Peu avare de conneries, seulement quelques mois après avoir défendu un patriot act à la française après les attentats contre l’hyper casher de Vincennes et la rédaction de Charlie hebdo, Michel Onfray, notre libertaire-patriote de plateau télé récidive cette fois en soutenant la position souverainiste inter-classiste et cherchant à dépasser les clivages politiques de l’économiste Jacques Sapir. Sa déclaration d’il y a quelques mois soutenant qu’il préférait une déclaration juste d’Alain de Benoist, théoricien de l’éthno-différentialisme de la nouvelle droite, à une déclaration fausse de BHL - il y a bien qu’Onfray pour se poser des questions aussi connes - n’était donc pas un accident.
Il faut dire qu’outre ce dérapage patriotard, Onfray n’a eu de cesse de multiplier depuis des années avec constance ses inconstances en matière de soutien politique. De la refondation d’une vraie gauche après 2002, le voilà conquis par un souverainisme qui dépasserait les clivages. Une constante en tout cas chez lui, derrière la profession de foi un esprit bien peu libertaire : de la défense technophile du nucléaire, des OGM et du clonage, à celle du capitalisme en passant par son soutien à diverses candidatures à la présidentielle, aujourd’hui il nous gratifie de perspectives souverainistes et étatistes.
En ce sens il rejoint, les anciens d’ATTAC pour qui la défense d’un Etat fort à la mode keynésienne s’accompagne d’alliances douteuses. A la suite deux textes issus du site confusionnisme.infos.
Michel Onfray soutient Jacques Sapir.
Le M’Pep, retour sur une dérive
Nous vous l’annoncions il y a deux jours, le M’pep change officiellement de nom et d’orientation politique. Mais son tournant droitier ne date pas d’hier…
Le M’Pep assume désormais ouvertement une ligne qui était déjà la sienne depuis un certain temps : celle du refus du clivage gauche-droite au nom du combat pour la souveraineté nationale. Devenant officiellement un parti politique (le Parti de la Libération nationale et de la Démondialisation), il se fait un concurrent direct de l’Union populaire républicaine (UPR), de part son programme qui prône également la sortie de l’UE, de l’euro et de l’Otan, la seule différence notable avec la formation de François Asselineau étant que le M’Pep semble paradoxalement toujours se revendiquer de valeurs de gauche, exigeant par exemple la fin du capitalisme.
Tour à tour dénommé Mouvement politique d’éducation populaire, puis Mouvement politique d’émancipation populaire à partir de 2013, le M’Pep a été fondé en 2008 à l’initiative de militants issus de la gauche altermondialiste, dont Jacques Nikonoff, président démissionnaire d’Attac suite à la grave crise qu’a traversé l’association en 2006. Le M’Pep s’inscrit dans le lignée de la victoire du « non » au Traité constitutionnel européen, avec pour ambition d’y « donner un débouché politique »1.
Alors qu’en 2005, un des enjeux de la campagne pour le « non » à gauche était justement de refuser toute assimilation au « non » de droite et d’extrême droite et de tracer une ligne claire et tranchée entre les deux, le M’Pep, de par les alliances qu’il a construites par le suite sur ce sujet, a paradoxalement fini par apporter a posteriori de l’eau au moulin des détracteurs du « non » de l’époque qui voyaient dans ce vote une alliance de fait entre gauche radicale et extrême droite ou droite extrême.
A partir de 2010, les rapprochements confusionnistes sur la question européenne l’impliquant se sont concrétisés, via une série de réunions communes entre souverainistes des deux horizons, voire des tentatives pour monter des alliances de terrain. Les principaux acteurs de ce phénomène ont été, à droite : d’une part l’UPR, le Cercle des Volontaires et la Fédération des forces intérieures ou FFI 2.0, d’autre part Debout la République (DLR, aujourd’hui Debout la France) ; à gauche : le M’Pep, le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) et son satellite le Front syndical de classe (FSC) ; hors cadre : les Clubs « Penser la France » de Jean-Luc Pujo (ex-chevénementiste), un think tank qui organise tous les mois des débats au café Le Falstaff place de la Bastille à Paris et dont les invités proviennnent tant de la gauche que de la droite, voire de l’extrême droite (et ceci sans même mentionner les conspirationnistes)2. En voici les principales étapes :
- Dès novembre 2010, le M’Pep a publié sur son site une liste d’organisations politiques ayant des positions voisines des siennes sur l’euro3, parmi lesquelles tout à la fois Bastille-République-Nations4, l’UPR, le Comité Valmy, la Fondation Copernic, les Clubs « Penser la France », le Parti ouvrier indépendant (POI), le PRCF et plusieurs groupuscules se disant « gaullistes ». Avant cela, l’UPR avait déjà signifié dans un communiqué paru sur Facebook mais désormais hors ligne son intention de dialoguer avec voire de recruter des militants de tous horizons, allant du Front de Gauche à Égalité et Réconciliation en passant par le Comité Valmy, le POI, le M’Pep, Solidarité et Progrès ou DLR5.
- Le 20 septembre 2011, Jacques Nikonoff et François Asselineau se se sont retrouvés pour un débat à l’antenne de Beur FM6.
- Les rencontres se sont intensifiées en 2012 : participation de Nikonoff à l’Université d’automne de l’UPR7 et invitation en retour d’Asselineau à celle du M’Pep8 ; rencontres entre Pujo, Nikonoff et des cadres du PRCF à la Fête de l’Humanité. Lors de son université d’Automne, le M’pep a également invité l’économiste auto-proclamé et ufologue André-Jacques Holbecq, co-auteur en 2008 d’un livre sur la dette préfacé par Etienne Chouard et militant depuis 2009 de Debout la République (et toujours aujourd’hui de Debout la France).
- En 2013, des éléments du M’Pep et de l’UPR (gravitant autour d’Erick « Bozz » Mary, fondateur de FFI 2.0 et exclu depuis de l’UPR pour dieudonnisme) ont mené une campagne parallèle pour le « non » au référendum local visant à réformer les institutions régionales en Alsace, sous le nom de « Brigades républicaines (M’Pep) ou de « Brigades populaires républicaines » (UPR/FFI 2.0)9, sans toutefois parvenir à monter un collectif commun, au grand dam du M’Pep et de ses alliés (PRCF, Clubs « Penser la France) qui aurait bien vu un large front allant du POI à l’UPR en passant par le Front de Gauche10. A cette occasion, Jacques Nikonoff, qui avait déjà appelé à voter pour Nicolas Dupont-Aignan aux législatives de 201211, a participé à une conférence de presse avec des cadres locaux de Debout la République et en présence de Nicolas Dupont-Aignan12.

- Finalement, la rupture entre UPR d’une part et M’Pep/PRCF/Clubs « Penser la France » d’autre part semblait consommée en juin 2013 avec l’échec d’un projet d’alliance entre ces quatre organisations. A cette occasion, les déçus ont semblé découvrir que l’UPR était de droite13… Depuis, chacun continue son chemin de son côté avec le programme CNR 2.0 pour l’UPR et L’Appel pour le retour des jours heureux puis le CNR-Rue (Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne) pour les trois autres14.
- Néanmoins, l’UPR et le M’Pep ont signé ensemble en décembre 2013 un appel de souverainistes européens, suite à des rencontres ayant eu lieu à Athènes entre diverses formations dont l’Epam (Front unitaire populaire) grec15, une formation qui a ensuite participé au 3e congrès de l’UPR le 3 mai 201416.

- Si Asselineau a donné en 2010 une conférence au Local de Serge Ayoub, les porte-paroles du M’Pep Jacques Nikonoff et Aurélien Bernier ont eux été invités par le think tank d’extrême droite Le Cercle Aristote au Carré parisien, un bar habitué à recevoir ce genre d’événements, en 2011 et 2012. Nikonoff et Asselineau se sont d’ailleurs retrouvés ensemble à un débat organisé par le Forum démocratique, toujours au Carré parisien, le 8 octobre 2012, aux côtés de Jacques Myard (UMP) et Nicolas Dupont-Aignan (DLR)17, à l’invitation de l’économiste Philippe Murer18, un proche de Jacques Sapir passé depuis au Front national.
- La dernière université d’automne du M’Pep a confirmé cette tendance, avec des invités affichant clairement des positionnements réactionnaires comme Denis Collin (un philosophe national-marxiste anti-Mariage pour Tous19), Thierry Delbos (président du Cercle des Patriotes optimistes – sic) ou encore deux membres de l’Epam.
- Enfin, le M’pep a été régulièrement relayé pendant toute cette période par Le Cercle des Volontaires et l’Agence Info Libre, n’hésitant pas à l’occasion à en reprendre des articles sur son propre site.
On remarquera la référence permanente faite par ces groupes à la Résistance20 et à son caractère supposément non partisan (car réunissant des forces de gauche – PCF – comme de droite – gaullistes – au sein du Conseil national de la Résistance ou CNR) pour justifier leurs alliances. Cette référence est loin d’être anodine : elle induit que l’Union européenne est perçue par eux quasiment comme une puissance étrangère occupante (parfois comme le bras armé d’une autre puissance, les Etats-Unis), et que la combattre est dès lors une lutte prioritaire qui doit mettre les autres sous le boisseau et qui justifie toutes les compromissions.
Finalement, le fait que le M’Pep devienne Parti de la Libération nationale et de la Démondialisation et « ne se place plus dans le clivage gauche-droite »21 est donc l’aboutissement logique d’une dynamique entamée il y a longtemps. On peut espérer que cela aura le mérite de clarifier les choses du côté de ceux qui considéraient encore cette formation comme une alliée potentielle.
Issu du souverainisme anti-européen, le M’pep est devenu un parti clairement nationaliste, proposant le retour à l’idée de nation comme un remède miracle à tous les maux, que ce soit le capitalisme ou l’extrême droite22, un paradoxe quand on sait que l’État-nation s’est historiquement constitué comme outil de défense du capital – certains diront son bras armé – et que l’idée nationale a toujours servi d’argument pendant les périodes de crise pour tenter d’enrayer le mouvement social, au nom d’un intérêt commun que partageraient classes bourgeoises et classes populaires. S’agissant de l’extrême droite, il n’est pas non plus besoin de rappeler que le nation est depuis toujours au coeur de son discours.
La dérive du M’Pep est en tout cas exemplaire du danger qui guette les formations et militants de gauche qui seraient tentés par un abandon de l’internationalisme au profit d’un discours privilégiant comme remède aux maux de notre époque le retour à une souveraineté nationale fantasmée, même mâtinée de discours prétendument anticapitalistes.
O. G.
Mise à jour du 29 janvier 2015 à 23h17 : Nous constatons que plus d’une semaine après la publication du communiqué du M’Pep intitulé « Le M’PEP devient le parti de la libération nationale et de la démondialisation. Objectif : un socialisme pour le XXIème siècle », ce changement de nom n’a semble-t-il toujours pas été concrétisé et que le M’Pep continue pour le moment de communiquer sous son nom actuel. Mais parmi les commentaires d’internautes suivant ce communiqué, l’un d’eux précise que « Ce texte n’est pas un programme. C’est une synthèse, un résumé. Le programme est à venir (congrès extraordinaire les 20 et 21 juin prochain). » Nous devrions donc en savoir plus dans quelques mois. Ceci ne change bien entendu rien au fond de notre article, ni au fait que le M’Pep ait annoncé dans ce même communiqué renoncer officiellement au clivage gauche-droite et se transformer en parti politique, en vue des élections présidentielle et législatives de 2017.
Mise à jour, 22 juillet 2015 : C’est chose faite : depuis juin, le M’Pep s’appelle Parti de l’Emancipation du Peuple.




