juil 312014
 
logement
Dijon: Une histoire de l’espace autogéré des Tanneries
 
Ancrages, Les Tanneries, 1997 – 20..
 
À l’hiver 1997, une bande de punks s’immisce à coups de masse dans une
friche industrielle à l’odeur de sel et de cuir, boulevard de Chicago à
Dijon. Après quelques teufs sauvages et chassés-croisés avec les agents
municipaux, il est décidé de se barricader sérieusement, de s’installer
définitivement et de donner naissance à l’espace autogéré des Tanneries.
 
En 2001, après plus de deux ans de bataille pour retarder l’expulsion,
les deux candidats favoris au poste de maire de la ville finissent par
trouver judicieux, électoralement parlant, d’inscrire la légalisation de
l’occupation du lieu dans leur programme de campagne. Il faudra quelques
pressions supplémentaires pour que le vainqueur socialiste ne revienne
pas sur sa promesse dans les mois qui suivent, et finisse par signer une
convention précaire.
 
En 2008, alors que le ministère de l’intérieur se focalise sur la menace
« anarcho-autonome », un rapport des Renseignements Généraux, intitulé «
du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau pré-terroriste
international », définit l’espace autogéré des Tanneries comme une «
plaque tournante » de la mouvance en France. Le rapport précise qu’il
sera dur de se débarrasser de cette « base matérielle ». Il pointe les
risques posés par la fin, en 2011, de la convention passée entre la
mairie et les Tanneries et prophétise en cas d’expulsion des émeutes
comparables à celles survenues à Copenhague en 2007 à l’occasion de
celle du centre autonome de la jeunesse Ungdomshuset.
 
Début 2009, la manchette du journal local affiche « les Tanneries, c’est
bientôt fini ? ». Un peu plus de deux ans et quelques tergiversations
plus tard, le conseil municipal décide, à l’issue d’un débat houleux, de
financer à hauteur d’un million et demi d’euros les travaux nécessaires
au relogement des Tanneries, présentées par la bouche même de l’adjoint
à l’urbanisme comme alternativement « espace subversif et
anticapitaliste » et « centre de culture urbaine ».
 
Les Tanneries ont traversé la dernière décennie avec passions et
polémiques. Aussi bien, d’ailleurs, c’est la décennie qui a traversé les
Tanneries : de l’antimondialisation aux luttes territoriales, se plonger
dans les souvenirs et les archives, c’est s’offrir une balade dans
l’époque. Après bientôt 15 ans d’existence, il y aurait mille façons de
raconter l’histoire du lieu, les histoires du lieu. Si les murs décrépis
tiennent encore debout (pour la plupart), c’est qu’ils sont solides de
tout ce qui les a traversés depuis le début : du punk-rock aux amitiés
entêtées, de l’anarchie aux ateliers mécaniques.
 
Rédacteurs de ce texte, nous sommes aussi les réducteurs de cette
histoire, et avons choisi un bout de la lorgnette, et retenu l’idée d’«
intervention ». D’après la taxinomie héritée du mouvement squat de la
décennie précédente, les Tanneries sont en effet classées, au moins pour
la période non litigieuse d’avant le conventionnement, dans la catégorie
des squats politiques. C’est-à-dire qu’en plus d’y vivre ou d’y exercer
diverses activités pratiques – raison d’être de tout lieu occupé – on
prétend y contribuer à changer le monde.
 
Nous pensons, esprits retors que nous sommes, qu’il existe quelque chose
comme un mouvement révolutionnaire, alors même que ses manifestations
sont aujourd’hui si confuses ; et nous avons tenté d’y prendre part,
depuis Dijon et en lien avec toutes sortes d’autres lieux et groupes. La
participation de quelques hangars en périphérie d’une ville moyenne
occidentale à la constitution de ce mouvement n’étant pas a priori
assurée, il a fallu trouver des façons de se projeter dans le quartier,
la ville, le monde entier (on verra qu’en fait on a plutôt suivi le
chemin inverse…). Si au fil des ans la prétention n’a pas changé, les
orientations suivies ont relativement évolué. Le recul nous donne le
sentiment de voir se dégager quelques grandes périodes, chacune prise
dans leurs ébullitions et leurs limites, et ce même si la réalité fut
sans doute beaucoup plus entremêlée.
 
Note : Les relectures a posteriori sont trompeuses et l’envie de faire
émerger des hypothèses est nécessairement simplificatrice. Si certaines
de nos tentatives étaient présupposées et explicitement formulées,
d’autres se sont révélées en chemin de manière beaucoup plus empirique
et organique. Ce retour sur l’histoire se présente comme une recherche
plutôt qu’un communiqué collectif. Pionniers ou compagnons arrivés en
chemin, nous assumons ici une grille de lecture partisane sur un lieu
qui reste marqué, au-delà des gestes et paroles régulièrement portées en
son nom, par une hétérogénéité de groupes et de visions. Ajoutons que ce
décorticage à cœur ouvert d’un processus en cours nous a paru utile mais
d’autant plus malaisé qu’il ne tient pas lieu d’autopsie et l’on présume
bien qu’il puisse titiller quelques bureaucrates tatillons de l’autre
côté des barricades. On fera avec.
COURSES D’ORIENTATIONS POLITIQUES
 
1998 – 2002 – Mouvement squat, identité, contre-culture et activisme
 
« Anarchiste », « anticapitaliste », « punk », « Do It Yourself », «
(pro-)féministe », « vegan », « antiautoritaire ». Dans les premières
années, le fronton des Tanneries se pare de tout un tas d’étiquettes qui
cherchent à affirmer des identités croisées. Il s’agit de constituer «
notre monde » et d’être rejoint à partir de la défense de « nos espaces
». Dans la foulée des Tanneries, les maisons occupées essaiment, des
intersquats se forment et constituent une contre-ville. Entre
street-party crusty et blocus de la préfecture, on se focalise sur les
ennemis « évidents » : répondre aux offensives des fachos qui nous
tirent dessus en passant des nuits sur des toits avec quelques
projectiles, parer aux incursions policières, trouver des avocats et
barricader nos lieux. Même le combat contre l’expulsion est à la fois
populaire et de fait autocentré.
 
Car les Tanneries sont d’abord le fruit d’une lutte acharnée pour
rester. Nous décidons dès les premiers mois d’occupation de mettre en
branle sans trop de chicanes et de barrières idéologiques un panel large
de moyens de pression : concerts de rue et manifs à répétition, portes
ouvertes et permanences en ville, occupations, enchaînements et
irruptions dans les bureaux du maire, traques des apparitions des élus
et présence devant les réunions électorales, lettres d’interpellation et
embouteillage des communications à coups de fax, mails et coups de fil,
guérilla médiatique et harcèlement visuel dans la ville, conflit franc
et invitations à négocier… Après une attaque incendiaire anonyme qui
détruit complètement notre premier espace de vie et qui se conclut par
des tentatives d’expulsion, une interdiction de demeurer sur les lieux
et un procès, on décide de dégager les décombres et de continuer
l’aventure dans les hangars attenants. Des camarades d’autres villes de
l’Est, de Suisse ou d’Allemagne, attirés par le remue-ménage et les
appels répétés, viennent régulièrement nous prêter main-forte.
 
En parallèle, le mouvement « anticapitaliste » resurgit à l’échelle
(alter)mondiale. C’est le temps du « we are everywhere », et nous
faisons feu de tout bois, sans forcément qu’il soit primordial de savoir
en quoi cela pourrait s’ancrer spécifiquement dans la vie dijonnaise.
Les Tanneries servent de centre de convergence pour aller à Davos [1],
ou au G8 d’Évian, pour les contre-sommets. On se lance gaiement à
l’assaut de l’industrie pétrolière ou de la finance en bloquant des
stations-service et des banques pendant Seattle, on fait irruption dans
les centres commerciaux contre les OGM ou le Plan Colombie [2]… Il
s’agit de participer aux « campagnes de solidarité », de débarquer
régulièrement au consulat italien pour soutenir les premiers anarchistes
incarcérés pour des sabotages sur les chantiers du TAV dans le Val Susa,
mais aussi de contribuer activement aux réseaux plus larges qui se
constituent en cette fin de siècle, à la recherche de structures
communes et de perspectives stratégiques : en quelques années les
Tanneries se retrouvent imbriquées dans un vaste maillage, entre
intersquats, indymedia, Sans-Titre, infokiosques, anar-geeks, Action
Mondiale des Peuples [3]… et gagnent leur statut de plaque tournante !
 
2003 -2005 – Voyages et micro-politique
 
Si les activités continuent aux Tanneries, nos élans politiques
s’essoufflent parfois et le collectif des habitant.e.s se fait et se
défait. Après quelques années d’intense agitation certain.e.s ressentent
le besoin de changer d’air. On tente de rebondir et on fait même appel
un temps à nos potes de partout pour imaginer un relais et une «
non-permanence » formalisée sur les Tanneries, par peur d’une
désagrégation subie. Les habitant.e.s ont souvent à ce moment-là un pied
à Dijon, un pied ailleurs, et le regard à l’affût d’aventures à l’autre
bout de l’Europe. Par chez nous, sortis de l’urgence permanente, on
prend le temps de se creuser la tête sur nos formes d’organisation et
nos relations, parce qu’on a beau brandir comme credo le refus des
dominations, cela relève plus d’un perpétuel chantier que d’un
quelconque décret, et on se rend bien compte que les dominations en
question se terrent aussi bien dans nos propres maisons que derrière les
barrières des zones rouges des contre-sommets. Les Tanneries sont alors
le lieu d’une « micropolitique des groupes » expérimentale, qui
s’attache à décrypter les rôles et les scléroses, à trouver des formes
qui structurent le collectif et ses échanges, en essayant de ne pas
l’enfermer pour autant dans une somme de tableaux comptables. C’est
aussi un moment de recherche de réponses qui nous soient propres, sans
flics, sans juges et sans docteurs, vis-à-vis d’agressions ordinaires et
autres pétages de plombs spectaculaires qui plombent parfois les ami.e.s
et la vie du lieu. Nos batailles pour déconstruire certaines normes dont
on se délesterait bien et s’autonomiser vis-à-vis des institutions
passent par des initiatives croisées : rencontres féministes ou groupes
de parole entre mecs sur la masculinité, découverte de
l’antipsychiatrie, remise en cause des « chefs », échanges de savoirs
informatiques ou électriques… Si l’usage systématique des petits
groupes, tours de parole ou autres « points météo [4] » est aujourd’hui
révolu, les attentions qui se forgent à l’époque vont continuer à
bouleverser radicalement nos réflexes et nos focales. Cette première
période sans menace d’expulsion est aussi mise à profit pour aménager,
refaire la plomberie ou se chauffer et construire des locaux plus
adaptés : atelier informatique au fond d’une cave, mezzanine, kiosque et
ateliers…
 
2005-2008 – Retours et recherche d’ancrage
 
De nos pérégrinations, nous retenons une confrontation à des dynamiques
plus territorialisées, des luttes de quartier barcelonaises à
l’occupation pendant plusieurs mois des arbres du parc Paul Mistral, en
plein centre-ville grenoblois, contre sa destruction. Nous observons
là-bas le travail méticuleux pour documenter et répondre à l’emprise du
conglomérat technoscientifique en termes sociaux et urbanistiques. Nous
en revenons avec le désir d’aller au-delà des généralités sur l’«
exploitation capitaliste » ou la « consommation » et de décrypter les
enjeux et tensions spécifiques à l’endroit où l’on vit.
 
Du côté de Dijon, on aspire aussi à moins tourner sur nous-mêmes. On
forme des groupes de circonstance et des collectifs temporaires, en
prenant soin de ne jamais s’afficher comme « les Tanneries » pour ne pas
être directement catalogués. Au final, on se retrouve à se réunir
plusieurs fois dans la même semaine, avec à peu près les mêmes gens,
sous un nom différent : collectif « un toit pour toi », « silence on
tourne », « CPE-LRU-RTT (Chômeurs-Précaires-Étudiants
Lycéens-Rageurs-Utopistes Révoltés-de-Tout-Temps) », assemblée des
Tanneries, caisse de solidarité, groupe informel…
 
Quand le CPE nous tombe dessus, on y débarque avec un peu de retard, une
cuisine collective et un infokiosque pour l’occupation de la fac. On
tente de peser à l’extérieur des AG, depuis les marges, par un ensemble
d’actions qui changent la tonalité du mouvement… Notre crew se retrouve
et s’ouvre pleinement pendant quelques semaines où l’on se rappelle, au
comble de l’excitation, que l’on vit aussi beaucoup pour ces moments-là.
Entre rencontres singulières avec une nouvelle génération en rébellion
et explosion des possibles dans une ville devenue terrain de jeux et
d’actions quotidiennes au sommet des grues, dans la rue ou en
déménageant les locaux de l’UMP, on se sent pris dans un tournant où,
pendant quelque temps, les manières de penser et de faire la politique
qui nous animent vont entrer en résonance et se retrouver parfois
motrices dans des mouvements sociaux larges et transversaux.
 
2007 – Bras de fer
 
En 2007, un fonctionnaire inconnu frappe un soir à la porte pour nous
informer de pourparlers secrets entre une multinationale de santé et le
maire qui souhaite leur revendre les terrains des Tanneries. Deux jours
plus tard, nous entrons en trombe et en furie dans le conseil municipal.
Keny Arkana nous propose un concert sauvage de soutien devant la mairie
le soir des élections. Un samedi lors d’une première manifestation, nous
hissons des cabanes dans les arbres qui longent la mairie et annexons le
parc en contrebas. Embrouilles avec la Préfecture, le GIPN tarde à
intervenir. Le dimanche matin, le maire se pointe dans un bar du coin et
signe une nouvelle convention sur 5 ans. Au conseil municipal du lundi,
les ténors de la droite pestent, et s’entendent rétorquer : « Si vous
voulez faire de l’expulsion des Tanneries votre prochain cheval de
bataille électoral, allez-y, je vous souhaite bien du courage ! » Cette
année-là le mouvement contre l’expulsion du centre autonome Ungdomshuset
est un point de référence majeur : nous observons avec attention comment
les amis danois ont jonglé habilement entre manifs familiales de masse,
coups médiatiques et appels aux « brigades internationales » pour venir
s’attaquer en bloc à la police. Nous nous émouvons de la manière dont
après l’expulsion, l’embrasement de la ville pendant trois jours, les
nombreuses incarcérations qui suivent et le refus de la mairie de «
traiter avec des terroristes », ils continuent pendant un an, chaque
semaine, à réinventer des manifestations à chaque fois différentes
jusqu’à obtenir un nouveau lieu. Nous observons comment une lutte partie
du « ghetto squat » se mue en un défi politique qui finit par scinder la
population et par pousser des dizaines de milliers de personnes à
s’engager. Leur détermination donne du souffle, le sens d’une
camaraderie à la fois dense et dispersée à travers l’Europe. Elle nous
pousse, l’année qui suit, à appeler à des journées internationales de
résistance des squats et espaces autonomes pour marquer un front commun
face aux politiques répressives.
 
2008 et au-delà, assumer une entité
 
Trêve de dissimulation, nous admettons au bout d’un moment que dans
cette petite ville, tout le monde se dit que nous sommes « les tanneurs
» et que nos présences opaques créent souvent plus de méfiance qu’autre
chose. C’est dans ces années, à partir d’un collectif plus stable, que
les Tanneries s’affichent plus ouvertement : un espace de construction
ET d’offensives, un espace d’où se constitue une entité politique,
visible, nommée, rejoignable, qui cherche à agir sur la ville. Un détour
chez les camarades du centre autonome Ifanet à Thessalonique, au soir
des révoltes de l’hiver 2008, nous permet d’interroger leur choix
d’assemblées politiques ouvertes hebdomadaires et de creuser nos propres
partis pris, dans un contexte français où cette jonction entre lieu de
vie, d’activité et d’organisation offensive est plutôt timide… Hormis
dans les rapports policiers.
 
C’est qu’après des années d’existence et d’activisme débridé où les
expériences s’additionnent et s’éparpillent, le besoin de stabilité se
fait sentir, pas seulement en ce qui concerne l’assurance de garder le
lieu mais aussi dans les formes d’interventions politiques. Il nous
semble alors que les Tanneries peuvent être autre chose que la tanière
d’un groupe, que le lieu d’un milieu : une force politique à l’échelle
de la ville, au moins. Nous voulons être le point d’articulation entre
un tas de dynamiques : squats, potagers, concerts, journaux, actions ou
caisse de solidarité. Cette aspiration est régulièrement l’objet de
controverses, et nos cœurs balancent entre volonté assumée d’incarner un
mouvement et primat à la singularité des énergies par peur des tendances
hégémoniques et centralisatrices.
 
Le mouvement des retraites de 2010 est l’occasion de s’affirmer comme
une créature polymorphe mais cohérente. Contrairement à ce qui s’est
passé pour le CPE, le fait de venir des Tanneries ne nous donne pas
l’impression d’arriver de l’extérieur, et de devoir s’y cantonner. Il
s’agit d’être un point à partir duquel se relient des pratiques et des
contenus politiques, des outils de coordination et de rencontres par le
biais d’un bulletin de grève, de la participation au comité de lutte, de
ressources juridiques et financières en cas de répression, etc. On est
une bande large et aux contours flous mais avec une force d’action
indéniable, des matériaux, réchauds et véhicules pour porter
matériellement les blocages, un espace où se réunir et continuer à se
voir si la mayonnaise du mouvement retombe…
 
Cet ensemble ne se tient pas sans retomber parfois dans les formes
classiques de l’organisation militante, de son speed gestionnaire et de
ses agendas noircis par une succession de réunions. Notre salut tient à
un certain refus de la séparation entre nos vies et nos luttes, et aux
moyens partagés au sein de la grande maison ou avec d’autres bandes, aux
dérives et aux apéros, aux amitiés sur lesquelles on peut compter dans
les coups durs ou pour ne pas raccrocher face aux injonctions
normalisatrices, aux équipées à l’autre bout de la France, aux mains
dans le cambouis, aux danses jusqu’au petit matin et à ce que nous nous
attachons à produire très concrètement ensemble. Il est bien téméraire
de parler de « politique » sans au moins mentionner cette vibration
collective et ludique, cette intensité des liens au quotidien et la
sédimentation affective qui donne un sens à l’existence et permet de se
risquer à lutter.
 
On sent qu’on peut peser localement, initier des luttes contre ce qui
menace directement de contenir nos existences, comme la
vidéosurveillance, le fichage ADN, ou le rouleau compresseur
éco-urbanistique ; ou développer des solidarités avec des ouvriers en
grève, ou des migrants pourchassés qui s’immiscent dans la ville et dans
notre quotidien… On croise un tas de monde, militant de gauche, prolo
débrouillard, humanitaire catholique ou chômeuse heureuse. Une partie de
l’énergie est orientée autour des déplacements possibles plutôt que sur
la recherche permanente de marquer une rupture nette. Dans une ville de
gauche où les milieux militants et culturels sont tellement inféodés aux
autorités locales et reclus dans l’indignation 2.0, on espère contribuer
à ce que certains posent des actes et assument des conflits. On se prend
quand même plus d’une fois des murs et des réus sclérosées à s’en taper
la tête, mais l’endurance crée aussi des brèches. Il y a une certaine
jubilation à recroiser une mère d’élève en tailleur qui raconte comment
elle a fini par bousiller la borne biométrique du lycée, ou à s’emparer
d’un internat vide en manif en face du tribunal avec le soutien officiel
de tout ce que Dijon compte d’assos citoyennes et humanitaires, au grand
dam de la préfecture. Il n’est pas aussi facile de neutraliser les
positions paternalistes vis-à-vis des 300 migrants qui s’installent des
mois durant dans l’internat, mais on essaie quand même, à notre sauce et
à l’interface, de faire en sorte que des luttes « autonomes » puissent
naître.
 
Isolées entre un boulevard et une friche industrielle, les Tanneries
n’ont eu pendant longtemps pour seul voisin qu’un orchestre de musique
napoléonienne qui se contenta de jouer l’« hymne à la joie », sourire en
coin, alors que notre bâtiment était en train de cramer en 2001.
L’occupation en mars 2010 de terres maraîchères menacées à deux rues de
chez nous crée le déclic nécessaire à un rapport nouveau au quartier. On
se met à rencontrer les voisins et à causer jardin. D’autres maisons
sont squattées, ainsi qu’une ancienne boucherie industrielle avec un
groupe de réfugiés d’Afrique de l’est. Au printemps 2011, des familles
du coin, des bandes de potes viennent défricher d’autres parcelles,
poser des ruches… Des Rroms s’installent dans les anciens abattoirs
voisins et quelques paysans sans terre restaurent un champ lunaire
récemment passé au tractopelle par la mairie. Tous ces groupes se
frottent et s’entremêlent lors de boums, de repas, pour remettre le jus
ou répondre aux incursions policières. Les Somalien.e.s viennent
manifester pour le potager devant la mairie et nous invitent à regarder
des images de Mogadiscio, au retour d’un feu d’artifice devant la
prison. On a le sentiment d’une communauté qui se construit,
hétéroclite, précaire, mais bien vivante, loin des rêves lisses des
urbanistes et de leur « éco-cité » pour laquelle tout ceci devrait
bientôt être rasé.
LES TANNERIES ET LE « MOUVEMENT »
 
Visibilité
 
Nous avons fait le pari qu’un mouvement avait parfois besoin de «
vitrines », aussi trompeuses soient-elles sur la structuration et la
répartition réelle de ses forces, aussi dangereux que soient les miroirs
déformants et les focalisations sur des points donnés. Il ne s’agissait
pas de contester le choix d’apparitions diffuses, « révoltés anonymes de
la guerre sociale » ou rien du tout – à partir d’un bar clando, d’une
ferme paumée, d’une coloc’ proprette, d’une nuit sans lune, d’une fac
occupée ou d’une route calcinée… Nous entendions la pertinence de
repousser les espaces identifiables, les catégories classiques du
politique et les costumes attendus. Il nous a pourtant semblé tout aussi
nécessaire que des lieux ou des groupes circonscrits avec suffisamment
d’assise et de présence dans la durée puissent assumer des énoncés
publics et des solidarités – que ce soit avec ceux qui pètent des
vitrines à Dijon le soir de l’élection de Sarkozy, ou avec les inculpés
de l’antiterrorisme dans une période où d’autres pouvaient préférer,
avec leurs bonnes raisons, ne pas afficher de liens… Il ne nous
apparaissait pas forcément contradictoire de démonter d’un côté les
désignations d’« anarcho-autonomes », et de pouvoir répondre de l’autre,
en cramant des fumigènes devant la pref’ avec le Réseau Éducation Sans
Frontières [5] : « peut-être et alors ? Nous sommes soutenus, entourés
et fiers de ce que l’on crée » plutôt que : « non pas du tout, restons
cachés ! »
 
Nous avons jugé joyeux d’être un repaire d’où l’on pouvait sortir en
bande avec des palettes pour un blocage de la zone industrielle voisine,
avec un tas de fourches pour aider à une occup’ des terres d’à côté ou
pour une boum sur le boulevard, où l’on puisse rentrer d’un péage
gratuit ou d’une manif remuante poursuivi par la BAC, fermer les grilles
et faire des pieds de nez… quitte à se retrouver un après-midi avec un
escadron de gendarmes mobiles devant chez nous, missionnés pour empêcher
le départ d’une chasse au trésor cycliste dont ils pensaient qu’elle
camouflait une émeute [cf. constellation « fête sauvages »]. Parce
qu’effectivement, la visibilité fait qu’il est par ailleurs plus délicat
d’échapper aux soupçons policiers et de brouiller les identités. Elle
implique que certaines actions puissent avoir des conséquences directes
sur un espace, avec la menace que cela pèse dans certains choix. En même
temps quand les commentaires du canard local nous relient de toute façon
peu ou prou à tout ce qui trouble ou salit la ville, et en appellent
régulièrement à nous passer au lance-flammes, ça finit par noyer le poisson.
 
Nous avons choisi d’être un lieu d’où pourraient partir des bus ou des
appels, et de tisser des ponts entre Dijon-boulevard de Chicago et
Davos, Vichy ou Valognes, des jumelages avec Notre-Dame-des-Landes, de
fournir un espace de rencontre et d’organisation pour des journées
d’action intersquats européennes, des réseaux de geeks ou un G8… Le
patchwork Tanneries et nos positions atypiques, qui n’ont pas échappé
aux critiques lapidaires venues de différents milieux radicaux, ont au
moins permis à diverses écoles de s’y croiser et de nous traverser. De
chantiers collectifs en invitations à venir se poser quelque temps, les
Tanneries ont offert une porte d’entrée suffisamment accessible pour un
tas personnes qui rêvaient de se barrer de leur vie d’avant ou de se
raccrocher à des mondes en lutte.
 
Quelles qu’aient été nos diverses manières d’apparaître à la ville,
notre vieille usine taguée a conservé une façade à la fois poreuse et
rugueuse. Elle devient un symbole appropriable quand des lycéens se
construisent des cabanes au fronton graffé « tanneries 2 » devant leur
lycée pendant les blocages du CPE, ou quand on entend tous ceux qui
disent mythiquement avoir « ouvert les tanneries » ou s’en sentir acteur
sans qu’on les connaisse forcément.
 
D’un autre côté, si on est une « vitrine », elle n’est pas tout à fait
transparente : les Tanneries vivent aussi à travers l’existence plutôt
bien délimitée d’un groupe « tanneurs » pas forcément facile d’accès.
Notre histoire est celle d’une composition aussi tendue que soudée,
entre un collectif anarcho-punk presque trentenaire et un collectif de
vie autour duquel se tisse une nébuleuse existentielle et politique. Le
lieu a beau se vouloir ouvert à un tas d’initiatives à partir de
quelques principes autogestionnaires, on sent bien qu’il n’est pas
toujours facile de contourner ces piliers, et de se l’approprier. Son
alchimie se tord toujours entre assemblées publiques, alliances claires
et accueil de projets et soirées plus hétérogènes qui parfois accrochent
et parfois clashent.
 
L’assise des Tanneries et le soutien hétérogène dont elles ont bénéficié
pendant toutes ces années tiennent sans doute à leur caractère hybride
et à l’impossibilité de les enclore dans un univers prédéterminé. La
défense de l’espace autogéré part d’un collectif de vie qui l’habite au
quotidien et de l’ouverture large liée à l’aspect « centre social », aux
concerts et à leur aura de « légitimité culturelle ». Dans le même temps
le pendant politique tranché marque un rapport au monde, une histoire et
un mouvement auxquels se référer, une présence à partir de laquelle nous
ne pouvions être confondus avec une simple expérience alternative ou
artistique. Le labyrinthe de hangars, de grands espaces ouverts couverts
de peinture et de constructions hétéroclites dessine un
contre-territoire dans la ville, univers palpable et difficilement
récupérable, à l’interface entre « citoyens dijonnais », « jeunesses
réfractaires » et outre-mondes sans-papiers, freaks ou déserteurs qui
passent et se posent par ici. Et si l’aventure anarcho-punk dont le lieu
était issu a parfois participé d’une certaine clôture identitaire, on
doit aussi à sa persistance une part d’énergie à rebrousse-poil des
tentatives de lissage.
 
Nous ne sommes pas toujours sûrs de ce qui nous relie réellement aux
centaines de personnes qui passent ici chaque semaine, majoritairement
dans des soirées, souvent « en soutien », mais généralement surtout pour
se déhancher ou boire des coups. Il s’y développe sans doute au moins
une sensibilité à un univers décalé sans vigiles ni profits, des
possibilités de croisement et de diffusion de prises de positions et
quelques transes suantes enchevêtrées. Dans cette ville réduite, nous
avons beau être ces trublions intempestifs qui osent tenir tête aux
autorités, sortir le maire d’une manif’ ou lui faire craindre des
troubles lors d’un G8 des universités annulé au dernier moment, nous ne
sommes définitivement plus une force anonyme, qu’ils pourraient
simplement éradiquer sans déclencher une levée de bouclier au cœur même
de la cité. Parce qu’à force, une bonne partie de Dijonnais.e.s,
certains travaillant au sein même des structures qui gèrent la ville,
ont fini par s’attacher d’une manière ou d’une autre à notre existence.
Sur ce terreau, les Tanneries se sont perpétuées entre tension dans la
rue et injection d’un certain type de dialogue : imaginer pouvoir
imposer des négociations et se pointer dans leurs bureaux sans baisser
la tête, parce qu’il y a aussi des confrontations à mener sur ce
terrain-là et la possibilité que certains face-à-face entérinent plus de
possibles que de renoncements.
 
En dur
 
Le pari de la légalisation
 
La politique radicale et ses objectifs maximalistes nous contiennent
parfois dans un certain sentiment d’impuissance. Pourtant, la certitude
qu’il est possible aussi d’arracher quelques victoires concrètes tient
ici lieu d’acte fondateur et de mythe commun même à ceux et celles
arrivé.e.s après les premières batailles.
 
Des débats intenses s’amorcent dans les premiers mois d’occupation sur
l’issue de la lutte avec la mairie et la possibilité d’aboutir à une
convention d’occupation, parfois perçue comme un défi « impur ». Cette
problématique relativement neuve par chez nous en ce qui concerne les
squats dits « politiques » renvoie à des conflits qui ont marqué les
Kraakers hollandais, Hausbesetzer allemands, ou Occupanti italiens et à
l’analyse selon laquelle la « légalisation » d’un certain nombre de
lieux a été un levier pour diviser le mouvement et acheter une certaine
« paix sociale ». Nos voyages à travers l’Europe nous permettent de nous
rendre compte aussi à quel point ces mêmes mouvements peuvent bénéficier
d’un certain nombre de structures stables. Difficile de solder le débat.
Nous nous prenons bien la tête… et mettons la main à la pâte puisque
nous faisons le pari mais aussi le compromis de travaux de mise aux
normes conséquents sur une partie du bâtiment, pour briser ce qu’il
reste à la mairie d’arguments publics pour nous virer. Nous nous
risquons après coup à une convention parce que les négociations partent
d’un rapport de force et que nous décidons que ce bout de papier en sera
la marque plutôt qu’une bride. Nous vérifierons au fil des années que
notre marge de manœuvre tient effectivement avant tout au terrain
politique et à nos élans désinvoltes, et pas tant aux règles et clauses
inscrites sur papier qu’il est toujours possible de se donner les moyens
de transgresser.
 
Notre rage d’ancrage a d’abord été guidée par l’envie d’affirmer que ce
qui nous étreint n’est pas qu’une folie de jeunesse ou une digression
colérique avant de rejoindre les chemins tracés. Les lieux communs selon
lesquels les utopies collectives finissent forcément en eau de boudin et
ne peuvent être le choix d’une vie sont les premiers arguments posés par
tous ceux qui veulent se rassurer sur le fait qu’il n’y avait pas
d’autres possibilités pour eux et pour les autres. Jusqu’au sein des
milieux radicaux, notre génération, échaudée par la mémoire floue des
dits « échecs » des années 70 et fille des replis des années 80, était
marquée par une aspiration libérale à pouvoir toujours décrocher, à ne
jamais trop s’engager dans le temps et avec d’autres, au point que cela
mine nos potentiels existentiels et politiques. 14 ans après, que l’on
ait occupé ce lieu dès les premières années ou qu’on l’ait rejoint en
cours de route, une de nos plus grandes forces est de pouvoir affirmer
que l’on est toujours là et que l’on ne compte pas s’arrêter en si bon
chemin.
 
Cette temporalité s’est révélée nécessaire pour apprendre et valider nos
« expériences », pour ne pas avoir à tout réinventer à chaque
génération, pour voir les arbres pousser devant la maison et approfondir
une culture politique commune au-delà des évidences et des
prêts-à-porter parachutés. Elle a permis d’entretenir une mémoire orale
et archivée, des personnes-relais qui ne parlent pas qu’au passé. Ce
lent cheminement a permis la constitution de réseaux : notre rapport au
« mouvement » hors de Dijon, ses contacts et ses lieux éparpillés, mais
aussi et surtout localement : des avocats, artisans, journalistes,
architectes, maraîchers, des fils et filles de flics et de politiciens,
des militants associatifs et des syndicalistes, des mécanos et métallos,
des filous et des gitans ou des fonctionnaires complices qui refilent
des infos.
 
Commencer à envisager une « force matérielle » qui nous soit propre est
venu progressivement. Squatteurs urbains, déserteurs des lycées ou des
facs, nous avons d’abord voué un culte à la bidouille approximative, aux
mezzanines en parpaings et aux vertus du gaffer plutôt qu’au « travail
bien fait » vanté par nos aïeux. Nous sommes partis de bricolages,
récups, recyclages, piratages et échanges – que nous ne sommes pas prêts
d’abandonner – et d’une production Do It Yourself souvent immatérielle,
principalement sociale et culturelle : soirées, journaux, disques,
rencontres, affiches, expertises juridiques… Nous en sommes venus à
l’acquisition progressive d’outils et machines qui tiennent la route –
informatique, mécanique, culinaire ou sonore – puis au désir de tenir
plus de maillons d’une chaîne, de se former et de pouvoir produire de
manière plus conséquente : disposer d’une imprimerie, d’une radio, de
potagers, d’une brasserie, d’une boulangerie ou de ressources en
bâtiment… L’élan productif tient ici autant du remède face à un
sentiment d’amputation, entre nécessités pratiques et jubilations
créatives, que de choix tactiques sur ce qui doit permettre d’alimenter
nos interventions politiques « autonomes ».
 
Le monde des squats d’où nous sommes issus et dont nous ne renierons
jamais la force existentielle, est pratiquement toujours à la merci du
court terme où d’un recadrage répressif. Nous savions qu’il était devenu
dans les années 90 presque impossible de tenir une nouvelle occupation
en Allemagne malgré et peut-être du fait de l’intensité du mouvement
autonome des années 80, et avons partagé les soubresauts genevois du
milieu des années 2000 quand ce qui restait d’une des dynamiques squat
les plus denses en Europe, terrain de découverte pendant notre
adolescence, s’est fait laminer en quelques mois. Bases, refuges,
fermes, maisons ou ateliers, nous estimions devoir compter aussi sur des
lieux plus sûrs, dans les moments de tumultes comme dans les périodes
plus froides. Nous avons rejoint à notre manière ce que d’autres ont
tenté ces dernières années sur des modes différents, à la ville ou à la
campagne avec des baux emphytéotiques, achats collectifs ou locations –
sans nous priver du plaisir de continuer à nous immiscer régulièrement
derrière des portes verrouillées.
 
Malgré la consistance acquise au fil du temps, nous bataillons encore
avec la fragilité de ce que nous portons. Notre histoire et un certain
nombre de départs témoignent de la difficulté d’habiter dans la durée
des lieux publics et ouverts, de se sentir une communauté forte dans un
maelström constamment traversé de nouvelles têtes, énergies, irruptions
inattendues et sollicitations extérieures. Notre utopie d’un espace «
total » part d’un refus de la séparation, mais reste empreinte d’une
tension constante entre magie et épuisement. Notre choix de rester en
ville a encore du mal à se trouver un tempo qui ne soit pas celui d’une
course permanente et refuse pourtant que le nécessaire ralentissement
n’ait pour point de chute que la campagne.
 
Le grand déménagement
 
En 2009, nous apprenions par la presse que la mairie devait nous dégager
mais s’engageait à nous reloger « dans les meilleures conditions », pour
parer à un clash renouvelé. Malgré toute notre méfiance, il nous a paru
nécessaire de les tester pour voir jusqu’où ils étaient prêts à aller,
d’être capables de rassembler face à une proposition qui se serait
avérée ostensiblement médiocre. Nous avons à nouveau posé un certain
nombre de conditions politiques à l’ouverture d’un dialogue et
finalement obtenu des engagements sur la préservation de notre
autonomie, sur la possibilité de déplacer l’ensemble de ce qui constitue
aujourd’hui les activités des Tanneries et sur un bail gratuit et de
longue durée. Dans ces conditions, nous avons fini par parier
tactiquement sur la possibilité de déménager et de nous enraciner dans
un espace qui nous convienne plutôt que de mener une nouvelle bataille,
sans doute épique, mais dont nous estimions cette fois qu’elle
aboutirait probablement à notre départ à coup de tonfas et de
tractopelles. Nous avons opté pour le projet plus que pour les murs, et
pour le maintien d’acquis plutôt que de nous risquer à tout recommencer.
Nous sortons de longs tiraillements internes et avons testé de nouveau
notre capacité à construire des points d’accords en assemblée, alimentés
par des échanges avec des espaces et collectifs amis en d’autres points
de l’hexagone. Si l’on se tient aujourd’hui dans ce consensus à vif, on
ne doit pas oublier pour autant que ce processus a aussi contribué à
l’éloignement de certaines personnes qui ne se retrouvaient pas dans une
logique de négociations a priori. Nous sommes partagés entre la fierté
de ce que nous avons réussi à imposer, l’excitation de poursuivre
l’aventure ailleurs et la peur de nous retrouver coincés et de chuter,
d’être pris malgré nous par des logiques plus conciliantes. Comme en
1999 lorsque nous nous engagions à soutenir encore plus fort les autres
squats si on obtenait un jour une convention, nous nous sommes formulés
collectivement des principes et garde-fous qu’il faudra éprouver avec le
temps. Le premier était de couper court au dialogue si l’on sentait que
des initiatives politiques qui nous sont chères commençaient à être
écartées par peur que cela froisse le processus de relogement. Pendant
les trois ans qu’ont duré les négociations, nous n’avons cessé, sur des
terrains voisins et jusque sous leurs fenêtres, de nous entrechoquer
avec la municipalité – peut-être plus durement encore que par le passé,
peut-être par peur de lâcher prise. Nous ne savons pas ce que nous
réserve le futur, si ce n’est de rester en chantier et de continuer à
batailler sur la ville, mais nous espérons que ce texte puisse servir de
jalon pour ne pas oublier d’où nous venons.
 
[1] Rencontres annuelles au Forum économique mondial.
 
[2] Plan d’aide financière et militaire des États-Unis et de l’Union
européenne initié au milieu des années 90 pour assurer leurs intérêts en
Colombie. Il occasionna diverses actions de solidarités et échanges avec
des communautés colombiennes menacées.
 
[3] Réseau anticapitaliste mondial formé en 1998 après le blocage du
sommet de l’OMC à Genève.
 
[4] Tour de parole où chacun peut parler de ses ressentis et de son
humeur du moment.
 
[5] Action en soutien à deux camarades parisiens inculpés pour
terrorisme parce qu’ils transportaient des fumigènes dans une
manifestation de sans-papiers.
 
[Publié sur Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune 21è
siècle] http://constellations.boum.org/spip.php?article50
 
* * *
 
Infos et archives:
 
http://fr.squat.net/tag/dijon/
http://fr.squat.net/tag/tanneries/
http://radar.squat.net/?q=dijon
http://radar.squat.net/location.php?mode=location_list&profile=radar&l_category=0&where=204&what=0&timerange=
 
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