintenir celle des femmes. Pour que les femmes se voient comme des êtres fragiles, irrationnels et faits uniquement pour prendre soin des autres, elles doivent croire que les hommes sont forts, moins sensibles et incapables de s’occuper de ceux qui en ont besoin. Pour cela, les hommes qui montrent leurs faiblesses, leurs émotions et leur capacité à prendre soin des autres sont punis par le patriarcat pour avoir trahi leur camp et laissé l’opportunité aux femmes de remettre en cause leur oppression.

Il semble évident que lorsqu’il y a un groupe opprimé, il existe aussi un groupe privilégié, car un système d’oppression ne durerait pas longtemps si personne n’en tirait un avantage. Il est crucial de comprendre que les membres d’un des groupes privilégiés peuvent aussi être opprimés par d’autres systèmes d’oppression; c’est ce qui divise les luttes et met à mal l’activité révolutionnaire. Nous sommes divisés, socialement et politiquement, par un manque de conscience de nos privilèges, et de la façon dont ils sont utilisés pour dresser nos intérêts contre ceux des autres afin de briser notre solidarité.

Le terme « privilège » entretient une relation complexe avec la lutte des classes. Pour comprendre pourquoi, nous devons clarifier quelques unes des différences et confusions entre classes économiques et sociales. La classe sociale décrit les identités culturelles du prolétariat, de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie. Ces identités, tout comme le genre ou l’origine ethnique, sont des constructions sociales, fondées sur les préjugés et les attentes de la société vis à vis des membres de ces catégories. La classe économique est différente. Elle concerne les notions de prolétariat et de bourgeoisie du point de vue économique tels que Marx a pu les définir. Ces catégories s’articulent autour du capitalisme et sont centrées sur la question de la possession des moyens de productions, sans prendre en compte l’identité personnelle ou le statut social. C’est pourquoi un capitaliste riche et anobli comme Alan Sugar peut se décrire comme « un prolétaire qui s’en est bien tiré ». Il n’est clairement pas un prolétaire du point de vue économique mais il s’accroche à cette identité dans l’espoir que cela atténue, ou excuse, l’exploitation au sein de son empire entreprenarial. Il confond volontairement la classe sociale et la classe économique pour s’identifier à un groupe opprimé (la classe sociale ouvrière, ou prolétariat) et ainsi se dédouaner de son indéniable privilège (en tant qu’individu appartenant à la classe économique dirigeante). Faire partie de la classe dirigeante capitaliste rend impossible le soutien aux luttes contre ce système. Il en est ainsi car, à la différence de tous les autres groupes privilégiés, la classe dirigeante est directement responsable de toutes les exploitations dont ils se revendiqueraient les opposants.

Cela ne fait pas de la classe économique une oppression « première », ou des autres des oppressions « secondaires » mais cela signifie que la résistance au sein de la classe économique a des buts légèrement différents de ceux des luttes centrées sur l’identité culturelle. Par exemple, nous avons pour but de mettre fin au capitalisme au moyen d’une révolution au sein de laquelle le prolétariat s’emparerait des moyens de production de la bourgeoisie, et créerait une société communiste-anarchiste au sein de laquelle il n’y aurait pas de classe dominante. Pour les autres luttes mentionnées cela ne marche pas tout à fait de la même manière – nous ne pouvons pas forcer les hommes à se défaire de leur masculinité, ou les blancs à se défaire de leur couleur de peau, ou tous les envoyer à la guillotine et récupérer leurs pouvoirs et privilèges comme si c’était une ressource qu’ils amassaient. Au lieu de cela, nous devons analyser et comprendre les systèmes qui ont pour but de concentrer le pouvoir et les ressources dans les mains des personnes culturellement privilégiées et remettre en question les concepts de genre, de sexualité, de couleur de peau etc. qui sont utilisés pour construire les identités qui nous divisent.

Une grande partie de l’indignation liée au terme « privilège » au sein des mouvements de lutte des classes vient du fait d’essayer de faire une comparaison directe avec les privilèges de la classe dirigeante, alors que cela ne fonctionne pas vraiment. Quelqu’un né dans une famille propriétaire d’une chaîne de supermarchés ou d’une usine peut, quand il en hérite, oublier cela. Il peut collectiviser cet empire et le donner aux ouvriers, aller y travailler lui-même en partageant équitablement les bénéfices avec tous les autres travailleurs. Les capitalistes peuvent, s’ils le choisissent, se défaire de leurs privilèges. Si ils choisissent de ne pas le faire, cela suffit pour les considérer comme des ennemis et se saisir de leurs privilèges par la force dans une situation révolutionnaire. Les hommes, les blancs, les hétérosexuels, les personnes cisgenres etc, ne peuvent pas se défaire de leurs privilèges – peu importe à quel point ils en ont envie. Ces privilèges leurs sont imposés par un système dont ils ne peuvent ni sortir ni choisir d’arrêter de bénéficier. Cette comparaison avec les privilèges de la classe dirigeante amène beaucoup de personnes à avoir le sentiment qu’ils sont accusés de garder précieusement quelque chose qui ne leur appartient pas, qu’ils sont réprimandés pour cela ou qu’on leur demande de se sentir coupable ou de s’auto-flageller pour absoudre leurs privilèges. Ce n’est pas le cas. La culpabilité ne sert à rien ; avoir conscience de ses privilèges et agir de façon cohérente, en revanche, si. Si vous ne retirez rien d’autre de ce texte, au moins retenez ceci : vous n’êtes pas responsables du système qui fait de vous un privilégié, seulement de la façon dont vous y réagissez. Les privilégiés (autres que la classe dirigeante) ont un rôle crucial à jouer dans la lutte contre le système qui les privilégie – seulement ce n’est pas un rôle de leader.

Répondre aux objections à la théorie du privilège

Alors s’ils ne l’ont pas choisi et qu’il n’y a rien à faire contre cela, pourquoi décrire ces gens comme des « privilégiés » ? N’est-ce pas suffisant de parler de racisme, de sexisme, d’homophobie etc. sans offenser les blancs, les hommes et les hétérosexuels ? Si c’est le terme qui est désapprouvé, il faut savoir que les activistes noirs radicaux, les féministes et les activistes queers ou handicapés utilisent fréquemment le terme privilège. Les groupes opprimés doivent mener les luttes contre leurs oppressions, ce qui signifie que ces groupes opprimés ont la légitimité pour définir ces luttes et les termes que nous utilisons pour en parler. Ce n’est pas aux groupes de lutte de classe, formés majoritairement d’hommes blancs, de décider pour les gens de couleur et les femmes, quels mots sont utiles dans le combat contre la suprématie blanche et le patriarcat. Si on n’aime pas le terme mais qu’on est d’accord avec la lutte, alors faire preuve de solidarité concrète implique de laisser son malaise personnel en dehors des discussions, d’accepter que la terminologie a été choisie et se mettre à utiliser le même terme que ceux qui sont en première ligne de ces combats.

Une autre objection courante au concept de privilège est que cela crée un statut culturel par le simple fait de ne pas subir une oppression. On peut considérer que ne pas subir de discrimination systémique liée à sa couleur de peau n’est pas un privilège, mais seulement la façon dont les choses devraient être pour tout le monde. Être confronté au racisme est une aberration. Ne pas y être confronté devrait être l’expérience par défaut. Le problème est que si ne pas être confronté à l’oppression est l’expérience par défaut, alors en être le sujet nous place en dehors de l’expérience par défaut, dans une catégorie spéciale, qui en retour rend une grande partie des oppressions invisibles. Parler de privilège révèle ce qui est considéré comme normal par ceux qui ne subissent pas l’oppression, mais qui ne va pas de soi pour les autres. Ainsi parler d’homophobie révèle l’existence de préjugés, de stéréotypes sur la façon dont les hommes gay et les femmes lesbiennes se comportent, ou la violence frappant ces personnes à cause de leur sexualité. Il est inhabituel de trouver un anarchiste qui ne condamne pas cela. Mais parler de privilège hétérosexuel, montre un autre aspect du système, le côté invisible : quel comportement est considéré comme « typique » des hétérosexuels ? Il n’y en a pas – l’hétérosexualité n’est pas considérée comme une catégorie sexuelle, juste comme une absence d’homosexualité. On n’a pas besoin de se faire du souci sur le fait d’être considéré comme « trop hétéro » quand on va à un entretien d’embauche, vos amis ne vont pas penser que vous rejetez votre hétérosexualité si vous ne vous habillez pas, ou que vous ne parlez pas d’une manière « assez hétérosexuelle », vos amis homosexuels ne vont pas se sentir mal à l’aise si vous les emmenez dans un bar hétéro, ou se demander si ils vous mettent mal à l’aise en disant quelque chose d’ignorant à propos du fait de se faire draguer par quelqu’un du sexe opposé. Cette analyse va au-delà des préoccupations quant aux préjugés, ou à la discrimination, pour aller jusqu’au cœur même de ce que nous considérons comme étant normal et neutre, ce que nous considérons être différent et autre, ce qui doit être expliqué, ce qui est considéré comme évident – les préjugés en faveur de l’hétérosexualité ne sont pas reconnaissables comme préjugés, parce qu’ils sont intégrés dans nos perceptions comme ce qui est la manière d’être par défaut.

Il est utile de s’en rendre compte, parce qu’en on observant les oppressions de façon isolée, on a tendance a les attribuer a un préjugé personnel ou sociétal, une loi homophobe qui peut être abrogée, une discrimination raciale contre laquelle on peut légiférer. Hors de leur contexte, des termes comme « racisme », « sexisme », « handiphobie », ne décrivent pas la manière dont l’oppression est tissée dans le tissu de la société, et mènent à les considérer comme un élément normal de la vie, ou comme une tache facilement isolée qui peut être enlevée sans laisser de trace, laissant le tissus intact [5].

La théorie du privilège est méthodique. Elle explique que mettre fin aux préjugés et discriminations n’est pas suffisant pour mettre fin a l’oppression. Elle montre pourquoi la société doit être organisée différemment. Quand les gens disent qu’ils sont « aveugles » à la couleur de peau, ils pensent dire par là qu’ils ne sont pas racistes, mais en réalité cela signifie souvent qu’ils jugent plus prudent d’ignorer les différences de contexte et d’expérience de vie dues à l’origine ethnique, et qu’ils s’attendent a ce que les priorités et les visions du monde de chacun soient les mêmes que ceux des blancs, qu’ils considèrent comme « normaux ». Cela signifie qu’ils pensent qu’ils n’ont pas besoin d’écouter les gens qui essaient de leur expliquer pourquoi leur situation est différente de la leur. Ils veulent mettre fin aux différences pour que tous soient égaux, mais en essayant d’ignorer ces différences ils les renforcent. Reconnaître les privilèges signifie admettre que des différences d’expérience dont nous n’avons pas conscience existent.
Cela signifie être disposé à écouter quand les gens nous expliquent à quel point leur expérience diffère de la nôtre. Cela signifie qu’il faut concevoir une nouvelle « normalité » qui pourra advenir dans une société structurée différemment, au lieu de gommer les expériences qui ne rentrent pas dans notre concept privilégié de « normalité ».

Intersectionnalité et kyriarchie

La kyriarchie est un concept désignant les systèmes d’oppression combinés, l’idée que le capitalisme, le patriarcat, la suprématie blanche, l’hétéronormativité, la cisnormativité, la théocratie et d’autres systèmes auxquels nous n’avons pas forcément donné de noms, sont tous connectés, s’influençant et se soutenant réciproquement. Le mot « kyriarchie » est aussi un raccourci verbal pratique qui permet d’éviter d’avoir à lister tous les systèmes d’oppression chaque fois qu’on veut expliquer ce concept. Cela signifie que tous ceux qui luttent contre l’oppression, de quelque manière que ce soit, ont le même combat, et que nous luttons simplement sur une myriade de fronts différents.

L’intersectionnalité implique l’idée que nous sommes privilégiés par certains de ces systèmes, opprimés par d’autres et que, parce que ces systèmes s’influencent, nos privilèges et nos oppressions s’entrecroisent. Cela signifie que chacun d’entre nous a sa propre expérience de l’oppression en fonction de sa combinaison particulière de classe, de genre, de race, de sexualité, de handicap, d’âge etc. [6] [7].

L’analyse de lutte des classes a tendance à séparer le capitalisme des autres systèmes dans la kyriarchie. Comme nous l’avons déjà expliqué, le capitalisme agit différemment des autres systèmes d’oppression basés sur l’identité et la culture, mais il serait trop simpliste de renvoyer ces oppressions a des aspects principaux ou secondaires du capitalisme. Le patriarcat, en particulier, a existé bien avant le capitalisme industriel moderne et, il y a des preuves a cela, avant même l’invention de la monnaie [8], et il n’est pas difficile d’imaginer une société post-capitaliste au sein de laquelle les oppressions et rôles liés au genre soient toujours valables [9]. Les anarchistes étant opposés a tous les systèmes d’oppression, nous reconnaissons que ne combattre que le capitalisme n’est pas suffisant, et que les autres oppressions ne disparaîtront pas d’elles-même « après la révolution ». Si nous voulons une société post-révolutionnaire libérée de toutes les oppressions, il faut que tous les opprimés aient un rôle égal dans sa création, et cela signifie qu’il faut écouter les expériences d’oppression que nous ne partageons pas et essayer de comprendre comment chaque système opère : de manière isolée, en relation avec le capitalisme et d’autres systèmes d’oppression, et en tant que partie de la kyriarchie [10].

Nous avons pour habitude de parler du sexisme ou du racisme comme étant des instruments de division de la classe ouvrière. La kyriarchie nous permet de sortir de la primauté de classe tout en gardant cette analyse présente à chaque instant. Tout comme le sexisme et le racisme servent à diviser au sein de la lutte des classes, le capitalisme et le racisme divisent au sein des luttes de genre, et le sexisme et le capitalisme divisent les luttes antiracistes. Tous les systèmes d’oppression divisent les combats contre tous les autres systèmes avec lesquels ils s’entrecroisent. Ainsi nous expérimentons des contradictions personnelles dans la combinaison particulière de nos privilèges et de nos oppressions et nous privilégions les luttes qui nous semblent prioritaires au détriments des autres, ce qui nuit au final à la solidarité. C’est pourquoi le troisième article des “Buts et Principes” [11] de la FA (du Royaume-Uni) met en garde contre les alliances inter-classistes, mais nous devrions également interdire les campagnes qui avancent la cause d’un groupe opprimé contre les intérêts d’un autre, pas juste contre une classe. Cela ne signifie pas que chaque campagne doit mettre en avant la cause de chaque lutte de manière égale, mais que nous devons être conscients de la façon dont nos privilèges peuvent nous rendre aveugles à d’autres oppressions au sein de notre action. Nous devons considérer un ensemble beaucoup plus large que la lutte des classes quand il nous faut analyser si une campagne fait progresser ou régresser le mouvement anarchiste. Être capable d’analyser et de montrer la façon dont les systèmes d’oppression s’entrecroisent est vital, de même qu’être capables de les attaquer à leurs intersections afin d’unir les luttes est certainement la meilleure façon de construire la solidarités entre divers fronts idéologiques.

Quelques exemples :

Au début du XIXe siècle, il y a eu différentes grèves de travailleurs masculins dans le textile contre les femmes employées dans leurs usines parce que leurs salaires, moins élevés, tiraient celui des hommes vers le bas [12]. L’intersection du capitalisme et du patriarcat signifiait alors que les femmes étaient opprimées par les capitalistes en tant que travailleuses et en tant que femmes (elles étaient exploitées pour un salaire moins élevé que les hommes), et par les hommes en tant que femmes et travailleuses (maintenues dans la sphère domestique, effectuant un travail encore moins bien payé). Quand les conditions ont changées avec la mécanisation, il a été plus difficile de restreindre les femmes à une répartition des tâches traditionnelle, les syndicats ont finalement entendu la voix de la raison et ont lancé des campagnes aux intersections des systèmes, autorisant les femmes à rejoindre les syndicats et menant des luttes pour que leurs salaires soient revus à la hausse.

Des années 70 à aujourd’hui, certains courants du féminisme radical ont refusé d’accepter la légitimité des luttes trans*, refusant la présence de femmes transgenres dans les espaces féministes non-mixtes (voir les controverses à propos de Radfem 2012 et certain des ateliers à « Women Up North 2012 » à propos de leurs politiques de « femmes nées femmes »). Le résultat est tel que nous l’avons décrit : au final, les plus opprimés prennent des coups des deux côtés (ici du fait de la cisnormativité et du patriarcat) dans le cadre du féminisme, ce mouvement qui est censé être en première ligne de la lutte contre l’oppression qui affecte ces deux acteurs (le patriarcat), échouant à l’une de ses intersections les plus évidente. Ceci a aussi mené à la scission du mouvement féministe et à la stagnation de la réflexion suite à l’échec de la communication avec les activistes trans*, dont les priorités et les luttes recoupent presque parfaitement celles du féminisme. Un élément plus positif parmi ces exemples récents est l’alliance de groupes de militantes féministes et trans* pour contester la politique d’admission de Radfem 2012. Ceci favorisant la communication, une plus grande solidarité et la possibilité d’actions communes entre ces groupes.

Les exemples précédemment cités montrent que penser à nos privilèges et oppressions est essentiel pour s’organiser, pour reconnaître les points sur lesquels les autres luttes se connectent avec les nôtres et quel peut être notre rôle dans ces situations, où nos expériences vont être utiles et où elles vont être problématiques, où nous devons écouter avec attention et où nous pouvons apporter une contribution constructive. Reconnaître qu’un privilège existe signifie également admettre qu’il n’est pas seulement de la responsabilité du groupe opprimé de défier le système qui l’opprime, mais qu’il en est de la responsabilité de tous, parce que faire partie d’un groupe privilégié ne signifie pas être neutre mais bénéficier d’un avantage. Ce qui signifie que lorsque nous rejoignons une lutte contre nos propres privilèges nous devons avoir à l’esprit qu’il n’est pas question de devoir ou de culpabilité ni même d’altruisme, car toutes nos luttes sont connectées. Plus nous pouvons faire d’alliances en dépassant ces oppressions qui nous divisent, plus nous pouvons nous unir contre les forces qui nous exploitent. Aucun d’entre nous ne peut le faire seul.

Le mythe des « Olympiades de l’oppression »

Les parallèles qui sont tirées entre les mouvements noirs et de femmes peuvent toujours se transformer en un Bac mention : “qui est le plus opprimé ?”. Notre objet ici n’est pas d’établir un parallèle. Nous cherchons à décrire cette imbrication complexe de forces qu’est le prolétariat ; nous cherchons à briser les relations de pouvoir parmi nous, sur lesquelles se fondent la règle hiérarchique du capital international. Aucun homme ne peut nous représenter en tant que femmes, pas plus que des blancs ne peuvent parler de l’oppression vis à vis des Noirs ou y mettre fin eux-mêmes.
Nous ne cherchons pas non plus à convaincre les hommes de l’intérêt du féminisme. En fin de compte ils seront « convaincus » par notre force. Nous leur offrons ce que nous offrons aux femmes les plus privilégiées : le pouvoir sur leurs ennemis. La contrepartie est la fin de leur oppression sur nous
[13].

Dire que quelqu’un a le privilège d’être blanc ne signifie pas qu’il ne peut pas subir d’autres oppressions. Dire qu’une personne souffre du patriarcat ne signifie pas qu’elle n’a pas bien d’autres privilèges. Il n’existe pas de système de compte pour déterminer à quel niveau on est privilégié ou opprimé dans notre relation à quelqu’un d’autre et ce serait inutile de chercher à en créer un. Le seul élément faisant qu’un privilège ou une oppression rende votre participation plus ou moins importante dans une lutte est l’expérience personnelle que vous avez de ce combat.

Une prolétaire lesbienne, handicapée et noire n’aura pas forcément une vie plus difficile qu’un prolétaire blanc, valide, hétéro et cisgenre, mais elle comprendra bien mieux les intersections entre classe, race, handicap, genre et sexualité. L’idée n’est pas qu’étant la personne la plus opprimée de la salle elle devrait mener la discussion, mais que son expérience lui donne une perspicacité qu’il n’aura pas sur certains aspects de la lutte les plus pertinents, sur les exigences les plus efficaces, les patrons les plus problématiques, les meilleurs endroits et moments pour tenir un meeting, savoir comment formuler un appel à un meeting de masse pour qu’il touche un large éventail de personnes, ou les moyen de traiter les problèmes que ne connaîtront pas des personnes subissant moins d’oppressions. Il devrait l’écouter, non pas parce qu’elle est plus opprimée que lui (même si elle l’est sans doute) mais parce que c’est vital pour la lutte qu’elle soit entendue, et parce que les préjugés dans lesquels la société nous a conditionnés, et qui affectent même les plus socialement conscient.es d’entre nous, continuent à rendre plus difficile le fait qu’elle soit entendue.

Certains soutiendront que les gouvernements, les organismes publics ou les entreprises sont connus pour utiliser des arguments similaires afin de mettre en avant ou promouvoir des personnes en particulier dans des positions de pouvoir ou de responsabilité, soit dans une tentative bien intentionnée de faire en sorte que les groupes opprimés soient représentés, soit dans un exercice symbolique cynique pour améliorer leur image publique. Ceci servant l’État et le capital, en encourageant les gens à croire qu’ils sont représentés et que leurs opportunités les plus efficaces de changement sont de soutenir ou de saisir ces représentants. C’est ce que nous dénonçons comme alliance inter-classiste dans le troisième point des “Buts et Principes” de la FA, et évidemment nous nous opposons à l’idée que, par exemple, une femme Premier Ministre sera susceptible de faire quelque chose de plus pour les femmes prolétaires que ce qu’un Premier Ministre homme ferait pour les prolétaires masculins. Il faut se souvenir que la théorie du privilège n’est pas un mouvement en soi mais une grille d’ analyse utilisée par un éventail de différents mouvement, progressistes et radicaux, réformistes et révolutionnaires. De la même façon, la rhétorique de la solidarité et de l’unité de classe est utilisée par des gauchistes pour gagner du pouvoir pour eux-mêmes, alors que nous utilisons ces concepts pour lutter contre les structures de pouvoir qu’ils utilisent. Le fait que certaines personnes se servent de la notion de privilège pour s’auto-promouvoir comme leaders d’une communauté et candidats réformiste aux élections ne signifie pas que ceci soit le cœur du raisonnement ou le résultat inévitable de la théorie du privilège. Pour nous, en tant qu’anarchistes de lutte de classes, les identités qui nous sont imposées par la kyriarchie et les hommes politiques qui vont avec, devraient servir à nous unir dans la lutte contre toutes les oppressions, pas à enraciner les constructions sociales, pas à nous auto-congratuler pour notre clarté de vue, pas à réclamer des droits particuliers en fonction de notre milieu ou notre biologie, et certainement pas à créer une hiérarchie des plus opprimés pour les mettre en avant de manière purement symbolique dans les positions de pouvoir.

A la FA, nous admettons déjà dans nos Buts et Principes la nécessité d’une lutte autonome pour les gens appartenant à des groupes opprimés ; mais au lieu d’analyser cette nécessité, nous mettons seulement en garde contre les alliances inter-classistes au sein des luttes. Les raisons non dites qui nécessitent pour elles et eux de s’organiser indépendamment est la question du privilège. Quelle que soit raison à laquelle vous puissiez penser qui rende cela nécessaire celle-ci découle du privilège : la possible présence d’agresseurs, le potentiel d’expériences d’oppression incomprises, dont on se méfie, qui peuvent être rejetées ou qui requièrent une grande quantité d’explications avant d’être acceptées et de pouvoir agir sur la question etc. Des sentiments intériorisés d’infériorité sont même déclenchés par le fait que nous ayons conscience de la présence de membres du groupe privilégié. Cela a beau ne pas être de leur faute ceci est néanmoins dû à l’existence de systèmes les privilégiant. La raison pour laquelle nous devons nous organiser de manière autonome est que nous avons besoin d’être libéré.es de la présence de privilèges pour pouvoir parler librement. Après avoir parlé librement, nous pouvons nous identifier et travailler à changer les conditions qui nous empêchaient de le faire avant – mettre à mal l’influence de ces systèmes sur nous-même et diminuer le privilège des autres dans leurs relations avec nous – mais la libre parole doit venir premièrement.

Assimiler le fait de parler de « privilège » avec le libéralisme, l’éléctoralisme et les luttes inter-classistes, c’est refuser aux groupes opprimés l’espace et la parole pour identifier leurs expériences d’oppression et s’organiser contre le système qui les opprime. Si nous admettons que ces espaces sont nécessaires, et que c’est possible qu’ils fonctionnent sans être récupérés par le libéralisme et les luttes inter-classistes, alors on doit admettre que la théorie du privilège ne mène pas nécessairement au libéralisme et aux luttes inter-classistes. Cela a beau être le cas lorsque cette approche est employée par les libéraux et les réformistes, ce n’est pas ce qui se passe lorsqu’il s’agit d’anarchistes révolutionnaires s’inscrivent dans la lutte de classe. La théorie du privilège n’est pas pas plus dépendante du libéralisme que l’idée de lutte des classes n’est dépendante du léninisme.

L’analyse de lutte des classes du privilège

Tout cela peut, de prime abord, sembler faire de la lutte des classes une lutte parmi tant d’autres, mais la façon d’agir de la classe dominante est si particulière qu’elle place sous sa coupe tous les autres systèmes d’oppression. Alors que chaque système peut être utilisé comme un « contexte » pour les autres, selon les intersections auxquelles on s’attache, le capitalisme est particulièrement important parce que ses privilégiés ont un contrôle explicite sur les ressources et moyens de production plutôt qu’un simple statut culturel de normalité par défaut. Ces oppresseurs sont forcément actifs, ils ne peuvent bénéficier passivement ou involontairement de l’oppression des autres. La bourgeoisie et le prolétariat ont des intérêts antagoniques alors que les privilégiés et les opprimés d’autres groupes ou d’autres systèmes ont seulement des intérêts qui diffèrent, et qui diffèrent de moins en moins à mesure que l’influence de ces systèmes est réduite.

Ceci ne fait pas de la classe économique l’oppression principale, ou des autres questions des oppressions secondaires, car nos oppressions et privilèges s’entrecroisent. Si la question des femmes était considérée comme secondaire à la question de classe, ceci impliquerait que les problèmes des hommes prolétaires seraient plus importants que ceux des femmes prolétaires. La classe économique n’est pas tant la lutte principale que la lutte qui englobe l’ensemble. Les problèmes qui touchent uniquement les personnes queer de la classe dirigeante (comme par exemple les membres de familles aristocratiques qui ne peuvent faire leur coming out et doivent se marier pour le bien de la lignée familiale) ne sont pas hors de nos préoccupations mais sont complètement hors de propos car ils font partie des problèmes qui vont complètement disparaître après la révolution, quand il n’y aura plus de classe dirigeante pour causer ces problèmes à elle-même. Nous pouvons condamner le racisme, le sexisme, l’homophobie et le snobisme général de la classe dirigeante envers elle-même, mais nous n’avons pas les mêmes intérêts que leurs victimes, y compris pour ceux avec qui nous partageons une identité culturelle, parce qu’ils restent nos oppresseurs directs et actifs.

Quand nous essayons d’appliquer cela à d’autres intersections que la classe économique, nous ne pensons pas que les préoccupations soient toujours spécifiques au groupe privilégié, mais nous trouvons que la perspective de militants privilégié reste toujours trop étroite pour nos campagnes. Par exemple, une écrasante majorité d’organisations féministes blanches de la petite bourgeoisie des années 60 et 70 ont été critiquées par les femmes de couleur et handicapées, car elles se focalisaient uniquement sur le droit à l’avortement alors que les femmes portoricaines et handicapées faisaient face à des campagnes de stérilisation forcée, et que beaucoup n’avaient pas accès aux minimum vital durant la grossesse et l’accouchement. Bien que l’accès à l’avortement n’était certainement pas sans rapport avec ces femmes, les campagnes se sont centrées sur l’accès à l’avortement, et ont complètement oubliées le problèmes de celles à qui on refusait le droit d’avoir un enfant. Beaucoup de mouvements féministes parlent maintenant de « droits reproductifs » plutôt que de « droit à l’avortement », et demandent des services de plannings familiaux gratuits ou abordables qui incluent l’avortement, la contraception, les dépistages, les soins prénatals et postnatals, qui sont des demandes pertinentes pour les femmes de tous milieux.

Nous devons nous forcer à faire attention aux campagnes qui, à cause du privilège de ceux ou celles qui les ont mises en places, font preuve de manque d’analyse sur la façon dont un problème diffère selon les intersections. Nous devons élargir nos campagnes pour inclure les perspectives de ceux qui sont touchés par les problèmes que nous couvrons. Ceci nous permettra de rassembler plus de luttes, mettre en place une plus grande solidarité, lutter contre plus d’oppressions et construire un mouvement qui défiera la kyriarchie entière, ce qui est le seul moyen de mettre fin à chacune de ces oppressions, capitalisme inclus.

Traduction : Groupe Regard Noir de la Fédération Anarchiste

Texte original : http://www.afed.org.uk/blog/state/327-a-class-struggle-anarchist-analysis-of-privilege-theory–from-the-womens-caucus-.html

Notes

[1] « Une forme commune du refus de voir les privilèges est le fait que les femmes et les personnes de couleur sont souvent décrits comme traités inégalement, mais sans rapport avec l’avantage qu’en tirent les hommes ou les blancs. Ce qui est incohérent. Le mot ‘inégal’ implique qu’il existe à la fois ceux qui reçoivent moins que ce qui est juste et ceux qui reçoivent plus. Ainsi on ne peut considérer une petite tranche du gâteau, sans prendre en compte sa totalité, car c’est le fait que d’autres s’accaparent l’essentiel qui rend sa propre tranche si petite. Prétendre le contraire rend invisible la notion de privilège et ceux qui en bénéficient. » Allan G. Johnson, Privilege, Power and Difference (2006)

[5] « Alors qu’il est important que les individus travaillent à transformer leurs consciences, en faisant des efforts pour être antiracistes, il est également important que nous nous souvenions que le combat pour mettre fin à la suprématie blanche est une lutte pour changer un système, une structure… Pour que nos efforts pour mettre fin à la suprématie blanche soient vraiment efficaces, le combat individuel pour changer les consciences doit être intimement lié à l’effort collectif pour transformer ces structures qui renforcent et perpétuent la suprématie blanche. » bell hooks, Killing Rage : Ending Racism, 1995

[7] L’intersectionnalité en tant que terme et en tant qu’idée a été développée entre autres par : Kimberle Williams Crenshaw, bell hooks, Audre Lorde, Patricia Hill Collins, Leslie McCall, si vous souhaitez approfondir le sujet.

[8] L’ouvrage de Graeber, Dette : Les premières 5000 années suggère que les jeunes femmes étaient utilisées dans certaines sociétés anciennes comme une première forme de monnaie ou de calcul de la dette.

[9] Voir le chapitre avec toutes les femmes de ménages / d’entretien / de service choisies pour leur beauté et sexuellement disponibles dans l’utopie de William Morris, Nouvelles de nulle part.

[10] Une analyse anarchiste de l’intersectionnalité http://libcom.org/library/refusingwaitanarchismintersectionality

[11] « Nous croyons que combattre les systèmes d’oppression qui divisent le prolétariat, tel le racisme et le sexisme, est essentiel à la lutte des classes. Le communisme anarchiste ne peut être instauré si ces inégalités existent toujours. Pour être efficaces dans nos diverses luttes contre l’oppression, à la fois au sein de la société et du prolétariat, nous devons parfois nous organiser indépendamment, en tant que personnes opprimées à cause de leur genre, sexualité, ethnie ou capacités. Nous faisons cela en tant que prolétaires, puisque les mouvements inter-classistes cachent les réelles différences de classes et sont inefficaces. Une émancipation totale ne peut être accomplie sans l’abolition du capitalisme. »
http://www.afed.org.uk/organisation/aimsandprinciples.html

[12] Voir le Chapitre 7 de The Struggle for the Breeches : Gender and the Making of the British Working Class, de Anna Clark

[13] Selma James, Sex, Race and Class,1975

Source : Paris-Luttes infos.

REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE

 Posted by on 9 septembre 2015 at 19 h 13 min  Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur REFLEXIONS SUR L’ISLAMOPHOBIE
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http://www.sonsenluttes.net/?REFLEXIONS-SUR-L-ISLAMOPHOBIE

Suite au meeting organisé à Paris le 6 mars 2015 pour lutter contre l’islamophobie, l’Actualité des Luttes sur FPP a réuni quelques invités pour réfléchir sur la pertinence ou non du concept d’ »islamophobie ». En plateau : Ornella Guyet, animatrice de Confusionnisme.info, militante antifasciste et auteure d’une tribune contre le fait de lier des organisations religieuses réactionnaires au combat antiraciste, Germinal Pinalie, militant marxiste qui prépare un livre sur les identitaires de gauche et Brahim, militant de gauche radicale.

Pourquoi nous ne les soutiendrons jamais.

 Posted by on 8 septembre 2015 at 16 h 09 min  Anarchisme, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite, Contre les religions  Commentaires fermés sur Pourquoi nous ne les soutiendrons jamais.
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Littéralement le Parti de Dieu (Hizb Allah), le Hezbollah se décline en deux silhouettes, une branche civile qui peut être comparée à un parti politique, et une branche armée, sa nature première. Il fut créé lors de l’invasion israélienne du Liban en 1982, d’emblée financé par l’Iran et la Syrie qui resteront jusqu’à aujourd’hui ses principales sources de financement avec entre autres, le commerce de diamants, le racket et autres sources de financement occultes comme le trafic international de drogue (notamment avec des filières démantelées en juin 2005 au Brésil et en Équateur). La branche armée du mouvement politique chiite libanais serait aujourd’hui plus puissante que l’armée nationale libanaise.

De plus, le parti joue un rôle social important au Liban. Il y est le premier employeur , il a aussi permis la création d’hôpitaux, d’orphelinats, d’écoles, de soupes populaires et autres services rendus à la population en échange d’une adhésion idéologique au national-islamisme du parti. Seulement le Hezbollah n’est pas un mouvement social implanté localement et attirant la sympathie puisque son traitement des civils passe aussi parfois par leurs utilisation en bouclier humain, provoquant la mort de nombreux libanais civils. Pourtant le Hezbollah, par ses fait d’armes contre l’armée israélienne, s’attire la sympathie de nombreuses puissances politiques arabo-musulmanes, mais aussi de nombreuses organisations d’extrême gauche, ou d’extrême droite notamment en France. C’est aussi le cas du Hamas, acronyme partiel de harakat al-muqâwama al-’islâmiya (« mouvement de résistance islamique ») mouvement islamiste palestinien sunnite important dont les attaques de sa branche armée, tout comme le Hezbollah, visent indistinctement civils et militaires israéliens.

Comment la majorité de l’extrême gauche et une partie du mouvement libertaire peut elle se solidariser avec ces partis totalitaires et ultra-religieux ? Cette solidarité, c’est « l’anti-impérialisme des imbéciles » [1]. Un alter mondialisme qui dérive et dérape. Qui dérape lorsque son anti-sionisme se mue en un antisémitisme, somme toute, assez classique dans l’histoire de la gauche. Qui dérive lorsque ses prémisses sont invalides. En effet, pour ces gens, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». La politique déplorable du commandement israélien les poussent à soutenir toute forme de contestation de cette politique belliqueuse, et ce quitte à opérer des alliances avec l’islam politique, les ultra-religieux, les nationalistes arabes et l’extrême droite parfois néo-nazie. Quand les gudards rencontre les gauchistes…

Daniel Bensaïd, maitre à penser et théoricien de la LCR, estime par exemple que « Tariq Ramadan peut être (ou devenir) un théologien alter mondialiste. Il peut constituer un allié de circonstance dans les combats contre l’uniformisation marchande et la misère du monde » [2] . Ramadan, fervent défenseur de l’Iran, du Hezbollah, du Hamas, de la femme au foyer, de l’excision et de la charia. C’est la déliquescence théorique qui pousse cette extrême gauche contestataire (mais institutionnelle) à se jeter dans les bras des premiers fascistes verts venus sous le simple prétexte de combattre un ennemi commun, ou parce que cet « islam de libération » revêt parfois la dalmatique rouge. L’Islam, qui signifie soumission, peut il être de libération ? Aucune religion ne peut prétendre libérer, nous connaissons l’Histoire.

Cette partouze idéologique a trouvée son catalyseur avec le conflit israélo-palestinien. On peut aisément s’étonner de l’aura de ce conflit qui malgré sa durée, reste d’un point de vue strictement géopolitique un conflit de faible intensité avec une population concernée bien plus faible que dans nombreuses autres guerres qui elles, ne semblent pas agiter autant de verve… Darfour, Somalie, Kenya, Kashmir, Thaïlande, Timor, Tchétchénie, Afghanistan, Népal, Sri Lanka, Tchad etc.. comment ce pays qui compte moins d’habitants que la ville de Paris peut il prendre une telle importance symbolique dans la rhétorique fatigante de ces anti-impérialistes ?

Pourquoi sont ils si discrets sur les conflits qui ne concernent ni Israël, ni les États-Unis ? Comme le fait remarquer Yves Coleman dans la revue Ni Patrie Ni Frontières, « On se rappellera […] que les altermondialistes et les « gauchistes » ne connaissent dans le monde qu’une seule « théocratie », Israël ; qu’ils ignorent complètement la théocratie iranienne ; qu’on ne les entend presque jamais dénoncer les théocraties des pétromonarchies - sauf pour leurs liens avec les États-Unis - et qu’ils furent très discrets quand les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan ». Les innombrables appels au boycott du salon du livre 2008 consacré à la littérature israélienne en sont la preuve. La Russie était l’invitée du salon du livre 2005. Il n’y a pas eut du tout de tapage, et pourtant ! La Tchétchénie, les meurtres politiques, les arrestations d’opposants … mais, chut ! ce n’est pas l’axe americano-sioniste.

La solidarité et la dénonciation se fait à la tête du client, le juif étant le client le plus indésirables pour ces « anti-impérialistes » adeptes des séculaires théories du complot juif et de la plus récente théorie du complot américano-sioniste. Ces organisations s’attachent à dénoncer avec raison le terrorisme d’État israélien et sa violence envers les populations civiles arabes israéliennes, palestiniennes et libanaises et omettent (sans aucune innocence) de déplorer les victimes juives et arabes des tirs de kassam à Sderoth (par exemple). L’on voit bien rarement (entendre par la, « jamais ») de la part de ces mêmes organisations de condamnation de l’instrumentalisation des populations civiles réifiées en boucliers humains, de l’intégrisme islamiste du Hezbollah et du Hamas, de l’oppression radicale des femmes et des homosexuels, du concept de guerre sainte etcétéra. Fait pour le moins étonnant de la part d’athées, de libertaires ou de marxistes. Cette soudaine tolérance de l’extrémisme religieux, en contradiction totale avec les slogans officiels de façade, montre bien la validité et la cohérence de ces organisations et nous rappelle à quel point hormis la droite et l’extrême droite, la gauche et l’extrême gauche représentent tout ce que nous détestons le plus.

La gauche de la gauche montre en effet de nos jours une résurgence inquiétante de l’antisémitisme. Mais pas cet antisémitisme très minoritaire et marginalisé par le reste du mouvement qu’étaient par exemple les révisionnistes d’ultra-gauche des années 70 [3] . Il s’agit cette fois d’un antisémitisme lattent (mais bien présent), pas assumé (pas assumable ?) et cette fois majoritaire dans de nombreuses fractions de ce mouvement sous couvert d’antifascisme. La majorité des militants LCR soutiennent ouvertement le Hamas. Les Indigènes de la République, qui luttent « sur des bases de races » soutiennent publiquement la Tribu Ka [4] et son leader Kemi Séba qui remplaça le banal slogan « black, blanc beur » par « Kémites, Aryens, Palestiniens ». Indy media voit de plus en plus pulluler la prose d’antisémites de gauches. On a pu apprendre par exemple que Carla Bruni était une agent du Mossad [5] , que la justice était contrôlée par la franc-maçonnerie juive, ainsi que les médias, que les végétaliens étaient des sionistes puisque la vie d’une poule vaudrait plus pour eux que la vie d’un enfant palestinien. J’en passe et des meilleures. Le « complot sioniste » devient l’explication unilatérale du capitalisme [6] et la tolérance pour un antisémitisme qui se cache de moins en moins sous le masque de la solidarité avec la Palestine, devient légion. Comment des personnes qui se disent antifascistes peuvent elles défiler cote à cote avec ces fachos au lieu de les virer hors manif comme ils feraient (prétendument…) avec des néo-nazis ?

Cette extrême gauche confusionniste qui mêle pêle-mêle la solidarité anti-impérialiste anti-israélienne, les théories du complot sur le 11 septembre 2001, La défense inconditionnelle des luttes de libération nationale, toute forme de nationalisme de gauche, le soutien aux FARC, à Chavez, Ahmadinedjad, Castro et autres dictateurs et dictatures rouges-vertes-brunes et qui se ballade en keffieh et t-shirt Che Guevara ou EZLN de rigueur, qui ne vit que sur son propre folklore, qui aime les dieux et les maîtres, qui sert de passerelle et de cheval de Troie à l’extrême droite dans l’extrême gauche, qu’elle crève !
Et vite !

Source : Texte de 2008 de Non fides parut sur Socialisme Libertaire.

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