juin 302015
 

Une première version de ce tract a été distribué lors de la manifestation en soutien aux migrants, le 16 juin 2015 à Paris. Il comporte au recto le texte : « Contre la gestion : auto-organisation ! », et au verso la rediffusion de « Il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde… » en fac-similé, texte de 1996 du « Collectif Des papiers pour tous » (trouvable sur www.getaway.eu.org/presents).

Contre la gestion : auto-organisation !

Alors que le compte des noyés dans la Méditerranée, cette mer cimetière, s’accroit tous les jours, les médias tournent en boucle et assènent que les pays européens et leurs polices s’affairent à « sauver » les migrants irresponsables qui – non content d’enrichir des passeurs véreux – prennent des risques inconsidérés pour traverser les frontières sur des bateaux surchargés et dangereux.

Il n’en reste pas moins qu’ils sont toujours de plus en plus nombreux à se noyer et quand la police en intercepte, les « sauver » veut dire, au mieux, les enfermer et tenter de les expulser. La présentation sous les oripeaux de l’humanitaire du type de gestion qui leur est imposé n’est que le complément du contrôle des migrations, et ne sert qu’à amoindrir l’effet d’intolérable de la violence de ce qui se passe, à dépolitiser ce qui est en jeu. Si de très nombreuses personnes paient cher pour des traversées dangereuses et souvent mortelles, c’est parce que, pour eux, il n’est pas possible de traverser les frontières tranquillement et légalement. C’est donc bien le système de contrôle et de gestion des flux migratoires, dont l’humanitaire est un des rouages, qui est responsables de ces morts, de ces dettes et de ces épopées souvent tragiques.

Pendant ce temps, dans Paris, plusieurs groupes de migrants accompagnés par quelques associations humanitaires, et désormais soutenus par un grand nombre de voisins et militants, subissent un harcèlement policier intolérable. Si les migrants de La Chapelle et d’Austerlitz sont expulsés de leurs campements de fortune, arrêtés, mis en rétention, ou « dispersés » comme on fait de poussières indésirables, c’est parce que, comme aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, l’objectif est de les rendre invisibles, à fortiori dans la capitale, première destination touristique mondiale, eux qui contestent par leur existence même le bien fondé des politiques migratoires mises en œuvre en Europe depuis plusieurs dizaines d’années. Aux migrants dont la force tient principalement au fait qu’ils restent ensemble et agissent collectivement, il n’est proposé par les associations humanitaires et la plupart des partis politiques que des « hébergements précaires » (quelques nuits au maximum) et dispersés (on a même vu des bus emmener les migrants… nulle part).

Poser politiquement et collectivement les enjeux. Politiquement, vous avez dit politiquement ?

Face à cette situation, il est urgent de reprendre l’initiative et de s’organiser sur des objectifs précis élaborés collectivement pour obtenir des avancées réelles pour tous. En effet la gestion humanitaire et la gestion gouvernementale ont pour point commun d’empêcher de poser les enjeux politiques liés à la question des migrants et de contribuer à gérer leur invisibilité. Contre cette logique, à nous de les aider à rester ensemble et à accroître leur visibilité.

Comme dans toutes les luttes, un certains nombres de questions ou de problèmes se posent, il y a un certain nombres de choses à affronter. Pour permettre qu’un peu de tactique se dessine, que le rapport de force soit travaillé de manière plus fine et efficace, il faut que les migrants puissent discuter collectivement afin qu’ils soit en situation d’énoncer ce qu’ils veulent et faire en sorte de l’obtenir. Et c’est aussi cela qui permettra, en les articulant et en les posant de la manière la plus adéquate possible, de résoudre les problèmes multiples auxquelles leur situation les confronte (papiers, logement, amélioration des conditions de santé…).

Nécessaires et réciproques auto-organisations

Il est grand temps de commencer à gagner, et pour ça il faut sortir de la mauvaise urgence, du temps de l’humanitaire, pour rentrer dans le temps de la lutte, qui doit être un moment d’amélioration des conditions de vie de tous et de chacun. La lutte, il faut que ça commence à payer.

Pour ne pas laisser les migrants à la merci de la gauche, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est de, nous aussi, être organisés, non pas pour montrer l’exemple mais parce qu’il nous faut également sortir de l’impuissance et trouver comment fonctionner pour sortir des relations de soutien interindividuelles.

Certains d’entre nous ont en mémoire qu’après l’expulsion de Saint-Ambroise lors du mouvement des sans-papiers de 1996, SOS Racisme (en tant que relai de la politique d’immigration du Parti Socialiste) avait déjà voulu sélectionner 50 sans-papiers qu’ils se proposaient « d’héberger » temporairement dans leur local, cherchant ainsi à casser la lutte par la dispersion de ses participants. Si ceux-ci ont pu refuser efficacement cette division très concrète, c’est parce qu’ils s’étaient déjà organisés dans la lutte, mais aussi parce qu’ils ont compris qu’ils pouvaient compter, hors de la logique humanitaire, sur l’aide et l’assistance de composantes de la lutte qui avaient des papiers.

Ne restons pas désarmés et ne nous laissons pas reléguer au rang de témoins des « réunions unitaires » qui sont en train de s’organiser. Pour ne pas laisser le monopole de l’organisation – et surtout de l’initiative – aux structures, partis et humanitaires, c’est un espace pour discuter, réfléchir, élaborer et agir qu’il faut commencer à construire. Un tel lieu permettrait par exemple de tirer le bilan croisé des tentatives des derniers jours parmi lesquelles l’occupation de l’ancienne caserne et des conditions dans lesquelles elle a été levée, ainsi que des premières arrestations et des mises en centre de rétention.

Nous, voisins bienveillants, militants têtus, passants assidus, nous les « irresponsables » qui empêchons Valls de « bien travailler avec Emmaüs et France Terre d’Asile », il nous appartient de trouver le moyen de nous organiser pour agir au côté des migrants dans cette lutte pour la liberté de circulation et d’installation pour tous.

Paris, le 16 juin 2015 (version 2)

contact : auto-organisation [at] hacari.org

Ce qui se joue là est sérieux et il va bien falloir, collectivement, s’organiser et réapprendre à se défendre.

Rediffusion d’un tract du Collectif Des Papiers Pour Tous qui intervient en 1996 de manière autonome au côté des sans-papiers en lutte :

Il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde…

Parce que seule la libre circulation des prolétaires de tous les pays peut empêcher le triomphe de ce monde urbain incolore, inodore et sans saveur qu’on veut nous fabriquer… Parce que nous n’en avons rien à cirer de l’ » identité française « … Parce que la xénophobie d’État flatte et encourage le racisme d’une partie de la population et détourne sur les  » étrangers  » la colère qui monte face à un système produisant toujours plus de richesses et toujours plus de pauvres… Parce que cette colère est la nôtre…

Parce que nous savons que ce n’est pas l’immigration qui crée le chômage, mais bien la course à la compétitivité, c’est-à-dire la logique même du système. Parce que cette logique folle nous pourrit la vie…

Parce que la chasse aux  » clandestins  » repose sur une énorme hypocrisie, puisque ce sont les règlements eux-mêmes, toujours plus restrictifs, qui fabriquent de la  » clandestinité « , et que des secteurs entiers de l’économie vivent de la surexploitation de ces immigrés qui, loin de représenter  » toute la misère du monde « , sont des producteurs de richesses… Parce que cette hypocrisie encrasse les cerveaux, pervertit la pensée de ceux qui nous entourent et fonde le consensus de toute la classe politique depuis plus de vingt ans…

Parce que la surexploitation des  » clandestins  » permet de faire pression sur nos salaires, et de nous exploiter davantage… Parce que l’énorme appareil lancé contre eux, avec ses fichiers informatiques, son espace Schengen, ses fonctionnaires-collabos qui en rajoutent toujours sur l’infamie réglementaire, ses flics qui se croient tout permis et ses juges zélés, parce que cet appareil qui sert aujourd’hui contre eux, pourra fonctionner demain contre d’autres catégories de la population…

Parce que, dans un monde qui donne tout le pouvoir à l’économie, l’opposition entre réfugiés politiques et réfugiés économiques n’a plus aucun sens…

Parce que nous sommes tous victimes d’un système qui accélère sans cesse la circulation planétaire des marchandises et des images, en s’opposant chaque jour un peu plus à la circulation de la grande majorité des humains – les pauvres du Sud et de l’Est et les précaires de partout… Parce que nous avons été, nous sommes, ou serons tous un jour de ces précaires que menacent la matraque, le règlement et la  » rationalité  » économique…

Parce que nous ne supportons pas que l’absence d’un dérisoire bout de carton puisse empêcher de circuler, de rencontrer, de découvrir, d’aimer et de partir à l’aventure…
Pour toutes ces raisons, et mille autres qui tiennent au parfum de liberté qu’ont ramené dans l’air les mouvements sociaux, le combat des sans-papiers est le nôtre, et nous faisons nôtre cette revendication minimale : des papiers pour tous !
La lutte commencée avec l’occupation de Saint-Bernard a montré que les lois Pasqua, sont non seulement odieuses et inhumaines, mais encore inapplicables - à moins de confier définitivement la question du droit des étrangers et de chacun d’entre nous à la discrétion de la police. Elle a montré les limités de la négociation  » au cas par cas « , qui divise le mouvement et l’enlise dans d’interminables démarches administratives, et celles des soutiens humanitaires. L’énorme déploiement policier et son piteux épilogue judiciaire, assorti de rafles au hasard pour remplir les charters, ont montré qu’il était plus dangereux de ne rien faire que d’apparaître publiquement. De toute manière, leur finalité n’est pas comme on voudrait le faire croire d’expulser les illégaux, mais de les faire replonger dans la clandestinité, d’exercer une terreur qui les contraigne à accepter des conditions de salaire et de travail intolérables.

En s’organisant eux-mêmes et en luttant pour imposer leurs conditions aux organisations qui les soutenaient, les occupants de Saint Bernard avaient d’ores et déjà posé le problème hors des cadres humanitaires où on voulait le cantonner. En tentant de  » vider l’abcès « , l’État n’a réussi qu’à répandre le virus de la solidarité et à permettre que ceux qui n’avaient pas trouvé place dans l’église créent de nouveaux comités ouverts à tous les sans-papiers. En réaffirmant leur volonté de ne pas être mis hors du  » droit commun « , les sans-papiers et plus largement l’immigration attaquée à travers eux, portent un coup au processus de précarisation de larges couches de la population, de démantèlement des protections sociales (RMI interdit aux moins de 25 ans, flicage du chômage, etc.).

L’offensive contre les sans-papiers n’est pas le problème des sans-papiers, c’est notre problème à tous. Prenons l’initiative !

Paris, le 11 septembre 1996
Collectif  » Des papiers pour tous »
[ancien] Le collectif  » des papiers pour tous  » se réunit les premiers et troisièmes mardi du mois à 19 h au 21 ter, rue Voltaire, Paris 11e

Source : Paris-luttes Infos

[Nucléaire] Bure (Meuse) : attaque d’un site technique de l’ANDRA.

 Posted by on 30 juin 2015 at 23 h 37 min  Non classé  Commentaires fermés
juin 302015
 

 

Indymedia Nantes / dimanche 28 juin 2015

Pas loin de Bure, un site de mesure de l’ANDRA a été attaqué par quelques noctambules déterminé-e-s.

À Bure, en Meuse, le pouvoir tente par tous les moyens de faire accepter un projet d’enfouissement de déchets nucléaires à 500m sous terre.

Si officiellement le projet n’est pas encore commencé, que les déchets nucléaires n’arriveraient pas avant 2025, les installations de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs, en charge du projet d’enfouissement) pullulent déjà dans les environs.

Une nuit autour du 25 juin, un site contenant plusieurs installations électriques et un puit destiné à analyser l’état de la roche et de la nappe phréatique a été saccagé.

Le puit a été forcé puis bouché au béton, et toutes les armoires ont été fracturées et détruites par la rage de celles et ceux qui ne veulent pas attendre l’épuisement des recours légaux pour attaquer ce projet.

Attaquons les infrastructures du pouvoir où qu’il se trouve, en Meuse comme ailleurs.

Contre Cigéo et son monde, résistance et sabotage !

Des tiques enragées.

Source : Attaque.

juin 302015
 

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Ce midi, la personne suspectée d’être « directrice de publication » de Iaata.info n’a même pas eu le temps de passer en procès… le procureur a tout simplement abandonné les poursuites… Nous ne saurons donc pas le fin mot de l’histoire, ni pourquoi elle a été arrêté, ni pourquoi elle a passé tant de temps en GAV, ni pourquoi un procès a été intenté…

Le rassemblement de ce midi, autour d’un pique nique et de la diffusion en direct de témoignages de luttes recueillis par l’émission Le Front du Lundi sur Canal Sud, s’est finalement soldé par le soulagement… et de nombreuses questions…
Décidément, la justice n’a pas fini de nous surprendre. Elle a ouvert ici une tribune qu’elle ne maîtrisait manifestement pas bien… Cherchait-elle simplement à effrayer, sans cartes entre les mains ? A focaliser notre attention sur ses logiques répressives ?
Ce retro-pédalage est à la fois comique et atterrant. On la savait injuste, la justice s’est révélée aujourd’hui au summum du ridicule…

Source : IAATA.

juin 302015
 

Alors que la lutte contre la ligne THT Cotentin Maine battait son plein, RTE avait été sommée de racheter les maisons situées à moins de 100 mètres de la future ligne 2*400 000 Volt, “par précaution contre les nuisances”. En mars 2012, dans un article du Monde, nous apprenions que les logements devraient être revendus en-dessous des prix du marché, mais en contrepartie d’un engagement à ne pas attaquer RTE en cas de problèmes.

Dans son édition du 6 juin 2015 parue le jeudi 4 juin, des annonces immobilières particulièrement alléchantes se sont discrètement glissées dans la Manche libre. RTE revend 4 maisons à Notre Dame de Cenilly (50) avec, au bas mot, un zéro en moins ! Quand on pense que RTE a toujours nié l’impact de ses lignes THT sur la valeur des maisons se situant à proximité…

Toujours est-il que, les projecteurs s’étant éloignés, les sbires de RTE ne semblent avoir plus aucun scrupule à proposer à des gens d’habiter sous la ligne, là où les champs électromagnétiques font directement s’allumer des néons ! Comprenez que pour 15 000 ou 20 000 pour des maisons tout à fait habitables, qui en valent 10 fois plus, avec du terrain, et pour trois d’entre elles, des dépendances… Comment ne pas faire fi du danger que représente la ligne pour pouvoir se loger ?

Lumière sur les basses oeuvres

Aub-RTE-3

À l’instar du suivi des agriculteurs qui ne pouvait se faire que sous couvert de confidentialité, RTE n’aime pas quand on met en lumière ses coups bas.

Est-ce que ce sont les inscriptions qui ont rapidement orné les façades des maison ou l’enquête du Professeur Canardeau qui ont changé la donne ? Ce qui est sûr, c’est qu’un rapide rétropédalage s’opère : ces 4 maisons auraient été mises en vente par erreur, elles auraient malencontreusement sauté du fichier des maisons à détruire dans celui des maisons mises en vente. Trompeuses, elles ont été confiées au bon soin d’un office notarial sans que personne ne se doute de rien. Pire : les photos destinées à la mise en vente n’ont pas permis de déceler leur insalubrité. Il faut dire qu’une maison achetée 300 000 € il y a quatre ans apparaît facilement comme une maison pouvant valoir plus que la destruction… même si RTE indique aujourd’hui que les 4 maisons font partie du fichier de celles à détruire en raison de leur vétusté et de leur insalubrité (Le Canard enchainé du 17 juin 2015).

Nul doute que RTE va rapidement saisir les occasions de continuer à se séparer de son encombrant fardeau immobilier, nul doute que se dresseront à chaque fois sur son chemin des empêcheurs de vendre en rond, tandis que l’opposition à la construction des lignes THT et de leurs postes de transformation s’intensifient, dans le Nord-Pas de Calais, l’Aveyron ou les Hautes-Alpes, par exemple.

Des centaines de milliers de personnes vivent déjà sous des lignes 400.000 volts, et RTE se garde bien de le souligner, car si on se mettait tous à leur demander des comptes sur les ondes notoirement dangereuses que leurs lignes génèrent, provoquant migraines, insomnies, leucémies, mammites pour les vaches, etc, cela aurait pour conséquence de remettre en question le système de production et de transport de l’électricité, centralisée et abondant. Et il est hors de question pour RTE d’indemniser toutes les personnes concernées. Ils préfèrent même récupérer quelques dizaines de milliers d’euros en vendant des maisons exposés, sur le dos de futurs habitants qui auront acheté “en connaissance de cause”.

En campagne contre RTE (car sans lignes THT, il n’y a plus de possiblibilté de continuer à centraliser l’énergie nucléaire entre autres), ce sont les lignes T.H.T. que nous abattrons et non les maisons d’habitations qui garnissent nos campagnes.
L’envahisseur pylôneur n’a qu’a bien se tenir, nous mettrons tout en oeuvre pour que personne ne subisse l’irréparrable des nuisances des lignes Très Hautes Tension.


Ravalement de façade chez RTE : RTE CHERCHE COBAYES

Message de rouleaux et de peintures associé.e.s qui comptent bien faire ravaler à RTE ses casseroles immobilières :

RTE CHERCHE COBAYES !

Aub-RTE-8Ça devait arriver et ça ne pouvait pas se passer sans laisser des traces.

Il fallait s’attendre à ce que ça arrive un jour mais cela n’a pas manqué de surprendre quand l’annonce de la vente des maisons, situées à moins de 100 mètres de la nouvelle ligne Très Haute Tension, de l’Aubressière et de la Fenêtre à Notre Dame de Cenilly est parue dans la Manche Libre, début juin 2015.

Ces demeures avec terrain, dépendances, et même trois garages pour celle achetée 300 000 euros il y a 4 ans par le constructeur de la ligne T.H.T. : RTE (Réseau de Transport d’Electricité) lui même sont en très bon état. Malgré cela, un coup de peinture était nécessaire.

15 à 20 000 euros pour vivre sous une ligne T.H.T., c’est donné mais c’est vous qui payez !

Est-ce le juste prix, pour qui est fauché ou mal informé, pour sacrifier sa santé et celle de son foyer ?

RTE tente de solder son fardeau immobilier en louzdé et la leucémie qui va avec. On a déjoué son coup fourré !

Pour nous, l’hypocrisie a assez duré et on fera en sorte que personne n’habitera leurs baraques empoisonnées.

Les rouleaux et peintures associé.e.s
ravalement [@] laposte.net

Source : Anti-THT noblog.

 
SoldesRTE

juin 302015
 

L’assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions a officialisé
l’ouverture d’un nouveau squat au 21, rue de la prévoyance (après le
C.H.R., entre l’avenue Clémenceau et le Castorama).

Il y a besoin de monde sur place durant les prochains jours (…)
Merci de faire tourner l’info auprès de vos réseaux respectifs.

(…)

Source : Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions.

juin 292015
 

Repris du site Brèves du désordre :

[Comme d’habitude, ces articles de presse sont la voix du pouvoir, donc à lire avec les précautions d’usage. C’est l’image partielle que ce dernier veut donner de cet instrument (les fiches S), et non sa réalité toute entière…

Les fiches S sont une des 21 sous-catégories du FPR (Fichier des Personnes Recherchées), créé en 1969, qui comporte notamment les lettres : E (police générale des étrangers), IT (interdiction du territoire), R (opposition à résidence en France) , TE (opposition à l’entrée en France), AL (aliénés), M (mineurs fugueurs), V (évadés), S (Sûreté de l’État), PJ (recherches de police judiciaire) , T (débiteurs envers le Trésor).
Les fiches S officiellement renouvelées ou éliminées tous les deux ans (un an renouvelable une fois) par la DGSI et le SCRT (ex-RG), comportent 16 niveaux de surveillance en partant du bas : Mohamed Merah (histoire de Toulouse) avait une fiche S de 2006 à 2010 puis à nouveau S05 en 2011, Sid Ahmed Ghlam (histoire de Villejuif) avait une fiche S13 tout comme Yassin Salhi (histoire de l’Isère) de 2006 à 2008 - non renouvelée, et le niveau S04 semble être celui de base délivré contre tout individu (extrême-droite, extrême-gauche, écologistes, supporters de foot, anarchistes, etc.) « susceptible de se livrer à des actions violentes« .
Ce niveau de base S04 et les suivants sont réajustés (ou pas) après « sondages personnels » policiers réguliers (x par an : Merah avait par exemple fait l’objet de 52 procédures de surveillance (filatures et écoutes) en 2011), et en fonction de tout ce qui peut arriver de nouveau (interpellation, lien avec un tiers lui-même fiché, info d’autres services, etc.). Pour rappel, il s’agit là de surveillance quotidienne des services, celles renforcées par la nouvelle loi sur le Renseignement, en dehors de toute procédure judiciaire, comme les « enquête préliminaires » par exemple qui leur donnent plus de moyens et sont dirigés par un procureur sans que la personne concernée n’en soit informée. Et enfin, même sans fiche S ou après en être sorti, la surveillance ne cesse pas pour autant (Yassin Salhi n’en avait plus depuis 2008, et « a ensuite fait l’objet d’une surveillance de 2011 à 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste lyonnaise » selon le procureur). Les RG et leurs petites fiches Sureté de l’Etat sont une chose, les services anti-« terroristes » encore une autre…

En ce qui concerne les compagnons anarchistes, souvent classés dans la catégorie policière d’ »anarcho-autonomes », on trouvera dans la brochure « Analyse d’un dossier d’instruction antiterroriste » (2010), pages 13-14, un exemple de fiche S04 qui finit ainsi :
« Sûreté de l’Etat Mesure immédiate : ne pas attirer l’attention
Motif : Individu proche de la mouvance anarcho-autonome susceptible de se livrer à des actions violentes
Service demandeur : Préfecture de police Renseignements Généraux Paris – Tél : 0153733815
Conduite à tenir : SO4 – en cas de découverte aviser les RGPP »

De plus, cette fiche S04 est utilisée bien plus largement qu’en matière d’anti-terrorisme, comme nous le rappelle la mésaventure d’un compagnon parisien en avril 2015 suite à une histoire d’arnaque au préjudice d’un grand magasin (Les RG s’invitent à une perquiz’) : « Les OPJ veulent que je balance mon chef, que je dise où je dors, m’expliquent que c’est la seule façon de m’en sortir. Ca ne fonctionne pas avec moi, rien à déclarer et refus de signer. C’est autant de temps de gagné. Puis vient l’audition, où l’OPJ réalise que je suis fiché au Fichier des Personnes Recherchées, fiche S04 : Sûreté de l’État. Étant anarchiste, pas de surprise… Changement de ton, qui se fera surtout sentir le lendemain. »]


Attentat en Isère : qu’est-ce qu’une fiche « S » ?

Le Figaro, 26/06/2015 à 19:59

Le principal suspect de l’attentat en Isère a fait l’objet d’une fiche de signalement pour cause de radicalisation. De quoi s’agit-il ? Éléments de réponse.

Bernard Cazeneuve a annoncé que Yassin Salhi, le principal suspect de l’attentat de Saint-Quentin-Fallavier près de Lyon (Rhône) avait été fiché entre 2006 et 2008 par les services de renseignements. Il avait fait l’objet d’une fiche de signalement « S 13 » pour cause de radicalisation. Son fichage n’avait pas été renouvelée en 2008 et l’homme n’avait pas de casier judiciaire, a précisé le ministre de l’Intérieur.

Ce système de fichage est l’une des sous-catégories du fichier des personnes recherchées, le FPR. Ce fichier géant répertoriait plus 400.000 individus au 1er novembre 2010. Il sert à faciliter les recherches effectuées par les services de police et de gendarmerie à la demande des autorités judiciaires, militaires ou administratives selon la Cnil (la Commission nationale de l’informatique et des libertés). Créé à la fin des années 1960, le FRP regroupe des catégories de personnes très variées, comme les mineurs fugueurs (« M »), les évadés, (« V ») ou les personnes privées de sortie du territoire (« IT », pour interdiction de territoire).

La sous-catégorie « S » désigne les personnes potentiellement menaçantes pour la « sûreté de l’État ». En 2012, 5.000 noms y étaient répertoriés selon Sud-Ouest. « A l’origine, cette catégorie avait été créée pour contrôler les déplacements des diplomates. Puis, elle s’est étendue à la menace terroriste » précise au Figaro, Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Pour contrôler les déplacements

Ce fichier S est subdivisé en plusieurs échelons qui correspondent à une échelle de vigilance graduée jusqu’à 16. Le niveau S 13, qui est celui du principal suspect de l’attentat du jour en Isère mais aussi celui de Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d’avoir voulu perpétrer un attentat contre au moins une église de Villejuif (Val-de-Marne) en avril, signifie que les policiers avaient pour mission de « recueillir le maximum d’informations sans attirer l’attention » de ce personnage. Les individus répertoriées ne sont pas tous des terroristes en puissance. Y figure aussi des militants, des activistes politiques ou encore des hooligans.

« La fiche S est un outil de contrôle des renseignements à disposition des services de police et de gendarmerie, qui sert surtout à contrôler les déplacements » résume Louis Caprioli. Par exemple, lors d’un contrôle routier, si l’agent de police constate que l’individu est fiché S, il devra le signaler aux services de renseignement et essayer de recueillir le maximum d’informations, sur les personnes qui l’accompagnent. Lors d’un contrôle de police à la frontière, ou lors d’une infraction routière, si l’individu est fiché S et que le policier le constate, il peut voir s’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt et dans ce cas procéder à une interpellation. Certaines personnes fichées S peuvent être mises sous surveillance physique ou sous écoutes. Mais cette surveillance n’est pas systématique, ni constante. Les fichiers sont également régulièrement « nettoyés » précise Louis Caprioli. Tous les deux ans, la fiche S est en effet mise à jour. La surveillance de ceux qui sont jugés moins dangereux est relâchée. C’est ainsi que Yassin Salhi est sorti du fichier en 2008.


« Fiche S », écoutes… La surveillance de Sid Ahmed Ghlam en 3 questions

TF1, 23 avril 2015 à 18h16

Quels outils ont été mis en place pour le surveiller ?

Après son signalement par un proche, Sid Ahmed Ghlam a été visé par « une fiche S », pour sûreté de l’Etat. Comme l’explique Sud-Ouest, ce fichier recense les personnes susceptibles de préparer des actions nuisibles contre la France, comme les terroristes donc mais aussi les hooligans. En 2012, il comportait 5000 noms mais doit en avoir plus bien plus aujourd’hui. Mohamed Merah mais aussi Amédy Coulibaly ont ainsi été fichés.

Chaque « fiche S » possède un numéro qui correspond aux mesures de surveillances à adopter. Celles-ci doivent être « discrètes « , sans attirer l’attention. La fiche de Sid Ahmed Ghlam est une « S13″, ce qui signifie que chacun de ses déplacements à l’étranger doit être signalé, rapporte Le Parisien. C’est sans doute comme cela que les renseignements ont eu vent de son séjour en Turquie et ont pu le mettre en garde à vue. Etre fiché « S » n’implique toutefois pas une surveillance physique à plein temps ni forcément une interpellation : cela sert surtout faire à faire remonter des informations aux renseignements lors de contrôles policiers ou douaniers. « Une fiche S, c’est une géolocalisation artisanale et ponctuelle« , résume le juge antiterroriste Gilbert Thiel sur Europe 1.

En revanche, à son retour de Turquie, des moyens de surveillance plus lourds ont été mis en place étant donné qu’il représentait une menace à ce moment-là. Le Parisien raconte que ses communications, ses consultations de site et ses fréquentations ont été passées au crible. Mais ce, seulement l’espace de « quelques semaines », étant donné qu’il n’y avait pas de cadre judiciaire.


Comment le contre-espionnage a égaré la fiche de Mohamed Merah

Nouvel Observateur, 20-04-2012 à 05h21

Dans l’entretien accordé au journal « le Monde » après les tueries de Toulouse et de Montauban, le patron du contre-espionnage français a expliqué qu’ »après un simple contrôle routier à Kandahar, en Afghanistan en novembre 2010 (…) la direction de la sécurité et de la protection de la défense nous a signalé l’incident« . Squarcini précise même qu’il n’y a aucun lien entre Merah et le démantèlement, fin 2006, à Artigat, à une soixantaine de kilomètres de Toulouse, d’une filière de combattants djihadistes en Irak. Pour lui, l’amitié entre Mohamed Merah et Sabri Essid, un Toulousain arrêté les armes à la main à la frontière syro-irakienne, tout comme le concubinage entre sa mère et le père d’Essid, n’en font pas un « activiste chevronné » qui aurait mérité d’être étroitement surveillé. Le chef de la DCRI affirme donc qu’il n’y a « pas de lien, en dehors de mandats que (Merah) a envoyés à l’un des condamnés en prison, ce qui peut être une simple solidarité de cité« .

Or Mohamed Merah a bien été fiché comme susceptible d’attenter à la sûreté de l’Etat dès 2006. Suite à l’opération conduite à Artigat, les Renseignements généraux (ancêtres de la DCRI) avaient émis une fiche « S », comme sûreté de l’Etat, à son nom, le désignant comme « membre de la mouvance islamiste radicale, susceptible de voyager et de fournir une assistance logistique à des militants intégristes« . La procédure implique que les policiers contrôlant un individu fiché « S » signalent sa présence aux RG et recueillent un maximum de renseignements sur lui (provenance, destination, moyens de transport, etc.). Bref, qu’ils le surveillent étroitement, « sans attirer l’attention ».

Imbroglio administratif

C’est du reste ce qui s’est passé le 18 novembre 2007, à 1h30 du matin, lors d’un contrôle au col du Perthus, à la frontière espagnole, comme l’a révélé M6. Merah se trouvait dans une BMW immatriculée à Toulouse, en compagnie de deux petits voyous de cité. Bernard Squarcini paraît l’ignorer. Voici pourquoi.

Selon notre enquête, la fiche Merah de 2006 s’est volatilisée deux ans plus tard, soit en 2008, à la faveur d’un incroyable imbroglio administratif sur fond de guerre des polices, à l’occasion de la fusion entre les RG et la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), devenus la DCRI. Un projet cher à Nicolas Sarkozy. « Les fiches S ont une validité de deux ans et doivent être renouvelées après ce délai par les services« , explique un agent de renseignement qui s’est penché sur cette bévue. « Dans la nouvelle organisation, le pôle ’Islamisme radical’ des RG, à l’origine de la fiche, a été presque entièrement démantelé pour faire la part belle aux spécialistes antiterroristes venus de la DST« , explique ce même agent. « La mémoire des RG est partie en fumée, et la fiche S de Merah est passée à l’as. »

Il franchit les frontières sans attirer l’attention

A l’époque, le jeune homme, incarcéré à Toulouse pour un délit mineur, ne se fait donc pas remarquer dans les milieux islamistes. A sa libération en septembre 2009, Merah, sorti des radars des services antiterroristes, peut franchir les frontières sans attirer l’attention. Et sillonner le Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Afghanistan en passant par la Syrie, la Jordanie et Israël.

Ce n’est qu’en novembre 2011 que la DCRI rédigera une nouvelle fiche S sur Merah, après son retour du Pakistan et un léger débriefing à l’antenne toulousaine du service. Cette fiche, figurant au fichier des personnes recherchées (FPR) et dont « le Nouvel Observateur » a pu prendre connaissance, est étonnamment minimaliste. Elle présente Merah comme « un militant proche du milieu djihadiste international » mais n’est classée que « S 5″ : une procédure qui demande de signaler ses passages aux frontières, mais n’implique ni de fouiller ses bagages, ni de le surveiller sur le territoire français. « Une surveillance très légère », reconnaît un agent de renseignement.

Le raté administratif durant lequel s’est perdue la première fiche Merah - celle de 2006 - a-t-il été évoqué devant la délégation parlementaire pour le renseignement qui a auditionné le chef de la DCRI, le 4 avril dernier, soit cinq jours après que M6 en eut fait état ? Les huit parlementaires concernés ont-ils posé la question ? « Secret-défense », répliquent-ils en choeur. Seul le président de la délégation, le député Guy Tessier, affirme qu’il n’y a eu « aucune faille ou aucune ombre au tableau » (dans le traitement de l’affaire Merah, ndlr). Contre toute évidence.

juin 272015
 
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Pour une approche matérialiste de la question raciale Une réponse aux Indigènes de la République

Revue Vacarme n°72

par , &

Les Indigènes de la République ont contribué à rendre visible un racisme de gauche, appuyé sur le racisme intégral consubstantiel à la société française, mais seraient-ils prisonniers de ces enjeux ? Une analyse systématique des champs de force qui s’exercent sur les plus précarisés permet de sortir de l’ornière : une critique conséquente de l’invisibilisation des questions raciales et de genre, échappant au grand jeu identitaire de l’extrême droite, ancrée dans la critique de l’économie politique.

Des morts en Méditerranée en passant par les émeutes de Baltimore jusqu’aux menus faits quotidiens de la vie métropolitaine, tout nous ramène à la question raciale. Il nous semble nécessaire de proposer une analyse de fond du racisme qui ne soit pas qu’une réponse à chaud aux événements.

On assiste aujourd’hui à une montée de l’islamophobie et de l’antisémitisme. C’est une double vague et il faut réussir à penser les choses ensemble, alors que les séparations sociales sont de plus en plus fortes et les logiques de guerre de tous contre tous incontrôlables. Cela signifie refuser les logiques de concurrence entre les racismes ; mais aussi penser islamophobie et antisémitisme dans toute leur spécificité. Et cela dans le contexte général d’une augmentation de la violence sociale, d’un durcissement des segmentations de classes et des effets du racisme structurel (logement, travail, etc.). C’est de plus en plus dur pour les plus pauvres, pour ceux qui sont déjà les plus précarisés (les racisés, les femmes).

Avec les attentats de janvier, la gauche s’est pris en plein dans la figure son déni de la question du racisme. Elle qui s’est fait une spécialité de dénoncer la victimisation et de refouler le racisme comme phénomène structurel massif. L’obsession du voile des féministes institutionnelles a fonctionné comme un révélateur du racisme d’une gauche accrochée à un universalisme abstrait et agressif.

Voilà pourquoi nous étions enthousiastes devant l’énorme travail qui a rendu visible ce racisme de gauche, républicain, auquel le Parti des Indigènes de la République (PIR) a participé depuis 2004. Nombreux sont ceux qui ont travaillé à saper ce racisme respectable [1] Pour lequel les indigènes ne sont pas réellement des égaux et qui, s’il ne se justifie pas « contre » le racisé, tire son argumentation des grandes valeurs censées l’émanciper. Toute une histoire de la condescendance et du paternalisme de la gauche française reste à écrire, notamment sur la façon dont le discours de classe a été utilisé pour maintenir bien en place les hiérarchies au sein du mouvement ouvrier lui-même.

Néanmoins, il nous semble que le PIR a glissé. Surfant sur les durcissements identitaires, il propose une lecture systématiquement culturelle voire ethnicisante des phénomènes sociaux. Cela l’amène à adopter des positions dangereuses sur l’antisémitisme, le genre et l’homosexualité. Il essentialise les fameux « Indigènes sociaux », les subalternes qu’il prétend représenter. Tout se passe comme si les prolétaires racisés qui subissent le plus violemment le racisme étaient instrumentalisés dans une stratégie politique qui se joue essentiellement dans l’arène de la gauche blanche et des intellectuels radicaux à la mode.

Pour nous, descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie, mener la critique du PIR, comme mener celle de la Gauche, est une question d’auto-défense.

Pour nous, descendantes de musulmans et de juifs d’Algérie, mener la critique du PIR, comme mener celle de la Gauche, est une question d’auto-défense. Nous pensons que nous n’avons rien à gagner dans l’opération politique qui subsume toutes les questions sous celle de la race. Pour nous, non seulement les questions de racisme mais aussi les questions d’économie politique, de rapports sociaux de sexe sont à l’ordre du jour.

économie-politique de l’islamophobie

Qui prend le RER à Gare du Nord le matin sait que ceux qui ont l’air arabe, noir ou rom subissent une pression constante. Contrôles au faciès, « bavures policières », relogement dans des banlieues toujours plus lointaines, les racisés subissent une ségrégation géographique, sociale et symbolique. Ce racisme intégral, pour reprendre l’expression de Franz Fanon, consubstantiel à la société française, commence dès l’orientation en 4e, avec la recherche d’un stage, du premier job… et s’étend à toutes les dimensions de l’existence. Dans ces multiples apparitions, il s’étend des rues de nos villes riches où les hommes racisés se font refouler des boîtes de nuit jusqu’aux confins des mers où on laisse se noyer avec une indifférence complice ceux qui osent franchir les frontières.

En France, l’islamophobie, le racisme anti-musulman, est à comprendre, non pas simplement comme une opposition laïque à la religion, mais comme un racisme dirigé vers tout ce qui est noir ou arabe. Notamment quand sa présence est visible dans l’espace public, qu’il s’agisse de femmes voilées ou de jeunes tenant le mur. Les événements de janvier n’ont fait qu’accentuer ce processus de stigmatisation. Des attaques de mosquées aux agressions de femmes voilées, en passant par les convocations au commissariat d’enfants de huit ans qui ne disaient pas assez « Je suis Charlie », il est devenu quasiment impossible de parler politique quand on a une gueule d’Arabe sans avoir à se justifier de ne pas être islamiste.

Il ne s’agit pas de simples discriminations ou de préjugés. L’islamophobie renvoie à une question plus centrale, la question raciale. Celle-ci fonctionne comme assignation à une place dans la division du travail de certaines catégories de population sur la base de leur origine et de leur couleur de peau. Il suffit d’observer un chantier de BTP pour constater qu’en général les gros travaux sont fait par les Noirs, les travaux plus techniques par les Arabes, et que les contremaîtres sont blancs. [2] Le racisme est le régime d’exploitation matériel qui a organisé le développement capitaliste européen.

Affrontements entre Israéliens d’origine éthiopienne et les forces de sécurité, le 30 avril 2015 à Jérusalem.

En effet, le capitalisme met en concurrence les capitaux, mais aussi les travailleurs eux-mêmes sur le marché. Cette concurrence prend la forme d’un processus de « naturalisation » qui permet une dévaluation spécifique de la force de travail. Certains traits socio-historiques de la main-d’œuvre immigrée (comme par exemple la qualification, le déplacement, la spécialisation…) sont « essentialisés » : ils vont se prolonger, « coller à la peau ». Et cela permet aux employeurs de tirer le prix de la main-d’œuvre vers le bas.

Mais ce processus ne se réduit pas à une simple « prime raciale » à l’exploitation. C’est un « phénomène social total ». On peut donc avancer que la racialisation est une dynamique essentielle au capitalisme, qui a besoin de toujours plus de force de travail et produit, en même temps, cette force de travail comme « surnuméraire », toujours en trop [3].

insuffisance de la grille de lecture « coloniale »

Ce racisme marque de manière matérielle et symbolique l’espace métropolitain européen. Néanmoins, la grille de lecture strictement décoloniale que nous propose le PIR nous empêche de comprendre les dynamiques actuelles, où ce racisme n’existe qu’en lien avec le développement capitaliste à l’échelle du monde. À ce titre, l’histoire coloniale est derrière nous, même si elle laisse des traces. L’Occident, c’est-à-dire les centres historiques d’accumulation capitaliste menacés par la crise, perpétue, à travers la « chasse aux terroristes », la continuation d’une structuration de l’exploitation à l’échelle mondiale. Par exemple les guerres pour l’accès aux ressources naturelles (pétrole ou minerais « stratégiques »). Mais ce qui se joue également, c’est l’intensification de l’exploitation dans tous les segments de classe, à commencer par les plus fragiles. Ce processus d’appauvrissement et de marginalisation finit par engloutir des sujets qui ne sont pas noirs, arabes ou descendants de colonisés. Dans les émeutes de 2005, il n’y avait pas que des Noirs et des Arabes, mais aussi de vastes portions du « prolétariat autochtone » touché par l’appauvrissement généralisé. N’en déplaise à Fox News, il ne s’agissait pas d’affrontements ethniques. Les jeunes émeutiers issus de l’immigration étaient en proportion exacte de leur importance dans la population des quartiers qui se sont révoltés, ni plus, ni moins [4].

la question de la race dans les luttes

Souvent, la question de la race dans les luttes se pose de manière immanente et non ethnicisante. Si certaines luttes sont massivement racialisées, c’est parce que les prolétaires sont assignés à cette place dans la division du travail. Des mères de famille maghrébines s’organisent en collectif pour obtenir des HLM, des femmes de ménages des hôtels Park Hyatt se mettent en grève après le viol d’une dame guinéenne par un richissime Saoudien, des demandeurs d’asile tchadiens occupent un bâtiment pour y vivre…

Quand les sans-papières chinoises des ongleries de Strasbourg-Saint-Denis réclament collectivement leurs salaires, se mettent en grève puis font tourner le salon pour la caisse de grève, elles peuvent être rejointes par les coiffeuses ivoiriennes. Malgré les segmentations raciales, salariales et culturelles, des prolétaires racialisées se retrouvent ensemble dans leur lutte. La question de la race est centrale, notamment parce que la question du salaire est tout de suite liée à celle des papiers, mais elle ne se pose pas de manière strictement identitaire et intra-communautaire. Même si la lutte ne fait pas immédiatement l’unité de tous les segments de classe. Quand la lutte monte, les segmentations sont de moins en moins signifiantes. À condition que le segment le plus bas soit pris en compte : ce sont les sans-papières les plus isolées et marginalisées qui sont parties ici en grève, rejointes par d’autres migrantes et, après une petite victoire, par d’autres salons du quartier [5]. Quand la lutte est défaite ou se termine, les segmentations se durcissent et chacun-e retourne à sa place.

La racialisation que nous subissons n’est donc pas indépendante des clivages de classe. Ce n’est pas parce que les militants politiques les nient dans les discours qu’ils disparaissent. Au contraire, on les reconduit et on risque d’approfondir un peu plus l’incompréhension entre les différents groupes sociaux qui sont amenés à se rencontrer et parfois à s’allier dans les luttes. C’est parce que les séparations, les contradictions sociales sont permanentes que l’apparition de luttes est inéluctable. La rencontre entre les exploités devient possible et elle est elle-même un enjeu de la lutte. Rencontre entre tous ceux qui, communément exploités, ne le sont pas de manière égale.

la critique de l’économie politique : un truc de beur ?

Envisager la race comme une construction sociale implique de pouvoir penser les autres rapports sociaux que sont le genre et la classe comme également construits socialement. Penser un racisme systémique doit permettre d’articuler race et genre, race et classe. Or, le champ de la pensée qui refuse de considérer comme naturelles toutes les catégories produites par ce mode de production — la propriété, le travail, l’argent — c’est, pour employer un vieux mot, celui de la « critique de l’économie politique ».

Et c’est cela que le discours du PIR évacue systématiquement. Tout se passe comme si les « indigènes sociaux » ne pouvaient sortir de leur position de subalternes qu’en redoublant la racialisation de leur position dans le capital. Comme si les jeunes issu-e-s de l’immigration coloniale n’avaient pas le droit, eux, elles aussi, de s’interroger sur l’organisation du travail, sur la propriété des moyens de production, l’exploitation… bref sur tout ce qui fondait, il y a encore une trentaine d’années, le clivage entre gauche et droite. Comme si toutes ces questions étaient simplement un truc « d’intellectuels », un truc de Français, ou pire, insulte suprême, un truc de « beur ».

Parler de racisme structurel sans jamais donner les causes de racisme, c’est laisser la porte entrouverte à toutes les pensées « anti-système ». Or seul un positionnement ferme par rapport aux ressorts de ce « système » permet de garder la tête froide dans le grand jeu identitaire auquel se livre l’extrême-droite.

la vague antisémite

Les meurtres de juifs ces dernières années (à Toulouse, Bruxelles, Paris, Copenhague) ne sont que la partie émergée de l’iceberg. À Créteil, à l’automne 2014, un couple est cambriolé : « ils sont juifs alors ils auront de l’argent », cela légitime la cible et le viol d’une jeune femme sous les yeux de son mari. Les « sorties » de personnalités médiatiques dépassent largement le champ de l’extrême-droite. Tel syndicaliste étudiant explique que ce sont les juifs, très nombreux à la fac, qui l’ont empêché d’être élu… Dans le métro parisien, un sous-prolétaire d’Europe de l’Est insulte un vieux juif religieux : « juifff ! Merde ! Juifff ! Caca »… Un livreur de bagels se fait prendre à partie parce qu’il travaille pour les juifs-ceux-qui-ont-de-l’argent…

Manifestants juifs à Baltimore le 3 mai 2015, après la mort de Freddie Gray.

On assiste à une résurgence importante de la vieille idée que les juifs incarnent l’argent, le système, qu’ils sont une puissance occulte. Le substrat théorique de l’antisémitisme européen tel qu’il s’est sédimenté à la fin du XIXe siècle est mobilisé. Une certaine idée de la nation, de l’Occident chrétien fondé sur la suprématie de la race blanche et dont les juifs sont exclus. Certains politiques se blanchissent en affirmant que les Maghrébins seraient le fer de lance de la résurgence de l’antisémitisme. Le saccage de tombes juives en Alsace par des « Français de souche » (dixit M. Hollande) a rappelé qu’il n’y a pas que des Maghrébins et des Noirs habitant des HLM de banlieue qui soient antisémites. Dans la société française, l’antisémitisme circule dans différentes classes sociales, dans différentes sphères culturelles. Il y a aussi une mondialisation de la circulation de cette idéologie. Qu’on pense aux commentaires antisémites que suscite Dominique Ouattara, la femme de l’actuel président de Côte d’Ivoire, d’origine juive.

Le contenu potentiellement « populaire », anti-hégémonique de l’antisémitisme a toujours été la clé de son succès. « Les juifs sont les chouchous » ; « les juifs dominent le monde ». Sur cette base, l’antisémitisme peut encore être un opérateur politique, redessiner des alliances (typiquement celle d’un Dieudonné, issu de la gauche, de l’antiracisme et d’une partie de son public avec Soral).

un antisémitisme structurel

L’antisémitisme moderne a une dimension systématique. Il explique un monde menaçant et devenu rapidement trop complexe. Lié au conspirationnisme, il se présente comme la clé interprétative de toute la violence et du non-sens qui fonde la dynamique d’un ordre social sans autre but que sa propre reproduction. Cette explication du monde apparemment délirante a des effets bien réels. L’identification des juifs à l’argent, à un pouvoir abstrait et menaçant, perdure. Dans les moments de crise sociale, il revient en force, même à gauche.

L’école allemande de la Wertkritik [6] tente de comprendre ce lien tendanciel entre certaines formes de critique anticapitaliste et l’antisémitisme. Les catégories qui régissent les rapports sociaux capitalistes, l’argent, le travail, la marchandise, possèdent une double face, ce que Marx caractérise comme « fétichisme ». Une face concrète, qui nous apparaît immédiatement, dessine notre monde sensible : l’usage de l’objet marchand, le contenu du travail, manuel ou intellectuel, le temps vécu des vacances acheté à crédit… Et une face abstraite, qui opère comme dynamique du système capitaliste, à savoir la valeur, mais rend aussi pensable ce fameux système. Médiés par la valeur, les rapports sociaux capitalistes restent donc des rapports de classe, fondés sur l’exploitation, violemment inégalitaires, mais ne prennent plus la forme de rapports directs entre personnes. La violence sociale du capital s’exerce bien sur les exploités, les dépossédés, mais sa dynamique, par la logique même de ce mode de production, comporte une dimension abstraite.

Toute une tradition anticapitaliste ne saisit pas cette double dimension des rapports sociaux capitalistes : à la fois concrets et abstraits. Souvent, elle naturalise le concret et concentre sa critique sur l’abstraction : contre la finance pour la « vraie économie », ou l’industrie, sans voir que la production de biens consommables, le simple échange d’une baguette contre de la monnaie, est aussi régie par des abstractions. L’abstraction est donc rapportée à une dimension parasitaire, un en-trop du système.

C’est à cette dimension abstraite que les juifs sont identifiés : à une force occulte, impalpable, à l’argent. Gonflées, mythifiées, biologisées, certaines de leurs caractéristiques sociales et historiques, leurs activités économiques plutôt liées à la sphère de la circulation et leur présence sur une aire géographique très large, ont été le levier de cette identification. Ainsi, l’antisémitisme opère typiquement comme une personnification de la domination abstraite du capital.

En ce sens, la question juive est une question à la fois spécifique et centrale pour l’histoire du capitalisme européen. Il ne s’agit pas d’en faire une question « absolue », un « en-dehors de l’histoire » [7]. Si ce type de racisme structurel s’est porté de manière privilégiée sur les juifs, cette racialisation de traits sociaux-historiques peut porter sur d’autres populations. Aujourd’hui par exemple, en Asie du sud-est, le racisme contre les Chinois prend des traits proches de celui qui vise les juifs (double figure de l’argent et du pouvoir).

Prenons donc la mesure de cet antisémitisme structurel, de son importance historique et des ressorts d’une figure fantasmagorique plus vivace que jamais. Non pas pour construire la figure exceptionnelle de ce racisme-là contre tous les autres, mais pour comprendre pourquoi l’antisémitisme est pernicieux et puissant. Il laisse le capitalisme intact en attaquant uniquement les personnifications fantasmagoriques de cette forme sociale. Déconstruire l’antisémitisme, c’est être capable de le voir là où il se trouve, là où il se dit et aussi travailler à délier l’identification des juifs, de l’argent et du pouvoir.

dénoncer le philosémitisme, un antisémitisme déguisé

Le texte d’Houria Bouteldja, appelant, au nom de l’antiracisme, à défiler « contre le philosémitisme d’État » a de quoi nous inquiéter [8].

Quand Segré utilisait le terme il y a quelques années [9], il appelait l’attention sur ces idéologues qui, en guise de défense des juifs, proposent une défense des Blancs, de l’Occident. Il ne disait pas que l’État français et les intellectuels réactionnaires étaient effectivement philosémites, encore moins la gauche blanche ! Désormais, le philosémitisme n’est plus une antiphrase, mais désigne les juifs comme responsables de la construction d’un ordre identitaire. L’antisémitisme se comprendrait alors comme une réaction au philosémitisme d’État, au rôle que joueraient les juifs d’alliés de l’État républicain raciste. Lutter contre l’antisémitisme, ce serait lutter contre le philosémitisme. Finesse dialectique mise à part, on retrouve là la vieille idée que les juifs, liés au pouvoir, tirent les ficelles ! Une figure fondée sur une lecture de l’histoire coloniale où on joue les juifs contre les Arabes et vice versa.

une relecture de l’histoire des juifs en Algérie

La comparaison des juifs avec les tirailleurs sénégalais qui ont commis des massacres dans le Sud du Maroc sous-entend que des juifs auraient massacré des musulmans ou participé directement à la répression coloniale. Certes, les juifs d’Algérie étaient dans une position ambiguë vis-à-vis de l’indépendance. Attachés à la France (naturalisés depuis 1870, ayant vu par là une amélioration de leur niveau de vie et de leur assimilation culturelle), leur histoire ancienne et récente les distinguait aussi des colons européens, et ils étaient la cible de l’antisémitisme (des colons, comme de l’État vichyste).

Construire une culture des subalternes pure est un modèle théorique qui relève de ce que Edward Saïd appelait l’orientalisme.

Considérer aujourd’hui que la Shoah ne concerne que les juifs et les Européens alors que l’antisémitisme en Algérie est tissé de cette histoire, oublier les figures minoritaires mais significatives de juifs (communistes) engagés dans la lutte pour l’indépendance, c’est un choix de lecture historique. Politiquement, en 1956, lors du congrès de la Soummam [10], le FLN envisageait de faire le choix inverse en proposant une alliance à la minorité juive appelée à se solidariser avec la lutte de libération nationale et promise à « sa part de bonheur dans l’Algérie indépendante »…

politiser l’antisémitisme

Cette politisation opérée par le PIR a lieu dans un va-et-vient entre une conférence à Oslo pour le gratin intellectuel mondialisé et une manifestation à Barbès.

Pour être acceptable, cette légitimation politique de l’antisémitisme doit se distinguer de l’antisémitisme historique. C’est le « ressentiment anti-juif » des damnés de la terre d’aujourd’hui. Maghrébin, « sympathique », bien de chez nous… Il émane du fantasme d’une culture maghrébine populaire pure, qui pourrait faire abstraction de cinquante ans d’histoire. Comme tout processus culturel, les préjugés antisémites sont hybrides, y compris chez les dominés. Construire une culture des subalternes pure est un modèle théorique qui relève de ce que Edward Saïd appelait l’orientalisme. Cette construction d’une altérité radicale est d’abord un fait de domination culturelle, qu’on dote cet Autre absolu de traits positifs ou négatifs.

Or, si on cesse de lire l’antisémitisme comme un problème ethno-culturel, on voit que les Maghrébins antisémites qui se politisent ne vont pas au PIR mais directement chez Soral. En voulant incarner l’antisémitisme populaire maghrébin, on ne fait que surfer sur la vague et sur le confusionnisme de la gauche. On drague la gauche blanche en rejouant ses tactiques historiques de minimisation du racisme.

identification des juifs à Israël

Les juifs de France sont une minorité à être liés directement à l’État d’Israël. Mais il existe un lien de fait parce qu’Israël a représenté une « solution au fait national juif » après l’extermination des juifs européens et a accueilli une grande partie des juifs d’Orient. État récent, fondé sur la violence, Israël perpétue la spoliation des populations palestiniennes qu’impliquait le sionisme comme solution nationale à la violence antisémite. Nous critiquons comme telles les exactions à Gaza, dans les territoires, la colonisation galopante en Cisjordanie, à Jérusalem Est.

Mais l’identification des juifs à Israël fonctionne plus largement. C’est le racket politique de Netanyahou après les attentats de Charlie Hebdo qui invite les juifs de France à faire leur alya — en réalité, il les invite à vivre en Cisjordanie pour faire les petites mains de l’extrême-droite parce que la société israélienne, en crise, en guerre, n’a rien à offrir. En miroir, l’amalgame est à l’œuvre chez les antisionistes. Israël incarne tous les problèmes de la terre. Mais cet antisionisme n’est pas la critique d’un État, de son fonctionnement, de son idéologie nationaliste, de sa violence, ce n’est pas l’appel à la solidarité internationale avec les populations victimes de cet État (a minima par nécessité d’auto-défense). Une solidarité internationale conséquente impliquerait de hiérarchiser en s’attaquant d’abord à l’impérialisme de son propre État et de ne pas en faire une question exotique. Il faudrait ne pas s’indigner en premier lieu de la présence de Netanyahou et de Lieberman aux manifs « Je suis Charlie ». Israël serait le chouchou de l’Occident, l’unique représentant de l’impérialisme universel, le responsable de tout le mal qui arrive aux Arabes mais aussi aux autres, de la répression des mouvements sociaux, etc.

Les poseuses de bombes pendant la guerre d’Algérie. De gauche à droite, Samia Lakfdari, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali.

Le résultat est qu’aujourd’hui, le champ politique de l’antisionisme n’a cessé de se droitiser. La gauche antisioniste a toutes les peines du monde à délier l’amalgame entre les juifs et Israël dans cet espace politique pathogène. Pathogène pour les juifs mais pour aussi pour les prolétaires en France, racisés ou non, qui n’ont rien à gagner à cette focalisation unique sur la question palestinienne, alimentée par les nostalgiques du panarabisme et les gauchistes français.

une quenelle anti-système pour restaurer la virilité

Quand il s’agit de donner son ressenti sur ce qui a motivé les attentats de janvier 2015, Houria Bouteldja explique que les indigènes mâles auraient été rendu « fous » par le déni de leur virilité par les Blancs. Selon elle pourtant, « les habitants des quartiers ne souhaitent pas politiser leur sexualité ». De même, dans son intervention au colloque « Penser l’émancipation », elle nous donnait une description essentialisée des questions de virilité des garçons arabo-musulmans, congratulant au passage Soral de leur offrir un programme de restauration de leur virilité mise à mal par le colonialisme et le racisme. Pour parler des marcheurs des années 1980, elle nous montrait des corps de mâles indigènes hypersexualisés, « adonnant les premiers coups de butoir à la République blanche et immaculée » (comme si elle n’était pas représentée par des hommes). Elle notait au passage que ces garçons arabes manquaient de jugement éclairé. Puis, elle dessinait la silhouette de Dieudonné, brandissant sa quenelle, mais « mal doté intellectuellement car ne possédant pas le bon logiciel ». Enfin, pour justifier ce geste antisémite, elle mobilisait ses affects en tant que femme, en déclamant son amour pour Dieudonné : « Je l’aime parce qu’il a fait une chose importante en termes de dignité, de fierté indigène, de fierté noire : il a refusé d’être un nègre domestique. Même s’il n’a pas le bon logiciel politique dans la tête, il a une attitude de résistance. Et j’ajoute, que bien avant la nature de ses alliés, ce que voient les indigènes, c’est ça. Un homme debout. » [11]

D’une part, cette représentation du « garçon arabe » n’est pas différente de celle construite par les féministes blanches, laïcardes et républicanistes comme intrinsèquement, culturellement, biologiquement presque, virile et sexiste [12]. D’autre part, cette essentialisation des Arabo-musulmans ne laisse de place à aucune autre identification au sein des indigènes. C’est toute la limite du programme du PIR esquissé dans la notion d’« internationale domestique [13] » : une suprématie de la race qui annule en fait toute autre articulation, race et classe, race et genre, race et sexualité. Selon ce raisonnement donc, une indigène sociale ne peut pas développer des outils de lutte et de revendication en fonction de son actualité présente, de son genre, de sa sexualité. Elle doit se référer éternellement à sa position post-coloniale ; ses modèles d’émancipation n’appartiennent qu’au passé. Si elle se prend à défendre d’autres causes ou à articuler, par exemple et au hasard, race et genre, c’est qu’elle adopte l’agenda des Blancs [14].

le féminisme : un luxe pour les femmes indigènes ?

Nous nous reconnaissons dans le refus des injonctions d’un féminisme blanc, qui définit les termes de l’émancipation selon les normes que fabriquent les dominantes pour les subalternes et qui fonctionnent à leur profit. Mais pour Houria Bouteldja, le féminisme est un luxe auquel les femmes indigènes ne peuvent pas prétendre. À ce propos, elle déclare notamment : « L’homme indigène n’est pas l’ennemi principal. La critique radicale du patriarcat indigène est un luxe » [15]. Ce n’est pas une cause prioritaire face au racisme des Blancs, aux violences policières et aux discriminations. Il est donc impossible aux femmes indigènes de dénoncer le sexisme et le patriarcat, qui ne seraient que des oppressions parmi d’autres, sans trahir les hommes de leur communauté. De plus, elles seraient dépendantes financièrement des hommes de leurs communautés, ce qui réduirait encore davantage leur marge de manœuvre.

Il faut maintenir une lecture de classe du racisme même si, historiquement, les rapports de classe ont été utilisés pour invisibiliser les questions raciales et de genre.

Or, les questions de survie économique sont le quotidien des femmes des quartiers populaires. En Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre d’Île-de-France, les femmes occupent les fonctions parentales dans 89,9 % des familles monoparentales, dans un contexte général de forte augmentation du nombre de ces familles (cf. chiffres INSEE et Efgip). Les hommes ont déserté la famille et les femmes se retrouvent seules à élever les enfants et à assurer la survie de la famille. Ce sont donc bien elles qui en sont les piliers dans les foyers les plus pauvres. Le délitement de la famille nucléaire, la « disparition » des hommes n’implique pas la disparition du patriarcat : violence perpétrée contre les femmes, la structure du marché du travail et de la famille fait par exemple qu’une divorcée reste sous la tutelle de son ex-mari, notamment pour l’éducation des enfants. Mais cela n’autorise pas Bouteldja à évacuer ainsi toute aspiration féministe pour ces femmes.

mariage non mixte

En faisant l’éloge des mariages non mixtes [16], Bouteldja fait comme si le fait de se convertir à l’islam pour un Blanc revenait à abandonner ses privilèges et sa position de dominant. Là encore il s’agit d’une essentialisation de la religion superposée à la race, comme si l’une et l’autre était intrinsèquement liées. On ne nie pas que les mariages mixtes sont aussi des mariages entre dominants et dominés, mais représenter la conversion comme purificateur de classe sociale et préconiser la non-mixité raciale nous fait froid dans le dos.

Cela revient à l’occasion à couvrir les mariages arrangés sur le dos des femmes qui ne sont pas consultées sur le choix d’un époux, et à étouffer les violences conjugales et intra-communautaires faites aux femmes. Et là, on aimerait qu’on s’intéresse aussi aux désirs des femmes indigènes, et aux conséquences de leur déni d’autonomie et des frustrations qu’entraîne ce modèle communautaire. Nous voyons bien que ce sujet risque de passer encore une fois à la trappe, pour ne pas cliver la communauté. Encore une fois, on demande aux femmes de se sacrifier pour le groupe. Si la question des violences conjugales et intra-communautaires est utilisée pour stigmatiser les hommes racialisés, si le machisme arabe est instrumentalisé pour absoudre celui des hommes blancs, ce n’est pas une raison pour cultiver l’omerta entre nous.

Effectivement, les liens communautaires cristallisent un besoin de solidarité matérielle dans un contexte de crise, de paupérisation, et de baisse des prestations sociales. Identifier ces phénomènes d’entraide à un simple repli identitaire, c’est nier ce qui peut être de fait une stratégie de survie pour les plus pauvres. Car la communauté prend en charge une partie du travail de reproduction, le soin aux malades, les visites aux prisonniers, etc. Mais, structurellement, faire à manger, réunir les uns et les autres, endormir les jeunes enfants, s’occuper de sa vieille mère, est dévolu aux femmes. Idéaliser les liens communautaires, c’est alors redoubler l’invisibilisation du travail des femmes au sein de la famille et de la communauté.

On peut aussi analyser la « manif pour tous » comme un repli sur la sphère familiale et une assignation de plus en plus violente des femmes à la sphère du privé dans un contexte de survie généralisée. Mais pour les Blanches du 93, on évoque un retour des valeurs là où on parlera de communautarisme pour des femmes racisées.

Nous pensons donc qu’on ne peut pas comprendre le contexte actuel de paupérisation généralisée et de crise en faisant l’économie de la question raciale et d’un point de vue féministe. Parce que les femmes sont assignées à la sphère de la reproduction, tout moment de crise implique pour elles une augmentation drastique de la charge de travail, et des violences accrues…. Tout ce qui est lié à la consommation est plus cher, plus long à obtenir, et ce sont elles qui supportent en partie le coût de la diminution du welfare, en argent et en temps : s’il faut faire trois heures de queue à la CAF, c’est la femme à temps partiel qui le fera. Le travail domestique augmente, et avec lui la réassignation violente des femmes à leurs rôles de femme, qui n’ont rien de naturel.

Seule une lecture réellement matérialiste de la question raciale, et non une lecture simplement morale, comme celle de la gauche, ou politique, comme celle du PIR, nous permet d’articuler les différentes formes de racisme entre elles, de ne pas mettre en concurrence les victimes du racisme et de faire le lien avec la question des femmes dans le contexte actuel.

Cette lecture par ailleurs offre la possibilité d’échapper à une vision dichotomique de ces questions. D’un côté en effet, on a un déni de l’islamophobie au sein même du gouvernement, et cette minimisation a été préparée depuis longtemps dans les mouvements de la gauche antiraciste. De l’autre côté, une partie du champ de la critique sociale sous-évalue systématiquement la question de l’antisémitisme. Entre le gouvernement, la gauche antiraciste et le PIR, le champ s’est rétréci et on manque d’air.

Pour sortir de cette impasse, il faut à la fois reconnaître ce qui se passe actuellement, et sortir de l’ombre les violences subies dans le passé. En ce sens, la bataille pour la reconnaissance mémorielle est un travail essentiel, mais elle ne prend son sens que si elle est reliée effectivement aux luttes sociales.

La lecture des Indigènes de la République de la question du racisme nous semble finalement assez faible, car systématiquement déliée des questions d’économie politique. En ce sens, le PIR reste prisonnier des enjeux de la gauche, qu’elle soit blanche ou pas.

Nous pensons au contraire qu’il faut maintenir une lecture de classe du racisme même si, historiquement, les rapports de classe ont été utilisés pour invisibiliser les questions raciales et de genre. Si une lecture décoloniale nous aide aussi à comprendre des dynamiques toujours actuelles, ce modèle sert aujourd’hui à construire un sujet homogène, comme on le faisait auparavant avec la classe. Ainsi, la race subsume toutes les autres questions. Elle est devenue le paradigme unique pour désigner les oppressions liées à la domination capitaliste. Or, il ne s’agit pas de hiérarchiser entre lutte de classe et lutte de race, mais au contraire de saisir l’intrication de la question de classe et de la question raciale (il n’est pas possible de penser la classe sans penser la race et vice versa).

Ce qui vient de se passer à Baltimore le démontre à nouveau : « Aujourd’hui, il n’y a aucune direction noire légitime. Plus que tout, l’ascension d’une poignée de Noirs à des postes de pouvoir a démontré l’impossibilité structurelle de trouver une place pour la majorité des Noirs en Amérique. Un maire noir, un chef de la police noire, un président noir et Baltimore brûle toujours. » [17]

Post-scriptum

Malika Amaouche, Yasmine Kateb et Léa Nicolas-Teboul sont féministes et communistes. Elles militent dans différents groupes.

Notes

[1] On citera Sylvie Tissot et Pierre Tevanian, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Paris, L’Esprit frappeur, 2002, sur la déconstruction du racisme républicain ; Abdelmalek Sayad « le Mode de génération des générations immigrées », in : Migrants-formation n°98, septembre 1994 ; Jean-Pierre Vernant, « Le PCF et la question algérienne », Entre mythe et politique, Seuil, 1996. Nous ne résistons pas à reprendre cette citation, utilisée par Saïd Bouamama, qui montre la profonde imprégnation coloniale à l’origine du rapport adopté à l’unanimité au congrès interfédéral d’Afrique du Nord du Parti communiste en septembre 1922 : « L’émancipation des indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la révolution en France (…). La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que les indigènes n’ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d’accéder aux conceptions communistes. (…). Elle est dangereuse (…) parce qu’elle provoquerait la démission de nos groupements. », in : Bouamama, « Les fondements historiques et idéologiques du racisme respectable de la gauche française », 4 mars 2015, https://bouamamas.wordpress.com.

[2] Voir Nicolas Jounin, Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, La Découverte, 2008.

[3] Voir Karl Marx, Le Capital, Livre I, chapitre XXIII, « La loi générale de l’accumulation capitaliste », P.U.F, 2006 (« Quadrige ») , et plus spécifiquement le rapport des ouvriers irlandais aux ouvriers anglais, dans le cadre d’une sclérose de l’armée de réserve industrielle.

[4] Selon le rapport de la Direction Centrale des Renseignements Généraux (DCRG), 23.11.05, publié par Le Parisien du 7.12.05

[5] Voir la déclaration du Combahee River Collective, 1979, sur le potentiel révolutionnaire de la lutte des lesbiennes noires, le segment le plus dominé (sexe, race, classe).

[6] Tout en reprenant sa lecture d’un antisémitisme structurel, nous sommes très critiques des positions de soutien à Israël de certains de ses représentants, et de la manière dont elle évacue la lutte de classe.

[7] Voir Enzo Traverso, La violence nazie, une généalogie européenne, La Fabrique, 2002.

[8] Le tract du PIR intitulé : « Non au(x) racisme(s) d’État, non au philosémitisme d’État ! » a été distribué à la manifestation du 21 mars 2015.

[9] Ivan Segré, La réaction philosémite, ou La trahison des clercs, Éditions Lignes, 2009.

[10] Août 1956, moment important de structuration politique du FLN.

[12] Voir Nacera Guénif Souilamas & Éric Macé, Les féministes et le garçon arabe, éd. de l’Aube, 2004, et Isabelle Clair, « Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel », Agora Débats Jeunesse, 2012/1 n°60, p. 67-78.

[13] On peut résumer la théorie développée par Sadri Khiari, du PIR, dans la notion d’« Internationale Domestique » comme le fait, pour le contexte français, de substituer la lutte des classes « à un internationalisme domestique dont la question raciale, dans toutes ses dimensions, serait centrale. En un mot, un internationalisme décolonial ». Voir http://indigenes-republique.fr/inte…

[16] Voir l’interview d’Houria Bouteldja dans Vacarme n°71, printemps 2015, revendiquer un monde décolonial , pp. 44 à 69.

[17] « Déclaration d’un camarade natif de Baltimore sur le soulèvement », Des Nouvelles du Front, 1er mai 2015 : http://dndf.org/ (traduit de l’anglais, texte original publié sur sicjournal.org le 30 avril 2014).

juin 272015
 

Repris de Ni patries, ni frontières

lundi 21 juillet 2014, par Yves

Le qualificatif de « raciste » est de plus en plus répandu, que ce soit pour qualifier le Front national, un ministre du gouvernement Sarkozy (Hortefeux, Besson), un politicien (Georges Frèche, Manuel Valls), un romancier (Michel Houellebecq, Oriana Falacci, Renaud Camus), un philosophe (Alain Finkielkraut) ou une historienne (Hélène Carrère d’Encausse). Il est si fréquemment employé qu’il a fini par ne plus avoir de sens politique précis et à se réduire à une simple invective, exactement comme « facho » ou fasciste chez les libertaires, les gens de gauche ou d’extrême gauche.

Ce manque de rigueur conceptuelle a été avant tout favorisé par l’antiracisme de la « génération morale » qu’ont promu SOS Racisme et ses soutiens intellectuels au milieu des années 80. Cet antiracisme démocrassouillard, à tonalité soit multiculturaliste (Wieworka, Touraine, Todorov) soit républicaine-souverainiste (Taguieff), a formé plusieurs générations de militants et de sympathisants de gauche ou d’extrême gauche qui ont fini par « oublier » totalement l’importance des déterminations de classe dans l’analyse politique. Le point final (on ose l’espérer !) de cette lente dégénérescence politique a été atteint à partir du milieu des années 2000, avec les Indigènes de la République, la Tribu Ka (devenu ensuite Génération Kemi Seba), le Mouvement des damnés de l’impérialisme et le Parti antisioniste qui, chacun à sa manière réactionnaire, ont fini par réhabiliter la lutte des « races » au détriment de la lutte de classe, de la lutte des prolétaires (de toutes origines et de toutes religions) contre leurs exploiteurs.

Le texte qui suit est issu d’une discussion avec plusieurs lecteurs de la revue autour de la définition du racisme et du rapport entre « haine de l’Autre », rivalités et haines religieuses et racismes.

Racisme ordinaire,

racisme pseudo-scientifique

et xénophobie

Pour débrouiller un peu le terrain, il faut différencier :

a) le racisme tripal qui fait référence à une hiérarchie pseudo-scientifique entre les ethnies ou les races. Ce racisme, mélange de haine irrationnelle et de raisonnements pseudo-scientifiques, diffère de

b) la xénophobie (des préjugés contre un « étranger » pouvant parfois être très semblable physiquement à soi, voire même partager la même religion que soi ; quand elle cherche à être un peu sophistiquée, la xénophobie invoque davantage des arguments d’ordre historique, économique ou politique que des arguments biologiques). Le racisme contre les Africains et les Antillais relève de la première catégorie (le racisme pseudo-scientifique). Celui contre les Espagnols et les Italiens de la seconde (la xénophobie).

c) le « racisme ordinaire » : les conneries qu’on entend tous les jours au boulot, dans le métro, par des gens que l’on ne connaît pas, ou des amis. Seule une bonne connaissance des individus qui profèrent ces âneries permet de décider de la bonne tactique à adopter. Sont-ce juste des remarques isolées, par ailleurs totalement contradictoires avec leur comportement personnel (mariage ou cohabitation avec quelqu’un que ces personnes devraient en théorie détester ; solidarité pratique sans oeillères « raciales » ou racistes, etc.) ? Est-ce le reflet de leur ignorance, de leur stupidité ? Sont-ils des « fanatiques » ou des « névrosés » qui pratiquent la ségrégation au boulot, au café, etc. (par exemple s’ils changent de place dans le métro, ou s’ils font un scandale dans un café, un restaurant ou à la cantine) ? Appartiennent-ils à un parti xénophobe, raciste ou fasciste ?

d) le racisme idéologico-politique, militant ou intellectuel : celui qui est théorisé de façon tout ce qu’il y a de plus claire par des individus qui ont un projet politique, qui mixe donc réactions tripales et théorisation des pulsions racistes à l’aide d’un bricolage de données historiques, sociologiques, biologiques, anthropologiques, etc. Ce racisme peut prendre soit les habits du vieux racisme biologique des XVIIIe et XIXe siècles, soit la forme culturaliste moderne (conflit des civilisations, droit à la différence à condition que chacun reste chez soi, etc.). L’ethnodifférencialisme inventé par la Nouvelle Droite a su prendre le pas sur les idéologies ouvertement nazies ou fascistes, en raison de la prééminence, dans les élites politiques et les institutions internationales, du discours sur les droits de l’homme et le multiculturalisme.

Si l’on ne se livre pas à un minimum de différenciation entre les formes d’expression et de manifestation du racisme, alors tout le monde et n’importe qui peut être qualifié de « raciste », à un moment ou un autre. Le racisme devient alors une étiquette infâmante que l’on distribue arbitrairement pour discréditer un interlocuteur, sans approfondir ses motivations, les ressorts de son idéologie, les possibilités de le faire évoluer. D’ailleurs, à ce moment-là on a tendance élargir encore davantage la définition : on parle alors de racisme anti-gros, anti-blondes, etc.

Il faut néanmoins reconnaître que différencier entre racisme et xénophobie, puis entre les différentes formes de racisme et d’antisémitisme (l’antisémitisme étant une forme spécifique de racisme qui frappe les Juifs en tant que membres d’un peuple, d’une « ethnie » ou d’une « race », et qu’il faut différencier du vieil antijudaïsme chrétien ou musulman, mais aussi de l’antisionisme politique moderne) n’offre pas une boussole infaillible. Car la différence entre la xénophobie, le racisme ordinaire et le racisme pseudo-scientifique ou culturaliste qui sous-tend une activité politique tient parfois à une feuille de papier à cigarette.

Quelques tests élémentaires

Nous connaissons tous autour de nous des gens qui tiennent des réflexions xénophobes. Comment savoir s’ils sont vraiment racistes ?

Premier test : quand vous réagissez face à une réflexion « raciste », que se passe-t-il ? À la fois chez la personne visée et chez ceux qui sont autour ? C’est un bon moyen parfois de mesurer la nature et l’ampleur du préjugé. Quand le mec ou la nana s’enfonce dans des raisonnements de plus en plus glauques, vous avez moins de doutes que lorsque le personne se rend compte qu’elle a dit une connerie ou n’avait pas réfléchi à ce qu’elle a dit ou écrit.

Deuxième test : quand une personne que l’on pense ou croit raciste ou xénophobe se trouve face à un acte flagrant de discrimination, que fait-elle ?

Troisième test : quelle grille de lecture (raciale, nationale, psychologique ou sociale) une personne utilise-t-elle le plus souvent pour comprendre les incidents quotidiens de voisinage ?

J’ai eu une discussion instructive avec des habitants du 18e sur un incident s’étant produit entre un boucher et des vendeuses à la sauvette. Il y avait plusieurs lectures possibles de l’incident entre ce monsieur d’origine algérienne et ces femmes africaines qui vendent du maïs dans la rue, « encombrent » le trottoir et la rue piétonne devant les étals des commerçants, et sont régulièrement pourchassées et arrêtées par les flics :

– un conflit entre un commerçant établi et des vendeuses « dépourvues d’autorisation de colportage »,

– un incident d’ordre « racial » ou « ethnique »,

– un conflit d’ordre « national »,

– un incident entre deux personnes ayant un très sale caractère…

Les personnes qui connaissent ce boucher depuis des années m’ont apparemment donné la « bonne » réponse (la quatrième) mais il est évident que ce type d’incident, surtout quand ils se répètent, peuvent donner lieu à des interprétations très différentes.

Religions, racisme et « haine de l’autre »

Certains prétendent que le racisme se réduirait à la « haine de l’Autre », et, emportés par cette explication à dimension psychologisante, vont jusqu’à affirmer que la Bible serait le premier « document raciste (1) ». D’autres affirment que le Coran serait un document qui prône la haine et le mépris des chrétiens et des juifs (donc de l’Autre – sous-entendu le monde occidental, voire tous ceux qui ne sont pas musulmans), et que cela expliquerait une grande partie des problèmes géopolitiques actuels, le terrorisme, le conflit israélo-palestinien, les interventions occidentales en Irak et en Afghanistan, les difficultés d’« intégration » des « immigrés » en Europe, et j’en passe.

Il ne faut pas nier l’existence des conflits religieux ou des haines religieuses. Y compris en France, pays du massacre de la Saint-Barthélemy et des persécutions contre les protestants au XVe et XVIe siècles. Mais il ne faut pas confondre le racisme (au sens d’une idéologie fondée sur une conception pseudo-scientifique des races et débouchant sur l’organisation de groupes ou de partis politiques pour lesquels cette vision est essentielle) avec les rivalités inter-religieuses, aussi violentes fussent-elles. Pourquoi ne peut-on assimiler le racisme à la haine religieuse, ou dans un registre mineur au mépris ou à la discrimination vis-à-vis de pratiquants d’une autre religion ?

Parce que les opprimés, fidèles d’une religion minoritaire ou persécutée, peuvent toujours se convertir à la religion majoritaire ou devenue dominante suite à une guerre de conquête. Et l’élite des oppresseurs peut elle aussi se convertir, comme cela s’est passé avec les conquêtes arabes. Les classes dominantes et dominées ont le choix (certes opéré sous la pression, et accompagné de violences qui n’ont rien de symbolique) entre la conversion et la non-conversion. Elles ont aussi des sous-choix à leur disposition : entrer dans la clandestinité comme les chrétiens sous l’Empire romain ou dans certains pays « musulmans » ; faire semblant de se convertir comme les juifs marranes ; accepter des discriminations comme celles du statut de dhimmi dans les pays « musulmans », etc.

Le racisme, lui, ne laisse aucune possibilité de « rédemption » ou de choix (fut-il forcé) à ses victimes. Celles-ci doivent intérioriser leur prétendue infériorité physique, mentale, culturelle, etc. Un « Noir » ne peut pas devenir « Blanc » (2) , un « Arabe » ou un « Asiatique » ne peut pas devenir un « Gaulois », etc.

Au cours de l’histoire, les Églises constituées ont bien sûr mené ou justifié théologiquement de nombreuses guerres et conquêtes meurtrières (donc au niveau de ceux qui étaient torturés, mutilés ou assassinés, cela ne changeait pas grand-chose d’être victimes du racisme occidental, d’une religion étrangère, ou d’une armée impérialiste !) mais ce n’est pas le fonctionnement quotidien des religions.

Pour prendre l’exemple de la conquête des Amériques, celle-ci s’est faite au nom de la conversion pas de l’extermination…. Dans la réalité évidemment cela était plus compliqué, mais il n’y avait pas de volonté exterminatrice théorisée (du moins une fois conclu le débat sur l’humanité des Indiens…), plutôt un long chemin de croix vers la rédemption des « indigènes », que les Églises chrétiennes continuent d’ailleurs (hélas !) à mener en Afrique et en Amérique latine en intégrant désormais des « autochtones » au sein de leurs hiérarchies et en appuyant différentes tendances politiques.

De plus, on trouve au sein de toutes les religions, parmi d’autres conceptions célébrant ouvertement le respect des pouvoirs établis, une certaine conception de l’égalité entre les hommes. Les hommes de sexe masculin, pas tous les êtres humains, ce qui fait que les religions sont plutôt misogynes ; leurs textes « sacrés » rabaissent la moitié de l’humanité à un statut inférieur, mais leur interprétation a évolué à la fin du XXe siècle, ce qui n’est pas le cas des théories raciales pseudo-scientifiques ou même des théories culturalistes adoptées par l’extrême droite actuelle qui essaie de se détacher de ses anciens modèles nazis ou fascistes. À partir d’une pratique religieuse, ou d’une idéologie religieuse, il est plus facile d’aller vers un certain égalitarisme (ce n’est pas un hasard si les marxistes et même les situationnistes se sont intéressés aux hérésies religieuses, au risque, d’ailleurs, d’en exagérer la portée ; ou si les staliniens et les gauchistes se sont intéressés aux tendances chrétiennes de gauche), qu’à partir d’une théorie raciale et raciste.

Il n’existe pas d’exemple de mouvement politique raciste qui ait débouché sur un mouvement social égalitaire ou égalitariste. Par contre, au sein des religions, il y a toujours eu des tendances égalitaires ou égalitaristes qui débouchaient sur des pratiques contestataires, plus ou moins radicales. La plus récente étant les communautés ecclésiales de base au Brésil qui ont joué un rôle important sous la dictature dans la renaissance du mouvement ouvrier. Cela n’a pas empêché les partisans de la théologie de la libération, le Parti des travailleurs et le président chrétien Lula de gérer l’État et l’économie comme n’importe quel exploiteur – croyant ou pas.

Les théories xénophobes ou racistes ne donnent aucun choix à celui qui est désigné comme « étranger », « de couleur », etc. « L’essentialisation » (la réduction d’une personne à une « essence » biologiquement, socialement, intellectuellement et/ou culturellement inférieure à soi) est un des fondements du racisme et de la xénophobie, mais beaucoup moins des idéologies religieuses qui ont une vocation inclusive (y compris par la force…) et non exclusive.

Dans la pratique, bien sûr, les situations sont toujours plus compliquées que le tableau idyllique des tendances égalitaires des religions qui vient d’être brossé : les hommes se massacrent « au nom » d’idées religieuses, mais ils servent d’autres intérêts (consciemment ou pas) que ceux de leur « Eglise » : ceux d’un clan, d’une tribu, d’un État, d’une classe dominante, d’un Empire. Leurs idées religieuses se mélangent alors avec des préjugés racistes, nationalistes ou xénophobes (cf. les luttes dites tribales en Afrique où des éleveurs chrétiens de l’ethnie X s’affrontent avec des paysans musulmans de l’ethnie Y) et on ne peut, si l’on est de bonne foi, incriminer UNIQUEMENT les religions, même si de nombreux croyants ou leurs Églises jouent un rôle non négligeable dans les guerres et les massacres. Un conflit comme celui entre les catholiques et les protestants d’Irlande du Nord, par exemple, est beaucoup plus un conflit national et social qu’un conflit religieux, même si les acteurs se sont servis de la religion pour l’instrumentaliser.

Ce qui a caractérisé l’humanité au moins jusqu’au XVIIIe siècle c’était la confusion entre religions et vie de la cité, religions et vie quotidienne, puis entre Églises constituées et États ou Empires. Mais du moins dans les pays européens, cette confusion tend à s’estomper depuis deux siècles, même si nous ne sommes jamais à l’abri de retours en arrière. C’est une des difficultés avec l’islam politique au sens large (qui continue à confondre délibérément politique et religion) mais il s’agit peut-être d’un des derniers sursauts d’un adversaire moribond (mais sacrément coriace !) car la laïcisation, ou la sécularisation, du monde va se poursuivre, y compris au Proche et au Moyen-Orient (cf. à ce propos le livre plutôt optimiste de Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations).

Il est évident que la religion n’est pas la principale source d’« amour » de l’humanité (comme le prétendent les religieux et le pensent les croyants) ; cependant elle n’est pas non plus la principale source d’explication des guerres et du racisme ou de la (mal nommée) « haine de l’Autre ».

Les religions sont des idéologies qui servent presque toujours les pouvoirs établis, c’est leur fonction sociale la plus pérenne sur le plan historique, mais, en même temps, elles abritent toujours des courants contestataires, plus ou moins importants, qui, au nom justement de « l’amour » de l’humanité, prétendent canaliser la « haine » des exploités contre les exploiteurs pour arriver à une société plus harmonieuse, fondée sur de sages compromis censés limiter la violence et les conflits sociaux. En bref, des idéologies qui prônent la collaboration entre les classes et non la lutte de classe.

La critique antireligieuse ne peut se résumer à l’anticléricalisme, du moins si elle souhaite défendre une authentique conception matérialiste scientifique, et pas simplement quelques blagues ou blasphèmes provocateurs. Elle doit donc toujours tenir compte de cette complexité et ne pas réduire le racisme à la « haine de l’autre », ni les religions au racisme.

Y.C.

Janvier 2011

1. Castoriadis a en effet le toupet d’écrire, en 1984, en plein débat sur le négationnisme et la même année que la naissance de SOS Racisme : « La simple honnêteté oblige de dire que l’Ancien Testament est le premier document raciste écrit que l’on possède dans l’histoire. Le racisme hébreu est le premier dont nous ayons des traces écrites - ce qui ne signifie certes pas qu’il soit le premier absolument. » Après ces absurdités anhistoriques (depuis quand l’Ancien Testament est-il une source historique fiable ?), Castoriadis ne peut que nous servir la thèse du racisme présenté comme une haine « presque universelle » de l’Autre, tarte à la crème de certains « psy » et des intellectuels antiracistes démocruches et qui n’explique rien du tout. « L’idée qui me semble centrale est que le racisme participe de quelque chose de beaucoup plus universel que l’on ne veut bien l’admettre d’habitude. Le racisme est un rejeton, ou un avatar, particulièrement aigu et exacerbé, je serais même tenté de dire : une spécification monstrueuse, d’un trait empiriquement presque universel des sociétés humaines. Il s’agit de l’apparente incapacité de se constituer comme soi sans exclure l’autre - et l’apparente incapacité d’exclure l’autre sans le dévaloriser et, finalement, le haïr. » Mais que les lecteurs occidentaux se rassurent, car ils ont le privilège d’être « uniques ». Quant aux non-Occidentaux (c’est-à-dire l’essentiel de l’humanité !), ils n’ont pas de chance : « Nous prétendons à la fois que nous sommes une culture parmi d’autres, et que cette culture est unique en tant qu’elle reconnaît l’altérité des autres (ce qui ne s’était jamais fait auparavant, et ce que les autres cultures ne lui rendent pas). » Pas étonnant que le collectif Lieux communs republie cet article intitulé « Réflexions sur le racisme », publié dans la revue Connexions, n° 48, en 1987, puis dans Les carrefours du Labyrinthe III – Le monde morcelé, 1990, aux Editions du Seuil, puisque ce texte justifie leurs considérations pseudo-anthropologiques sur les Juifs racistes (parce que membres du « Peuple Elu », Castoriadis écrit la même ânerie dans son texte !) et les Arabes incapables d’atteindre et de comprendre la démocratie.

2. Même si les Indigènes de la République parlent de « bounties » – pour désigner les « Noirs » qui se comportent comme des « Oncle Tom » en France – et distribuent des diplômes d’« indigénitude » aux gentils « Gaulois » qui acceptent leur thèse réactionnaire de la lutte des « races ».

juin 262015
 

Le 2 juin s’est s’est tenu l’audience préliminaire du procès d’Ilya Romanov, un anarchiste de Nijni-Novgorod. Romanov a participé à l’audience via Skype. Le tribunal a rejeté toutes les requêtes déposées par son avocat. Le procès proprement dit a commencé devant le tribunal militaire le 16 juin.

 

Le FSB (ex-KGB) accuse Romanov de la planification d’un acte de terrorisme dans le but d’empêcher l’administration de la ville de brader les parcs de Nijni. L’affaire a été initiée lorsqu’Ilya a été retrouvé mutilé par l’explosion d’une petite bombe (sa main gauche a dû être amputée). Ilya est emprisonné depuis plus d’un an et demi. Ilya est également accusé de « tentative de défendre le terrorisme idéologique » pour avoir accordé une interview à une radio anarchiste de Donetsk.

Ilya Tomanov est un anarchiste de longue date. Adolescent déjà, il est expulsé de l’école pour l’impression de tracts dissidents. Dans les années 1980, il anime un cercle anarchiste et publie un samizdat. Dans les années 1990, il participe à de nombreuses mobilisations et est inquiété lors du procès contre la NRA. Ilya a été alors interné pendant trois ans en Russie. il se réfugie ensuite en Ukraine où il s’engage dans un mouvement anarchiste réprimé par les autorités. Ilya a été arrêté par les services de sécurité ukrainiens et accusé d’un attentat contre leur siège à Kiev. il a été condamné à dix ans de prison et libéré en 2012.

Source : Base de données anarchiste.

juin 262015
 

La merde aime côtoyer la merde

contre la maxi-prison, ses défenseurs et ses faux critiques

vendredi 26 juin 2015

A la mi-mai, on a eu droit à une petite avalanche de merde dans la presse. Les journalistes se sont pressés pour jeter leur lumière sur la lutte contre la maxi-prison. Scandalisés par le fait que cette lutte ne parcourt pas les chemins légaux et préconise l’action directe et l’auto-organisation pour empêcher la construction de ce nouvel enfer carcéral, qu’elle ne s’adresse pas aux institutions et aux politiciens mais fraye son chemin dans les quartiers populaires de Bruxelles (et pas seulement), qu’elle n’a rien à partager avec les journalistes et tout à dialoguer avec d’autres révoltés, ils n’ont pas hésité à la qualifier de « guérilla urbaine » et de l’incontournable « terrorisme ».

 

Depuis les deux ans que s’acharne cette lutte et contrairement à toute la clique politicienne et les citoyennistes bienveillants, on n’a pas mâché nos mots : pour empêcher cette maxi-prison, il faut mener un combat direct et offensif. S’auto-organiser en dehors de toute structure officielle, prendre la parole dans nos propres espaces de lutte et dans la rue (et pas devant les micros des journaleux ou sagement assis à la table avec nos ennemis), agir par l’action directe et le sabotage contre les entreprises qui veulent construire cette maxi-prison et contre tout ce qui nous enferme au quotidien dans cette ville qui ressemble de plus un plus à un camp de concentration à ciel ouvert.

Que cette proposition de lutte, et la sympathie et l’enthousiasme qu’elle sait susciter partout chez celles et ceux qui en ont bien ras-le-bol de tout ce système pourri, déplaise fortement au pouvoir ne nous étonne pas. Qu’elle déplaise aux journalistes, ces amplificateurs de la voix du pouvoir, ne nous fait que sourire. Que cela rende nerveux les promoteurs et les constructeurs de cette œuvre de la répression est dans la logique même des choses. S’ils pensaient pouvoir en toute tranquillité et en étant applaudis par tout le monde construire cette prison et se faire du fric sur la misère des autres, ils se sont bien trompés.

Si notre réponse à la presse a été de les ignorer froidement en continuant notre lutte, loin des caméras et des endroits où les vautours des médias aiment s’amasser (les journaleux savent bien qu’on les accueille à coup de pierres dans les quartiers et ne s’y aventurent donc que rarement sans protection de leurs copains en uniforme), celle d’autres gens qui s’opposent à la maxi-prison a été bien différente. Comme à « l’occupation symbolique » (ce sont leurs propres mots) en cours du futur terrain de la maxi-prison, où plusieurs personnes ont senti la nécessité de déclarer devant les caméras qu’ils s’opposent aux « faits criminels » et qu’ils sont « pacifistes ». Tellement pacifistes de préférer côtoyer des magistrats (ils font même partie de leur plate-forme citoyenne contre la méga-prison, ces mêmes magistrats qui condamnent jour après jour des gens à crever en taule), des élus, des journalistes, des flics que de se voir associé à la « racaille », aux « criminels », aux « clandestins », aux « pauvres », aux « violents ».
« Il faut arrêter de faire l’amalgame », déclarait une porte-parole de l’opposition légaliste (qui croit pouvoir arrêter la maxi-prison à coups de participation citoyenne, de pétitions, d’interviews, d’actions ludiques). Et bien, bizarrement, on est d’accord : un abîme profond sépare celles et ceux qui luttent de façon autonome et directe, en agitant dans les quartiers et en agissant de jour comme de nuit, de ceux qui préfèrent les conférences officielles, une plus petite maxi-prison, quelques carottes. Jour après jour, action après action, cet abîme se creuse : soit on lutte contre le pouvoir qui veut imposer cette maxi-prison, soit on lèche le cul au pouvoir, ses lois et ses défenseurs, peu importe les « bonnes intentions » qu’on imagine avoir.

« Nous n’avons rien à voir avec ces actions » affirmait un « occupant » du terrain à Haren, parlant des actions de sabotage contre les entreprises et les responsables du projet de maxi-prison. S’il faisait là sans doute déjà un amalgame en s’arrogeant le droit de parler au nom des autres occupants, il cherchait à torpiller un aspect fondamental de notre proposition de lutte : la solidarité entre révoltés, l’hostilité contre l’Etat et ses sbires. Si d’autres prétendaient, encore sur invitation des journaleux, que l’auto-organisation et l’action directe « décrédibilisent la lutte », la réponse vient presque toute seule : mais de quelle lutte vous parlez ? Pas de la nôtre en tout cas.

[Extrait de Ricochets n°7, Bruxelles, juin 2015.]

Source : Base de données anarchiste.

juin 222015
 

« Le Che était l’être humain le plus complet de notre époque » — Jean Paul Sartre

Une paysanne allume un cierge pour le saint et prie pour que son jeune fils aille bien et que la récolte de patate soit bonne cette année. Ses prières, et celles des autres paysanNEs, ont été entendues auparavant disent les villageoisES. « Il ressemblait vraiment à Notre Seigneur gisant mort, là dans l’école » racontait-elle au journaliste de la télévision. Le nom de ce saint qui fait des miracles ? Ernesto Che Guevara !

Ne rions pas de ces paysanNEs. Ne les regardons pas d’en haut depuis notre arrogance du « monde développé ». Il n’y a pas de doute que le Che intervient dans leurs vies frappées par la pauvreté – comme le font tous/tes les saintEs. Et qui sommes nous pour prétendre avoir une connaissance absolue du monde et de l’esprit humain et de toutes ses œuvres ?

Comment le Che se sentirait-il à propos de l’encens et des chandelles brulés en son nom ? En tant que militant communiste et athé, il aurait congédié cela comme étant de la superstition primitive venant d’un passé réactionnaire. Quelle ironie pour une telle personne de devenir un saint. Mais il n’y a pas que les paysanNEs bolivienNEs qui ont de la vénération pour le guérillero mort. Trente ans après sa mort, son image est collée sur les murs de la moitié des chambres universitaires du monde. Son regard sévère et ascétique vous fait baisser les yeux depuis des tee-shirts et des badges innombrables. La mystique du Che Guevara est très largement répandue.

Cela n’aide pas de demander s’il mérite cette idolâtrie. Au premier coup d’œil on peut facilement donner sans réserve une réponse affirmative. Il était quelqu’un qui avait la position N°2 à Cuba, qui descendit pour combattre dans la jungle pour ce qu’il croyait être la libération. Atteint d’asthme et avec une bande minuscule de partisans, il fut pourchassé et assassiné par l’armée bolivienne. Guevara était également le
parfait personnage romantique – beau, charismatique et sincèrement aimé par les femmes. Pas un clone intellectuel et sans vie de Staline, ni un pervers secret comme Mao ou un mégalomane comme son vieil
ami Fidel, mais un homme vrai. Il aurait pu sortir d’un roman.

Et il ressemble au Christ gisant mort dans cette célèbre photo.

Oui, il est possible de comprendre la fascination que de nombreuses personnes, particulièrement les jeunes, ont pour cet homme. Mais comprendre un phénomène est une chose et croire qu’il donne une vraie image de la réalité en est une autre. Pour cela, il faut regarder au delà de la mystique.

Le jeune Che, ou « Don’t cry for me, Argentina »

Durant les années de formation du Che Guevara, l’Argentine était dominée par le Mouvement Péroniste. Le péronisme, en grande partie une invention de la brillante femme de Perón, Eva, était la chose la plus proche d’un fascisme parfait qui ait jamais existé.

Oubliez toute la propagande et les sottises qui se sont incrustées autour du mot « fasciste ». Oubliez le nazi-fascisme et le fascisme clérical de Franco et Salazar. Par fascisme j’entend la véritable essence de ce qui fut un mouvement révolutionnaire – le fascisme de gauche.

Le véritable et pur fascisme, comme envisagé par Mussolini, surgit de l’aile gauche militante du socialisme italien. Il était une tentative d’imposer le programme social-démocrate à travers la dictature et la force armée. Le mouvement se passait du positivisme et de l’évolutionnisme stérile du marxisme orthodoxe, leur substituant une émotivité romantique, un nationalisme extrême, un culte de la volonté et de « l’homme d’action ». L’objectif était de nationaliser l’industrie et de subordonner toutes les classes aux besoins de l’État. La classe ouvrière devait bénéficier de cette révolution _ mais seulement pour autant qu’elle demeurait soumise à l’État fasciste. Le problème de Mussolini était qu’il n’eut jamais le soutien de la classe ouvrière et ainsi il dut se tourner vers les classes moyennes traditionnelles. Et de fait sa révolution demeura pour l’essentiel sur le papier.

Ce n’était pas situation à laquelle les Perón faisaient face. Plus de 15 ans avant qu’il et elle ne prennent le pouvoir, les généraux écrasèrent les puissants syndicats anarcho-syndicalistes et seulEs quelques vestiges en demeuraient. Les travailleurs/euses étaient pauvres, inorganiséEs et sans voix. Eva Duarte- Perón fut capable de construire un mouvement ouvrier en remplissant un vide organisationnel (et quand c’était nécessaire en écrasant ses opposantEs affaibliEs). Ainsi le péronisme (le fascisme argentin) avait une base solide parmi les travailleurs/euses. Avec les encouragements de la toujours énergique Evita, le mouvement nationalisa les banques, les compagnies d’assurances, les mines et les chemins de fer. De ce fait, l’Argentine avait probablement le plus grand secteur capitaliste d’État en dehors du régime stalinien. Les salaires furent augmentés par décrets et une foule d’avantages sociaux introduits pour les Descamisados (littéralement « les sans chemises », la classe ouvrière partisane des Perón). Même l’église fut attaquée. Le jeu « anti-impérialiste » fut joué à l’excès, alternant entre un anti-américanisme et un sentiment anti-britannique violents. L’Étranger était le bouc émissaire pour tous les problèmes de l’Argentine.

Che Guevara avait de la sympathie pour le péronisme et s’était imprégné de la plupart de ses idées. De beaucoup de manières, il devait demeurer sous le charme de l’idéologie péroniste toute sa vie. En 1955, après qu’il ait opté pour Staline, il pouvait également affirmer que « nous devons donner à Perón tout le soutien possible… » (p. 127) [1]. Quand Perón tomba (il fut renversé par un coup d’État militaire d’inspiration national-catholique en 1955), il déclara : « Je confesse en toute sincérité que la chute de Perón me rendit profondément amer… L’Argentine était le paladin de tous ceux qui pense que l’ennemi est au Nord » (p. 182). Durant la révolution cubaine, le Che appelait ses nouvelles recrues dans la guérilla « Les descamisados » (p. 231), le nom que Perón donnait à ses partisans.

Cette affection pour le péronisme ne cessa jamais. Le Che raconta à Angel Borlenghi (l’ancien ministre de l’intérieur de Perón) en 1961 que Perón était l’incarnation la plus avancée de la réforme politique et économique en Amérique Latine [2]. En 1962, le Che déclara que les péronistes devaient être inclusES au sein du front révolutionnaire argentin. Fidel demanda à Perón de visiter Cuba. John Cooke, le représentant personnel de Perón visita Cuba et loua la révolution (p. 539).

Les racines fascistes de la conception du monde du Che

On peut voir l’influence péroniste (et généralement fasciste) dans de nombreux aspects de la vie du Che. Concernant ce qui était nécessaire pour faire une révolution, le Che croyait que « Ce qui était requis pour faire des progrès politiques… était une direction forte et déterminée à utiliser la force » (p. 50). Le Che ne fut jamais préoccupé par les manières dictatoriales et autocratiques de Fidel. Il croyait que la véritable révolution pouvait seulement être menée à bien par un « homme fort » (p. 319).

Il avait également l’obsession fasciste pour la volonté – « le pouvoir de la volonté triomphera de tout… La destinée peut être accomplie par la volonté… Mourir, oui, mais criblé de balles… un souvenir plus durable que mon nom est de combattre pour mourir en combattant ». Ainsi écrivait Ernesto Guevara à 18 ans en 1947 (p. 44). Ce n’était pas seulement juste un mélodrame d’adolescent. À l’âge de 25 ans, alors qu’il était au Guatemala, le Che eut une « révélation » sur laquelle il écrivit : « Et je vois… comment je meurs comme un sacrifice à la véritable révolution standardisante des volontés… maintenant mon corps se tort, prêt au combat, et je prépare mon être comme s’il était une place sacrée afin que le hurlement bestial du prolétariat puisse résonner » (p. 124).

L’idéologie fasciste écarte la « modération » et le compromis rationnel avec mépris, voyant cela comme de la faiblesse et de la décadence. Pour le Che, la modération était quelque chose qui devait être évitée à tout prix et était l’une « des plus exécrables qualités. Non seulement je ne suis pas un modéré, j’essayerai de ne jamais l’être et quand je reconnais que la flamme sacrée en moi a été réduite à une timide lumière votive, le moins que je puisse faire c’est de vomir sur ma propre merde » écrivit-il en 1956 (p. 1 99). Des années après, il exprima l’opinion que « tous ceux qui ont peur ou envisagent une certaine forme de trahison sont des modérés » (p. 477). Il avait une très pauvre opinion des révolutionnaires populistes comme Betancourt au Venezuela et Figueres au Costa Rica, sentant que leur volonté d’établir un compromis avec les américains était le résultat d’une faiblesse et d’un manque de résolution.

Le fascisme glorifie également la guerre et idolâtre le militarisme et l’armée. Le Che « identifiait la guerre comme étant la circonstance idéale dans laquelle atteindre la conscience socialiste » (p. 299). Il regardait l’armée révolutionnaire comme la « principale arme de la révolution » et sentait que « la liberté de la presse était dangereuse » (p. 422).

Le nationalisme enragé, colporteur de haine et la transformation en bouc émissaires des autres nations et peuples a toujours été un aspect important du fascisme. Le Che était « obsédé » par l’idée que les USA étaient à blâmer pour tout. Cette recherche de boucs émissaires commença à prendre un tour sérieux lors de son premier tour d’Argentine en 1950, quand il découvrit la pauvreté rurale (p. 52). Il avait une « …hostilité profondément ancrée envers les USA… Les seules choses qu’il aimait à propos de ce pays c’était ses poètes et romanciers » (p. 63). Le Che déclara une fois « Je mourrai avec un sourire sur mes lèvres en combattant ces gens [les américains] » (p. 345). Il se référait souvent avec xénophobie aux « blonds du Nord » (mais il était toujours si disposé à rejoindre ces autres « blonds du Nord » - les russes). L’aspect positif du colonialisme en Afrique était pour le Che « la haine que le colonialisme a laissé dans l’esprit des gens » (p. 619).

Le nihilisme et l’idée que « la fin justifie les moyens » sont des traits fascistes essentiels (également partagé par le marxisme-léninisme). Tout le passé doit être balayé dans une grande conflagration et un « homme nouveau » supérieur créé – par la force – si nécessaire. L’Homme Nouveau est nécessaire – pour ce qui est de l’Homme Ancien – l’humanité présente – elle est faible et bourgeoise et seulement utile comme chair à canons dans la lutte pour le glorieux futur. Sacrifier une génération ou deux pour la cause n’a rien de bouleversant dans la mentalité fasciste. Comme il le déclara « presque tout ce que nous pensions et ressentions à l’époque passée devra être raboté et un nouveau type d’être humain créé » (p. 479).

Son empressement à sacrifier d’innombrables vies pour le « glorieux futur » rendait les tabassages et les emprisonnements administrés par les Perón presque gentils en comparaison. Après que les russes aient retiré leurs missiles, refermant ainsi la Crise des Missiles Cubains de 1962, le Che « enrageait contre la trahison soviétique » et il déclara au journaliste du Daily Worker (Londres, journal du PC anglais) que « si les missiles avaient été sous contrôle cubain, ils les auraient tirés ». Le journaliste « pensait qu’il était cinglé à cause de la manière dont ça s’était passé à propos des missiles » (p. 545). En 1965, il demanda une guerre mondiale révolutionnaire et apocalyptique, même si elle déchaînait la bombe atomique. « Des milliers de personnes mourront partout… Mais cela ne doit pas nous inquiéter » (souligné par moi). De cette destruction de masse le nouvel ordre socialiste était supposé se lever (p. 604).

Le plan du Che pour la funeste campagne bolivienne entraînait que « la Bolivie [devait] être sacrifiée pour la cause de la création des conditions pour des révolutions dans les pays voisins ». L’idée était de créer de nouvelles guerres du Vietnam en Amérique Latine et ce faisant clouer au sol et affaiblir les USA. Cela pour provoquer l’union de la Russie, de la Chine et des mouvements de guérilla du Tiers-monde en un bloc puissant et ensuite détruire les Etats-Unis (p. 703). Un nouvelle fois même si ce schéma devait amener une guerre atomique.

Le message du Che à la rencontre tricontinentale de la Havane en 1967 amena ses impulsions fascistes, nihilistes et romantiques à une apogée sanglante. Il ne désirait rien d’autre qu’une « longue et cruelle » confrontation globale. La qualité importante requise dans cette guerre mondiale était « une haine implacable… nous poussant au dessus et au-delà des limitations naturelles dont l’homme est héritier, « le transformant en une efficace, violente, séduisante et froide machine à tuer »… (souligné par moi). Cette guerre devait être « totale » et être menée jusqu’à ce que la fibre morale américaine commence à décliner, « ce qui devait être symptomatique de la « décadence » des USA ». « D’aussi près que nous regardions dans un futur lumineux deux, trois, de nombreux Vietnam devraient fleurir… Toute notre action doit être un hymne de bataille pour l’unité du peuple contre le plus grand ennemi de l’humanité : les USA. Où que la mort puisse nous surprendre, donnons lui la bienvenue » (p. 719). Il faut mentionner que la glorification de la mort est un trait fasciste distinctif et le « Vive la mort » des phalangistes (les fascistes espagnolEs des années 1930) trouve un écho dans le slogan castriste « Patria o Muerte », c’est-à-dire « La patrie ou la mort ».

Le Che stalinien

En 1955, le Che était devenu un stalinien convaincu, écrivant « J’ai juré devant une image du vieux et regretté Camarade Staline que je ne me reposerais pas jusqu’à ce que je vois ces pieuvres capitalistes annihilées » (p. 126). Il « était demeuré sceptique [à propos du marxisme] jusqu’à sa découverte de Staline dans les livres » tandis qu’il était au Guatemala (p. 565). (Le Che avait toujours eu une certaine sympathie pour l’URSS et mettait l’anti-communisme à l’index comme étant un exemple d’un faible culture.)

Il n’est pas difficile de passer du fascisme au stalinisme (ou le contraire dans ce cas). Les similarités entre les deux idéologies – la glorification de la violence, de la dictature, de l’étatisme, du nationalisme, la désignation de boucs émissaires – tendent à l’emporter sur leurs différences. Là où il y a une différence, c’est dans le domaine de la philosophie. Le stalinisme, à la différence du fascisme, se cramponne encore au bagage pseudo scientifique du marxisme. La croyance que « les lois du développement social » sont de son coté donne aux stalinienNEs un sentiment de confort psychologique. Elle crée aussi une contradiction infranchissable – une philosophie sous-jacente qui est d’un déterminisme de marbre combinée avec une pratique qui est hautement volontariste. (Le Parti étant « le sujet de l’histoire » - c’est-à-dire le groupe qui fait la révolution et contrôle les futurs développements de l’État socialiste.)

Pour la théorie du « foco » (foyer) du Che (Extrapolée à partir de l’expérience de la guérilla cubaine, qui fut considérée comme exportable alors qu’elle était très spécifique, cette théorie considérait que l’action volontariste d’un groupe mobile de guérilleros pouvait entraîner progressivement le ralliement des masses et constituer l’embryon du futur parti révolutionnaire combattant. L’application de cette théorie fut partout un échec sanglant. Note du CATS), qui se passe du parti et du mouvement de masse en faveur d’une minuscule bande de guérilleros, cette contradiction est intensifiée au degré ultime. Il n’y a qu’à voir la difficulté avec laquelle il essaye de surmonter ce problème : Aux environs de l’époque de l’invasion de la Baie des Cochons (1962), le Che écrivait « La classe paysanne d’Amérique, se basant elle-même sur l’idéologie de la classe ouvrière, dont les grands penseurs découvrirent les lois sociales nous gouvernant… ». Cependant, ce qui manquait c’était le dénommé facteur subjectif – « la conscience de la possibilité de la victoire » qui devait être galvanisée par la lutte armée de groupes de guérilla (p. 505).

En tant que stalinien, le Che avait quelques devoirs extrêmement importants à accomplir dans l’intérêt du mouvement communiste et de l’Union Soviétique. Le premier de ceux-ci était d’orienter le mouvement du 26 Juillet dans la direction du stalinisme. Très peu dans le mouvement du 26 Juillet étaient communistes ou même sympathisantEs communistes. Les autres groupes révolutionnaires comme le Directorat ou les anarchistes étaient anti-staliniens de manière militante (le Che et Raul Castro étaient staliniens, Fidel était très amical avec le PC mais discret à ce propos). Le Che devint le « participant clé dans les pourparlers délicats avec le Parti Socialiste Populaire » (le parti communiste cubain) (p. 363). Il « travaillait secrètement pour cimenter les liens avec le PSP » (p. 389). L’alliance entre le 26 Juillet et le PSP devait être secrète pour ne pas scinder le mouvement révolutionnaire ni soulever l’hostilité américaine. La plupart des patriotes cubainEs haïssaient le PC, qui avait rejoint très tardivement la lutte et avait été autrefois allié avec Batista !

Après la révolution, le Che devint la liaison entre le KGB et le nouveau gouvernement révolutionnaire quand les relations entre Cuba et la Russie devaient être clandestines pour ne pas mettre en colère le/la cubainE moyenne ni effrayer le Département d’État US (p. 440). Comme l’ancien agent du KGB qui était impliqué avec lui le déclarait « le Che fut pratiquement l’architecte de nos relations avec Cuba » (p. 492). Mais ce n’était pas la seule relation qu’il avait avec les russes. Le marché des missiles nucléaires avec la Russie, qui déclencha presque la Troisième Guerre Mondiale, fut également conclu par le Che (p. 530).

En 1963, le Che était devenu découragé quand il réalisa que le modèle russe, qu’il avait passionnément embrassé dans sa naïveté, n’était pas très bon (p. 565). Peu après, n’apprenant visiblement pas de ses erreurs avec le stalinisme russe, il devint amoureux du stalinisme chinois, écrivant « le sacrifice est fondamental… les chinois comprennent cela très bien, bien mieux que ne le font les russes » (p. 605). Le Che avait aussi eu plus tôt « un éloge spécial » pour la Chine et la Corée du Nord (p. 495).

Le Che exécuteur

Dans la Sierra Maestra, le Che fut toujours prompt à demander l’exécution de guérilleros ou de paysans locaux qui n’étaient pas dans ses standards. « Informateurs, insubordonnés, simulateurs et déserteurs » avaient une balle dans la tête. Fidel était bien plus tolérant vis à vis de la faiblesse humaine et annula plusieurs des ordres d’exécution du Che. Les exécutions étaient très fréquentes durant la campagne de guérilla (p. 231). Il était « notoirement sévère » avec ses punitions. Une fois il menaça d’abattre un certain nombre de guérilleros qui avaient entamé une grève de la faim contre les mauvaises provisions. Seule l’intervention de Fidel l’arrêta (p. 346).

Peu après la chute de Batista, le Che aida à former le C-2, la nouvelle police secrète. Il fut également chargé de purger l’armée et la bureaucratie gouvernementale des « traîtres, espionnEs et hommes de mains de Batista ». Toutefois, ce furent surtout des individus mineurs qui furent arrêtéEs car les officiers et les hauts bureaucrates avaient fui avec le dictateur. Le Che était « le procureur suprême » qui prenait la décision finale d’exécuter ou non (p. 385). Et il exécuta. Le Che était « sans pitié » (p. 390) et entre janvier et avril 1959 plus de 550 personnes furent abattuEs par des pelotons d’exécution (p. 419). En janvier 1960 des supposéEs partisanEs de Batista ne furent pas les seulEs à recevoir des balles. Quelques jeunes catholiques furent exécutés pour distribution de tracts anti-communistes (p. 458).

Le Che est impliqué dans la destruction de l’anarcho-syndicalisme cubain (et également du trotskisme). Cuba dans les années 1950 était la scène d’un des derniers grands mouvements syndicaliste en Amérique Latine. Les anarchistes avaient survécu aux dictatures de Machado et Batista mais ils/elles ne survécurent pas à deux années de castrisme. En 1962 le mouvement était réduit à 20 ou 30 membres, des centaines d’autres avaient fui en exil, avaient été emprisonnéEs ou exécutéEs. Pour quiconque arborant encore des illusions à propos du caractère prétendument libertaire du Che, la citation suivante y mettra un terme : « L’individualisme… doit disparaître à Cuba… [il] devrait être la propre utilisation de l’ensemble de l’individu pour le bienfait absolu de la communauté » (p. 478). Une telle opinion sur l’individu était aussi éloignée des idées libertaires qu’on peut l’être.

Le Che bureaucrate

À la fin de 1959 l’autonomie universitaire – qui avait réussi à survivre sous Batista – fut abolie avec l’approbation du Che. Un nouveau curriculum d’État fut introduit (p. 449) et les universités devinrent de simples outils du régime.

En 1960, l’Institut National de la Réforme Agraire (INRA) fut formée sous la direction du Che. Cette organisation prit le contrôle de l’économie entière, son travail était dans la conception initiale de gérer les coopératives d’État (p. 458). Maintenant une coopérative d’État est une contradiction dans les termes car les coopératives sont par nature des associations volontaires, possédées et gérées localement. Ce que l’INRA faisait, c’était nationaliser les coopératives existantes (certaines étaient anarchistes) et mettre en place une foule de nouvelles coopératives bidons – essentiellement des fermes d’État. Le 20 février 1960, le Che annonça une « planification de style soviétique » pour Cuba (p. 462), quelque chose qui avait été son désir depuis longtemps. (La nomination du Che à la tête de l’économie cubaine fut un désastre total et aida probablement à le propulser vers son exploit bolivien suicidaire.)

Étant à la tête de l’économie cubaine, le Che fut au bout du compte responsable de l’abolition des droits des travailleurs/euses et de la destruction du mouvement syndical indépendant. Par rapport à ce dernier, à la fin 1960, les travailleurs/euses avaient perdu le droit de grève, la sécurité de l’emploi, le congé maladie, la semaine de 44 heures, les heures supplémentaires payées une fois et demi, les congés payés et été forcéEs de faire du « travail volontaire » [3]. Comme pour les syndicats, ainsi qu’en liquidant l’anarcho-syndicalisme, le régime essayait de faire élire la liste du Parti Communiste à la direction de la Confédération du Travail Cubaine (CTC). Cela fut rejeté par 90% des déléguéEs. Les stalinienNEs furent imposéEs d’en haut par l’État. Le leader de la CTC, David Salvador, un membre important du Mouvement du 26 Juillet, pas moins, fut condamné à 30 ans de prison pour son opposition à la prise de contrôle stalinienne de son syndicat. Il purgea sa peine derrière les barreaux avec environ 700 autres prisonnierEs « politiques » dont beaucoup étaient sans doute des syndicalistes [4]. La responsabilité du Che dans ces histoires ne pouvait pas être plus pleine car en octobre 1960 il déclara « la destinée des syndicats est de disparaître » et il soutint la Loi 647 par laquelle « Le Ministère du Travail peut prendre le contrôle de tout syndicat, démettre les représentants et en nommer d’autres… » [5].

La tragédie de Che Guevara

Le Che dépouillé de la mythologie n’est pas joli à regarder – à moins que vous admiriez les gens pleins de haine, de violence et adeptes du despotisme. Mais n’allons pas trop loin avec cela. Le Che n’était pas un sociopathe à œil de reptile comme Staline ou un pâle intellectuel fanatique comme Pol Pot. Avant qu’il ne devienne le Savonarole guérillero de la Sierra Maestra, il était connu pour être un blagueur et un farceur. Un hippie avant l’heure, un amoureux de la poésie, des conversations tard la nuit, des voyages, du football, de la nourriture, des motos et des femmes. Peu de ses amiEs pouvaient croire les transformations qui avaient touché leur vieux copain « El Chancho » après qu’il soit allé à Cuba. (El Chancho était son surnom et signifie « Le Cochon ». il fut appelé ainsi à cause de son affection pour les vêtements sales et déguenillés et pour son aversion envers les bains – une de ses manières de se rebeller contre ses origines de classe supérieure.) Le Che était essentiellement un jeune homme normal mais rebelle, intelligent et cultivé.

Quelque chose lui est arrivée. Oui, il avait absorbé beaucoup des déplaisantes idées de Perón mais comme des tas d’autres gens. De tels individus continuèrent leurs vies et ne furent pas détruitEs par une idéologie. La politique n’était pas si importante pour le Che jusqu’à ce qu’il aille au Guatemala. Là bas il découvrit une idéologie qui « tilta » avec ses croyances et préjugés sous-jacents, qui semblait expliquer le monde et donner de la substance et un sens à sa vie. Le Che était fondamentalement un être humain normal et décent qui devint esclave d’une religion séculaire cruelle. Son système de croyance le consuma, le força à faire des choses qu’il n’aurait normalement pas faites. Il le rendit dur et fanatique. Comme son père, Guevara-Lynch, le déclara « Ernesto brutalisa ses sensibilités pour devenir un révolutionnaire ». Sa mère caractérisait ce nouvel Ernesto comme étant « intolérant et fanatique ». ses parents n’étaient pas opposéEs aux politiques de gauche, seulement à ce que ces politiques étaient en train de faire à leur fils (p. 605).

Le Che était, du fait de toutes ses lectures, essentiellement naïf. Considérez la naïveté de devenir un stalinien en 1955, de ne pas rompre avec le culte durant les révélations de Khrouchtchev en 1956 (lorsque des milliers d’intellectuelLEs occidentaux/ales fuirent le PC) et ensuite, à la toute fin, de souhaiter échanger le stalinisme russe contre sa variété chinoise. Ce n’est pas que les horreurs du stalinisme n’étaient pas bien connues – nous n’avions pas besoin de Soljenitsyne pour nous raconter le goulag – toutE anarchiste, trotskiste ou socialiste anti-stalinienNE aurait pu lui dire la vérité. Peut être que quelqu’un l’a fait mais il a dû refuser de l’écouter.

Son culte personnel de la volonté était également naïf, le menant finalement à la mort. Malgré le fait d’adhérer à un système de croyance qui chancelait sans cesse à propos des « conditions matérielles », il ignorait la « réalité matérielle » dans sa dernière lutte de triste mémoire. Comment a-t-il pu balayer de coté le fait que les paysanNEs bolivienNEs avaient eu des terres durant la révolution populiste de 1952 et n’étaient pas intéresséEs par un autre soulèvement armé ? Comment ne pouvait-il pas savoir cela ? Regardez sa déclaration à la Tricontinentale – comme si attaquer un pays allait briser la volonté de son peuple – comme s’il pouvait menacer les américains dans la défaite.

Quiconque connaît l’histoire sait bien que ce n’est pas le cas – essayer de terroriser une nation renforce seulement la résolution de son peuple. Et si les USA étaient « le plus grand ennemi de l’humanité » qu’était alors la Russie (ou la Chine) avec leurs dizaines de millions de personnes massacrées par la fantaisie de dictateurs mégalomanes ?

Comment ne pouvait-il pas connaître ces choses ? Ou bien pourquoi ne voulait-il pas les connaître ?

Il n’y a pas de déni du fait que le Che était physiquement très courageux, encore et encore il se mit dans le plus grand danger au cours de la lutte de guérilla. C’était vraiment un brave combattant. Bien que dur dans ses méthodes, il n’était pas un hypocrite – ses sacrifices, ses souffrances étaient des exemples pour ses hommes. Mais le courage physique n’est pas si rare, beaucoup de soldats sur le front en ont, certains criminels aussi. Beaucoup de gens qui appartiennent aux pires sortes de cultes politiques ou religieux agissent avec une immense bravoure.

Une autre question est la combinaison du courage physique et moral. Ce dernier, il ne l’avait pas, ni non plus quiconque croit que « la fin justifie les moyens ». pour montrer du courage moral, lui, ou n’importe qui d’autre dans sa position, aurait été désireux/se de sacrifier la révolution à des principes humains supérieurs. Mieux vaut pas de révolution qu’une qui soit basée sur la terreur et le meurtre de masse. Mieux vaut risquer l’organisation qu’exécuter des paysans qui veulent rentrer chez eux (« déserteurs »). Mais pour le Che, comme pour les stalinienNEs, les fascistes et tous/tes les fanatiques en général, de tels principes sont des exemples de faiblesse et de sentimentalité libérale. En toute impartialité cependant, la combinaison du courage physique et moral est très rare. Combien d’entre nous ont ces traits ?

Le Che reflétait son environnement et ne le transcenda pas. Il fut un reflet du péronisme, du romantisme, du machisme et de la xénophobie si présents dans l’Argentine des années 1950. Sa sympathie pour le stalinisme était quelque chose de partagée par la plupart des intellectuelLEs de l’époque. Même son caractère bohème correspond au mode de comportement de la jeunesse éduquée des classes supérieures. Le véritable Grand Homme, ou Grande Femme, transcende les influences de son époque et de son environnement, brisant les habitudes usées par le temps et soulevant un ensemble de nouvelles idées. Le Che dépouillé de son immense courage et de son zèle fanatique fut par conséquent essentiellement un homme moyen.

Le Che mourut pour nos pêchés

Le Che fut un homme de la rue, pas un « homme complet » comme Sartre, ce plus incomplet des hommes, le proclamait (Sartre ne rencontra jamais un dictateur ou un terroriste de gauche qu’il n’aimait pas). Le Che est chacunE d’entre nous qui a eu un jour l’envie de tuer unE opposantE politique. Le Che est chacunE d’entre nous qui a haï quelqu’un avec un point de vue différent. Le Che est chacunE d’entre nous qui a été aspiréE dans le tourbillon d’une quelconque idéologie politique basée sur le culte. Le Che est chacunE d’entre nous qui a excusé un acte terroriste. Le Che est chacunE d’entre nous qui a cru un jour au « par tous les moyens nécessaires ». Le Che c’est moi. Le Che c’est toi. Le Che mit dans une action déterminée les haines et peurs que nous ressentons. Il était un homme normal, pas un pervers comme Hitler ou Staline – des despotes qui peuvent simplement être décrits comme des monstres et ainsi n’ont pas de relations avec moi et le cours possible de mon action. Le Che, dans un certain sens, « mourut pour nos pêchés » de gens normaux pris dans l’idéologie, engoncés dans la faiblesse morale et des problèmes psychologiques qu’ils sont incapables de résoudre d’une manière constructive.

Le Che ne ressemble pas beaucoup à un saint, n’est ce pas ? Mais il y a une chose à prendre en compte – le pire pêcheur peut parfois devenir un saint. Saint Paul était un exemple de cela, lui qui fut un temps un violent persécuteur de chrétienNEs. Bien sûr le Che fut assassiné avant qu’il ait une chance de voir ses erreurs et vu son réalisme il aurait pu ne jamais le faire mais qui sait ? Toutefois, sa souffrance, son autodestruction (et sa destruction d’autres personnes) et son échec final servent d’exemple pour de jeunes gens de toutes époques. NE SUIVEZ PAS SON CHEMIN ! Si le sacrifice du Che dissuade les jeunes de tomber dans cet enfer idéologiquement créé, peut être qu’il aura mérité le manteau de la sainteté [6].

Peut être alors devrions nous brûler un cierge pour Saint Che. Et prier « S’il vous plait, plus de guérilleros héroïques ! ».

Septembre 1997,
Larry Gambone
.

Source : Base de données anarchiste.

Le conflit syrien, multiples partis et guerre à voies multiples.

 Posted by on 18 juin 2015 at 15 h 46 min  Actualité Internationale  Commentaires fermés
juin 182015
 

Une traduction intéressante reçue et transmise par le CATS.

Le conflit syrien, multiples partis et guerre à voies multiples.

Shiar Youssef*

(Traduction française via la version anglaise du site Tahrir ICN disponible ici : https://tahriricn.wordpress.com/2015/05/05/syrias-multi-party-conflict-and-multi-way-war/#more-2186)

[Traduction de l’original en arabe qui apparaîtra brièvement dans therepublicgs.net]

Quatre ans après le début de la révolution syrienne, la plupart des analyses et commentaires concernant la révolution et la guerre consécutive restent dominés par des visions du monde simplistes et dualistes, ainsi que par des politiques ou des propositions tout autant simplistes et dualistes. Cet article tente d’analyser la révolution syrienne comme un conflit d’intérêts et de valeurs aux multiples partis, et la guerre en Syrie comme une guerre à voies multiples.

Un conflit aux multiples partis

Vous êtes peut-être tombé sur l’un de ces messages dans les médias sociaux, parfois accompagnés d’illustrations, qui raillent la confusion des alliances et conflits dans la guerre syrienne : l’Armée Syrienne Libre combat le régime et Daesh en même temps ; l’Armée Syrienne Libre est fondée et armée par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie ; mais Daesh est aussi soutenu par la Turquie et fondé par les Saoudiens et les Qataris. Le régime est soutenu par l’Iran et l’Armée Libre par les USA ; mais les USA et l’Iran sont partenaires dans la guerre contre Daesh … et ainsi de suite et et cetera.

Diagramme des relations géopolitiques au Moyen-Orient

( _____ ami ; …….. ennemi ; ——- uncertain)

(note : Palestine et Israël sont écartés pour la simplicité)

Souvent, mais pas très exactement, de tels messages illustrent la complexe réalité syrienne que les modèles binaires traditionnels des conflits armés ne parviennent pas à saisir. Cela s’applique de la même façon et plus ou moins aux innombrables cartes des zones d’influence ou du ‘qui combat qui en Syrie ?’. Mais cette complexité est-elle un développement nouveau, un résultat du conflit qui se prolonge avec des acteurs nouveaux qui entrent en scène, ou était-elle présente depuis le tout début tout en étant négligée à cause de notre vision dualiste du monde ?

En d’autres termes, au début de la révolution, il était facile pour la plupart des Syriens d’être d’accord sur ce à quoi ils s’opposaient, mais leurs désaccords fondamentaux sur ce qu’ils défendaient ont été largement ignorés. Et je ne parle pas ici des alliances et conflits tactiques changeants, mais des forces variées et radicalement différentes en termes de valeurs, intérêts et aspirations.

L’une des raisons pour cette ‘négligence’ semble découler de l’affirmation que, face à un régime brutal et totalitaire, le ‘peuple Syrien’ est uni et veut la même chose – un slogan qui était répété de façon euphorique dans les premiers jours de la révolution de façon à contrecarrer les efforts de la machine à propagande du régime pour diviser les manifestants en fonction des ethnies et des lignes sectaires. Cependant, les illusions nationalistes des communautés imaginées, pour reprendre la fameuse phrase de Benedict Anderson, ont aussi joué un rôle dans cette négligence.

Il y a aussi une autre raison, politique. Persuadée qu’elle ne pouvait pas se permettre une autre guerre en simultané avec les forces islamistes extrémistes, l’opposition syrienne modérée a tenté d’unir toutes les factions syriennes armées en un seul front unifié contre le régime, même si ces factions étaient radicalement différentes. L’attitude pragmatique et élusive de la Coalition Nationale envers Daesh et Jabhat al-Nusra en est un exemple.

La question est : la ‘nécessité’ de former un alliance large, représentant ou unifiant un éventail étendu des différents acteurs politiques ou sociaux, justifiait-elle de fermer les yeux en ce qui concerne les objectifs supposés de la révolution ? L’opposition syrienne modérée a-t-elle vraiment cru que les groupes islamistes radicaux rejoignaient le combat pour atteindre les mêmes liberté et justice sociale que celles pour lesquelles les premiers manifestants sont descendu dans la rue ?

On peut soutenir que, ainsi faisant, c-a-d en se définissant et en se positionnant depuis le début seulement contre le régime et non contre les autres forces réactionnaires aussi, les groupes syriens d’opposition modérés qui revendiquaient représenter la révolution sont tombés dans le piège du dualisme : leurs discours et pratiques ne reflétaient pas la réalité politique complexe de la Syrie. La plupart des commentaires et analyses concernant la Syrie ont suivi le même schéma.

Tout comme le régime syrien dépeignait tous les révolutionnaires et rebelles comme des terroristes et agents étrangers, cherchant de façon parfaitement évidente à justifier sa répression et sa réponse militaire. Mais cela reflète un problème fondamental avec cette sorte de régimes, c’est à dire son incapacité à voir le pays d’une façon non-binaire. Dans cette vision du monde, il y a seulement le régime, de façon exclusive, soi-disant représentant les intérêts du pays, et par conséquent n’importe qui d’autre, aussitôt qu’il tente de contester, est vu comme un ennemi.

En bref, la complexité de la réalité conflictuelle des forces qui ont pris part à la révolution syrienne, à la rébellion armée et à la guerre consécutive, a été largement rendue silencieuse parce qu’elle ne correspond pas à notre vision dualiste du monde ou à nos intérêts immédiats. Mais avec quatre ans de conflit, et même après que les alliances et les acteurs aient changé de façon significative, y-a-t-il une bonne raison pour que les analyses et politiques concernant la Syrie demeurent autant dualistes, se concentrant seulement sur l’un des conflits binaires dans ce conflits aux multiples partis ? La simple réponse est non.

Une guerre à sens multiple

Avec la militarisation de la révolution en fin 2011, début 2012 – d’abord par les forces et milices du régime, ensuite par le recours des manifestants aux armes pour se défendre, puis avec l’interférence de puissances régionales et internationales en soutien à cette fraction combattante – les conflits socio-politiques mentionnés ci-dessus se sont progressivement transformés en véritables guerres. La plupart des opérations militaires de l’opposition et des groupes islamistes armés étaient initialement dirigés contre le régime. Cependant, avec les avancées militaires et la consolidation des bases de pouvoir, les ‘querelles internes’ concernant le territoires, les armes, le butin et l’influence ont émergés, se détournant parfois de la supposée bataille principale.

Vers la fin 2013, il y avait au moins quatre pôles ou partis principaux dans la guerre, avec autour, d’autres centres de pouvoirs (armés) variés et plus petits, car partageant des visions du mondes similaires et/ou des objectifs ou commanditaires similaires à ceux des pôles principaux – bien qu’on ne devrait pas aisément les mettre dans le même panier.

1. Le régime et ses différentes forces ou milices, qui étaient déterminées à s’accrocher au pouvoir et imposer leurs lois à n’importe quel prix, à tel point qu’ils ont dû recourir à des forces étrangères (milices contrôlées par l’Iran) jusqu’à finalement leur livrer la plupart de leurs puissances militaires et politiques, conduisant de facto à une occupation par le régime iranien et ses milices dans les zones contrôlées par le régime syrien.

2. L’opposition modérée, armée et politique, représentée par l’Armée Syrienne Libre et la Coalition Nationale. La première fût initialement et largement formée par des soldats déserteurs et des gens du pays qui décrochaient des armes pour se défendre contre les attaques de plus en plus brutales des forces et milices du régimes. Avec l’escalade de la guerre et la diminution des fournitures, ou promesses, de soutiens militaires et financiers par les puissances régionales et internationales – car elles étaient canalisées de plus en plus vers les groupes islamistes – la plupart des membres de l’ASL rejoignirent ces groupes ou simplement abandonnèrent et s’enfuirent.

3. Les groupes islamistes, en particulier l’Armée de l’Islam de Zahran Allouch, qui deviendra ensuite le Front Islamique et Ahrar al-Sham [ndt : ‘libres du Levant’]. Beaucoup des membres et leaders de ces groupes ont été libérés de prison par le régime au début de la révolution afin de la faire dérailler vers une guerre civile et de la dépeindre comme un complot étranger impliquant des ‘terroristes islamistes’. Ces groupes ont aussi bénéficié d’un meilleur soutien financier et militaire par les puissances régionales, en particulier l’Arabie Saoudite et le Qatar, probablement car ils étaient perçus comme des alliés, ou clients, moins dangereux sur le long terme que les forces révolutionnaires démocratiques. A cet égard, ce soutien, qui est venu aux dépends de celui qui était fourni à l’opposition syrienne modérée, a aussi eu pour effet de faire dérailler la révolution.

4. Les groupes islamistes extrémistes, d’origine ou affiliés à Al Qaeda, en particulier Daesh (EIIS [ndt : ISIS en anglais]) et le Front al-Nosra. Si les deux groupes partagent des racines et des idéologies similaires, leur conflit interne concerne principalement le pouvoir. Une distinction importante doit être faite entre les deux concernant leur composition démographique : Daesh dépend largement de djihadistes étrangers, alors que la plupart des combattants et dirigeant de al-Nosra sont Syriens. Néanmoins, les deux groupes combattent en Syrie pour imposer une version spécifique de la loi islamique et n’ont rien à voir avec la révolution. La révolution et la guerre qui s’ensuivit constituèrent simplement le contexte ou l’opportunité qui leur permit d’émerger et de croître.

En ce qui concerne les forces armées kurdes affiliées au Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) et sa ramification syrienne, le PYD, qui sont souvent décrits comme la ‘troisième voie’, ils ne représentent pas vraiment la troisième voie. Plutôt, ils semblent suivre leur propre voie séparée, dont des parties croisent les évènements en Syrie, alors que d’autres suivent leurs propres dynamiques kurdes respectives. Pour autant que la révolution syrienne soit concernée, ces forces continuent à osciller entre le régime et l’opposition, flirtant ou se disputant avec un camp suivant la situation sur le terrain. Ils ont encore à arrêter une position claire et cohérente, ou à être forcés à le faire en fonction des changement dans les équations géopolitiques (la bataille de Kobané, la guerre contre Daesh dirigée par les USA et ainsi de suite).

On peut plus ou moins dire la même chose du Comité de Coordination Nationale pour un Changement Démocratique en Syrie, ou ce qui est souvent décrit comme ‘l’opposition interne’, qui ont suivit une politique similaire, pragmatique et élusive, avec un discours basé sur des arguments redondants et sélectifs concernant les interventions étrangères.

Les groupes qui tombent sous les catégories 3 et 4 ci-dessus ont grossi et sont devenus si forts en si peu de temps à cause d’une combinaison de facteurs, comme indiqué plus haut, y-compris avec la facilitation de leurs activités par les régimes syriens et iraniens et la complaisance de puissances régionales et internationales. Cependant, un autre facteur important a été que l’opposition modérée fermait les yeux sur leur menace et ne l’a reconnu que depuis très récemment, surtout à cause l’incapacité de l’opposition de voir ou d’agir au delà de son conflit binaire avec le régime.

En effet, l’ASL, ou ce qu’il en reste, a été forcée de combattre Daesh et al-Nosra en 2014 et 2015 car ceux-ci l’attaquèrent. Il n’ont pas choisi de le faire par question de principe.

De toute façon, on peut dire que tous ces groupes et factions sont aujourd’hui en guerre avec un autre, en dépit des trêves et des alliances temporaires qui changent de temps en temps. Il est vrai que Daesh et le régime ne se sont pas combattus jusqu’à ce qu’ils soient forcés à le faire très récemment avec les changements de calendriers internationaux, et des groupes comme le Front Islamique sont plus obsédés par des gains de territoire que par des luttes de principes, mais le potentiel de ce qui apparaît être fondamentalement des conflits socio-politiques se transformant en guerre à parts entières a toujours été présent.

Pourtant, malgré tous ces développements, une vision dualiste continue à dominer la plupart des débats et des écrits sur la guerre en Syrie, décrivant souvent ce qui arrive comme une guerre entre le régime et les forces d’opposition, ou entre des forces gouvernementales et des terroristes islamistes, ou entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, et ainsi de suite.

Ce dualisme explique partiellement que l’administration US fasse priorité à la guerre contre Daesh tout en ignorant, ou en reportant, une confrontation inévitable avec le régime syrien et ses commanditaires – comme si un état ne pouvait avoir qu’un seul ‘ennemi’ à la fois.

Ceci explique partiellement pourquoi beaucoup de Syriens sont prompts à croire à des théories quasi-conspirationnistes concernant Daesh & co comme étant ‘créées’ et sous le ‘contrôle total’ du régime d’Assad – ceci est différent que de reconnaître la réalité qui est que ce dernier a facilité, collaboré et utilisé ces groupes pour son propre avantage – parce qu’ils paraissent incapables d’imaginer des relations plus compliquées entre différents acteurs dans un conflit aux multiples parties.

À cet égard, l’appel tardif de l’opposition syrienne pour un soutien international afin de combattre dans une guerre à deux fronts (combattre Daesh et le régime en même temps) donne une impression d’opportunisme ; comme une vaine tentative d’entraîner les USA et leurs alliés à combattre le régime d’Assad et ses commanditaires, depuis si longtemps qu’ils refusaient de le faire. De tels appels n’apparaissent pas découler d’une croyance sincère selon laquelle la révolution a plus d’un ennemi, et l’opposition ne paraît pas encore sérieuse dans son affrontement contre les islamistes radicaux, non seulement Daesh mais l’islam politique plus généralement, dans ses deux versions, sunnite et chiite.

Une autre façon dont le dualisme a été dominant dans les analyses et les commentaires sur la Syrie est l’interprétation répandue selon laquelle ce qui arrive dans ce pays est une guerre civile religieuse en Sunnites et Chiites, regroupant des acteurs très différents, culturels et politiques, dans telle ou telle secte. L’exemple le plus évident est le regroupement des Alaouites et des Chiites dans une secte, et tous les autres Syriens dans la catégorie élastique des ‘Sunnites’. Il ne s’agit pas de nier qu’il y a du sectarisme et des pratiques sectaires en Syrie, de tous les côtés, mais le sectarisme n’est l’unique chose qu’il y ait dans ce pays complexe, et le sectarisme en Syrie est certainement plus compliqué qu’un conflit statique Sunnisme-Chiisme.

Même le terme ‘contre-révolution’, qui a beaucoup été utilisé récemment pour tenter d’expliquer comment les événements en Syrie se sont dégradés, est d’une certaine façon l’expression d’une façon dualiste de voir le monde. Contre-révolution signifie renverser un processus révolutionnaire ou restaurer le statu quo. Ce qui arrive en Syrie ne correspond pas vraiment à ce modèle.

Selon mon opinion, il serait plus exact de parler de multiples révolutions et contre-révolutions déchaînées en Syrie – et plus largement dans toute la région – dont certaines sont d’une nature progressistes ou potentiellement et d’autres sont réactionnaires. Et j’utilise ici le mot ‘révolution’ dans un sens large, pour dire que des changements fondamentaux dans les structures et valeurs du pouvoir prennent place de façon violente et dans une période du temps relativement courte. Les révolutions ne sont pas nécessairement progressistes, ni toutes les contre-révolutions toutes nécessairement réactionnaires.

Des voies vers l’avant … ou vers l’arrière

Il y a beaucoup d’exemples de guerres à trois ou à plusieurs voies dans l’histoire : la guerre civile chinoise, la guerre civile libanaise, les guerres de Yougoslavie, et même la Seconde Guerre Mondiale d’une certaine façon. Il est vrai qu’en leur temps on a parlé de la plupart de ces conflits dans des termes dualistes, se concentrant sur un seul conflit binaire à la fois dans une guerre plus complexe. Mais au moins aujourd’hui nous comprenons ces guerres comme à voies multiples. En est-il de même avec la révolution syrienne et la guerre ? Devrons nous attendre des années avant que les narrateurs de l’histoire ne révisent leur vues simplistes des conflits armées ?

Le problème n’est pas seulement discursif ou académique. Une solution durable de la crise en Syrie exige des analyses qui vont au-delà de cette approche simpliste et dualiste. Elle exige, par exemple, que l’opposition modérée déclare clairement ses positions par rapport aux forces islamistes, non seulement Daesh et le régime. Cela permettra de meilleurs conseils pour former des alliances qui différencient la tactique et la stratégie, sans trahir les aspirations et objectifs originels de la révolution populaire.

Au niveau des la politique des États, une approche plus nuancée des conflits armés devrait réussir en persuadant les USA et ses alliés de soutenir sérieusement l’opposition syrienne modérée dans ses guerres multiples, au lieu d’insister qu’un tel soutien ne devrait être qu’uniquement dirigé, pour l’instant, à combattre Daesh, ce qu’a fait l’administration US. Et pour être efficaces, des tels soutiens devrait êtres fournis suivant un canal unifié, plutôt que de le laisser à des puissance régionales avec des agendas conflictuels.

Au niveau populaire, il y a aujourd’hui plus que jamais le besoin d’une solidarité critique avec la révolution syrienne ; une solidarité qui ne tombe pas dans de fausses polarisations binaires et en même temps une ‘solidarité conditionnelle’. La solidarité critique signifie que vous soutenez une lutte par question de principes, avec un vrai soutien matériel, mais en maintenant une position critique envers telle version ou force particulière qui revendique représenter les aspirations du peuple ou qui capitalise dessus pour des finalités politiques. Sans une telle solidarité, il est probable que nous en resterons à ce qu’on nous présente des faux choix comme Assad vs. Daesh, ou Iran vs. Arabie Saoudite et ainsi de suite.

*Shiar Youssef est un journaliste et investigateur syrien.

juin 182015
 

Rochefort : la façade de la mairie maculée de peinture

Sud Ouest, 13/06/2015 à 12h13

Le rez de chaussée et le bureau du maire ont été ciblés dans la nuit de vendredi à samedi. Un acte à relier avec les crispations autour du projet d’incinérateur ?

Plusieurs employés de la mairie étaient affairés depuis 5 heures ce samedi à nettoyer la façade de l’hôtel de ville.

Elle a été maculée de peinture rouge dans la nuit de vendredi à samedi, « vers 3 heures du matin par deux individus«  indique le maire-adjoint en charge du commerce, Gérard Pons, sur place ce samedi matin avec le maire Hervé Blanché.

Les deux élus des Républicains supposent qu’il existe un lien avec les manifestations anti incinérateurs d’Echillais, proches des zadistes, en raison de la cible des projections de peinture : le rez de chaussée et le bureau du maire au premier étage.

« C’est honteux et lamentable. Cela va coûter de l’argent aux contribuables« , commentait le maire qui espérait que la façade serait nettoyée avant un mariage célébré cet après-midi.


Mairie de Rochefort dégradée : « cela n’a aucun sens »

Sud Ouest, 15/06/2015 à 07h52

Thierry Kieffer, l’un des porte-paroles des opposants à l’agrandissement de l’incinérateur d’Echillais, se désolidarise du maculage de la façade de l’hôtel de ville

Membre du collectif d’action citoyenne opposé à l’agrandissement de l’incinérateur d’Echillais, Thierry Kieffer « se désolidarise » de la dégradation de la façade de la mairie de Rochefort, maculée de peinture rouge dans la nuit de vendredi à samedi. « C’est sale et cela n’a aucun sens. Nous menons des actions de désobéissance civile mais pas des dégradations ou des actes contre des personnes et des bâtiments. »

L’opposant au centre multi filières dit aussi avoir « l’impression que des actes sont estampillés anti-incinérateurs pour nous décrédibiliser » en citant l’exemple d’affichages sauvages à Royan alors imputés à PRA (Pays rochefortais Alert’)


Charente-Maritime : le jardin du maire d’Échillais vandalisé

Sud-Ouest, 27/05/2015 à 07h41

Dans la nuit du 24 au 25 mai, le jardin du maire d’Échillais Michel Gaillot, situé aux Chaumes, à deux pas des jardins familiaux, a été vandalisé. Des pieds de tomates ont été coupés et des artichauts piétinés .

« Il est clair que c’est moi qui étais ciblé, une fois de plus », soupire Michel Gaillot. En effet, aucun autre jardin aux alentours, pourtant tout proches, n’a été l’objet de dégradations. Si Michel Gaillot ne veut pas s’avancer sur l’identité du ou des auteurs, il se déclare toutefois las de ces actes. « Ça devient pénible d’être la cible d’une minorité de gens », s’agace-t-il.

Le 12 mai, l’une des vitres de son domicile avait été brisée par une tomate jetée par un opposant à l’incinérateur lors d’une manifestation.

Michel Gaillot envisage de porter plainte.

Source : Brèves du désordre.

juin 182015
 

Fin de la mutinerie à la prison de Rémire-Montjol

guyane.la1ere, 16/06/2015 | 17:08

Ce matin la prison de Rémire-Montjoly a été le théâtre d’une mutinerie. Un événement rarissime qui a été vite maîtrisé alors que dans le même temps le mouvement de blocage entamé la semaine dernière par les surveillants pénitentiaires prenait fin.

Pendant plus de deux heures, 74 détenus du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly ont mené une mutinerie ce mardi matin, au centre de détention 2. Les détenus sont sortis dans une partie commune et n’ont pas voulus réintégrer leurs cellules. Selon la gendarmerie, de nombreuses dégradations de matériel ont eu lieu dans des bureaux, des portes ont été arrachées et un début d’incendie a été constaté.

Les éléments déclencheurs : le rationnement et l’inactivité des prisonniers
A l’origine du conflit, la non-livraison des produits commandés dans le cadre de la « cantine », des denrées alimentaires pour l’essentiel. Selon des sources syndicales et pénitentiaires, cette livraison hebdomadaire a été bloquée par un barrage filtrant érigé depuis jeudi à l’entrée de la route d’accès à la prison, dans le cadre d’un mouvement de protestation mené par les agents à l’appel de Force Ouvrière Pénitentiaire. FO dément le blocage de ces livraisons. Les mutins dénonçaient également le manque d’activités et de travail, très rare au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.

Pas d’affrontement entre les gendarmes et les détenus
Une trentaine de gendarmes mobiles est entrée dans la prison pour ramener le calme, mais il n’y a pas eu d’affrontement. Le directeur de cabinet du préfet, le procureur de la république et le directeur de la prison se sont entretenus avec une délégation de quatre détenus. Vers midi, la mutinerie s’est achevée dans le calme, les détenus réintégrant leurs cellules sous la houlette des surveillants.

Fin du barrage érigé par le personnel du centre pénitentiaire
De son côté, Force Ouvrière a levé le barrage filtrant, mettant fin à un conflit de cinq jours, motivé par la dégradation des conditions de travail et l’inquiétude des agents sur les risques de contamination à la tuberculose, suite à la maladie d’un détenu identifiée en janvier plusieurs semaines après son placement en détention. FO a obtenu notamment l’ouverture prochaine d’une enquête médicale sur ce dossier.

Source : Brèves du désordre.

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Nouméa (Nouvelle-Calédonie) : mutinerie incendiaire à la prison et vengeance d’Etat
Article mis en ligne le 17 juin 2015
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Les mutins du Camp Est en correctionnelle

Les Nouvelles calédoniennes, mardi 09 juin 2015 à 16H14

17 détenus incarcérés au Camp Est viennent d’être jugés devant le tribunal correctionnel.

Ils ont été condamnés à des peines allant de 6 à 15 mois ferme pour les délits de destruction par incendie, violences volontaires sur personne dépositaire de l’ordre public, outrages.

Le 26 mai dernier, ils avaient participé à une mutinerie dans l’enceinte du centre pénitentiaire. Une réaction par rapport au suicide d’un détenu, intervenu quelques jours plus tôt. Les forces de l’ordre avaient dû intervenir en nombre pour ramener le calme.


Camp Est : des dégâts, des blessés, et deux procédures judiciaires ouvertes

nouvellecaledonie.la1ere, 27/05/2015 | 12:50

Le calme est revenu ce matin au Camp Est, où une mutinerie avait éclaté vers 17h, mardi. 65 détenus du Centre de détention ouvert ont brûlé du mobilier pour bloquer les accès au bâtiment. Cette rébellion liée au suicide d’un jeune détenu, dimanche dernier, a occasionné de nombreux dégâts.

Des détenus très affectés par la disparition tragique de leur camarade samedi après-midi au quartier disciplinaire, ont souhaité rencontrer la direction du centre pénitentiaire pour lui exposer un certains nombre de revendications. Par exemple de laisser certaines portes ouvertes à midi, ou encore d’installer des caméras de surveillance dans le quartier disciplinaire.

Un gardien frappé au visage

Des exigences formulées dans le souci de prévenir un tel drame, mais qui selon l’administration ne sont pas réalistes, les caméras étant interdites par la loi dans les cellules pour protéger l’intimité des détenus.
Les détenus déçus de ne pas avoir obtenu gain de cause, ont donc décidé de se faire entendre autrement… Le mouvement de colère a commencé vers 17h lors de la distribution du repas. Un gardien a été frappé au visage, puis les choses ont dégénéré avec de multiples incendies dans les bâtiments, dont les pompiers sont venus à bout après deux heures d’intervention.

Un bâtiment sur trois n’est plus opérationnel

Le bilan n’est pas négligeable : l’un des 3 bâtiments du centre de détention ouvert n’est plus opérationnel - l’alimentation en électricité et en eau ayant été touchée. 3 cellules d’un second bâtiment ont été brûlées, des sanitaires ont été dégradés. Conséquence : le centre a dû être réorganisé. Une vingtaine de détenus ont été déplacés, aggravant – provisoirement en tout cas – la situation de sur-occupation. Les détenus sont désormais 3 au lieu de 2 par cellule dans cette partie du Camp Est


Nouméa (Nouvelle-Calédonie) : mutinerie dans la prison

Le Télégramme / jeudi 28 mai 2015

Une mutinerie a eu lieu, ce mardi soir, à la prison du Camp Est en Nouvelle-Calédonie, où des détenus ont incendié des bâtiments, faisant plusieurs blessés légers, ont indiqué les autorités locales. Lors de ces émeutes qui se sont déroulées entre 16 heures et 20 heures dans ce centre de détention ouvert de Nouméa, un policier a été blessé à la cheville et deux détenus ont été légèrement blessés par les déflagrations de grenades lacrymogènes, a indiqué la procureure de la République, Claire Lanet. Deux surveillants ont également été légèrement touchés, dont l’un au bras alors qu’il tentait de maîtriser un des émeutiers.

Des émeutes après un suicide.

Selon le haut-commissariat de la République, ces incidents sont intervenus après le suicide par pendaison durant le week-end d’un détenu de 23 ans, qui se trouvait au quartier disciplinaire. Il aurait été sanctionné après avoir agressé un surveillant. “Les détenus ont ensuite formulé auprès de la direction toute une série de revendications irrecevables”, a déclaré Paul-Marie Claudon, directeur de cabinet du haut-commissaire. Plusieurs dizaines de policiers et de gendarmes ainsi que les pompiers sont rapidement intervenus dans cet établissement, régulièrement théâtre de poussées de fièvre. En début de soirée, le calme était revenu. Deux enquêtes judiciaires sont en cours pour dégradations et violences volontaires. Vétuste et surpeuplé, le Camp Est, où séjournent 460 prisonniers pour 380 places, fait l’objet d’un important programme de rénovation, qui doit s’achever fin 2015.

Source : Brèves du désordre.

juin 182015
 

Depuis février, une permanence FN en plein centre-ville a été inaugurée. La vitrine n’a heureusement pas résisté…

Cherbourg : la permanence FN vandalisée

La Manche libre, 15/06/2015 à 11h00

Dans la nuit du 12 au 13 juin, la permanence du Front national à Cherbourg a été vandalisée.

Inaugurée en février dernier dans la rue François-Lavieille, la permanence du Front national a été vandalisée dans la nuit du 12 au 13 juin. Une des vitres du local a été brisée…

Les policiers se sont rendus sur place rapidement pour constater les dégâts. Quant au Front national, il fait savoir que « ses militants, ses adhérents, n’entendent pas céder aux intimidations ».