Quand SUD-Rail déraille.

 Posted by on 7 décembre 2015 at 1 h 11 min  Actualité nationale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur Quand SUD-Rail déraille.
Déc 072015
 
voie et canap'

Le 30 novembre dernier, le syndicat SUD-Rail s’indignait de la répression policière qui a entouré la manifestation de la veille, place de la république, dans un communiqué. Mais sans doute par souci de se ménager une crédibilité face au mensonge médiatico-policier qui avait envahi les écrans télé, le syndicat bégaye la vieille ritournelle des méchants casseurs infiltrés dans la manifestation en vue de déstabiliser les gentils manifestants et les gentilles manifestantes. Le syndicat dénonce le complot policier, et sépare le bon grain de l’ivraie. Il condamne une « véritable rafle aveugle » - donc en clair qui ne tape pas juste, sur les vilains black blocs !

SUD-Rail appelle ensuite à libérer les militants et militantes et demande le respect du droit de manifester. Il pousse même le vis à réserver la libération immédiate à ses propres militants et militantes dans le titre de son communiqué, rompant ainsi la solidarité élémentaire qui devrait nous unir dans ces moments. Ces derniers et dernières seraient injustement arrêtés. Doit-on en conclure que d’autres non ?

Au vue du peu d’affrontements lors de ce rassemblement, monté de toute pièce en épingle par le pouvoir et les média mainstream, on peut se demander quel jeu joue SUD-Rail qui implicitement relaie la version du pouvoir. Il n’ y a plus guère que quelques bureaucrates syndicaux ou politiques pour encore croire que la flicaille charge « avec discernement« . Dans leur monde de luttes négociées et partielles, il n’y a plus place pour le conflit réel, celui qui met parfois en jeu nos corps. Les nombreux et nombreuses blessé-e-s en manif de ces dernières décennies apprécieront sans doute. A la suite le communiqué.

Un de sous la cendre.

Libération immédiate des militants SUD-Rail
Injustement arrêtés

Préparée depuis plusieurs mois, la journée du 29 novembre devait être l’occasion pour les associations, organisations syndicales et du mouvement social et l’ensemble de la population de se mobiliser pour le climat et la justice sociale.

Après les attentats du 13 novembre, le gouvernement a décidé d’interdire l’ensemble des manifestations sur le territoire français… alors qu’il autorisait l’ensemble des marchés de Noel et des manifestations sportives.

Plusieurs mobilisations ont néanmoins eu lieu, où la fédération SUD-Rail était présente, notamment à Paris. Ce dimanche, des centaines de manifestant-es se sont retrouvé-es place de la République. Alors qu’ils manifestaient sans violence, des casseurs ont infiltré la manifestation.

Le but était clairement de déclencher une réaction pour justifier une action policière disproportionnée. Et alors que tout se passait dans le calme, les forces de l’ordre ont chargé la manifestation sans discernement et ont lancé des lacrymogènes sur la foule.

Ils ont procédé à une véritable rafle aveugle de plus d’une centaine de manifestant-es dont des militant-es de la fédération SUD-Rail qui exerçaient leur droit à revendiquer pour la justice climatique. La fédération SUD-Rail condamne fermement cette attitude gouvernementale, et rappelle que les organisations syndicales et associations sont légitimes à organiser des manifestations dans les rues pour permettre à chacun-e d’y exprimer ses revendications.

La fédération SUD-Rail réaffirme sa demande de pouvoir manifester librement et demande la libération immédiate de l’ensemble des militant-es arrêtés suite à l’exercice de leur droit à manifester et de l’ensemble des assigné-es à résidence suite à leur engagement contre le COP 21.

Paris, le 30 novembre 2015.

Source : Solidaires.

Glucksmann est mort 43 ans après Pierre Overney.

 Posted by on 11 novembre 2015 at 13 h 55 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés sur Glucksmann est mort 43 ans après Pierre Overney.
Nov 112015
 
Entartage

En 1979, dans une interview au Nouvel Observateur(1), André Glucksmann faisait l’éloge du « savoir-mourir » de Pierre Overney, militant de la Gauche prolétarienne assassiné en 1972 devant les portes de Renault par un agent de sécurité. 1972, c’était l’époque où les July, Geismard, Glucksmann, Benny Lévy et autres patrons de la GP invoquaient la « résistance » et incitaient à l’affrontement des troupes de militants sincères qui souvent avaient renoncé à toute perspective d’intégration sociale confortable - à la différence de leurs chefs. En 79, Glucksman, loin de faire la critique d’une stratégie politiques et de ses concepteurs, en utilise les conséquences ultimes pour lancer la « nouvelle philosophie », mascarade médiatique censée donner de la profondeur à un phénomène parfaitement vulgaire, le retournement de veste de toute une génération de petits chefs gauchistes. Sept ans après la mort d’Overney, après avoir longtemps appelé à « la résistance » de l’activisme maoïste, Gluscksman garde ce terme, mais ce sera désormais pour désigner la « résistance » des intellos comme lui qui remplacent Mao par Soljenitsyne, et le paradis chinois par celui de l’ « Etat de droit », nom de code de l’OTAN.

Sa mort épargna à Pierrot le spectacle que durent subir ses camarades de la base de la Gauche prolétarienne, quand ils virent la plupart de leurs chefs passer avec armes (le bagout « philosophique » acquis à Normale Sup ) et bagages (leurs réseaux dans les médias et la culture) du côté du reaganisme et du néo-libéralisme. On sait la suite : bâtissant sa fortune médiatique sur une formule publicitaire aussi bête qu’efficace (« le goulag était dans Marx »), néo-conservateur, fan de Marie-France Garaud et de toutes les aventures militaires des Bush père et fils, Glucksmann a fini à la cour de Sarkozy. La longue liste de ses méfaits ne nous fera pas oublier l’infamie inaugurale de cet éloge de 79 du « savoir-mourir », lui qui a survécu 43 ans à un militant que ses semblables et lui envoyèrent à l’assaut d’une société qu’ils ont si bien servi par la suite.

(1) Entretien avec J. Moreau, 9 juin 1979.

Source : Blog de Serge Quadruppani.

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Commentaire de Quadruppani sur ce même blog : « (…) Pierrot n’était le pantin de personne. Mais il faisait partie d’une aventure collective, la Gauche Prolétarienne, dont les orientations, les tactiques, les discours et la stratégie n’étaient pas produites d’une manière égalitaire, très loin de là. J’ai connu bien des gens de la base de la GP et ils me disaient que quand pour parler des chefs entre eux, ils les appelaient « ceux de la haute ». On a beau ne pas être un pantin, on ne se conduit pas de la même manière si on fait partie d’un collectif dans lequel les décisions sont vraiment communes, ou si on appartient à un groupe hiérarchisé qui exalte le sacrifice militant. Sacrifice inévitablement réservé à « ceux d’en bas ». »

Retour sur la marche contre la dignité et contre le racisme.

 Posted by on 3 novembre 2015 at 14 h 51 min  Actualité nationale, Anti-fascisme / anti-racisme / Extrême-droite  Commentaires fermés sur Retour sur la marche contre la dignité et contre le racisme.
Nov 032015
 
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Paris : Il est temps de rompre les rangs !

mardi 3 novembre 2015

Bref retour sur la première initiative racialiste à prétention massive et nationale, la marche de la dignité et contre le racisme du 31 octobre 2015 à Paris, et les affiches antiracialistes qui s’y sont invitées.

 

Malgré l’élargissement tardif des signataires de l’appel à plusieurs groupes, partis et syndicats de la gauche la plus classique (PCF, NPA, Solidaires…), pas plus de quelques milliers de personnes ont manifesté hier à l’appel de la MAFED, du PIR et de plusieurs personnalités et groupes infréquentables comme les islamistes du groupe Présence et Spiritualité Musulmanes qui appelait aux « manifs pour tous » de 2013 (voir la « Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-pour-la-dignité-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème » qui nomme les plus évidemment scandaleux).

Le raz-de-marée de prolétaires des quartiers populaires, qui a servi de carotte pour faire venir l’extrême gauche antiraciste ne s’est pas produit : ni les émeutiers de 2005, ni les dizaines de milliers de marcheurs de 83, ni les 15 000 grévistes des loyers Sonacotra ou les centaines de sans papiers grévistes de la faim des années 70, ni leurs potentiels homologues actuels n’ont répondu massivement à l’appel. Ont répondu présent en revanche, outre les alliés actuels du PIR, ceux-là même que leur hipster en chef, Houria Bouteldja, invective comme étant « la gauche blanche ». En effet, en lieu et place du vrai prolétariat qu’on nous a vendu, on a pu voir défiler entre autre pêle-mêle des drapeaux français, le Front de Gauche et son aile gauche, « Ensemble », le PCF, le FUIQP, Voie Prolétarienne, la JC, quelques élus appelés à scander « parlement, ta race ! », Médine et son camion (qui a servi de scène finale), divers vestiges de l’anti-impérialisme comme Europalestine et BDS, les entrepreneurs pacificateurs de banlieue de « Pas sans nous » et la négationniste Ginette Skandrani, le tout encadré par une corde et une boîte privée de sécurité (S.G.E).

Ceci dit, beaucoup des marcheurs du jour, pris dans la confusion entretenue à cet endroit, n’étaient manifestement pas très au clair sur pour qui et pourquoi ils marchaient et chacun a sans doute pu marcher derrière la bannière de cet œcuménisme racialiste en le prenant pour un fourre tout débonnaire à vocation antiraciste ou une « convergence des luttes » qui se donne l’air sympathique.

Plusieurs modalités de refus de cette première initiative racialiste à prétention massive se sont invités sur les murs de son parcours. Des énoncés critiquant le racisme et le racialisme depuis des points de vue variés mais tous dans une perspective révolutionnaire, piochés dans les textes qui circulent depuis quelques temps sur la question, ont été affichés parfois en grande taille, en hauteur, en couleur sur les murs. On pouvait y lire « Il n’y a pas de races, seulement des racistes », « capitalisme identitaire, nouvel horizon réactionnaire », « Nique la race, vive la lutte des classes »…

Ces affiches ont été recouvertes de gribouillages ou d’inscriptions (« une marche pour la dignité non blanche » y a-t-on trouvé inscrit par exemple), recouvertes, arrachées et déchiquetées avec une frénésie qui déparait avec l’ambiance pacifiée et pacificatrice de la manifestation. Ainsi, des affiches « contre les violences d’état » et des portraits de Zyed et Bouna ont été collés pour recouvrir et masquer la critique de l’offensive racialiste et ce qu’elle implique comme refus des enjeux politiques émancipateurs. Que les portraits de deux adolescents tués par la police, sur le visage desquels on peut encore lire la soif de vivre avec inscrit « on n’oublie pas » soient utilisés à cette fin est particulièrement choquant et abject. C’est aussi parce que ces morts et les émeutes de 2005 sont restés dans nos mémoires que ces affiches ont été collées.

Il est particulièrement scandaleux que cette « marche de la dignité » cherche à inscrire les émeutes de 2005 dans son sillage, vu l’union sacré des pacificateurs, religieux, politiciens, élus et communautaristes associatifs qui y ont appelé et qui y ont défilé. On cherche non seulement à identitariser la conflictualité sociale mais aussi à enrégimenter la révolte dans le communautarisme, la politique de la cogestion et la race. Plus encore qu’une simple entreprise de récupération, ce défilé contenait aussi la mise en scène d’un enterrement de 3éme classe de ce que les émeutes de 2005 peuvent contenir de force, de promesses et de menaces contre les différents ordres établis.

Ceux qui étaient là « pour voir » ou qui, malgré ce qui avait été annoncé, en espéraient autre chose ont donc eu le loisir de se faire un avis. A partir de là, continuer à fermer les yeux sur l’avancée de la dynamique racialisatrice et ne pas s’y opposer n’est plus défendable autrement que comme un choix politique assumé. Chacun sait bien que, dans nombre de groupes qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à cette initiative, des oppositions en interne se sont déjà exprimées : la racialisation est un combat pour lequel tout le monde ne se bat pas la fleur au fusil.

Il est temps de rompre les rangs de la racialisation !
La lutte continue.

[Repris d’Indy Nantes.]

P.-S.

Voir d’autres articles récents contre toute forme de racisme-racialisme-« racisation ».

Source : Non Fides.

Sep 172015
 
voie et canap'

 

Un objet suspect détecté sur la voie ferrée entre Cherbourg et Lison, à hauteur de Sainte-Mère-Eglise a entraîné une perturbation du trafic ferroviaire ce mercredi matin.

Le trafic SNCF a été interrompu ce mercredi entre Cherbourg et Caen : pour une soi-disant bonbonne de gaz sur la voie près de Sainte-Mère-Eglise. L’objet était sans danger.

Un obstacle a été détecté ce mercredi matin sur la voie de chemin de fer entre Lison et Cherbourg. Le trafic des trains s’en est retrouvé perturbé. Des passagers, à la gare de Caen ce matin, prêts à se rendre en direction de Cherbourg, ont appris en gare que leur train vers Cherbourg était annulé. Il se trouve qu’un convoi nucléaire a quitté le Cotentin dans la nuit de mardi à mercredi. Le plan Vigipiraté a été déclenché.

Il était question d’un retard ou d’une annulation des trains parce que l’objet détecté sur la voie ressemblait apparemment à une bonbonne de gaz. Il s’est avéré que l’obstacle en question ne représentait finalement aucun danger.

Conséquences de cette alerte? Dès 9 h 30,des passagers de deux TER ont été transportés par bus depuis Lison. Le train intercités à destination de Cherbourg n’est pas reparti de Caen. Ses passagers ont été emmenés à Lison en TER avant de poursuivre leur voyage en car jusqu’à Cherbourg.

Le trafic est interrompu entre Caen et Cherbourg. Il devrait reprendre en début d’après-midi.

Source Ouest-France.

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Le trafic a repris entre Caen et Cherbourg: un objet ressemblant à une bonbonne de gaz avait été retrouvé sur les voies.

Le trafic SNCF est totalement interrompu ce mercredi matin entre Cherbourg et Caen : une bonbonne de gaz a été retrouvée sur les voies à Sainte-Mère-Eglise. Le « plan alerte » a été déclenché. L’objet était finalement sans danger.

Le trafic a finalement repris vers 13 h ce mercredi entre Cherbourg et Caen. Il était totalement interrompu depuis 9 h du matin car un *objet ressemblant à une __*bonbonne de gaz a été retrouvé sur les voies à Sainte-Mère-Eglise dans la Manche. A 8h45, le train Caen - Cherbourg a été stoppé en gare de Lison.

Les voyageurs à bord ont été informés par les contrôleurs qu’un objet suspect avait été découvert sur la voie et qu’ils allaient être acheminés par cars pour la suite de leur voyage jusqu’à Cherbourg.

Plan alerte déclenché et démineurs sur place

L’objet était à hauteur de Sainte-Mère-Eglise et avait l’apparence d’une bonbonne de gaz. La Gendarmerie s’est immédiatement rendue sur place et la Préfecture de la Manche a fait venir les démineurs. Les opérations de déminage se sont terminées vers 11h30 ce mercredi et il s’agissait d’un objet factice sans aucun danger. Le trafic a finalement repris vers 13 h

Cette présence a-t-elle un rapport avec le convoi de déchets radioactifs suisses retraités au Royaume-Uni et qui a quitté dans la nuit le terminal de Valognes, pour la Suisse ? les autorités se refusent à tout commentaire, la Procureure de Cherbourg est sur place et devrait communiquer dans l’après-midi.

L’organisation Greenpeace, dans un communiqué, dément toute participation à cette action comme l’explique son chargé de campagne nucléaire, Yannick Rousselet:

« Bien évidemment, il y a un lien évident entre le départ du train au départ de Valognes et la présence de ce matériel sur les voies ferrées, (…)simplement nous avons clairement dit que nous ne nous opposerions pas à ce transport (Note : Greenpeace et une partie des opposants et opposantes locaux ne s’opposent pas aux retours des déchets nucléaires dans leurs pays d’origine.), que nous n’avons pas l’intention de perturber, maintenant il existe des mouvances différentes dans les mouvements antinucléaires et il n’est pas à exclure que des gens aient voulu exprimer leur désaccord avec le nucléaire par cette méthode, ce n’est pas le notre. »

Source : France bleue Cotentin.

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Pour mémoire

Il était une fois la cogestion : Lettre ouverte à Yannick Rousselet, responsable des campagnes nucléaires à Greenpeace France.

Ci joint vous trouverez une lettre ouverte adressée à Yannick Rousselet, responsable des campagnes nucléaires à Greenpeace France. Cette lettre ouverte a été écrite dans le cadre d’une revue à paraître autour de la mort de Rémi Fraisse – manifestant tué par le souffle d’une grenade offensive cet automne lors d’un rassemblement contre le barrage du Testet -. Il était pour nous important d’évoquer dans ce cadre comment l’Etat trouve souvent au cœur des luttes des militants ou des militantes à même de relayer son discours. C’est ce rôle que notre salarié de la multinationale écologiste a accepté d’endosser en direct sur i-Télé, condamnant les « méchants casseurs » qui « sévissaient » en réaction à cet assassinat dans les rues de Nantes et Toulouse.

La lettre ouverte qui suit sert davantage à nous alerter, nous qui luttons la rage au ventre contre ce monde, qu’à convaincre notre professionnel de la dissociation des méfaits de ces interventions. Il est en effet à la mode dans les milieux radicaux d’appeler à composer avec ceux et celles qui depuis déjà des plombes n’ont de cesse de donner en pâture aux flics et aux journalistes des camarades de lutte. Les réactions qui ont suivi la mort de Rémi Fraisse ont vu de nombreuses personnes prendre de lourdes peines. L’arsenal répressif loin de s’émousser s’en est retrouvé renforcé. Quant aux mesures proposées par la commission parlementaire mise en place à la suite à cette mort, elles ne font que renforcer les conditions d’un maintien de l’ordre qui ne visent qu’à protéger le monde dans lequel nous sommes plongés.. Des interdictions de manifs sur le modèle des interdictions de stade au brouillage des réseaux sociaux et des portables sur des zones de manifs, tout ne fait que confirmer cette volonté de donner un tour de verrou supplémentaire. Ce n’est donc pas par repli idéologique ou sectarisme que nous interpellons ainsi Yannick Rousselet, mais bel et bien pour rompre les illusions des unités de façade. Parce que comme le maintien de l’ordre cherche à maintenir un monde, Rousselet et d’autres jouent avec ce monde en complicité.

Si nous avons choisi des pseudonymes pour nous exprimer ce n’est ni par goût du secret, ni par volonté de nous soustraire à une critique plus directe de la part de Yannick Rousselet ou de ceux et celles qui pourraient choisir de le soutenir, mais bel et bien pour éviter la personnification à laquelle n’échappe pas nos propres « milieux ». Si des personnes comme Yannick Rousselet peuvent s’exprimer au nom d’un mouvement, d’une organisation, c’est qu’ils et elles jouent de cette personnification. Finalement, user d’un pseudonyme c’est paradoxalement pouvoir parler pour nous-mêmes, se défaire de toute ambition politicienne.

Enfin Yannick cette lettre s’adresse également à toi. Nous ne cherchons pas avec elle à nourrir un quelconque dialogue. Nous ne nous illusionnons pas sur la possibilité que tu fasses évoluer tes positions. Nous t’affirmons juste au passage notre hostilité irréductible. Enfin, nous avons choisi de ne pas la faire suivre à ton employeur, Greenpeace, car tu demeures un salarié, et cela même si tes positions sont plutôt pour ce genre de structure un gage de professionnalisme.

Révolutionnairement,
Laura Blanchard et Emilie Sievert.

PS : Le Raz Blanchard est l’un des plus puissants courants marins d’Europe qui circule au large du cap de La Hague ; le millisievert est l’unité de mesure de la radioactivité la plus communément utilisée de nos jours. L’un disperse les effluents radioactifs rejetés par l’usine de retraitement de La Hague que mesure la seconde.


IL ÉTAIT UNE FOIS LA COGESTION. Lettre ouverte à Yannick Rousselet, Responsable des campagnes nucléaires à Greenpeace France.

« Nom de dieu je sais très bien comment c’est la révolution !
C’est les gens qui savent lire dans les livres
qui vont voir ceux qui savent pas,
et les voilà qui disent le moment est venu de changer tout ça !
Ils expliquent aux pauvres bougres, qui eux font le changement.
Après, les plus malins de ceux qui savent lire dans les livres
s’assoient autour d’une table pour bouffer et blablater,
pendant que c’est les pauvres bougres qui crèvent.
Et qu’est-ce qui arrive quand c’est fini ?
Rien, tout recommence comme avant. »

Il était une fois la révolution, Sergio Leone.

Yannick,

DIRE QUE C’EST AVEC SURPRISE que nous avons découvert ton intervention du 01 novembre 2014 sur I-télévision serait mentir. Depuis quelques mois, du blocage du convoi de déchets nucléaires de Valognes aux survols de drones au dessus d’installations nucléaires françaises, tu es sur ces plateaux comme chez toi. Entre les inévitables spécialistes en think tanks, experts en maintien de l’ordre et éditorialistes de torche culs, tu dissertes ce jour là sur les manifestations qui se déroulent à Nantes et Toulouse suite à la mort de Rémi Fraisse. Dénonçant la rage des manifestants et des manifestantes, tu condamnes les groupes de « casseurs“ auxquels les médias offriraient trop d’importance au regard des milliers de rassemblements pacifiques qui auraient lieu un peu partout en France.

Quelques jours plus tôt à Sivens, la gendarmerie a assassiné Rémi Fraisse, laissant un trou béant dans sa colonne vertébrale et un immense sentiment de perte et d’absurdité pour ceux et celles qui le matin à Sivens devaient se compter pour savoir qui manquait. Tandis que ce même jour, dans les rues de Nantes, mobiles et bacqueux fignolent leur besogne en arrachant le nez d’un compagnon, et que des petits groupes de fachos attaquent des manifestants et des manifestantes, sous l’œil complice des flics, tu condamnes en direct les « casseurs“. Tu as fini par choisir ton camp, et a priori c’est plutôt celui de l’ordre… et de la division qu’il tente d’opérer entre « bon manifestants“ et « méchants casseurs“.

Ainsi en quelques années, l’activiste antinculéaire que tu étais s’est mué au contact de ton employeur Greenpeace, au nom d’une sacro-sainte religion de la non violence, mais surtout d’un pragmatisme cogestionnaire, en relai des basses besognes policières. D’autant que tu n’en es pas à ton coup d’essai. Déjà à Valognes, en novembre 2012, lors d’un départ de déchets radioactifs vers l’Allemagne, tu ne te contentais pas de tenter de récupérer l’évènement avec ton organisation, Greenpeace. Tu te dissociais également et jetais en pâture à la vindicte policière les quelques centaines de personnes qui ont alors tenté, en essayant de ralentir le convoi, de réveiller une opposition au nucléaire bien endormie. Le fait que toi et ton organisation décident d’un rassemblement la veille, dans le but assumé dans des mails internes de tirer la couverture médiatique à vous, tout en appelant vos ouailles à déserter un rassemblement « anarchiste et violent“ n’était guère étonnant. Votre refus de participer était attendu. En revanche, quand, par ta voie si médiatique, Greenpeace se dissocie en ces termes : « une ligne blanche a été franchie » ; quand elle participe au discours puant des autorités en alimentant les fantasmes de dangereux et dangereuses incontrôlables violents ; quand elle refuse le simple acte – minimal – de solidarité avec les compagnons et la compagnonnes inculpés de Valognes, en imposant, seule, son veto dans une coordination régionale anti-EPR qui souhaitait marquer sa solidarité, obligeant les autres organisations à faire chacune son communiqué ; quand par tes propos elle fournit lors de ce même procès des arguments à l’accusation, alors là, pas de doute, on change de registre. C’est un positionnement clair, pour le moins hostile à celles et ceux qui veulent lutter et retrouver un temps soit peu de prise sur la lutte antinucléaire et leurs existences. Nous étions alors quelques uns et quelques unes à en prendre acte, et à confirmer encore s’il en était besoin, que « nous n’avons définitivement plus rien à voir avec Greenpeace“ [1].

POURTANT, TES PREMIERS PAS DANS LA LUTTE ANTINUCLÉAIRE tu les as faits au Comité contre la pollution Atomique dans la Hague, le CCPAH, premier Comité antinucléaire en Cotentin. Au comité on ne badinait alors pas avec l’action sous toutes ses formes. Dès 1973, des « irresponsables“ du CCPAH stoppent avec d’autres militants et militantes un transport de combustibles. Plus tard, lors-qu’après Malville, des personnes sont arrêtés pour avoir cramé des engins du chantier de Flamanville, malgré quelques réticences, le CCPAH et les Comité Régionaux d’Information et Lutte AntiNucléaire (CRILAN), créés pour s’opposer à la construction de la centrale de Flamanville, maintiennent leur solidarité. En 1979, lors des venues des Pacific Fisher, bateaux transportant des combustibles usés en provenance du Japon pour être retraités à La Hague, l’opposition se joue dans la rue. Au petit matin les grues de déchargement sont sabotées. Des affrontements violents ont lieu dans Cherbourg assiégée par les gendarmes mobiles, les voies sont obstruées par un wagon couché sur les voies à la Salines près de l’arsenal. Des bobines PTT sont posées sur ces mêmes voies. Bref l’imagination et la rage sont au rendez-vous, les coups et les blessures également. Tandis que le lendemain la presse locale s’en donne à cœur joie contre les « autonomes“ et autres « casseurs“, la Crasse de la Manche, journal clandestin porté par des militants et militantes du CCPAH, distribué à plus de 800 exemplaires dans l’arsenal militaire de Cherbourg, où l’on fabrique les sous-marins à propulsion nucléaire lanceurs d’engins et où tu bosseras quelques années, rétablit quelques vérités en ces termes : « Les quelques jours qui ont suivi l’arrivée du Pacific Fisher à Cherbourg ont vu éclore un certain nombre de communiqués dans les colonnes des journaux locaux. Emanant de diverses organisations presque tous ces articles revenaient sur les événements qui eurent lieu sur la voie ferrée. La plupart des signataires se désolidarisaient des « éléments incontrôlés » pour certains, « autonomes » pour d’autres. Ces propos employés d’ordinaire par les forces de l’ordre ou la presse bien pensante ont été utilisées par des organisations qui feraient bien de réfléchir en deux fois avant de porter de tels jugements. En effet, il nous a semblé que ces autonomes n’étaient pas des êtres venus d’ailleurs, mais bien souvent des militants connus, membres à part entière de divers syndicats, partis ou associations. Si par malheur, ces camarades se retrouvaient un jour devant un tribunal, les juges sauront se servir des déclarations de certains pour mieux condamner ceux qui par leur action ont su compenser la carence des 18 [2] sur le terrain. Le préfet s’est déjà servi des jugements de la CGT, ce qui n’est pas pour nous surprendre. Nous ne pouvons être d’accord avec de tels comportements surtout de la part de quelque organisation que ce soit des 18. » Autonomes ?… par nécessité ! – La Crasse de la Manche, Novembre 79.
A cette époque, malgré des divergences et des discussions parfois houleuses, au sein du mouvement, même si l’on était en désaccord avec une action on savait conserver un minimum de solidarité face à l’ennemi commun, l’Etat nucléariste. Mais comme dirait July, Jospin, Cohn-Bendit ou Kessler [3], tout ça c’est une époque révolue. Pourtant alors, tout le monde avait saisi que la violence c’est l’Etat qui la porte, en expulsant, pour lancer les travaux de la centrale de Flamanville, la Case déserte, cabane occupée par les antinucléaires en 1978 ; en saturant le pays de gardes mobiles, les cafards comme on les appelait à l’époque ; en jouant les pro-centrales contre les antinucléaires ; en multipliant procès et intimidations ; en mutant des syndicalistes CFDT de La Hague trop remuants ; en tabassant, en tuant même à Malville. Tout ça ne te rappelle donc rien : des lieux occupés, des flics, des mutilés, des morts. Mais avec l’âge vient la sagesse ou l’Alzheimer précoce. Tu ne vois même plus que tu es devenu le pompier que tes amis dénonçaient jadis.
Mais c’est vrai que pour toi, l’activisme est affaire de spécialistes. Tu as participé au tournant du CCPAH au début des années 80, avec Jacky Bonnemains et Philippe Chardeur. C’est même l’époque où tu commences véritablement à t’engager. A cette période, les tentatives de blocages et les actions directes auxquelles chacun et chacune pouvaient participer cèdent la place aux actions portées par des petits groupes. C’est ainsi qu’à l’arrivée de nouveaux déchets, les grues du port vont être occupées, tandis qu’à terre les manifestants et manifestantes sont appelés à se rassembler en soutien. Ces occupation des grues compliquent singulièrement la possibilité d’intervention des forces de l’ordre et ont un impact économique réel. Mais c’est par stratégie et par lassitude de s’en prendre plein la gueule, et non par condamnation de la violence en tant que telle, que les militants et militantes s’engagent dans cette voie.

A chaque nouvelle arrivée de combustibles, les actions sont de plus en plus portées à bout de bras par des groupes d’activistes, dont tu fais partie. Greenpeace sorti des flots dans les années 70, est déjà de la partie. Elle se lie avec le groupe activiste du CCPAH. Jacky Bonnemain deviendra l’un des responsables du groupe Greenpeace France pendant la décennie 1980, tandis que toi, tu deviendras le chef de file du groupe local de Cherbourg au début des années 90, avant de devenir chargé de campagne nucléaire au national. A côté de vous, les rares antinucléaires qui restent ne jouent déjà plus que le rôle de figurants et de figurantes.

L’activisme porté par de petits groupes formés et aguerris, c’est la marque de fabrique de Greenpeace. Et la tienne. Mais elle va s’affiner avec le temps. Aujourd’hui, l’activiste, terme officiel au sein de l’association internationale, est choisi par un dirigeant ou une dirigeante de groupe local. Il ou elle suit ensuite une formation spécifique, et entre dans le giron secret des opérations coups de poing. Il ou elle aura alors le droit de faire un tour dans l’hélico de l’organisation, de se faire arrêter devant les caméras, et de passer au tribunal quelques mois plus tard. Trop cool.

EN BON KALIMÉRO, face à ceux et celles qui ont compris ton manège, tu réponds : « c’est vraiment trop injuste ! ». « Je ne leur ai rien fait ! ». « J’ai toujours été non-violent ! » Mais il est tout de même ironique alors de lâcher les centaines de personnes s’affrontant avec les flics entre les griffes bien plus acérées des violences d’Etat. Celles qui mutilent, tuent, marquent et emprisonnent. Il semble qu’à tes yeux la violence que l’Etat retourne contre les éléments les plus radicaux soit justifiée. Il faut dire qu’en plus de 30 ans, les institutions sont devenues ta seconde maison. Et la gestion de l’existant ta nouvelle vocation. Pour toi et tes amis, il ne s’agit plus tant de combattre l’atome que de faire avec. Il est là. Dès lors, les actions visent à influencer les décideurs, l’Etat, les contrôleurs et même les industriels. Elles sont complétées par le lobbying au sein des institutions locales, nationales et internationales. Greenpeace et ses supplétifs EELV, WWF et la FNE cherchent à aménager le monde en ménageant le mode de production capitaliste, et toi tu t’occupes juste du décor, plus des fondations.

En tout, tu ne fais finalement que répondre à la matrice même de Greenpeace, sorte de multinationale du militantisme écolo shootée au management, à la hiérarchie d‘entreprise et au calcul coûts/bénéfices. La multinationale engage même l’un de ses récents directeurs en France, Husting, dans la finance. Depuis longtemps, l’ONG reprend les techniques managériales et est obsédée par la professionnalisation. Elle va même jusqu’à recruter ses activistes, qui porteront les actions décidées en haut lieu, parmi les plus méritants et méritantes de ses bénévoles, tout cela encadré par les dirigeants et dirigeantes et les salariés. Pas de places pour les sympathisants et sympathisantes, ils et elles ne sont bons qu’à verser de la thune. C’est d’ailleurs l’obsession de Greenpeace qui sera l’une des ONG pionnière en matière de collectes dans les rues par de petites mains précarisées. Formés aux techniques non-violentes, aux opérations clandestines symboliques et aux discours médiatiques bien préparés, les activistes, sondés, triés et formés sont la vitrine de l’organisation. En se mettant en péril, ils et elles offrent l’image d’un attachement à la cause, et permettent à l’ONG d’engranger de nouveaux adhérents et adhérentes, et ainsi de nouveaux subsides. C’est pour cette raison essentielle que Greenpeace labellise toutes ses actions, et qu’elle est sans aucun doute totalement étrangère aux survols d’installations nucléaires par des drones. Parce que l’activiste est une ressource et l’action un business plan.

A côté de cela, Greenpeace fréquente assidûment les salons et les cercles patronaux et politiques. Et toi également. L’Etat n’est plus un ennemi mais un sparring partner, avec qui l’on boxe en complicité. Les intrusions dans les centrales ne visent plus qu’à renforcer les dispositifs de sécurité ; les révélations sur les mensonges des industriels à améliorer la sureté des installations ; le retrait des commissions d’information à réclamer une représentation plus juste des antinucléaires. Parce que votre entreprise ne vise plus à changer le monde mais à le ripoliner en vert pâle, en mixant nucléaire et renouvelable, c’est juste la part du nucléaire qu’il faut réduire. Vous ne travaillez plus avec vos amis Facebook d’EELV qu’à ajuster nos vies au meilleur des mondes dans lequel nous sommes plongés en administrant le vivant. Ce maintien d’un monde, pendant du maintien de l’ordre, connecte au réseau énergétique existant ses projets industriels labellisés renouvelables – éoliennes offshores, hydroliennes titanesques, centrales photovoltaïques monumentales – portés par les mêmes industriels qui continuent de promouvoir l’atome. Tout ça pour continuer à faire tourner toutes nos chères industries, nos datas center, nos lignes TGV, tout un tas d’infrastructures de transport d’électricité qui sont appelées à proliférer. Pas de souci, toi et nos chers écolos s’y rallient avec enthousiasme comme pour la nouvelle ligne THT FAB reliant le réseau français et britannique sous prétexte que cette ligne transporterait de l’énergie renouvelable. Oubliée la vocation de cette interconnexion européenne à exporter la surproduction en base de nucléaire de l’industrie française qui produit trop, et importer l’électricité en période de pointe, fournie par les autres énergies. Oubliée la nocivité des lignes qui lorsqu’elles transportent de l’électricité charrient leucémies et mammites, et qui par la magie de la fée écologiste acheminerait dès lors petites fleurs et soleil radieux. Ces projets d’interconnexion, toi, Greenpeace et la FNE les soutiennent au niveau européen, et les relaie au niveau local.

Entre écolocrates, Etat et industriels, comme hier entre Etats patrons et syndicalistes cogestionnaires, il s’agit maintenant de disserter entre gens responsables sur la durée de vie des centrales nucléaires, de réduire l’impact des installations. Tu travailles donc en étroite collaboration avec l’Autorité de Sureté Nucléaire, autorité faussement indépendante, comme les nucléaristes « modernisateurs » et « démocrates » ont su en promouvoir. Et tu peux ainsi laisser parler cette nouvelle responsabilité écologiste dans la revue de l’ASN, Contrôle : « Greenpeace rappelle que, au regard des perspectives de stagnation ou très faible augmentation de la consommation électrique et de la diminution programmée de la part d’électricité d’origine nucléaire en 2025, la solution la plus simple et la plus sage consiste à ne prolonger aucun des réacteurs au-delà de ses 40 ans. L’ASN a redoré son blason depuis la loi TSN et sa manière de communiquer sur l’accident de Fukushima. Elle est maintenant à l’épreuve des faits. Elle doit afficher ses exigences sans aucune concession auprès des exploitants, et n’accepter aucun marchandage. Les années qui viennent devront être celles qui montreront sa véritable nature : son indépendance. » Ceux et celles qui devront supporter tes 40 ans d’EPR te remercient d’avance.

Etre antinucléaire à Greenpeace ça se résume à se transformer en spécialiste en radioprotection. « De son côté, le Gouvernement doit tenir ses engagements en dotant l’ASN des ressources humaines et financières nécessaires à l’accomplissement de la tâche qui l’attend. Il doit doter l’ASN d’un pouvoir de sanctions graduées efficace permettant de contraindre les exploitants à respecter ses prescriptions et réglementations. (…) L’ASN ne devra donc avoir comme seul critère que la sûreté des installations et aucun critère économique ne devra l’influencer. La sûreté ne se marchande pas. Soit une modification n’est pas nécessaire, soit elle l’est quel que soit son coût. La sûreté des réacteurs français est à ce prix-là ! ». Comme tu neutralises la fonction de l’Etat, pourtant principal promoteur de l’atome en France, tu neutralises celle des autorités de sûreté aux mains des nucléaristes… C’est beau l’esprit citoyen. C’est le même souci qui t’habite lors des survols d’installations nucléaires par des drones comme tu le claironnais inquiet sur le plateau d’I-Télé : « On a dit et répété dans des institutions officielles (…) nos systèmes de protection sont perfectibles (…) nos centrales nucléaires ne résistent pas à une attaque aérienne (…) » C’est bizarre, ces installations, malgré le leg qu’elles ne manqueront pas de nous laisser, nous ne les ressentons pas comme les nôtres, mais comme un sacré héritage de merde, et surtout nous n’entendons pas les gérer avec ceux et celles qui les ont construites et les administrent, et encore moins à leur profit. C’est ce que pour ta part tu fais avec d’autres complices de l’ACRO, du GSIEN ou de FNE au sein du Haut comité à la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire. Toi et tes complices du haut comité n’avaient d’ailleurs jamais cessé de vous croiser dans les Commissions locales d’information autour de La Hague. De jacky Bonnemains à Monique Sené, il ne manque personne. A croire que La Hague fut le parfait laboratoire de cette « démocratie » et de cette « transparence nucléaire ».

LORSQUE LE POUVOIR SENT QUE LA SITUATION S’EMBRASE il est toujours heureux de trouver des pompiers. Dans un quartier, c’est le grand frère, la clique associative, dans une boîte, c’est le ou la cacique syndical du coin, dans ton cas l’activiste baroudeur d’autant plus au dessus de tout soupçon qu’il est sûrement rempli de sincérité. L’ordre établi a d’autant plus besoin de gens comme toi, que depuis quelques années il ressort la figure de l’ennemi intérieur. Il trouve toujours des gens pour l’appuyer. Merci Yannick. S’il y a toujours quelques activistes radicaux suffisamment admiratifs de vos savoir-faire, moyens et compétences pour vous accueillir toi et ta multinationale de l’écologie, avec nous ça ne prend plus. Et nous la joue pas « vous divisez le mouvement“, ce serait tout de même gonflé après avoir ainsi livré quelques antinucléaires en pâture sur les plateaux télé. Inutile de préciser qu’on te claque pas la bise. Mais t’inquiète on ne sera sans doute pas sans se recroiser, nous, « djihadistes verts », face aux armes de la police, toi, militant modèle, entouré de caméras ou sur les plateaux télé. Nous ne sommes définitivement pas du même côté de la barricade, ni de l’écran. Gaffe aux projectiles.

Caen, Juin 2015
• Laura Blanchard et Emilie Sievert
blanchard.sievert

Notes

[1] Conclusion de la brochure Greenpeace, ou la dépossession des luttes écologistes, par un anarchiste du CRAN (Collectif Radicalement Antinucléaire).

[2] Les 18 c’est le cartel d’organisations qui des antinucléaire à la CFDT et au PS appellent à bloquer le convoi.

[3] Faut-il te rappeler que July de mao devint patron du Libé libéral, que Jospin de l’OCI se transforma en premier ministre, que Cohn-Bendit de trublion anarcho-communiste se mua en chef de file des écolocrates libéraux et que Kessler de l’UEC devint le numéro 2 du MEDEF qui n’eut de cesse de défaire l’Etat providence… tous ces petits chefs gauchistes de l’après 68 sont devenus l’encadrement du monde capitaliste qu’ils exécraient.

Aurillac : Du rififi au festival.

 Posted by on 25 août 2015 at 23 h 19 min  Actualité nationale, Anarchisme  Commentaires fermés sur Aurillac : Du rififi au festival.
Août 252015
 
Debord

Indy Nantes, lundi 24 août 2015

Au festival d’ Aurillac, on retrouve une grande partie de la « contestation » gauchiste et alternative de France, qui prétend subvertir le capitalisme par l’art de rue. Manifestement, certainEs personnes ont souhaité porter un discours et des pratiques plus radicales. Toute une série de cibles ont été attaquées au cours de ces quatre jours, et chaque matin, les festivaliers et festivalières qui n’ont pas l’esprit englué par la pacification avaient le sourire aux lèvres en passant à côté des tags et destructions en tout genre qui avaient eu lieu pendant la nuit.

Contre les banques et leurs collabos, un Crédit Agricole a vu la totalité de ses vitrines voler en éclats à coups de masse, et un gros étron a été dessiné sur le mur. Un autre Crédit Agricole a vu ses DAB recouverts de peinture, et chaque jour de nouveaux tags apparaissaient, « Niktout », un énorme « Dévalisez-moi » et autres inscriptions anarchistes. Une dizaine de DAB du centre-ville ont également été repeints la veille du feastival, ce qui a compliqué l’orgie consommatrice qui se préparait à partir du lendemain. Au moins un autre DAB a été éclaté par un projectile. Un LCL a été maculé d’inscriptions hostiles à la police, « Nik la police », « Sortez vos fourches », « Je vous emmerde ».

Contre la pub, une soixantaine de vitres de sucettes JCDecaux et d’arrêts de bus ont été brisées, ainsi que des tags insultant les vendeurs publics, « stop pub », « niktout ». Sur une grande affiche en 4×3, on pouvait lire en grandes lettres « Mange ton patron (A) ».

Contre le travail et l’exploitation capitaliste, des agences d’intérim ont été taguées, et une agence Adecco a perdu toutes ses vitrines et on pouvait lire sur sa porte « Mort au travail ».

Contre la politique et ses sbires, le local EELV d’Aurillac était repeint d’une inscription les décrivant mieux, « Europe Écologie les Jaunes ».

Contre la domination scolaire et ses édifices, on pouvait lire sur un lycée « Le lycée en feu, les profs au milieu », et une école primaire a été marquée, à l’adresse des festivaliers et des artistes gauchistes, « Contestation du Spectacle, ou spectacle de la contestation ? ».

Contre le spécisme et l’exploitation animale, plusieurs boucherie/marchands de cadavres ont été visés par des tags « Go Vegan », ainsi qu’un cabinet vétérinaire qui a également reçu un « Collabo » bien envoyé.

Contre les gentrifieurs, plusieurs agences immobilières ont perdu leurs vitres, et des tags inscrits sur leurs murs. À Aurillac, un constructeur de maisons avait profité du festival pour recouvrir toutes les navettes de publicité « MAISONS PARTOUT ». Les publicités ont vite été détournées, et le local de l’entreprise a été corrigé par plusieurs tags explicites « Squats partout », « Squatte ta ville ».

Contre la consommation, « Bouffe de la merde » sur le Macdo, plusieurs supermarchés ont aussi été ciblés, et on pouvait lire sur le Leader Price « Bâtards de vigiles. Vigiles collabos, sacs à merde. C’est mon coca. Patrons voleurs ».

Contre les assurances, plusieurs agences d’assurance ont été tagguées « Crame ton assurance », « Nique tout », etc.

Contre les flics et la justice, les insoumisES ont été prolifiques. Sur le MacDo, en grandes lettres « Tous les flics sont des bâtards (A) », des dizaines de tags recouvraient la ville, « Nik la BAC », « Crève les keufs », « Mort aux flics », « Nique la BAC à merde », « De Gaillacs à Aurillac, crève la BAC », « Feu aux prisons », « Antiflics/Antifrance », « Antikeufs, antifa, antifrance et surtout en titane », « Émeute-toi », « Émeutes, pillage, sabotage ». Devant les check-points de vigiles tout autour du centre-ville, « 1 vigile = 1 balle », et autres joyeusetés du même genre.

Encore, en vrac, « Qui a coupé nos nerfs ? », « Avec rage et joie », « ZAD partout » etc.

En espérant que cela donne des idées à celles et ceux qui veulent poser dans la rue des choses politiques et radicales, dans la même veine que quelques open mics clandestins qui ont pu être aperçus au détour des rues de la ville.

Source : Brèves du désordre.

De Paris à Pékin… Bref voyage au royaume des mandarins de la communisation.

 Posted by on 18 juillet 2015 at 15 h 00 min  Actualité nationale  Commentaires fermés sur De Paris à Pékin… Bref voyage au royaume des mandarins de la communisation.
Juil 182015
 
ruines

 

L’opuscule que j’ai récemment rédigé et diffusé, «  Les voies de la communisation ne sont pas impénétrables  », m’a valu de recevoir des mails, ponctués souvent d’amabilités du genre  : «  grosse merde  », «  sale con  », etc. Pas besoin d’être psychanalyste pour comprendre l’origine et la nature des pulsions, propres au monde de la beaufitude, qui remontent à la surface à travers de telles invectives. Je n’y répondrai pas. Je m’en tiendrai, comme d’habitude, à l’adage taoïste  : «  Le sage est comme le miroir. Lorsque des ombres gesticulent devant lui, il reste impassible car il sait que ce ne sont que des ombres.  »

 

Ceci dit, leurs expéditeurs laissent parfois entrevoir ce qui les dérange lorsqu’ils nous accusent, moi comme d’autres critiques des milieux communisateurs, d’abandonner le terrain de l’analyse des «  idées de nos adversaires  » au bénéfice de poses «  morales  », voire «  puritaines  ». Nous nous livrerions à des enquêtes «  inquisitrices  » sur les origines de classe et les sources de revenus de tels ou tels ténors de la communisation. La critique de ce que je nomme, de façon métaphorique, «  schizophrénie sociale et politique  » nous amènerait, presque inévitablement, à sombrer dans des travers connus, trop connus. Du genre de ceux qui eurent cours lors de la Révolution culturelle et qui conduisirent aux infamies des procureurs maoïstes, en Chine et ailleurs. Allusion perfide, je pense, à mon bref passage par le maoïsme, à l’aube des années 1970. Elle nous conduirait aussi à négliger l’importance des réflexions portées par des individus qui ne sont pas tous nécessairement domiciliés en bas de la pyramide sociale et étatique, mais qui sont même parfois proches de son sommet.
Comme l’un des auteurs des lignes vengeresses connaît manifestement mon intérêt pour la Chine, il me «  conseille  » de «  lire Mylène Gaulard  », ce qui se «  fait de mieux dans le genre de critique marxiste du capitalisme chinois  », auprès de laquelle «  je devrais prendre conseil  » plutôt que de «  stigmatiser, comme le premier libéral venu, les traditions mandarinales de l’Etat chinois.  » Référence sans doute à des discussions que j’ai eues en présence de communisateurs sur mon texte «  Au cœur du dragon  » daté de 1992, réalisé après deux très longs séjours effectués à titre personnel en Chine continentale, dès la fin des années 1980. Séjours qui m’avaient amené à mieux comprendre les particularités de l’histoire de la Chine, de l’Etat chinois et des révoltes de l’époque, réduites par les apôtres de la démocratie à la contestation du monopole du Parti lancée par les apprentis mandarins des universités chinoises. Lesquels font souvent partie aujourd’hui, parfois après des séjours dans des camps de travail, des cliques d’affairistes composées de bureaucrates du Parti et d’individus en orbite plus ou moins proche autour d’eux. Comme «  Au cœur du dragon  » va être réédité, je me contenterai ici de signaler que mes positions d’alors, nullement libérales, étaient déjà aux antipodes de la purée réductionniste que diffusent sur la Chine des groupes communisateurs comme «  Tant qu’il y aura de l’argent…  ».

Je me suis donc penché sur ce que Gaulard a rédigé et affirmé ces dernières années, y compris dans des colloques et dans des médias, particulièrement sur la Chine. Comme toujours, je m’en tiendrai à des analyses et des prises de position facilement vérifiables sur le Web, sans même qu’il soit nécessaire de se procurer le livre phare de la chercheuse  : «  Karl Marx à Pékin.  » Ce qui ressort de mes recherches, au-delà de la lecture ennuyeuse de statistiques et de lieux communs sur l’accumulation du capital en Chine, c’est la constatation de l’indigence et du dogmatisme des positions de la dame, en particulier en ce qui concerne la nature et le rôle de l’Etat chinois. Ses propos me rappellent irrésistiblement l’aphorisme d’Oscar Wilde concernant les universitaires d’Oxford  : contrairement aux gens du commun, disait-il, ils arrivent à l’ignorance à travers de longues et pénibles études ; par suite, à la différence des premiers, il ne reste même plus de place dans leur tête pour acquérir des connaissances authentiques sur la vie ; n’y demeurent que des références à des dogmes surannés.
Ainsi, Gaulard fait référence au Marx de «  La critique du programme de Gotha  », daté de 1875, pour «  démontrer que la Chine n’est pas socialiste  ». Je rappelle que les gloses de Marx visaient à stigmatiser le socialiste Ferdinand Lassalle, décédé en 1865, considéré comme l’un des partisans de l’Etat social bismarckien. L’influence de Lassalle était encore vivace dans le parti social-démocrate d’Allemagne en formation en 1875. Pour le reste, même lorsque j’étais encore à moitié marxiste, vers la fin des années 1970, les positions défendues dans «  La critique du programme de Gotha  » me paraissaient déjà suspectes. C’est dans de tels textes que le scientisme, le productivisme et l’étatisme de Marx apparaissent le plus clairement. En particulier dans le célèbre passage  : «  Quelle transformation subira l’Etat dans une société communiste  ? Autrement dit quelles fonctions sociales s’y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l’Etat  ? Seule la science peut y répondre […] Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond la période de transition politique où l’Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat […] Le programme n’a pas à s’occuper, pour l’instant, ni de cette dernière, ni de l’Etat futur dans la société communiste.  »
A quelques exceptions près, les communisateurs, en France et ailleurs, n’ont pas grand chose à objecter à «  La critique du programme de Gotha  ». Sinon que la notion de transition, via l’instauration du pouvoir prolétarien, est à rejeter. Pourtant, Marx parle ici de maintien de fonctions étatiques dans la société communiste, fonctions sociales mais non plus politiques, dans la veine du communisme technocratique de Saint-Simon, comme je l’ai déjà signalé, au grand dam de la chefferie communisatrice. Or, l’idée saint-simonienne de «  l’administration des choses  » substituée au «  gouvernement des hommes  », reprise par pas mal de marxistes, même hétérodoxes, n’est rien d’autre que du capitalisme idéalisé. Dans le monde profane de la domination modernisée, qui a succédé à l’ancienne société bourgeoise, elle est déjà réalisée en partie sous la forme de «  l’administration des hommes comme des choses  », y compris en Chine.
De même que le principe «  De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins  » à inscrire, d’après Marx, sur «  les drapeaux  » de la société communiste, a été réalisé de la seule façon possible, grâce à l’industrialisation effectuée dans le cadre du marché mondial. Donc sans constituer la base conduisant à l’extinction de la coercition étatique, comme l’affirmait Marx et, à sa suite, Gaulard. Au contraire. L’Etat en est sorti renforcé, en termes de légitimité et de puissance. Lesquelles ne sont pas réductibles à la question de savoir quel est le taux d’investissement de l’Etat chinois dans l’économie. D’ailleurs, Gaulard est bien obligée de reconnaître parfois que le pouvoir central stigmatise, destitue et même fusille des représentants des pouvoirs locaux pour calmer les populations en colère, méthode de gouvernement déjà utilisée par l’Etat centralisé et bureaucratisé des Qin, il y a plus de deux mille ans.

Par suite, contrairement à ce qu’elle affirme, il est logique que les idéologues actuels du Parti chinois, apologistes du «  socialisme de marché  » réalisé sous l’égide de l’Etat, se réfèrent à des textes aussi ambigus de Marx sur la question du pouvoir que la «  Critique du programme de Gotha  ». De même qu’ils rendent hommage à «  L’art de gouverner  » rédigé par Han Feizi, considéré comme le Machiavel chinois, l’un des maîtres de l’Ecole de la loi à la veille de la constitution de l’empire des Qin, et qui plaçait l’allégeance au pouvoir d’Etat au-dessus de toutes les autres, même familiales et religieuses. Comme quoi, le «  plus ancien peut être le plus moderne  ». En Chine comme ailleurs, les aliénations parfois millénaires ne sont pas automatiquement éliminées par l’accumulation et l’extension du capital mais bien souvent reconduites, en partie du moins, transformées et intégrées à l’actuel mode de domination, tel qu’il existe dans l’histoire profane et non pas dans celle, imaginaire, née dans la tête du dernier carré des gardiens de l’orthodoxie. Mais, pour Gaulard, cela relève de la contingence puisque, dans sa tête, la question principale, sinon exclusive ou presque, c’est l’économie. Par suite, celle de l’Etat est secondaire. Nous asséner des choses pareilles après des décennies de réalisation du «  socialisme réel  » sous la direction du Parti qui a hérité en grande partie du rôle de l’Etat mandarinal, c’est sacrifier la réalité à l’idéologie. Ce qui l’amène à accumuler les arguments d’autorité à titre de preuves.
Mais c’est inévitable puisqu’elle raisonne en économiste, comme elle aime à le répéter. En d’autres termes, elle évacue de son champ de vision pas mal de phénomènes, y compris lorsqu’ils concernent les oppositions et les révoltes contre la domination qui nous importent au premier chef. Comme si l’économie était séparable du reste du monde. Ce mode d’analyse fut inauguré par les pères fondateurs de l’économie politique, à commencer par l’Isaac Newton de la nouvelle science, Adam Smith lui-même. Il est symptomatique que Gaulard stigmatise les «  économistes vulgaires  » d’aujourd’hui et leur oppose, à l’image de Marx, les «  classiques  » de l’Ecole manchestérienne d’hier et d’avant-hier. De plus à titre d’économiste marxiste, elle appréhende l’économie comme l’infrastructure de la société sur laquelle s’élève la superstructure, en particulier politique. A partir de là, elle tente d’analyser l’évolution historique de la Chine, même la plus récente, en mettant plus ou moins de côté ce qui ne rentre pas dans la «  grille de lecture marxiste  », pour reprendre ses propres termes. Elle évolue donc dans les limites de l’économie saisie comme objet d’analyse de la science, avec la batterie de prétendues lois immanentes qui lui seraient propres, à commencer par l’insaisissable baleine blanche du marxisme, la «  loi de la baisse tendancielle du taux de profit  » censée expliquer les crises, y compris en Chine. Crises qui, dans la tradition marxiste, représentent la condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour que des poussées révolutionnaires dignes de ce nom apparaissent et se généralisent.

C’est la raison pour laquelle Gaulard a été récemment invitée à l’infokiosque «  Mille sabords  », de Marseille par le cercle communisateur «  Tant qu’il y aura de l’argent…  », à titre de «  camarade  » d’ailleurs  : «  La crise économique se profile en Chine. Les difficultés s’y accumulent, de manière toujours plus apparente. L’espoir d’un renouveau venu d’Asie, pour un capitalisme mondial affaibli, prend fin. Au-delà de la rigidité du régime politique, ou des désastres écologiques facilement relevés par les observateurs les moins attentifs, la formidable croissance de la Chine la mène à cette crise inévitable. Et cela parce que depuis 1949, sous l’étendard d’un socialisme usurpé, le capitalisme et son cortège de contradictions s’y renforcent toujours plus. S’appuyant sur les outils théoriques élaborés par Karl Marx, ce livre est consacré à une analyse rigoureuse et critique de ce processus. Mylène Gaulard est maître de conférences en sciences économiques à l’université Grenoble Alpes. Se réclamant d’un marxisme non dogmatique, elle est spécialisée en économie du développement, et ses recherches portent plus spécifiquement sur le Brésil et la Chine.  »
Cette déclaration montre à quel point le micromonde de la communisation est fasciné par l’autorité, ici celle du savoir. Comme si le simple fait d’affirmer que Gaulard est «  marxiste non dogmatique  » la dédouanait, permettait d’oublier, ou pour le moins de considérer comme négligeable, sa fonction sociale. Comme si elle effectuait de pures recherches «  théoriques  », exemptes de présupposés et d’implications «  pratiques  ». Alors même que, comme l’affirmait cyniquement Francis Bacon, chancelier d’Angleterre et l’un des principaux créateurs de la science moderne à l’époque de la Renaissance, «  le savoir, c’est le pouvoir  ». Ce qui est pleinement réalisé aujourd’hui comme le montre la prolifération, y compris en France, de centres de Recherche et Développement, financés par l’Etat et par les firmes, qui couvrent tous les domaines de la vie sociale et politique, et qui constituent des pépinières de conseillers reconnus en matière d’expertise auprès d’institutions nationales et internationales. Tel le Centre de recherche en économie de Grenoble (Creg), auquel Gaulard participe.
Aux experts, les institutions demandent des expertises. Par suite, le Creg joue le rôle de conseiller du prince auprès d’organismes chargés, y compris par l’ONU, de piloter le «  développement durable  » aux quatre coins du monde, et auprès de journaux institutionnels comme «  La Tribune  ». C’est ainsi que, parallèlement à des interventions sur l’aggravation de l’exploitation en Chine, par exemple au sein du colloque consacré à la présentation de «  L’accumulation du capital  », le livre de Rosa Luxemburg, organisé par le cercle «  Table rase  » de Lyon, Gaulard est interviewée par la «  Tribune  ». Des interviews dans lesquels elle affirme, sur le ton neutre qui convient à l’économiste, que la «  crise en Chine est dangereuse  », que le «  ralentissement économique international  » et la «  hausse du coût de la main-d’œuvre chinoise  » pèsent «  sur la compétitivité de ses exportations  », etc. En gros, elle déconseille aux investisseurs français de placer leurs billes en Chine continentale. Ce qu’ils commencent d’ailleurs à faire, vu que les vagues de grèves et d’émeutes dans les Zones économiques spéciales (Zes), lieux privilégiés des investissements étrangers, ont conduit à ce qu’ils soient moins rentables qu’auparavant.
Alors, qui est la véritable Gaulard  ? L’économiste déjà reconnue par ses pairs à 34 ans qui travaille au Creg ? L’invitée qui papote dans des cercles marxistes «  non orthodoxes  », y compris communisateurs, et même dans les colonnes de la revue «  L’anticapitaliste  » du NPA, à l’occasion, regrettant l’époque où les «  économistes s’intéressaient plus à Marx  ». Du côté des Partis communistes  ? Poser la question, c’est y répondre  : elle évolue dans le monde de la double pensée et du double langage, celui de la domination. Point barre.

Le seul fait de parler de «  schizophrénie sociale et politique  » met pas mal de ténors des milieux communisateurs hors d’eux et des phénomènes qui relèvent de la peste émotionnelle explosent. D’où les vagues d’insultes qui déferlent. Il n’est nul besoin d’effectuer des séances de psychanalyse pour comprendre que lesdits ténors se sentent concernés au premier chef par les critiques qui précèdent. Ce qui n’est pas nouveau Déjà, au lendemain de la Commune de Paris et de l’instauration de la IIIe République, les couches d’intellectuels en mal de reconnaissance sociale et politique commencèrent à investir, voire à organiser, les organes centraux du Parti social-démocrate, reprenant et développant pour leurs propres comptes les côtés scientistes et étatistes contenus dans la doctrine de Marx. Phénomène général que Jan Waclav Makhaïski, libertaire d’origine polonaise, analysa de façon pertinente dans des articles et des brochures critiquant «  le socialisme des intellectuels  », aujourd’hui disponibles sur le Web. Plus tard, le phénomène prit encore bien plus d’ampleur lorsque, au lendemain de la Libération, le Parti communiste devint «  le premier parti de France  ». Ce qui incluait aussi l’intégration accélérée des idéologues du Parti à l’Etat, à commencer par l’Université et les diverses annexes étatiques ou para-étatiques prestigieuses, telles que l’Ecole normale supérieure, dont il orienta en partie les recherches. Ensuite, dans la foulée de Mai 68 et sur fond de refus platonique du stalinisme, des contestataires de la dernière heure tentèrent d’accéder, et accédèrent parfois à des fonctions de conseillers du prince, à commencer par le dénommé Michel Foucault, par exemple en matière de recherches visant à ripoliner l’univers carcéral, face aux révoltes qui le secouaient.

Désormais, à l’ancienne figure de «  l’intellectuel universel engagé  » d’obédience marxiste, dont Louis Althusser fut, en France, le symbole le plus pathétique, s’est substituée celle de «  l’intellectuel spécifique engagé  » pour reprendre les termes de Foucault qui se définissait ainsi lui-même, avec la modestie apparente qui le caractérisait. Elle exprimait surtout sa propre subordination au rôle de spécialiste que le mode de domination en cours de transformation lui attribuait, face à des révolutionnaires qui ne supportaient plus les mandarins à la Althusser. Lequel rôle préfigurait ce que nous voyons fleurir aujourd’hui  : «  l’expert  » plus ou moins «  engagé  » à qui des contestataires en mal d’autorité et incapables de prendre position par eux-mêmes et pour eux-mêmes, sur des questions aussi essentielles que la critique de l’économie, font appel à titre de «  contre-experts  ». Lesquels jouent les dispensateurs de «  conseils  » sans prétendre, à leurs dires, imposer d’autorité leur savoir universitaire. Comme Gaulard qui affirma, au colloque de «  Table rase  » que, «  à titre d’économiste  », elle laissait à d’autres la présentation de la pensée politique de Luxemburg  ! Personne n’a protesté, à ma connaissance, contre la posture qu’elle a prise ici, propre aux mandarins qui sévissent dans l’université française d’aujourd’hui, dont la règle de conduite et la fausse modestie qui cache leur autoritarisme pourraient être formulées ainsi  : «  De chacun selon ses spécialités, à chacun selon ses aliénations.  »

Mais ainsi fonctionne le cénacle des experts «  engagés  ». Leurs carrières universitaires, avec ce qu’elles impliquent de complicité avec les gestionnaires du capital et de l’Etat, n’entament pas leur crédibilité dans les milieux «  révolutionnaires  ». Pour autant que leurs recherches sentent quelque peu le souffre et ouvrent les portes à quelques études dans des champs qui n’avaient pas encore été stérilisés par les réducteurs de tête universitaires. Leur pose contestataire légitimise en retour leur rôle institutionnel. Car il est bien connu que les maîtres de la domination ne placent pas tous leurs œufs dans le même panier et savent, plus que jamais, utiliser ou même faire démarrer quelques contre-feux pour neutraliser les foyers d’incendie potentiels. Voilà à quoi servent, à quelques exceptions près trop rétives, vite mises sur la touche, les contestataires du cénacle.

André Dréan,
Juillet 2015.

Pour correspondre  : nuee93

P.-S.

Quelques liens conduisant à des articles, à des interventions et à des interviews de l’actuelle pasionaria de la communisation.

 

Source : Non Fides.

Juin 262015
 
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La merde aime côtoyer la merde

contre la maxi-prison, ses défenseurs et ses faux critiques

vendredi 26 juin 2015

A la mi-mai, on a eu droit à une petite avalanche de merde dans la presse. Les journalistes se sont pressés pour jeter leur lumière sur la lutte contre la maxi-prison. Scandalisés par le fait que cette lutte ne parcourt pas les chemins légaux et préconise l’action directe et l’auto-organisation pour empêcher la construction de ce nouvel enfer carcéral, qu’elle ne s’adresse pas aux institutions et aux politiciens mais fraye son chemin dans les quartiers populaires de Bruxelles (et pas seulement), qu’elle n’a rien à partager avec les journalistes et tout à dialoguer avec d’autres révoltés, ils n’ont pas hésité à la qualifier de « guérilla urbaine » et de l’incontournable « terrorisme ».

 

Depuis les deux ans que s’acharne cette lutte et contrairement à toute la clique politicienne et les citoyennistes bienveillants, on n’a pas mâché nos mots : pour empêcher cette maxi-prison, il faut mener un combat direct et offensif. S’auto-organiser en dehors de toute structure officielle, prendre la parole dans nos propres espaces de lutte et dans la rue (et pas devant les micros des journaleux ou sagement assis à la table avec nos ennemis), agir par l’action directe et le sabotage contre les entreprises qui veulent construire cette maxi-prison et contre tout ce qui nous enferme au quotidien dans cette ville qui ressemble de plus un plus à un camp de concentration à ciel ouvert.

Que cette proposition de lutte, et la sympathie et l’enthousiasme qu’elle sait susciter partout chez celles et ceux qui en ont bien ras-le-bol de tout ce système pourri, déplaise fortement au pouvoir ne nous étonne pas. Qu’elle déplaise aux journalistes, ces amplificateurs de la voix du pouvoir, ne nous fait que sourire. Que cela rende nerveux les promoteurs et les constructeurs de cette œuvre de la répression est dans la logique même des choses. S’ils pensaient pouvoir en toute tranquillité et en étant applaudis par tout le monde construire cette prison et se faire du fric sur la misère des autres, ils se sont bien trompés.

Si notre réponse à la presse a été de les ignorer froidement en continuant notre lutte, loin des caméras et des endroits où les vautours des médias aiment s’amasser (les journaleux savent bien qu’on les accueille à coup de pierres dans les quartiers et ne s’y aventurent donc que rarement sans protection de leurs copains en uniforme), celle d’autres gens qui s’opposent à la maxi-prison a été bien différente. Comme à « l’occupation symbolique » (ce sont leurs propres mots) en cours du futur terrain de la maxi-prison, où plusieurs personnes ont senti la nécessité de déclarer devant les caméras qu’ils s’opposent aux « faits criminels » et qu’ils sont « pacifistes ». Tellement pacifistes de préférer côtoyer des magistrats (ils font même partie de leur plate-forme citoyenne contre la méga-prison, ces mêmes magistrats qui condamnent jour après jour des gens à crever en taule), des élus, des journalistes, des flics que de se voir associé à la « racaille », aux « criminels », aux « clandestins », aux « pauvres », aux « violents ».
« Il faut arrêter de faire l’amalgame », déclarait une porte-parole de l’opposition légaliste (qui croit pouvoir arrêter la maxi-prison à coups de participation citoyenne, de pétitions, d’interviews, d’actions ludiques). Et bien, bizarrement, on est d’accord : un abîme profond sépare celles et ceux qui luttent de façon autonome et directe, en agitant dans les quartiers et en agissant de jour comme de nuit, de ceux qui préfèrent les conférences officielles, une plus petite maxi-prison, quelques carottes. Jour après jour, action après action, cet abîme se creuse : soit on lutte contre le pouvoir qui veut imposer cette maxi-prison, soit on lèche le cul au pouvoir, ses lois et ses défenseurs, peu importe les « bonnes intentions » qu’on imagine avoir.

« Nous n’avons rien à voir avec ces actions » affirmait un « occupant » du terrain à Haren, parlant des actions de sabotage contre les entreprises et les responsables du projet de maxi-prison. S’il faisait là sans doute déjà un amalgame en s’arrogeant le droit de parler au nom des autres occupants, il cherchait à torpiller un aspect fondamental de notre proposition de lutte : la solidarité entre révoltés, l’hostilité contre l’Etat et ses sbires. Si d’autres prétendaient, encore sur invitation des journaleux, que l’auto-organisation et l’action directe « décrédibilisent la lutte », la réponse vient presque toute seule : mais de quelle lutte vous parlez ? Pas de la nôtre en tout cas.

[Extrait de Ricochets n°7, Bruxelles, juin 2015.]

Source : Base de données anarchiste.

Juin 172015
 
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Ci joint vous trouverez une lettre ouverte adressée à Yannick Rousselet, responsable des campagnes nucléaires à Greenpeace France. Cette lettre ouverte a été écrite dans le cadre d’une revue à paraître autour de la mort de Rémi Fraisse - manifestant tué par le souffle d’une grenade offensive cet automne lors d’un rassemblement contre le barrage du Testet -. Il était pour nous important d’évoquer dans ce cadre comment l’Etat trouve souvent au cœur des luttes des militants ou des militantes à même de relayer son discours. C’est ce rôle que notre salarié de la multinationale écologiste a accepté d’endosser en direct sur i-Télé, condamnant les « méchants casseurs » qui « sévissaient » en réaction à cet assassinat dans les rues de Nantes et Toulouse.

La lettre ouverte qui suit sert davantage à nous alerter, nous qui luttons la rage au ventre contre ce monde, qu’à convaincre notre professionnel de la dissociation des méfaits de ces interventions. Il est en effet à la mode dans les milieux radicaux d’appeler à composer avec ceux et celles qui depuis déjà des plombes n’ont de cesse de donner en pâture aux flics et aux journalistes des camarades de lutte. Les réactions qui ont suivi la mort de Rémi Fraisse ont vu de nombreuses personnes prendre de lourdes peines. L’arsenal répressif loin de s’émousser s’en est retrouvé renforcé. Quant aux mesures proposées par la commission parlementaire mise en place à la suite à cette mort, elles ne font que renforcer les conditions d’un maintien de l’ordre qui ne visent qu’à protéger le monde dans lequel nous sommes plongés.. Des interdictions de manifs sur le modèle des interdictions de stade au brouillage des réseaux sociaux et des portables sur des zones de manifs, tout ne fait que confirmer cette volonté de donner un tour de verrou supplémentaire. Ce n’est donc pas par repli idéologique ou sectarisme que nous interpellons ainsi Yannick Rousselet, mais bel et bien pour rompre les illusions des unités de façade. Parce que comme le maintien de l’ordre cherche à maintenir un monde, Rousselet et d’autres jouent avec ce monde en complicité.

Si nous avons choisi des pseudonymes pour nous exprimer ce n’est ni par goût du secret, ni par volonté de nous soustraire à une critique plus directe de la part de Yannick Rousselet ou de ceux et celles qui pourraient choisir de le soutenir, mais bel et bien pour éviter la personnification à laquelle n’échappe pas nos propres « milieux ». Si des personnes comme Yannick Rousselet peuvent s’exprimer au nom d’un mouvement, d’une organisation, c’est qu’ils et elles jouent de cette personnification. Finalement, user d’un pseudonyme c’est paradoxalement pouvoir parler pour nous-mêmes, se défaire de toute ambition politicienne.

Enfin Yannick cette lettre s’adresse également à toi. Nous ne cherchons pas avec elle à nourrir un quelconque dialogue. Nous ne nous illusionnons pas sur la possibilité que tu fasses évoluer tes positions. Nous t’affirmons juste au passage notre hostilité irréductible. Enfin, nous avons choisi de ne pas la faire suivre à ton employeur, Greenpeace, car tu demeures un salarié, et cela même si tes positions sont plutôt pour ce genre de structure un gage de professionnalisme.

Révolutionnairement,
Laura Blanchard et Emilie Sievert.

PS : Le Raz Blanchard est l’un des plus puissants courants marins d’Europe qui circule au large du cap de La Hague ; le millisievert est l’unité de mesure de la radioactivité la plus communément utilisée de nos jours. L’un disperse les effluents radioactifs rejetés par l’usine de retraitement de La Hague que mesure la seconde.


IL ÉTAIT UNE FOIS LA COGESTION. Lettre ouverte à Yannick Rousselet, Responsable des campagnes nucléaires à Greenpeace France.

« Nom de dieu je sais très bien comment c’est la révolution !
C’est les gens qui savent lire dans les livres
qui vont voir ceux qui savent pas,
et les voilà qui disent le moment est venu de changer tout ça !
Ils expliquent aux pauvres bougres, qui eux font le changement.
Après, les plus malins de ceux qui savent lire dans les livres
s’assoient autour d’une table pour bouffer et blablater,
pendant que c’est les pauvres bougres qui crèvent.
Et qu’est-ce qui arrive quand c’est fini ?
Rien, tout recommence comme avant. »

Il était une fois la révolution, Sergio Leone.

Yannick,

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DIRE QUE C’EST AVEC SURPRISE que nous avons découvert ton intervention du 01 novembre 2014 sur I-télévision serait mentir. Depuis quelques mois, du blocage du convoi de déchets nucléaires de Valognes aux survols de drones au dessus d’installations nucléaires françaises, tu es sur ces plateaux comme chez toi. Entre les inévitables spécialistes en think tanks, experts en maintien de l’ordre et éditorialistes de torche culs, tu dissertes ce jour là sur les manifestations qui se déroulent à Nantes et Toulouse suite à la mort de Rémi Fraisse. Dénonçant la rage des manifestants et des manifestantes, tu condamnes les groupes de « casseurs“ auxquels les médias offriraient trop d’importance au regard des milliers de rassemblements pacifiques qui auraient lieu un peu partout en France.

Quelques jours plus tôt à Sivens, la gendarmerie a assassiné Rémi Fraisse, laissant un trou béant dans sa colonne vertébrale et un immense sentiment de perte et d’absurdité pour ceux et celles qui le matin à Sivens devaient se compter pour savoir qui manquait. Tandis que ce même jour, dans les rues de Nantes, mobiles et bacqueux fignolent leur besogne en arrachant le nez d’un compagnon, et que des petits groupes de fachos attaquent des manifestants et des manifestantes, sous l’œil complice des flics, tu condamnes en direct les « casseurs“. Tu as fini par choisir ton camp, et a priori c’est plutôt celui de l’ordre… et de la division qu’il tente d’opérer entre « bon manifestants“ et « méchants casseurs“.

Ainsi en quelques années, l’activiste antinculéaire que tu étais s’est mué au contact de ton employeur Greenpeace, au nom d’une sacro-sainte religion de la non violence, mais surtout d’un pragmatisme cogestionnaire, en relai des basses besognes policières. D’autant que tu n’en es pas à ton coup d’essai. Déjà à Valognes, en novembre 2012, lors d’un départ de déchets radioactifs vers l’Allemagne, tu ne te contentais pas de tenter de récupérer l’évènement avec ton organisation, Greenpeace. Tu te dissociais également et jetais en pâture à la vindicte policière les quelques centaines de personnes qui ont alors tenté, en essayant de ralentir le convoi, de réveiller une opposition au nucléaire bien endormie. Le fait que toi et ton organisation décident d’un rassemblement la veille, dans le but assumé dans des mails internes de tirer la couverture médiatique à vous, tout en appelant vos ouailles à déserter un rassemblement « anarchiste et violent“ n’était guère étonnant. Votre refus de participer était attendu. En revanche, quand, par ta voie si médiatique, Greenpeace se dissocie en ces termes : « une ligne blanche a été franchie » ; quand elle participe au discours puant des autorités en alimentant les fantasmes de dangereux et dangereuses incontrôlables violents ; quand elle refuse le simple acte – minimal – de solidarité avec les compagnons et la compagnonnes inculpés de Valognes, en imposant, seule, son veto dans une coordination régionale anti-EPR qui souhaitait marquer sa solidarité, obligeant les autres organisations à faire chacune son communiqué ; quand par tes propos elle fournit lors de ce même procès des arguments à l’accusation, alors là, pas de doute, on change de registre. C’est un positionnement clair, pour le moins hostile à celles et ceux qui veulent lutter et retrouver un temps soit peu de prise sur la lutte antinucléaire et leurs existences. Nous étions alors quelques uns et quelques unes à en prendre acte, et à confirmer encore s’il en était besoin, que « nous n’avons définitivement plus rien à voir avec Greenpeace“ [1].

POURTANT, TES PREMIERS PAS DANS LA LUTTE ANTINUCLÉAIRE tu les as faits au Comité contre la pollution Atomique dans la Hague, le CCPAH, premier Comité antinucléaire en Cotentin. Au comité on ne badinait alors pas avec l’action sous toutes ses formes. Dès 1973, des « irresponsables“ du CCPAH stoppent avec d’autres militants et militantes un transport de combustibles. Plus tard, lors-qu’après Malville, des personnes sont arrêtés pour avoir cramé des engins du chantier de Flamanville, malgré quelques réticences, le CCPAH et les Comité Régionaux d’Information et Lutte AntiNucléaire (CRILAN), créés pour s’opposer à la construction de la centrale de Flamanville, maintiennent leur solidarité. En 1979, lors des venues des Pacific Fisher, bateaux transportant des combustibles usés en provenance du Japon pour être retraités à La Hague, l’opposition se joue dans la rue. Au petit matin les grues de déchargement sont sabotées. Des affrontements violents ont lieu dans Cherbourg assiégée par les gendarmes mobiles, les voies sont obstruées par un wagon couché sur les voies à la Salines près de l’arsenal. Des bobines PTT sont posées sur ces mêmes voies. Bref l’imagination et la rage sont au rendez-vous, les coups et les blessures également. Tandis que le lendemain la presse locale s’en donne à cœur joie contre les « autonomes“ et autres « casseurs“, la Crasse de la Manche, journal clandestin porté par des militants et militantes du CCPAH, distribué à plus de 800 exemplaires dans l’arsenal militaire de Cherbourg, où l’on fabrique les sous-marins à propulsion nucléaire lanceurs d’engins et où tu bosseras quelques années, rétablit quelques vérités en ces termes : « Les quelques jours qui ont suivi l’arrivée du Pacific Fisher à Cherbourg ont vu éclore un certain nombre de communiqués dans les colonnes des journaux locaux. Emanant de diverses organisations presque tous ces articles revenaient sur les événements qui eurent lieu sur la voie ferrée. La plupart des signataires se désolidarisaient des « éléments incontrôlés » pour certains, « autonomes » pour d’autres. Ces propos employés d’ordinaire par les forces de l’ordre ou la presse bien pensante ont été utilisées par des organisations qui feraient bien de réfléchir en deux fois avant de porter de tels jugements. En effet, il nous a semblé que ces autonomes n’étaient pas des êtres venus d’ailleurs, mais bien souvent des militants connus, membres à part entière de divers syndicats, partis ou associations. Si par malheur, ces camarades se retrouvaient un jour devant un tribunal, les juges sauront se servir des déclarations de certains pour mieux condamner ceux qui par leur action ont su compenser la carence des 18 [2] sur le terrain. Le préfet s’est déjà servi des jugements de la CGT, ce qui n’est pas pour nous surprendre. Nous ne pouvons être d’accord avec de tels comportements surtout de la part de quelque organisation que ce soit des 18. » Autonomes ?… par nécessité ! – La Crasse de la Manche, Novembre 79.
A cette époque, malgré des divergences et des discussions parfois houleuses, au sein du mouvement, même si l’on était en désaccord avec une action on savait conserver un minimum de solidarité face à l’ennemi commun, l’Etat nucléariste. Mais comme dirait July, Jospin, Cohn-Bendit ou Kessler [3], tout ça c’est une époque révolue. Pourtant alors, tout le monde avait saisi que la violence c’est l’Etat qui la porte, en expulsant, pour lancer les travaux de la centrale de Flamanville, la Case déserte, cabane occupée par les antinucléaires en 1978 ; en saturant le pays de gardes mobiles, les cafards comme on les appelait à l’époque ; en jouant les pro-centrales contre les antinucléaires ; en multipliant procès et intimidations ; en mutant des syndicalistes CFDT de La Hague trop remuants ; en tabassant, en tuant même à Malville. Tout ça ne te rappelle donc rien : des lieux occupés, des flics, des mutilés, des morts. Mais avec l’âge vient la sagesse ou l’Alzheimer précoce. Tu ne vois même plus que tu es devenu le pompier que tes amis dénonçaient jadis.
Mais c’est vrai que pour toi, l’activisme est affaire de spécialistes. Tu as participé au tournant du CCPAH au début des années 80, avec Jacky Bonnemains et Philippe Chardeur. C’est même l’époque où tu commences véritablement à t’engager. A cette période, les tentatives de blocages et les actions directes auxquelles chacun et chacune pouvaient participer cèdent la place aux actions portées par des petits groupes. C’est ainsi qu’à l’arrivée de nouveaux déchets, les grues du port vont être occupées, tandis qu’à terre les manifestants et manifestantes sont appelés à se rassembler en soutien. Ces occupation des grues compliquent singulièrement la possibilité d’intervention des forces de l’ordre et ont un impact économique réel. Mais c’est par stratégie et par lassitude de s’en prendre plein la gueule, et non par condamnation de la violence en tant que telle, que les militants et militantes s’engagent dans cette voie.

A chaque nouvelle arrivée de combustibles, les actions sont de plus en plus portées à bout de bras par des groupes d’activistes, dont tu fais partie. Greenpeace sorti des flots dans les années 70, est déjà de la partie. Elle se lie avec le groupe activiste du CCPAH. Jacky Bonnemain deviendra l’un des responsables du groupe Greenpeace France pendant la décennie 1980, tandis que toi, tu deviendras le chef de file du groupe local de Cherbourg au début des années 90, avant de devenir chargé de campagne nucléaire au national. A côté de vous, les rares antinucléaires qui restent ne jouent déjà plus que le rôle de figurants et de figurantes.

L’activisme porté par de petits groupes formés et aguerris, c’est la marque de fabrique de Greenpeace. Et la tienne. Mais elle va s’affiner avec le temps. Aujourd’hui, l’activiste, terme officiel au sein de l’association internationale, est choisi par un dirigeant ou une dirigeante de groupe local. Il ou elle suit ensuite une formation spécifique, et entre dans le giron secret des opérations coups de poing. Il ou elle aura alors le droit de faire un tour dans l’hélico de l’organisation, de se faire arrêter devant les caméras, et de passer au tribunal quelques mois plus tard. Trop cool.

EN BON KALIMÉRO, face à ceux et celles qui ont compris ton manège, tu réponds : « c’est vraiment trop injuste ! ». « Je ne leur ai rien fait ! ». « J’ai toujours été non-violent ! » Mais il est tout de même ironique alors de lâcher les centaines de personnes s’affrontant avec les flics entre les griffes bien plus acérées des violences d’Etat. Celles qui mutilent, tuent, marquent et emprisonnent. Il semble qu’à tes yeux la violence que l’Etat retourne contre les éléments les plus radicaux soit justifiée. Il faut dire qu’en plus de 30 ans, les institutions sont devenues ta seconde maison. Et la gestion de l’existant ta nouvelle vocation. Pour toi et tes amis, il ne s’agit plus tant de combattre l’atome que de faire avec. Il est là. Dès lors, les actions visent à influencer les décideurs, l’Etat, les contrôleurs et même les industriels. Elles sont complétées par le lobbying au sein des institutions locales, nationales et internationales. Greenpeace et ses supplétifs EELV, WWF et la FNE cherchent à aménager le monde en ménageant le mode de production capitaliste, et toi tu t’occupes juste du décor, plus des fondations.

En tout, tu ne fais finalement que répondre à la matrice même de Greenpeace, sorte de multinationale du militantisme écolo shootée au management, à la hiérarchie d‘entreprise et au calcul coûts/bénéfices. La multinationale engage même l’un de ses récents directeurs en France, Husting, dans la finance. Depuis longtemps, l’ONG reprend les techniques managériales et est obsédée par la professionnalisation. Elle va même jusqu’à recruter ses activistes, qui porteront les actions décidées en haut lieu, parmi les plus méritants et méritantes de ses bénévoles, tout cela encadré par les dirigeants et dirigeantes et les salariés. Pas de places pour les sympathisants et sympathisantes, ils et elles ne sont bons qu’à verser de la thune. C’est d’ailleurs l’obsession de Greenpeace qui sera l’une des ONG pionnière en matière de collectes dans les rues par de petites mains précarisées. Formés aux techniques non-violentes, aux opérations clandestines symboliques et aux discours médiatiques bien préparés, les activistes, sondés, triés et formés sont la vitrine de l’organisation. En se mettant en péril, ils et elles offrent l’image d’un attachement à la cause, et permettent à l’ONG d’engranger de nouveaux adhérents et adhérentes, et ainsi de nouveaux subsides. C’est pour cette raison essentielle que Greenpeace labellise toutes ses actions, et qu’elle est sans aucun doute totalement étrangère aux survols d’installations nucléaires par des drones. Parce que l’activiste est une ressource et l’action un business plan.

A côté de cela, Greenpeace fréquente assidûment les salons et les cercles patronaux et politiques. Et toi également. L’Etat n’est plus un ennemi mais un sparring partner, avec qui l’on boxe en complicité. Les intrusions dans les centrales ne visent plus qu’à renforcer les dispositifs de sécurité ; les révélations sur les mensonges des industriels à améliorer la sureté des installations ; le retrait des commissions d’information à réclamer une représentation plus juste des antinucléaires. Parce que votre entreprise ne vise plus à changer le monde mais à le ripoliner en vert pâle, en mixant nucléaire et renouvelable, c’est juste la part du nucléaire qu’il faut réduire. Vous ne travaillez plus avec vos amis Facebook d’EELV qu’à ajuster nos vies au meilleur des mondes dans lequel nous sommes plongés en administrant le vivant. Ce maintien d’un monde, pendant du maintien de l’ordre, connecte au réseau énergétique existant ses projets industriels labellisés renouvelables – éoliennes offshores, hydroliennes titanesques, centrales photovoltaïques monumentales – portés par les mêmes industriels qui continuent de promouvoir l’atome. Tout ça pour continuer à faire tourner toutes nos chères industries, nos datas center, nos lignes TGV, tout un tas d’infrastructures de transport d’électricité qui sont appelées à proliférer. Pas de souci, toi et nos chers écolos s’y rallient avec enthousiasme comme pour la nouvelle ligne THT FAB reliant le réseau français et britannique sous prétexte que cette ligne transporterait de l’énergie renouvelable. Oubliée la vocation de cette interconnexion européenne à exporter la surproduction en base de nucléaire de l’industrie française qui produit trop, et importer l’électricité en période de pointe, fournie par les autres énergies. Oubliée la nocivité des lignes qui lorsqu’elles transportent de l’électricité charrient leucémies et mammites, et qui par la magie de la fée écologiste acheminerait dès lors petites fleurs et soleil radieux. Ces projets d’interconnexion, toi, Greenpeace et la FNE les soutiennent au niveau européen, et les relaie au niveau local.

Entre écolocrates, Etat et industriels, comme hier entre Etats patrons et syndicalistes cogestionnaires, il s’agit maintenant de disserter entre gens responsables sur la durée de vie des centrales nucléaires, de réduire l’impact des installations. Tu travailles donc en étroite collaboration avec l’Autorité de Sureté Nucléaire, autorité faussement indépendante, comme les nucléaristes « modernisateurs » et « démocrates » ont su en promouvoir. Et tu peux ainsi laisser parler cette nouvelle responsabilité écologiste dans la revue de l’ASN, Contrôle : « Greenpeace rappelle que, au regard des perspectives de stagnation ou très faible augmentation de la consommation électrique et de la diminution programmée de la part d’électricité d’origine nucléaire en 2025, la solution la plus simple et la plus sage consiste à ne prolonger aucun des réacteurs au-delà de ses 40 ans. L’ASN a redoré son blason depuis la loi TSN et sa manière de communiquer sur l’accident de Fukushima. Elle est maintenant à l’épreuve des faits. Elle doit afficher ses exigences sans aucune concession auprès des exploitants, et n’accepter aucun marchandage. Les années qui viennent devront être celles qui montreront sa véritable nature : son indépendance. » Ceux et celles qui devront supporter tes 40 ans d’EPR te remercient d’avance.

Etre antinucléaire à Greenpeace ça se résume à se transformer en spécialiste en radioprotection. « De son côté, le Gouvernement doit tenir ses engagements en dotant l’ASN des ressources humaines et financières nécessaires à l’accomplissement de la tâche qui l’attend. Il doit doter l’ASN d’un pouvoir de sanctions graduées efficace permettant de contraindre les exploitants à respecter ses prescriptions et réglementations. (…) L’ASN ne devra donc avoir comme seul critère que la sûreté des installations et aucun critère économique ne devra l’influencer. La sûreté ne se marchande pas. Soit une modification n’est pas nécessaire, soit elle l’est quel que soit son coût. La sûreté des réacteurs français est à ce prix-là ! ». Comme tu neutralises la fonction de l’Etat, pourtant principal promoteur de l’atome en France, tu neutralises celle des autorités de sûreté aux mains des nucléaristes… C’est beau l’esprit citoyen. C’est le même souci qui t’habite lors des survols d’installations nucléaires par des drones comme tu le claironnais inquiet sur le plateau d’I-Télé : « On a dit et répété dans des institutions officielles (…) nos systèmes de protection sont perfectibles (…) nos centrales nucléaires ne résistent pas à une attaque aérienne (…) » C’est bizarre, ces installations, malgré le leg qu’elles ne manqueront pas de nous laisser, nous ne les ressentons pas comme les nôtres, mais comme un sacré héritage de merde, et surtout nous n’entendons pas les gérer avec ceux et celles qui les ont construites et les administrent, et encore moins à leur profit. C’est ce que pour ta part tu fais avec d’autres complices de l’ACRO, du GSIEN ou de FNE au sein du Haut comité à la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire. Toi et tes complices du haut comité n’avaient d’ailleurs jamais cessé de vous croiser dans les Commissions locales d’information autour de La Hague. De jacky Bonnemains à Monique Sené, il ne manque personne. A croire que La Hague fut le parfait laboratoire de cette « démocratie » et de cette « transparence nucléaire ».

LORSQUE LE POUVOIR SENT QUE LA SITUATION S’EMBRASE il est toujours heureux de trouver des pompiers. Dans un quartier, c’est le grand frère, la clique associative, dans une boîte, c’est le ou la cacique syndical du coin, dans ton cas l’activiste baroudeur d’autant plus au dessus de tout soupçon qu’il est sûrement rempli de sincérité. L’ordre établi a d’autant plus besoin de gens comme toi, que depuis quelques années il ressort la figure de l’ennemi intérieur. Il trouve toujours des gens pour l’appuyer. Merci Yannick. S’il y a toujours quelques activistes radicaux suffisamment admiratifs de vos savoir-faire, moyens et compétences pour vous accueillir toi et ta multinationale de l’écologie, avec nous ça ne prend plus. Et nous la joue pas « vous divisez le mouvement“, ce serait tout de même gonflé après avoir ainsi livré quelques antinucléaires en pâture sur les plateaux télé. Inutile de préciser qu’on te claque pas la bise. Mais t’inquiète on ne sera sans doute pas sans se recroiser, nous, « djihadistes verts », face aux armes de la police, toi, militant modèle, entouré de caméras ou sur les plateaux télé. Nous ne sommes définitivement pas du même côté de la barricade, ni de l’écran. Gaffe aux projectiles.

Caen, Juin 2015
• Laura Blanchard et Emilie Sievert
blanchard.sievert

Notes

[1] Conclusion de la brochure Greenpeace, ou la dépossession des luttes écologistes, par un anarchiste du CRAN (Collectif Radicalement Antinucléaire).

[2] Les 18 c’est le cartel d’organisations qui des antinucléaire à la CFDT et au PS appellent à bloquer le convoi.

[3] Faut-il te rappeler que July de mao devint patron du Libé libéral, que Jospin de l’OCI se transforma en premier ministre, que Cohn-Bendit de trublion anarcho-communiste se mua en chef de file des écolocrate libéraux et que Kessler de l’UEC devint le numéro 2 du MEDEF qui n’eut de cesse de défaire l’Etat providence… tous ces petits chefs gauchistes de l’après 68 sont devenus l’encadrement du monde capitaliste qu’ils exécraient.

 

Les fils effilochés de l’amitié.

 Posted by on 11 juin 2015 at 16 h 19 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés sur Les fils effilochés de l’amitié.
Juin 112015
 
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Ce texte revient sur l’organisation de cours sur le maintien de l’ordre à des membres de la police par un membre du groupe ultra-gauche anglais, Aufheben. La polémique qui a entouré cette participation de John Drury à ce travail policier fait écho à l’entrée au gouvernement grec d’un ancien communisateur. Ce qui a, à cette occasion, traversé les milieux communisteurs et ultra-gauches, mais qui a touché d’autres milieux en d’autres temps et qui est d’ailleurs souligné dans ce texte, devrait nous questionner sur les séparations parfois béantes qui se manifestent entre les perspectives révolutionnaires qui nous agitent et nos vies quotidiennes. Et ce au delà des contradictions inhérentes au monde dans lequel nous sommes plongés. Jusqu’où vivre ces contradictions ? Comment ne pas les nier ? Comment ne pas faire écran à ce qui s’apparente à des trahisons ? Ce texte ouvre également des questionnements sur pourquoi des affinités politiques en viennent à masquer les dérives de camarades, et comment le désir d’affinités en vient à censurer ce qui peut poser problème.

Les fils effilochés de l’amitié (2013)

Une traduction de « Frayed threads of friendship »

Traduit principalement par DC et AD

Introduction française

A l’origine, le texte qui suit fut publié en anglais fin décembre 2012. Il était inclus dans un document beaucoup plus long : « Cop-out – the significance of Aufhebengate » (« Cop-out l’importance de l’Aufhebengate »). « Cop-out » est, en anglais, un jeu de mots ; c’est une manœuvre évasive, et un cop est un flic. Ce texte constitue une réponse à la polémique qui éclata en octobre 2011 quand des amis en Grèce (du groupe TPTG), et moi-même, nous avons rendu public le fait que John Drury, membre du groupe ultra-gauche Aufheben, publiant le magazine du même nom, avait donné des cours à des officiers de police concernant le contrôle des foules. Aufheben est bien connu, en particulier en Grande-Bretagne, pour avoir publié des articles intéressants dans une perspective marxienne. Drury avait aussi co-écrit plusieurs articles pour donner des conseils à la police sur la façon de diviser de telles foules en « manifestants pacifiques » et « fauteurs de troubles » afin de mieux les pacifier tous. Depuis longtemps, il faisait partie d’une équipe étudiant la « psychologie des foules ».

En réponse à la prise de position de mes amis grecs, et à la mienne, pas mal de personnes dans le milieu libertaire et ultra-gauche au Royaume-Uni, et dans le monde anglophone (en particulier sur le site Libcom.org sur lequel j’avais créé un blog entre fin septembre 2010 et début octobre 2011), se contorsionnèrent pour trouver des « arguments » afin de défendre Drury, et la manière même dont Aufheben justifiait son activité. Nombre d’entre eux le firent parce qu’il était leur ami. Mais il ne faut cependant pas s’en tenir à cette explication-là. Il est essentiel, dès que l’on aborde les rapports dialectiques complexes qui existent entre les choix subjectifs et les conditions données, de comprendre les contradictions que recèlent les relations amicales, comme d’ailleurs les autres composantes de nos vies. L’histoire n’est pas simplement une force extérieure au sein de laquelle nous devons intervenir. L’amitié, le domaine de la vie le plus dominé par les choix individuels, est aussi affectée par l’histoire, par les flux et reflux de la lutte des classes.

Ce qui suit est une généralisation théorique concernant certaines de ces contradictions, ayant aussi impliqué des amis proches. Il n’est cependant pas nécessaire de connaître les détails de cette polémique particulière pour comprendre ce texte et en tirer des enseignements.

Les fils effilochés de l’amitié

« L’opposition est la véritable amitié. »

William Blake

1

De la même façon que nous ne pouvons pas comprendre le monde si nous n’essayons pas de le changer, nous ne pouvons pas comprendre nos amitiés tant que nous n’essayons pas de les transformer. Clarté bien ordonnée commence par soi-même.

2

A bien des égards, les rapports de domination propres à cette société se reproduisent aussi à cause de nos acceptations qui, à des degrés divers, forment un réseau complexe, par rapport à ce que l’on appelle l’amitié. Cette société se maintient en effet autant par les formes de répression qui existent au sein des formes traditionnelles de l’amitié que par l’identification à telle ou telle politique ou à la nation, en particulier parce que l’amitié fonctionne à un niveau beaucoup plus personnel, moins objectivement défini, que les nationalismes ou les organisations politiques traditionnelles qui se substituent à une communauté authentique. De même, une opposition à ce monde ne peut se développer sans que l’amitié devienne inséparable de la solidarité. Il est nécessaire de combiner l’opposition à la politique hierarchique et l’affection. Solidarité bien ordonnée commence par soi-même.

Cette séparation se présente sous deux facettes. Il est clair, par exemple, que pour de nombreuses organisations anarchistes ou ultra-gauches la vie quotidienne est réduite à être ce à quoi on revient après que la réunion soit terminée. De telles organisations tendent inévitablement à réduire les gens aux fonctions qu’elles leur attribuent, à n’être que des membres de l’organisation, et ceux-ci acceptent volontiers ce rôle. Dans une large mesure, la séparation entre la fin et les moyens, et les relations faites de rivalités et d’intrigues sont tolérées spontanément avec des haussements d’épaule signifiant : « Comment peux-t-on faire autrement ? » Au lendemain de la chute du mur de Berlin, un ultra-gauche berlinois, après avoir demandé si nous étions là pour papoter en prenant un verre ou pour parler politique, admettait, deux pintes plus tard, qu’il avait le sentiment que, parfois, faire de la politique consistait à agir à l’image des businessmans. Mais après plus de vingt ans de contre-révolution, la séparation dominante entre l’intellect et les émotions, l’analyse et la critique par rapport aux pôles positif et négatif des sentiments (l’amour, l’amitié, le respect et l’affection ; la haine, la colère, le mépris et le dégoût) ne sont même plus considérées comme problématiques et comme un enjeu de lutte pour la majorité des membres de l’ultra-gauche.

Note de bas de page : En rapport avec cela, on peut aussi citer la remarque suivante écrite par l’une des personnes avec qui j’ai parfois des échanges par lettre « Il y a quelque chose dans le jargon des membres du groupe Solfed [une organisation anarcho-syndicaliste britannique] qui m’exaspère. Leur discours manque complètement d’épaisseur, est dépourvu d’émotion, pue l’universitaire faisant des efforts pour parler comme un simple prolo. Tels les fils d’une toile d’araignée poussiéreuse, leurs pensées se sont transformées en formules abstraites, très ennuyeuses, insipides et bureaucratiques, et vraiment décalées par rapport au monde des gens “en chair et en os”. Comme, par exemple, le débat sur le fait d’être un groupe politique ou plutôt un groupe économique et politique, et ainsi de suite. Je me rappelle avoir lu, il y a quelque temps, des textes écrits par des membres de la FAI et, quelle que soit la critique que l’on en fasse maintenant, ce qui fait que ces textes me restent en mémoire, c’est qu’ils communiquent une passion et un désespoir à un degré que l’on ne retrouve jamais vraiment dans ce qui provient des révolutionnaires d’aujourd’hui. On ressent, de façon frappante, qu’ils s’exprimaient du fond du cœur. On ne retrouve pas cela chez Solfed ou chez la plupart des groupes communiste ultra-gauches comme Aufheben, même pour leurs articles qui sont très bons par ailleurs. Je ne suis pas certain de ce que cela signifie, à part peut-être que l’attachement à la lutte de classe est, pour trop de personnes, essentiellement intellectuel. Cela explique qu’ils soient très peu à l’aisepour communiquer ce qu’ils ressentent aussi bien que ce qu’ils pensent. »

L’amitié sur le mode traditionnel constitue l’autre facette de cette séparation. Elle repose sur l’idéologie selon laquelle « l’amitié passe avant la politique ». Tant qu’il s’agit de refuser la mentalité racketteuse régnant dans les rapports entre bandes politiques rivales, cela apparaît comme une avancée. Les relations d’amitié traditionnelles sont généralement moins prétentieuses que les relations politiques. Elles impliquent un minimum de générosité, de soutien mutuel dans l’adversité et le désir d’apprécier mutuellement la compagnie de l’autre autant que possible. Mais le manque de critique par rapport à quoi que ce soit qui serait extérieur à ce qui est immédiat et, souvent, l’attitude sentimentale qui se base sur ce que l’on avait de commun dans le passé – mais de moins en moins dans le présent – constituent des limites. Qui plus est, cette « amitié » est autant sujette à la mentalité de bande que l’est la politique. Il s’agit souvent de prendre position pour un réseau d’amitiés contre un autre, avec l’habitude d’esquiver tout questionnement concernant des contradictions significatives qui se manifestent chez des amis. Y compris quand cela implique d’éviter d’agir de façon solidaire avec ceux qui s’opposent à des formes concrètes de complicité avec le pouvoir (comme on l’a observé, par exemple, dans l’affaire Drury-Aufheben mentionnée plus haut).

En réalité, ces deux facettes se combinent souvent de diverses façons, mais afin de dégager différents éléments propres à ces « types » d’amitiés, il a été nécessaire de les examiner de façon distincte.

3

Au cours de soulèvements, les individus s’aventurent hors des limites de leurs « milieu », rompent avec certaines personnes avec lesquelles ils entretenaient auparavant des relations, rencontrent des individus ou des groupes issus de milieux différents. S’ouvre alors un nouveau monde de relations plus fluides qu’à l’accoutumée. Ensuite, après le reflux ou la répression du soulèvement, les vieilles relations, des couples aux organisations politiques, peuvent sembler insupportables et artificielles. Les séparations et les étroitesses qui leur sont propres apparaissent visiblement comme factices. Alors, certains individus tentent de dépasser les limites de telles relations par la critique ou les formes d’expérimentation envisageables. D’autres tombent dans la déprime, et/ou l’ennui et/ou dans une quête étroitement hédoniste de plaisirs faciles, en réaction au sentiment de défaite ou de trahison, qui suit l’expérience trop fugace de l’air frais de la liberté. À laquelle succède le retour à la grisaille des vieilles habitudes et d’une vie n’allant nulle part.

4

« … Tout le bon temps que j’ai perdu à prendre du bon temps. », « The Animals »,http://www.youtube.com/watch?v=U9G9eog5lPA.

Le besoin de prendre du bon temps dans les limites considérées comme acceptables par les formes d’hédonisme résigné dépend des conditions historiques, autant que quoi que ce soit d’autre. Comme l’écrivait récemment un ami aux Etats-Unis : « A Oakland, la situation semble plutôt dure ces derniers temps ; j’ai rencontré quelques-uns de mes amis, qui sont immergés un peu trop à mon goût dans le monde des drogues et de la fête, d’une façon qui faisait peine à voir. Tout se casse un peu la gueule et il semblerait que maintenant qu’il n’y a plus autant de conflits dans la rue, les gens cherchent ailleurs d’autres sources d’excitations… » Les luttes qui ne se renouvellent pas tendent à générer cette sorte de recherche désespéré de plaisir, pour laquelle, de toute façon, celui-ci ne sera jamais suffisant.

Dans la scène d’ouverture du vieux film de 1960 « Saturday night and sunday morning » (« Samedi soir et dimanche matin »), le personnage principal, joué par Albert Finney, déclare, alors que le travail finit le vendredi soir et que son week-end commence : « Je voudrais bien voir quelqu’un qui m’écraserait, tiens ! Ça serait quelque chose ! Ce que je recherche, c’est prendre du bon temps, tout le reste est de la propagande. » De nos jours, les gens sont écrasés bien plus que dans les années 1960 et l’une des raisons pour laquelle ils évitent de discuter des questions sociales importantes, en particulier celles qui les concernent le plus directement, c’est qu’ils veulent juste se détendre après le stress dû au travail et aux autres souffrances qui nous sont imposées. Ce n’est pas seulement la propagande qu’ils rejettent, mais aussi la critique, considérée comme quelque chose de froid, empêchant de s’amuser. Mais les idées critiques que l’on a développées à travers les épreuves et les erreurs, à travers les luttes et les réflexions sur celles-ci, impliquent entre autres choses, pour pouvoir se développer, de se confronter aux manipulations de la propagande (ouvertement capitaliste ou soi-disant anti-capitaliste), mais aussi aux formes significatives de complicité avec cette société. Dans le même temps, le rejet de la propagande (que ce soit sous la forme des dogmes dominants de l’économie marchande ou des idéologies « contestataires » qui proposent de la réformer, ou de médisances) reconnaît que le refus de la critique n’est pas la meilleure manière de rejeter toutes les manipulations. Ce même rejet implique que ces « bons moments » conventionnels risquent de devenir pires, d’autant plus reprimés qu’ils ne résultent pas de luttes d’autant qu’ils ne s’y opposent pas Tout le monde veut mener une vie facile, mais y accéder n’est pas du tout si facile. Alors les « bons moments » imposent des tentatives de plus en plus désespérées d’immersion dans l’immédiat sans recul ou distance critique, immédiat fait de drogues de boisson, de culture (populaire ou plus sophistiquée) et autres religions de plus en plus dévastatrices. Même si le désir de vivre, qui s’affirme avec notre activité critique pratique, est une source de joie, souvent drôle, absorbante, pleine de sens et exaltante, il est aussi nécessaire de se lancer dans des luttes qui ne sont pas directement liées au plaisir immédiat que trop de gens recherchent en vue de consommer du plaisir par des marchandises . De nos jours, quiconque, ou presque, qui discute des contradictions importantes est considéré comme un rabat-joie et sans doute comme quelqu’un qui se prend trop au sérieux. Ce n’est pas que les gens soient nécessairement hostiles aux bonnes discussions contradictoires, mais ils souhaitent que celles-ci restent à un niveau qui exclut leurs propres contradictions et, surtout, qu’elles n’entraînent aucune action pratique de leur part. Quelqu’un qui discute de choses qui implique personnellement et émotionnellement les participants de la discussion et les confronte à leurs contradictions, ou qui soulève des enjeux impliquant la nécessité d’agir, est considéré comme un emmerdeur et n’est plus invité au prochain dîner.

5

« Avoir des sentiments d’affection vis-à-vis d’autres personnes n’est pas contradictoire en soi avec le maintien d’un point de vue individuel – l’affection véritable ne peut exister sans affirmation individuelle, sauf quand ces sentiments servent à quelqu’un pour justifier l’abandon de son point de vue personnel. Je définis les relations affectives comme ces relations justifiées par “l’affection”, qui ne peuvent se maintenir que sur la base d’une répression.

La pseudo-affection, qui sert de justification pour se trahir soi-même, doit elle-même être justifiée – pour donner une apparence cohérente à cette trahison – en prêtant des qualités objectives, qu’elles soient réelles ou imaginaires aux personnes qui sont l’objet de cette pseudo-affection. Mais ce faisant, ces individus révèlent qu’ils aspirent à être aimés pour leurs qualités objectives intrinsèques même s’ils ne savent plus quel usage en faire pour eux-mêmes – en fait, ces qualités n’existent plus – ni ne savent reconnaître dans la pratique les qualités de leurs amis. Ayant renoncé à la critique, ils demandent que les autres en fasse autant vis-à-vis d’eux, qu’ils les laissent tranquille et les acceptent tels qu’ils sont. Ce que l’on retrouve ici, c’est la fameuse vieille conception mystico-bourgeoise de la “richesse intérieure qui peut toujours être découverte dans l’être humain”, ce qui signifierait qu’une personne puisse être en fait autre chose que ce qu’elle fait en réalité. »

Nadine Bloch, « Compte-rendu », 1976.

6

Depuis la fin des années 1970, les prolétaires, en nombre croissant, ne jouent heureusement plus des rôles faits de rigidité, d’arrogance ou de discours verbeux. Malheureusement, ils ne s’opposent pas non plus à cette société ou aux pouvoirs qui peuvent surgir, en particulier quand les comportements idéologiques favorables à l’Etat ou au marché s’expriment chez leurs amis. Nous assistons ici au développement d’une sorte de posture « anti-rôle » chez des individus qui, tout en adoptant souvent quelque phraséologie « anti-capitaliste », ne disent ou ne font rien qui puisse bouleverser l’équilibre de leurs relations conservatrices. L’humilité a remplacé l’arrogance. Mais alors que la vaine prétention des individus arrogants provient de leur illusion de jouer des rôles importants malgré la faiblesse de l’efficacité de leur idées sur la société ainsi que de leur manque d’empathie, ceux qui sont excessivement humbles considèrent leur point de vue comme tellement insignifiant qu’ils ont décidé que l’exprimer être renforcer par des actes à ceux d’autrui revient à faire preuve de sérieux excessif et à être trop prétentieux.

Dans un monde insensé, lutter pour une société passionnante et rationnelle est considéré comme le fruit de conceptions irréalistes et fantaisistes, en matière de priorités et de résolution excessive. Alors que la gueule de bois toujours persistante du post-modernisme essaie toujours de valoriser l’actuelle absence de sens comme réaliste car non idéologique, une telle résignation devient de plus en plus visiblement complice des horreurs d’une société de classes s’enfonçant dans la crise. Cependant, malgré l’évidence, le sentiment que rien ne peut être fait devient une excuse pour ne même pas faire le premier pas. Après tout, l’avancée « minable » le serait trop, et ne mériterait pas l’effort nécessaire. Cette critique des limites évidentes des « premiers pas » n’a pas pour objectif ici de s’approcher d’une pratique qui serait plus efficace. C’est une façon de s’excuser de ne rien faire du tout : le négatif coagulant ainsi en négativisme. Les démoralisés doivent toujours rabaisser et ricaner, de façon sarcastiqueà leur niveau de démoralisation ceux qui essaient de faire quelque chose car ils ne peuvent supporter ce qui leur rappelle leur propre inertie. Ils ont besoin de prétendre que chacun fait de même. Ici, l’humilité et l’arrogance se combinent pour donner des démonstrations agressives d’impuissance. Les « humbles » demandent de façon arrogante que nous soyons aussi inconséquents qu’ils le sont. Et c’est vous qui êtes accusé d’arrogance pour changer, ne serait-ce que de façon minime, une situation qu’ils ont mis tant d’entêtement à ne pas modifier. « Echouer à se changer soi-même et à changer la société est bredouillée à travers l’expression publique d’une conscience impuissance. Cela est acclamé partout comme une marque de sophistication… Au-delà des absurdités esthétisées le choix est simple : soit on se soumet à son destin, soit on s’attaque aux bases objectives de sa propre participation à ce qui fait de nous d’éternels perdants ».« Two local chapters in the spectacle of decomposition ». Chris Shutes.,http://libcom.org/library/two-local-chapters-spectacle-decomposition-chris-shutes

7

Plus de vingt ans de sévère contre-révolution ont usé et effiloché les fils fragiles de l’amitié, et, de façon inséparable, la fragile identité personnelle, de telle façon que de plus en plus les gens se rattachent à n’importe quelle « communauté » juste pour sentir qu’ils existent.

Au Royaume-Uni, cette subjectivité réprimée s’est encore exacerbée énormément depuis le début des années 1990, et on peut dire que, depuis la dernière grande crise de la société de classes (les émeutes liées à la Poll Tax), de telles crises ont pris un aspect de plus en plus marginal jusqu’à l’attaque de Millibank en octobre 2010. Cet affaiblissement profond de la capacité des individus à contester cette société du fait de la contre-révolution a affecté tout le monde, les « révolutionnaires » comme les autres, évidemment. Une sorte de relativisme indifférent règne, un éclectisme pour lequel toutes les perspectives incompatibles sont réduites à une équivalence post-moderniste. Quand quelqu’un considère quelque chose comme vital, on l’accuse de monter sur les grands chevaux du moralisme et de chercher à compenser quelques frustrations.

Certaines zones géographiques où l’isolement est particulièrement aigu, en particulier celles où les communautés de lutte sont peu nombreuses, contribuent au développement de l’idée selon laquelle « n’importe quelle amitié vaut mieux que de prendre des risques calculés avec l’amitié ». Alors que se vanter de ses conquêtes sexuelles est considéré comme quelque peu minable, triste et archaïque, ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit des amis. D’où toutes ces pages Facebook comprenant de grosses listes d’amis, histoire d’essayer de faire impression en voulant montrer à quel point on est apprécié (souvent, particulièrement avec les ados, cela inclut des personnes vues une seule fois, ivres au cours d’une fête). Pour cacher notre isolement, nous devrions afficher ostensiblement ces nombreux amis. Non seulement la quantité prédomine sur la qualité, mais aussi le spectacle de l’amitié cache sa superficialité. On cherche à éviter soigneusement de dépasser les limites pour ne pas que soient testées ces relations superficielles.

Au Royaume-Uni, je connais des gens qui ont une attitude amicale envers l’un des anciens membres de Class War (Guerre de classe, le plus connu des groupes anarchistes anglais des années 1980/1990) qui défend publiquement sur Internet des positions complètement nationalistes relatives au contrôle de l’immigration parce que c’est, selon lui, ce que voudrait la classe ouvrière (à notre époque, diverses solutions nationalistes pseudo anti-capitalistes peuvent conduire à certaines formes de fascisme). Il est toléré parce que ce serait « un type sympa », justification qui ignore complètement la politique odieuse qu’il défend (déjà il y a plus d’un siècle, l’immigration irlandaise au Royaume-Uni était combattue de façon raciste parce qu’elle abaissait les salaires des ouvriers anglais : Keir Hardie [le premier leader du parti travailliste], notamment, était l’un des partisans les plus connus de cette perspective nationaliste).

Mais cela n’est pas du tout confiné au Royaume-Uni. Un exemple absurde de ce genre de cas poussé à l’extrême est l’histoire dont j’ai entendue récemment parler à propos d’anarchistes australiens. Lorsqu’ils ont découvert que l’un d’entre eux était un flic infiltré, ils ont réagi en disant : « Ok, mais c’est un type sympa. » Sans se poser plus de questions sur la façon d’être sympa du type en question, ni sur ce qu’être sympa peut vouloir dire pour avoir vraiment un sens. Porter des jugements à partir de considérations très superficielles sur la personnalité et l’image de quelqu’un – ces critères à partir desquels de plus en plus de prolétaires sont désormais acceptés ou rejetés pour bon nombre de postes de travail – est de plus en plus appliqué aux relations personnelles. Mais la superficialité de tels critères est rarement remise en cause. Car s’ils étaient critiqués de façon conséquente et de manière à subvertir l’odieux monde dans lequel nous vivons, nous trouverions derrière beaucoup de belles façades des attitudes très déplaisantes, profondément complices des méfaits du capital (et pas seulement chez des flics infiltrés). De tels jugements superficiels montrent à quel point la classe ouvrière a été énormément affaiblie.

Ignorer (dans un sens pratique) le comportement malsain de quelqu’un parce qu’il est « sympa » est souvent le reflet du désir d’être accepté ou apprécié pour sa propre personnalité résignée aussi longtemps qu’on la maquille avec des sourires. Dans un monde fondamentalement schizoïde, cette tolérance et ce désir d’être toléré pour sa propre résignation sont achetés au prix d’une trahison de soi fondamentale. Les gens ont développé un tel manque de confiance névrotique, pour ce qui est de s’affirmer et de risquer de choquer les autres, qu’ils rappellent presque ces ados des vingt dernières années dont chaque phrase, même la plus convenue, sonne comme une question de peur qu’elle paraisse trop affirmative. Le désir de popularité ainsi que le besoin être apprécié à tout prix expriment la peur profondément enracinée de reconnaître l’existence des séparations et encore plus celle de tenter de les surmonter. Dans un monde d’étrangers, ceux qui essaient de faire tomber les masques socialement acceptables sont considérés comme des êtres étranges. Au Royaume-Uni encore plus qu’ailleurs… Alors que la vie des individus devient de plus en plus précaire, leur propre perception de leur identité devient elle aussi de plus en plus précaire. Eviter de se confronter aux fondements matériels de cette fragilité implique aussi d’éviter d’essayer de subvertir les frustrations en matière d’amitié, et d’éviter toute activité qui pourrait dépasser de telles frustrations. Il résulte de cette fragilité intensifiée que, chaque fois qu’une contradictions significative apparaît dans telle ou telle relation amicale, au lieu de prendre le risque de demander à l’ami d’arrêter de faire ce qui vous dérange sérieusement de façon régulière, ou de proposer un projet qui pourrait amener à se confronter à cette contradiction, un compromis évitant toute rupture avec le passé est passé et la tension qui en résulte est réprimée. Et le même problème se repose régulièrement. Ou alors une rupture a lieu sans explication, afin d’éviter les conséquences sociales qui pourrait en résulter pour le réseau d’amis. Ces cercles vicieux doivent être brisés (et certains cercles d’amis peuvent être très vicieux).

Les contradictions propres aux relations d’amitié traditionnelles se sont accumulées au cours des vingt dernières années de contre-révolution. Elles tourmentent, tels des rêves déconcertants, l’esprit et le corps des relations vivantes. Au cours de la période antérieure, celle du sommeil agité dans lequel les prolétaires s’étaient installés, l’attitude sentimentale envers des amitiés basées sur le passé et l’habitude, même celles nées au sein des luttes, s’est réduite, pour beaucoup, au minimum : la réciprocité dans le donner et le recevoir sans plus d’exigences que cela, si ce n’est la vague adhésion au verbiage contestataire. Mais à l’époque actuelle où, clairement, un futur brutal nous attend, les traditions du « plutôt n’importe quelle amitié qu’aucune » sont des freins à la nécessité de développer une opposition au train fou de l’économie. Il faut exiger plus que ce minimum pour qu’amitié veuille dire aussi solidarité, et chercher à clarifier ce qu’une telle solidarité signifie concrètement.

Dans cette retraite qui n’a rien d’expérimental, beaucoup d’individus ont choisi de jouer le rôle de spectateurs de l’opposition, aussi complaisant que toutes les autres prétendues communautés. Les mœurs de la « bonne société », basée sur le fait de ne pas dire ce que l’on pense, ont tellement envahi la vie quotidienne que même ceux qui prétendent s’y opposer évitent soigneusement tout embarras qui pourrait résulté d’une critique conséquente, et plus encore d’une critique qui aurait des conséquences pratiques. En fait, ceux qui, apparemment, s’opposent à cette société sont souvent plus atteints par l’autosatisfaction que génèrent constamment ces « mœurs » que ceux qui n’ont pas déployé l’écran de fumée de la « critique ». Leur identité, en tant que rebelles, leur laisse à penser que, en affichant simplement cette identité, ils font réellement quelque chose pour ne pas être complices de cette société. Qu’en professant ou en consommant un ensemble de croyances et de routines ils peuvent correspondent confortablement à leur étiquette « rebelle » marxiste, communiste, anarchiste, quoiquecesoitiste. Il y en a certains qui sont, c’est clair, intellectuellement (mais pas pratiquement) compétents : ils apportent des éclairages nouveaux sur les aspects les plus objectifs des nouvelles formes d’aliénation. Mais ils n’innovent que sur le plan théorique, un peu comme l’école de Francfort en son temps, même s’ils le font avec plus de conscience de classe prolétarienne. Ils ont oublié les moments aujourd’hui révolus, quand ils exprimaient directement leur authentique mécontentement, prenaient des décisions qui bouleversaient un peu leur équilibre et celui des relations sociales dominantes, faisaient preuve d’esprit d’initiative, poussés par leur juste colère, utilisaient leur compréhension du monde en se préoccupant des conséquences pratiques, et demandaient le soutien et l’encouragement de leurs amis. Aujourd’hui, les liens entre les individus participant à telle ou telle communauté d’« intellectuels » peuvent être aussi ténus que ceux qui existent dans des communautés basées sur des loisirs ou des goûts communs. Mais ces relations sont encore plus contradictoires puisque cette communauté prétend se confronter aux misères de la société. La contre-révolution s’est aussi manifestée par le retour répressif vers les formes traditionnelles, convenues, consensuelles et superficielles, de l’amitié. Et quand il y a des loyautés conflictuelles, ceux qui sont au milieu du chemin évitent généralement l’inconfort qui consiste à prendre parti, ou alors leur prise de position consiste à mettre soigneusement en avant leur différences avec les deux côtés, de peur de conséquences qu’ils craignent de ne pas pouvoir contrôler. C’est-à-dire qu’ils restent, à toutes fins utiles, passifs et silencieux, ayant seulement l’intention et l’ambition de rester assis entre deux chaises, demeurant amis avec tout le monde et rejetant toute tentative de les persuader de prendre quelque position conséquente, mais « compromettante ». L’amitié résultant de prises de position personnelle et permettant de rejoindre ceux qui en font autant a été oubliée. A l’époque actuelle, vu l’importance des enjeux, c’est cela, cette solidarité élémentaire, qui doit devenir la norme pour que les luttes contre les terreurs à venir puissent avoir quelques chances de succès.

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C’est dans cette atmosphère consistant à suivre le mouvement de la contestation, largement acceptée, que rendre public notre dégoût pour Aufheben et ses défenseurs devait rencontrer de telles obstructions et résistances, y compris chez certains qui partageaient aussi ce dégoût. Pourtant, il était essentiel de prendre position publiquement pour quiconque se préoccupait sérieusement de ne pas permettre que se reproduise ce genre de récupération. Et pour que les individus dans les manifestations puissent prendre des décisions en connaissance de cause sur le fait d’accepter ou non à leur côté ce spécialiste en psychologie des foules. Mais cela perturbait la mentalité généralement partagée : « Ne regardons pas notre propre indifférence et couardise, continuons notre routine politique comme si de rien n’était ». Et au Royaume-Uni cette « communauté » routinière souhaite juste continuer sa routine des rassemblements politiques, se ranger aux côtés de telle organisation ou clique contre telle autre, ou contre tel ou tel individu. Rien de plus que les commérages politiques sectaires ou la critique psychologisante, souvent privés et sans conséquences. Les participant à ce spectacle sont liés entre eux, ne serait-ce que par un réseau commun d’amitiés. Donc, le fait de dévoiler publiquement de telles contradictions doit être combattu, par le mensonge mais aussi avec des considérations humanistes hypocrites. Pour ces gens, les milliers de personnes directement affectées par les applications des recherches de l’équipe de psychologue des foules et les tactiques de « diviser pour mieux régner » qui en découlent ne sont que des individus abstraits, seuls comptent pour eux les personnes (par exemple John Drury) qu’ils connaissent personnellement.

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Dans les années 1970, au sein de certaines sections de ce qui était à l’époque une sorte de milieu révolutionnaire, quand quelqu’un entrait en conflit avec des amis, cela devenait aussi quelque chose qui importait pour les autres personnes qui les connaissaient (en fait dans une certaine mesure, c’est toujours le cas pour certaines personnes, mais pas tellement au Royaume-Uni). La curiosité portée aux problèmes concrets immédiats constituait en partie la base à partir de laquelle développer des formes de curiosité sociales plus générales. De nos jours, ce qui domine, c’est plutôt l’attitude suivante : « Mes conflits sont les miens, les tiens les tiens, que chacun s’occupe de ce qui le regarde. » Ceci dit, bien qu’il ne s’agisse pas de suggérer que les personnes devraient nécessairement prendre parti (elles peuvent au lieu de partager l’une des deux positions, en prendre une troisième, en créer d’autres), il semble que les discussions contradictoires concernant des enjeux significatifs soient des indicateurs de contradictions plus larges. C’est battre en retraite vers l’abstraction, vers l’individualisme et vers une conception idéologique séparée de l’autonomie que ce qui est en fait social soit devenu séparé, « individuel » dans un sens privé.

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Alors que le capitalisme moderne fabrique en masse le besoin d’illusions consolantes, et par-dessus tout celui de communautés illusoires, ceux qui s’identifient à l’opposition au capitalisme et essaient d’y contribuer se reconnaissent avec raison dans d’authentiques communautés de lutte, avec toutes leurs contradictions. Cependant, la destruction des éléments de la vie qui existent en marge de l’économie, qui s’en libèrent en partie et qui lui résistent, a fait que de plus en en plus d’individus brisés s’identifient avec une bande, un milieu, une clique, une organisation politique ou une commune, pour avoir quelque illusion sécurisante de communauté, protection souvent imaginaire, parfois authentique, contre les vents froids du capital. Beaucoup de ceux qui espèrent contribuer à la guerre de classes, plutôt que d’organiser des activités spécifiques à titre de participation directe à l’histoire, s’identifient avec telle scène ou organisation spécifique, médiation à travers laquelle ils entrent en relation avec la communauté de luttes globale. La famille traditionnelle est ainsi remplacée par une sorte de famille alternative. Mais comme dans la famille traditionnelle, la familiarité nourrit un mélange de mépris et de respect (respect pour les actes des personnes, pas simplement de façon aveuglément hiérarchique, combiné au mépris pour les personnes qui ne sont pas honnêtes ou qui manquent d’assurance). Quiconque possède un instinct sain constitue un réseau d’amitiés dans lequel il y a plus de respect que de mépris, et apporte ainsi un peu de stabilité à un monde instable. Mais à moins que de telles amitiés ne permettent de développer des capacités de questionnement sur elles-mêmes, de même que des rapports affectifs, et des problématiques qui génèrent des activités et des décisions, elles tournent de plus en plus à la spirale négative, engendrant davantage de mépris et moins de respect. Elles sont aussi pétrifiées que la traditionnelle hiérarchie familiale dont on espérait qu’elle appartiendrait au passé. La fidélité envers ces amitiés habituelles surpasse le désir de se libérer, lequel est inséparable de celui de contribuer à la libération de l’humanité. Certaines de ces amitiés spectaculaires développent une sorte de corporatisme, au sein duquel la fidélité implique une menace sous-jacente : si tu oses t’écarter du rang, nous nous liguerons contre toi, nous t’humilierons et nous te rejetterons. La fidélité est une belle chose, l’une des expressions élémentaires de la solidarité. Mais lorsqu’elle tourne à la loyauté envers des « amis » qui ont clairement trahi les perspectives constituant l’une des bases de cette amitié, elle devient en quelque sorte du masochisme, de l’auto-trahison qui vous irrite et vous tire vers le bas pour le restant de votre vie, à moins que vous rompiez expressément avec une telle loyauté humiliante. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y ait forcément des solutions rapides à un tel conflit.

Cette mentalité de bande se manifeste souvent dans la façon dont les gens changent d’amis en fonction d’où le vent souffle : si le groupe s’oppose à celui qui était un ami, il faut alors choisir entre garder son intégrité et son indépendance pour faire les bons choix dans une situation complexe ou suivre silencieusement et adopter la position prise par le groupe. Une affection qui part si rapidement et facilement ne peut pas être authentique.

L’énorme intensification de la mentalité individualiste apportée par la répression et la marginalisation des communautés de luttes depuis les vingt dernières années ou plus, semble avoir eu paradoxalement pour effet de renforcer toutes les « collectivités » (depuis la nation jusqu’au couple traditionnel, de la clique jusqu’aux ONG) qui apparaissent comme des issues à l’individualisme bourgeois. Mais alors que le prolétariat semble refaire surface et cherche une nouvelle fois à intervenir dans le cours de l’histoire, le faux conflit entre individualisme et collectivisme semble aussi s’intensifier et fonctionner de façon encore plus complexe comme une force réprimant la lutte ayant pour objectif de constituer des communautés de reconnaissance mutuelle. Dans ce contexte, l’Aufhebengate a révélé ce qu’était l’attachement « loyal » de ces collectivistes qui soutenaient Aufheben – une sorte de foi aveugle dans leurs amis (comme la foi en Dieu ou en l’Etat, sans qu’ils soient testés de façon pratique). Dans le même temps, cela a révélé l’individualisme indifférent de ceux qui gardèrent pour eux leurs soupçons, ceux qui considérèrent de telles contradictions comme relevant d’une affaire privé, et gardèrent secrète leur critique d’Aufheben sans penser qu’une décision publique devait être prise. Dans les deux cas (l’auto-répression collectiviste ou l’auto-répression individualiste) le désir d’éviter la moindre avancée ou quelque bouleversement était nécessaire pour ne pas toucher aux idées convenues relatives à l’incontestable réalité.

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Mi-octobre 2011, « ocelot », un contributeur régulier sur Libcom écrivit à propos de l’Aufhebengate : « L’enjeu ici sous-jacent, c’est la tendance de gens qui élaborent des politiques sophistiqués en temps de paix – c’est-à-dire dans des conditions dépourvues de stress – à se rabattre sur une politique inintelligente ou opportuniste au premier signe de l’apparition de problèmes. Sachant que la politique n’importe vraiment de façon effective qu’en fonction de la capacité de prendre des bonnes ou des mauvaises décisions dans les situations les plus désespérées, seule la politique « à l’épreuve du feu » est la vraie politique. Dans ce cas particulier, soumis à un stress relativement mineur dû à la menace détectée en ligne envers l’un de leurs amis et camarades, les personnes impliquées apparemment à la fois dans Aufheben et Libcom ont élaboré une politique intenable, due à leurs efforts paniqués de défense. Si vous ne pouvez même pas vous en tenir à une politique digne de ce nom sous l’effet d’un tel stress, quelle chance avez-vous de le faire quand des individus sont vraiment tués ou emprisonnés à vie ? Pire encore, l’expérience enseigne que certains individus sont tellement chancelants que, plutôt que d’admettre que certaines choses qu’ils ont pu dire sous l’effet du stress étaient des erreurs et/ou politiquement absurdes, ils passent ensuite le restant de leurs jours à essayer de réarranger leurs positions politiques pour justifier rétrospectivement leurs positions opportunistes prises hâtivement, sous la contrainte du moment. »

À l’aube de ce qui sera peut-être la plus grave crise mondiale (aussi bien économique qu’écologique et éventuellement militaire), on peut se demander comment ceux qui n’ont pas les nerfs ou la force de se confronter à un individu en leur sein qui épaule l’Etat, ou de s’opposer à ceux qui l’excuse, osent avoir la prétention de croire qu’ils puissent contribuer de façon significative au renversement du pouvoir d’Etat quand il s’attaquera à eux comme force extérieure beaucoup plus puissante.

ou

Émeute de la Poll Tax, Trafalgar Square, Londres, 1990.

Emeute après la Stanley Cup de hockey, Vancouver, 2011.

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« Les véritables amis vous poignardent dans le front », Oscar Wilde.

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Il y aura sans doute des gens qui objecteront que tel ou tel passage est trop superficiel, pas assez équilibré ou « objectif ». Mais j’ai écrit ici dans la perspective suivante : « Si la chaussure te va, portes-la. » (Et pointe là dans la bonne direction.)

Source : Dialectal delinquents.

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