La compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive

 Posted by on 26 août 2015 at 18 h 42 min  Anarchisme  Commentaires fermés
août 262015
 
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La compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive

mercredi 26 août 2015

« Mettez la compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive,
et vous dominerez les choses. »

Franz Kafka

On entend de plus en plus, ici et là, des critiques s’élever contre toute tentative d’analyse et de théorie antiautoritaire de la société de domination. Parmi ces critiques, souvent, on y trouve la tentation du discrédit de tout ce qui voudrait prendre du recul plutôt que de foncer tête bèche dans ce qui nous opprime. La théorie ne serait bonne, selon ses critiques, qu’à se couper les cheveux en quatre, elle serait une occupation académique, « inutile ».

La tendance qui pousse beaucoup d’entre nous au rejet d’un recul pourtant nécessaire sur nos pratiques et notre pensée, est très certainement liée à un appauvrissement global du mouvement radical. La slogantisation de la pensée anarchiste semble en effet, lorsqu’elle est conjuguée à la mise à sac de toute projectualité révolutionnaire, faire plus de mal qu’il n’y parait.

Je me souviens encore, et je ne suis certainement pas le seul, de cette période de ma vie où plus exalté que jamais, je cherchais désespérément des rendez-vous sur les divers « agendas militants » du net pour y trouver manifs, bastons, blocages, émeutes, occupations. Je tenais alors un petit carnet dans lequel je notais soigneusement les prochains rencards, que je consultais quasiment tout les matins dans l’espérance de voir ma journée bien remplie ; pouvoir rentrer chaque soir retourner à ma misère, mais avec le sentiment militant du devoir accomplit. J’étais quasiment dans tout ce qui pouvait se faire de « radical », pour la baston d’abord, peut être aussi pour la socialisation.

Ma pensée se résumait alors à deux trois poncifs que je pouvais ressortir à toutes les sauces, selon mon interlocuteur. Lorsque je me sentais dépassé, ou que l’on mettait en évidence mes contradictions, je me contentais d’insulter, de discréditer les auteurs de ces critiques en les traitant d’intellos, un sûr moyen de ne pas se livrer à l’autocritique et de continuer à foncer la tête dans le guidon sans aucun recul réflexif. Au final, je ne cherchais même plus à comprendre, ni même à savoir dans quelle direction j’allais, quel était le sens de mon activité.

On commence à se faire des copains/ines, à prendre son pied dans l’affrontement –même superficiel-, à multiplier les récits d’anciens combattants et les anecdotes croustillantes sur la couleur du sang des flics. Après tout, je ne sais pas aujourd’hui ce qui différenciait mon intégration à ce petit milieu de celle que peuvent ressentir les membres de n’importe quelle scène culturelle, ou contre-culturelle. L’impression d’être là ou les choses se passent, au fond, qui n’en ressent pas le besoin ? Questionner la pertinence des terrains de l’affrontement ou de la forme sans fond est une autre paire de manche…

Cette période ci de ma vie, je ne peux l’analyser que comme étant une période d’activisme, ou plutôt, de réactivisme. Être là où l’ennemi vient de frapper, réagir à la répression, courir après les rendez-vous qui me sont imposés par l’agenda des puissants, ne même plus se poser la question de savoir si ce pourquoi je lutte est bien en cohérence avec ce que je souhaite voir advenir, pire, ne plus rien vouloir voir advenir d’autre que la perpétuation de ce cycle répétitif. Ionesco disait que « lorsque l’on caresse un cercle il devient vicieux », c’est de ce vice circulaire dont je n’ai depuis, jamais cessé de m’éloigner en essayant d’ajouter à mes pratiques, l’analyse qu’elles nécessitent. Il faut essayer de tendre vers la situation où nos pratiques se rapprochent au fur et à mesure de notre évolution, vers une adéquation harmonieuse entre nos désirs et nos perspectives.
C’est bien à cela que servent l’analyse et la théorie, à la mise en adéquation de nos perspectives et de nos pratiques, de notre révolte et de notre projectualité.

De l’autre coté, nombreux sont ceux qui se baignent régulièrement dans un lac d’érudition et de savoir, dans un jeu absolutiste d’approfondissement des problématiques. Pour qui l’anarchisme équivaut au maniement de concepts dénués de toute incidence pratique, pour qui la théorie anarchiste équivaut à la pratique de la philosophie telle qu’elle est enseignée sur les bancs des académies, à une relativisation de tout ce que la pensée peut produire, à une sorte de pensée en kit.

Souvent alors, on remplace l’analyse par l’idéologie. Incapable que l’on est à s’imprégner du réel pour le restituer dans ses écrits, une suite de mots clés, que l’on peut plaquer un peu partout suffira à rendre compte de ce qui se joue hors des livres. On ne peut alors que déléguer la mise en pratique des théories à cette autre classe de spécialistes : les activistes. C’est ainsi que deux contraires aux semblants contradictoires s’enrichissent, montrant un peu plus que l’intellectualisme et l’activisme ne sont que les deux faces d’une même pièce.

On pourrait croire qu’un gouffre sépare ces deux tendances à l’autolimitation, pourtant elles ont en commun la même faiblesse, la partialité. L’anarchisme se voit alors réduit à son plus simple appareil, dans un cas comme dans l’autre, celui de la posture. La théorie et l’analyse doivent enrichir les pratiques, elles doivent être un partage constant dans une réciprocité nous préservant de la spécialisation. Elles ne doivent pas être séparées les unes des autres car l’anarchiste est un funambule, il doit savoir naviguer dans les deux eaux sans n’avoir jamais peur de se mouiller.

Un autre assoiffé.

[Extrait de Guerre au Paradis N°1, journal anarchiste, téléchargeable ici.]

 

août 262015
 

Rien à mendier et à aménager. Tout à prendre et à détruire !

mercredi 26 août 2015

Réflexions au sujet de la récente loi contre le gaspillage alimentaire adoptée à l’assemblée et les diverses illusions gauchistes qui foisonnent dans nos milieux.

En mai 2015, l’assemblée nationale a voté et adopté une loi contre le gaspillage alimentaire, concernant essentiellement les grandes surfaces de supermarché [1]. Celle-ci interdit aux patrons des grandes enseignes de jeter aux ordures les denrées alimentaires « périmées » (mais pour la plupart encore comestibles). A première vue, on pourrait s’arrêter à l’aspect positif d’une telle loi. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que la totalité de la nourriture est destinée aux marchands de misère [2] des associations caritatives, tels que Emmaüs, la Croix-Rouge, le Secours Populaire/Catholique… Comme pour toute loi, l’Etat en tire des intérêts considérables, principalement celui de laisser le soin aux associations humanitaires de gérer la misère.

La première idée qui pourrait nous venir à l’esprit est celle que la récup’ serait rendue davantage difficile par l’acheminement rapide des denrées « périmées » dans les camions frigorifiques de ces organismes. Mais il serait naïf de penser que la criminalisation de celles et ceux qui vont récupérer de la bouffe s’estompera avec cette nouvelle loi car c’est l’acte d’auto-détermination qui est puni par l’Etat. Confier la distribution aux organismes caritatifs lui permet de leur déléguer une mission précieuse : la gestion et le flicage des pauvres. Mais l’action humanitaire de ces associations a pour but principal de mettre un pansement sur les saignées que nous infligent cette société et ainsi calmer les pauvres et assurer la paix sociale. Le travail de sous-fifre de la police par ces organismes (Croix-Rouge, Emmaüs, France Terre d’Asile…) est désormais connu, notamment en matière de fichage des indésirables dépourvus de papiers (comme cela a récemment été le cas lors de l’expulsion d’un camp de sans-papiers de La Chapelle à Paris). Ces mêmes organismes humanitaires qui gèrent les camps pour sans-papiers ont également pour but de hiérarchiser les demandes d’asile et ainsi diviser les migrants. Mais revenons au sujet.

Dans les cercles militants, il n’est pas rare d’entendre que la récup’ est différente du vol car les produits récupérés seraient « invendus », « gaspillés » (cheminement logique de la production au sein du système capitaliste) et que ça ne s’attaquerait finalement pas directement aux porte-feuilles des patrons (ce qui en soit montre une certaine forme d’hypocrisie et de lâcheté quand la personne en question se dit être « anti-capitaliste »). Pourtant, la récup’ est pour le capitaliste la même chose que du vol. De son magasin jusqu’à sa poubelle s’étend sa propriété.

A l’heure actuelle, alors que les préoccupations de nos militants anticapitalistes et libertaires sont de monter des AMAP, de faire des jardins potagers [3] et ainsi cultiver l’alternative dans un monde qui nous écrase, la nouveauté du moment est la récup’ dans les poubelles : c’est ce à quoi aspire le collectif ‘Foodsharing’, créé en 2012 en Allemagne et qui trouve écho du côté de Rennes [4]. Leur principe est de mettre en relation des gens pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Présenter ça comme quelque chose de révolutionnaire, fallait oser ! Pire, ce collectif se vante de collaborer avec les commerçants, ces « camarades » bien connus de nos luttes. Voici les termes qu’il emploie : « C’est avant tout un travail que l’on fait avec les commerçants et pas contre les grands méchants capitalistes. L’opposition binaire manichéenne commerçants/glaneurs n’a pas toujours lieu d’être, et c’est plus efficace de saisir le problème à bras-le-corps collectivement. Avec l’émergence de ce concept-là, il devient clair que chacun est concerné par le gaspillage alimentaire, autant le consommateur que le revendeur, lui-même consterné de devoir légalement jeter chaque soir ses propres produits en quantités grotesques. ». En mettant en avant les problèmes techniques de l’application de cette loi, ce collectif de « sauveurs de bouffe » (et de l’existant) a comme objectif de faire concurrence à l’Etat et ses organismes humanitaires et donc de venir au secours de la domination.

Un exemple pour le moins significatif s’est produit au niveau local :
Fin décembre 2014 à Besançon, le petit milieu militant s’est indigné du fait que deux SDF se sont retrouvés face au taser du patron d’un ‘Casino Shop’ au moment de se servir dans sa poubelle, ce qui lui a valu de finir en garde-à-vue chez les flics. Cette récup’ s’étant passée en pleine période de Noël – propice à la fois à la consommation de masse et à la charité chrétienne, le tract-affiche de solidarité [5] qui a circulé juste après visait à condamner l’attitude du commerçant, de ses protecteurs armés de la BAC et gratte-papiers de la presse locale avec un ton cherchant à susciter l’indignation citoyenne, mais aussi sur le fait qu’au fond, il n’y avait rien de mal à aller récupérer des produits jetés à la poubelle. Comme si voler dans les rayons des supermarchés était un acte marginalisé qu’il ne faudrait surtout pas encourager. Du coup, nos chers libertaires, si attachés à la morale, défendent les bons pauvres qui fouillent humblement dans les poubelles, mais qu’en est-il pour ceux – les mauvais pauvres – qui volent dans les rayons ou attaque le vigile [6] ? Pour notre part, la solidarité doit s’exprimer envers chaque acte allant dans le sens de l’auto-détermination et de la révolte quel qu’il soit.

L’Etat lutte bel et bien contre le gaspillage alimentaire – thème si cher à nos partisans de la récup’ – et redistribue aux pauvres les restes des riches par l’intermédiaire de ces charognes humanitaires, rouages utiles du pouvoir.

Cette loi est somme toute sociale et finalement bien digne d’un Etat social-démocrate : Etat dans sa volonté de contrôler les pauvres – qui peuvent être imprévisibles – et gérer la misère sociale que l’économie et l’Etat créent eux-mêmes, dans un contexte toujours plus propice à l’expropriation ; Social-démocrate dans sa bonté caritative qui parcoure les mythes du gauchisme radical. Et au fond paternaliste, c’est à dire toujours aussi autoritaire mais qui tente de faire participer les exploités à leur propre exploitation.

Pour le code pénal, la récup’ dans des poubelles et le vol s’équivalent. Pourtant, la première est socialement acceptée (même si, comme on l’a vu, il subsiste des exceptions), vu que ce sont les surplus, autrement dit les miettes que les riches laissent aux pauvres. En nous donnant quelques miettes, le pouvoir garde justement sous contrôle la pression de la cocotte minute sociale. Mais pour nous, en tant qu’anarchistes, le but est exactement que celle-ci explose.

Pourquoi mendier auprès des humanitaires ou adopter une démarche citoyenne ? Autant se servir directement dans les magasins et si cela n’est pas possible, aller prendre la bouffe là où elle est.

Cependant, nous savons bien que voler dans les magasins (qu’il soit individuel ou collectif), tout comme le fait de squatter [7], sont insuffisants dans une perspective révolutionnaire : ce n’est qu’une façon de se débrouiller et de survivre dans ce monde de merde .

Quelques expropriations collectives de supermarchés ont eu lieu en France lors de grands mouvements sociaux, sans vraiment attaquer la propriété et la marchandise qui va avec. Mais celles qui se sont déroulées ces dernières années en Grèce (ou ailleurs), avec dans la foulée des distributions dans les quartiers alentours marquent une rupture révolutionnaire avec cette pratique expropriatrice la plupart du temps appelée ‘auto-réduction’. En juin 2010, on se souvient que l’une d’elles s’était soldée par la destruction incendiaire de l’argent stocké dans les caisses et le sabotage des caméras de surveillance de l’enseigne. Piller et détruire est une phase supplémentaire dans notre volonté concrète de rompre définitivement avec cette société. Mais nous avons encore en tête les images de centres commerciaux en flammes lors de la révolte urbaine de novembre 2005. Alors impulsons dans ce sens, plutôt que de promouvoir une quelconque forme de misérabilisme, de charité et d’alternative.

Pour la destruction de ce monde et l’auto-détermination de nos vies !

Des anarchistes.

[Repris du Chat Noir Émeutier]

Notes

[1] Les petites et moyennes surfaces semblent sortir de ces « obligations ». Leurs poubelles seront donc toujours aussi remplies…

[2] Pour citer – un fait qui vient directement à l’esprit – l’incendie du foyer d’immigrés du boulevard Auriol (XIIIème arr.) à Paris en 2005, faisant 17 morts. Cet immeuble de plusieurs logements, anciennement réquisitionné par le DAL, était au moment de l’incendie géré par l’association ‘France Euro Habitat (Freha)’, affiliée à Emmaüs. L’Etat avait confié la gestion à cette association caritative et les travaux de rénovation ont été assurés par l’entreprise ‘Paris Banlieue Construction (PBC)’. L’organisme de charité se faisait du fric sur la misère des familles immigrés, qui ont fini par périr dans l’incendie de ce bâtiment vêtuste (qui n’avait pas été remis aux normes).

[3] La mode du moment est à l’AMAP pour Besançon, aux jardins-potagers pour Dijon. (L’exemple qui vient immédiatement à l’esprit est le quartier des Lentillères à Dijon, où les terres sont occupées et cultivées depuis environ cinq ans contre un projet d’éco-quartier de la municipalité. En somme, c’est une reproduction de l’idéologie zadiste avec tous ses travers (préserver l’existant et ne surtout pas s’en prendre à l’existant). D’ailleurs, ce n’est pour rien que ces militants ont très mal accueilli la manif émeutière qui a secoué Dijon après la mort de Rémi Fraisse, ou lorsque des tags décorent régulièrement les murs du quartier…) C’est faire le choix de l’alternative quand les villes se transforment en prison, de délaisser les luttes contre l’Etat et le capital qui oppriment nos vies. Au passage, ces pratiques qui s’apparentent plus à des « services » sont déjà utilisées par les bobos qui s’installent dans les quartiers autrefois prolétaires. A la différence près que ceux-ci n’entendent aucunement lutter contre ce monde d’oppression et d’exploitation.

[4] Ce texte, intitulé « La révolution des poubelles » est consultable ici : https://nantes.indymedia.org/articles/31858. Décidément, ce genre de textes citoyens abondent sur les indymedia. Celui de grenoble nous a pondu une perle : https://grenoble.indymedia.org/2015-08-12-Les-vieux-reacs-memes-aux-pieds-de (mais le commentaire qui se finit par « Mort au gauchisme, vive l’anarchie ! » en dessous le critique suffisamment pour y consacrer quelques lignes.

[6] Pour exemple, encore à Besançon. Lundi 3 février 2014, un SDF est pris en flag’ de vol d’une bouteille d’alcool à Monoprix. Ce dernier ne se laisse pas faire, menace le vigile avec un couteau et revient quelques minutes après avec une bombe lacrymo et lui asperge la gueule. Il est envoyé en taule pour 4 mois le lendemain en comparution immédiate.

[7] La récup’, le vol comme le squat sont des pratiques de la “débrouille”. Squatter ne signifie pas lutter contre l’Etat et le capital. Ca montre surtout une volonté de ne pas se résigner à subir la misère dans laquelle la domination nous jette quotidiennement. Bon nombre de squats cultivent l’entre-soi, restent cloisonnés à leur contre-culture. Leurs principales activités se limitent la plupart du temps à organiser des concerts de soutien ou des bouffes, de Paris à Marseille.

 

août 262015
 

 

 

https://lignesdeforce.wordpress.com/2015/08/23/et-dieu-crea-lislamophobie/#_ftn5

 

« Il » avait déjà, objecteront les vrai(e)s croyant(e)s, « créé l’homme dans les plus admirables proportions[1] ». Cela dit, il aurait été bien bête de s’abstenir d’ajouter à son œuvre une amélioration aussi féconde. Georges Brassens notait justement que « la courbure des reins, ça c’est une trouvaille ! » Dans un registre (hélas) différent, l’« islamophobie » aussi…

Si je suis (du verbe suivre) le Dictionnaire historique de la langue française, « phobie » est tiré du radical du grec phobos : « Celui-ci désigne une fuite (due à la panique), d’où un effroi, une peur intense et irraisonnée. […] L’élément -phobie sert à former un nom féminin correspondant au mot en -phobe et exprimant l’aversion, une peur morbide. »

Contrairement à ce que croit et écrit Caroline Fourest[2], le terme « islamophobie » n’a pas été créé par les mollahs iraniens à la fin des années 1970. Il apparaît déjà dans la première décennie du XXe siècle, dans des textes de juristes et d’islamologues occidentaux[3]. Cela n’empêche pas qu’il ait été utilisé par des religieux en Iran, et surtout — depuis le début des années 2000 — par les cinquante-sept États de l’Organisation de la conférence islamique (OCI, renommée depuis Organisation de la coopération islamique), organisme intergouvernemental.

Je consulte le 2e Rapport de l’Observatoire de l’OCI sur l’islamophobie (juin 2008-avril 2009) ; avant-propos par le professeur Ekmeleddin Ihsanoglu, secrétaire général de l’OCI.

« Les valeurs communes de l’humanité devraient être solidement étayées par un engagement ferme en faveur des droits de l’homme, ainsi que de la reconnaissance de la dignité intrinsèque de tous les êtres humains. De ce point de vue, les droits de l’homme et les libertés fondamentales devraient être considérés comme les garants de la tolérance et de la non-discrimination et non pas seulement comme des facteurs indispensables à la stabilité, à la sécurité et à la coopération. […]

L’Islam est, par essence, une religion synonyme de « paix ». L’Islam prône le respect de toutes les croyances religieuses et confirme la véracité des confessions abrahamiques l’ayant précédé. Du fait qu’il corrobore les prophéties antérieures, il ne peut en aucun cas cautionner une quelconque attaque contre les prophètes ou les symboles religieux du Christianisme ou du Judaïsme. Dans ce contexte, il faut bien comprendre et rappeler que l’Islam n’est pas en compétition avec le Christianisme ou le Judaïsme.

L’islamophobie est un vocable qui désigne la résurgence contemporaine de la vieille discrimination contre les Musulmans et la déformation du message éternel de l’Islam. Elle s’explique aussi et, en partie, par l’ignorance et l’incompréhension de l’Islam en Occident. En effet, l’on commettrait une erreur de jugement éminemment regrettable que de croire que l’Islam est lié au terrorisme, qu’il est intolérant vis-à-vis des autres convictions, que ses valeurs et pratiques ne sont pas démocratiques, qu’il favorise la répression de la liberté d’expression et fait fi des droits de l’homme.

Sachant que la religion fait partie intégrante de chaque civilisation et de chaque culture, on comprend à quel point les idées fausses et l’incompréhension de l’Islam en Occident risquent de mettre en péril la paix et la sécurité des générations actuelles et futures. L’islamophobie est une forme de discrimination raciale. Elle véhicule en fait deux variantes du racisme latent, qui se manifestent tant dans l’apparence physique différente des Musulmans que dans l’intolérance vis-à-vis de leur religion et de leur culture. »

Cet éloge des « droits de l’homme » par une réunion de ministres des Affaires étrangères de pays comme l’Égypte, l’Iran, le Maroc, le Bahreïn et l’Ouganda (mais on pourrait reproduire la liste entière) ne peut être considéré par des personnes sérieuses, et en tout cas par des militant(e)s révolutionnaires, que comme une plaisanterie obscène. Il faut mobiliser toutes les ressources de la raison pour ne pas être saisi d’« effroi et d’une peur intense » devant le cynisme vulgaire de ce ramas d’assassins, de geôliers, de tortionnaires, d’homophobes et de misogynes.

Et misophobes, donc, haineux par terreur des femmes, oh combien le sont-ils !

Mais revenons à la prose du Pr Ihsanoglu, et prenons-la au sérieux le temps d’une démonstration : « L’islamophobie est un vocable qui désigne la résurgence contemporaine de la vieille discrimination contre les Musulmans et la déformation du message éternel de l’Islam. » Bien. Quel est-il, déjà, le « message éternel de l’Islam » ? Facile : paix aux croyant(e)s de bonne volonté ! Que cela soit loin d’être appliqué dans les faits par les cinquante-sept États de l’OCI, c’est une évidence que j’écarte pour l’instant. Poursuivons : « L’Islam prône le respect de toutes les croyances religieuses. […] [Il] n’est pas en compétition avec le Christianisme ou le Judaïsme. »

Il est un mot, une notion, qui manque dans ce « rapport sur l’islamophobie ». Vous ne devinez pas ? Cela aurait du frapper les « libertaires » qui ont enfourché le cheval de la « lutte contre l’islamophobie ». Pas une seule fois, ne sont mentionné(e)s les athées, les mécréant(e)s, celles et ceux qui vivent en dehors de toute religion, et surtout s’ils ont été auparavant musulman(e)s pratiquant(e)s. Ces gens n’existent tout simplement pas dans la définition de l’humanité du Pr Ihsanoglu. Les droits « de l’homme » (sans même parler de ceux de la femme !) sont les droits des croyants, à l’exclusion de tous les autres êtres humains.

Le concept d’« islamophobie » sert donc ici à réaffirmer d’abord la légitimité moderne des régimes théocratiques, et de l’emprise de la religion sur la vie publique et privée de toutes et de tous, et ensuite à protester contre les discriminations ou les agressions dont sont — effectivement — victimes des musulman(e)s ou supposé(e)s tel/les à travers le monde.

Dans la démarche des cinquante-sept États de l’OCI, l’« islamophobie » est une arme de guerre idéologique contre l’athéisme. Et bien sûr contre les religions « concurrentes », en dépit des protestations de cohabitation pacifique. Le message religieux se superpose, comme c’est toujours le cas, mais plus clairement que jamais, avec un discours et une volonté politiques.

On notera qu’une seconde dimension n’apparaît que par raccroc dans le texte : « L’islamophobie est une forme de discrimination raciale. Elle véhicule en fait deux variantes du racisme latent, qui se manifestent tant dans l’apparence physique différente des Musulmans que dans l’intolérance vis-à-vis de leur religion et de leur culture. »

Passons sur la maladresse de traduction (officielle) de l’anglais original au français ; le racisme ne se manifeste pas « dans l’apparence physique » mais la prend pour prétexte. Admettons que se confondent ou se combinent en effet un racisme supposé « biologique » et un autre plus « culturel » dans des actes d’hostilité commis à l’égard de musulman(e)s ou supposé(e)s tel/les. L’avantage de cet amalgame est de récupérer comme « discrimination religieuse » toute manifestation de racisme, ce qui contribue à légitimer les religieux et les dictateurs comme représentants « naturels » de millions d’individu(e)s qui n’en peuvent mais, et à invisibiliser et disqualifier les maghrébins athées ou/et les personnes de culture musulmane laïques, qu’ils/elles vivent dans des pays laïcs ou subissent la charia dans les pays où elle tient lieu de codes civil et pénal.

La lutte contre l’« islamophobie » serait-elle l’antiracisme des imbéciles ?

En septembre 2012, soit trois ans après le second rapport de l’OCI sur l’« islamophobie », était publié, à l’initiative de militant(e)s d’Alternative libertaire (si j’ai bien compris), un appel intitulé « Libertaires et sans concessions contre l’islamophobie ! », dont je reconnais que je ne me suis pas préoccupé à l’époque.

J’avais tort.

Voici le premier alinéa du texte :

« Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme. »

On voit l’ornière sémantique dans laquelle les rédacteurs patinent dès le départ : l’« islamophobie » existe, inutile donc de s’interroger sur l’apparition et la pertinence du concept, il ne reste plus qu’à la dénoncer. Ici, comme « une forme de racisme ». Les exemples donnés mélangent mesures d’État contre le port du voile et agressions de rue.

Les rédacteurs se plaignent que leur « famille politique » — anarchiste ou libertaire, donc —soit « imprégnée par l’idéologie islamophobe ». Au point, tenez-vous bien ! que certains se livrent bien à une « condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse » (Je souligne).

Reprenons calmement : est un signe d’imprégnation islamophobe, donc raciste, le fait — pour un anarchiste — de rappeler le combat primordial contre l’aliénation religieuse au même moment où il condamne « clairement » une discrimination raciste visant telle catégorie supposée d’individu(e)s.

Autrement dit : le bon anarchiste antiraciste sait taire son athéisme et/ou son anticléricalisme quand il condamne le racisme. Sinon, il est déjà raciste. L’antiracisme ne se suffit pas à lui-même (c’est vrai !), il doit de surcroît tolérer « dieu », en l’espèce : Allah.

Pas encore complètement imprégnés eux-mêmes de ce nouvel antiracisme, les rédacteurs tiennent à prendre des précautions. Aussi affirment-ils :

« NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek[4] et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental. »

Est-ce rassurant ? J’ai bien peur que non. Les « formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux ». La phrase est mal fichue, mais passons. Où Diable se cachent les « phénomènes religieux » qui n’emportent aucune forme d’oppression ? Parce que c’est bien ça qu’on nous affirme pour nous tranquilliser. Où ? Mais c’est pourtant simple, chez les chiites par exemple. Puisque seul le salafisme, courant sunnite, est donné comme exemple de religion « pouvant » prendre des « formes réactionnaires et fascistes »… Et vive l’Iran, dont le chiisme est la religion d’État ! Voilà qui valait la peine d’être « rappelé » aux « camarades » anarchistes, avec guillemets dans le texte original.

Est-ce tout ? Hélas non !

« Enfin ce problème [l’islamophobie dont le but est de diviser les dominés] pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames. »

Ainsi, après avoir été considéré comme une forme de racisme, l’athéisme proclamé doit être rayé des conditions nécessaires pour « militer dans une organisation libertaire ».

Assez d’« injonction à l’athéisme » ! Assez de ces « Ni dieu ni maître ! », qui pourraient bien, en effet, être ressentis par des croyant(e)s comme une critique de leurs superstitions.

Nous en sommes là.

Et c’est le concept d’« islamophobie » qui a servi de véhicule.

La lecture de ces deux documents, l’un émanant d’une réunions de ministres d’États religieux, l’autre de « libertaires » (j’ai bien droit aux guillemets, moi aussi, n’est-ce pas) ; l’ahurissante et répugnante convergence idéologique qu’ils manifestent dans l’invisibilisation et la négation du simple droit à l’athéisme (sans même parler de sa nécessité pour un esprit libre) suffisent amplement à mes yeux pour se garder de l’usage du dit concept. Il mérite d’être considéré comme un danger et une arme contre les partis pris philosophiques et sociaux du courant communiste libertaire et anarchiste auquel je me rattache.

Ni dieu ni maître ! Je vois cette formule qualifiée par un « anarchiste » militant contre l’ « islamophobie » de dicton (sur Indymédia Nantes).

C’est original. Je suppose que le syntagme « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » est un vieux proverbe bavarois…

« Dieu » est-il un camarade qui se trompe ? Je n’en crois rien.

Je considère maintenant la liste des signataires de l’appel en question. J’en connais certain(e)s, pour lesquel(les) j’ai de l’estime ; d’autres me sont antipathiques : je ne peux croire que les un(e)s et les autres aient lu et médité ce texte avant de s’y associer. Quant à Christine Delphy, libertaire comme je suis évêque, la seule question qu’on peut se poser, sachant qu’elle au moins assume l’entièreté du texte, c’est : « Qu’est-ce qu’elle fout là ? »

Je vois une autre connaissance parmi les signataires : Stéphane Lavignote. Théologien et pasteur protestant, pour qui j’ai beaucoup d’affection (je l’ai connu avant sa crise mystique et lorsqu’il pouvait se qualifier de libertaire). Au moins, sa présence est logique et cohérente. Le polisson a publié en 2014 un petit livre intitulé Les Religions sont-elles réactionnaires ? (voir bibliographie ci-après) dans lequel il a précisément choisi de ne pas parler d’Islam mais du christianisme, qu’il connaît bien. Comme le titre le laisse facilement deviner, la réponse, du point de vue de l’auteur, est négative. Il convoque comme preuves — un peu malhonnêtes, me semble-t-il — les sectes subversives du Moyen âge. On pourrait remonter aussi bien à certaines des premières sectes chrétiennes, gnostiques, mais cela ne prouve pas grand chose puisque, à l’époque, les revendications égalitaristes ne pouvaient s’incarner que dans des hérésies. Les « grandes » religions unifiées se sont d’ailleurs employées à réduire, y compris militairement, ces sectes et communautés utopistes.

Il me semble que la question qui aurait pu être posée est plutôt : « Les croyant(e)s sont ils/elles toujours réactionnaires ? » Ce qui rejoint celle qui est soulevée par Alternative libertaire, dans des termes un peu différents : « Des révolutionnaires anarchistes peuvent-ils participer à la “guerre sociale” aux côtés et en collaboration avec des croyant(e)s ? » À la première question, je réponds « Non » ; à la seconde, je réponds « Oui ».

C’est sans doute le moment de préciser que j’ai eu, ai et aurai, avec des personnes de culture musulmane (entre autres !) des relations d’amitié, d’amour, et de militantisme politique commun. Au passage, on voit comment la démarche anti-« islamophobie » conduit les « libertaires » qui l’affichent à réduire au strict minimum — surtout par rapport aux ronflantes étiquettes du premier alinéa — les caractéristiques des participant(e)s de la « guerre sociale ». Il ne s’agit plus que de « partager certaines convictions progressistes ». Des « convictions », voyez-vous ça ! La « guerre sociale » serait affaire de « convictions », pas d’analyses ! Voilà une autre révision complète de la théorie révolutionnaire, au bénéfice des seul(e)s croyant(e)s. En effet, s’il s’agit de « convictions », en l’espèce « progressistes » (coucou l’idéologie du « progrès » qui refait surface !), alors les croyant(e)s sont particulièrement bien préparé(e)s à la « guerre sociale », et en effet il serait incongru de leur reprocher d’exprimer une conviction parmi d’autres : leur foi religieuse.

Outre le retour en arrière formidable (en fait de progrès !) que cette position manifeste par rapport aux acquis du mouvement révolutionnaire, c’est aussi une volée de coups de rames assénées sur la tête, non pas seulement des athées, révolutionnaires ou non, qui se battent pour survivre dans les pays musulmans, mais aussi de celles et ceux qui doivent ici mentir quotidiennement (mineur[e]s) ou continûment (majeures) à leurs parents, à l’oncle, au grand frère, pour préserver leur droit d’aimer qui ils/elles veulent ou d’absorber les boissons de leur choix[5]. Pourquoi nos « libertaires » n’ont-ils jamais un mot pour celles et ceux qui sont l’objet de remarques moralisatrices, d’insultes ou qui prennent des claques dans la gueule parce qu’ils boivent une bière sur le pas de leur porte, ont mis du rouge à lèvres ou ont risqué des remarques mécréantes au cours de français ? La réponse est lamentable : ils ont choisi de ne pas le savoir, ou de le nier. Ils se préoccupent du droit des lycéennes de porter un voile en classe, mais pas d’écouter les témoignages des enseignant(e)s qui rapportent que d’autres se félicitent de l’interdiction, qu’elle peuvent opposer aux pressions. Pire encore, ce type de faits est laissé à la discrétion propagandiste des politicards de droite ou du Front national, manière de confirmer leur négation.

Pourquoi cet aveuglement ? Nul cynisme là-dedans. Plus probablement la « conviction » que ce parti pris par la force des choses proreligieux est un bon moyen, le seul peut-être, de ne pas perdre un « contact » (laissez-moi rire !) avec une minorité de la jeunesse issue de l’immigration, dont la radicalisation, y compris politique, passe par une pratique religieuse abandonnée des parents depuis longtemps.

Entendons-nous : il est légitime et important de condamner tout espèce de racisme — y compris quand il prend le masque ou s’alimente d’une réelle « peur de l’islam ».

Puisque nous vivons dans un monde que nous ne pouvons changer d’un coup de baguette magique, il est logique également de prendre en compte des revendications qui n’ont pas de sens immédiat pour nous. Ainsi est-il compréhensible qu’un croyant non-catholique ressente comme discriminatoire la liste des fêtes chômées, dont nous avons oublié ou dont nous négligeons l’origine uniquement catholique.

Pour autant, il me paraît à la fois inutile et dangereux de séparer les différentes formes de racisme, « biologique » ou culturel : antisémitisme, racisme postcolonial, institutionnel et policier, selon la couleur de la peau, discriminations diverses dans les domaines du logement et de l’emploi, racisme anti-roms, etc.

Faut-il préciser (oui !) : y compris quand il est le fait de membres d’une autre minorité religieuse ou ethnique (culturelle). L’agression d’un jeune portant une kippa n’est ni moins grave ni moins condamnable que l’agression visant une femme portant le hijab.

Dangereux encore d’ouvrir la porte à des revendications religieuses. Qui décidera, et selon quels critères, que l’enseignement du créationnisme ne constitue pas un « droit » pour les élèves dont les « convictions » (ou celles de leur familles, musulmanes, catholiques ou protestantes) récusent le darwinisme ? Qui décidera que les billevesées d’un imam sur la course du soleil autour de la terre doivent bien être dénoncées comme contrevérités scientifiques ou que cela vient « heurter des sensibilités » aussi légitimes que d’autres ?

La réhabilitation de la conviction et de la croyance — politique ou religieuse — est une régression politique et intellectuelle. On ne combat pas un système avec des croyances, « moyen de locomotion psychique » que l’écrivain Robert Musil associait aux « vaines tentatives de vol d’une poule domestique ».

S’ensuit-il que nous devions établir une espèce de « cordon sanitaire » et politique pour nous « protéger » des croyant(e)s. Non, bien sûr. Je considère d’ailleurs que les jeunes filles voilées peuvent être vues davantage comme un maillon faible que comme l’avant-garde de la reviviscence musulmane.

Notamment parce que beaucoup d’entre elles sont dans une démarche d’émancipation sociale et individuelle — même si elle passe paradoxalement par une phase religieuse — contre les déterminations sociales, racisantes et genrées qu’elles subissent. Ce qui n’est certainement pas le cas des jeunes militantes de la Manif pour tous.

En passant, je voudrais dire que la bienveillance forcée, pour des raisons tacticiennes[6], de certains « libertaires » à l’égard du retour à la pratique religieuse de jeunes issus de l’immigration, recèle au moins autant de mépris qu’on peut en déceler chez certains racistes (y compris du genre « laïcards ») : certes nous autres avons profité du progrès dans une société laïque, mais pour « ces gens-là », minorité discriminée, originaire de régions arriérées, on peut comprendre et pourquoi pas encourager toute affirmation identitaire.

Cela dit, ni l’insulte (évidemment) ni la caricature[7] ne sont de bons moyens pour entamer ou poursuivre un dialogue avec ces jeunes femmes musulmanes, ou la minorité politisée d’entre elles qu’il est facile et banal de rencontrer dans certaines manifestations. Il nous faut trouver, ce qui ne saurait aller sans tâtonnements et faux pas, une manière de concilier

a) la réaffirmation de nos positions — je parle en tant qu’anarchiste — antithéistes ;

b) la lutte contre toutes les discriminations racistes ou ethniques.

Je ne vois aucune raison de penser que ce dernier objectif serait plus efficacement atteint si les libertaires acceptaient d’endosser le concept toxique d’« islamophobie ». Et même si je me résous pas à être taxé, comme d’autres camarades semblent le faire, d’« islamophobie[8] », je pense en effet que ce serait capituler que d’intégrer à notre répertoire théorique et politique un concept manipulé aussi volontiers par des États et des organisations religieuses, en voulant ignorer par phobie idéologique ou démagogie militante son contenu implicite.

« Dieu », nous dit-on, reconnaîtra les siens… Inutile de faire durer le suspens : Je n’en suis pas !

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[1] Mais c’était pour mieux le précipiter « vers le plus bas degré de l’échelle » (Sourate 95, « Le Figuier » ; j’utilise l’édition de poche du Coran chez GF, traduction de Kasimirski, chronologie et préface de Mohamed Arkoun).

[2] Libération, 17 novembre 2003.

[3] Par exemple : Quellien, Alain, La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française, Paris, 1910, seconde partie, chap. I, p. 133 (Gallica).

[4] Ce terme désigne l’Orient arabe ; la liste des pays qu’il doit englober varie selon les analystes.

[5] Je ne prêche pas ici pour une transparence complète de la vie privée, mais ne pas pouvoir parler de sa vie à ses proches est bien différent de choisir de ne pas le faire.

[6]Capture d’écran 2015-07-28 à 18.46.53 On a même vu des Femen, violemment antireligieuses en principe, afficher le slogan « Allah created me free » !

[7] Critiquer ou moquer une superstition est et doit demeurer un droit imprescriptible. On ne saurait en déduire que toute moquerie est opportune. Il est bien possible que les « mascarades antireligieuses » de la Révolution française, pour radicales et sympathiques qu’elles apparaissent à l’antithéiste que je suis, aient été au moins aussi contre-productives que libératrices.

[8] Voir « Protestations devant les libertaires d’aujourd’hui… », en bibliographie.


Lectures

Al-Husseini, Waleed, Blasphémateur ! Les prisons d’Allah, Grasset, 2014.

Benhabib, Djemila, L’Automne des femmes arabes, H & O, 2013.

Chafiq, Chahla, Islam politique, sexe et genre. À la lumière de l’expérience iranienne, Le Monde-PUF, 2012.

Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Les Échappés, 2015. Eltahawy, Mona, Foulards et hymens. Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle, Belfond, 2015.

Lavignotte, Stéphane, Les Religions sont-elles réactionnaires ?, Textuel, 2014.

Ni patries ni frontières, notamment n° 48-49, avril 2015 et n° 50-51, juin 2015.

« Protestations devant les libertaires d’aujourd’hui sur les capitulations devant l’islamisme »

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Quelques remarques sur ce dernier texte

Rédigé par un camarade anarchiste en 2013, remanié et publié en février 2015, après les assassinats de l’équipe de Charlie Hebdo et des clients de l’hypermarché cacher, il n’a été porté à ma connaissance (par son auteur) que plusieurs mois après sa publication sur Internet. C’est le signe que le milieu libertaire n’a hélas ! toujours pas acquis d’habitude de débat dans les situations de crise.

Une dizaine de sites ont repris mon propre texte « Vous faites erreur. Je ne suis pas Charlie… », mais personne n’a songé à me signaler l’existence de celui-ci. Ni l’auteur, ni tel autre ex-camarade avec lequel j’ai rompu après qu’il m’a révélé considérer mon texte comme « islamophile » (sic)…

À ce propos, je crois que je suis en train de développer une allergie sévère aux mots et pseudo-concepts qui se terminent en « phile » et « phobe » !… Manifestement, ça n’aide pas à penser.

Je ne suis pas convaincu, c’est peu dire, par la manière dont l’auteur de « Protestations… » distingue l’islam des autres religions : « En revanche, nous pensons que l’islam, historiquement et dès son orsigine, est éminemment politique par sa volonté de conquête à la pointe du sabre, de la cité ou de territoires nouveaux. » Il ne s’agit pas pour moi de récuser comme choquante toute comparaison entre les religions. L’opération intellectuelle de comparaison entre elles est parfaitement licite, et d’ailleurs couramment pratiquée par les sociologues et les historiens. Mais le catholicisme a donné assez de preuves, au cours de l’histoire, de ses visées politiques expansionnistes et colonialistes pour qu’il soit aventuré d’essentialiser le seul islam dans ce domaine.

Par ailleurs, je ne suis pas convaincu non plus par la pertinence de l’assimilation islamisme radical / fascisme, dont je crains qu’elle soit perçue d’abord comme une manière de situer l’islamisme sur l’échelle de Richter de la condamnation morale (le fascisme représentant le mal absolu), ce qui me semble sans intérêt.

Je rejoins l’auteur, comme on l’aura compris à la lecture de nos deux textes, sur l’importance de l’antithéisme et sur la nécessité de ne pas séparer les différentes formes de racisme, même et y compris sous prétexte que celle-ci serait plus souvent pratiquée par des jeunes issus du prolétariat immigré des anciennes colonies françaises.

L’un des « dégats collatéraux » du concept d’ « islamophobie » est de faciliter l’emploi du nouveau gadget conceptuel de quelques libertaires, partisans de l’ « union des minorités opprimées » comme sujet de l’histoire. Un concept toxique en alimente un autre.

Source : Ligne de force, site de Claude Guillon.

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A la suite le texte critiqué par Claude Guillon :

Libertaires et sans-concessions contre l’islamophobie !


Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme.

Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d’expression sont régulièrement invoqués pour le justifier. Le fait qu’en février, à peine passé à gauche, le Sénat ait voté une loi d’interdiction de certains emplois aux femmes voilées ne fait que confirmer nos craintes. Il en est de même quant aux comportements et discours néo-coloniaux et racistes du Parti de Gauche et des organisateurs du fameux débat sur « comment faire face au Front national » (sic) à la Fête de l’Humanité(1).

Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.

En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.

Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.

Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.

Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».

NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.

NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.

NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s’organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.

La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d’islamophobie(2), est qu’ils sont les porteurs d’un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l’islamophobie est la politique de l’Etat envers de nombreux fils d’immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L’islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d’intervention impérialiste de l’Occident dans le monde islamique, de l’assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités(3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l’orientalisme », l’Occident disqualifie l’Orient par le prisme de l’islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.

L’islamophobie n’est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l’inventer, mais une politique de la domination, de l’Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l’islamophobie n’est pas non plus l’apanage d’une communauté qui chercherait à se défendre. C’est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l’islamophobie n’existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l’histoire du racisme en Europe, que l’antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.

Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l’islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l’a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l’intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l’oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s’aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre(4). »

Assigner les colonisés, et aujourd’hui les fils d’immigrés, à une religion, relève d’une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n’ont peur que d’une chose : que les dominés s’emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c’est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.

Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.

Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.

L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !

Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.

Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l’on se trouve.

Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.

1. Article de Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l’incendiaire qui crie « au feu! »
http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/180912/caroline-fourest-lincendiaire-qui-crie-au-feu
2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/04/critique-du-concept-d-islamophobie_1728053_3232.html
3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.
4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

Premiers signataires :

Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L’Autrement), Docteur Louarn (CNT-BZH), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Samia (BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O’Malek (Journal L’Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d’histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor), Christophe Ceresero (NPA - CLA), Simo Shmaa, Michaël Courrouyan (Quidam bordelais), Mariam Seri-Sidibe (Travailleuse sociale - NPA), Adeline Dehel (Alternative Libertaire), Devi Neserelic, Guilhem Theron (Alternative Libertaire - Sud-Etudiant ), Chris, Edouard Gloanec, Thibaut Hoerner, Marc Boué (Alternative Libertaire), Serge Quadruppani (Ecrivain, traducteur), Olivier René Faye, Hugues Pineau (Alternative Libertaire), Mathias Caldato (CNT-BZH), Faiçal Marzaq (Communiste libertaire marocain), Michaël Jacques (FA), Ronny Guinguette (Alternative Libertaire), Soraya El Kahlaoui, François Brun (NPA), Fahima Laidoudi (Militante Anticapitaliste des Quartiers Populaires), Nino (CNT-Lille), Charles Lemoine, Samia Ammour (Féministe internationaliste), Timothée Chopin, Monsieur Saï, Duval Mc, Dany (Alternative Libertaire), Absone Samsa (Chômeur), Samuel Morville (Alternative Libertaire), Bilal/Robin Meerbergen (Educateur - Bruxelles), Jean-Marc Capellero (Alternative Libertaire), Donà Denis, Gwenola Ricordeau, Lola Gonzalez-Quijano, Mathieu Rougier (Comités Syndicalistes Révolutionnaires - Redskins Limoges), Pierre (Sud-Etudiant), Geosmin Petrichor, Valérie de Saint-Do, Charlette Ternaux, Bruno Bourgarel, Samuel Hayat (Enseignant-Chercheur en science politique), Zoé, Sébastien Marchal (Alternative Libertaire), Gisèle Felhendler (Militante internationaliste, antiraciste et anticolonialiste), Antoine Lacoste, Geko, Bastos, Aubry, Alexandru Stefan (Communiste libertaire et immigré roumain), Rotabé (Union antifasciste toulousaine), Hervé Fuyet, Céline-Mèméd (Rêves…olutionnaire), Sreyo (La Casa DIY, Antifa Grenoble), Jam Cavarec (Travailleur indépendant), Martine Masquerel, Jean-Guy Greilsamer (UJFP), Michèle Sibony, François de Reilhan (Altermondialiste), Zaidi Nasséra (Enseignante, citoyenne et fille d’immigrés), Dominique Bourdel, Thibaut Michoux (NPA), Sélim Nadi, Pierre Stambul (Communiste libertaire et militant antisioniste pour la Palestine), Amale Samie (Anarchiste - Casablanca), Stéphane Lavignotte (Militant écolo-libertaire, pasteur, membre de la coordination du Christianisme social), Noëlle Guilbon (Militante féministe), Reda Kellil, Daniel Lévyne (UJFP), Irène Steinert (UJFP), Dominique Ventre (UJFP), Georges Gumpel (Retraité, juif, UJFP), Suzanne D’Hermies (Enseignante, Collectif des Féministes Pour l’Egalité et Mamans toutes Egales), Christine Delphy, Jean-Jacques Rue (Cinémas Utopia / Siné Mensuel), Abdelaziz Chaambi (Président de la Coordination contre le Racisme et l’islamophobie), Rodrigo Avellaneda, Stéphanie Fernàndez Recatalà, Indicible, Munia Ewanjé Epée Boggio (NPA), Sébastien Prieur (Comédien), Tarik Bouriachi, Messaouda Benraad (Mille babords-Marseille), Freez (Stamina), Florian.T.Pier.R (Alternative Libertaire), Keyes (CNT-Lille), Alexandra Josse (Association d’éducation Populaire Gudule et Galipette), Samuel Burette (CNT), Clémence (Alternative libertaire), Philippe de Reilhan, Aurélien Botteaux (OCL Strasbourg), Caroline Kappes, Jacques Livchine (Metteur en songes), Claudine Duss (Libertaire anarchiste), Édith Rappoport (Malakoff), Félicien (Union Antifasciste Toulousaine), Ludovic Soudant (Alternative Libertaire), Leila Larabi (Habitante des quartiers populaires), Gérard Deneux, Odile Mangeot (Amis de l’émancipation sociale Nord Franche-Comté), Zézette Diaz Torres (79), Mireille Baylet (Grenoble), Ana Minski, Fred M (Tchoppendoz), Nathalie Bruneau (Enseignante-Saint-Nazaire), Nicolas Semaille (Militant antiraciste et contre l’impérialisme-Belgique), Soni (Rappeur-Attentat Suicide-Suisse), Mamen Zerrouki (Artiste auteur compositeur-Brunoy), Fabrice Hugues (Etudiant), Ntozake Strydom (Blend it), Frédéric et David (Collectif Feu de prairie), ScomStéfanie (Infographiste), Dalila Hamdaoui (Anarcho-tiers mondiste), Manu Riondé (Journaliste), StickySnake (L’Alerte Rouge-CNT STAF 29), Florence M (CNT), Léna Legendre, Danièle Ferdinande (Lompret - 59), Fath Allah Meziane (Travailleur social), Kiddam (Rappeur), Ivar Petterson (Genève), Philippe Donati (Paysan du 01), Alain Ancel, Ghania Hammadou, Félix Ibrahim Schweiter-Diallo (Musicien - Zurich), Anto, Bronson, G.L (Bruxelles-Alternative Libertaire), Tom Montel (Sud étudiant), Nathalie Mathieu, Léa Mendelbaum (Etudiante - Bruxelles), Hélène Vincentini (Collectif Générations Spontanées contre le racisme et l’islamophobie - Toulouse), Mouhad Reghif…

Pour figurer parmi les signataires, envoyez un mail à cette adresse: [email protected]

août 252015
 

 

Communiqué de presse du 20 août 2015 de l’association « Collectif pour un site préservé entre Loire et forêt » à propos de l’expulsion de la ferme des Bouillons (Seine-Maritime).

Nos amis de la ferme des Bouillons expulsés ce mercredi matin : l’État et la famille Mulliez main dans la main.

A Mont-Saint-Aignan, un collectif se bat depuis près de trois ans pour que la ferme des Bouillons, rachetée par la société Immochan, ne soit pas transformée en centre commercial…. Immochan étant la société en charge de l’achat du foncier pour le groupe Auchan (famille Mulliez). Ce collectif occupait le site, l’entretenait, et le faisait vivre…

Grâce à une forte mobilisation, ce collectif avait obtenu plusieurs avancées, contrant ainsi tout projet de création de centre commercial. En particulier, avec la Mairie de Mont Saint Aignan, qui devant l’ampleur de la mobilisation, avait alors changé son Plan Local d’Urbanisme (PLU), et avait repassé la zone tout autour de la ferme des Bouillons en zone naturelle protégée. Rendant ainsi toute construction impossible. L’association pour la Protection de la ferme des Bouillons avait aussi développé plusieurs activités sur ce site, avec la mise en place de maraîchage, de vente de produits à la ferme, une recyclerie, et la réalisation de nombreuses activités culturelles qui ont eu un fort impact tout autour de Rouen. Ainsi, de nombreux concerts, spectacles, projections ont été organisés sur le site. Avec, en point d’orgue, une fête annuelle, la fête « de la tambouille »… la dernière ayant accueilli 3 000 personnes au cours du week-end de cette manifestation.

En parallèle, l’association proposait une souscription pour le rachat de parts de la ferme… dans le cas où Immochan serait prêt à vendre.
Tout était donc sur une bonne voie…

Sauf que l’information est tombée courant juillet (est-ce pour profiter de la trêve estivale ?). Immochan a signé un compromis de vente avec une SCI (Société Civile Immobilière)… en vue de la création d’une activité de permaculture sur le site de la ferme des Bouillons.

Il s’agit d’un « copier-coller » de ce que l’association pour la Protection de la ferme voulait mettre en place. Plusieurs aspects sont largement critiquables dans la manière de procéder de ces entrepreneurs normands.

  • Les 2 entrepreneurs de la dite SCI sont venus à l’une des manifestations organisée par les « Bouillons » pour y prendre les idées que souhaitait mettre en place le collectif… d’où par exemple la permaculture (alors que l’on voit bien que ces deux personnes n’ont aucune expérience et sensibilité de ce type de culture).
  • Parce que l’un de ces deux jeunes entrepreneurs a déjà collaboré avec un des membres de la famille Mulliez il y a quelques années… Il ne s’agit donc pas d’inconnus pour le groupe Auchan…
  • Parce que ce projet s’est fait sans aucune concertation avec les membres du collectif de la ferme des Bouillons….

L’association, relayée par la confédération paysanne et Terre de Liens, a porté le dossier devant la SAFER, pour qu’elle préempte et qu’elle puisse étudier les dossiers des porteurs de projet, dont celui des Bouillons. Plusieurs manifestations festives ont été réalisées sur Rouen, pour obtenir un rendez-vous avec la SAFER et que les collectivités prennent position.

Mais une première nouvelle est tombée mardi : la SAFER ne préempte pas. Ce qui signifie que le compromis de vente entre Immochan et cette SCI est valable…

Et la seconde nouvelle : les membres de l’association ont été expulsés de la ferme ce mercredi matin, à 6 heures, ne permettant pas à chacun de récupérer tout le matériel mis en place depuis 3 ans (dont l’outillage agricole, les serres).

Une décision de justice rendant l’expulsion possible avait été prise il y a plusieurs mois, mais elle n’avait pas été appliquée, du fait notamment que l’association rencontrait un accueil favorable d’une grande partie des habitants de Mont Saint-Aignan, et plus largement de Rouen.

Mais il faut croire que les intérêts de cette SCI, proche de la famille Mulliez, ont été plus forts que l’élan démocratique que l’association pour la Protection de la ferme des Bouillons avait créé. Or l’action de l’association pour la protection de la ferme des Bouillons est un symbole de résistance et un lieu d’expérimentation d’alternatives dont la portée va bien au-delà de Rouen.

L’association SPLF45, « pour un Site Préservé entre Loire et Forêt », engagée contre le projet de « Village Oxylane » du groupe Décathlon (famille Mulliez) sur la commune de Saint-Jean de Braye est en complet soutien avec ses amis du collectif de la ferme des Bouillons. Et selon leur slogan, nous aussi, « on reste ferme » dans notre lutte… et qui sait si dans les mois à venir le groupe Décathlon ne va pas nous sortir de son chapeau la réalisation d’une ferme pédagogique pour ainsi obtenir la possibilité de créer, à côté, son grand centre commercial sur des terres agricoles.

http://splf45.blogspot.fr/

 

Source : La Rotative.

 

août 252015
 

La ville d’Heidenau dans l’est de l’Allemagne (en Saxe, près de Dresde) est le théâtre d’attaques néonazies contre les réfugiés depuis ce vendredi 21 août 2015. Alors que plusieurs centaines de personnes arrivent dans l’espoir de trouver refuge dans cette bourgade de 11000 habitants, le parti néonazi NPD a appelé à une manifestation vendredi dernier.

La page facebook « Non à Pegida en France » garde un oeil bien ouvert sur ce qu’il se passe outre-Rhin en matière d’islamophobie et de xénophobie. Nous reproduisons ici quelques uns des billets de son fil d’actualités.

 


 

Vendredi 21 août

Via le Monde : en Allemagne, des heurts éclatent à l’ouverture d’un centre pour réfugiés

« Des heurts ont éclaté, vendredi 21 août au soir, lors d’une manifestation d’extrême droite contre l’ouverture d’un foyer pour réfugiés à Heidenau, dans l’est de l’Allemagne. Un millier de personnes, selon le décompte de la police, entendaient protester, à l’appel de la formation d’extrême droite NPD, vendredi soir, contre l’arrivée prévue de centaines de réfugiés dans cette ville, non loin de Dresde, berceau du mouvement anti-islam Pegida. »

 


 

Samedi 22 août

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Via Linksunten Indymedia : Allemagne/Alerte Antifasciste
« Encore une fois ce samedi 22/8/2015 le saccage par plus de 250 nazis à Heidenau près de Dresde a eu lieu. Ils ont attaqué le centre de réfugiés et un rassemblement antifasciste avec des pétards, des pierres et des bouteilles. L’attaque a été organisée et délibérée. Ce fut déjà la deuxième nuit d’émeutes d’une foule raciste. Pourtant, les nazis ont pu se rassembler pendant des heures sous les yeux de la police et préparer leur attaque.

Il est à prévoir que nous serons demain à nouveau confronté à une situation similaire. Cependant, nous ne sommes pas prêts à accepter cela. Nous appelons tous à être avec nous et à s’opposer à la populace Nazi et à l’expulser de Heidenau. Organisez-vous dans les groupes de référence et venez nombreux au point de réunions à Dresde. Nous sommes, à la différence de la police saxonne, déterminés ne pas laisser demain un similaire avant l’hébergement des demandeurs d’asile.

Préparez-vous et venez 23/08/2015 par 17 heures au parc Königsbrücker (ci-dessous l’AZ Conni-Rudolf Leonhard-Straße). Apportez tout et tous ceux que vous pouvez avec votre voiture. Une arrivée en train est également possible. Faites attention à votre propre sécurité.

Pas de repit aux fascistes! c’est plus que jamais urgent. »
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Via SZ-onlide.de : krawalle am samstagabend
« Allemagne. Encore une fois, les manifestations violentes et xénophobes à Heidenau se sont multipliées. Environ 150 extrémistes de droite ont violemment protesté contre l’arrivée de réfugiés – deux policiers ont été blessés dans les émeutes.
Les policiers ont prévu une zone contrôlée autour du centre de réfugiés.

Deuxième nuit de violence en Saxe à Heidenau

Dans les premières heures de dimanche les manifestants xénophobes en Saxe à Heidenau ont manifestés violemment pour la deuxième fois d’affilée contre les réfugiés. Un groupe d’environ 150 extrémistes de droite ont jeté des pétards, pierres et des bouteilles sur les policiers.
La police envisage maintenant de construire une zone de sécurité autour du foyer de réfugié. Le ministre de l’Intérieur Markus Ulbig (CDU) de Saxe l’a annoncé. « Les préparatifs sont en cours pour l’établissement d’une zone de contrôle à Heidenau pour identifier les auteurs potentiels de violence à un stade précoce, » at-il dit. Dans la région et sans cause la police peut vérifier les coordonnées ainsi qu’exprimer des renvois et des interdictions de séjour.

Deux policiers blessés

Dans les émeutes, deux policiers ont été blessés, a dit, dans la matinée, un porte-parole de la police de Dresde. De plus amples détails sur les émeutes, les indicateurs possibles et le nombre d’arrestations ne pouvaient pas être donnés. Ils ont seulement dit: « Actuellement, c’ est calme à Heidenau. »

Les forces de l’ordre avaient des boucliers de protection contre les hooligans ivres et la plupart avaient dégagé la route. Les policiers ont réussi à repousser les assaillants, mais après des scènes de chasse entre les fonctionnaires et les extrêmistes de droite.

Slogan « Sieg Heil » et » étrangers dehors »
Le chef saxon des Verts Jürgen Kasek a écrit sur Twitter « sans précédent [n] l’explication de l’évanouissement de l’Etat » et un triomphe de la populace raciste.

Selon le journal saxon, les extrémistes de droite ont scandé à plusieurs reprises «Sieg Heil» avec aussi des chants « Étrangers dehors » contre les réfugiés. Les manifestants se sont organisés sur Facebook, la manif n’était pas officiellement enregistrée ni autorisée. Sur le rapports MDR, il a eu de nouveau des blessés, le nombre exact est difficile à connaitre. Un porte-parole de la police a annoncé d’autres détails sur l’opération de police pour l’organisation de ce dimanche.

250 réfugiés se sont installés dans un abri
Le vendredi les réfugiés s’étaient réfugies d’urgence dans un ancien magasin de matériel à Heidenau. Samedi se sont réunis des habitants, pour accueillir les demandeurs d’asile et les protéger contre les nazis. Dans l’après-midi, certains des réfugiés sont venus pour remercier leurs partisans. En soirée, quatre autres bus avec environ 120 réfugiés ont été placés à l’ abri, y compris les familles avec enfants. Un total de 250 personnes qui y sont logés maintenant.

La mairie d’Heidenau en appelle aux citoyens

Sur Facebook, le maire d’Heidenaus Jürgen Opitz (CDU) appelle »tous les citoyens à la prudence et à la sagesse » et il a demandé » Un signe fort de solidarité » avec les réfugiés. « L’Incitation à la haine et les propos racistes » entache et « endommage sérieusement la réputation de notre ville qui est une communauté en faveur de la famille ».

Quelques images ici :
http://www.sz-online.de/…/krawalle-am-samstagabend-g15738.h… »

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Dimanche 23 août

 

« Point info sur les événements de ce soir à Heidenau.
Résumé :
Pour la troisième journée consécutive, il y a des manifestations à Heidenau. Après deux nuits qui ont été caractérisées par la violence nazie, les policiers ont mis en place une zone de sécurité autour de l’hébergement des demandeurs d’asile sur un rayon d’environ un kilomètre. Environ 250 policiers sont sur place avec 2 canons à eau.

A 22H30 la police s’en prend à la contre-manifestation en face de la maison pour les demandeurs d’asile. Après 2 jours d’émeutes nazies, la police attaque les Antifas venus soutenir les demandeurs d’asile. Les témoins rapportent que les fonctionnaires procèdent avec une dureté maximale contre des passants innocents et les Antifascistes. Un officier de police a attaqué une équipe de tournage avec sa matraque. Les manifestants ont été repoussés avec des gaz lacrymogènes et des violences physiques vers la gare. Les observateurs parlent de plusieurs blessés, des personnes sont au sol.

Les nazis continuent tranquillement leurs provocations contre les demandeurs d’asile, le foyer et dans la ville.

La police allemande semble avoir un sérieux problème avec les Antifascistes mais rien contre les nazis. Sans surprise malheureusement. »

 

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« Après réflexion, nous partageons la vidéo de RT concernant la répression engagée contre les Antifascistes Allemand cette nuit à Heidenau.

A l’heure actuelle, ce sont les seules images flagrantes de l’acharnement des forces de police contre les Antifas venus soutenir et protéger le foyer des réfugiés menacé depuis plus de 3 jours par les nazis.

Suite à cette attaque policière, 2 personnes sont encore hospitalisées. Pendant les précédentes émeutes à l’initiative des nazis, pas d’arrestation, ni blessés signalés du côté nazi, ce qui n’est pas le cas lors de cette manif. Police complice!!

Via Metalfans Gegen Nazis/All Fascists Are Bastards »

Source : La horde.

 

Aurillac : Du rififi au festival.

 Posted by on 25 août 2015 at 23 h 19 min  Actualité nationale, Anarchisme  Commentaires fermés
août 252015
 
Debord

Indy Nantes, lundi 24 août 2015

Au festival d’ Aurillac, on retrouve une grande partie de la « contestation » gauchiste et alternative de France, qui prétend subvertir le capitalisme par l’art de rue. Manifestement, certainEs personnes ont souhaité porter un discours et des pratiques plus radicales. Toute une série de cibles ont été attaquées au cours de ces quatre jours, et chaque matin, les festivaliers et festivalières qui n’ont pas l’esprit englué par la pacification avaient le sourire aux lèvres en passant à côté des tags et destructions en tout genre qui avaient eu lieu pendant la nuit.

Contre les banques et leurs collabos, un Crédit Agricole a vu la totalité de ses vitrines voler en éclats à coups de masse, et un gros étron a été dessiné sur le mur. Un autre Crédit Agricole a vu ses DAB recouverts de peinture, et chaque jour de nouveaux tags apparaissaient, « Niktout », un énorme « Dévalisez-moi » et autres inscriptions anarchistes. Une dizaine de DAB du centre-ville ont également été repeints la veille du feastival, ce qui a compliqué l’orgie consommatrice qui se préparait à partir du lendemain. Au moins un autre DAB a été éclaté par un projectile. Un LCL a été maculé d’inscriptions hostiles à la police, « Nik la police », « Sortez vos fourches », « Je vous emmerde ».

Contre la pub, une soixantaine de vitres de sucettes JCDecaux et d’arrêts de bus ont été brisées, ainsi que des tags insultant les vendeurs publics, « stop pub », « niktout ». Sur une grande affiche en 4×3, on pouvait lire en grandes lettres « Mange ton patron (A) ».

Contre le travail et l’exploitation capitaliste, des agences d’intérim ont été taguées, et une agence Adecco a perdu toutes ses vitrines et on pouvait lire sur sa porte « Mort au travail ».

Contre la politique et ses sbires, le local EELV d’Aurillac était repeint d’une inscription les décrivant mieux, « Europe Écologie les Jaunes ».

Contre la domination scolaire et ses édifices, on pouvait lire sur un lycée « Le lycée en feu, les profs au milieu », et une école primaire a été marquée, à l’adresse des festivaliers et des artistes gauchistes, « Contestation du Spectacle, ou spectacle de la contestation ? ».

Contre le spécisme et l’exploitation animale, plusieurs boucherie/marchands de cadavres ont été visés par des tags « Go Vegan », ainsi qu’un cabinet vétérinaire qui a également reçu un « Collabo » bien envoyé.

Contre les gentrifieurs, plusieurs agences immobilières ont perdu leurs vitres, et des tags inscrits sur leurs murs. À Aurillac, un constructeur de maisons avait profité du festival pour recouvrir toutes les navettes de publicité « MAISONS PARTOUT ». Les publicités ont vite été détournées, et le local de l’entreprise a été corrigé par plusieurs tags explicites « Squats partout », « Squatte ta ville ».

Contre la consommation, « Bouffe de la merde » sur le Macdo, plusieurs supermarchés ont aussi été ciblés, et on pouvait lire sur le Leader Price « Bâtards de vigiles. Vigiles collabos, sacs à merde. C’est mon coca. Patrons voleurs ».

Contre les assurances, plusieurs agences d’assurance ont été tagguées « Crame ton assurance », « Nique tout », etc.

Contre les flics et la justice, les insoumisES ont été prolifiques. Sur le MacDo, en grandes lettres « Tous les flics sont des bâtards (A) », des dizaines de tags recouvraient la ville, « Nik la BAC », « Crève les keufs », « Mort aux flics », « Nique la BAC à merde », « De Gaillacs à Aurillac, crève la BAC », « Feu aux prisons », « Antiflics/Antifrance », « Antikeufs, antifa, antifrance et surtout en titane », « Émeute-toi », « Émeutes, pillage, sabotage ». Devant les check-points de vigiles tout autour du centre-ville, « 1 vigile = 1 balle », et autres joyeusetés du même genre.

Encore, en vrac, « Qui a coupé nos nerfs ? », « Avec rage et joie », « ZAD partout » etc.

En espérant que cela donne des idées à celles et ceux qui veulent poser dans la rue des choses politiques et radicales, dans la même veine que quelques open mics clandestins qui ont pu être aperçus au détour des rues de la ville.

Source : Brèves du désordre.

août 252015
 

« Le feu de Prométhée, dérobé par la ruse, est bien un feu « technique », une procédure intellectuelle, qui démarque les hommes des bêtes et consacre leur caractère de créatures civilisées », assurait un célèbre spécialiste de l’antiquité grecque. Mais si on passe de la mythologie à l’histoire, quel exemple pourrait-on donner de cette technique ardente qui exalte la civilisation au détriment de l’animalité ? Voyons voir… Hiroshima ou Fukushima ?

Que la promesse de vie de la science se soit depuis longtemps déjà révélée une menace de mort, presque tout le monde s’en est rendu compte. Cela n’empêche pas que cette divinité continue d’être idolâtrée par beaucoup, insouciants du nombre de victimes sacrifiées sur son autel. Religion laïque moderne, elle impose ses dogmes en prétendant établir ce qu’est la réalité et quelles sont ses lois, à travers « l’ensemble des connaissances qui ont été configurées dans leur structure hiérarchique, leurs aspects institutionnels et organisatifs ». D’où le lien étroit entre blouses blanches, toges, uniformes et costards.

S’il existe des citadelles de la justice, de la police et de l’armée, il va de soi qu’existent aussi des citadelles de la science. Et il ne s’agit pas de quartiers généraux où travaillent les défenseurs du pouvoir, mais plutôt de zones commerciales à mi-chemin entre le musée commémoratif et la baraque de foire, construites pour attirer et plumer les gogos. Eh bien, ces lieux ont démontré qu’ils ne sont pas seulement sensibles au feu de Prométhée.

Le 20 août dernier a éclaté un incendie à la Cité des Sciences de Paris — la plus grande d’Europe — dont les flammes auraient été libérées du chantier d’un centre commercial (y compris une salle de cinéma) qui devait surgir en son sein, projet dans lequel avaient été investis 110 millions d’euros. La rencontre entre la science, le spectacle et la marchandise a fait des étincelles : 10 000 m2 sont partis en fumée, malgré le fait que les 120 pompiers intervenus sur place aient été aidés par la pluie. Les enquêteurs font l’hypothèse qu’il ait été produit par un court-circuit dans l’unique zone où les systèmes anti-incendie n’étaient pas en fonction.
Cet épisode nous remet en mémoire le soir du 4 mars 2013, lorsqu’un violent incendie détruisit quatre des six bâtiments qui composaient la Cité des Sciences de Naples. A l’époque, au cours d’une nuit limpide et sans nuages, il avait fallu treize heures aux pompiers pour dompter les flammes. Qui en a été le responsable est resté un mystère. S’agissant d’un incendie sans doute volontaire, les enquêteurs ont fini par mettre en examen un gardien, qui pourra difficilement rembourser les 50 millions de dégâts.

Du reste, à qui viendrait-il à l’esprit de raser au sol de tels endroits ? A un fou, ou à un criminel, ou peut-être à un passionné d’alchimie désireux de « crever le tambour de la raison raisonnante et en contempler le trou ». A personne d’autre, c’est clair.

[Traduit de l’italien de Finimondo, 22/8/15]

Source : Brèves du désordre.

août 252015
 

La vidéo n’a pas plu aux gendarmes. A la fin de l’année dernière, nous publiions une Zapnet titrée :

« Plateau de Millevaches : des manifestants enferment des gendarmes dans leur caserne. »

Sur la vidéo, d’un peu moins de cinq minutes, une voix off appelle à « bloquer » les gendarmeries, commissariats et casernes. Il est fait référence à la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade sur le chantier du barrage de Sivens.

On y voit aussi des images d’une manifestation réunissant, selon Le Populaire du Centre, « près de 80 personnes », devant la gendarmerie d’Eymoutiers (Haute-Vienne). C’était le 8 novembre dernier.

Les délices de Tarnac

Lors de ce rassemblement, les portillons qui entourent les locaux de la brigade sont cadenassés une nouvelle fois (ils l’avaient déjà été au cours de la nuit précédente comme plusieurs autres brigades de la région). Un pique-nique commence, non loin de deux banderoles : « Désarmons la police » et « A la niche les cognes ».

Voilà. C’est le genre d’agit-prop coutumière de ce Limousin, où se trouve Tarnac, célèbre après un feuilleton de justice devenu comique. Mais les gendarmes n’ont pas aimé. Une enquête a été ouverte. Et le parquet confirme qu’une personne est convoquée le 3 septembre prochain pour « entrave au mouvement de personnel et matériel militaire » et manifestation non autorisée.

Les enquêteurs se sont acharnés à retrouver celui qui a posé le cadenas. Leur travail n’est pas sans rappeler les délices de l’affaire Tarnac, où le dossier était orienté vers une description toute policière des activités des habitants de la ferme du Goutailloux. Dans « l’affaire du cadenas », les forces de l’ordre ont aussi pris la chose très au sérieux, parlant d’abord de « terrorisme » dans l’enquête de « flagrance ». Mais l’enquête préliminaire a calmé le jeu.

Coupat, « leader charismatique »

Celle-ci s’ouvre par un compte-rendu inquiétant. On y apprend que, depuis la mort de Rémi Fraisse, la « mouvance anarcho-libertaire d’extrême gauche » (ouf) est de « plus en plus active dans sa lutte insurrectionnelle ».

Pour être certain que le contexte soit bien compris, l’officier de police judiciaire se fait historien « de la mouvance anarchiste du Limousin ». C’est d’abord, entre les années 90 et 2000, l’implantation « de yourtes » qui vont « engendrer une profonde discorde avec les élus et la population ».

Puis la médiatisation « des inculpés de Tarnac, » dont il oublie de dire qu’elle fut orchestrée par le ministère de l’Intérieur, fait affluer les « membres se revendiquant des milieux anarcho-autonomes » autour de Julien Coupat, encore décrit comme « un leader charismatique et idéologue ».

C’est dans ce contexte que cinq brigades de gendarmerie sont bloquées avant la manifestation d’Eymoutiers.

L’unité « neutralisée »

En arrivant le matin du 8 novembre, le gendarme Loiseau ne peut pas prendre son poste. Des constatations sont faites. Mais, rebelote, vers midi, la manifestation pointe son nez et un « individu » repose une chaîne sur l’entrée de la gendarmerie.

Voilà qui fait craindre une « neutralisation de l’unité en vu de commettre un méfait à Eymoutiers ». Surtout, la présence d’un homme « avec un chien husky » déjà aperçu par les gendarmes fait soupçonner « une reconnaissance ». Le matin et l’après-midi, ils récupèrent tout ce qu’ils peuvent, dont des mégots de cigarette (on ne sait jamais) et « un tract appelant à l’insurrection ».

Il pleut, mais une éclaircie permet de prendre une photo de la scène. C’est du niveau des « Experts » : petits numéros devant l’amas de colle à papier peint, l’affiche revendicatrice et la chaîne antivol. De tout cela, les enquêteurs ne tireront pas grand-chose.

Des photos prises depuis les fenêtres

Heureusement pour eux, la manifestation offre plus d’indices… Depuis les fenêtres, les gendarmes prennent des photos. Horreur, l’un des manifestants tient une chaîne et un cadenas dans les mains. Il sort du groupe et cadenasse le portillon avant d’enlever sa capuche. On le reconnaît. Où on croit le reconnaître. C’est lui qui sera convoqué devant la justice.

Deux jours plus tard, les enquêteurs tombent sur Rue89. La vidéo est décortiquée. On y voit la pose du cadenas de la nuit, mais les mains sont gantées. Un peu plus loin, un bonnet permet d’identifier une autre personne impliquée dans le blocage de la journée. Mais les enquêteurs ne sont pas sûrs de leur coup.

Cette personne va appeler la police quelques mois plus tard pour s’enquérir de sa convocation. Non, elle ne peut pas venir. Elle ne donnera pas plus de renseignements. Elle se trouve à Rouen. Elle passera un jour, peut-être à Pâques, si elle a le temps.

« Alchimie33 »

Décidément, les enquêteurs n’ont pas de chance. Les analyses des scellés ne donnent rien. Tout comme une enquête dans les commerces du coin pour repérer qui a acheté les cadenas et chaînes. Les coquins ont payé en espèces, sans carte de fidélité… Et les traces relevées (empreintes, etc.) ne trouvent pas de correspondance dans le Fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg).

A ce stade, rien n’est perdu. Plusieurs gendarmeries ont été cadenassées. En comparant les données téléphoniques, il est possible de cerner le ou les personnes qui se sont trouvées sur tous les lieux concernés. C’est très scientifique : il suffit de faire un tableau avec une colonne par antenne-relais et de regarder qui coche toutes les cases. Mais là encore, les enquêteurs galèrent : les individus habitent dans le coin. C’est un fouillis inutilisable.

Quand ça veut pas… Les forces de l’offre essaient de tirer quelque chose de l’adresse IP ayant servi à mettre en ligne la vidéo sur Dailymotion par un certain « Alchimie33 ». Elles trouvent une adresse e-mail, elle aussi très « heroic fantasy », et demandent à Free d’identifier la personne concernée. Mais tout cela s’enlise : les données sont manquantes. On ne peut identifier l’utilisateur…

Cinq ans de prison, 75 000 euros d’amende

Bon OK, dernière tentative. La comparaison de la voix off. Les gendarmes pensent qu’elle appartient à Serge Quadruppani, dont les enquêteurs ont appris sur Wikipédia qu’il « se sert du roman noir pour aborder de grandes questions de société ». Mais la comparaison des voix ne permet pas d’établir une concordance avec une interview donnée par l’écrivain sur une radio locale.

Il reste à se fonder sur les photos prises pendant la manif. Gregory S., 35 ans, doit comparaître à Guéret le 3 septembre. « L’entrave au mouvement militaire […] en vue de nuire à la défense nationale » est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Ça fait cher pour un cadenas.

Source : Rue 89.

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Correspondance « anarcho-autonome » – Serge Q. écrit au major Didier D.

Qui a dit que les uniformes ne s’y entendaient pas en matière de littérature ? Que les képis n’entravaient rien aux belles lettres ? Certainement pas Serge Quadruppani. Lui n’a pas manqué de noter combien la prose gendarmesque faisait preuve d’évidentes qualités littéraires - imagination fertile, sens de l’hyperbole et audace du scénario. Il s’en explique ici.

Et une nouvelle casquette pour l’ami Serge ! Il était déjà - entre autres - romancier et traducteur, le voilà désormais idéologue du plateau de Millevaches, en compagnie de Julien Coupat. Une belle promotion, due à l’imagination débridée des pandores de Haute-Vienne.

Ces derniers s’en disent persuadés : Serge Quadruppani, qui habite le département depuis 2011 et qui s’est logiquement investi dans la vie locale, est « l’un des fondateurs » et animateurs de l’Assemblée populaire du plateau de Millevaches, structure informelle créée en 2010, ouverte à tous et qui se réunit quand ses membres éprouvent le besoin de se rencontrer et de discuter. Laquelle assemblée, soulignent les uniformes, a revendiqué1 le cadenassage du portail de la gendarmerie d’Eymoutiers, le 8 novembre 2014, lors d’une manifestation pacifique en mémoire de Rémi Fraisse. Une action plutôt bon enfant. Un cadenas, une chaîne : et hop, voilà les gendarmes symboliquement enfermés en leurs murs pour quelques heures. Sauf qu’ils n’ont pas vraiment goûté la plaisanterie.

Ils ne l’ont même tellement pas goûté que Grégory, jeune homme accusé d’avoir posé chaîne et cadenas, comparaîtra le 3 septembre devant le tribunal de grande instance de Guéret pour « entrave au mouvement de personnel ou de matériel militaire » (pis, à l’origine, l’enquête de flagrance avait été ouverte pour « terrorisme » par « dégradation de bien » et « participation à un mouvement insurrectionnel »…). Contre lui, et contre l’esprit résistant du plateau en général, ceux qui ont mené l’instruction gendarmesque ont déployé une véritable débauche de moyens (jusqu’à visiter une trentaine de commerces de la région pour retrouver les récents acheteurs de chaînes et de cadenas). Et ils ont élaboré une très fantasque littérature, listant les supposés « sympathisants de la communauté anarchiste », reprenant tous les poncifs du genre (à commencer par la désormais célèbre « mouvance anarcho-autonome ») avant de présenter l’Assemblée du plateau comme une « structure clandestine dont la finalité portait sur des opérations de déstabilisation de l’État par des actions violentes ». Mazette !

Une vaste rigolade2, qui se donne à lire dans le rapport de synthèse d’instruction, à télécharger ci-dessous (en quatre parties) :

À ce grand délire gendarmesque, l’ami Serge, ci-devant désigné par les uniformes comme « théoricien » du plateau, a choisi de répondre sur le même ton. Celui de la littérature. Il a donc pris sa meilleure plume pour écrire au major Didier Dupre, qui a signé ce très fantaisiste procès-verbal de synthèse :

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Fiche de lecture à destination du Major Didier Dupre, officier de police judiciaire en résidence à la SR de Limoges, région de Gendarmerie du Limousin, Section de recherches

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Cher Monsieur,

J’ai eu entre les mains votre synopsis de roman policier intitulé Procès-Verbal de Synthèse et, comme vieux professionnel (une trentaine de polars, tout de même), je me permets de vous adresser ces quelques observations qui pourraient vous être utiles dans cette carrière de romancier que, visiblement, vous souhaitez entamer. J’ai bien saisi l’intention derrière votre écrit : il s’agit, en vous glissant dans la peau d’un narrateur qui exercerait le même métier que vous mais qui aurait plus de préjugés idéologiques que vous, de vous placer dans la grande tradition du roman noir véhiculant une critique sociale qui, de Jean Amila à Jean-Patrick Manchette, n’a cessé de dénoncer les dérives autoritaires et liberticides de la société moderne. Et je dois dire que sur ce sujet là, vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère !

Mais c’est justement là où le bât blesse : votre projet souffre d’un manque total de crédibilité. Comment, en effet, imaginer qu’aujourd’hui, un officier de gendarmerie, c’est-à-dire quelqu’un qui a fait tout de même quelques études au-delà du brevet des écoles, puisse qualifier de « lutte insurrectionnelle », je vous cite, « l’organisation de réunions, rassemblements, distributions de tracts, collages d’affiches », c’est-à-dire très exactement l’exercice de libertés garanties par la constitution ? À cette liste, vous ajoutez le « déplacement sur des lieux » que vous qualifiez de « stratégiques ». Ainsi, dans votre roman, la liberté de se déplacer pourrait donc être remise en cause : une telle dérive totalitaire aurait besoin d’être mieux expliquée, et vous ne fournissez aucune piste à ce sujet. De même, quand vous décrivez l’action symbolique consistant à poser des cadenas sur le portail de quelques gendarmeries comme s’il s’agissait d’une activité insurrectionnelle de grande ampleur. Ou quand vous insistez sur le fait que telle manifestation était « non déclarée ». On ne peut croire qu’un de ces gouvernements français, si indulgent depuis des décennies envers les bandes de casseurs de la FNSEA qui provoquent des dégâts autrement plus importants que la pose d’un cadenas forcé en cinq minutes, qu’un gouvernement français, dis-je, puisse s’entêter sur l’idée de « manifestation non déclarée ». Là où cela devient franchement comique, mais je crains que le comique soit involontaire, c’est quand vous vous lancez dans un historique de la « mouvance anarcho-libertaire d’extrême-gauche » (késaco ?) en la faisant démarrer avec l’édification de yourtes !

J’ai bien ri aussi en voyant que, sans doute pour adresser un clin d’œil à un ancien sur la voie littéraire, vous me faites entrer dans votre récit en m’attribuant rien moins que le mérite de « prôner une théorie » au même titre que Julien Coupat, qui est déjà l’un des personnages d’un (très mauvais) roman collectif rédigé par le parquet et la police antiterroriste. Non content de cela vous faites du personnage censé me représenter, l’un des « fondateurs » de l’Assemblée populaire du plateau de Millevaches, que vous transformez au passage en « mouvement » anarchiste. Vous savez très bien, et il sera difficile de faire croire autre chose, que l’Assemblée est un regroupement public au sein duquel voisinent des sensibilités diverses. Cette assemblée a une existence totalement publique et y participe qui veut (comme vos informateurs ont dû vous l’expliquer) ; elle a notamment publié, à la veille des municipales un document repris dans la presse régionale, « Propositions pour une plate-forme commune de la montagne limousine » : si vous voulez que votre fiction soit un peu crédible, vous ne pouvez pas transformer cela en un pamphlet incendiaire. Quant au rôle que vous faites jouer à mon avatar, nul n’ignore que cette assemblée existait dès 2009, au moment du mouvement de la réforme des retraites et quand je n’étais pas encore installé dans la région, et que l’immense majorité des participants sont bien capables de s’élaborer tous seuls leurs propres « théories » sans avoir besoin de la mienne !

Pour résumer : votre effort est méritoire et vous ne manquez pas d’imagination, mais le défaut total de vraisemblance m’interdit de vous encourager dans votre projet. Peut-être êtes-vous victime de votre trop grande proximité professionnelle avec le sujet. Pourquoi ne pas inventer un personnage d’enquêteur dans le Limousin du haut moyen-âge ? Je suis sûr que votre récit emporterait davantage la conviction.
Pour ne pas terminer sur une note négative, je trouve par contre très réussie votre imitation du style gendarmesque. En particulier, la manie administrative de faire précéder le prénom du nom de famille en majuscule, qui réussit si bien à rendre sur le papier n’importe quel individu suspect (« QUADRUPPANI Serge »), cette façon de faire a quelque chose de glaçant quand il s’agit de parler d’un jeune homme tué par un de vos collègues. Fraisse Rémy aura décidément tout subi.

En espérant que vous ne prendrez pas en mauvaise part ces quelques observations mais que vous saurez en tirer profit, je vous souhaite bonne chance dans la carrière des lettres.

Serge Quadruppani
Romancier, traducteur, directeur de collection
Prix des Quais du Polars 2011
Prix Interlycées professionnels de Nantes 2004
Prix du Roman du Var 2003


1 En un texte qui débute ainsi : « Nous, assemblée populaire du plateau de Millevaches, appelons tous et chacun dans les jours qui viennent, à se rendre en masse devant les commissariats, gendarmeries et casernes, afin d’y bloquer par tous les moyens nécessaires, piquets, soudures, cadenas, murets, etc., la sortie des uniformes globalement inutiles, malfaisants et régulièrement assassins qui les peuplent. »

2 Pour plus de précisions, se reporter à ces articles du Monde, de Rue89 et de Médiapart (réservé aux abonnés).

Source : Article 11.

août 232015
 
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Cela faisait déjà plusieurs années que les prostituées de Belleville (d’origine chinoise pour beaucoup) subissaient le harcèlement dégueulasse et incessant des flics du quartier que connaissent tous les immigrés et les pauvres qui y vivent. Comme si le mépris social et les risques permanents qu’impliquent leurs moyens de subsistance ne suffisaient pas, dans leur entreprise méticuleuse visant à aseptiser le boulevard pour le rendre présentable aux riches venus s’en délecter et le rendre insupportable aux pauvres qui y vivent ou y travaillent encore, les flics sont donc passés à un cran supérieur de répression.

 

Depuis le mois de mai dernier, ils n’ont eu de cesse d’effectuer des contrôles d’identité auprès de celles qu’ils identifiaient comme des prostituées, allant jusqu’à les suivre chez elles pour confisquer ou déchirer leurs papiers. Ils les ont prises en photo avec leurs portables, leur ont interdit de marcher dans le quartier par la menace et l’intimidation et au moins sept d’entre elles ont fini en centre de rétention. Il n’y a plus eu de nouvelles de ces dernières depuis.

Comme tant d’autres que les vagues du capitalisme ont brisés contre les frontières, elles étaient venues en France avec l’idée de gagner de l’argent pour faire vivre leurs familles restées au pays. Mais arrivées ici, il est bien rare qu’elles trouvent un emploi suffisant, la somme d’argent réclamée par les passeurs pour le trajet étant énorme à rembourser et leur condition clandestine ne leur laissant que peu de choix, elles se retrouvent obligées de faire le trottoir et de vivre entassées et nombreuses dans de minuscules appartements pour économiser leurs maigres ressources.

Pour tenter de répondre à cette chasse policière, des prostituées ont organisé un rassemblement à Belleville le 24 juin et un balayage symbolique du quartier avec les soutiens qu’elles ont pu trouver. On pouvait donc y voir pêle-mêle des représentants du syndicat de la magistrature (donc venant de l’intérieur du système répressif lui-même !) et du planning familial, mais aussi de groupes militants comme le Collectif féministe « 8 mars pour TouTEs » ou le FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés) et bien évidemment le Strass (Syndicat des travailleurs/ses du sexe), toute une nébuleuse militante qui a pu profiter du racolage médiatique en montrant son bon cœur, sans trop en demander non plus.

Si l’intention du rassemblement était plutôt d’interpeller les politiques par le biais des médias pour faire cesser les intimidations policières, comment ne pas voir dans cette symbolique du balayage le spectre de ce que les gestionnaires veulent eux-mêmes faire subir au quartier pour le rendre plus rentable en attirant une population plus riche, dont fait partie le fait de « nettoyer » Belleville de ses pauvres, ses clandestins, y compris les prostituées ? De plus, la répression policière n’est que la partie visible d’un iceberg, et s’y attaquer exclusivement laisse intacts les fondements de la domination capitaliste qui créent les conditions de sans-papiers, prostituée ou toute autre situation d’oppression créée par l’argent, le travail, les États et leurs frontières. Pour le dire simplement, nous pensons que la seule manière de faire disparaître l’exploitation et la misère est d’adopter une posture offensive contre ceux qui la produisent, y compris les syndicats et organisations qui tendent à aménager cette exploitation pour rendre plus acceptable le monde de merde dans lequel nous vivons.

[Extrait de Lucioles n°23, bulletin anarchiste de Paris et sa région, août 2015.]

Source : Non Fides.

août 222015
 

Notre-Dame-des-Landes : des hommes masqués s’attaquent aux gendarmes

Figaro, 21/08/2015 à 12:12

Une patrouille de gendarmerie a été violemment agressée jeudi matin à proximité de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, par un groupe d’individus masqués et armés.

La situation semble se tendre à Notre-Dame-des-Landes. Ce jeudi, en milieu de matinée, deux gendarmes de Chateaubriant assistent un huissier pour une expulsion de locataires ne payant plus leur loyer dans une maison de l’Épine, un lieu-dit à proximité de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c’est-à-dire la « Zone à défendre » qu’occupent depuis 2010 des dizaines de militants contre la construction d’un nouvel aéroport. « Une intervention courante et tout à fait normale », explique-t-on à la direction régionale de gendarmerie des Pays de la Loire.

C’est alors que surgit un véhicule. À son bord environ 5 personnes, masquées, gantées et armée. L’un d’eux tir avec un pistolet à bille de type airsoft sur l’un des officiers, le blessant légèrement au bras. Les autres, au même moment, pulvérisent à coups de battes de baseball les vitres de la fourgonnette de service, avant d’y mettre le feu par un tir de fusée de détresse.

« La scène n’a duré que quelques secondes, mais on a frôlé le drame, rapporte la même source. Le gendarme visé se trouvait en position de légitime défense, il aurait très bien pu se servir de son arme et tuer son agresseur ». Aussitôt, des renforts ont été dépêchés de Châteaudun et de Nantes, soit une soixantaine d’hommes, ainsi qu’un hélicoptère pour pouvoir retrouver les agresseurs. Mais bientôt, les forces de l’ordre ont fait face à un deuxième assaut, cette fois au niveau d’un carrefour ; une quinzaine d’individus armés de frondes et de bâtons ont surgi des bois en provenance de la ZAD. Les gendarmes sont parvenus à les disperser, mais sans pouvoir procéder à des interpellations.

« Un jour nous les prendrons »

Une enquête a été ouverte par le parquet de Saint-Nazaire pour destruction de véhicule par incendie et violences en réunion envers dépositaires de l’autorité publique. Deux personnes ont également été placées en garde à vue puis relâchées dans la soirée de jeudi, deux des locataires qui devaient être expulsés : une mère et son fils de 19 ans. « Ils ont eu une attitude plus qu’incitative pendant l’attaque. On les soupçonne également d’avoir prévenu les agresseurs », explique le colonel Didier Marconnet, commandant de gendarmerie des Pays de la Loire.

« Cette attaque est inacceptable, et je mets tous les moyens en œuvre pour retrouver les auteurs », ajoute-t-il, soulignant ne pas douter qu’il s’agisse de zadistes. « Le mode opératoire est en tout point le leur, surtout avec l’utilisation d’une fusée de détresse, l’une de leurs armes de prédilection. » Sur l’un des sites internet du mouvement, un message posté le 20 août salue cette agression : « Nous n’avons pas besoin ‘d’encouragements’ pour prendre plaisir à faire cramer une voiture de keufs et saboter votre sale besogne », peut-on lire.

Le dernier incident en lien avec les zadistes de Notre-Dame-des-Landes remonte à novembre 2014. Une quarantaines d’individus avaient alors saccagé les locaux de la gendarmerie de Sautron. Depuis, les militants semblaient s’être apaisés. « L’occupation du site est très fluctuante, avec un caractère hétéroclite, nous n’avons rien contre les agriculteurs ou même les militants écologistes, ce qui nous inquiète ce sont les noyautages anarcho-libertaires, dont les membres rêvent seulement d’en découdre avec les forces de l’ordre », avoue le militaire.

Dans un communiqué Jacques Auxiette, président socialiste de la Région des Pays de la Loire, et du Syndicat Mixte aéroportuaire, a fait savoir sa « solidarité totale à l’égard de l’ensemble des forces de l’ordre présentes sur le territoire, des habitants du territoire, des élus, partisans ou opposés au projet. » Il ajoute : « Je suis complètement écœuré face à de tels agissements ! Je réitère mon souhait de voir l’état de droit rétabli. Sur notre territoire, l’intimidation ne fonctionne pas. »

Mais pour l’heure les autorités n’envisagent pas encore de se rendre sur le site d’occupation pour d’éventuelles interpellations ou perquisitions. « Nous ne voulons pas créer de nouveaux troubles, notre première préoccupation c’est de penser à la sécurité des populations civiles alentour », explique le colonel Marconnet. Pourtant, il l’assure : « Le temps joue en notre faveur, nous les connaissons quasiment tous, des procédures de justice ont été lancées, et un jour nous les prendrons ! »

Source : Brèves du désordre.

août 212015
 

Dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 août dans le quartier de Nørrebro de Copenhague, la fin de manifestation appelée par “Reclaim the streets” – à laquelle 200 personnes ont participé – s’est terminée par une conflictualité accrue contre l’existant. Les flics se sont faits attaquer à coups de pétards, bouteilles, de pavés et de cocktails molotov, tandis que plusieurs agences bancaires et immobilières ont été fracassés à coups de marteaux et de masse. Le musée de la police a aussi perdu ses vitres et de nombreux tags ont été inscrits sur les murs du quartier. Trois personnes ont été arrêtées alors qu’elles étaient en train de déceler des pavés.

 

Les médias danois (anglophones) sont en train de spéculer à tout va sur cette rage spontanée qui a laissé des traces dans les rues de Copenhague. Ils parlent à la fois d’une colère accumulée depuis quelques temps, qui serait liée aux multiples manifs de fascistes protégées par les flics, durant lesquelles les contre-manifestants ont été durement réprimés. D’autres journaux font appel aux sociologues et parlent de l’embourgeoisement en cours du quartier. Bref, tous excluent évidemment le fait que cette rage s’illustre contre la sociale-démocratie danoise et la paix sociale qu’elle tente d’imposer dans ce monde. Mais la “réponse historiquement dure” de l’Etat n’a pas tardé, comme l’avait déclaré le ministre de la Justice Søren Pind au lendemain des émeutes.

Dans la matinée du jeudi 13 août, les flics ont mené des perquisitions au centre social ‘Bumzen’ [1] (ancien squat ouvert en 1986) et à plusieurs domiciles dans Copenhague. Sur la base de déclarations de balances et des images de vidéosurveillance, 28 personnes ont été arrêtées en totalité, dont 25 sont résidentes de ‘Bumzen’ ; 11 ont été rapidement relâchées sans poursuites ; 14 personnes ont été inculpées en vertu de l’article 134 du code pénal pour “perturbation grave à la paix et à l’ordre public”. De plus, deux jeunes de 17 ans ont été inculpés et placés en détention provisoire pendant 13 jours. Ils sont soupçonnés d’avoir endommagé la façade et le guichet automatique d’une banque de Nørrebro. Les deux sont originaires du quartier Indre By et du centre-ville. Les flics ont annoncé qu’ils allaient continuer leurs recherches.

Solidarité avec les rebelles de Copenhague qui font face à l’État !

Au sujet de la récente répression

Jeudi 13 août à 5h30, le collectif anti-autoritaire ‘Bumzen’ a été perquisitionné par un gang de la section anti-criminelle de la police. Les flics étaient suivis d’une armée de flics surarmés qui ont menotté toutes les personnes présentes dans le bâtiment à ce moment-là. Le prétexte donné était qu’ils recherchaient des participants à une manif émeutière de ‘Reclaim the streets’ qui avaient eu lieu le week-end précédent. Cependant, il est évident pour nous que ceci a été une opération politiquement motivée contre l’infrastructure du mouvement radical.

Bien qu’environ 25 personnes étaient présentes lors de la perquisition, personne n’a été autorisée à surveiller la police (sic, NdT) alors qu’ils fouillaient leurs chambres et leurs biens. La police a choisi les personnes qui étaient domiciliées officiellement à ‘Bumzen’ pour les amener au comico et les accuser en vertu du paragraphe 1344a pour “participation à une émeute”.

Trois autres endroits ont été perquisitionnés dans la même matinée. Deux personnes âgées de 17 ans ont été arrêtées et déférées, accusées d’avoir brisé des fenêtres d’une banque à Østerbro, malgré leurs statuts de mineurs et de la petite accusation de vandalisme.

Le samedi 15 août, une manifestation s’est tenue de Blågårds Plads à ‘Bumzen’, où il y a eu une bouffe. Tous les fonds recueillis sont reversés aux prisonniers.

Contre la répression et la brutalité policière

Solidarité avec les prisonniers.

Traduit de l’anglais de contrainfo, 17 août 2015}

[Repris du Chat Noir Émeutier.]

Source : Non Fides.

août 212015
 

Retours dans le bure!!!

je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu…

Après une bonne indigestion , je me sens afin d’attaque pour faire un retours sur cette expérience que fut le camp anti-nucléaire à bure qui se déroulait du 1 aout au 9 aout 2015.
à l’annonce du projet je m ‘étais dit que j’irai là-bas toute la semaine et puis…, et puis les choses se sont faites autrement et je n’y suis resté que quelques jours qui furent, faut bien le dire plutôt pénibles. En effet toutes les bonnes intentions qui étaient annoncées comme des positionnements politiques ne furent qu’illusions. Ainsi en arrivant on nous montrent le plan avec les espaces qui ont été répartis et on nous met en garde de bien faire attention aux espaces de campement sleeping car tout le monde a le droit à un sommeil réparateur afin biensur d’être bien frais pour entamer les journées de discussion qui débutaient dès 10h le matin. Il y a même un campement non-mixte meuf-gouine-trans, car oui cette année l’accent est mis sur le féminisme et les questions de genre, en bref la lutte contre les discriminations (ça a été dit lors des info-tours et réaffirmé dans un texte de conclusion par l’équipe d’orga ). Et là le commun est loin d’être exclus du camp, lui, puisque en fait le campement non-mixte est juste à côté de l’espace fête alors que les autres campements sont effectivement de l’autre côté, bien au calme. Bien évidemment on sait tous que les intellos c’est pas les meuf-gouine-trans , qui sont en fait des troubles sommeils à faire la teuf toute la nuit et qui refusent obstinément de se joindre aux discussions intéressantes qui concernent nos luttes quotidiennes. D’ailleurs ne seraient-illes pas venu-e-s en vacances ?!
Ensuite on apprend totalement par hasard qu’il y a un espace (une tente qui ne fut pas annoncée dans le programme ni sur les plans du camp) qui est en non-mixité LGBTQI ( qu’on nommera aussi TPGQI pour trans-pédé-gouine-queer-intersexe, histoire de clarifier qu’on est pas les bobos du centre LGBTQI du coin mais bel et bien des personnes politisées qui se définissent comme anar, autonome, communiste libertaire et autres non-affiliées). D’ailleurs on découvre qu’en fait pour cette tente il a fallu batailler pour qu’elle existe alors que des personnes ont participé aux réu de prépa et que c’était aquis qu’elle serait à dispo. On a même voulu nous foutre au coin écoute qui se trouve être en mixité au moins à bien des moments. C’est cool l’écoute personnalisé avec un groupe qui n’a pas choisi de faire ça et qui plus est, va faire la fête toute la nuit voir même la journée puisqu’ on le rappelle, les discussions ne nous intéressent pas. En bref une bataille continuelle pour avoir le minimum que tous les autres ont de fait tout à fait droit. Faut pas être minorisé-e-s non plus, on pouvait faire d’autre choix dans notre vie !
Après toutes ces assignations à la normalité, on a qu’en même participé à quelques discussions tout aussi gravos pour certaines… on apprend que sur la zad nddl faut pas être de la rue parce que autrement t’es pas politisé et que tu gâche le décor, que les gens sont pas du tout en contact avec les gens du coin et que du coup ils et elles sont mal vu-e-s, en somme que l’échec de l’expulsion de 2012 fut un vrai miracle…
Puis que à sivens c’est de la faute des squatters si ils et elles n’ont pas pu faire du lien avec les fachos de la FNSEA, qui les ont harcelé-e-s et agressé-e-s pendant de long mois… après pas mal de flagélations publiques dont on se serait bien passé-e-s, y’a quelques trucs chouettes qui sont enfin sortis sur les liens avec des locaux et le soutien, ouf ! J’ai pas vomi mon midi…
Puis à suivi la discussion sur la gentrification, principalement à paris et son agglomération car biensurs les pauvres c’est plus en périphérie. Qu’est-ce-qu’on peut retenir de ces discussions sur les luttes de réappropriation de territoire ?! Et bien que si tes pauvres voir extrêmement pauvres et bien t’es dans la merde car d’une part t’as l’état qui t’en veux à mort et t’as les bobos militants qui te méprisent et te volent ta parole, tes espaces et que toi tu vas en taule parce que tu le mérites bien contrairement à ces militants trop sympas et héroïques qui subissent trop d’injustices (évidemment t’es pas militant). Il me semblait qu’on était là pour faire la révolution sociale, écologique, anti-autoritaire et non celle de la petite bourgeoisie qui veut devenir grande. En fait ça a tapé encore sur les mêmes qui sont déjà en dangers par l’état. Faut pas s’étonner que des soraliens soient venus sur le camp, assez alaises pour ne pas s’infiltrer mais carrément distribuant des tracts sur le « mouvement » du 14 juillet avec ces ambiances plus que douteuses. Pour résumé je suis arrivé le lundi soir et suis reparti le mercredi dans la nuit afin de pas perdre mon temps et ma bonne humeur et motivation. J’ai failli oublier le concert ‘trop cool’ qui laisse s’exprimer des conspis qui reprennent des chansons de noir désir avec leur tonnes de thunes autoritaires et leur chanteur tueur de meuf. Bah quoi le féminisme c’était entre 14h et 16h deux jours plus tard, faut pas déconner ! chaque chose en son temps ! Et puis quoi ! faut bien des thunes pour vivre ! Et des cocos autoritaires, autrement tout par en stick, c’est bien connu ! Ils et elles ont été presque drôles en se justifiant à une AG extraordinaire, d’avoir fait tous les lieux militants, toutes les zad et toutes les luttes… Alors là vraiment trop fort comme argument. J’ai dormi comme une souche (pas de f…) heureuse de cet aveux, bercé par le vacarme de 3h du mat’…
Ceci n’est pas une lettre d’insulte aux organisateur-euses, du moins pas tous-tes, qui pour certain-e-s ont fait ce qu’illes avaient annoncé. Mais donc bien aux autres et à leurs acolytes oppresseurs qui feraient bien de changer de luttes et enfin assumer leur point de vu politique nauséabond en allant à jours de colère…au pire ça leur fera un électrochoc de remise en question plus qu’utile… à bon entendeur, salut !

ps: je laisse le soin à d’autre de compléter ce liquoreux tableau sur les autres questions abordées comme les luttes anti-raciste et pour les sans-pap’, les luttes antifascisme, et antinuc’

Source : Indymédia Nantes.

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Coucou !

Quelques « pistes » de réponses aux ressentis de certains-es.
Nous sommes quelques personnes ayant participé à l’orga de ce camp (juste pour clarifier d’où on parle..) le « nous » plus large serait le groupe d’orga.

Les luttes féministes sont importantes pour nous, parce que pour certains-es nous portons ces luttes au quotidien. On a pas voulu mettre un accent particulier dessus, mais juste que ces luttes prennent au moins autant de place que les autres. Comme le dit dans sa réponse « DIY », on était pas tous-tes sur les mêmes « avancements/cheminements » de réflexion sur ces luttes et c’est bien dommage qu’on ne soit pas plus nombreux-ses dessus, et c’est une triste réalité. Que la lutte continue !

Sur le camping en non mixité Meuf Gouine Trans, c’était un espace prévu de longue date. Le problème qui s’est posé à la dernière minute était d’avoir un espace teuf avec des personnes qui souhaitaient faire un bar. Et que vu la gueule du terrain (tout en long), on a fait ce qu’on a pu… On a pas assuré sur ce point là, et d’ailleurs y’avait aussi l’espace médic et l’espace enfants qui ont eux/elles aussi bien galéré avec ça. On avait conscience des problèmes que ça pouvait (et que ça a) engendré, on en a discuté longtemps et on s’est bien pris la tête..

Sur l’espace TPGQI, c’est un manque de communication et c’est bien dommage, car on était tous et toutes contentes de pouvoir accueillir cet espace quand on nous a fait la proposition. Le problème de la « dîte » structure c’est réglé en 20min, et c’était loin d’être le seul « couac » de la commission structure.

Pour le concert, à la base nous ne voulions pas de concert amplifié, on l’a subit aussi, (et certains-es de l’équipe du bar aussi..) (d’un point de vue personnel on s’en serait bien passé). Mais ça a eu lieu, et il y a au du conflit, des débats de la discut, des interv chouettes et d’autres pourries..

On comprend ta déception, c’était compliqué pour plein de gens y compris pour nous (entre le projet et sa réalisation), on trouve juste hyper dure la critique presque conspi et anti-féministe.

Encore une fois on était 800 (au plus nombreux) et c’était assez « hétérogène » (au sein même d’une pseudo sphère « militante »), il y a eu des trucs super trashs, des trucs qui ont marché, d’autres pas du tout, des pleurs et des rires, des idées de merdes et des belles idées et on a bien la ferme et facheuse attention d’apprendre de nos foutues erreurs et de réessayer sous de nouvelles formes encore, encore, encore…

Ps : cette réponse est incomplète, et subjective encore, encore, encore… On a mis un peu de temps à l’écrire et on a pas réussi à la posté hier et y’ a eu des nouveaux commentaires avec lesquels on est pas forcément d’accord, le trashage gratuit de certains-es on s’en passerait bien aussi..
On ne sait pas qui tu es, mais si jamais nos routes se croisent c’est avec plaisir qu’on pourrait s’en reparler à tête reposer.

Des burineuses !

Source : Commentaire Indymédia Nantes.

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Stop au Bure de silence et d’indifférences !

Je suis restée une semaine à Bure, c’était important d’y aller, de voir la politique d’aménagement dans ce territoire sinistré, les mensonges et manipulations à l’échelle locale et nationale sur le site d’enfouissement des déchets nucléaires, d’échanger avec les gentEs sur les différentes luttes locales, mieux comprendre les formes d’actions d’hier et d’aujourd’hui, les pratiques d’autonomie et de sabotage, être dans la rencontre et le collectif avec des gentEs de partout et toutes générations et participer à un projet d’autogestion.

Pourtant, je suis repartie en colère et pleine de rage. J’aurais aimé passer plus de temps à échanger sur les enjeux de la lutte contre le nucléaire et les grands projets inutiles comme un point de résistance au capitalisme mais au final devant la violence, mon énergie s’est concentrée à la lutte contre le sexisme et l’hétéropatriarcat. Mais comment parler de lutte contre un système dominant quand les femmes, les lesbiennes, les gays, les bis, les trans, les queers, les intersexes, les personnes racisées, les personnes dites non valides, les enfants et autres personnes opprimées ne sont pas écoutées, sont niées, invisibilisées, violentées dans un silence et une complicité des priviligiés. Il faudrait toujours subir les agressions, se taire, laisser la place à d’autres discussions puisque cette lutte paraît secondaire, moins importante, puis il faudrait à nouveau faire des efforts pour se faire un peu de place dans les espaces, les AG, les discussions, l’organisation, les responsabilités, les tâches plus techniques…et enfin pour revendiquer des droits, il ne faudrait pas choquer, prendre sur soi, s’exprimer de manière douce et apaisée (ce que j’ai entendu trop de fois sur le camp !) Mais comment ne pas s’exprimer avec colère et avec rage quand nous subissons dans chaque espace de nos vies et de surcroit dans ce milieu dit militant une accumulation de violences dans un tel déni !Oui, Indymedia restera un lieu d’expression des ressentis tant que concrètement en dehors des grands discours, il n’y aura pas une réelle prise de conscience de nos comportements de dominants (hétéropatriarcat, racisme, classisme, validisme, agisme, etc.) tant dans l’espace public comme dans l’espace privé. C’est une question inérante au milieu militant et ne pas vouloir en parler, ni se remettre en question, c’est se conforter dans ce système !

Pour en revenir au camp, il y a une AG en milieu de semaine où dès le début un groupe de personnes est venu lire un texte sur les violences subies dans le camp (insultes, violences sexistes, homophobes, transphobes, classistes, discriminations, etc.) et les réactions violentes suite au concert de la veille et de la reprise d’une chanson de Bertrant Cantat. Je remercie ces personnes d’avoir lu ce texte. Je précise qu’il y a eu des soutiens, mec cis compris, mais beaucoup de personnes ont eu des réactions violentes et moralistes.

Dans un premier temps, la réaction de la chanteuse, un grand moment! Elle a sorti son CV et s’est vantée d’avoir chanter dans toutes les ZAD de France, pour préciser ensuite que depuis 10 ans, elle n’avait jamais eu de problème avec cette chanson ! So what ? Je ne sais pas si elle est au courant, mais si ce n’est pas le cas, je vais lui faire une révélation : nous sommes dans une société PATRIARCALE ce qui signifie aussi que toutes personnes qui va dénoncer des violences sexistes, homophobes, transphobes, lesbophobes, etc. et de surcroit dans le dit milieu va subir la répression, l’isolement, la discrimination, la culpabilisation. Alors, oui, et comme souvent (car ça fait un petit moment que je traine dans le dit milieu), les personnes opprimées (qui n’ont parfois pas d’autres choix que de rester dans ces lieux mixtes) choississent de se taire ou ne réussissent pas à parler mais les violences sont pourtant là et réactivées à chaque fois (et donc surement à chacun des concerts de ce groupe). Puis on a touché le fond quand la chanteuse a précisé qu’elle n’était pas raciste puisqu’il y avait deux algériens dans le groupe, je me suis alors demandée si je ne m’étais pas trompée avec un congret du FN! Enfin, elle a manifesté son mécontentement face aux réactions « autoritaires » pendant la chanson de Bertrant Cantat (qui a tué Marie Trintignant à coups de poings). Autoritaire ? Y-a-t-il eu la place à la discussion ? Y-a-t-il eu la possibilité d’expliquer pourquoi cette chanson est violente dans le contexte dans lequel on vit ? Non, les réactions ont été vives et violentes. Pour l’organisation du camp, il avait été proposé qu’il n’y ait ni de concert ni de vente d’alcool après 22h et pas de concert amplifié. Certainement pour éviter ce genre d’agressions, de propos décomplexés, pour ne pas isoler les personnes violentées, pour respecter celles et ceux qui se lèvent tôt pour organiser le camp, pour laisser la place à l’action directe! N’est-ce pas autoritaire de venir imposé un concert jusqu’à 2h du mat ! Mais pour finir, la chanteuse a précisé qu’on devrait remercier son groupe venu gratuitement !…mais ceux qui ont ramassé sa merde sont venus comment ? Eh bien gratuitement aussi ! Ceux qui ont fait des cantines super trop bonnes et magnifiques et supers organisées, ils sont venus comment ? Eh bien gratuitement aussi ! Pourquoi ce statut d’artiste est au dessus de tout ? se croit avoir le droit de tout, violences comprises ! Mais tous le monde aimerait bien crier sa rage avec une guitare! Seulement, y en a qui doivent faire autrement pour survivre à l’année !

Puis pendant l’AG, il y a eu différentes réactions violentes et décomplexés (on a pu par exemple entendre féminazie), certaines prises de paroles de mecs cis étaient bien longues et pour parler de leur nombril et proposer des ateliers en non mixité mecs ! Il n’y a eu donc aucune écoute du texte qui venait d’être lu, des personnes qui viennent parler des violences de l’hétéropatriarcat, système d’oppression systémique et structurée fondé sur la domination des femmes et LGBTQI, maintenu entre autre par des violences quotidiennes, ordinaires, surnoises et notamment sur ce camp ! La non-mixité peut-être un outil efficace dans la recherche d’autonomie, pour mettre des mots, ne plus se sentir isoléEs entre oppriméEs, pour s’organiser dans la lutte mais quid des ateliers en non mixité homme cis (même si c’est pour parler de la pillule masculine comme il a été proposé lors de l’AG non !) dans un contexte d’hétéropatriarcat, de domination et de manipulation du corps des femmes, des LGBTQI, etc. Il y a des mecs cis alliés, mais comme nombres d’expériences l’ont prouvé, se retrouver entre priviligiés ne fait que renforcer son sentiment de dominants, se déculpabiliser de ses conduites et reproduire l’oppression, etc. Pour ma part, en tant que femme blanche cis hétéro, je ne veux plus que les mecs cis m’expliquent comment je dois mener ma lutte, reprennent mes propos pour les reformuler, me disent quelles brochures je dois lire ou ne pas lire, me demandent d’argumenter quand je me sens oppréssée, me demandent des détails des agressions subis pour valider ou non la violence, viennent sans cesse remettre en question mes idées, je ne veux plus que les mecs cis prennent tous les espaces, les moments, sans qu’à aucun moment penser que se taire, écouter et se mettre en retrait serait la possibilité d’avancer ensemble.

Des choses se mettent en place mais ce n’est pas simple face à la violence présente dans le camp, face au peu de solidarité, face à la division mis en place par l’héréropatriarcat. Durant le camp, il y avait un espace camping meufs & LGBTQI (même si des mecs sont venus pisser à côté, des gens crachaient sur les espaces non mixtes), une tente non mixte LGBTQI avec un infokiosque, des temps de rencontres, un espace écoute avec des permanences non mixte (meufs et LGBTQI) mais tout cela a été pensé en dernier après tout le reste, parce que certainement moins important que d’avoir un bel espace média ! Après cette AG, un atelier « féminisme et lutte contre le sexisme » a également été organisé. Cet atelier a été proposé en plusieurs temps : un temps d’introduction pour réexpliquer ce qu’est l’oppression patriarcarle et l’oppression hétéronormée, un temps de témoignages, un temps pour lister des privilèges de dominants, puis des discussions en petits groupes mixtes ou non-mixtes selon les affinités et enfin un temps d’échange en non mixité d’opprimés pour créer des solidarités et des outils d’autodéfense et de lutte. A également été mis en place un mur du sexisme sur un des chapiteaux pour écrire et visibiliser un certain nombre de violences présentes sur le camp. On parle d’autogestion, alors je crois qu’il ait encore possible de construire des lieux où les agressions sont condamnées collectivement, où les violences sont visibilisées, où la peur et la culpabilité changent de camp, où les personnes opprimés se sentent un peu plus en sécurité et aient leur place ! Pour cela, stop au silence et à l’indifférence. Parler, dénoncer dès maintenant, ressentis compris, rage et colère comprises. Favoriser et permettre l’auto-gestion des personnes opprimées, en particulier lorsqu’elles font face à la répression, pour qu’elles puissent se réapproprier les espaces et les luttes dont elles sont trop souvent privées.

Sororité

Une participante du camp de Bure et des prochains camps.

Source : Indymédia Nantes.

août 212015
 

Les textes suivants sont repris du site du camp de Bure. Ces fils d’infos à couper le Bure retrace quotidiennement le camp vu par l’auto média. S’y glissent quelques infos et communiqués.

 

Jour J : Fil d’info à couper le Bure…

Nous y voilà, le camp est dressé ! Des copains et copines s’installent, toujours plus nombreux-ses, et des tentes poussent comme des chardons (ardents) dans l’espace camping. Les nouveaux arrivant.e.s gagnent la tente info où on leur explique le fonctionnement du campement, les différents groupes qui se réunissent entre eux pour éviter de faire des assemblées générales trop souvent, les tâches du quotidien qui tournent entre ces groupes… Autant dire que ça fourmille dans tous les sens car une partie du montage et du défrichage du terrain reste encore à faire, mais pas d’inquiétude, on ne manque pas de bras et de bonnes volontés. Un atout pour le moral des participant.e.s : la nourriture est toujours aussi bonne. L’Est Républicain, pour sa part (édition du 2 août), sort sa prose bucolique en parlant d’un « repas frugal, végétarien et véganien [sic] ».

Pendant ce temps, le camp des Ami(e)s de S!lence s’achève dans la bonne humeur. Surtout que certain.e.s ont décidé de rester pour nous tenir compagnie. Chouette!


Cet après-midi, la grande AG de lancement a rempli le chapiteau principal. Le collectif VMC et les différentes commissions ont été présentés, avant d’aborder une longue discussion sur les perspectives de ce rassemblement qui nous a occupé jusqu’à 20 heures. Nos ami(e)s non francophones ont pu les suivre et y participer grâce au matériel du collectif de traduction BLA, et surtout grâce à des participants volontaires polyglottes qui ont traduit les propos de l’assemblée en simultané.

La tente ciné a été installée ce soir, et le vélo projecteur inauguré par la même occasion — un tandem bricolé pour fournir du courant 24 V et assurer l’alimentation d’un ordi portable et d’un vidéoprojecteur. C’est « Bouh! », un documentaire qui retrace la vie collective du squat grenoblois « Les 400 couverts », qui a ouvert la première séance de projection (une quinzaine de films seront projetés durant toute la durée du campement).

Sur les routes et alentours, la maréchaussée est sortie de sa réserve ce dimanche. Quelques contrôles sporadiques ont eu lieu à Ligny et Houdelaincourt, sur des axes de circulation empruntés par toute personne venant nous rejoindre. Pour éviter les mauvaises surprises, un collectif local, La Graine, assure depuis samedi une vigie permanente, dès six heures du matin, à l’entrée du village de Mandres-en-Barrois, situé à moins de six km de nos bases. En fin de journée, ils ont reçu la visite d’un fourgon de gendarmerie qui s’est arrêté quelques instants. Une visite de courtoisie, semble-t-il…

Lundi 3 août, c’est l’ouverture des discussions. Cette première journée sera dédiée à la lutte locale contre Cigéo. Dès le début de la matinée, les associations de la région regroupés dans le collectif Bure Stop, qui s’échinent depuis bientôt vingt ans contre ce nuisible projet d’enfouissement des déchets nucléaires, viennent faire un historique de la lutte passée . Ensuite, une petite balade sera proposée pour découvrir les environs (la première d’une grande série). Nous ferons une halte à Mandres au moment du repas du soir et regagnerons le camps en empruntant d’autres itinéraires qui restent encore à construire…

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Radio Active 88 FM : VMC sème ses ondes

Depuis dimanche soir, une antenne autogérée émet sur la fréquence 88 MHZ, audible dans un rayon d’action de quelques kilomètres autour du campement VMC. Annonces info-traflics, interventions ponctuelles et spontanées sur la vie du camp, reportages et témoignages réalisés par l’équipe Automedia… Un outil que chacun.e peut s’approprier au cours du rassemblement, en apostrophant les copines et copains de l’automedia.

Ceux qui ont quelque chose à dire, n’hésitez pas à venir nous voir. Pour les autres, à vos transistors !

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[Conférence de presse] 03/08 à 12h30 à la Maison de Bure

Un rassemblement politique se prépare à Bure du 1er au 10 août 2015.

De nombreuses informations concernant ce campement sont accessibles sur le site http://vmc.camp/

Ce campement a été organisé depuis plus d’un an par des personnes et des collectifs de toute la France.

Les enjeux de ce campement sont multiples et les raisons d’en parler tout aussi nombreuses.

C’est pourquoi, afin d’éviter les confusions de tous ordres, tout en prenant le temps de présenter publiquement nos motivations et objectifs, le groupe media/automedia du campement a prévu une conférence de presse le LUNDI 03 AOUT 2015 à 12h30 à la Maison de la Résistance, 2 rue l’Église à Bure.

Nous vous invitons à rejoindre cette conférence de presse pour avoir toutes les informations nécessaires à la compréhension des enjeux de ce campement et du contexte local.

En attendant, nous sommes joignables au numéro suivant : +33(0)7.58.23.08.97

L’équipe communication/automedia du Collectif Vladimir, Martine & Co (VMC).

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Pique-nique et marche aux flambeaux

Message relevé dans la petite boîte « expression libre » Ce lundi 3 août, dans l’après-midi, deux marches sont parties du campement pour visualiser les infrastructures de l’Andra… A leur arrivée à Mandres-en-Barrois, des citronnades les attendaient sur la place à côté du lavoir. Elles ont été rejointes par plusieurs centaines de personnes venues du campement et des villages alentours pour un délicieux pique-nique vegan préparé par l’une des cantines du camp, Le Sabot. Deux groupes de musique, « Sang Conteste » et « Nemesis », confectionnaient joyeusement des crêpes et ont improvisé un concert. Ils continueront leur tournée jusqu’en Roumanie, à Rosia Montana, où des gens s’opposent à un projet de mine d’or. Spéciale dédicace aux vins de mûre, rhubarbe et cerise, leurs auteur.e.s se reconnaîtront.

 

À la tombée de la nuit, des torches éteintes sont distribuées et la marche commence, la batucada en tête. La lune teintée de rouge à l’horizon. On distingue dans la pénombre des visages masqués par des tissus colorés. La joyeuse procession, d’au moins 300 personnes, s’élance sur la route de Bure, le site de l’Andra en vue. Lumineux comme une ville, au milieu de nulle part. Le cortège bifurque vers la forêt de Mandres, récemment troquée en catimini à l’Andra, lors d’un conseil municipal plutôt matinal. C’est ce qui arrive quand une municipalité veut faire passer une décision alors même que les habitant.e.s s’étaient déjà prononcé.e.s contre la cession de leur forêt à l’Andra. Dans les champs autour du labo, une cinquantaine de flambeaux s’allument, des feux d’artifices sont lancés. Puis le groupe traverse la forêt et disparaît dans la nuit. On apprendra plus tard que des grilles de l’enceinte du labo ont été quelque peu chahutées et sont tombées à terre. Décidément, si l’Andra embauche les mêmes ingénieurs pour les grilles que pour les galeries souterraines, on n’a pas fini de rigoler.

 

Des petites lucioles…

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Compte-rendu de la conférence de presse à la Maison de la résistance de Bure

Six personnes du groupe automédia, en se présentant sous l’identité qu’elles et ils avaient choisi, ont pris la parole devant une douzaine de journalistes à la maison de la résistance (Bure Zone Libre) le jour de l’ouverture du camp, lundi 3 août. Se sont déplacés l’AFP, Le Monde, Libération, M6, RTL et France Inter pour les médias nationaux, L’Est républicain et Le Journal de la Haute Marne pour la presse locale.

Les intervenant.es disent ce qu’elles ou ils ont à dire et éludent les questions avant d’avoir terminé leurs déclarations. Questions ouvertes à la fin, sur un laps de temps court : 15 minutes maxi. Aucun apparté accepté, ni aucune réponse individualisée/personnalisée.

Le principe, décidé collectivement, était de refuser que les journalistes débarquent sur le camp avec leur matériel comme on vient visiter un zoo ou « couvrir » un évenement culturel (comme le texte le rappelle plus bas – principe édicté dans le chapitre Presse de la brochure). Cette question a bien évidemment été discutée, avec plus ou moins d’effusion (écouter ci-dessous la 2ème partie du compte-rendu audio…). Rappelons que les journalistes, comme toute personne intéressée par le campement, pouvaient évidemmment venir nous rencontrer, pour peu qu’illes acceptent de venir sans leurs caméras, micros ou stylos inquisiteurs… Ce que certains n’ont pas voulu comprendre, au point d’affirmer que le camp était « interdit aux journalistes » – comme l’Est républiciain du 3 août, alors que deux jours plus tôt le même journal écrivait exactement le contraire après qu’un autre de ses journalistes ait pu faire un tour dans le camp sans se faire scalper.

Voici le texte qui a servi de support à la prise de parole. Suivi de deux comptes rendus sonores.

Sur notre rapport aux médias.

Nous intervenons en qualité de participant-e-s au groupe automedia du camp de Bure. Nous ne sommes ni porte-paroles, ni responsables du campement, dans la mesure où le fonctionnement du campement est anti-hiérarchique et que nous ne prenons aucune décision en lieu et place du reste des participant-e-s au campement.

Le campement de Bure est un campement politique et non culturel ou événementiel. Ses participant-e-s portent des principes politiques et un regard critique sur les institutions, dont les medias mainstream font partie.

En conséquence, et parce que nous sommes habitué.e.s à un traitement médiatique défavorable à nos mouvements, voire complice des discours officiels, il a été décidé qu’aucun enregistrement (sonore et video) ne serait permis sur le campement lui-même. De surcroît, nombre de personnes présentes sur le campement sont partie prenantes de luttes qui subissent une répression forte et ne souhaitent pas apparaître publiquement dans les médias.

Sur l’organisation du camp de Bure.

Le camp de Bure a été préparé depuis plus d’un an par environ 70 personnes investies dans diverses luttes sociales et politiques, et issues de différentes régions de France et d’Europe. Ces luttes ne sont pas spécifiquement anti-nucléaires et cherchent à dépasser cette seule question.

Dans les motivations communes, il y a la volonté d’intervenir en réaction à la COP21, mais il y a également la nécessité de trouver des manières de résister aux grands projets d’aménagement du territoire qui s’inscrivent dans une logique capitaliste, imposés d’une manière autoritaire et violente : aéroport de Notre-Dame des Landes, barrage de Sivens, Center Parks de Roybon, train à grande vitesse du Val Suza, mines d’extraction du charbon de Rhénanie, mines d’or de Rosia Montana, autoroute de Khimki, mais aussi les infrastructures du nucléaire ici et partout. Il nous importe également d’aborder la question de la répression et du système sécuritaire qui se développe et se durcit irrémédiablement depuis quelques années, dans les luttes et dans nos vies de tous les jours.

Le campement est anti-autoritaire et rassemble en premier lieu des personnes se reconnaissant dans l’autonomie politique. Cela signifie que tout ce qui organise la vie du campement cherche à éviter la reproduction des schémas de domination qui régissent la vie sociale habituellement. Pas de décideurs ou de décideuses, pas de prises de pouvoir, mais des décisions prises au consensus et des discussions qui s’organisent dans le respect de chacune et chacun.

C’est un espace sans drapeaux et sans hymnes, sans couleurs politiques et sans rapports marchands.

Les porteuses et porteurs du projet se sont constitué-e-s en collectif, qui a été baptisé Collectif Vladimir, Martine & Co, en soutien à Vladimir Martynenko, le conducteur de la déneigeuse qui a provoqué la chute du Falcon dans lequel le patron de Total, Christophe De Margerie, a perdu la vie. Vladimir Martynenko, à l’heure où commencera notre campement, est toujours en détention provisoire dans les prisons russes. Nous lui avons adressé une lettre de soutien qui a été diffusée largement sur internet.

Le campement est avant tout un moment de rencontres et de discussions, qui doit permettre à nos réseaux de partager leurs expériences et de bâtir des stratégies communes, transfrontalières et sur le long terme.

Sur le lien avec la lutte locale contre l’enfouissement des déchets nucléaires.

Le choix de Bure, s’il ne s’imposait pas dès le début du projet, nous est apparu très vite évident. Parmi les porteuses du projet figuraient des personnes investies dans la lutte locale contre Cigéo, qui en suggérant la tenue du campement à Bure, souhaitaient donner un souffle nouveau à une lutte de plus en plus en malmenée par le rouleau-compresseur de l’Andra et de l’état français.

La question du nucléaire est pour nous primordiale, parce qu’elle interroge à la fois notre manière de consommer et de produire, parce qu’elle met en lumière l’inconséquence humaine face à l’avenir de la planète et l’indifférence des gouvernant-e-s face à la vie.

En choisissant de transformer la Meuse en poubelle nucléaire, les nucléocrates nous imposent leur vision mortifère de l’existant. De surcroît, ils et elles nous mentent sur les conséquences possibles de leurs projets en prétendant garantir ce qui ne peut en aucun cas être garanti par l’humain, à savoir la neutralisation au-delà des siècles de matières qui restent hautement radioactifs durant des milliers, voire des millions d’années.

Conclusion

Notre position politique est claire : nous sommes pour l’arrêt total du nucléaire et nous rejetons l’idée qu’une croissance perpétuelle est viable et nous estimons qu’il est plus que temps d’arrêter de produire au-delà de nos besoins vitaux. Nous nous opposons à tous les projets répondant à des logiques financières plutôt qu’à nos besoins réels. Et avec la même détermination, nous nous opposons à toute forme de domination, d’impérialisme, ou toute volonté d’opposer les peuples les uns aux autres, ainsi qu’à toute forme d’autorité et de contrôle sur nos vies.

Dans nos vies et dans nos luttes, nous construisons des rapports basés sur la confiance mutuelle et la réciprocité, sur le partage et la solidarité. Nous développons des espaces de libertés au sein desquels prime l’autogestion et le partage des responsabilités, où les rapports marchands sont bannis et où chacun doit pouvoir s’épanouir, sans considération de son orientation sexuelle, de son genre, de son origine ou de sa couleur de peau, de son apparence ou de ses handicaps. La justice et la sécurité dans ces espaces se pensent collectivement, en dehors des réflexes sécuritaires ou punitifs, pour ne pas reproduire les schémas qui engendrent irrémédiablement la même conséquence : le totalitarisme, qu’il s’assume en tant que tel ou qu’il se cache sous les apparats de la démocratie.

Les événements politiques les plus récents démontrent la manière dont les lois les plus liberticides s’imposent par le 49.3, telle la loi Macron et son amendement sur la réversibilité de l’enfouissement des déchets nucléaires. De même que la manière dont des dirigeants ignorent les résultats des référendums, comme le gouvernement grec vient d’en faire la démonstration en acceptant les menaces de la Banque Centrale Européenne et du FMI malgré les résultats du scrutin.

Si les médias fabriquent l’opinion, ils contribuent aussi le plus souvent à nous faire passer pour des écervelé.es.

Il est plus que temps de reprendre en main nos existences, de désobéir aux vendeurs d’armes ou aux capitaines d’industrie qui ont pris en main les grands médias. Et à raconter d’autres histoires que celles qui nous sont trop souvent contées, parce qu’il est plus que temps de véhiculer une autre vision du monde et de la vie que celle, fataliste et austère, des visages pâles du capitalisme.

Merci de votre attention.

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Presse citron : revue de presse acide

Décidément on peut faire tous les efforts pour se rendre intelligibles, au prix de se prêter à des exercices médiatiques qui ne nous correspondent pas, on constate qu’au final le monde journalistique dans sa majorité produit un travail bâclé. On se demande si finalement il s’agit d’incompétence ou de malveillance, tant le résultat est pathétiquement éloigné de l’information construite, argumentée que nous nous efforçons de produire collectivement au sein de notre équipe automédia.

Faisons un petit tour d’horizon de la cascade d’articles nauséeux que nous avons eu le déplaisir de découvrir au petit matin et tout au long de la journée et qui illustrent les méfiances que nous concevons à l’égard des médias mainstream et de l’information très partielle et partiales qu’ils produisent.

Commençons avec le plus affligeant : la dépêche AFP rédigée par M. Paul Aubriat

– nous ne sommes pas une soixantaine mais 700 selon les cantines qui servent nos repas (et 300 selon les gendarmes qui aiment diviser les chiffres par deux. Espérons que sa collègue, qui écrit pour libération saura s’y retrouver dans ses comptes avec cette estimation.

– nous n’empêchons personne d’autre que les forces de l’ordre et les idées nauséabondes d’entrer sur le campement. Si ce M. Aubriat s’est senti empêché d’y entrer, c’est sans doute parce qu’il n’a jamais pris le chemin qui mène de Bure à Luméville. Plusieurs journalistes ont déjà visité le campement et su laisser leur matériel d’enregistrement et leur étiquette à l’entrée (certain-es s’installent même pour plusieurs jours).

– il doit y avoir une prime pour l’utilisation du mot ZAD pour qu’on s’obstine tellement à vouloir nous voir en créer une. Cette insistance frise l’obsession dans la presse depuis que nous avons initié ce campement.

– lors de la conférence de presse ce monsieur semblait très contrarié que nous ne donnions pas notre nom alors que les dépêches AFP ne sont pas signées alors qu’elles peuvent colporter sur des dizaines de médias des informations erronées.

Passons à sa collègue Sandrine ISSARTEL, qui a publié pour Libération et qui, après s’être déplacée jusqu’au camp, y être entré et que nous lui ayons consacré une heure de temps à lui expliciter longuement notre projet et nos motivations, a réussi en fin de compte à titrer que nous interdisions toute visite et que nous avions une communication hostile.

Au ton de l’article et au vu de sa malhonnêteté (citations inventées et falsifiées), on regrette que les journalistes aient ce pouvoir de nuisance quand leur ego est écorné.

– entre samedi où on attendait effectivement 200 personnes au premier jour de montage et lundi où nous comptions déjà 500 personnes, Mme ISSARTEL a dû, dans la perspective imminente de ses vacances, mélanger ses notes.

– de l’explication sur l’appellation du collectif, on constate que les journalistes, malhonnêtes, ne retiennent que la moitié qui sert leur propos : nous avons avant tout et surtout choisi ce nom en soutien au conducteur de la déneigeuse injustement victime de l’acharnement politique à le présenter comme coupable et qui croupit à présent dans les geôles moscovites dans l’indifférence totale.

– le terrain n’est absolument pas prêté par un agriculteur sympathisant mais par un ensemble de personnes proches de la lutte contre le projet CIGÉO.

– Mme ISSARTEL ne doit pas avoir souvent l’usage de toilettes sèches pour ignorer que c’est de la sciure et non de la paille que nous utilisons.

– Nous n’avons jamais forcé les journalistes à décliner leur identité mais leur avons demandé de préciser leur média d’appartenance afin que nous sachions à qui nous avions à faire lors de la conférence de presse.

– On nous prête une communication hostile alors que nous avons, jusqu’à présent accordé nombre d’interviews à des journalistes moins truffés de préjugés et plus compréhensifs des réalités auxquelles nous devons faire face dans le respect de l’intimité des espaces de vie que nous partagerons durant ces dix jours.

– On ajoute à ce florilège de considérations aigries des élucubrations sur des hiérarchies implicites de gens qui commanderaient à d’autres de ne pas parler aux médias, comme si nous étions une secte retranchée dont les gourous verrouilleraient la communication. L’automedia du campement compte plus d’une vingtaine de personnes dont plusieurs ont une carte de presse et tentent collectivement de repenser les médias et leur approche.

– Si Mme ISSARTEL a eu la sensation de ne rien apprendre et de ne pas pouvoir travailler, elle aurait sans doute du planter sa tente sur le terrain, comme tout un chacun qui rejoint le campement et comme l’ont déjà fait plusieurs de ses collègues. Elle aurait sans doute eu bien plus de matière pour son article, entièrement focalisé sur la forme. Elle devrait lire l’article de son confrère Lionel Fontaine du Journal de la Haute-Marne ou de Martine Valo pour le Monde (qu’on remercie pour leurs articles fidèles à ce que nous tentons d’exprimer et construire), également présents lors de cette conférence, et qui ont visiblement été bien plus inspirés qu’elle.

Bref, un mauvais article qui ne contribue pas à relever la moyenne, loin de là …

Un autre candidat bien placé dans la malhonnêteté journalistique, M. BASSAND Ludovic qui, dans l’Est Républicain, s’est ingénié à atrophier nos propos et les caricaturer. C’est exactement pour cette raison que nous essayons d’être prudents dans notre rapport aux journalistes et que nous avons choisi de les enregistrer par audio et images.

– Là encore la prétendue interdiction du camp aux journalistes. (cf. ci-dessus).

– Le tri sélectif opéré dans l’énumération des journées thématiques de discussion est pour le moins insolite : « moment de partage non mixte pour une gynécologie domestique », « expériences et considérations sur l’alcool dans nos luttes », cours matinal de krav-maga (self défense). Retenir du programme, qui s’articule autour de grandes questions thématiques et de réflexions sur les luttes passées, seulement quelques ateliers sortis de leur contexte, pousse à se demander l’intention sous-jacente de Monsieur BASSAND et son indépendance. On avait été habitué à un peu mieux avec l’article de Sébastien GEORGES, le rédac. chef départemental de l’Est Républicain, en date du 27 juillet. M. BASSAND devrait relire ce qu’écrivent ses collègues avant de prendre la plume.

Ensuite, viennent en vrac tous ceux qui veulent absolument inventer une ZAD dans la Meuse par sensationnalisme ou mimétisme, alors que nous répétons à l’envi que l’évènement n’appelle ni ne prédispose à une ZAD. Ce terme devenu générique pour toute lutte de territoire ne répond à aucune définition réelle (n’en déplaise à l’académie française qui se ridiculise en l’avalisant) et ne peut en rien recouvrir les réalités à chaque fois singulière de chaque endroit de lutte. Un florilège de médias qui ne se sont pas déplacés et qui paraphrasent ce qu’ils pensent avoir perçu et compris de ce que nous construisons actuellement à Luméville-en-Ornois. On peut ainsi citer Le Parisien qui titre « Bure, nouvelle ZAD ?« , Valeurs Actuelles s’interroge sur « l’émergence d’une nouvelle ZAD« , France Inter a changé son titre initial « Une nouvelle ZAD à Bure » et France Info se demande si le « centre d’enfouissement va se transformer en ZAD« . Pour la Croix, comme le projet d’enfouissement ne démarre qu’en 2020-2025, en phase pilote, il serait encore « trop tôt pour envisager une ZAD« . Quand tout sera construit on pourra faire une grande ZAD souterraine …

Et le meilleur pour la fin : BFMTV et sa légendaire objectivité, son traitement médiatique sensationnaliste et populiste (il suffit de demander aux journalistes des autres médias ce qu’ils en pensent pour prendre la mesure de la perception qu’ils ont de ce média qui emprunte aux USA ce qui se fait de pire comme journalisme). Visiblement ils n’ont soit pas apprécié qu’on les éconduise (à raison) soit ils sont en service commandé de stigmatisation. Dans tous les cas, on ne peut que s’affliger d’une presse aussi ostensiblement propagandiste et agressive, se dire que l’ANDRA sera ravie de cette pub fortuite qu’on nous offre sur les grandes ondes et voter « contre » au petit sondage écoeurant qui est proposé par ce média.

Sinon, du côté de l’ANDRA ou de la préfecture, la communication est en vacances: on ne doit pas vouloir que ça parle de Bure …

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5 août : Fil d’info à couper le Bure

Deux jours depuis le dernier fil d’infos, et tant de choses à raconter. Les arrivées se sont multipliées et le campement fourmille de près de 700 personnes qui s’activent partout, se retrouvent, se donnent des nouvelles, s’occupent de missions de la vie quotidienne, rejoignent les différents lieux de discussions et ateliers, partent en balade.

Entre autres choses, ce matin, une partie du collectif Mauvaise troupe, auteur de « Constellations, trajectoires révolutionnaires du jeune 21è siècle », propose une discussion dans le grand chapiteau. Ils et elles commencent par des lectures de récits de plusieurs NoTav sur des batailles dans la Vallée, et d’habitant.e.s de Notre-Dame-des-Landes et des alentours qui évoquent les premières assemblées de lutte et comment elles ont évolué en réunissant de plus en plus de personnes différentes, ou du rapport aux médias. Puis s’enchaîne une présentation du mouvement NoTav, de sa dimension populaire, des moments forts qui ont construit un sentiment de puissance collective et de solidarité. La lutte de Notre-Dame-des-Landes, nourrie d’une histoire de lutte assez différente, met davantage de temps à prendre une dimension populaire. Mais une notion émerge qui permet de dépasser la question de la lutte contre l’aéroport et d’envisager quelle serait la vie sur la ZAD après l’abandon du projet : comment faire commune, pas au sens administratif actuel mais au sens de la Commune de Paris, du mouvement ouvrier à Nantes en 68 ou d’Oaxaca. Comment revenir sur les succès et les échecs liés aux histoires de ces luttes, comment se construire à partir de ça ; autrement dit de mettre en commun, des forces, des visions, construire ensemble.

En parallèle avait lieu un atelier autour des médias, de l’automédia et des médias libres, avec des personnes qui travaillent sur des projets de sites d’infos alternatives comme Paris Luttes Infos, La Rotative, ou sur des versions papier automédia type journaux de ZADs (Roybon, NDDL…). La discussion s’est ouverte sur la question juridique de l’automédia et le rapport à la loi en particulier, notamment autour du droit de diffusion, du droit de réponse à la presse bourgeoise et de la responsabilité des écrits produits. Puis plus concrètement, ont été abordées en vrac les questions de nos financements et de la mutualisation de nos ressources, de l’autonomie face à la diffusion de nos médias, de la présence de journalistes plus ou moins problématiques sur nos espaces de vie (et de comment l’on pourrait s’en prémunir…)…

Dans l’après-midi, une balade est partie du camp pour continuer à explorer les environs.

Dans le même temps, une discussion avait lieu sous le grand chapiteau à propos des ZADs. Nommée « Retours critiques sur les ZADs et perspectives« , cette discussion a permis d’explorer les déconvenues et les réussites liées à cet outil qu’est une « ZAD », d’aborder de façon approfondie la question de l’ancrage local et l’importance d’un terreau de lutte qui va au-delà de la simple occupation par des squatteureuses. Le retour sur la ZAD de Sivens, notamment, a été l’occasion de faire le bilan sur les oppositions qui ont pu naître entre locaux/locales et occupant.es et les incompréhensions qui en ont découlées. Des interventions autour d’autres ZADs (Roybon, Notre-Dame…) ont pu permettre d’inscrire cette forme de lutte dans une temporalité historique et d’ouvrir le débat sur la nécessité d’une mémoire collective. Enfin, à partir d’expériences de la ZAD de Notre-Dame, l’échange s’est ouvert sur les perspectives liées à ces formes d’occupation et sur comment elles pouvaient être l’occasion d’arracher à l’état des espaces de vie où il serait possible de réinventer nos vies au sens large, de déconstruire nos rapports notamment de domination et nos constructions oppressives, et de travailler à dépasser l’entre-soi militant et la tendance à s’enfermer sur nos modes de vie respectifs. La discussion s’est finie sur la nécessité de dépasser et se détacher de « la ZAD » et de ce que ce terme peut aujourd’hui véhiculer, notamment à travers l’usage qu’en font les médias, et sur l’importance de ne pas brider nos imaginaires dans ce terme, ainsi que de construire l’hétérogénéité autour de ce que nous offre ces espaces de vie et de faire des ponts entre nos luttes.

Dans la soirée, une assemblée générale extraordinaire a été proposée à mi-camp. Cette assemblée a été l’occasion d’évoquer les questions de dominations sexistes, transphobes, lesbophobes ou racistes vécues sur le camp.

Dès le début de l’assemblée générale, qui se déroulait sous le chapiteau central après le repas du soir, un groupe a demandé la parole et a lu un communiqué pour dénoncer les différentes formes d’oppression et de domination constatées sur le camp. Cette prise de parole a entraîné de longs échanges sur ces questions, et la manière dont elles étaient prises en compte dans nos luttes de manière générale, et sur l’espace du camp en particulier. Bien que la tension ait été palpable toute la discussion, et les échanges parfois peu sereins, des ressentis très forts liés aux oppressions vécues ici ont pu être exprimés, et la nécessité d’ouvrir d’autres espaces de discussions liés aux questions du sexisme dans nos milieux a été posée de façon claire. Suite au(x) prochain(s) épisode(s) donc…Différentes commissions ont également présenté des informations d’ordre technique sur la vie du camp. Quelques éléments en vrac :

– le nombre de personnes participant aux commissions (Vladimir, Martine, Nestor, etc.) qui contribuent à la vie du camp est assez faible par rapport au nombre de personnes présentes (environ 160 sur 600). Inscrivez-vous à l’espace dédié, sous la tente qui accueille le Point Info (espace central);

– le camp a un coût (à vue de nez, 29 000 balles) et 15 000 euros ont été récoltés avant le camp et depuis le 1er août. Plusieurs caisses de soutien sont disposées à l’accueil, à la tente infos, aux différentes cantines, pour accueillir les contributions ; le détail des dépenses est consultable auprès de l’équipe thunes.

– des crieurs et crieuses circulent dans le camp avec les petits messages qu’ill et elles trouvent dans la boîte de la tente Infos. Si vous avez une info à faire passer, vous pouvez faire appel à elles !

– le collectif Bla est présent avec son matériel de traduction simultanée et a mis en place une caisse prix libre pour être soutenu. On salue également le travail impressionnant des volontaires polyglottes qui traduisent en direct en anglais, allemand, russe, espagnol, portugais les discussions du grand chapiteau.

– l’équipe anarcho-pompiers a fait un point sécurité ; vu la chaleur, faites gaffe aux départs de feux !

– l’équipe médic manque de personnes motivé.es et formé.es. Pour remédier à ça, illes proposent un atelier « Conseils en action » jeudi à 17h30 ainsi qu’un rendez-vous « Formation street médic » à 19h, le tout à la tente médic derrière la gare.

– enfin, une éolienne est en cours de construction et sera finie aujourd’hui. Vers toujours plus d’autonomie !

Nous profitons de ce fil d’info pour lancer un petit appel. Etant donné que la maréchaussée procède à de plus en plus de contrôles dans les environs du camp, nous serions rassuré.es si nous pouvions compter sur le soutien d’avocat.es ami.es. Qu’illes n’hésitent pas à nous contacter s’illes veulent apporter leur aide.

 

A bientôt pour le prochain fil d’infos.

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Contexte et historique de la lutte locale contre Cigeo

Le 3 août à 10h00, une grande discussion a eu lieu sur le contexte local de la lutte contre Cigeo et l’Andra. Nous étions entre 150 et 200 personnes. Différentes associations sont venues nous parler du processus qui a été mis en oeuvre pour implanter le « Centre industriel de stockage géologique » dans la région.

NB: Ce compte-rendu a été retranscrit par deux personnes volontaires, elles ont tout fait pour rester fidèles à ce qui s’est dit oralement, et nous invitons toutes les personnes qui voudraient approfondir cet aspect à se renseigner auprès du collectif Bure Stop, qui fédère toutes les initiatives locales d’opposition à l’Andra et à son projet Cigéo.

Un représentant du Cedra 52 (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) commence à nous expliquer l’historique. Dans les années 80, les industriels des pays nucléarisés se retrouvent confrontés au problème des déchets nucléaires. La solution étant alors de les jeter en mer. L’enterrement des déchets a donc été envisagé dans la Creuse, mais la population n’a pas été consultée. La population locale, découvrant la situation, entre en résistance, suivie par les élus.

En 1987, quatre départements sont ciblés mais la situation n’était pas claire sur la localisation envisagée. Un moratoire est décidé en 1990 suite à la rebellion de la population.

En 1991, le député (PS) Christian Bataille est à l’initiative de la première loi relative au traitement des déchets : il recherche des sites candidats en France avec un projet de laboratoire souterrain, un accompagnement économique pour les régions impactées, et des promesses d’emplois.

Fin 1993, quatre départements sont envisagés par Christian Bataille : la Vienne, le Gard, la Haute Marne et la Meuse, ces deux derniers ayant une frontière commune. La Meuse et la Haute Marne seront finalement retenus, avec Bure comme cible.

Jean-Pierre Remmelé, maire de Bonnet entre 1995 et 2014, agriculteur retraité, prend la parole pour raconter avec émotion l’implantation de Cigéo. Quatre ZIRA (Zone d’intérêt pour la recherche approfondie) sont envisagées sur la communauté de communes. Ce qui crée des tensions entre les quatre municipalités (Mandres-en-barrois, Ribeaucourt, Bonnet, Bure), car chacune convoite la « descenderie » qui est présentée comme un important facteur de développement économique.

Dans la commune de Bonnet, le conseil municipal vote à l’unanimité contre le projet. En octobre 2009, toutes ces municipalités sont invitées par l’Andra à la présentation du projet. Finalement, c’est une cinquième ZIRA qui est retenue, malgré le fait que personne n’en a entendu parler ! Il s’agit de Bure. En janvier 2010, lors d’une autre réunion, les 4 maires sont réunis autour d’une table et font face à quatre fonctionnaires : le préfet, le secrétaire de la préfecture, une stagiaire de l’ENA, et… le chef des RG de la région ! Trois maires sur quatre souhaitent consulter leurs administrés, mais la préfecture sort alors un texte interdisant les référendums locaux. Seule la mairie de Bonnet tente de s’opposer en évoquant le principe de précaution en prenant une délibération contre l’enfouissement, entamant ainsi une bataille rangée contre l’ANDRA, et donc ontre l’État.
L’association EODRA (Elus opposés aux déchets radioactifs), avec le soutien de la population locale de la Meuse, rechigne car la loi Bataille imposait la création de plusieurs laboratoires, et cela n’est donc pas respecté.

En janvier 2000, un second laboratoire est donc envisagé parmi 16 départements candidats. Parmi eux, la Corrèze, département dont F. Hollande était député. Sous la pression des opposants, le projet du second labo est rejeté, alors que Hollande avait voté pour la loi Bataille de 1991.

La mobilisation locale
L’opposition locale prend corps en 1994 avec une première manifestation contre CIGEO, à l’appel de diverses associations comme le CDR 55, le CEDRA ou l’EODRA, regroupant plusieurs centaines d’élus meusiens ayant signé contre CIGEO.

Corinne, militante locale, raconte : « En 1994, l’association Meuse Nature environnement a lancé l’idée de créer des collectifs de résistance. L’ensemble du département s’est mobilisé, on a fait des chaînes téléphoniques, des réunions mensuelles, des blocages du Conseil général, des manifestations, des recours juridiques, etc.. Car en 1994, à la vue du cahier des charges de l’ANDRA, on s’est rendu compte que le projet était de confiner les remontées radioactives en surface. Au fur et à mesure, on a découvert les dangers et l’ensemble des problèmes mettant en péril les générations futures, l’eau, les nappes phréatiques, etc. Le but de l’ANDRA est d’enfouir le problème pour 100 ou 200 ans. Il y a donc un risque que les générations futures ne puissent plus connaitre le lieu exact de la contamination. Le travail, avec des experts indépendants, met en évidence des problèmes techniques que l’ANDRA n’a toujours pas résolu : les déchets produisent de l’hydrogène qui peut devenir explosif, il y a donc des risques d’incendie en grande profondeur. Sans parler du transport : il y aura deux convois de matières radioactives par semaine pendant 130 ans. Un risque insensé d’accident et de contamination. Comment prédire l’imprévisible?»

Jean-Marc Fleury, président de l’association EODRA, renchérit : « la question du coût de cette opération est largement éludée par CIGEO alors que l’on sait qu’il s’agit aujourd’hui d’une opération de quelques 35 milliards d’euros, minimum. Et si les porteurs de ce projet suivent les recommandations de sécurité de l’IRSN et de l’ASN, on est au dessus de 50 milliards. L’État en a-t-il les moyens ? Non. Sur quoi va-t-il devoir rogner ? Il n’y a aucun contrôle, ni technique ni financier. Je fais partie du CLIS (Comité Local d’Information et de Suivi). En 2000, nous avons commandé une contre expertise. On s’est trouvé face à un gros problème : impossible d’expertiser le programme de l’ANDRA, car il n’y avait tout simplement pas de programme de recherche ! Ici, ce qui est recherché par les sociologues et psychologues payés par l’ANDRA, c’est la capacité d’une population à accepter un tel projet. C’est la seul chose étudiée ici. A chacune de nos questions, l’ANDRA répond par l’opacité. Aujourd’hui, environ une quinzaine d’associations se battent contre le projet, avec chacune ses spécificités et ses modes d’action (manifestations, information citoyenne, actions juridiques, participation à la lutte anti-nucléaire nationale, etc.).

Irène, du collectif des Habitants Vigilants de Gondrecourt, explique : Aujourd’hui le projet de poubelle nucléaire, une sorte de « CIGEO Valley » a permis à d’autres d’entreprises liées au nucléaire de prospérer aux alentours du labo. Par exemple : à Saudron, Syndièse, un projet du CEA, est une usine de biocarburants dite « de 2ème génération » à 22 millions d’euros, destinée à engloutir la forêt alentour car le procédé utilise le bois. Le tout avec un permis de construire non déposé ! A Velaine-en-Haye, EDF a construit une centrale logistique de pièces de rechange pour son parc de centrales nucléaires (37 millions d’euros). A une trentaine de kilomètres de là, à Void-Vacon, une plate forme de transit a été construite en 2009 par une filiale d’Aréva. Il s’agit d’une aire de repos de matières radioactives en provenance du Tricastin. Autre exemple: à Saint-Dizier, une usine de maintenance nucléaire pour Areva et EDF est en cours de construction pour 42 millions d’euros. De multiples entreprises devraient encore voir le jour autour de CIGEO.

Claude Kaiser, Association La Graine. « Dans la Meuse, on trouve ici concentrées toutes les horreurs du capitalisme. On nous a dit « peut importe ce que vous pourrez dire, vous l’aurez, la seule façon d’empêcher l’implantation de CIGEO est de mettre 10.000 personnes dans la rue ». Mais avec 7 habitants au km2, comment mettre 10.000 personnes dans la rue ? C’est bien la raison pour laquelle ce site a été choisi, nous a-t-on répondu. Je n’ai plus aucun espoir dans ce système. Il faut mettre en place un rapport de force, car ils ne comprennent que ça. Aujourd’hui, on sent un vrai renouveau dans la lutte. La mobilisation a pris un bel essor avec le blocage du débat public en 2013. Ce pseudo débat a été perturbé puis finalement empêche par des centaines de militants locaux. Pour les vieux militants que nous sommes, c’est un grand coup de fouet et beaucoup d’émotion. Il y a eu les 100 000 pas à Bure le 7 juin, l’occasion de réunir prés de 2000 personnes. On n’avait pas vu ça depuis longtemps. Et désormais, le projet mobilise bien au-delà de la Meuse et la Haute Marne. Par l’action de TOUS, dont le camp VMC, on sent que le rapport de force commence à se structurer. Un des problèmes reste que les gens pensent qu’ils n’ont pas les moyens de faire arrêter le projet. Maintenant, je pense qu’il est possible de mettre ces 10 000 personnes dans la rue. Et ça commence aujourd’hui !

Questions dans la salle

En quoi la loi Macron accélère t-elle le projet de BURE ?
A l’origine, il y a la loi Bataille de 91, puis une nouvelle loi sur les déchets nucléaires votée en 2006. Cette dernière, relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, définit une politique nationale, renforce la transparence dans ce domaine, et met en place des dispositions de financement ainsi que d’accompagnement économique. L’autorisation pour l’enfouissement en couche géologique profonde ne sera délivré que si la « réversibilité » du stockage est assurée pour au moins 100 ans. Mais il y avait une date limite pour l’autorisation de la création d’un centre de gestion durable des déchets, et ce délai arrive à terme. C’est pourquoi le gouvernement a accepté, dans la dernière loi Macron, de valider un amendement – déposé par Gérard Longuet, sénateur LR de la Meuse –qui entérine cette « réversibilité ». (Même si le 6 août, nous avons appris que le Conseil constitutionnel vient d’invalider cet amendement).
Mais la « réversibilité » n’est qu’un concept psychologique pour assurer l’acceptabilité sociale. L’Andra est capable de truquer les résultats scientifiques et les associations luttent juridiquement. Le cahier des charges est public. Mais le site de l’ANDRA est tellement blindé de documents qu’il est difficile de s’y retrouver. Au CLIS, on a commandité une contre expertise. Ce ne fut pas possible car il n’avait pas de programme de recherche à expertiser! C’est une anecdote invraisemblable à propos de la supercherie de ce projet. Cela pose aussi le problème de la capacité d’une population à accepter un projet aussi terrible.
Nous connaissons un centre d’enfouissement, le WIPP au Nouveau Mexique (USA) où il y a eu, en février 2014, un accident suivi de fuites radioactives. Les futs les « moins dangereux », qui du moins n’auraient pas été envisagés comme dangereux, ont contaminé 21 ouvriers et les installations souterraines. Il n’y a que très peu d’information relayé mais Mediapart a réalisé un bon dossier sur ce sujet.

Combien de personnes travaillent autour du projet et combien d’emplois sont prévus?
La totalité des emplois directs et indirects est de 280, répartis sur les deux départements. Mais il n’y a qu’une dizaine de personnes réellement du coin qui sont employées. Loin des promesses formulées au début.

Pourquoi ne pas boycotter les instances crées par les institutions ?
Le CLIS de Bure est le seul (organe) qui ait de réels moyens financiers. Grâce à lui, plusieurs études ont été réalisées grâce a l’intervention des opposants.

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7 août : Fil d’info à couper le Bure

Un espace de non-mixité LGBTIQ a été ouvert voilà deux jours. Des repas et des moments conviviaux y sont organisés. Il est aussi possible d’y lire de nombreuses brochures.

La tente « écoute » a également été mise en place. L’idée de cet espace est de pouvoir parler dans la confiance et la confidentialité de violences et de dominations subies, de moments difficiles. Des permanences sont mises en place en mixité, en non-mixité femmes et en non-mixité LGBTIQ. Peut-être cette tente se développera-t-elle davantage dans les jours à venir.

Jeudi, le programme était extrêmement chargé ! C’était notamment la journée de lancement des discussions sur la COP 21.

La première discussion, à 10 h, concernait les enjeux de cette grand messe sur le climat qui se déroulera à Paris au mois de décembre. Une discussion en grand groupe, suivie d’une autre session, à 14h, en petits groupes autour des thèmes agriculture, énergie, lien avec la justice climatique, répression, déchets…

Un agenda international des mobilisations de l’automne a été présenté.

Les discussions reprennent vendredi sur ce sujet.

Le matin a également été l’occasion de se parler de non-exclusivite amoureuse et de sortir du conformisme du couple. Inventer et experimenter des relations libres et choisies.

La question de l’antispécisme (la lutte contre l’exploitation des autres animaux par l’humain) fait partie de la réflexion sur le camp. La restauration vegan continue de nous remplir de joie à chaque repas.

Il y eu un atelier « auto-défense physique en manif », mais aussi un atelier d’auto-défense juridique, ainsi qu’un autre d’auto-défense numérique. S’approprier des moyens de protection pour lutter contre un monde ultra sécuritaire semble indispensable sur un camp comme celui-ci, et les motivations pour s’autoformer viennent de partout. Merci à celleux qui partagent leurs savoirs sur ces questions !

Dans l’après-midi, un atelier rap a aussi eu lieu à la maison de Bure (dessin de droite), on attend d’entendre ça à la radio !

Les discussions sur la gynécologie domestique se sont poursuivies dans le camp non-mixte. On y a abordé des tas de questions liées à nos sexualités, à nos corps et à la manière la plus adaptée de se les réapproprier, et d’éviter le plus possible les contacts potentiellement traumatiques avec la médecine allopathique, qui considère bien trop souvent nos corps comme des machines détachées d’émotions et de ressentis humains…

La question du regain réactionnaire et de l’exrême droite a fait l’objet d’une discussion en fin d’après-midi.Le postulat de départ posé est que l’extrême droite est un groupe hétérogène, et qu’à ce titre ses pratiques sont diverses. On a continué en parlant du contexte de regain d’intérêt pour ce groupe politique, regain qui pourrait éventuellement s’expliquer à travers les évènements récents (la mort de Clément Méric, les manifs pour tous…). Plus globalement, le constat est fait de la droitisation du paysage français et de la lepénisation des esprits. Le discours d’extrême droite devient décomplexé, et les idées qui y sont liées touchent une frange plus élargie de la société. Il est constaté aussi que les médias tendent à paticiper à la projection de ces idées, ainsi que les réseaux sociaux qui ont été largement investis par l’extrême droite. Enfin, les moyens de lutte sont discutés à travers une autocritique du mouvement antifa, le constat d’une nécessité de vigilance quotidienne face à la banalisation de certains propos et actes (racistes, sexistes, etc…) ainsi que celle de continuer à réfléchir collectivement pour effectuer un travail de veille, d’intervention et d’analyse pour lutter contre ces idéologies, en contextualisant ces outils par rapport aux territoires dans lesquels ces luttes s’inscrivent…

Dans la même veine, un autre débat a concerné le confusionnisme (théorie du complot). Il semble que des personnes confusionnistes aient manifesté leur vision du monde lors de cette discussion. Les participant.es ont essayé de définir le confusionnisme, les « confus ». Certains le définissaient comme un mélange des idées traditionnellement attribuées à la droite et à la gauche. Déconstruire leur discours ne suffit pas, on débusque la confusion à l’aune des actes militants des uns et des autres.

Il y a eu également une discussion sur la présence de l’alcool dans nos luttes. C’était une discussion détendue en grand groupe. Certain.es ont parlé de leurs expériences par rapport à l’alcool sur des lieux d’occupation, ZAD, camps, squat…). Notamment le fait que les lieux collectifs où l’alcool était interdit ne survivaient pas longtemps à cette interdiction. Certain.es pensaient que l’alcool pouvait nuire à l’image d’un lieu, d’autres expliquaient les circonstances qui menaient à l’alcoolisation. Une discussion en plus petit groupe a suivi sur l’alcool dans le cadre des lieux occupés et des questions comme : comment remplacer l’alcool, quelles solutions inventer ?

Réunions et ateliers :

Un incroyable atelier « Chant de luttes » a donné lieu à des créations vocales (à plusieurs voix) de haute volée sur des chansons comme « Je suis fille de.. », « Allez les gars », « Fusk Ushima »… (ci-dessous!)… Les participant.es en redemandent et les lanceuses d’atelier comptent bien en proposer un nouveau dans la journée de samedi. Pour plus de renseignements, regardez le programme mural du point info !

Une réunion non-mixte a eu lieu pour définir un moment de discussion collective mixte sur le sexisme, afin de réagir aux agissements dénoncés lors de l’AG de mercredi soir. Les participantes souhaitent expliquer le sexisme, le féminisme et l’interconnexion (l’intersectionnalité) des luttes en faisant preuve de pédagogie.

En soirée, un apéritif était proposé à Bonnet, un village proche, suivi d’une discussion sur l’avenir des terres agricoles et la question foncière : la façon dont l’ANDRA s’approprie toutes les terres autour du lieu du projet d’enfouissement. Une mobilisation des agriculteurices en colère serait un soutien fort. Des copains-copines de COPAIN (44, association de paysan.nes qui luttent contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) étaient présent.es pour échanger avec les paysan.nes du coin sur les modalités de défense d’un territoire face à un projet imposé…

La chaleur est toujours de rigueur, pensez à picoler de l’eau à tout va !

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Un préfet très emmerdé…

On a reçu ça dans la boite de VMC…

Vendredi matin, aux alentours de 3 heures du matin, cinq sacs de compost frais de toilettes sèches ont été vidés sur les marches de la préfecture de la Meuse à Bar-le-Duc, et deux tags les accompagnants : « AREVA, REPREND TA MERDE » et « NUCLEAIRE = POUBELLE ETERNELLE ».

Et encore, notre merde à nous, elle est compostable. Pas comme les tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs que l’Etat envisage d’enterrer sous nos pieds, et qui resteront dangereux pendant plusieurs centaines de milliers d’années.

Ce message a été déposé parce que le préfet de la Meuse est largement impliqué dans les projets de l’ANDRA, bras armé de l’Etat pour digérer les résidus immondes de l’industrie nucléaire dont AREVA est le fleuron.

Par son aveuglement et son refus de prendre en compte des principes de précaution les plus évidents, ce préfet met en péril l’avenir commun des formes de vie et se rend ainsi complice de la destruction des écosystèmes et des nappes phréatiques.

Habitué comme ses congénères à passer l’éponge sur les exactions de la FNSEA qui déverse régulièrement son purin devant ses fenêtres, il devrait facilement trouver un débouché pour nos déchets organiques.

Notre civilisation est un bateau ivre, s’enfonçant dans des eaux sombres et glaciales. Nous formons ensemble un radeau de survie fuyant ce naufrage promis. Ne laissons pas leurs poubelles polluer plus longtemps nos vies.

Empêchons leurs fantasmes morbides de devenir notre destin.

Des défenseurs unis des derniers espaces sauvages

 

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Accident nuke à Void-Vacon ?!

8 août. Réveil bizarre ce matin. Ça s’affole dans tous les sens. Void-Vacon est une ville entre Bure et Nancy, et là-bas une boite de transport filiale d’Areva sert de plateforme pour des convois d’UF6 (composés d’uranium), et ça devait arriver non?

Le site de la mairie ne répond pas, mais on a reçu une capture d’écran ce matin…

COMMUNIQUE / URGENT

LEGER INCIDENT DE TRANSPORT DANGEREUX – RISQUE DE POLLUTION

Un accident de circulation vient d’avoir lieu ce matin en centre ville, rue Notre Dame, devant la pharmacie non loin du croisement avec la rue Louvière.

Nous attendons confirmation des services préfectoraux, mais il s’agirait d’un des nombreux camions qui transitent par la plateforme des établissements LMC, filiale d’Areva Transport.

Nous demandons à la population de ne surtout pas paniquer, mais le principe de précaution nous conduit à conseiller aux habitants de rester confinés dans leurs domiciles jusqu’à nouvel ordre en évitant de se rendre en centre ville.

A priori, aucun danger de radioactivité n’est à prévoir mais en raison du type de matières transportées habituellement (des colis renfermant des composés d’uranium destinés à être utilisés dans les centrales nucléaires), une pollution chimique n’est pas à exclure (de type acide
fluorhydrique).

La municipalité de Void-Vacon est consciente des risques encourus par ces transports fréquents. Mais elle reste totalement confiante dans la manière dont les autorités sauront gérer ce problème momentané. La circulation devrait être rétablie dans les plus brefs délais. Un nouveau
bulletin sera diffusé dès que possible.

 

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Balade à travers champs

Ce texte a été transmis à l’équipe automédia du camp VMC de Bure (juillet 2015), et est retranscrit ici tel que.

Il est 13h et quelques. Le thermomètre affiche mille degrés à l’ombre, et on est une cinquantaine à se rassembler au point info : le programme indique « Balade à travers champs », et il paraît qu’il s’agit en fait d’une balade aux pieds de pylônes du coin, ça donne envie ! Le mot tourne que c’est « départ à 13h30 PÉTANTES », mais une partie des personnes qui ont préparé la balade ne sont pas encore là, alors on les attend. Assez vite il est proposé de faire un petit point, lors duquel on apprend que l’objectif de cette balade est de transmettre des savoirs et des expériences qui viennent notamment de luttes contre des lignes à Très Haute Tension (THT), et en l’occurrence des pratiques de déboulonnage et autres sabotages de pylônes. Il nous est rappelé de bien rester groupéEs, de porter attention aux potentielles présences de keufs, de ne surtout rien toucher sans gants, de ne pas prendre nos téléphones portables (géolocalisation, écoute…), et de ne pas prendre de papiers d’identité si on décide ensemble de refuser en bloc les contrôles d’identité, etc.
Comme d’hab, l’inertie de groupe nous fait décoller avec un peu de retard, mais ça y’est, c’est parti !
On croise très vite une estafette de gendarmerie, aucun doute sur le fait qu’ils aient été renseignés, d’ailleurs on en croisera bien d’autres plus tard…
PlusieurEs retardataires nous ont rattrapéEs dans les dix premières minutes de marche, mais ça y est, le binôme équipé de talkies chargé de clore le cortège est à l’arrière, et on traverse des champs, plein de champs ! Du blé coupé ras sur des dizaines d’hectares s’étalant sur les collines jusqu’à l’horizon, avec quelques îlots d’arbres bien touffus parsemés par-ci par-là, et c’est plutôt stylé comme endroit en fait! Le petit village avec ses toits de tuiles en contrebas fait très pittoresque, on se croirait dans « La petite maison dans la prairie » !!
Au bout de genre quarante minutes de marche, les personnes qui portent un peu la promenade nous proposent une pause dans un bois, lors de laquelle illes nous montrent quelques outils (clef à douille de 46, 35, 27, bras de levier, scies à métaux), en nous rappelant de bien toujours utiliser des gants pour les manipuler et de les nettoyer à l’acétone. On décide aussi qu’on ne fera aucune manipulation réelle si on estime qu’il y a trop de flics, ce qui en rassure plusieurEs
Une personne questionne l’objectif du déboulonnage : est-ce pour faire tomber le pylône ? À quoi bon déboulonner pour le symbole ? L’explication tombe sous le sens, il s’agit là d’apprendre à se solidariser, à se sentir fortEs ensemble, à apprendre à se déplacer à plusieurs dizaines, à partager des savoirs et des pratiques, de plus, il s’agit aussi clairement de faire chier Rte en leur coûtant de l’argent et en faisant parler de la lutte.
C’est assez chouette, on papote, des personnes traduisent en anglais et en espagnol, et après un quart d’heure on repart en marche tranquille le long des bois et à travers champs. C’est assez agréable de voir qu’il y a une attention portée aux personnes qui marchent moins vite : on entend régulièrement l’équipe qui clôt le cortège dire à l’équipe qui ouvre de ralentir, on resserre le groupe, et on s’assure que tout le monde va bien.
Le groupe arrivant en haut d’une colline, on a le loisir de pouvoir observer les pylônes à quelques centaines de mètres. Au pied d’un, deux points noirs se déplacent dans les champs, on les identifie rapidement comme étant des moto-cross de keufs. Mais pas d’autres flics à l’horizon! L’avantage de ce coin, c’est que les pylônes sont au milieu des champs, inaccessibles en véhicule, les flics déploient donc des motos, mais c’est pas évident de transporter un car de CRS en moto
Il fait toujours grave chaud!!
Au fur et à mesure qu’on avance, les deux motos bougent, mais ne tentent évidemment rien, juste nous observent. On vise donc le pylône, et en s’en rapprochant on voit débarquer au loin quatre ou cinq véhicules de gendarmerie, genre deux estafettes, une voiture banalisée, et deux camionettes. Pas la chance, la route passe loin du pylône! On trace donc tranquillement vers notre cible, qu’on atteint en une quinzaine de minutes. On commence alors la « leçon » par l’observation de la plaque d’identification, laquelle nous indique le numéro du pylône, la commune dont il dépend, le transformateur source, le transformateur de destination, et la tension dans les câbles (en l’occurrence 400 000 V). Puis on apprend quoi déboulonner, où scier, le rappel des gants pour ne pas laisser d’empreintes, et de nombreuses techniques et précautions : pour les boulons, il faut une douille de 46 à la base, puis 35 quand on remonte et 27, 26, 25 plus on va haut. Il est parfois utile d’avoir avec soi du dégrippant et de chauffer l’écrou avec une lampe à souder : ça facilite le travail! Il est d’ailleurs plus facile de déboulonner en maintenant l’écrou d’un côté avec une clé plate et en dévissant de l’autre côté avec une clé à cliquet et une rallonge (genre barre de métal). On apprend qu’il y a environ 700 boulons par pylône. C’est donc une sacrée entreprise de se mettre à tous les dévisser, et ça oblige à grimper et se rapprocher des câbles sous tension, ce qui peut être plutôt dangereux… De toutes façons on ne peut pas enlever tous les boulons, le poids de la structure pesant sur les boulons restants, les derniers seront coincés en force, et on ne pourra pas du tout les sortir. Par contre, si on enlève tous les boulons de la partie basse du pylône, il y a un endroit particulier qui peut lâcher si on exerce une pression dessus, sympathique n’est-ce pas?! Il y a aussi parfois l’opportunité de déboulonner des pylônes qui sont en cours de montage, à terre (ils sont d’abord assemblés au sol en trois ou quatre parties puis élevés et fixés en hauteur à l’aide d’une grue ou d’un hélicoptère), et dans cette situation on peut encore plus s’en donner à coeur joie, à très nombreux-ses, et disperser tous les éléments dans les espaces alentours! Remettre des boulons ne coûte pas bien cher à Rte, mais s’ils ne savent pas quels pylônes ont été déboulonnés, ils sont obligés de tous les vérifier, ça leur prend du temps et leur coûte de l’argent. Habituellement les installations sont vérifiées environ une fois par an.
En dehors du déboulonnage, il est aussi possible de scier la base des pieds, juste à la limite du plot en béton. Jusqu’à maintenant il a été remarqué que Rte se contente alors de ressouder les parties sciées, apparemment ça ne les oblige pas à reprendre toute la structure. Par contre s’il y a plusieurs points de sciage et plusieurs points de soudure il est possible qu’au bout d’un moment ça devienne plus compliqué pour eux.
Aussi, quand des cornières ou des barres ont été déboulonnées, on peut les tordre à la main jusqu’à une certaine taille de section. Ça oblige Rte à faire venir des éléments de rechange depuis un dépôt de matériel pour les remplacer, en plus de reboulonner.
On peut aussi retenir que si un pylône tombe, il va probablement entraîner dans sa chute les deux pylônes qui lui sont rattachés, provoquant possiblement un énorme arc électrique, très dangereux voire mortel pour qui se trouve à portée.
Tout le long de cette session, des personnes ont tenu un drap entre nous et les flics stationnés à environ 600m. Les 5 véhicules s’étant rapprochés sur une petite route, on peut se douter que ces enfoirés prenaient des photos, voire plus (on apprend d’ailleurs qu’il existe des moyens de capter les sons à très longue distance, même sans voir sa cible…), photos qu’ils auront plaisir à utiliser lors de procès (ce que nous ne souhaitons pas!). De l’autre côté les motards nous ont surveillés à cinquante mètres, mais se sont vite-fait barrés quand quelques-unEs d’entre nous sont alléEs vers eux… Je crois que certaines personnes ont été rassurées que ces motards ne soient pas insistants et que les voitures de keufs restent loin, cependant, on a choisi de ne rien mettre en pratique à ce moment, mais plutôt de continuer la marche vers le prochain pylône… Toujours sous un million de degrés au thermomètre, tout le monde avec un tissu sur la tête, voire devant le visage pour éviter les photos, on a fait une nouvelle pause de plusieurs minutes après 200 mètres de marche, afin de décider ensemble de la suite : la masse de flics s’était déplacée et mise entre nous et notre lointain objectif… On en a profité pour s’échanger encore quelques trucs et astuces, des histoires de procès, des lieux de chourre de matos, l’avancée de l’histoire du déboulonnage (qui a donc commencé avec des pylônes pas encore debout, que l’on pouvait déboulonner à la main, puis debouts mais pas en service, puis en service, etc), et d’autres anecdotes. On a fini par décider de rentrer au camp, sans prendre et faire prendre de risque. Le retour s’est fait sans encombre, les flics sont restés loins, tant mieux! On a fait le dernier kilomètre assez éparpilléEs mais pas trop, et avons fini sur un debrief apportant quelques nouveaux détails ainsi que des récits d’actions assez chouettes. J’ai l’impression que tout le monde a passé une bonne aprem, malgré le soleil qui frappait vraiment fort!
Vivement la prochaine !

À visiter : https://antitht.noblogs.org

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simulation d’accident de Void-Vacon fait jaser

Visiblement nous sommes les seuls à ne pas nous prendre trop au sérieux dans cette histoire de simulation d’accident nucléaire de Void-Vacon : l’Est Républicain titrait ce matin « Bure : piratage du site de la Mairie de Void-Vacon » (téléchargeable ici en cas de modif/disparition de cet article)

Et la préfecture elle-même semble avoir pris l’évènement très (trop) au sérieux si on en juge son communiqué :

http://vmc.camp/2015/08/09/simulation-accident-void-vacon/

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8 août : Fil d’info à couper le Bure

Le camp approche peu à peu de sa fin et certain.es participant.es sont déjà reparti.es. Mais ce n’est pas pour autant que les énergies se relâchent !

Ce matin, un groupe s’est réuni pour aborder une discrimination dont on parle relativement peu : l’âgisme. Parmi les réflexions proposées, on a vu le fait que l’âgisme se distingue de discriminations plus binaires comme le racisme où le sexisme, dans le sens où les personnes sont opprimées pendant leur enfance avant de devenir oppresseuses à l’âge adulte, puis d’être de nouveau opprimées en vieillissant. Différentes thématiques ont été abordées, par exemple le fait que nos luttes sont dégradées par la plupart des médias qui les attribuent uniquement à des jeunes qui vont un jour changer, mûrir, laisser tomber leurs belles illusions et rentrer dans le rang…

Il y a également eu une assemblée antinucléaire pour tenter de faire le point sur là où en est la lutte aujourd’hui. On cherche à identifier et viser les points névralgiques du nucléaire aujourd’hui : les réseaux de transport et flux ferroviaires, lignes THT, infrastructures, identifier les points sensibles dans l’idée de mettre des bâtons dans les rouages de la pieuvre nucléaire. Une personne semble chercher à (re)définir le lien entre le nucléaire et le capitalisme. Il est exprimé aussi le besoin de se redéfinir au-delà de nos définitions multiples pour agir ensemble. Il est rappelé que les malfaiteurs en bande organisée sont les lobbies qui créent ces projets mortifères. Ne pas se laisser entraîner dans une inversion des rôles , portons notre message haut et fort en arrêtant de s’excuser, assumons nos idées, nos actions.

L’après-midi a eu lieu une discussion sur les perspectives de lutte contre cigéo, avec un rappel du début des travaux sur la voie ferrée dédiée au transport des déchets radioactifs à partir de décembre 2015 et du débat législatif qui aura lieu au premier semestre 2016. Plusieurs pistes sont envisagées : tout d’abord un appel à créer dès maintenant des groupes locaux de soutien un peu partout qui se réuniraient régulièrement pour populariser la lutte contre Cigéo et organiser des actions décentralisées : manifs, blocages, animations clown, actions juridiques. Une autre préoccupation anime l’assemblée : maintenir et faire grandir les liens entre les luttes et les individus comme cela est tenté à la Zad de Notre-Dame-des-Landes par exemple. Et tisser d’autres solidarités avec des luttes sociales à partir des liens existants ou créés pendant le camp VMC. Il y a l’envie aussi d’utiliser davantage les outils de communication dont nous disposons : radios, journaux, internet, pour informer régulièrement de ce qui se passe. Diffuser largement le film « Poubelle la vie » qui évoque l’histoire de la lutte contre cigéo et les politiques d’acceptabilité sociale qui participent à imposer ce genre de projet. Agir contre contre la propagande du projet cigéo, par exemple contre le discours techno-scientiste posé comme référence, qui suit la logique du capitalisme et brouille les pistes, ainsi qu’informer sur la réversibilité (la croyance diffusée par l’andra qu’on pourra remonter les déchets sans problèmes si on change d’avis plus tard…). Et pourquoi pas organiser un autre camp par ici dans quelques mois?

A la tombée de la nuit, une écoute collective commence dans le chapiteau. Il s’agit d’extraits d’un documentaire sonore en 5 épisodes réalisé à partir de témoignages de lutte contre la THT Cotentin-Maine. Ce mouvement contre la construction d’une ligne à 400 000 volts dans la Manche de 2005 à 2013 a réuni de nombreuses formes d’action, des recours juridiques aux sabotages en passant par les manifs à plusieurs milliers de personnes. Des participant.e.s de l’assemblée antiTHT ont décidé d’aller enregistrer les voix des personnes qui ont vécu cette lutte, afin qu’elles racontent à leur manière leur histoire, bien loin de l’histoire officielle. Ces témoignages ont aussi été pensés pour être partagés avec des personnes en lutte contre Rte ou d’autres projets ailleurs, comme par exemple dans les Alpes, en Aveyron ou à côté de Lille.

Cette écoute collective clôturée par la chanson du Pieu de Marc Robine est immédiatement suivie d’un open mic à l’entrée du camp, puis d’une boom !

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Une action contre l’accaparement des terres par l’ANDRA

Ce matin l’automédia a reçu un communiqué d’action qui réjouira certainement du monde (téléchargeable ici) :

Réduisons l’ANDRA et Hance à l’impuissance !

Dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 août, nous avons rendu une petite visite de courtoisie à Emmanuel Hance, négociateur des acquisitions foncières de l’ANDRA et salarié de l’Observatoire Pérenne de l’Environnement. Souvent surnommé « le bon Dieu sur terre » par les habitant.e.s qu’il harcèle depuis des années pour obtenir leurs terres par des échanges opaques, il nettoie sans ménagement le territoire de celles et ceux qui y vivent et cultivent pour y implanter la pire des poubelles radioactives.

Pour lui rappeler le harcèlement quotidien qu’il inflige aux habitant.e.s et paysan.ne.s de la région depuis plusieurs années et lui manifester tout le respect qu’il nous inspire, nous avons joyeusement déversé des litres d’excréments sous ses fenêtres, sur son paillasson et devant son salon. Nos quelques crottes dans son jardin ne pèsent toutefois pas bien lourd par rapport aux 100 000 m3 de déchets radioactifs que Hance cherche à enfouir dans le sud-Meuse.

Nous avons également pris au mot la politique de greenwashing de l’ANDRA, mise en œuvre par Hance à travers l’O.P.E. (le machin destiné à sauvegarder la mémoire de la nature pré-nucléaire pour mieux étudier sa destruction), en aspergeant abondamment sa façade d’un gros vert qui tache. Rien de tel qu’un petit nettoyage vert pour se remettre les idées en place, pas vrai Manu ?

Cette petite escapade nocturne n’est que le début d’une résistance collective. Car au vu de la colère qu’Emmanuel Hance inspire partout où il traîne sa moustache et son 4×4 noir, la riposte contre le système qu’il sert pourrait être beaucoup plus forte.

Hance fait de la région un désert social, permettant à l’ANDRA d’acquérir, avec la complicité des SAFER, près de 3000 hectares en Meuse et en Haute-Marne, sans compter les autres départements où aucune donnée n’est disponible. Pour un projet dont l’emprise des installations au sol est d’environ 400ha, on se demande bien à quoi rime tout ce gavage foncier, si ce n’est accentuer un peu plus la désertification du territoire en faisant grimper les prix et en empêchant les jeunes de s’installer. Certains habitants se préparent même à ce que leurs villages soient rasés d’ici à 20 ans…

Hance méprise la volonté populaire quand, accompagné de deux vigiles, il interdit l’accès au conseil municipal de Mandres-en-Barrois en juillet pour échanger le bois communal de Lejus avec le bois de la Caisse en dépit du refus déjà fermement exprimé lors de la consultation des habitant.e.s en janvier 2013.

Hance négocie bien au-delà de toute limite éthique, en n’hésitant pas à harceler les personnes âgées pour s’emparer de leurs terres, à appeler inlassablement jour après jour pour vaincre toute volonté de résistance, à brandir la menace d’expropriation pour intimider ses interlocuteurs. Beaucoup ont tenté de résister mais ont cédé ou déménagé par peur des contrôles. Il se raconte même dans le village de Saudron qu’un jeune agriculteur aurait fait un AVC suite à un échange conflictuel.

Hance divise pour mieux régner, en accentuant les rivalités déjà fortes entre agriculteurs et familles pour arriver à ses fins, en profitant du climat de résignation et d’isolement si fort dans ces villages en dépeuplement. En effet beaucoup ont peur, certains culpabilisent, quelques un.e.s ferment les yeux et surtout, tout le monde se suspecte et s’accuse.

Mais cette atmosphère de résignation, d’isolement et de rancœurs a assez duré. Par ce geste, nous voulons mettre en évidence le fait que face à celles et ceux qui sont décidé.e.s à ne pas laisser s’installer l’horreur radioactive, Hance et le système qu’il sert sont vulnérables.

Nous invitons les habitant.e.s, paysan.ne.s, propriétaires de terres à cesser d’avoir peur de celui qui incarne le cynisme de l’ANDRA, à tirer un trait sur leurs divisions et s’allier pour refuser collectivement cet accaparement des terres. Il est plus qu’urgent de réagir et s’organiser : d’ores et déjà de nombreux agriculteurs ont perdu l’usage de plusieurs centaines d’hectares de terres de l’ANDRA dédiées aux futurs chantiers. Ces terres qui ne peuvent plus être cultivées, c’est l’aménagement par le vide et la fabrique du désert orchestrés par l’ANDRA qui prennent corps et réclament des réponses. Notre colère n’est pas réversible.

Résistons ensemble face à l’accaparement des terres et la désertification de nos lieux de vie !

 

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Communiqué : une visite très désagréable !

Ce matin, notre campement, qui arrive sur sa dernière journée et sa clôture, a eu une bonne et une mauvaise surprise à son réveil.

M. Emmanuel Hance, responsable pour l’eau, les activités humaines et la biodiversité, accessoirement maître-chanteur notoire de l’ANDRA a eu le droit à un ravalement de façade bénévole de la part d’un groupe d’action qui nous a transmis son communiqué dans la foulée (voir site http://vmc.camp/2015/08/10/une-action-contre-laccaparement-des-terres-par-landra/). Pour un individu aussi méprisé dans les environs de Bure, c’est très étonnant que ça ne lui soit pas arrivé auparavant.

La mauvaise surprise, c’est que ce même individu s’est invité sur le terrain de notre campement ce matin, peu avant 8h, et s’est livré à des menaces non voilées à notre encontre, disant que dès ce soir nous allions le regretter et ne serions plus là. Comme si les actes d’un groupe pouvaient être imputables aux centaines de personnes qui s’y sont retrouvées durant ces dix derniers jours et démontent désormais le campement. Menacer d’expropriation, intimider et exercer des pressions sur les agriculteurs et habitant-es des environs a visiblement fait naitre chez M. Hance un sentiment d’impunité très prononcé.

Ce monsieur doit sans doute s’imaginer qu’il a la force de l’intimidation pour lui. Mais nous n’avons absolument aucune crainte de ce qu’il pourrait entreprendre, bien au contraire : nous avons la conviction que tout ce qu’il pourrait entreprendre ne ferait que publiciser son nom, délier les langues et rendre visible son action néfaste des années passées, en discréditant l’ANDRA et sa stratégie de corruption et d’oppression sur tout un territoire.

Nous sommes des centaines de personnes, venues de multiples réseaux et collectifs militants, qui se sont rassemblées et retrouvées à Bure tout au long de ce campement ou au cours des dernières années. Nous avons en nous la colère et la détermination de tou-tes ceux et celles qui ne tolèrent plus qu’on leur impose des projets ruineux et mortifères sous couvert de démocratie. Nous attaquer c’est nous grandir, nous renforcer, parce que face à la loi du silence qui couvre les malversations des aménageurs du territoire, notre arme première est la parole. Face à l’isolement, notre première arme est la solidarité.

Nous avons accueilli des habitant-es des environs, les comités de lutte locaux, construit des moments précieux avec elles et eux. Des liens tels que l’ANDRA n’en tissera jamais malgré toutes ses tentatives pour se rendre acceptable. Ceux qui dérobent à un territoire son histoire, sa vitalité, sa fierté et ses ressources et qui prétendent lui substituer une pâle économie de déchets mortels ne récolteront jamais que mépris et haine des populations.

S’il devait arriver quoi que ce soit de désagréable ou de malveillant, ce qui s’est passé cette nuit réjouira incomparablement la population du sud de la Meuse et elle nous soutiendra. Il ne sera pas facile de nous stigmatiser et nous isoler. Nous conseillons plutôt à l’ANDRA d’opter pour ce qu’elle fait de mieux quand il s’agit d’opposition : se taire, ne pas faire de vagues et continuer à creuser son trou patiemment ; nous saurons le combler.

Cette semaine, le soutien de celles et ceux qui nous ont accompagné nous renforce dans notre détermination à nous opposer radicalement au projet CIGÉO et à l’industrie nucléaire !

Collectif VMC

Contact Presse : [email protected]www.vmc.camp – 07.58.23.08.97

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Lundi 10 août : Fil d’infos à couper le Bure

Nous sommes encore quelques dizaines lundi matin à nous réveiller sous la pluie, prenant notre courage à deux mains pour continuer à démonter et ranger le campement.

Le message circule qu’un gars agressif s’est pointé vers 8h30 pour accuser les participant.e.s au campement d’avoir arrosé sa façade de peinture verte et de merde. On prend conscience qu’il peut revenir mettre ses menaces à exécution et on réfléchit à comment se défendre tou.te.s ensemble le cas échéant.

Mais ça ne nous empêche pas de continuer à démonter des barnums, des toilettes sèches, les douches, l’éolienne, les panneaux solaires, rassembler le matériel à restituer, ramasser tout ce qui traîne. L’idée commence à circuler de se retrouver à la gare en septembre pour se donner des nouvelles, garder les liens et passer un bon moment ensemble.

Les fabuleuses cantines qui se sont occupées de remplir nos ventres et enchanter nos papilles toute cette semaine, sont sur le départ. Alors comme pour les chantiers, on repart en cantine autogérée et des ami.e.s nous préparent des beignets de courgettes avec du riz et une délicieuse sauce tomate-oignon.

Certain.e.s discutent avec des habitant.e.s du coin qui nous racontent comment ils et elles ont vécu ces dernières semaines avec nous. Illes nous remettent des coupures de journaux évoquant le campement, le projet Cigéo éjecté de la loi Macron et les dernières déclarations des technocrates de l’Andra.

Les notes prises lors de l’assemblée de clôture de dimanche ont commencé à être rassemblées et mises en forme, dans le but d’être partagées, par exemple sous forme de brochure. Cela nous semble important pour prendre acte ensemble de ce que nous avons vécu et construit pendant ces dix jours, nos réussites et nos échecs, afin de ne pas toujours repartir de zéro, d’avancer sur ces histoires d’action politique, d’organisation collective, de lutte contre les discriminations, etc…

Suite à plusieurs demandes, des personnes réfléchissent aussi à une brochure qui raconterait comment ce campement s’est organisé pendant les nombreux mois qui ont précédé.

La pluie cesse peu à peu, la nuit tombe et de petits groupes se retrouvent tantôt pour chanter, débriefer, se chauffer près du brasero jusque tard dans la nuit

Ce fil d’infos à couper le Bure sera peut-être le dernier, car le camp est officiellement terminé, mais on reste là tout près, et la lutte continue !

Si vous voulez rester au courant des prochaines aventures, vous pouvez vous inscrire sur la liste de diffusion [email protected] et bien sûr continuer de venir sur http://vmc.camp qui ne va pas s’arrêter d’être alimenté.

Source : Plus bure sera leur chute.

 

 

août 212015
 

 

Bombardements turcs sur les bases du PKK et attaques en Turquie.

Les bombardements quotidiens sur les bases du PKK en territoire Kurde d’Irak se sont poursuivis sans interruption.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, des avions de l’armée de l’air turque ont visé le village de Zergelê, dans les monts Qandil. Bilan, 9 civils tués dont une femme enceinte. Une famille a été entièrement décimée.

Sept maisons ainsi que la mosquée ont été pulvérisées, le village a été pratiquement rasé.

L’offensive turque contre les Kurdes prend chaque jour plus d’ampleur. Les bombardements de la nuit du 31 juillet au 1er août, soit au 7ème jour, ont été les plus violents, avec plusieurs vagues successives.

Cela ne devrait pas s’arrêter. Erdoğan et son premier ministre Davutoğlu répètent en boucle qu’il n’y a aucune limite à ces attaques, qu’il n’y a plus de partenaire pour faire la paix, que la seule limite qui existe à leur yeux est que le PKK dépose les armes et accepte les termes de la Turquie… Selon la rhétorique de ses chefs, l’État turc s’est donc lancé dans une « guerre sans fin », dans un état de guerre permanent, un peu comme Israël ou bien d’autres États qui ne trouvent de solution à un problème essentiellement interne qu’en créant un autre problème, beaucoup plus grand, une guerre infinie, jusqu’à la capitulation ou l’éradication de l’ennemi, aux multiples implications internationales…
Pour sa part, le PKK n’a pas appelé à la reprise des hostilités, à la mobilisation en vue de mener une nouvelle guerre contre la Turquie. Il continue de parler de ripostes logiques et méritées aux attaques meurtrières de l’État turc, allié et supporter de Daesh, que ce soit sur le territoire de la Turquie – les dizaines de manifestants abattus par la police lors de la répression des manifestations de soutien à Kobanê en novembre et décembre 2014 et dont le massacre de Suruç marque le dernier épisode – ou contre les bases de la guérilla dans le Kurdistan d’Irak.

Après une pose de 24 heures dans les bombardements, ceux-ci ont repris dans l’après-midi du 4 août en territoire turc, dans la province limitrophe d’Hakkari où les guérilleros du PKK occupent plusieurs positions depuis longtemps dans cette zone montagneuse.

Dans la ville d’Agri, les forces de l’ordre qui traquaient des guérilleros ont abattus dans la rue un militant kurde ainsi que ses deux frères à leur domicile.

La campagne d’arrestations se poursuit sans relâche, souvent de nuit.

Quelques personnes sont libérées mais il y a toujours environ 1200 à 1500 personnes en détention, dont 15 djihadistes.

Ripostes en Turquie

Les ripostes de la guérilla du PKK (HPG, Forces de protection du peuple) et des autres composantes du mouvement kurde se poursuivent également avec des actions quotidiennes visant les forces de l’ordre ou des soldats. La plupart des actions armées se situent dans le Nord-Kurdistan mais certaines ont lieu plus loin en territoire turc, notamment à Adana (2 policiers abattus) ou encore à Istanbul (véhicules de la police incendiés).

Dans la nuit du 1er au 2 août, un véhicule piégé a été lancé contre une base de l’armée dans les environs de la ville de Dogubayazit (province d’Agri) faisant au moins 2 morts chez les soldats turcs et 31 blessés (dont 8 dans un état grave). Le bâtiment a été presque totalement détruit. Il y a quelques doutes sur le bilan officiel.

La version de l’État turc parle d’attentat suicide. Dans leur communiqué, les HDP parlent de « sabotage » et précise que les soldats touchés appartenaient aux forces spéciales.

Les attaques de la guérilla ont redoublé et pris de l’ampleur ce 4 août.
La riposte militaire de la guérilla du PKK semble suivre une courbe ascendante, à mesure que l’offensive turque se poursuit. Après la vague de bombardements massifs de la nuit du 31 juillet au 1er août et le massacre de civils dans le village de Zergelê (dans le Kurdistan irakien), les HDP ont décidé de relever d’un cran le niveau de l’affrontement.

Le 4 août au matin, une attaque de la guérilla dans la province de Şırnak a provoqué la mort de 3 membres des forces armées turques, 2 soldats et d’un supplétif du maintien de l’ordre (gardien de village). Il y aurait aussi 2 blessés. D’après les autorités turques une mine télécommandée à distance déposée au bord de la route aurait explosé au passage d’un véhicule faisant une patrouille.

Le même jour, le quartier général de la police de Yüksekova (Gewer en kurde) dans le district de Hakkari (zone frontalière de l’Irak et de l’Iran) a été la cible d’une attaque au lance-roquettes RPG. Des combats ont opposés les assaillants et la police pendant 20 minutes. Pas de bilan, des dégâts au bâtiment.

Une autre attaque au lance-roquette a frappé un centre de commandement de l’armée dans la ville de Silopi, province de Şırnak, près des frontières avec le Kurdistan irakien et le Rojava. Le bilan officiel fait état de 1 soldat tué, un autre blessé.

Toujours le 4 août, un blindé de l’armée est touché par une mine télécommandée sur l’autoroute entre Dersim et Erzurum, dans l’est de la Turquie. Cette région assez centrale du Nord-Kurdistan est un des bastions historiques du PKK. L’autoroute en question, sous quasi-contrôle du PKK, est régulièrement coupée par les interventions de la guérilla.

Enfin, on apprend le même jour que 3 camions travaillant pour le gouvernement ont été incendiés près de la ville de Şenkaya, province orientale de Erzurum et que l’oléoduc reliant Bakou (Azerbaïdjan) au sud de la Turquie (à côté d’Adana) via Tbilissi (Géorgie) a été saboté au petit matin.

En début de soirée de ce 4 août, le site Internet d’un quotidien turc proche de l’AKP rapporte de « trois officiers ont été blessés dans une attaque armée dans la province kurde de Muş », à l’est de la Turquie. Un peu plus tard, le même site Internet annonce qu’un policier a été sérieusement blessé lors de l’attaque d’un commissariat à Diyarbakır (Amed en kurde), la ‟capitale” du Nord-Kurdistan.

Dans la soirée, toujours ce 4 août 2015, d’importants combats étaient signalés dans la région montagneuse de Silopi (province de Şırnak), près de la frontière avec le Kurdistan d’Irak, entre la guérilla du PKK et l’armée turque.

Toujours le 4 août, dans la soirée, les affrontements de rue se sont poursuivis dans les grandes villes, comme ici à Istanbul,

là à Diyarbakır

ou encore là, dans une petite ville kurde proche de la frontière avec l’Irak.

La riposte kurde ne se limite pas à des actions de guérilla visant des cibles militaires. Actions d’autodéfense et sabotages économiques font également partie du panorama des modes de résistance. Les rassemblements, les manifestations (interdites la plupart) se poursuivent malgré la censure des médias et le blocage des moyens d’information type site Internet, comptes Facebook et Twittter. Il y a régulièrement des affrontements en soirée.

Depuis dix jours, les mobilisations et les actions offensives de résistances sont quotidiennes dans les provinces kurdes de Turquie. Dans certaines villes comme Cizre ou Diyarbakır, les habitants et des militants ont creusé des tranchées ou monté des barricades dans leurs quartier pour empêcher ou retarder des interventions de la police.

Dans de nombreuses villes et localités, des locaux de l’AKP ou des bâtiments de l’Etat turc sont visés, ou anonymement, ou par le YDG-H (mouvement de la jeunesse urbaine du PKK) ou par l’extrême-gauche turque.

Sur les grands axes, des checkpoints mobiles des HPG opèrent des contrôles des véhicules et des passagers. Des camions ont été à interceptés et incendiés à de multiples reprises pour bloquer la mobilité de la gendarmerie ou de l’armée de terre.

En priorité, des camions et véhicules civils travaillant pour le gouvernement sont visés par dizaines.

Des photos circulant sur les réseaux sociaux montrent des engins blindés de l’armée ou de la police incendiés ou détruits dans différences provinces.

Plusieurs oléoducs ont été visés, dont l’un acheminant le pétrole brut extrait dans le Kurdistan autonome d’Irak, ce qui a provoqué une polémique avec le gouvernement Barzani qui accuse le PKK d’avoir fait perdre beaucoup d’argent à la population (mais surtout à la famille Barzani et à ses amis !).

L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (Adana) [ voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ol%C3%A9oduc_Bakou-Tbilissi-Ceyhan ], a été saboté le 4 août par le PKK dans la province de Posof, près de la frontière avec la Géorgie dans le Nord-Est de la Turquie.

Chiffres

Le 1er août, contre toute vraisemblance, le gouvernement turc prétend que 260 membres du PKK ont été tués et 400 blessés depuis le début des opérations le 24 juillet, soit en une semaine. Le PKK communique peu sur les décès (1 cadre tué le 25 juillet, 3 combattants le 30 juillet…) mais les chiffres sont certainement bien inférieurs, de l’ordre d’une dizaine tout au plus selon certaines sources. Cela fait longtemps que les combattant-e-s kurdes disposent d’abris anti-aériens dans leurs bases arrière des monts Qandil.

Selon un décompte officiel repris par les agences de presse comme l’AFP, du 22 juillet au 1er août, 17 membres des forces de l’ordre et de l’armée turque ont été tués. Le 4/08, ce chiffre dépasse largement les 20 tués dans les rangs turcs.

Un 33ème mort – et 32ème victime – dans l’attentat-massacre de Suruç. Après 16 jours de soins intensifs, un des blessés du massacre de Suruç est décédé à l’hôpital. Il était âgé de 22 ans, s’appelait Vatan Budak et militait dans un groupe anarchiste d’Istanbul.

Répression

La répression ne faiblit pas. Le dernier chiffre circulant fait état de près de 1700 arrestations, 99% d’entre elles visant des personnes prétendument membre du PKK ou de la gauche révolutionnaire turque.

Le gouvernement turc a lancé une procédure judiciaire pour ‟troubles à l’ordre public” et ‟incitation à la violence” contre les 2 co-présidents du HDP (Parti démocratique des peuples), Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ Şenoğlu.

Le co-maire de la ville de Lice (province de Diyarbakır) a été arrêté pour « terrorisme ».

Les corps de 13 combattant-e-s des YPG/YPJ restent bloqués à la frontière entre le Kurdistan d’Irak et la Turquie. La Turquie refuse depuis le début de son offensive contre le PKK de laisser entrer sur son territoire les corps de 13 membres des milices kurdes de Syrie, pour qu’ils y soient enterrés. Tous originaires du Nord-Kurdistan (Turquie), ils se sont enrôlés dans les rangs des YPG et ont été tués au combat contre Daesh.

Les familles regroupées à proximité du poste frontière d’Habur qui attendent les cercueils à la frontière ont été attaquées par les forces de police par des lacrymos. Le 3 août, elles ont envahi les locaux de la préfecture de Şırnak pour exiger du gouvernement turc qu’il libère les cercueils.

L’enjeu politique/politicien

L’offensive contre les Kurdes répond essentiellement à des enjeux internes, tout en ayant des visées et implications régionales. Suite aux dernières élections législatives du 7 juin, l’AKP d’Erdoğan a perdu la majorité absolue en sièges qu’ils détenaient sans discontinuer depuis 2002.
L’escalade d’Erdoğan et de l’AKP contre les Kurdes intervient alors qu’ils étaient en train de perdre du terrain dans l’opinion en Turquie et que, simultanément, la question kurde redevenait au premier plan, particulièrement depuis la « révolution du Rojava », les batailles acharnées et meurtrières mais gagnées par les forces kurdes contre Daesh et l’implication du PKK dans les combats en Irak pour défendre les yézidis et d’autres minorités (dont des chrétiens) et plus globalement pour compenser les déficiences avérées des peshmergas du PDK de Barzani face aux djihadistes.

D’une part, l’AKP doit former une coalition avec au moins un autre parti pour former un gouvernement. Il a le choix entre le MHP (extrême-droite nationaliste, 16,3% des voix) et le CHP (social-démocrate kémaliste, 25% des voix). L’offensive contre le PKK a pour objectif de resserrer les rangs de l’opinion et des partis sur une base militariste et nationaliste, contre les Kurdes, mais aussi toutes les forces de contestation et les minorités. Les deux partis ‟laïcs” et nationalistes peuvent faire l’affaire et une coalition pourrait rapidement voir le jour avec au moins l’un de ces partis.
Mais, d’autre part, Erdoğan n’a pas abandonné son projet mégalomane néo-sultanesque d’hégémonie totale sur la Turquie, qui suppose de marginaliser les autres partis et pour cela d’obtenir une majorité des 2/3 des sièges au parlement afin de pouvoir modifier la constitution et instaurer un régime présidentiel autoritaire et semi-dictatorial. À minima, il se contenterait de retrouver une majorité absolue des sièges pour gouverner seul.

Dans tous les cas, il doit montrer qu’une coalition ne fonctionne pas et alors dissoudre le parlement et organiser de nouvelles élections, cette fois après avoir réduit au silence le parti de gauche « pro-kurde » HDP qui avait obtenu une représentation parlementaire en dépassant les 10% des voix (13,1% et 80 élus). La campagne de criminalisation est en cours depuis le massacre de Suruç et la vague d’arrestations dans le pays s’accompagne de lynchages médiatiques associant le HDP et le terrorisme séparatiste anti-turc. Les quelques médias pro-HDP sont progressivement privés de moyens d’expression, les sites Internet rendus inaccessibles et les comptes Twitters bloqués…

Pour l’instant il y a un partage des rôles. Le premier ministre Davutoğlu discute pour former une coalition tandis qu’Erdoğan laisse clairement entendre qu’il n’y aura pas d’accord et qu’il faut aller vers des élections.

Le 2 août, dans un entretien avec des ONG, le premier ministre Davutoğlu n’hésite pas à déclarer que la situation de chaos que connait la Turquie actuellement est la conséquence du mouvement de protestation de Gezi en 2013 ( !) Un peu parano, mais il n’a pas tort. Depuis Gezi, les foyers de contestations se sont multipliés, les paroles se sont libérées et la base électorale de l’AKP s’est effritée, tandis que la HDP parvenait à capter une grande partie de la contestation en Turquie.

Le PKK en Irak et la politique du gouvernement kurde d’Irak

Terrible ironie de l’histoire du présent, c’est aujourd’hui 3 août 2015 le 1er anniversaire de l’assaut de Daesh dans le nord de l’Iraq, au cours duquel des milliers de yézidis, une minorité confessionnelle de langue kurde, ont été massacrés, des milliers d’autres, surtout des femmes et des jeunes filles, ont été enlevées pour être ‟offertes” à des chefs et à des combattants de Daesh ou vendues à des hommes dans les zones contrôlées par les djihadistes.

C’est aussi le 3 août 2014 que les guérillas du PKK sont intervenues vigoureusement en territoire irakien, en particulier en organisant un couloir d’évacuation humanitaire dans les monts Singar (province de Ninive) où s’étaient réfugié des dizaines de milliers de yézidis. Le chiffre de 200 000 civils menacés de mort, de rapt et de viol, qui ont pu être sauvés et évacués est couramment cité.

Cette intervention du PKK, concrètement de la guérilla venue des monts Qandil aujourd’hui bombardés, appuyée par des miliciens et miliciennes kurdes de la Syrie voisine, avait permis de bloquer l’offensive djihadiste qui menaçait toute la zone, y compris Erbil, la capitale du Kurdistan d’Irak, suite à la fuite éperdue des peshmergas (nom des combattants kurdes d’Irak) devant les combattants de Daesh. Les guérillas du PKK, ainsi que des détachements des YPG/J, sont toujours présents dans la région. Ils aident les yézidis à s’autodéfendre en créant leurs propres milices (les Unités de Résistance de Sinjar, YBŞ en kurde), en initiant la mise en place d’une assemblée populaire des réfugiés du mont Sinjar et une organisation autonome des femmes et en les épaulant militairement en première ligne sur la ligne de front contre Daesh, front qui passe par la ville de Sinjar, moitié occupée par les djihadistes, moitié par les forces yézidies et kurdes.

Les combattants des HPG et combattantes des YJA-Star (PKK), avec les YPG/J (PYD) du Rojava, se battent aussi aux côtés d’autres forces yézidis, comme les HPŞ (Forces de défense de Sinjar).

L’existence de ces forces autonomes des habitants, majoritairement yézidis, de la région de Sinjar est combattue par le PDK de Barzani qui ne veut pas voir son hégémonie contestée. Pour cela, il cherche ou bien à imposer son pouvoir sur un territoire qui d’ailleurs ne fait pas partie du Kurdistan d’Irak, ou bien à contraindre les yézidis à se placer sous la tutelle des Unités de mobilisation populaire (PMU en anglais) formées par les milices chiites irakiennes pour combattre Daesh. Bien évidemment, les nouvelles forces yézidis nées depuis un an, c’est-à-dire postérieurement à la tentative djihadiste d’extermination totale, refusent catégoriquement de se soumettre au KRG comme aux chiites et revendiquent leur autonomie politique et territoriale dans la province irakienne de Ninive. Une grande partie de ces forces voit dans le confédéralisme démocratique du Rojava une source d’inspiration pour la lutte d’aujourd’hui et pour ce qu’elles souhaitent mettre en place dans l’après-guerre contre Daesh.

D’importantes commémorations ont eu lieu ces 3 et 4 août dans les monts Sinjar, avec la présence de multiples délégations (associations de yézidis, jeunes réfugiés venus d’un camp situé à 120 kilomètres de là, représentants du Rojava, etc.) Forte présence des YBŞ, principale milice du Sinjar, formée sur le modèle des YPG/J.

Aujourd’hui, un an après qu’un véritable génocide a pu être évité grâce aux combattants kurdes du PKK et des YPG/J de Syrie, le gouvernement d’Erbil, dirigé par Barzani (représentant de la bourgeoisie affairiste enrichie par le pétrole, alignée sur la Turquie et les États-Unis), ne lève pas le petit doigt pour empêcher les bombardements de l’armée turque sur les bases du PKK, accusant même le PKK d’être responsable, par sa présence dans la région, de la mort des civils tués par l’armée turque dans un petit village où les combattants ne stationnent jamais.
Dans un discours de commémoration ce 3 août, Barzani a remercié les YPG de leur intervention mais n’a pas mentionné le PKK. Évidemment. C’est exactement la même orientation que celle des États-Unis et de l’UE et qui est reprise par tous les médias occidentaux : il y aurait les ‟bons” Kurdes en Syrie qui combattent Daesh et les ‟mauvais” du PKK qui sont des « terroristes » et qui menacent la stabilité des pouvoirs étatiques régionaux. Positionnement évidement hypocrite car ces composantes (partis, milices…) sont inséparables, font partie d’un même mouvement, sont organiquement fédérés et unis par le même projet politique, les mêmes références, la même stratégie.

Un an après les massacres et les rapts de masse, chaque semaines, de nouvelles fosses remplies de cadavres sont découvertes, chaque semaine des petits groupes de femmes yézidis enlevées et réduites en esclavage parviennent à s’échapper de l’emprise de Daesh. Des dizaines de milliers de réfugiés sont dans des camps de fortune dans la région de Dohuc ou d’Erbil au Kurdistan d’Irak, quelques milliers qui ont de la famille en Europe ont fui vers divers pays dont l’Allemagne où réside une forte communauté yézidie. Il n’y a pas de bilan des exactions de Daesh d’août 2014. Les morts se compteraient entre 5 et 7000, les femmes et jeunes filles enlevées entre 6 et 8000. Près de 2000 d’entre elles auraient réussi à s’échapper ou aurait été “achetées” par des familles yézidis et des donateurs pour les libérer.

En ce jour anniversaire, on apprend qu’un nouveau groupe de plusieurs dizaines de yézidis sont rentrés dans la région de Singar après une formation acquise au Rojava auprès des milices YPG/J.

Sur le front de Sinjar où les HPG et YJA-Star jouent un rôle décisif, les attaques de l’aviation turque sur les bases du PKK sont directement une aide aux djihadistes.

Le KRG contre la gauche kurde

Exemple récent de répression contre la gauche kurde. Quatre internationalistes ayant combattu dans les rangs des YPG ont été arrêtés par le KRG (gouvernement régional kurde d’Irak) et mis en prison dans la même cellule que des djihadistes.

À leur retour de Syrie, après avoir combattu avec les YPG pendant environ 3 mois, quatre internationalistes, 2 citoyens des États-Unis, un Italien et un Russe ont été arrêté et maintenus en détention pendant 23 jours au Kurdistan d’Irak. A leur retour dans leur pays, les deux étatsuniens viennent de révéler publiquement ce qui leur est arrivé ainsi qu’à deux autres volontaires internationaux, alors qu’ils étaient en transit pour regagner leur pays après avoir libéré des villes et des villages kurdes et arabes de la domination de Daesh. Mis en détention pendant 23 jours, ils ont dû partager la même cellule avec des prisonniers soupçonnés d’être membres de Daesh, alors qu’ils avaient tous les quatre expliqué aux fonctionnaires kurdes du gouvernement autonome qui ils étaient, pourquoi ils étaient là et qui ils étaient venus combattre. C’est une intervention diplomatique de l’ambassade des États-Unis à Erbil qui a mis fin à cette incarcération.

Le KRG ne peut pas attaquer ouvertement les forces de la gauche kurde car il doit composer avec une partie de son opinion, notamment dans la jeunesse et parmi les peshmergas chez qui les YPG/J et le PKK jouissent maintenant d’un grand prestige. Il a même fournis des armes, légères et peu nombreuses il est vrai, avec l’accord des États-Unis, aux milices YPG/J. Mais parallèlement, il réprime, entrave, bloque la frontière avec le Rojava… Double ou triple jeu comme la plupart des acteurs de ce conflit.

Syrie

Hasakah

Après 39 jours de combats, les YPG/J et leurs alliés dans cette région (Conseil militaire syriaque et l’armée al-Sanadid de la grande tribu arabe bédouine des Shammar) ont annoncé la libération toitale de la ville de Hasakah. Avant l’offensive de Daesh sur la ville, cette capitale de province était co-administrée de fait, en gros à 50-50, par l’armée du régime dans la partie sud et les forces kurdes dans la partie nord. Au terme de 3 mois de combats, le rapport de forces s’est modifié : les forces armées fidèles au régime de Damas ont perdu beaucoup de terrain tandis que les YPG/J se sont emparées de secteurs à l’ouest, à l’est et au sud de la ville. Le nouveau rapport avoisinerait les 25/75 en faveur des forces kurdes et leurs alliés dans le canton de Cizirê/Jazira.

Des affrontements ont d’ailleurs éclatés juste après la défaite des djihadiste entre une milice pro-Assad et les YPG, montrant à quel point les rapports sont tendus, au bord de l’explosion. Mais aujourd’hui, les forces pro-Assad n’ont plus les moyens d’imposer leurs conditions dans cette ville.

Les YPG/J et leurs alliés ont en outre saisi d’importantes quantités d’armes et de munitions de tous calibres, y compris des camions militaires, plusieurs blindés légers sur roue et six chars de combat…

Avec leurs improbables véhicules bricolés au blindage léger made in Rojava, les YPG sont en train de se constituer un arsenal digne d’une véritable armée de terre.

Le 2 août, les djihadistes ont pris le contrôle d’une partie des Monts Abdullaziz, à l’ouest d’Hasakah, avant d’en être rapidement chassés.

Tal Abyad

Dans cette ville clé situé à la frontière avec la Turquie, et dont la prise a permis de réunifier les 2 cantons kurdes séparés de Kobanê et Cizirê, une ‟Assemblée des peuples de Tal Abyad” a été créée le 29 juillet. Cette ville est très largement peuplée de résidents arabes et de plusieurs minorités (arméniens, assyriens, kurdes…). La gauche kurde de Syrie veut en faire le symbole de son projet politique d’une Syrie démocratique basée sur la pluralité et le dépassement des appartenances et des ethnicités.

Kobanê

Une tentative djihadiste de reprendre pied dans la ville de Sarrin a été déjouée et l’attaque a été repoussée. Au moment de l’attaque djihadiste sur Sarrin, des avions turcs ont survolé le secteur à basse altitude.

Dans le nord-ouest du canton de Kobanê, la ligne de front correspond pour l’instant à la frontière naturelle de l’Euphrate, avec à l’est les YPG/J et leurs alliés dans cette région (“Volcan de l’Euphrate”, composé d’ex-bataillons de l’Armée syrienne libre) et sur la rive occidentale (province d’Alep) les djihadistes de Daesh.

Nord d’Alep et Afrin

Alors que Daesh occupe tout le nord-est de la province d’Alep sur environ 70 km le long de la frontière avec la Turquie, le nord-ouest est une des places fortes des islamistes de la Jaish al Fatah, l’Armée de la Conquête. C’est une coalition de divers groupes salafistes dont les plus importants sont Ahrar al-Sham (proche d’Al-Qaïda et des Talibans afghans) et le Front al-Nosra (Al-Qaïda au Levant). Cette coalition est ouvertement soutenue, armée et financée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. La formation de cette « armée », au début de l’année 2015, correspond exactement à la réconciliation entre ces trois pays juste après l’arrivée d’un nouveau roi à la tête de l’Arabie saoudite visant à réconcilier tous les courants islamistes, des Frères musulmans aux salafistes, contre l’ennemi commun : l’Iran. Une coalition de pays pro-islamistes qui est rappelons-le fortement appuyée par la France de Hollande qui vend des armes, des avions de combats, soutient diplomatiquement ces pays dans la répression des soulèvements internes et leurs interventions externes (Yemen), n’intervient pas contre Daesh en Syrie…

Au début du mois de juillet, une première unité de combattants armés, équipés, financés et entrainés par les États-Unis, avec l’aide de la Turquie, s’introduisait en territoire syrien depuis la Turquie. Composée de 54 membres ( !) triés sur le volet, cette ‟Division 30” était censée être le premier noyau d’une force qui devrait atteindre 5400 combattants pour faire contrepoids aux djihadistes…

Mais seulement voilà que le Front al-Nosra (AQ) n’entend pas laisser le moindre espace à des combattants clairement associés aux États-Unis qui, à plusieurs reprises et récemment, ont mené des bombardements sur ses positions, tuant plusieurs dizaines de militants et de cadres.

Le 28 juillet, de Front Al-Nosra enlève le chef de cette division, son adjoint et 16 autres combattants alors qu’ils revenaient d’une réunion sur le côté turc de la frontière. Dans la nuit du 1er ou 2 août, le Front al-Nosra qui assiégeait cette ‟Division 30” appelé aussi ‟Nouvelle Syrie”, était bombardé par les États-Unis, ce qui a permis au reste de cette unité d’abandonner son QG, de prendre la fuite et partir se réfugier dans le canton kurde d’Afrin. Bilan : 18 prisonniers, 7 tués au cours des combats, moins de 20 survivants en fuite dont la moitié de blessés. Fiasco complet pour les États-Unis.

Un épisode qui illustre à la fois les contradictions, les incohérences et les impasses de la politique états-unienne dans la région en général et en Syrie en particulier.

Des combats sporadiques ont opposés les YPG/J d’Afrin et le Front al-Nosra au cours des derniers jours dans deux zones limitrophes du canton kurde, au sud et à l’est.

Ce 3 août, al-Nosra a pris le contrôle total de la ville d’Azaz. Ville frontière avec la Turquie, visée lors de la dernière offensive de Daesh dans cette zone, elle est aussi située à la limite du canton d’Afrin.

Il y a une trêve depuis six mois entre le Front al-Nosra et les YPG d’Afrin. S’agit-il d’actions visant à tester la capacité de réaction des YPG ou le début d’une offensive ? Le même week-end, des combats ont opposés dans la même région une unité de la Jaish al-Thuwar (opposition dite modérée) et une autre du Front al-Nosra.

Dans la foulée de leur fiasco, les États-Unis ont lancé une frappe aérienne contre le Front al-Nosra le 31 juillet. Ce n’est pas la première fois que ce groupe d’Al-Qaïda est visé mais cette fois, les États-Unis l’ont rendue publique le 4 août en ajoutant que c’était une riposte visant à « défendre » tous ceux qui s’en prendrait aux unités formées et armées par eux, en précisant que le régime syrien « ne devait pas interférer » dans les actions menées par ces groupes. Jusqu’ici, la doctrine officielle de Washington était qu’ils menaient des frappes « contre le terrorisme », terme élastique et flou mais signifiant ici Daesh et la mouvance Al-Qaïda. Il y a là clairement une inflexion qui donne maintenant une couverture aérienne à une partie de la rébellion anti-Assad, y donc compris face au régime.

Le même jour, ce 4 août 2015, al-Nosra annonçait la capture de 5 nouveaux combattants d’une unité armée et entraînée par les États-Unis. Cette arrestation se serait déroulée près de la frontière turque, à la hauteur du Sanjak d’Alexandrette (nord-ouest de la Syrie).

Depuis l’offensive de la Turquie contre le mouvement kurde, l’opposition syrienne « officielle » se déchaîne. Dans un entretien du 2 août, la Coalition nationale syrienne accuse les YPG/J d’être « un groupe extrémiste » allié de Bachar al-Assad. Une des composantes laïques de la CNS, les Comités Locaux de Coordination, viennent d’annoncer le 1er août leur départ de cette ‟coalition”, l’accusant d’être minée par « des intérêts personnels » et de faire le jeu de « blocs liés à des forces étrangères ». La CNS ne joue certes qu’un rôle de façade et ne représente pas les mouvements armés sur le terrain quand bien même elle en épouse les positions.

Dans le nord de la Syrie, les régions d’Alep et d’Idlib notamment, la seule force que l’on peut qualifier de ‟modérée”, est constitué par le regroupement appelé Jaysh al-Thuwar (Armée révolutionnaire), créé en mai 2015 par l’alliance de plusieurs brigades de l’ex-Armée syrienne libre. Le Jabhat al-Akrad (Front kurde), lié aux PYD-PKK, mouvement qui opère dans les zones de peuplement mixte en dehors des trois cantons du Rojava, notamment à Alep, fait partie de la Jaysh al-Thuwar. Les brigades non-kurdes alliées des YPG/J dans le canton de Kobanê, et qui forment le Burkan al-Furat (‟Volcan de l’Euphrate”) font partie formellement de la Jaysh al-Thuwar ainsi que des brigades éparpillées, initialement de la région de Deraa, qui devraient se réactiver lorsque l’offensive sur la “capitale” syrienne du califat sera lancée.

Militairement, avec moins de 10% des effectifs combattant de l’ensemble de la rébellion (hors Daesh), c’est aujourd’hui une ‟armée” qui ne fait pas vraiment le poids dans toute cette partie du territoire syrien face aux regroupements salafistes et djihadistes que sont l’Armée de Conquête (dans tout le Nord-Ouest de la Syrie) et Ansar al-Sharia (les Partisans de la charia) pour la ville d’Alep.

L’accord entre les États-Unis et la Turquie

Rien n’a filtré et aucun deal formel n’a été conclu. C’est encore un accord virtuel, faisant l’objet de fuites dans la presse et d’un marchandage diplomatique entre les deux pays.
Ce que l’on sait, c’est que la Turquie a autorisé les Etats-Unis et les autres pays de la ‟coalition” contre Daesh à utiliser un aéroport situé sur son territoire.
Concernant, la zone tampon en territoire syrien, la seule chose qui semblait claire est sa localisation : entre Jarabulus et le village de Marea, au nord d’Alep (et à l’est du canton kurde d’Afrin), sur une longueur de 90 kilomètres et une profondeur de 40-50 km. (voir carte)

L’interprétation d’Erdoğan est celle d’une « Safe Zone », une zone de sécurité ou « No-Fly Zone », zone d’exclusion aérienne. Cela vise en priorité le régime d’Assad car c’est la seule force armée qui possède une aviation. Cette zone serait occupée par des milices de l’opposition (de fait islamistes et salafistes) proches par la Turquie et contrôlées par elles avec l’alibi humanitaire de permettre la réinstallation de réfugiés sur le sol syrien.

Pour les États-Unis, la priorité, c’est plutôt Daesh et aussi le Front al-Nosra. Pour eux, il s’agirait plutôt d’une « No-Isis Zone », une ‟zone libérée de Daesh”, occupée par des opposants ‟modérés”. Or, la faiblesse ou quasi-absence d’opposants ‟modérés” sur le terrain, rend ce projet totalement inopérant. Cependant, la zone occupée aujourd’hui par Daesh dans le nord de la province d’Alep, fait partie, sans doute possible, des discussions entre les États-Unis et la Turquie, avec comme question centrale : qui doit occuper cet espace ?

Les États-Unis semblent miser sur l’émergence d’une force ‟modérée” (dans laquelle ils incluraient les Kurdes des YPG/J et du Jabhat al-Akrad à condition qu’ils se distancient du PKK) tandis qu’Erdoğan veut n’importe qui, de préférence des islamistes (Daesh, al-Nosra, Ahrar al-Sham et autres djihadistes) sauf une alliance qui inclurait les Kurdes et leur offrirait une large autonomie. Dans la pratique, certains groupes salafistes semblent vouloir afficher une apparence de ‟modérés” (article d’un chef d’Ahrar al-Sham dans le Washington Post le 10 juillet 2015, deux interviews coup sur coup du chef d’al-Nosra sur la chaîne qatarie Al-Jazeera…)

Important à savoir. Dans cette zone frontalière vit une minorité turkmène. Si plusieurs mouvements appartenant à la Jaysh al-Thuwar comportent des combattants turkmènes, le pouvoir à Ankara joue aussi sur cette carte ‟ethnique” (comme en Irak) pour contrer et combattre toute alliance avec les Kurdes influencés par la mouvance apoïste PKK-PYD au prétexte qu’ils auraient comme projet de procéder à des ‟nettoyages ethniques”.

Nul doute que dans un futur proche, Erdoğan, l’AKP et les nationalistes turcs entonneront cette petite musique en guise de campagne de propagande pour combattre l’avancée des forces kurdes et leurs alliés dans le nord de la région d’Alep, c’est-à-dire dans la « zone de sécurité » que veut imposer la Turquie en territoire syrien.

Déjà, un quotidien turc publie un placard où Alep figure comme la 82ème province de la Turquie…

Simple frime propagandiste de caractère colonialiste ou anticipation d’une prochaine intervention terrestre de l’armée turque ?

à suivre…

M.P., le 4 août 2015

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Pour info, une carte interactive du Kurdistan et des combats qu’y s’y déroulent : ici

Source : OCL.

août 212015
 

Extrait de Courant alternatif n° 252 (été 2015) - mensuel de l’OCL.

Avec 4,8 milliards d’euros de pertes en 2014 et des provisions qui s’enchaînent, les comptes d’Areva n’en finissent pas de s’enfoncer dans le rouge. Cet accident industriel et financier (près de 8 milliards d’euros de pertes cumulées depuis quatre ans : -2,4 en 2011, -0,1 en 2012, -0,5 en 2013), ce “Crédit Lyonnais en puissance”, est devenu aujourd’hui un dossier politique. Le gouvernement, qui exige une « refonte de la filière nucléaire », envisage une recapitalisation de l’entreprise et somme Areva et EDF de s’entendre.

 

L’industrie nucléaire est intimement liée à l’Etat

Alors que l’atome représente 75% de la production électrique du pays avec 58 réacteurs en activité, et représente des dizaines de milliers d’emplois, le gouvernement ne pouvait pas ne pas sauver l’un des trois piliers de la filière française, avec EDF et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
Car l’industrie nucléaire est intimement liée à l’Etat, qui détient 87% d’Areva et 84,5% d’EDF.
En fait, il a toujours été à la manœuvre. Dès mars 1945, Raoul Dautry (alors ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme du gouvernement provisoire) informa le général de Gaulle (alors président du gouvernement provisoire) que le nucléaire bénéficierait à la reconstruction ainsi qu’à la Défense nationale. C’est ainsi que le général de Gaulle chargea Raoul Dautry et Frédéric Joliot de proposer une organisation de l’industrie française du nucléaire. De Gaulle crée le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) le 18 octobre 1945. Lors du Conseil de défense qui se tient le 17 juin 1958, il met un terme au projet de coopération nucléaire franco-germano-italienne initié en 1957 et accélère le programme nucléaire national en confirmant la date de la première expérience française.

Au début des années 1960 la commission pour la Production d’électricité d’origine nucléaire ou commission PEON, une commission consultative auprès du gouvernement français créée en 1955 afin d’évaluer les coûts liés à la construction de réacteurs nucléaires, préconise le développement de l’énergie nucléaire pour pallier le manque de sources énergétiques nationales. Deux positions vont alors s’affronter : celle du CEA qui préconise la filière UNGG et celle de EDF qui souhaite développer la filière américaine, uranium enrichi et eau sous pression des REP. Suite à la décision interministérielle du 13 novembre 1969, où la filière UNGG est abandonnée au profit des réacteurs à eau légère, EDF est autorisé à construire deux REP à Fessenheim, au lieu des deux UNGG prévus. Ils seront raccordés au réseau en 1977.
Même après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, la construction de réacteurs en série se poursuit et la France consolide son modèle électrique « tout nucléaire ». Tout juste François Mitterrand stoppe-t-il en 1981 le chantier de la centrale de Plogoff dans le Finistère, cible d’une vive contestation populaire.
Après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, la donne change. La critique de l’exception française du nucléaire monte en puissance. Les recherches ne s’arrêtent pas pour autant autour de la technologie dite de 3ème génération, qui aboutira à la mise au point par Areva de l’EPR, toujours avec le soutien de l’Etat.
En parallèle, l’opposition s’intensifie contre le réacteur Superphénix (Rhône), qui divise Verts et socialistes. Superphénix est définitivement arrêté en 1998 par le gouvernement Jospin, auquel participent les Verts.
La France croît au « renouveau » du nucléaire dans le monde mais EDF et Areva, duellistes de l’atome français, se tirent dans les pattes à l’international, sans que l’Etat ne fasse la police.

Mais la catastrophe de Fukushima en 2011 relance les interrogations sur la filière. Le marché du nucléaire s’effondre et peine depuis à se relever, pénalisant EDF et Areva dont les débouchés se tarissent. L’effondrement des cours de l’uranium accentue les difficultés d’Areva. François Hollande est élu président en 2012. Pour obtenir le soutien des écologistes, il a promis la fermeture d’ici 2017 de la centrale de Fessenheim. La loi sur la transition énergétique prévoit une réduction à 50% de la part du nucléaire dans le système électrique.

Du CEA industrie à Areva

En 1983, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) est autorisé par décret à faire apport de l’ensemble de ses parts de capital d’entreprises industrielles à la Société des participations du CEA, alors dénommée CEA Industrie. De 1983 à 2001, CEA Industrie pilote les activités industrielles et commerciales du CEA, et contrôle notamment la COGEMA, Framatome et Technicatome. En juin 2001 est créée l’entreprise Topco, réunissant Cogema, Framatome et CEA Industrie. En septembre 2001, la société abandonne le nom commercial « Topco » pour celui d’Areva.

La société AREVA est donc née quand la holding du CEA est passée du rôle de simple holding financière à celui de holding industrielle, avec directoire et conseil de surveillance. Anne Lauvergeon, PDG de la COGEMA devient présidente du directoire d’Areva. En 2006, le groupe Areva décide d’imposer une dénomination unique à toutes ses sociétés de premier rang : COGEMA est renommée Areva NC, Framatome ANP est renommée Areva NP et Technicatome est renommée Areva TA. Jusqu’en 2010, Areva est organisée autour de 4 pôles (le pôle Amont, le pôle Réacteurs et Services, le pôle Aval et le pôle T&D Transmission et Distribution). Le pôle de transmission et de distribution d’électricité (T&D) regroupait des activités de production, d’installation et de maintenance des équipements ainsi que les opérations de transmission et distribution d’électricité, en haute et moyenne tension. T&D a été vendu en juin 2010 aux groupes industriels Alstom et Schneider Electric.

En 2010, Areva adopte une nouvelle organisation divisée en cinq « Business Groups » (groupes d’affaires) : BG Mines, BG Amont, BG Réacteurs et Services, BG Aval, BG Énergies Renouvelables. Chacun de ces « Business Groups » sont eux-mêmes subdivisés en « business units » (unité d’affaires). Areva a par ailleurs créé une direction Ingénierie et Projets transverse aux activités nucléaires et renouvelables.

Les métiers d’Areva

Areva est un des premiers producteurs mondiaux d’uranium, matière première indispensable de la technologie nucléaire. Le groupe possède de nombreuses mines (notamment au Canada, Kazakhstan et en Afrique) qui lui ont permis de produire 9 470 tonnes d’uranium en 2014. La division chargée d’explorer de nouveaux gisements, d’extraire et traiter le minerai d’uranium a réalisé 16 % du chiffre d’affaires total du groupe et emploie 5 000 personnes.
Afin d’utiliser l’uranium comme combustible pour les réacteurs nucléaires, celui-ci doit d’abord être purifié puis enrichi avant d’être assemblé dans une structure en zirconium. Areva est l’un des leaders mondiaux dans toutes ces étapes qui se situent en amont du cycle nucléaire. Le groupe fournit environ 2 000 tonnes de combustibles par an, principalement à des centrales en Europe (France, Allemagne et Belgique) mais aussi aux États-Unis. Soit 27 % du chiffre d’affaires d’Areva en 2014, pour une part de marché mondial de 35%. Cette division emploie 8 000 salariés dans le monde.

Aspect méconnu d’Areva, le groupe public est le leader mondial des métiers de l’aval du cycle du combustible nucléaire. Spécialiste du recyclage, Areva est capable de fabriquer de nouveaux combustibles à partir de matières déjà utilisées. Le groupe propose aussi des solutions de gestion des déchets nucléaires, de logistique et de démantèlement des sites. Areva a notamment été appelé pour sécuriser la centrale de Fukushima. Ces activités ont représenté 18 % du chiffre d’affaires d’Areva en 2014 et comptent 12 000 salariés dans le monde.

En plus de ses activités nucléaires, Areva développe un portefeuille d’activités autour de quatre énergies renouvelables : l’éolien en mer, la bioénergie, le solaire thermique à concentration (CSP) et le stockage d’énergie. Le groupe construit et gère notamment des éoliennes installées en mer, des centrales solaires ou utilisant les bioénergies. Si elles sont en progression, ces activités représentent toutefois moins de 2% des ventes d’Areva, soit environ une centaine de millions d’euros.

Les concurrents d’Areva dans le monde

Fin 2011, Areva présentait le plan stratégique du groupe pour la période 2012-2016. Le Président du Directoire déclarait alors : « notre plan fonde sa dynamique sur notre confiance en l’avenir des énergies nucléaire et renouvelable. Il vise à conforter notre leadership sur ce marché, à faire de nous un acteur de référence dans les énergies renouvelables et à nous donner les moyens d’y parvenir ». Areva misait sur un doublement de la demande mondiale d’énergie à l’horizon 2050 entraîné par la croissance économique des pays émergents et le développement de nouveaux besoins en électricité (transports individuels et collectifs, technologies de l’information), la nécessité d’assurer l’indépendance énergétique des pays, la lutte contre le changement climatique avec la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Areva. Plus conservateur dans ses prévisions que l’Agence Internationale de l’Energie, le groupe anticipait une croissance de 2,2 % par an pour atteindre 583 GWe nucléaires installés à l’horizon 2030 contre 378 GWe en 2011.

Malgré la catastrophe de Fukushima, une trentaine de pays frappent à la porte du club des Etats nucléaires. Le cabinet Roland Berger Strategy Consultants estime que le nombre de réacteurs passera de 435 à 489 d’ici à 2030, soit une hausse de 26 % de la capacité installée (+ 100 gigawatts). Ce qui ne fait pas un « gâteau » énorme à se partager dans les quinze prochaines années sur un marché de plus en plus concurrentiel.

« Certains concurrents, comme Rosatom par exemple, sont beaucoup plus intégrés [qu’Areva] », soulignait mi-mars le ministre de l’économie dans Le Figaro. Si la Russie a fait de gros efforts depuis la catastrophe de Tchernobyl (1986) pour atteindre les standards de sûreté internationaux, ni sa gouvernance ni sa transparence financière (normes IFRS, etc.) ne permettent de considérer Rosatom comme une entreprise normale. Issue du ministère de l’énergie (Minatom) et dirigée par un ancien premier ministre de Boris Eltsine, cette agence fédérale, composée de nombreuses sociétés spécialisées, est une sorte d’Etat dans l’Etat. Elle contrôle toutes les activités civiles et militaires, assure une partie de la recherche comme le Commissariat à l’énergie atomique en France (CEA), fabrique tous les équipements et le combustible, assure les services nucléaires, produit de l’électricité et retraite les combustibles usés. Comme si, peu ou prou, EDF, le CEA et Areva formaient la même entreprise.

Aux Etats-Unis, l’intégration y est faible et les rôles très partagés. Les exploitants de centrales, nombreux et de taille moyenne (Exelon, Duke Energy…), ont confié la maîtrise d’ouvrage à des spécialistes comme Bechtel ou Shaw, et la fourniture des grands composants et du combustible à General Electric (GE) et Westinghouse (racheté par Toshiba en 2006), comme le faisait l’ex-Framatome en France. Quant à l’enrichissement, il est assuré par l’USEC (United States Enrichment Corporation), une société privée très suivie par le gouvernement fédéral pour des raisons de sûreté.

En Corée du Sud, la volonté de l’Etat de développer un ambitieux programme électronucléaire national, dès la fin des années 1950, a conduit à une forte intégration. Kepco (préféré au consortium français à Abou Dhabi en 2009) produit de l’électricité nucléaire à travers sa filiale KHNP (Korea Hydro & Nuclear Power), dispose de sa propre ingénierie (Kopec), fabrique aussi du combustible et assure la conception et la maintenance de ses centrales. Seule lui échappe la fabrication des grands composants (cuves, générateurs de vapeur…), confiée à la société privée Doosan. Contrôlé par l’Etat à 51 %, Kepco bénéficie aussi de facilités de financements publics.

Au Japon, il existe plusieurs exploitants (Tepco, Kansai, Shikoku…) de centrales nucléaires, comme en Allemagne (E.ON, RWE, EnBW…), mais chacun a choisi un grand fournisseur et un architecte-ensemblier capable de concevoir toute la centrale. Dans le sud de l’archipel, ils ont fait affaire avec Mitsubishi Heavy Industries avec des réacteurs sous licence Westinghouse, qui a fourni des centrales clés en main aux électriciens. Dans le nord, ces derniers ont fait appel à Hitachi et Toshiba avec des réacteurs GE, qui leur ont livré les centrales. Il y a un mouvement de concentration dans l’univers nucléaire civil chinois, notamment avec le rapprochement en cours des deux plus grands groupes d’électricité, la Compagnie nucléaire nationale chinoise (CNNC), et la China General Nuclear Power Corporation (CGN), qui développent en commun un réacteur de troisième génération concurrent de l’EPR français. Le premier assure le rôle de recherche dévolu au CEA en France, mais il a aussi lancé le réacteur civil (Qinshan 1) en 1991, première réalisation concrète de l’ambition électronucléaire affichée dès 1983 par Deng Xiaoping. L’autre grand acteur, CGN, est né d’une initiative de la province du Guangdong et s’est construit sur le modèle EDF (architecte-ensemblier et exploitant). Il est passé sous le contrôle de l’Etat central en 2012. Mais les composants des centrales chinoises sont fabriqués par des industriels comme Dongfang Electric.

Les raisons d’une déroute

L’une des causes de la déroute : « un manque d’adaptation à l’évolution des marchés après l’accident de Fukushima », affirme Philippe Varin, président d’Areva. Après la catastrophe de 2011 au Japon, le marché du nucléaire a ralenti. Plusieurs pays ont arrêté tout programme nucléaire, d’autres ont annoncé des moratoires. Areva perd alors ses clients allemands et japonais. En mars dernier, Philippe Knoche, le directeur général d’Areva, a reconnu « une stagnation durable des activités ».

Areva accumule les retards, voire même les échecs. La réglementation ESPN, « équipements sous pression nucléaire », est créée en 2005. Elle impose aux matériaux de pouvoir se déformer sans se rompre, et résister à la propagation d’une fissure. Problème : le fond de la cuve de l’EPR de Flamanville, construit par Areva et EDF, ne répond pas à ces normes. Une anomalie jugée « très sérieuse » par l’Autorité de sûreté du nucléaire. Le réacteur de troisième génération ne sera pas inauguré avant 2016, soit avec quatre ans de retard. La construction de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande est un fiasco. Sur ce chantier, Areva s’improvise constructeur de centrale alors qu’il est fournisseur d’équipements. Le chantier reste comme l’un des plus grands échecs industriels français, rappelle Les Echos. Montant de la perte : 4,6 milliards d’euros. Années de retard : neuf. Areva voulait vendre dix EPR avant 2016. Le compteur est bloqué à deux. EDF est en négociations avec Londres pour construire deux unités en Grande-Bretagne. Mais le groupe n’a pas été retenu dans aucun des autres appels d’offres en cours au début des années 2010.

L’investissement financier d’Areva tourne mal. En 2007, l’équipementier achète la société minière canadienne UraMin pour 1,8 milliard d’euros. Elle doit permettre de sécuriser l’approvisionnement en uranium, qui sert de combustible nucléaire. Mais UraMin est déprécié, et les investissements sur les gisements acquis le sont aussi. En cause : les difficultés d’exploitation des gisements et la baisse des cours, particulièrement après Fukushima.

Un plan de sauvetage

Le gouvernement doit répondre à plusieurs grands enjeux : assurer le bon fonctionnement et la coûteuse modernisation des 58 réacteurs du parc EDF (55 milliards d’euros d’ici à 2025), maintenir la France dans le peloton de tête des pays exportateurs d’équipements nucléaires et sauver les quelque 200 000 emplois directs et indirects d’une filière aussi stratégique que celle de l’aéronautique. « Le gouvernement souhaite une chose simple, c’est garantir la pérennité des entreprises dans cette filière nucléaire. »

« L’enjeu, c’est non pas de répondre à une difficulté financière que pourrait rencontrer Areva, mais de pouvoir restructurer l’ensemble de la filière pour la doter d’une nouvelle perspective », indique l’entourage du président François Hollande.
Lors du conseil d’administration du 2 mars 2015 qui a arrêté les comptes clos au 31 décembre 2014, Philippe Varin, Président du Conseil d’Administration déclarait : « Au nom du Conseil d’Administration, je salue le travail effectué par le groupe AREVA pour établir un diagnostic précis de la situation et élaborer un plan de transformation à la hauteur des enjeux. AREVA possède des savoir-faire reconnus dans le monde entier, et la France a besoin d’une filière nucléaire forte. Le groupe doit désormais suivre le cap du redressement en réalisant des efforts très importants (…) ».

Philippe Knoche, Directeur Général, ajoutait : « L’ampleur de la perte nette de l’exercice 2014 illustre le double défi auquel AREVA est confronté : stagnation durable des activités nucléaires, manque de compétitivité et difficile gestion des risques inhérents aux grands projets. Le groupe a pris la mesure de la gravité de la situation. Il a entrepris depuis novembre 2014 une revue stratégique complète de ses activités, et l’a fait sans concession. AREVA peut ainsi annoncer un plan de transformation cohérent qui fixe pour toutes les équipes, un cap exigeant mais réaliste sur le plan économique.
Tout d’abord, AREVA va se recentrer sur son coeur de métier, la maîtrise des procédés nucléaires clés pour le fonctionnement du parc mondial. Ce recentrage stratégique conduira à la révision de certaines ambitions, que ce soit dans la conduite des projets de nouveaux réacteurs ou dans les énergies renouvelables. L’objectif d’AREVA c’est d’atteindre l’excellence en tant que fournisseur de produits et services à très forte valeur ajoutée.
Ensuite, AREVA, dont les moyens avaient été dimensionnés pour accompagner une croissance à court terme du nucléaire, doit s’adapter aux nouvelles réalités du marché et redevenir compétitif. L’urgence pour le groupe est de sortir de la crise qu’il traverse et d’assurer son avenir avec le lancement immédiat d’un plan de compétitivité ambitieux, fondé sur la simplification des organisations, la qualité des opérations, et une toute nouvelle approche de la gestion des risques pour les grands projets. »

Première conséquence : une augmentation des provisions pour opérations de fin de cycle (6 985 millions d’euros contre 6 437 millions d’euros au 31 décembre 2013) consécutive aux « lettres de suite » reçues aux premier et second semestres 2014 de l’autorité administrative, pour renforcer la couverture des incertitudes relatives aux opérations de démantèlement et de reprise et reconditionnement des déchets du Business Group Aval. Le processus de consultation sur le chiffrage du devis CIGEO à la date d’arrêté des comptes au 31 décembre 2014 n’est pas achevé. Compte tenu des incertitudes sur le niveau des coûts qui en résultera, AREVA attend la publication du chiffrage définitif par les autorités de tutelle pour réviser sa provision.

Deuxième conséquence : des activités vont être cédées, en particulier celle Energie éolienne et Energie solaire (-555 millions de résultat net en 2014, dont 205 millions de provisions pour risques et pour garantie sur les contrats).

En outre, EDF va devenir l’actionnaire majoritaire d’Areva NP, dont Areva restera actionnaire et dont le capital pourrait être ouvert à d’autres partenaires industriels. Parallèlement, EDF et Areva NP créeront ensemble une société commune regroupant leurs activités d’ingénierie et de conception des réacteurs. « Dès à présent, les activités de conception, gestion de projets et commercialisation des réacteurs neufs d’EDF et d’Areva seront rapprochées dans une société dédiée. Ce rapprochement permettra une politique d’exportation ambitieuse et le renouvellement futur du parc nucléaire français », a expliqué l’Elysée. Dans un communiqué, Areva a affirmé que le groupe travaillera « dans un esprit de complète coopération » avec EDF sur la décision prise par l’Etat de faire passer sous le giron d’EDF la majorité de l’activité réacteurs du spécialiste du nucléaire. « Le groupe et ses instances de gouvernance vont travailler avec EDF dans un esprit de complète coopération (…) notamment sur les termes de l’accord de partenariat stratégique global et les conditions de la participation majoritaire d’EDF au capital d’Areva NP ».

A l’issue des arbitrages rendus par l’Etat début juillet, le groupe ne sera plus présent dans tous les métiers comme il l’était depuis sa création en 2001, où il assurait l’extraction et l’enrichissement de l’uranium, l’assemblage des combustibles, la conception et la fabrication des réacteurs, la maintenance, le traitement-recyclage des déchets et le démantèlement des centrales.

C’est une nouvelle forme d’intégration qui se profile autour d’EDF, qui reprendra la main sur la conception des réacteurs. Et probablement sur leur fabrication dans le cadre d’une filiale spécifique et ouverte à des partenaires français et étrangers (dont Bouygues, Vinci…). Le risque est désormais que cette activité industrielle diluée dans le mastodonte EDF continue d’être sous-performante. Quant au groupe Areva, amputé d’un de ses vecteurs de diversification, il va se retrouver encore plus dépendant de son principal client, un certain EDF.

La France aura ainsi son propre modèle dans un monde nucléaire où chaque grand pays a développé sa propre organisation, fruit de l’histoire et de la volonté plus ou moins affirmée des gouvernements de créer une filière électronucléaire pilotée par l’Etat.

Le nucléaire est malade. Qu’il crève !

Camille, OCL Reims, le 12 juin 2015

Sources : Communiqué de presse d’Areva en date du 3 mars 2015, L’OBS, Libération, Le Monde, France 3 Bourgogne, Les Échos, Valeurs actuelles,…