Un conflit décisif : les organisations syndicales combattent la révolte contre le travail

 Posted by on 28 février 2016 at 11 h 06 min  Anarchisme, Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés sur Un conflit décisif : les organisations syndicales combattent la révolte contre le travail
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Ce texte paru sous le même titre que celui de cette brochure dans la revue radicale américaine Telos n° 21 (Department of Sociology - Washington University - St Louis, MO 63130 USA) en 1974 et fut réimprimé par Black and Red (PO Box 9546, Detroit, Mich 48202 USA) et par Solidarity (Pamphlet n° 47 - c/o Lathom Road 123, London E 6). La traduction qui figure ici est celle de la brochure publiée en décembre 1975 par Échanges sous le même titre. Dans cette brochure figurent un second texte de Zerzan paru dans la brochure de Solidarity et une postface d’Henri Simon. Les notes d’Échanges sont intégrées aux notes de Zerzan avec l’indication [NEM].

Les commentateurs sérieux qui ont traité des soulèvements ouvriers de la période de la grande dépression semblent être d’accord pour estimer que la cause des troubles de toutes sortes, y compris des occupations de 1936-37, a été, avant toute chose, l’accélération des cadences [1]. Les ouvriers de la production n’en montrèrent pas moins rapidement leur mécontentement à l’égard de leur nouveau syndicat, la C.I.O. [2] : celui-ci ne faisait aucun effort pour s’opposer au droit des dirigeants de mettre en place de nouvelles méthodes de production et de modifier les conditions de travail quand il le jugeait bon. En 1945, une étude Trends in Collective Bargainings (Tendances dans les accords collectifs) remarquait qu’autour de 1940 le cynisme bien répandu des salariés américains à l’égard des dirigeants patronaux s’était étendu aux dirigeants syndicaux [3]. Plus tard dans les années 40, C. Wright Mills, dans son livre The New Men of Power : America’s Labor Leaders (Les nouveaux hommes du pouvoir : les dirigeants syndicaux américains) décrivait ainsi le rôle des syndicats : « l’intégration des syndicats dans l’usine a pour conséquence que le syndicat se charge d’une grande partie du travail du bureau du personnel des entreprises en devenant l’agent disciplinaire de base [4]. »
Au milieu des années 50, Daniel Bell comprit que la syndicalisation n’avait pas apporté aux ouvriers un contrôle sur leur vie de travailleurs. Frappé par la grande grève spontanée de River Rouge [5], qui éclata en juillet 1949 à cause de l’accélération des cadences sur les chaînes de Ford, Bell notait que « parfois les contraintes du travail mènent à une explosion aussi soudaine que l’éruption d’un geyser » [6]. Son ouvrage Work and its Discontent (Le travail et les sujets de mécontentement) (1956) établissait que « la révolte contre le travail était très répandue et prenait des formes diverses » [7] ; tout comme l’étude de Walker et de Guest faite à Harvard en 1953, The Man on the Assembly Line (L’Homme sur la chaîne de montage), qui témoignait du mécontentement et de la résistance des ouvriers sur la chaîne. Du même genre et de quelqu’un qui avait lui-même une grande expérience ouvrière : The Myth of the Happy Worker (Le mythe de l’ouvrier heureux) par Harvey Swados (The Nation, août 1957).
Travailleurs et syndicats continuaient de s’opposer sur les conditions du travail. Pendant cette période, dans l’automobile, par exemple, les accords de 1955 passés entre l’U.A.W. (United Auto Workers, syndicat des ouvriers de l’automobile) et la General Motors n’avait rien fait, ni pour arrêter l’accélération des cadences, ni pour permettre de satisfaire des doléances des travailleurs au niveau de l’atelier. À peine Walter Reuther (président de l’U.A.W.) avait-il rendu publiques les dispositions de l’accord qu’il venait de signer que plus de 70 % des ouvriers de la General Motors se mirent en grève. Et on en vit même un pourcentage encore plus important faire une grève sauvage après la signature des accords de 1958 parce que le syndicat avait, une fois de plus, refusé de faire quoi que ce soit au sujet des conditions de travail. Et c’est pour la même raison que les travailleurs de l’automobile débrayèrent en 1961 faisant stopper toutes les usines de la General Motors et un grand nombre d’usines Ford [8].
The State of the Unions (Où en sont les syndicats) de Paul Jacobs, The Disenchanted Unionist (Le syndicaliste désabusé) de Paul Saltan, et The Triumphs and Failures of Unionism in the United States (Triomphes et échecs du syndicalisme aux États-Unis) de B.J. Wildick, sont quelques-uns de ces livres, écrits au début des années 60 par des gens favorables aux syndicats, ayant été en règle générale eux-mêmes militants actifs, mais qui étaient déçus en venant à découvrir partiellement ce qu’était le rôle du syndicat. Un ouvrier noir, James Boggs, expose clairement ce processus dans une phrase : « Si on regarde en arrière, dit-il, on voit qu’aux côtés de la lutte pour contrôler la production s’est déroulée une autre pour contrôler le syndicat. Et le recul s’est produit simultanément sur les deux fronts [9]. » Mais ce qui déplaisait ainsi à Boggs, ne déplaisait pas particulièrement au patronat. L’année où Boggs fit paraître ses remarques, Fortune, ce périodique américain qui fait autorité dans le capital américain, avait comme article leader dans son numéro de mai 1963 : « Les syndicats valent bien le prix qu’on y met ». Pourtant, l’année suivante, le mécontentement persistant des travailleurs commençait de paraître au grand jour, et en juin 1964 le même Fortune signalait la montée d’une pression pour contraindre les syndicats à agir et remarquait que « la monotonie du travail à la chaîne - ce qui n’était pas sans rappeler les Temps modernes de Charlie Chaplin - avait fait sa réapparition comme un des griefs les plus importants lors des négociations de Detroit en 1964″ [10].
Dans le milieu des années 60, un autre phénomène surgit de manière dramatique et violente. Les explosions qui eurent lieu dans les ghettos noirs ne semblaient pas, pour la majorité des observateurs, avoir une quelconque relation avec les luttes quasi-clandestines qui se poursuivaient autour des conditions de travail. Pourtant, comme le montre la liste des personnes arrêtées lors de ces émeutes, bien des participants aux insurrections de Watts, de Detroit ou d’ailleurs, n’étaient pas des chômeurs [11]. La lutte pour la dignité au travail concernait certainement l’ouvrier noir qui était plus opprimé dans le travail comme dans d’autres domaines que les ouvriers non noirs. Jessie Reese, un syndicaliste responsable de la S.W.U. (Steel Workers Union - syndicat des ouvriers des aciéries), décrit la méfiance dont faisait preuve à son égard ses camarades noirs et cela parce qu’il était un agent du syndicat : « Pour syndicaliser ces gars-là aujourd’hui, il faut faire ses preuves à leurs yeux parce qu’ils ne croient pas ce que tu leur dis [12]. » L’autorité irrite, pas la couleur de la peau [13].
Quant aux formes plus directes d’opposition à ce monde du travail aliénant qui échappe au contrôle des travailleurs, on tombe sur l’expérience remarquable que fit Bill Watson dans une usine d’automobiles près de Detroit. La pratique des ouvriers était nettement « post-syndicale ». En 1968, Watson a vu des efforts systématiquement planifiés des ouvriers pour substituer leurs plans de production et leurs méthodes à celles des dirigeants de l’usine. Il qualifie de « phénomène normal » ce comportement qui répond au refus de la direction et de l’U.A.W. d’écouter les propositions des ouvriers pour des modifications et des améliorations des produits. « Les contradictions entre la planification du travail et la mauvaise qualité de la production commencèrent d’abord à alimenter des plaisanteries, mais elles finirent par devenir un motif de colère… On vit se nouer des sortes d’accords temporaires entre le contrôle et les travailleurs de la chaîne, entre les travailleurs de la chaîne et ceux de la finition, chacun planifiant son propre sabotage. Des piles et des piles de moteurs attendant d’être réparés s’entassaient… il devenait presque impossible de se déplacer. Il fallut transporter ailleurs les ateliers de contrôle et de montage des moteurs six cylindres et mettre de nouveaux ouvriers à ces postes. Il devint alors absolument - et ’dramatiquement’ - nécessaire de retirer la production des mains d’ouvriers qui voulaient la planifier eux-mêmes [14]. »
L’ampleur et la coordination de l’organisation propre des ouvriers dans l’usine atteignit un tel niveau que Watson, qui les décrit, se demande si ce n’était pas l’ébauche d’une forme sociale entièrement nouvelle, surgissant de l’échec du syndicalisme. Stanley Weir, parlant de phénomènes du même genre, quoique peut-être moins poussés, explique que « dans des milliers d’établissements industriels de l’ensemble des États-Unis, les travailleurs ont créé des syndicats informels et clandestins, et cela à cause de la détérioration ou de la non-amélioration de la qualité de la vie quotidienne au travail » [15].
Jusqu’aux années 1970, et très souvent encore maintenant, on s’est surtout intéressé à l’aspect « revendications de salaires » et « lutte pour les avantages sociaux ” dans les conflits ouvriers, c’est-à-dire à cette part de la lutte dans laquelle les syndicats pourraient être impliqués. En 1965, Thomas Brook remarquait que l’ »apathie » des membres des syndicats venait précisément de cette fausse orientation. « Les doléances qui portent sur des points qui ne concernent pas les salaires sont, soit ignorées, soit perdues dans le dédale de la bureaucratie syndicale [16]. » Quelques années plus tard, un conseiller industriel de la General Motors, David Whistler, devait admettre que » plus d’argent ce n’est pas tout ce qu’ils veulent, c’est tout ce qu’ils peuvent obtenir [17]. ”
A la fin des années 60, certains observateurs parmi les plus perspicaces du côté du patronat étaient sur le point de découvrir l’existence de cette séparation, et bientôt ils furent contraints par la pression de la base d’en parler ouvertement.
En octobre 1969, Fortune préférait encore mettre l’accent sur l’importance des salaires - considérée comme le problème fondamental - dans un article de Richard Armstrong Labor 1970 : Angry, Aggressive, Acquisitive (Le travail en 1970 : la colère, l’agressivité, l’appât du gain), tout en reconnaissant que la base était en révolte contre ses propres dirigeants et, en bien des égards, contre la société elle-même. Mais le numéro de juillet 1970 publiait un article de Judson Gooding Blue-collar Blues on the Assembly Line (Ras-le-bol des cols bleus sur la chaîne). On y lisait que :

« Les jeunes travailleurs de l’automobile trouvent que la discipline du travail est dure et ennuyeuse et ils expriment leur frustration par l’absentéisme et un taux de  » turnover  » (rotation d’entreprise à entreprise) élevé, le travail mal fait, voire le sabotage. Il est temps de regarder d’un œil nouveau qui est là, sur la chaîne. »

Les années 70 voient enfin poindre clairement l’idée que, sur la question la plus fondamentale, celle du contrôle du processus du travail, les syndicats et les travailleurs sont très opposés. Un camionneur de Saint-Louis remarquait que la pratique syndicale traditionnelle revenait à « abandonner les points qui débouchaient sur le contrôle ouvrier du travail, pour de l’argent et des avantages en nature » [18]. Et, rendant compte du rôle disciplinaire joué par les syndicats, il précisait la nature de ces accords consacrés par l’usage : « Les entreprises ont bien voulu abandonner de grosses sommes d’argent aux syndicats en échange de leur garantie d’éviter les arrêts de travail. » En 1973, Daniel Bell écrivait que le mouvement syndical n’avait jamais mis en question l’organisation du travail lui-même ; il résumait ainsi : « Le point crucial c’est que, quelles que puissent être les améliorations apportées aux taux de salaires, aux conditions de retraite et dans la surveillance, etc., les conditions de travail elles-mêmes, c’est-à-dire le contrôle des cadences, la répartition, la conception et l’arrangement du travail, restent en dehors du contrôle des travailleurs eux-mêmes [19]. »
En général, cette position des syndicats est passée sous silence, ce qui n’empêche pas qu’on ait vu sortir un vrai déluge d’articles et de livres traitant de cette révolte contre le caractère arbitraire des rôles assignés dans le travail, rébellion qu’il était impossible d’ignorer plus longtemps. Voici les titres de premières pages de quelques périodiques nationaux : Harper’s (juin 1972) : To Hell with work (Au diable le travail) par Barbara Garson ; Life (1 septembre 1972) : Bored on the job : Industry contends apathy and anger on the assembly line (On s’emmerde au boulot : l’industrie face à l’apathie et à la colère à la chaîne) ; Newsweek (26 mars 1973) : Who wants to work ? (Qui veut travailler ?). Dans d’autres articles, on voit apparaître clairement ce fait important : la désaffection envers le travail ne se rencontre pas seulement chez les ouvriers d’usine. Voici quelques-uns de ces articles : Fortune (décembre 1970) : The fraying white collar (Le col blanc élimé [20]) par Judson Goodings ; The Nation (13 septembre 1971) : The corporate underground (La clandestinité « corporative ») par Timothy Ingrams ; San Francisco Chronicle (27 décembre 1971) : Getting back of boss : The new underground paper (S’en prendre au patron : les nouveaux journaux clandestins) par Marshall Kilduffs ; Psychology Today (août 1972) : Collar color does not count (La couleur du col ne compte pas) par Seashore et Barnowe.
En 1971, exemple assez typique, le livre de Kenneth Lasson The Workers (Les ouvriers), traçant le portrait de neuf travailleurs en col bleu, mettait l’accent sur le mécontentement croissant. En 1972, Judson Goodings, dans son ouvrage The Job Revolution (La révolution du travail), présentait, du point de vue des managers, une discussion sur la libéralisation de la gestion du travail comme moyen de contenir la pression des travailleurs. Une équipe spéciale, constituée à la demande du secrétariat d’Etat à la Santé, à l’Éducation et à l’Aide sociale publique (Secretary of Health, Education and Welfare - HEW), rendait public son rapport intitulé Work in America (Le travail en Amérique). Page 19, on y admet que les faits essentiels comme l’absentéisme, les grèves sauvages, le turnover et le sabotage industriel sont devenus une partie importante des coûts quand on gère une entreprise. Le nombre important des personnes interrogées par Studs Terkel (cf. Working : People talk about what they do all day and how they feel about what they do- Travailler : Les travailleurs parlent de ce qu’ils font dans la journée et de ce qu’ils pensent de ce qu’ils font) (1974) montre la profondeur de ces révoltes contre le travail qui produisent de véritables ravages. Le livre révèle un mépris quasi unanime du travail et le fait qu’une résistance active est rapidement en train de remplacer le désespoir muet enduré par la majorité des ouvriers. Du soudeur au rédacteur de journaux en passant par l’ancien cadre, les interrogés font spontanément référence à leurs sentiments d’humiliation et de frustration.
La littérature qui traite de la « révolte contre le travail » passe en général sous silence les syndicats. Il suffit pourtant de jeter un coup d’œil sur certains aspects de quelques actions ouvrières spécifiques, entre 1970 et 1971, pour confirmer les remarques faites ci-dessus que cette révolte est nécessairement de nature anti-syndicale.
En mars 1970, une grève sauvage des postiers américains éclata, faisant fi des ordres des syndicats, se moquant des lois interdisant la grève aux employés du secteur public et des ordres et injonctions des autorités fédérales. S’étendant à l’ensemble du pays, elle paralysa les bureaux de postes dans plus de 200 villes [21]. À New York, où la grève commença, le président de la section syndicale des facteurs, Gus Johnson, fut pendu en effigie, au cours d’un meeting tumultueux le 21 mars, les dirigeants syndicaux se faisant traiter de noms divers comme « rats », « creeps » (salauds) [22]. Souvent, les postiers décidèrent, comme modalité d’action, de ne pas s’occuper du courrier commercial. Ce n’est que l’intervention de milliers de gardes nationaux qui put mettre un terme à cette grève. Les revendications principales des postiers portaient sur les projets de licenciement d’un grand nombre d’employés et sur les conditions de travail. En juillet 1971, les postiers de New York voulurent relancer la grève lorsque le nouveau président de la section syndicale des facteurs, Vincent Sombrotto, vint leur proposer le nouvel accord. À la fin d’un meeting orageux regroupant 3 300 ouvriers, Sombrotto et un de ses lieutenants furent finalement chassés de la salle et poursuivis tout le long de la 33e Rue par 200 syndiqués de base enragés qui les accusaient de « vendre les postiers » [23].
Revenons au printemps 1970 pour constater que 100 000 camionneurs de 16 villes déclenchèrent une grève sauvage qui dura de mars à mai, pour rejeter l’accord national signé le 23 mars par le président de l’I.B.T. (International Brotherhood of Teamsters - Fraternité internationale des camionneurs) [24], Fitzsimmons. Une irruption de violence s’en suivit dans le Middle West et sur la Côte ouest. A Cleveland (Ohio), les camionneurs bloquèrent les artères principales de la ville pendant trente jours et on estime qu’ils causèrent 67 millions de dollars de dégâts [25].
Le 8 mai 1970, une bande importante d’ouvriers du bâtiment coiffés de leur casque de travail attaquèrent des manifestants pacifistes qui défilaient dans Wall Street, envahirent le Pace College et l’hôtel de ville de New York, pour s’en prendre à des étudiants et autres personnes qu’ils soupçonnaient de ne pas être en faveur de la poursuite de la guerre au Vietnam. En réalité cette bagarre fut soutenue et dirigée par des cadres d’entreprises du bâtiment et par des dirigeants syndicaux [26], sans doute pour détourner l’hostilité des travailleurs d’eux-mêmes. Seule, peut-être, la télévision publique de New York, W.N.E.T., a compris cet incident. Dans son programme du 13 mai, intitulé « Great American dream machine » (La grande machine à rêver américaine), il y a un passage où s’expriment les véritables doléances des ouvriers du bâtiment qui, apparemment, se trouvent derrière cette affaire. Par une suite habile de questions, le programme montrait que les commies punks (salauds de communistes) n’était pas entièrement la raison de leur révolte. On y entendit défiler un tas de plaintes sur l’insécurité dans le travail, sur la tension engendrée par les cadences, sur le fait que l’on pouvait vous virer à tout moment. Quant au chef du syndicat du bâtiment, Peter Brennan, il fut reçu avec ses collègues permanents du syndicat à la Maison blanche et chaudement félicité pour son patriotisme et pour avoir fourvoyé les ouvriers. Brennan devint un peu plus tard secrétaire d’État au Travail.
En juillet 1970, pendant le travail de l’équipe du mercredi après-midi, un ouvrier noir de l’usine Chrysler à Detroit sortit une carabine M1 et tua trois membres de la maîtrise avant d’être désarmé par des membres de la section de l’U.A.W. À cela, il faut ajouter que deux autres personnes furent abattues au cours de deux incidents dans deux autres usines d’automobile, quelques semaines après que Johnson, l’ouvrier noir, eut fait son carton. En mai 1971, Johnson fut acquitté parce que considéré comme fou par le jury qui avait visité l’endroit où Johnson travaillait et s’était déclaré particulièrement choqué par les « conditions démentielles de travail » [27].
La grève de soixante-sept jours déclenchée par l’U.A.W. à l’automne 1970 est un exemple « classique » de la manière dont une grève ordinaire officielle s’oppose aux intérêts des travailleurs. Elle est une parfaite illustration de ces manipulations rituelles des individus qui se répètent si souvent et qui n’aboutissent à strictement aucune modification de la nature du travail.
Un article du Wall Street Journal (29 octobre 1970) discute des raisons pour lesquelles le patronat et les syndicats considèrent la grève comme nécessaire. Pour l’U.A.W., débrayer c’était « ouvrir une soupape de sécurité pour désamorcer la frustration des ouvriers remplis d’amertume par ce qu’ils estiment être des conditions de travail intolérables ». Une longue grève effiloche les espoirs des syndiqués de base. Et le Wall Street Journal ajoutait : « Parmi ceux qui comprennent clairement qu’il faut des grèves pour détendre les pressions à l’intérieur des syndicats, il y a beaucoup de négociateurs patronaux… Ceux-ci ont parfaitement conscience que les dirigeants syndicaux peuvent avoir besoin de ces grèves pour imposer la ratification des accords passés et se faire réélire » [28]. William Serrin l’a exprimé ainsi d’une manière très succincte : « la grève, en mettant les ouvriers dans la rue, les vide de leur ’vapeur’ ; elle réduit leurs revendications, et, ainsi, elle renforce l’autorité de la hiérarchie syndicale » [29]. Donc, la grève fut déclenchée. La première chose faite lors des négociations, c’était l’abandon des revendications sur les conditions de travail qui d’abord avaient été présentées seules. Un geste de propagande destiné au syndicaliste de base, c’était admis par tous. La discussion, et toute la publicité, se concentrait uniquement sur des questions de salaires et sur l’avancement de l’âge de la retraite. Et la farce était jouée pour aboutir finalement à une conclusion arrangée d’avance. « La compagnie céda sur toutes les revendications présentées par Woodcock (président de l’U.A.W.), des revendications qui auraient pu être satisfaites dès septembre [30]. » On n’est guère surpris d’apprendre que la General Motors a pu prêter au syndicat, pendant la grève, 23 milliards de dollars par mois [31]. Comme l’admet Serrin « la compagnie et le syndicat ne se conduisent même pas comme des adversaires et bien moins encore comme des ennemis… » [32].
En novembre 1970, les livreurs de fioul de la ville de New York, exaspérés par la résistance du président de leur syndicat à leurs appels d’action, le rossèrent en public. Toujours à New York mais au mois de mars 1971, les conducteurs de Yellow Cabs [la compagnie de taxis new-yorkaise - N.d.T.] mirent à sac le lieu de réunion du syndicat des camionneurs à Manhattan, répondant ainsi au refus des permanents syndicaux d’abandonner la tribune et le micro aux gens de la base.
En janvier 1971, les internes de l’hôpital général de San Francisco se mirent en grève, simplement pour protester contre les conditions régnant dans l’hôpital et les soins donnés aux malades. Évitant tout lien avec des organisations syndicales, leur pratique dans les négociations était de voter publiquement sur chaque point, tous les internes étant présents.
La grève de la General Motors, dont il a été question ci-dessus, ne visait en rien le contenu du travail [33]. Sachant qu’elle ne rencontrerait aucune opposition de l’U.A.W. et pensant, de plus, que c’était juste après une grève qui avait eu des effets « purifiants », la General Motors commença, en 1971, à faire porter ses efforts coordonnés pour accélérer la vitesse de construction de ses voitures ; opération nommée la G.M.A.D. (General Motors Assembly Division - Brigade de montage de la General Motors). La vitrine de cette réorganisation c’était les ateliers Vega de Lordstown (Ohio). La force de travail comptait 85 % de blancs, d’âge moyen 27 ans. Les voitures s’y déplaçaient à peu près deux fois plus vite sur les chaînes qu’avant l’installation de la G.M.A.D. Les ouvriers résistèrent sur place de diverses manières à cette cadence infernale. La General Motors les accusa de sabotage et elle dut arrêter la chaîne à plusieurs reprises. Certaines estimations fixent le nombre d’automobiles délibérément mises hors d’état de marche à 500 000 pour la période allant de décembre 1971 à mars 1972. Finalement une grève officielle fut déclenchée, après consultation de la section syndicale 1112 de Lordstown, avec 97 % de votes favorables à la grève. Mais la grève qui dura trois semaines ne put aboutir à une réduction des cadences, car le syndicat, comme toujours, n’avait, pas plus que le patron, envie de voir les ouvriers contester le contrôle de la production. Les syndiqués ont alors perdu toute confiance dans le syndicat. Gary Bryners, président de la section 1112, âgé de 29 ans, dut admettre que : « les gars sont furieux après le syndicat. Quand je traverse l’usine, je me fais siffler » [34].
Dans l’usine G.M.A.D. de Norwood (Ohio), une grève semblable à celle de Lordstown éclata en avril et dura jusqu’en septembre 1971. Ce fut le plus long débrayage (174 jours) de l’histoire de la General Motors [35]. Les travailleurs de Norwood avaient voté à 98 % en faveur de la grève au mois de février précédent, mais le syndicat, l’U.A.W., avait contraint, d’abord la section de Lordstown, et ensuite de Norwood, à débrayer séparément. Ainsi les deux usines se trouvaient isolées, ce qui protégeait le déroulement du programme de la G.M.A.D. En effet, les actions anti-ouvrières de l’U.A.W. commencèrent encore plus loin dans le passé, en septembre 1971, quand la section syndicale 674 de Norwood fut « suspendue » et administrée directement par la centrale syndicale, les syndiqués de base ayant tenté de s’opposer à la G.M.A.D. lors de la suppression des droits d’ancienneté.
Au cours de l’été 1973, trois grèves sauvages éclatèrent en moins d’un mois sur les conditions de Chrysler à Détroit. La grève sauvage d’un jour à l’usine de montage de Jefferson se termina par un succès. Doug Fraser, vice-président de l’U.A.W., déclarait à ce sujet que Chrysler avait fait une grave erreur en « apaisant les ouvriers ». Quant au débrayage de l’usine de Mack Avenue, il dut cesser lorsqu’une bande de permanents et de membres de comités syndicaux vinrent, armés de battes de base-ball et de matraques, se réunir devant la porte de l’usine pour « persuader » les ouvriers de reprendre le travail [36].
Octobre 1973 vit la signature d’une nouvelle convention de trois ans entre Ford et l’U.A.W. Mais cette signature donnait encore des preuves que les ouvriers ont l’intention de s’occuper des décisions concernant leurs vies au travail. « En dépit des accords, 7 700 ouvriers de sept usines Ford débrayèrent lorsque la date limite à partir de laquelle l’accord prévoyait qu’aucune grève ne devait être déclenchée, fut atteinte. Un certain nombre d’ouvriers cessèrent le travail parce qu’ils étaient mécontents du secret qui avait entouré les négociations [37]. »
Partant de ces brèves remarques, concernant un tout petit nombre d’actions ouvrières parmi d’autres, essayons de comprendre quelque peu l’état d’esprit général du salarié américain depuis 1965 environ.
Sydney Lens estime que le nombre de grèves en 1968, 69 et 71 a été particulièrement élevé. Il faut remonter à 1937, 1944-46 et 1952-53 pour retrouver des niveaux comparables [38]. Plus intéressante est la tendance croissante du nombre de grèves déclenchées pour rejeter des accords conclus au nom des travailleurs. Pour les accords où il y a eu intervention de la Federal Mediation et du Conciliation Service [39], et qui sont les seuls pour lesquels on ait des statistiques, on constate que le nombre de rejets des accords par la base est passé de 8,7 % en 1944 à 10 % en 1965, 11 % en 1966 et 14,2 % en 1967. Ce pourcentage s’est stabilisé depuis autour de 12 % par an [40]. D’autre part, le nombre d’arrêts de travail pendant les périodes où un accord est en vigueur a augmenté, et ceci a son importance quand on se rappelle qu’aujourd’hui la plupart des accords précisent que le déclenchement de grèves est interdit pendant la durée de l’accord. Les statistiques du Bureau du travail révèlent que, pendant 1968, un tiers environ des arrêts de travail se sont produits pendant la période de validité de tels contrats, et que c’est un « chiffre alarmant » [41] ; en 1972, ce pourcentage avait atteint deux cinquièmes [42]. En 1973, Aronowitz résumait très bien la situation : « La forme et la fréquence des grèves depuis 1967 sont un phénomène nouveau dans l’histoire du mouvement ouvrier américain. Le nombre total de grèves généralement mais aussi le nombre d’accords passés par les syndicats et le patronat et rejetés par la base, comme le nombre d’actions sauvages, a dépassé tout ce qu’on a pu enregistrer dans la période moderne [43]. » Et, comme l’ont montré Sennett et Cobb en 1971, cette période a connu « le refus le plus actif de l’autorité des syndicats par les travailleurs jeunes [44]. »
La grève de 1970 à la General Motors a été, nous l’avons dit, un exemple de l’utilité des combats « bidons » pour faire sortir, en toute sécurité, le mécontentement refoulé des ouvriers. La grève des téléphones, qui s’est étendue à tout le pays en juillet 1971, en est un autre exemple où l’on peut aussi observer les effets de la vague montante de l’hostilité envers les syndicats. Rejetant une offre de la Bell System, qui accordait 30 % d’augmentation de salaire répartis sur trois ans, le syndicat des ouvriers des téléphones C.W.U. (Communication Workers Union) déclencha une grève annonçant publiquement que la seule revendication était que “ nous avons besoin de 31 à 32 % ”, comme le déclara le président du syndicat Joseph Beirne [45]. Après six jours de débrayage, le pour cent supplémentaire était acquis en même temps qu’était définie une nouvelle politique de la Bell selon laquelle chaque employé devait se syndiquer et bien se conduire s’il voulait conserver son travail. Mais tandis que la C.W.U. se voyait ainsi accorder le statut classique de syndicat bénéficiant d’un “ closed-shop ” nécessaire pour qu’il puisse exercer le rôle d’agent disciplinaire de la force de travail, des milliers de travailleurs du téléphone refusèrent de reprendre le travail, certains poursuivant même la grève pendant plusieurs semaines, au mépris des ordres de la C.W.U.
Le 15 août, le gouvernement lança sa politique de blocage des prix et des salaires. Pour une bonne part, il s’agissait d’une réponse aux actes d’indiscipline et d’indépendance des ouvriers, dont un exemple typique était l’insoumission des ouvriers du téléphone. Sans doute y avait-il des raisons économiques annexes, mais ce blocage, et les contrôles qu’il entraînait, fut adopté aussi parce que les syndicats avaient besoin de l’aide du gouvernement pour freiner les travailleurs. Évidemment, les grèves « bidons » cessent d’être efficaces lorsque les travailleurs refusent de remplir le rôle qui leur est assigné, par exemple lorsqu’ils décident eux-mêmes de poursuivre la grève.
Georges Meany, le leader de l’A.F.L.-C.I.O., s’est fait l’avocat d’une politique de blocage des prix et des salaires depuis 1969 [46]. Dans les semaines qui ont précédé le 15 août, il a rencontré confidentiellement le président Nixon plusieurs fois [47]. Publiquement, il se sentait obligé de dénoncer le blocage comme tout à fait injuste pour les travailleurs et de le qualifier de « manne distribuée au big business » (grand capital) ; mais on ne le vit même pas exiger une taxe spéciale sur les super-bénéfices. Toutefois, il se prononça pour la tenue permanente d’une commission de contrôle des prix et des salaires à laquelle devraient bien entendu collaborer des représentants officiels des travailleurs.
Il semble assez évident que les dirigeants patronaux aient compris la nécessité d’une intervention gouvernementale. En septembre, un article de Fortune clamait que la mise en place d’un « système de commissions d’examen et de contrôle des prix et des salaires est le meilleur espoir de briser la poussée des coûts à laquelle les employeurs et les syndicats n’ont pas pu résister » [48]. Comme les travailleurs doivent chercher des compensations partielles au manque d’autonomie dans leur travail en demandant des augmentations de salaires et des avantages sociaux, les seules concessions qu’on leur accorde, leurs actions ont contribué, bien évidemment, à renforcer la pression économique, surtout dans une période inflationniste. Arthur M. Louis (Fortune, novembre 1971) remarquait que les permanents syndicaux avaient été sur le gril pendant quelque temps. Parlant de « base en révolte » chez les dockers, les mineurs, les métallurgistes, il ajoutait : « bien avant que le président Nixon ait annoncé le blocage des prix et des salaires, de nombreux dirigeants syndicaux demandaient la stabilisation, ne serait-ce que pour se sortir eux-mêmes d’une situation impossible » [49].
Un éditorial de Fortune (janvier 1972) prédisait qu’à l’automne une vague de grèves sauvages pourrait bien déferler sur le pays et contraindre à la démission les représentants des travailleurs aux commissions tripartites (gouvernement, patronat, syndicats) [50]. En fait, Meany et Woodcock durent quitter la commission tripartite bien avant cette date, précisément parce que la base refusait d’endosser la politique salariale nettement anti-ouvrière de cette commission. Bien que Fitzsimmons, leader du syndicat des camionneurs, ait décidé d’y rester et que la commission ait continué ses contrôles, celle-ci, au cours des quatre « phases » de son existence qui dura jusqu’au début de 1974, vit sa crédibilité fortement entamée et son influence décliner rapidement. Bien que ce programme de contrôle ait connu une fin prématurée, le Bureau des statistiques du travail (Bureau of Labour Statistics) attribue au plafonnement des augmentations de salaires qu’il imposa les raisons essentielles du faible nombre de grèves en 1972 (le plus faible depuis cinq ans) [51].
Pendant la première « phase », c’est-à-dire la période de blocage des quatre-vingt-dix jours, David Deitch écrivit que « le nouveau capitalisme a besoin d’un mouvement syndical puissant et centralisé avec lequel il pourrait passer des accords ». Et il explicitait ce qu’il entendait par « puissant » : « La bureaucratie doit finalement pouvoir imposer silence à la base si elle veut participer à la planification tripartite, c’est-à-dire que les grèves sauvages ne doivent pas être tolérées » [52].
Là encore, les membres de la communauté patronale ont clairement fait voir qu’ils comprenaient parfaitement quel rôle crucial jouaient les syndicats. En mai 1970, quelques heures après l’accident d’avion qui coûta la vie à Walter Reuther, le président de l’U.A.W., on put entendre des voix s’élever publiquement pour réclamer un remplaçant capable de « contenir » les travailleurs. Virgil Boyd, président de Chrysler, déclarait au New York Times : « On avait une forte personnalité pour contrôler la situation… J’espère que la personne qui lui succédera pourra maintenir la discipline intérieure de semblable manière » [53]. Et Fortune, en janvier 1971, se plaignait qu’on n’ait pas à sa disposition un tel homme fort au syndicat des charbonnages. Le sous-titre de l’article déclarait : “ les fournitures de charbon de ce pays tout comme sa prospérité industrielle dépendent d’un syndicat qui a perdu le contrôle de ses membres ” [54].
Bien que le contrôle des salaires et des prix ait échoué, le gouvernement a aidé les syndicats de nombreuses autres façons. Depuis 1970 par exemple, le gouvernement s’est efforcé de renforcer les grèves officielles en raison du rôle de soupape de sûreté qu’elles jouent. En juin 1970, la Cour suprême des États-Unis statua qu’un employeur peut obtenir d’un tribunal une décision forçant ses employés à reprendre le travail, lorsqu’il existe un accord passé entre cet employeur et les syndicats comportant des clauses de non-grève et d’arbitrage. « Cette décision de 1970 surprit fortement de nombreux observateurs du monde des relations sociales » [55], car elle allait à l’encontre d’une décision de 1962 de la Cour suprême qui ne voyait dans les débrayages que des conflits de travail qui ne pouvaient être considérés comme illégaux. De même en 1970, pendant la grève de quatre mois à la General Electric à Schenectady (New York), on vit des employés du gouvernement « supplier des ouvriers non syndiqués de ne pas tenter de traverser les piquets de grève avec comme argument que cela pourrait mettre en danger la paix sociale » [56]. Fortune reproduit une photo de cette scène avec la légende suivante : « Empêcher les ouvriers d’entrer. Empêcher les ouvriers qui voulaient travailler de tenter de traverser les piquets de grève, telle a été l’étrange tâche des policiers de Schenectady » [57].
Une décision de la Cour suprême de 1972 montre jusqu’où le pouvoir d’État est prêt à aller pour sauvegarder la farce des grèves syndicales. Elle ordonna, en effet, de réintégrer quatre camionneurs de Californie, avec paiement rétroactif de cinq ans de salaires (décision du 7 novembre 1972 prise à l’unanimité), avec comme motif que « mettre à la porte un travailleur sur le simple fait qu’il a participé à une grève est une pratique illégale et préjudiciable » [58]. Le gouvernement a soutenu les grèves « reconnues » pas seulement de manière négative mais également de manière positive. La Whatton School of Finance and Commerce, menant une étude pendant dix huit mois, a découvert que les allocations de chômage, l’aide publique et les bons de nourriture distribués aux grévistes constituaient en fait « un financement, pour une bonne part, des arrêts de travail prolongés, assuré par le contribuable américain » [59].
Il y a pourtant des domaines où les syndicats ne veulent même pas prendre le risque d’une grève officielle. L’United Steel Workers of America (syndicat de la sidérurgie) est un syndicat qui ne permet qu’aux seuls membres permanents de voter lors de la ratification d’un accord et qui « par hasard » partage le point de vue des grandes compagnies de l’acier, exprimé en mars 1973, selon lequel seuls les négociations et les arbitrages peuvent résoudre les conflits. Les accords passés dans la métallurgie et ratifiés en avril 1974, spécifiaient que le non-déclenchement de grèves devait couvrir au moins la période 1974-1980 [60]. En mars 1974, quelques jours auparavant, la cour fédérale, rejetant une requête d’ouvriers métallurgistes de la base, statua, en gros, que le syndicat n’avait pas à être démocratique pour conclure un accord avec la direction [61].
David Deitch, que nous avons déjà cité plus haut, a dit que la stabilité du système exige une structure syndicale centralisée. Le processus de centralisation est passé dans les faits et il s’est accéléré à la suite de l’agitation croissante des salariés depuis les années 60. Un article du journal fédéral Monthly Labour Review (Le mensuel du travail) de juin 1971, discute de cette accélération de la fusion des syndicats pendant les trois années précédant 1971 [62]. En août 1972, on a vu deux fusions de ce type, celle de l’United Papermakers and Paperworkers (les papetiers et les ouvriers de la papeterie réunis) et de l’International Brotherhood of Pulp, Sulphite and Paper Mill Workers (Fraternité internationale des ouvriers de la pâte à papier, de la fabrication des sulfites et des papeteries), celle de l’United Brewery Workers (brasseurs réunis) et du syndicat des camionneurs [63]. Harry Bridges, président du syndicat des dockers, s’est fait, dans un discours le 5 juillet 1973, l’avocat de la création « d’un grand mouvement du travail ou d’une fédération à l’échelle nationale » [64].
Ce mouvement de centralisation a comme conséquence d’éloigner de plus en plus l’individu de toute position donnant la possibilité d’influencer la hiérarchie syndicale, et ceci à un moment où il y a de plus en plus de chances qu’il soit obligé d’adhérer à un syndicat s’il veut avoir du travail. La situation n’est donc pas sans rappeler celle qui existait en Allemagne national-socialiste où chaque travailleur était contraint d’adhérer à « un grand mouvement national du travail ou fédération ». Dans la région de la baie de San Francisco, par exemple, on a vu en 1969, à Oakland, “ l’East Bay Regional Park District passer un accord, rare et probablement même unique, aux termes duquel chaque employé d’une agence publique [c’est-à-dire d’État - N.d.T.] devait soit adhérer au syndicat, soit lui payer le montant des cotisations ” [65]. Et toujours dans la même région, une telle pratique était jugée correcte en 1973. Un jugement du juge arbitre Robert E. Burns, dans un procès qui servait de précédent et qui concernait la ville de Hayward, statuait qu’une « ville peut exiger de ses employés qu’ils paient l’équivalent des droits d’adhésion et des timbres annuels à un syndicat, s’ils veulent garder leur travail » [66]. Si l’on en croit le département du Travail [ministère américain du Travail - N.d.T.], cette décision n’est pas seulement applicable aux employés du service public. Dans un article intitulé « Que se passe-t-il lorsque tout le monde est syndiqué ? », il laisse sous-entendre que l’obligation générale de se syndiquer serait inévitable.
Le sujet de cet article ne porte pas en principe sur l’absence de démocratie dans les syndicats ; mais il est important d’insister sur le fait que la base ne les contrôle en rien. En 1961, Joel Seidman commentait ainsi l’état de sujétion du syndiqué typique : « Il est difficile de lire les statuts régissant les syndicats sans être frappé par les nombreuses clauses qui parlent des devoirs des membres et de leur discipline et, en regard, par le faible nombre de sections qui traitent des droits de ces membres au sein de l’organisation [67]. » On peut citer ici deux excellentes études sur ce sujet parues en 1970 : Autocracy and Insurgency in Organized Labour (Autocratie et rébellion dans les organisations ouvrières) par Burton Hall [68] et Apathy and Other Axioms : Expelling the Unions’ Dissenters from History (Apathie et autres axiomes : rayer de l’histoire ceux qui contestent les syndicats) par H.W. Benson [69].
Étant relativement peu mis en danger par les actes de leurs membres, les syndicats ont commencé à resserrer leurs liens avec le gouvernement et le patronat. Le Times Post Service, dans son numéro d’avril 1969, dévoile la tenue d’une réunion de trois jours entre des dirigeants de l’A.F.L.-C.I.O. et des membres détenteurs de hauts postes dans l’administration Nixon. Réunion secrète tenue dans une station thermale très « select », Greenbriar. On y lit que le « big labor et le big government ont mitonné bien tranquillement un rendez-vous d’amoureux très intéressant dans les montagnes de la Virginie occidentale ; il s’agissait d’une réunion privée où on ne comptait pas moins d’une douzaine de membres du cabinet Nixon » [70]. Il est tout aussi bon de citer un article surprenant du New-York Times, paru le dernier jour de 1972, car il augure de ces liens entre le gouvernement et les représentants des syndicats. « Un permanent de la Maison blanche, bien au courant, révéla que le président Nixon avait offert de réserver à un représentant des syndicats un poste de haut niveau dans chaque ministère du gouvernement fédéral. L’offre que l’on dit sans équivalent dans toute l’histoire des syndicats a été faite aux membres des syndicats délégués à la National Productivity Commission (Commission nationale de la productivité) y compris Georges Meany, président de l’A.F.L.-C.I.O., et Frank F. Fitzsimmons, président de l’I.B.T., lors d’une réunion à la Maison blanche, la semaine dernière. Selon certaines sources syndicales, il faut entendre par cette offre une proposition de donner à des hommes des syndicats des postes équivalents à un sous-secrétariat du point de vue hiérarchique dans toutes les agences du gouvernement qui touchent de telles questions. Si l’offre du président est acceptée, ce serait à marquer d’une pierre blanche dans l’évolution des relations traditionnelles entre les syndicats et le gouvernement » [71].
Dans l’Oregon, les activités des Associated Oregon Industries (Industries associées de l’Oregon), qui représentent le patronat des grosses entreprises, et celles de l’A.F.L.-C.I.O. révélaient vers le début des années 1970 des rapports étroits et quotidiens entre patronat et syndicats et sur à peu près toutes les questions. Ils associaient leurs efforts pour faire les couloirs du Congrès en vue de mettre en échec les propositions de loi des défenseurs des consommateurs et de l’environnement, et ils sont même allés jusqu’à envoyer des conférenciers parler à leurs meetings réciproques à l’automne de 1971. Le 2 septembre, c’est le président des A.O.I., Phil Bladine, qui s’adressait à l’A.F.L.-C.I.O. ; le 18 septembre, Ed Whalen, président de l’A.F.L.-C.I.O., parlait devant les membres des A.O.I. [72]. En Californie comme dans bien d’autres États, le schéma a souvent été le même : par exemple, les syndicats et le patronat ont travaillé main dans la main pour s’attaquer aux écologistes en 1972 et pour s’opposer à ceux qui réclamaient une réforme des modalités financières des campagnes électorales en 1974 [73].
Révélateur est l’éditorial du Wall Street Journal de Jonathan Kwitney (15 mai 1973) intitulé Strange Bedfellows From Labor, Business Own Dominican Resort (Étranges compagnons de lit. De la plage dominicaine appartenant au syndicat et au patronat). On y apprend que la plage et une plantation de 6 000 hectares à Punta Cana en République dominicaine compte parmi ses actionnaires majoritaires George Meany et Dane Kirkland, respectivement président et trésorier de l’A.F.L.-C.I.O., Keith Terpe, permanent de la Seafarers’ Union (syndicat des marins) d’une part, et des membres haut placés de la société anonyme Seatrain Line Inc., société qui emploie des marins syndiqués au syndicat de Terpe d’autre part.
Comme leur caractère véritable est souvent méconnu, ces exemples frappants du développement de la collusion et de la coopération entre les dirigeants et le patronat ont été pour la plupart oubliés ou ignorés. Mais ceux qui peuvent se rendre compte que le travailleur ne tolère plus ses conditions de travail quotidiennes dont le contrôle lui échappe, et ceci d’une manière active, voient qu’une telle coopération entre syndicats et patronat est nécessaire et doit aussi se resserrer de plus en plus. Personnel, périodique de l’American Management Association (association des cadres et directeurs d’usine d’Amérique) déclarait au début de 1971 qu’il « était temps peut-être de célébrer un mariage de convenance entre les deux (syndicat et direction) pour maintenir l’ordre » [74]. Mais il soulignait que de nombreux travailleurs “ ont tendance à ne pas avoir confiance dans le syndicat » [75].
La raison de cette méfiance est, nous l’avons vu, ce refus historique des syndicats de se mêler du contrôle du travail par la direction des entreprises. Le périodique de l’A.F.L.-C.I.O., The American Federationist, admettait ouvertement que les syndicats ne s’y intéressaient pas, et que par conséquent ils ne s’en mêlaient pas, dans un article intitulé Work is here to stay. Alas (Le travail dure toujours. Hélas !). C’est cette position traditionnelle sur la question qui explique pourquoi, en retour, C. Jackson Grayson, doyen de la School of Business Administration (École de gestion industrielle et commerciale) de la Southern Methodist University et hier président de la Price Commission (Commission des prix), en appelait à la collaboration des syndicats avec la direction. Et dans le numéro du 12 janvier de Business Week, on trouve un appel pour « une consécration symbolique du 4 juillet 1976 » [76], consécration qui prendrait la forme de la signature réelle d’un document, d’une déclaration d’interdépendance entre les syndicats et le patronat car ils sont inséparablement liés dans la recherche de la productivité.
La productivité - autrement dit la production par heure de travail - a évidemment décru par suite de l’agitation des ouvriers résultant de leur insatisfaction. Un indice de la révolte continuelle contre le travail se trouve dans les campagnes conjointes répétées pour l’accroissement de la productivité, comme par exemple les efforts de l’United Steel Workers (syndicats de la sidérurgie) qui ont reçu une grande publicité. Un numéro spécial sur la productivité de Busines Week, daté du 9 septembre 1972, a souligné ce problème ; il a fait aussi remarquer l’opposition des ouvriers à ce genre de campagnes soutenues par les syndicats [77]. Il semble y avoir un rapport étroit entre cette baisse de productivité et les résistances aux heures supplémentaires même pendant les périodes de récession. Plusieurs milliers de travailleurs de Ford ayant refusé de faire des heures supplémentaires, un haut cadre de cette entreprise déclara en avril 1974 : « Nous sommes déroutés par ce qui s’est passé si nous nous référons à la situation économique globale [78]. »De même, au mois d’avril 1974, le Labor Department (ministère du Travail) déclara que « la productivité des travailleurs américains a connu sa plus forte chute jamais enregistrée quand, au cours du premier trimestre, cette baisse a atteint tous les secteurs de l’économie » [79].
En 1935, la N.R.A. publia le rapport Henderson dans lequel on pouvait lire « si rien n’est fait rapidement, ils ont (les travailleurs) l’intention de prendre tout en main » [80]. On fit quelque chose. Les syndicats regroupés dans l’organisation nationale et hiérarchisée de la C.I.O. furent créés et ils permirent la stabilisation. Il est possible qu’aujourd’hui, dans les années 1970, une forme de participation ouvrière soit nécessaire pour empêcher les salariés de « prendre quelque chose en main ». Irving Bluestone, chef de la section General Motors de l’U.A.W., prédisait, au début de 1972, qu’une certaine forme de participation serait nécessaire sous le contrôle du syndicat et de la direction bien entendu [81]. Comme l’a fait remarquer, à la fin des années 60, Arnold Tannenbaum de l’Institute for Social Research du Michigan, céder un peu de pouvoir aux travailleurs peut être un des meilleurs moyens d’accroître leur sujétion, si cela donne l’impression d’influer sur les choses [82].
Mais il reste douteux qu’une participation bidon puisse adoucir l’aliénation ouvrière. Plus vraisemblablement, elle ne fera que la renforcer et rendra encore plus claire la véritable nature des relations syndicat-patronat qui dureront toujours. Il est plus que probable que les institutions traditionnelles des syndicats comme la couche de professionnels rétribués, de permanents et de délégués, le monopole de la syndicalisation garanti par le patronat, et même les accords collectifs en général, seront de plus en plus remis en question [83] au fur et à mesure que les travailleurs continuent à se battre pour faire passer en leurs mains le contrôle de leur vie de travailleurs.

John Zerzan

 

[1] [Note EM] Voir Herbert Harris, American Labor (New Haven : Yale University Press, 1939), p. 272 ; Sidney Fine, Sitdown(Ann Arbor : University of Michigan Press, 1969), p. 55 ; Mary Vorse, Labor’s New Millions (New York : Modern Age Books, 1938), p. 59 ; Charles Walker, « Work Methods, Working Conditions and Morale », in A. Kornhauser et Industrial Conflicts (New York : McGraw-Hill, 1954), p. 345.

[2] [NEM] C.I.O. : syndicat d’industrie créé à la suite de ces grèves en opposition à l’A.F.L. syndicat de métiers (aujourd’hui fusionnés).

[3] S.T. Williamson et Herbert Harris, Trends in Collective Bargaining (New York : The Twentieth Century Fund, 1945), p. 210.

[4] C. Wright Mills, The New Men of Power : America’s Labor Leaders (New York Harcourt, Brace, 1948), p. 242.

[5] River Rouge : ville de la banlieue de Detroit.

[6] Daniel Bell, « Work and its Discontents », The End of Ideology (New York : The Free Press, 1960), p. 240.

[7] Ibid., p. 238.

[8] Stanley Vire, USA - The Labor Revolt (Boston : New England Free Press, 1969), p. 3.

[9] James Boggs, The American Revolution : Pages from a Negro Worker’s Notebook (New York : Monthly Review Press, 1963), p. 32.

[10] E.K. Faltermayer, « Is Labor’s Push More Bark than Bite ? », Fortune (Juin 1964), p. 102.

[11] J.C. Leggett, Class, Race, and Labor (New York : Oxford University Press, 1968), p. 144.

[12] Straughton Lynd, ed., Personal Histories of the Early C.I.O. (Boston : New England Free Press, 1970), p. 23.

[13] Stanley Aronowitz, False Promise : The Shaping of American Working Class Consciousness (New York : McGraw-Hill, 1973), pp. 44-46.

[14] Bill Watson, « Counter-Planning on the Shop Floor », Radical America (Mai-Juin 1971), p. 78.

[15] Weir, op.cit., p. 2.

[16] Thomas R. Brooks, « Labor : The Rank-and-File Revolt », Contemporary Labor Issues (Belmont, Calif. : Wadsworth, 1966), p. 321.

[17] William Serrin, « The Assembly Line », The Atlantic (October, 1971), p. 73.

[18] George Lipsitz, « Beyond the Fringe Benefits », Liberation (Juillet-Août 1973), p. 33.

[19] Daniel Bell, The Coming of Post-Industrial Society (New York : Basic Books, 1973), p. 144.

[20] [NEM]Jeu de mot intraduisible en français. « Fraying » au sens propre signifie élimé, usé, mais il y a des expressions comme « fraying nerves », « fraying tempers », pour traduire « à bout de nerfs », etc.

[21] Jeremy Brecher, Strike ! (San Francisco : Straight Arrow Press, 1972), p. 271.

[22] Washington Post, 27 Mars 1970.

[23] Workers World, 30 Juillet 1971.

[24] [NEM]Ce syndicat, qui englobe beaucoup plus de métiers que les camionneurs, a eu de nombreux démêlés avec les autres syndicats et fut finalement expulsé de la confédération A.F.L.-C.I.O. en 1957. Son président d’alors, James Hoffa, aujourd’hui disparu dans des circonstances mystérieuses, passait pour un véritable gangster. « Efficace dans les négociations de salaires », il était systématiquement réélu à la tête du syndicat. L’attitude décrite ici est donc une évolution considérable.

[25] Cleveland Plain Dealer, 11 Mai 1970.

[26] Fred Cook, « The Rampaging Patriots », The Nation (15 Juin 1970), pp. 712-719.

[27] William Serin, The Company and the Union, (New York : Alfred A. Knopf, 1973), pp. 233-236.

[28] Cité par Brecker, op.cit., pp. 279-280.

[29] Serrin, op.cit., p. 4.

[30] Ibid., pp. 263-264.

[31] Ibid., p. 202.

[32] Ibid., p. 306.

[33] Roy B. Helfgott, Economics (New York : Random House, 1974), p. 506.

[34] Aronowitz, op.cit., p. 43.

[35] Wall Street Journal, 9 Décembre 1972.

[36] Michael Adelman, in Labor Newsletter (Février 1974), pp. 7-8.

[37] Los Angeles Times, 27 Octobre 1973.

[38] Sidney Lens, The Labor Wars (Garden City, N.Y. : Anchor, 1974), p. 376.

[39] [NEM]Il s’agit d’organismes mis en place par le gouvernement fédéral pour servir d’intermédiaire, des sortes de commissions « bons offices ».

[40] Richard Armstrong, « Labor 1970 : Angry, Aggressive, Acquisitive », Fortune (Octobre 1969), p. 144. William and Margaret Westley, The Emerging Worker (Montreal McGill-Queen’s University Press, 1971), p. 100.

[41] Harold W. Davey, Contemporary Collective Bargaining (New York : Prentice-Hall, 1972), p. 153.

[42] Norman J. Samuels, Assistant Commissioner, Wages and Industrial Relations, lettre à l’auteur, 19 Avril 1974.

[43] Aronowitz, op.cit., p. 214.

[44] Richard Sennett et Jonathan Cobb, The Hidden Injuries of Class (New York : Alfred A. Knopf, 1972), p. 4.

[45] Remark by CWA president, Joseph Beirne, New York Times, 18 Juillet 1971.

[46] Aronowitz, op.cit., p. 224.

[47] Voir la colonne de Jack Anderson « Merry-Go-Round » du 23 Août 1971, par exemple.

[48] Robert V. Roosa, « A Strategy for Winding Down Inflation », Fortune (Septembre 1971), p. 70.

[49] Arthur M. Louis, « Labor Can Make or Break the Stabilization Program », Fortune (Novembre 1971), p. 142.

[50] Editorial : « Phasing Out Phase Two », Fortune (Janvier 1972), p. 63.

[51] Bureau of Labor Statistics, Work Stoppages in 1972 : Summary Report (Washington : Department of Labor, 1974), p. 1.

[52] David Deitch, « Watershed of the American Economy », The Nation (13 Septembre 1971), p. 201.

[53] Cité par Serrin, op.cit., p. 24.

[54] Thomas O’Hanlon, « Anarchy Threatens the Kingdom of Coal », Fortune (Janvier 1971), p. 201.

[55] Arthur A. Sloane et Fred Whitney, Labor Relations (New York : Prentice-Hall, 1972), p. 390.

[56] D’après un article anti-syndicat de John Davenport, « How to Curb Union Power » (titré Opinion), Fortune(Juillet 1971), p. 52.

[57] Ibid., p. 54.

[58] Los Angeles Times, 8 Novembre 1972.

[59] Armand J. Thieblot et Ronald M. Cowin, Welfare and Strikes - The Use of Public Funds to Support Strikers (Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 1973), p. 185.

[60] New York Times, 13 Avril 1974.

[61] Weekly People, 27 Avril 1974.

[62] Lucretia M. Dewey, « Union Merger Pace Quickens », Monthly Labor Review (Juin 1971), pp. 63-70

[63] New York Times, 3 et 6 Août 1972.

[64] Confirmé par Harry Bridges, lettre à l’auteur, 11 Avril 1974.

[65] Dick Meister, « Public Workers Union Win a Rare Agreement », San Francisco Chronicle (13 Avril 1969).

[66] San Francisco Chronicle, « Union Fee Ruling on City Workers », 31 Octobre 1973.

[67] Joel Seidman, « Political Controls and Member Rights : An Analysis of Union Constitutions », Essays on Industrial Relations Research Problems and Prospects (Ann Arbor : University of Michigan Press, 1961).

[68] Button Hall, ed., Autocracy and Insurgency in Organized Labor (New Brunswick, N.J. : Transaction Books, 1972).

[69] 64 H.W. Benson, « Apathy and Other Axioms : Expelling the Union Dissenter From History », Irving Howe, ed., The World of the Blue Collar Worker (New York : Quadrangle Books, 1972), pp. 209-226.

[70] Times-Post Service, « Administration’s Tryst with Labor », San Francisco Chronicle (14 Avril 1969).

[71] New York Times, « Key Jobs Offered to Labor by Nixon » (31 Décembre 1972), p. 1.

[72] Phil Stanford, « Convention Time », Oregon Times (Septembre 1971), p. 4.

[73] Voir California A.F.L.-C.I.O. News, éditorial : « The Convention Caper » (14 Janvier 1972).

[74] Robert J. Marcus, « The Changing Workforce », Personnel (Janvier-Février 1971), p. 12.

[75] Ibid. p. 10.

[76] [NEM]Bicentenaire de la déclaration d’indépendance des U.S.A.

[77] Business Week, « The Unions Begin to Bend on Work Rules » (9 Septembre 1972), pp. 106, 108.

[78] New York Times, 27 Avril 1974.

[79] New York Times, 26 Avril 1974.

[80] Cité par Serrin, op.cit., p. 118.

[81] David Jenkins, Job Power (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1973), pp. 319-320.

[82] Ibid., p. 312.

[83] Le San Francisco Social Service Union (Syndicat des services sociaux de San Francisco) est plutôt un syndicat anti-syndicat d’environ 200 travailleurs des services d’aide sociale qui a rejeté délibérément ces institutions depuis 1963. Ceci, ajouté à son militantisme dans des prises de parole et ses exposés fréquents sur la corruption et la collusion des « syndicats » leur vaut la haine de ces syndicats en place à San Francisco.

Ton droit du travail vaut bien une grève générale !

 Posted by on 28 février 2016 at 10 h 53 min  Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés sur Ton droit du travail vaut bien une grève générale !
Fév 282016
 

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Ton droit du travail vaut bien une grève générale !

Le gouvernement vient de divulguer son projet de loi sur la négociation collective, le travail et l’emploi. Ce projet est une véritable contre-révolution libérale qui vise à détruire l’ensemble des protections collectives des salarié-e-s. Tout y passe : protection contre les licenciements, temps de travail et heures supplémentaires, médecine du travail, amplitudes horaires amplifiées (10 à 12h) même pour les mineurs (sans autorisation de l’inspection du Travail, juste une information préalable), plafonnement des indemnités prud’homales… et instauration de référendums d’entreprises (afin de casser la hiérarchie des normes qui garantit la suprématie de la Loi face aux accords de branches ou d’entreprises), qui permettront aux patrons de contourner les syndicats en mettant directement le pistolet sur la tempe des salarié.e.s. C’est un vrai catalogue du MEDEF, un cahier revendicatif en bonne et due forme, transposé en texte de loi par un gouvernement vassal.

Après avoir annoncé ces mesures sur un ton hautain et autoritaire, menaçant immédiatement d’user du 49.3, le gouvernement s’est voulu rassurant ce lundi, lors de la visite de Manuel Valls, de Myriam El Khomri et d’un autre misérable tartuffe à Mulhouse. Une visite pleine de mépris lorsqu’un délégué CGT a remis une pétition s’opposant à cette contre-réforme de plus de 400 000 signatures (en cinq jours !), pétition initiée par des syndicalistes que l’on ne peut pourtant qualifier de révolutionnaires, certains étant même proches du PS.

Ce gouvernement cherche clairement l’affrontement avec les classes populaires et cette destruction du code du travail, couplée à celle de l’assurance chômage restreignant les droits des chômeuses et des chômeurs, ne reflète rien d’autre que la volonté de libéraliser totalement le marché du travail. Après la loi Macron, et toutes les mesures d’exonération de cotisations sociales dont le patronat a usé et abusé pour augmenter ses bénéfices, après les terribles réformes sur les retraites qui se sont enchaînées, après la destruction systématique de tous les services publics, sans qu’une réaction d’envergure ne se fasse jour, il fallait bien que le coup fatal arrive : en finir avec les restrictions collectives et individuelles aux licenciements, en finir avec toute forme de protection des salarié-e-s.

La propagande est toujours la même. Le cadre légal serait trop lourd et désuet pour faire face à la mondialisation capitaliste, ce qui empêcherait la croissance et donc l’emploi. C’est une aberration totale quand on sait que le pays est le deuxième au monde en termes de productivité. Car c’est bien le Code du Travail qui a permis de donner aux travaillleur.se.s des garanties sur leur temps de travail, leur santé, leur protection sociale et la relative durabilité de leurs emplois. C’est bien bien le Code du Travail qui a permis aux salariés de faire face au rapport inégal qu’ils entretiennent avec le patronat du fait du lien de subordination inhérent à toute relation salariale. Ce n’est donc pas au nom de l’emploi et de la compétitivité, mais bien pour son propre profit que le MEDEF, aidé par ce gouvernement aux ordres, veut tout reprendre sous couvert d’une crise économique dont ils sont les seuls responsables. Ils veulent le beurre et l’argent du beurre !

De plus, cette réforme touche l’ensemble de la réglementation du travail au prétexte d’alléger et de simplifier sa lecture qui, selon nos dirigeants, serait trop complexe actuellement. Une fois de plus, cela va en sens unique, tandis que l’accès aux droits des chômeurs et des chômeuses relève du parcours du combattant !

Selon le Premier Sinistre, « nous sommes au XXIe siècle, pas au XIXe ». Très bien. Si c’est le cas, qu’il cesse de vouloir nous y ramener en donnant tous les droits au patronat qui n’en demandait pas tant.

Il y a plus grave encore. Cette réforme, tout comme celles portant sur la Constitution et la loi pénale, se fait alors que nous sommes sous état d’urgence et que la répression frappe l’ensemble des militant-e-s syndicaux, allant même jusqu’à la prison. Comment ne pas penser dès lors que ce gouvernement joue au pompier pyromane, alors que le FN se tient en embuscade, éructant déjà des saillies sur cette réforme et dénonçant l’usage éventuel de l’article 49.3 qu’il ne renierait pourtant pas si on lit bien son programme ? Comment ne pas penser que ce gouvernement de sociaux-traîtres (à défaut de socialistes) s’est donné les armes pour museler toute contestation sociale, qui ne pourra qu’arriver à la vue de cette politique d’austérité sans précédent ?

Pour la CNT, les choses sont claires. Le rôle du syndicalisme n’est pas d’écrire avec le gouvernement la pire opération de destruction des acquis sociaux de l’Histoire, il consiste à s’inscrire dans un rapport de force, celui de la lutte des classes, qui permettra d’imposer au gouvernement l’abandon total et définitif de l’ensemble des dispositions scélérates qui constituent ce projet de loi. Pour nous, comme pour les générations futures, celles de nos enfants, rien n’est impossible : il est nécessaire de faire front pour faire reculer la loi du Capital !

Il appartient désormais à toutes celles et à tous ceux qui sont conscient-e-s de ce terrible enjeu pour les classes populaires d’informer partout les travailleurs et travailleuses de la perversité d’une telle réforme, de multiplier les réunions publiques et les assemblées générales ainsi que les débrayages dans tous les secteurs d’activité, de coordonner les initiatives unitaires et de participer à toutes celles qui verront le jour pour mettre en échec ce projet en développant grèves, occupations et blocages. Bref, il appartient dorénavant à chacun de se mobiliser, sur tous les terrains, pour gagner le retrait de cette réforme ignoble. Car assurément, le code du travail vaut bien une grève générale !

La CNT

Déluge de bombes sur le Code du Travail

 Posted by on 28 février 2016 at 10 h 38 min  Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés sur Déluge de bombes sur le Code du Travail
Fév 282016
 

Socialisme libertaire:

Le patronat et Nicolas Sarkozy en rêvaient, MM. François Hollande et Manuel Valls l’ont fait : si, par hypothèse funeste, le projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » (sic) devait voir le jour, le code du travail ressortirait en miettes. (Le texte complet peut être téléchargé par exemple sur le site de l’Ugict-CGT). « L’objectif, précise la ministre du travail Myriam El Khomri dans un entretien aux Echos (18 février 2016), est de s’adapter aux besoins des entreprises ». On s’en doutait un peu — encore qu’il s’agisse d’une étrange vision des entreprises, réduites à leurs seules sphères dirigeantes.

Bien sûr, il ne s’agit que d’un projet et tout peut encore bouger. Le pouvoir excelle dans les manœuvres consistant à laisser fuiter les dispositions les plus folles pour ensuite accréditer l’idée que le pire a été évité. Ainsi il a laissé courir le bruit que les heures supplémentaires ne seraient plus rémunérées pour finalement décider un plancher obligatoire de 10 %. Tout le monde crie victoire alors que jusqu’à présent la norme était de 25 %, sauf quelques exceptions !

Roi de l’entourloupe, le président de la République assure ne pas toucher aux fondamentaux : contrat de travail à durée indéterminée qui reste la règle et la semaine de 35 heures qui demeure la norme légale. Mais il transforme ces deux principes en coquilles vides. Si les mots restent, la protection des salariés disparaît et avec elle l’égalité de traitement des citoyens devant la loi.

Jusqu’à présent, le principe fondamental du droit du travail donnait la priorité aux lois édictées par les élus de la République à moins qu’un accord à un niveau inférieur (branche, entreprise) se révèle plus favorable au salarié. Désormais, un accord dans une entreprise prévaut sur la loi, même s’il est défavorable à ce dernier. Singulière conception de l’« égalité réelle » ! Cette disposition fondamentale permettra au prochain président de la République d’amputer ce qui restera (encore) des droits des travailleurs.

Quant au fameux contrat de travail à durée indéterminée (CDI) maintenu dans la loi, il pourra être rompu à tout moment en cas « de réorganisation de l’entreprise » ou de « conquête de marché ». Au delà de ces situations somme toute très fréquentes, la direction n’aura même plus à se justifier : il lui suffira de payer trois mois de salaire pour les employés embauchés depuis moins de deux ans, six pour les moins de cinq ans, etc. La notion même de licenciement abusif disparaît de fait. Le patron qui paye peut se séparer de son salarié sans risque de pénalité supplémentaire.

Même tour de passe-passe pour les 35 heures. Entre les dérogations, un décompte du temps de travail et le paiement au rabais des heures supplémentaires, la réforme Aubry va passer aux oubliettes…

Après une lecture rapide des 131 pages de ce nouveau code du travail, on peut retenir les dispositions concernant la durée du travail, la réforme des prud’hommes (le prochain numéro du Monde diplomatique, en kiosques le 2 mars, y consacrera un article), l’élargissement du droit de licencier et de réduire autoritairement les salaires, le moindre paiement des heures supplémentaires, etc.

Le patron décide de la durée du travail

Ce nouveau code reprend les principes édictés par M. Robert Badinter, qui a fait sienne la formule la plus libérale que l’on puisse imaginer, dès l’article 1 : « Les libertés et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail. Des limitations ne peuvent leur être apportées que si elles sont justifiées (…) par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise. » Lesquelles sont définies par les actionnaires et les directions d’entreprise. Tout en découle.

La journée de travail de 10 heures, qui était jusqu’à présent l’exception, pourra se généraliser en « période d’activité accrue » ou « pour des motifs liés à l’organisation de l’entreprise ». Elle pourra même s’élever à 12 heures. Jusqu’alors, les dérogations exigeaient une autorisation administrative. Désormais, il suffira d’un accord d’entreprise — dont le recours sera facilité (lire plus loin).

Même principe pour la durée hebdomadaire, laquelle pourra grimper jusqu’à 46 heures en moyenne pendant 16 semaines par an (au lieu de 12 aujourd’hui) et même atteindre 48 heures « en cas de surcroît d’activité », sans autre précision. Un simple accord d’entreprise suffira. Le gouvernement ne renonce pas au plafond des 60 heures réclamé par les entreprises mais il l’encadre quand même d’une autorisation de l’inspection du travail.

Instauré lors de la loi Aubry sur la réduction du temps de travail (RTT), le forfait-jours, qui permet de s’émanciper de la durée légale quotidienne, était réservé aux grandes entreprises et principalement aux cadres (50 % d’entre eux). Le système sera étendu aux entreprises de moins de 50 salariés (sans distinction de fonction). Les charges de travail au quotidien pourront franchir toutes les barrières car, dans la pratique, elles ne seront plus contrôlables.

D’autant que les 11 heures de repos quotidiennes consécutives obligatoire sautent. Elles pourront être « fractionnées » !

De plus, « le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d’exécution du contrat de travail n’est pas un temps de travail effectif », sauf s’il dépasse le « temps normal ». On appréciera la précision de la formule.

Sécuriser les licenciements

Grâce à M. Nicolas Sarkozy, il y avait déjà la « rupture conventionnelle » (2 millions depuis sa création en juin 2008), faux nez qui cache souvent un moyen de pression patronale pour se séparer d’un salarié. Grâce à quelques syndicats, comme la CFDT et la CGC, qui avaient signé l’accord national interprofessionnel (ANI), et à M. Hollande, qui a concocté la loi dite de « sécurisation de l’emploi », le patronat pouvait réduire les salaires, augmenter le temps de travail et bien sûr licencier « en cas de difficultés économiques », dont l’interprétation était laissée aux juges. Le texte désormais les définit : une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires « pendant plusieurs trimestres consécutifs » (cela peut donc être deux trimestres), des « pertes d’exploitation pendant plusieurs mois ou une importante dégradation de la trésorerie ». Et ce, « au niveau de l’entreprise » (et non du groupe). Il suffit pour les grosses sociétés de présenter les comptes de leur filiale en déficit (un jeu d’enfant) pour que tout soit possible. Exit le droit au reclassement des salariés licenciés.

En fait le patronat a obtenu ce qu’il réclamait depuis la nuit des temps :
le droit de licencier sans entr
ave.

A ces causes dites défensives de licenciements, s’ajoute la possibilité de jeter les salariés dehors en cas « de mutations technologiques » ou de simple « réorganisation de l’entreprise ». Le travailleur qui refuse une mutation à l’autre bout de la France ou une baisse de salaire, ou encore une augmentation du temps de travail sans augmentation de salaire, sera tout simplement licencié (auparavant, il avait droit au statut de licencié économique) ; il garde ses droits au chômage mais perd celui du reclassement.

En fait le patronat a obtenu ce qu’il réclamait depuis la nuit des temps : le droit de licencier sans entrave.

Ligoter les prud’hommes

Le patron pourra même licencier « sans cause réelle et sérieuse », il lui suffira de payer une indemnité forfaitaire fixée à l’avance, quel que soit le dommage subi par le travailleur. Celle-ci est d’emblée fixée à 3 mois de salaire pour 2 ans d’ancienneté, 6 mois entre 2 et 4 ans, 9 mois entre 5 et 9 ans, 12 mois de 10 à 20 ans, 15 mois pour les plus de 20 ans. Ainsi, un salarié jugé plus assez productif ou trop ouvertement revendicatif peut être jeté sur le carreau à n’importe quel moment.

Travailler plus pour gagner moins

Les heures supplémentaires pourront être majorées de 10 % — et non plus 25 % de plus pour les huit premières heures, 50 % au-delà. Il suffit d’un accord d’entreprise. Pour un salarié payé au Smic, l’employeur devra débourser moins de 1 euro par heure supplémentaire (0,96 euro contre 2,4 euros en vertu de la loi précédente). Une broutille qui le poussera à y recourir au lieu d’embaucher. Quant aux salariés, ils verront leur pouvoir d’achat baisser.

L’entreprise au-dessus de la loi

C’est sans doute le changement le plus important. Malgré les déclarations tonitruantes à la gloire de la République et de ses principes, la loi passe au second plan même quand elle protège mieux les salariés. C’est l’accord d’entreprise qui prime. La loi Macron (lire « Le choix du toujours moins », Le Monde diplomatique, avril 2015) avait déjà introduit cette disposition, mais elle restait exceptionnelle. Elle deviendra la règle.

Certes, cet accord devra être majoritaire, c’est-à-dire signé par des syndicats représentant plus de la moitié des salariés lors des élections professionnelles. Mais si ce n’est pas le cas, les syndicats minoritaires (au moins 30 % des voix) pourront recourir au referendum auprès des salariés. Et le pouvoir de vanter cette démocratie directe en jouant le petit peuple des travailleurs contre les élus syndicaux, forcément bornés.

Bien entendu, la consultation des travailleurs n’est pas en soi condamnable. Mais la question posée n’est pas définie collectivement, loin s’en faut. Si des syndicats minoritaires peuvent impulser la consultation, son contenu demeure entre les mains du patronat et prend souvent l’allure d’un chantage où les salariés ont le choix entre Charybde et Scylla : soit accepter de travailler plus et/ou gagner moins, soit perdre leur emploi… Chez Bosch, à Vénissieux, les salariés avaient accepté en 2004 de travailler 36 heures payées 35 et de renoncer à une partie des majorations pour travail de nuit ; leurs sacrifices n’ont servi qu’à rendre la société plus présentable : leur usine a été vendue en 2010, et plus de 100 emplois ont disparu. Même scénario chez General Motors à Strasbourg, Continental à Clairoix, Dunlop à Amiens…

Les commentateurs vantent souvent les référendums chez Smart, où 56 % des salariés ont répondu favorablement à la hausse du temps de travail (pour la même rémunération) réclamée par l’actionnaire au nom de la défense de l’investissement et de la non-délocalisation. Mais ils oublient de préciser que si 74 % des 385 cadres consultés ont approuvé l’accord, seuls 39 % des 367 ouvriers les ont imités, car ce sont eux qui ont les charges de travail les plus éprouvantes. Faut-il rappeler qu’un cadre vit six ans de plus qu’un ouvrier ? Avec la nouvelle loi, les ouvriers se verront imposer l’intensification de leurs tâches.

D’une entreprise à l’autre, les salariés ayant une même qualification auront des droits fort différents. On pourrait même imaginer des travailleurs aux statuts totalement divergents sur un chantier avec plusieurs sous-traitants. En fait, comme l’explique fort bien le spécialiste du travail Pascal Lokiec, « cela conduit potentiellement au dumping social et complexifie la situation du salarié qui changera de droit applicable en même temps qu’il changera d’entreprise (1) ». Quant à l’emploi, il restera à quai ou encore plus sûrement plongera. Comme le montrent toutes les études, ce n’est pas la prétendue « rigidité » du code du travail qui fait le chômage, mais le manque de débouchés.

Les élus socialistes aux ordres

Tout comme il oppose les travailleurs aux syndicats, les juges aux technocrates (qui seraient les mieux à même de fixer les pénalités patronale aux prud’hommes ou de définir les licenciements économiques), M. Hollande cherche à opposer les élus parlementaires au peuple français. Assuré avec ces orientations ultralibérales de ne pas bénéficier des voix des députés du Front de gauche et d’une partie des Verts pour faire passer sa loi, le chef de l’État réclame des élus socialistes qu’ils s’inclinent (même avec des états d’âme). Il menace donc d’employer la force du 49-3 — une disposition constitutionnelle qu’il qualifiait autrefois (avec lucidité) de « brutalité » et de « déni de démocratie ». La boucle est bouclée.

Martine Bulard

(1) Cité par Mathilde Goanec, « La future loi El Khomri achève définitivement les 35 heures », Mediapart, 18 février 2016.

Blocus/Manif contre la loi travail - mercredi 9 mars.

 Posted by on 28 février 2016 at 10 h 13 min  Actualité nationale, Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés sur Blocus/Manif contre la loi travail - mercredi 9 mars.
Fév 282016
 

paris-luttes-infos:

Appel du mouvement inter luttes indépendant (Mili) à bloquer les lycées et facultés contre la loi travail et la précarisation de nos vies.

« AH NON C’EST TERRIBLE »

Lycéen-ne-s, étudiant-e-s, chômeurs-s-es, travailleurs-es – Combattons la Loi Travail !

Profitant du climat sécuritaire actuel, la ministre du travail Myriam El Khomri, a proposé une modification majeure du code du travail. En planifiant la précarisation générale des conditions de travail, cette loi ne s’attaque pas seulement aux personnes déjà précaires mais à tous les jeunes, lycéen-ne-s, étudiant-e-s, chômeurs-es, travailleur-es…

Les bureaucraties syndicales et les organisations de gauche se contentent de débattre pour obtenir des « concessions » déjà prévues dans la stratégie gouvernementale, et non de contester cette mesure pour ce qu’elle est : une régression historique de nos droits sociaux, ainsi qu’une atteinte à la dignité de toutes les personnes qui vont être soumises à des pressions plus grandes et de nouvelles galères.

Quel traitement cette loi nous réserve t-elle ?
→ Augmentation du temps de travail pour les apprentis (10h/Jour et 40h/Semaine)
→ Le tarif des heures supplémentaires peut être diminué de 5 fois sur simple accord d’entreprise.
→ De nouvelles possibilités de licenciement arbitraire
→ L’augmentation 10h à 12h de travail par jour sur simple accord
→ Plus de garanties pour les congés payés en cas de décès d’un proche (mère, père, sœur, etc.)
→ Augmentation du nombre de semaines où l’on peut travailler 44h ou 46h, s’il y a un accord.
→ Plus de minimum de dommages et intérêts en cas de licenciement injustifié.

Il y a urgence à se mobiliser si nous ne voulons plus que nos existences se limitent à réveil, travail, dodo et que l’on nous condamne à survivre. Nous sommes les premiers impactés, c’est à nous de décider et nous réapproprier la question de nos conditions de vie.

Nous appelons la jeunesse à se mobiliser au côté des travailleur-se-s, chômeur-se-s et précaires le 9 mars. Bloquons les usines, routes, lycées, facultés pour bloquer l’économie et exiger le retrait de cette loi rétrograde.

Rendez-vous pour 11h à Nation pour une manifestation joyeuse et déterminée. Puis à 14H au rassemblement à République.

Nouvelle maison d’arrêt de Caen à Ifs en 2022?

 Posted by on 26 février 2016 at 11 h 14 min  Actualité locale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Nouvelle maison d’arrêt de Caen à Ifs en 2022?
Fév 262016
 
Prison

Des articles de presse donnent de nouvelles informations sur le projet de nouvelle maison d’arrêt à Caen. Ifs s’est portée candidate pour l’accueillir, au coeur de sa zone d’activités (près de la rue Becquerel, sic). Breteville L’Orgueilleuse, pressentie, se ferait-elle doubler? En tous cas, cela confirme que ce sera bien une ville périphérique de Caen. Pour les travaux, ils ne devraient pas commencer avant 2018, pour ouvrir les portes (avant très vite de les refermer sur les prisonniers) en 2022. Et comme d’habitude, on en profite pour augmenter les capacités d’accueil de prisonniers, et donc en augmenter le nombre. Toujours plus de répression, toujours plus de taules et d’enfermement…

Article: http://www.normandie-actu.fr/nouvelle-prison-pres-de-caen-la-ville-d-ifs-candidate-pour-l-accueillir_182167/

http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/ifs-candidate-pour-recevoir-la-maison-d-arret-931593.html

 

Un référendum pour casser la lutte.

 Posted by on 26 février 2016 at 10 h 08 min  Actualité nationale, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Un référendum pour casser la lutte.
Fév 262016
 

Le 11 février, le président Hollande a annoncé un possible référendum sur le projet d’aéroport international à Notre-Dame-des-Landes. Peu de temps avant, la lutte était entrée dans une nouvelle phase, avec des actions de blocage du périphérique de Nantes, des occupations de sous-préfectures, des manifestations et des actions partout en France, en réponse aux menaces d’intervention policière et aux rendus de procès défavorables aux derniers paysans habitant le terrain prévu. Face à une lutte qu’il ne sait pour l’instant pas vaincre, l’Etat ressort un vieux dispositif empoisonné, ayant déjà fait ses preuves pour briser des mouvements par le passé.

L’illusion de la démocratie directe

Un référendum n’est en rien l’expression d’une démocratie directe, bien au contraire. Qui décide du moment, de la question, de celles et ceux qui peuvent voter ? Le référendum est un dispositif qui par essence est détenu par un pouvoir vertical et concentré. Si les décisions étaient discutées autrement, à la base et entre égaux, il n’y aurait jamais besoin de référendum… C’est d’ailleurs un dispositif qui exprime bien l’infantilisation dans laquelle l’Etat maintient ses citoyens : répondez juste par oui ou par non, puis fermez-la.

Nous avons déjà connu des référendums lors de luttes locales, à Caen. En avril 2006, la fac est occupée depuis un bon mois par des centaines de personnes qui y vivent pleinement et expérimentent d’autres manières de vivre et de s’organiser. Assemblées populaires, blocages de périph et de gare, occupations de bâtiments administratifs, affrontements avec la police, sabotages et manifs de rue se multiplient non seulement contre le Contrat Première Embauche, mais contre la précarité, et de plus en plus clairement pour toujours plus de gens contre cette société en général. Le 10 avril, le gouvernement retire le CPE. Les grévistes continuent la lutte, et refusent de s’arrêter en si bon chemin. Dès le lendemain de l’annonce gouvernementale, des heurts ont encore lieu avec les flics. La direction de l’Université, avec l’appui des pouvoirs publics, organise finalement un référendum : pour ou contre le blocage de la fac. Le refus du blocage étant vainqueur, l’assemblée générale de lutte abdique et les bâtiments sont vidés et rendus à leur usage normal, sauf une annexe tenue malgré tout jusqu’à l’été. L’Université a alors repris sa fonction. Le mouvement s’est peu à peu épuisé, coupé de ce qui faisait sa force : un arrêt de la routine en tenant un lieu de vie et d’organisation commun ouvert à tous et à toutes.

La stratégie était simple : non seulement limiter la question de la lutte à une modalité de son organisation, à savoir l’occupation des bâtiments universitaires, mais en plus s’adresser qu’aux étudiants et étudiantes, contrôle des papiers à l’appui pour voter. Or, la force de cette lutte était justement que s’y croisaient étudiants et étudiantes, lycéens et lycéennes, travailleurs et travailleuses, chômeurs et chômeuses. Tout le monde est concerné par la révolte pour l’émancipation.

Au sujet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la question du référendum va là aussi réduire ce qui s’est ouvert avec cette lutte : il ne s’agit pas seulement de s’opposer à un aéroport international, ou même de préserver des terres agricoles et des zones humides. Il s’agit surtout de lutter contre le projet de Nantes Métropole, bétonnant l’espace de Saint-Nazaire à Nantes. C’est donc surtout une opposition au capitalisme sécuritaire et démesuré se développant partout aujourd’hui. C’est aussi une expérimentation de rapports sociaux plus libres et plus égalitaires, de formes d’existence plus autonomes vis-à-vis du capitalisme et de l’industrie. Bref, c’est une lutte contre le type de société portant ce projet, et l’ouverture d’horizons possibles. Quand par exemple en une après-midi, des dizaines de maisonnettes sont construites collectivement sur la ZAD, le fait qu’il y ait autant de gens à la rue dans cette société capitaliste devient tout de suite moins acceptable. C’est un témoignage concret qu’il est possible de vivre et de s’organiser autrement.

Par ailleurs, les élus locaux à qui Hollande a confié l’organisation du référendum sont les plus ardents défenseurs du projet d’aéroport. La zone qu’ils choisiront pour leur consultation sera la plus favorable pour eux. Ils mettront les moyens dont ils disposent pour appuyer le « oui » : annonces et panneaux publicitaires, magazines, médias etc. La campagne se focalisera sur ces méchants « djihadistes verts » que sont les zadistes, sur ces « terroristes » que sont les révolutionnaires. Ce sera de même pour la formulation de la question. Tous les sociologues savent très bien que la manière dont on pose une question influence, et permet bien souvent d’obtenir la réponse souhaitée.

Et si jamais ce n’est pas la bonne réponse qui reçoit la majorité, qui peut croire qu’elle empêchera une décision contraire de la part de l’Etat ? Le référendum sur le traité constitutionnel européen avait plébiscité le « non » en 2005. Trois ans plus tard, le parlement le faisait pourtant passer en force. Les grands projets industriels suscitent quant à eux obligatoirement des enquêtes publiques. Les résultats de ces enquêtes, particulièrement au sujet du nucléaire, montrent presque toujours une franche opposition de la part des populations. Cela n’a jamais empêché l’Etat de construire ses centrales atomiques et ses autres ravages industriels.

 

Le référendum est une arme pour briser les luttes et diviser

Le référendum est une stratégie de dernier recours pour que l’Etat reprenne la main. Il est toujours utilisé ainsi en démocratie. Il s’agit alors d’éviter de laisser filer ce qui lui échappe dans une lutte foisonnante se radicalisant, de recadrer par un dispositif ramenant sur son terrain : une forme institutionnelle et parfaitement maîtrisable. Ce n’est pas tant la réalisation du projet qui inquiète l’Etat que le fait qu’au sein de cette lutte des tas de gens apprennent à vivre et lutter ensemble, à se passer de plus en plus du capitalisme et de l’Etat, à partager des gestes d’insoumission. A se foutre des industriels et des politiciens voulant diriger nos vies. Il y aura pourtant probablement des opposants à l’aéroport pour accepter les termes de l’ennemi, pour croire aux illusions démocratiques, et jouer le rôle de relais de l’Etat contre celles et ceux qui refuseront de tomber dans le piège. François Hollande est malin : il appuie sur les contradictions d’un mouvement composite, et cherche à diviser. Espérons que ce sera vain…

En un autre temps et une autre région, c’est un maire qui avait fait ce pari. Favorable au projet d’implantation d’une centrale nucléaire sur sa commune, le maire de Flamanville, par ailleurs cadre de l’usine atomique de la Hague, organise un référendum en 1975. Quelques années auparavant, une usine de fer avait fermé ses portes, et la fraction ouvrière du petit bourg est frappée par un chômage massif. L’occasion est trop belle pour s’appuyer sur la peur du chômage et donner par la même occasion un vernis démocratique. Notables et curés font campagne pour les joies de l’atome. De nombreux ouvriers et ouvrières, souvent d’origine étrangère et vivant à la cité Sainte-Barbe au milieu des corons, voient quant à eux l’occasion de bosser. Il faut dire qu’ils étaient plusieurs à avoir déjà participé à la construction de l’usine de la Hague à quelques kilomètres. Les nucléaristes ont ainsi réussi à absorber la classe ouvrière locale. De l’autre côté, une opposition commence à se développer, constitué de pêcheurs, d’agriculteurs et d’agricultrices, d’enseignants et enseignantes, de travailleuses et travailleurs sociaux. Des mondes qui se côtoient peu et en viennent à s’affronter.

Rapidement, les tensions montent dans la petite ville de la Manche. Le référendum se réduit à une bataille pour l’emploi, masquant l’horreur de l’industrie dont il est question. Intimidations, menaces et bagarres se multiplient. Sans surprise, le oui à la centrale l’emporte avec 435 voix contre 248. Seuls les flamanvillais ont voté, comme si la contamination ne concernait que ce seul bourg. Surtout, ce référendum ne venait que sanctionner une décision déjà prise en haut lieu. EDF avait d’ailleurs prévenu qu’il ne tiendrait pas compte du résultat en cas de refus…

 

Rien à foutre du référendum !

 

Le dispositif du référendum est une arme du pouvoir pour briser les luttes qui lui échappent. C’est un piège dont il est difficile de se dépatouiller. Seule une montée en puissance du mouvement d’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et en solidarité avec les expérimentations sociales de la ZAD pourra désamorcer cette arme du référendum. D’autant que ce qu’on appelle parfois le mouvement social a besoin d’une « victoire », par la lutte, et non par les urnes à l’ombre des isoloirs. Il n’en a pas connu de réelle ampleur nationale depuis 2006. En outre, l’enjeu n’est plus tant que l’aéroport se fasse ou non, c’est que l’expérience de la ZAD reste vivante et se développe. Elle est une expression qu’il est possible de vivre autrement et de se révolter contre ce monde tel qu’il tourne au désastre, sans rester englué dans les fictions politiques œuvrant à notre dépossession et notre exploitation.

 

Pour infos:

Infos et analyses sur zad.nadir.org ; sous-la-cendre.info.

Collectif de solidarité avec la ZAD à Caen : [email protected]

Textes et brochures disponibles au local Apache, 35 bvd Poincaré, CAEN (permanences les 1er et 3ème samedis du mois à 15h).

Avis aux amateurs : A Calais, un rouage discret de la machine à enfermer

 Posted by on 24 février 2016 at 10 h 19 min  Education / Facs, Sans-papiers, Immigrations  Commentaires fermés sur Avis aux amateurs : A Calais, un rouage discret de la machine à enfermer
Fév 242016
 

Brèves du désordre:

« La méthode de l’attaque diffuse est une forme de lutte qui porte en soi un monde différent. Agir lorsque tous prêchent l’attente, lorsqu’on ne peut compter sur de nombreux soutiens, lorsqu’on ne sait pas par avance si on obtiendra des résultats – agir ainsi signifie déjà affirmer ce pour quoi on se bat : une société sans mesure. »
A couteaux tirés avec l’Existant, ses défenseurs et ses faux critiques, 1998

Lorsqu’on souhaite s’opposer de façon directe à un aspect particulier de la domination, on a souvent l’impression de se retrouver face à une montagne, sur laquelle il semble presque impossible d’avoir prise. Pourtant, si on abandonne le lieu commun confusionniste et complotiste que le monde serait dirigé par quelques humains planqués à droite à gauche dans des tours de bureaux surprotégées, et qu’on commence à l’analyser comme un rapport social fait de mille collaborations aux responsabilités bien concrètes, on se rend vite compte que chaque aspect de la domination est constitué d’une myriade d’hommes et de structures auxquels tout individu déterminé peut exprimer ce qu’il en pense.

Prenons par exemple la question de la machine à expulser et trier les migrants qui arrivent en brûlant les frontières ou qui survivent dans la « jungle » de Calais. Bien sûr, il y a d’évidence les flics qui tabassent, gazent, couvrent les fachos ou détruisent les campements. Mais lorsqu’ils ne sont pas en train de faire leur sale travail sur place, lorsqu’ils se reposent un peu plus loin en rigolant peut-être de leurs exploits du jour, lorsqu’ils se croient à l’abri des pierres des migrants qui ont pris l’habitude de ne plus se laisser faire pour forcer la frontière qui les sépare de l’Angleterre, ils se retrouvent bien quelque part, non ? Quelque part où il serait bien malveillant de les empêcher de reprendre leurs forces.
Bien sûr, il y a aussi ce camp de confinement et de triage installé depuis décembre, un camp de containers, un camp grillagé, vidéo-surveillé, gardé et à l’accès filtré par reconnaissance palmaire, un camp qui sert d’un côté à gérer une petit partie des réfugiés et surtout à justifier l’expulsion forcée des 3000 autres prévue ces jours-ci et à briser leur auto-organisation. Mais ce camp, il y a bien des entreprises et des associations qui l’ont monté et continuent plus que jamais à en assurer le bon fonctionnement quotidien pour le compte de l’Etat, non ?

Et puis aussi, il y a un autre aspect important de la domination que les ennemis de l’ordre ont parfois tendance à trop négliger. Un aspect qui se niche dans un autre espace que celui des flics ou des entreprises qui construisent les structures matérielles de l’oppression à laquelle on fait face. Un espace directement concerné bien qu’un peu plus discret, celui où sont transmises, reproduites, formées, théorisées et développées les connaissances, techniques et ingénieries de la domination dans chaque domaine : l’université et ses centres de recherche. Si cela est bien connu en matière de sciences appliquées pour l’industrie de l’armement, le nucléaire, la génétique ou les nouveaux matériaux, le rôle des prétendues « sciences sociales » semble toujours un peu à l’écart, alors que la collaboration entre le bras universitaire et le bras policier du pouvoir est structurelle et étroite dans tous les domaines. Aucun n’y échappe. Il n’est même pas étonnant que l’université, qui n’est autre que l’organisation institutionnelle de l’ignorance, puisse servir de vivier pour sa cousine où l’obéissance est érigée en art.
Comme les exemples ne manquent pas, on se contentera ici de quelques-uns à titre illustratif, ceux qui sont justement liés à la machine à trier, enfermer puis déporter. Ainsi, quand les flics doutent de la région d’origine des demandeurs d’asile ou des sans-papiers enfermés en centre de rétention, et lorsque les associations humanitaires qui servent de caution démocratique aux expulsions ne parviennent pas à faire cracher le morceau aux intéressés, à qui la préfecture fait-elle appel ? A une armée d’ethnologues et de linguistes, comme ceux qui se pressent ces derniers temps dans les Hotspots créés à Lesbos, Chios, Leros, Samos et Kos (Grèce) ou à Lampedusa et en Sicile (Italie), afin de trier les migrants entre « demandeurs d’asile » et « exilés économiques ». C’est d’ailleurs un mouvement de fond, puisque le site du ministère de l’Intérieur précise de son côté que sur les 500 agents de la DGSI recrutés pour 2015-2017, sont recherchés des civils spécialisés en sciences humaines comme la « psychologie, géopolitique, sociologie, traducteurs« .
Concrètement aussi, on apprenait de façon anodine en août dernier que 17 élèves de l’Institut national de langues orientales (Inalco) de Paris qui parlent couramment japonais, coréen ou chinois, effectuaient des stages dans les commissariats de la capitale pour lutter contre les vols à la tire de touristes asiatiques dans les beaux quartiers. Il y a quelques jours enfin, un journal local annonçait que le tribunal de Boulogne-sur-Mer venait d’embaucher 3 « assistants de justice » pour une période de deux ans afin d’étudier les « passeurs », et plus généralement de l’aider à lutter dans la région de Calais contre toute « aide à l’entrée et au séjour irrégulier« . Il s’agit d’étudiants en droit de niveau Master choisis dans le cadre d’un partenariat avec l’Université du Littoral (Centre Universitaire Saint Louis à Boulogne et Centre universitaire de la Citadelle à Dunkerque). Des étudiants plutôt que des juges ? Après quelques années à jouer les perroquets dociles du code pénal, la matière molle qui leur sert de cerveau sera on ne peut mieux employée, selon les dires du président du TGI : « réaliser des recherches et produire des synthèses à destination des magistrats » sur l’économie informelle des migrants et ceux qui sont parfois solidaires avec eux.

Alors, l’Université du Littoral, un rouage parmi tant d’autres de la machine à enfermer ? Certes, mais un rouage auquel chacun peut à sa manière adresser ses compliments.

Contre la fermeture des accueils CAF, contre la dégradation de nos conditions de vie

 Posted by on 24 février 2016 at 10 h 07 min  Actualité locale, Chômage / Précarité / Travail / Syndicalisme / Capitalisme  Commentaires fermés sur Contre la fermeture des accueils CAF, contre la dégradation de nos conditions de vie
Fév 242016
 

Tract du Regroupement révolutionnaire caennais contre les fermetures des accueils CAF :

Contre la fermeture des accueils CAF, contre la dégradation de nos conditions de vie

Le RRC diffuse actuellement en plusieurs points de l’agglomération caennaise un tract revenant sur la fermeture des accueils CAF . On s’est, entre autres choses, inspiré d’un tract de Marseille et d’un texte du site « Tant qu’il y aura de l’argent » sur le salaire indirect (http://www.tantquil.net/2013/10/23/quest-ce-que-cest-le-salaire-indirect/) pour faire le notre.

Contre la fermeture des accueils CAF, contre la dégradation de nos conditions de vie

Nous garderons Notre-Dame-des-Landes

 Posted by on 23 février 2016 at 10 h 56 min  Actualité nationale, Ecologie / Nucléaire / OGM / Industrialisme / Nécro-technologies  Commentaires fermés sur Nous garderons Notre-Dame-des-Landes
Fév 232016
 

Indymedia Nantes:

Le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes près de Nantes est vieux de quarante ans. Il menace des terres agricoles, des emplois, la biodiversité. Celles et ceux qui s’y opposent luttent contre l’aéroport et son monde, celui des groupes capitalistes comme Vinci et des élus et gouvernants qui les servent. C’est le combat de toute une population, unissant salariéEs, paysanNEs et habitantEs, mêlant les générations, les façons de lutter et démontrant dans et autour de la ZAD (Zone à Défendre) que la solidarité, la démocratie, des rapports humains sans exploitation ni oppression sont possibles.

L’avenir se joue maintenant.

Le 25 janvier un jugement a confirmé les expulsions des habitantEs et paysanNEs historiques. Avant et depuis ce jugement les actions contre le projet d’aéroport et en soutien aux occupantEs sont nombreuses et massives : mobilisation de 20 000 personnes et près de 500 tracteurs sur le périphérique nantais le 9 janvier, actions de blocages, occupations et mobilisations paysannes, rassemblement devant le tribunal de Nantes et une quarantaine de manifestations en France et au-delà…

L’arnaque du référendum.

Hollande annonce un référendum local d’ici le mois d’octobre. Et Valls précise  » pas pour abandonner le projet mais pour le légitimer et pouvoir évacuer la ZAD ».

Alors que les recours juridiques nationaux et européens ne sont pas épuisés et que de nouvelles études sont menées à propos de l’intérêt de l’actuel aéroport de Nantes- Atlantique ; alors que la décision de bétonner la ZAD est en contradiction avec les objectifs d’action contre le dérèglement climatique ; alors que la déclaration d’utilité publique est émise par l’état et ne peut donc être remise en cause par un vote local, ce référendum serait un piège pseudo-démocratique.

Impossible de faire confiance à un gouvernement et à une majorité d’élus locaux toujours très complaisants à l’égard des intérêts des grands groupes capitalistes comme Vinci le concessionnaire du projet.

Cette annonce prouve qu’il est possible d’abandonner le projet puisque Hollande dit que « Si c’est non, le gouvernement en tirera les conséquences. » Inutile de perdre du temps et de l’argent public pour cette manipulation qui ne vise qu’à diviser les populations !

Manifestation nationale à Notre-Dame-des-Landes samedi 27 février

A nous d’imposer par une gigantesque démonstration de force l’abandon définitif du projet, la fin du harcèlement et des menaces contre les occupantEs, tout de suite !

L’abandon du projet serait la première victoire contre ce gouvernement tout dévoué aux bétonneurs et autres capitalistes. Cette victoire donnerait force et espoir à toutes les autres luttes contre ce gouvernement défenseur d’un monde dont nous ne voulons pas et pour des projets utiles aux populations, décidés par elles. Nous avons besoin d’une agriculture paysanne, de construire et d’isoler nos logements plutôt que de pistes d’aéroports, de transports collectifs publics gratuits plutôt que d’avions et de TGV, d’emplois durables plutôt que de bénéfices pour les multinationales parasites comme Vinci.

Ni expulsion, ni travaux : abandon définitif du projet !

SI VIS PACEM KALACHNIKOV *

 Posted by on 23 février 2016 at 10 h 39 min  Anarchisme, Guerres / Conflits armés  Commentaires fermés sur SI VIS PACEM KALACHNIKOV *
Fév 232016
 
syrie_kurdes

Lignes de force:

Il est un dommage collatéral inattendu des assassinats commis en France durant l’année 2015 par des fanatiques islamistes, lequel dommage — dont je ne doute pas que certains de mes ami(e)s libertaires se réjouiront comme d’un progrès moral — se fait sentir aussi bien dans les milieux radicaux, anarchistes et autonomes que dans la grande presse bourgeoise.

Je veux parler du discrédit jeté sur la haine et sur la violence.

Le « discours de haine » — syntagme à strictement parler vide de sens — est désormais censé illustrer le comble de la malignité humaine, de la monstruosité et du recul vers la barbarie.

Non seulement l’absence de sens immédiatement perceptible — il s’agit d’un stimulus et non d’un message servant à une communication rationnelle et égalitaire — défie l’analyse, mais encore supposer un sens à cette formule entraîne mécaniquement de considérer que — exemple entre mille — le texte d’un communiqué du Medef sur la précarité de l’emploi n’est pas un « discours de haine ».

Ce point mérite un instant d’attention.

Du crétin de l’un ou l’autre genre appelé par ses fonctions de speaker ou speakerine du patronat à interpeller les politiciens et à insulter les prolétaires dans telle circonstance particulière, devrons-nous dire qu’il hait ses interlocuteurs et ceux que visent ses injures ?

Certainement, il méprise les premiers et, non moins sûrement, souffre avec difficulté l’existence des seconds (dont il ne saurait néanmoins se passer, et ça l’agace).

Mais ces sentiments, il les enrobe — on ne peut dire qu’il les dissimule : personne n’est dupe — dans une forme de politesse bourgeoise, laquelle ne peut se perpétuer qu’à la seule condition que la violence physique soit exclue de la réponse qui lui est faite.

Autrement dit : le porte-parole des patrons mérite de se faire taper à chaque fois qu’il ouvre la bouche, mais il peut entretenir le mensonge de « rapports apaisés entre partenaires sociaux » et autres répugnantes salades[2].

Ce mensonge lui-même, garanti physiquement par les gens d’armes, est une insulte supplémentaire aux oreilles de ceux et celles auxquelles il est adressé.

Il peut arriver que les mots du communiqué, soigneusement choisis par des consultants, ne se transforment pas en tir à balles réelles dans les rues. Le contraire peut arriver aussi. Tout dépend de la conjoncture, du régime et du niveau d’intensité de la guerre sociale. Pour y voir moins de « haine » que dans le geste meurtrier d’un jeune refoulé sexuel, aveuglé par des délires religieux — pardon pour ce pléonasme ! l’époque l’exige —, il faut l’acuité visuelle d’un poisson vivant dans les grandes profondeurs…

Autant le « ressentiment », moqué à juste titre par Nietzsche, me semble une impasse intellectuelle, synonyme de rancœur et de macération, autant la haine flamboyante compte et comptera — pour longtemps au moins — parmi les indispensables luminaires de la révolte et de l’action.

Que sont censés appeler, et alimenter, les « discours de haine » ?

La violence pardi !

Pas celle du cynisme politicien, du « plan social » patronal, des mensonges journalistes…

NON !

La violence.

La laide violence du poing dans la gueule. La violence du corps. Celle qui fait couler le sang et les larmes. Celle qui fait pisser et chier dans son froc qui la redoute ou l’éprouve. La violence à l’échelle humaine. Celle qui n’a ni attaché de presse ni service de sécurité.

Cette violence-là, dont je n’ai jamais été amateur fétichiste (moi, l’objecteur de conscience) a mauvaise presse — c’est bien le cas de le dire ! — jusque dans les milieux que je fréquente, pas moins sidérés que les autres par la conjonction d’une violence fanatique religieuse et de son reflet, la terrorisation démocratique poussée à la caricature.

J’en prendrai deux exemples.

Une dizaine d’anarchistes, certainement bardés de bonnes intentions, publient fin janvier 2016 une lettre ouverte au président de la République française. Souhaitant manifester leur opposition à la possibilité réinscrite dans la loi (et étendue) d’une « déchéance de nationalité », les signataires « demandent » à être eux-mêmes déchus de la nationalité française.

Le texte de la lettre est particulièrement intéressant du point de vue qui m’occupe ici en ce qu’il mélange à dessein des éléments d’un folklore résistencialiste « violent » (les FTP) et d’un autre datant de la guerre d’Algérie (une chanson de Boris Vian).

En effet, les signataires se présentent en tête de leur texte comme « Francs tireurs Partisans d’une citoyenneté mondiale », et commencent leur lettre par « M. le Président, nous vous faisons une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. »

Ils jugent ensuite utile — et nous n’en croyons pas nos yeux ! — d’offrir à la Ve République un satisfecit rétrospectif :

Nous sommes nés dans ce pays, la France, par hasard. Nous n’avons choisi ni de naître, ni de naître en France. Il en va ainsi de tous les êtres humains.

Jusqu’à présent, ce non-choix ne nous posait pas de trop gros problèmes[3]. Nous aurions pu tomber plus mal.

Depuis déjà quelque temps, cependant, entre Notre-Dame-des-Landes et la condamnation de syndicalistes à de la prison ferme, nous avions quelques doutes sur votre capacité à faire rêver d’une France dite pays des droits de l’homme. Vous nous accorderez de ne même pas parler de socialisme.

Avec votre dernier tripatouillage politicard à propos de la déchéance du droit de nationalité, les choses sont claires. Vous jouez avec les allumettes.

Après cet endossement de l’ensemble de la terrorisation démocratique, de 1986 à 2016, sans même parler de la nature du système dont la République n’est que la mise en forme juridique[4], les signataires se déclarent « en situation d’insurrection » (autorisée par la constitution, il est vrai !).

Et voici la conclusion, Borisvianesque dans sa version soft :

Monsieur le président, prévenez vos gens d’armes, que nous serons lourdement armés de ces armes de destruction massive que sont l’intelligence, la non-violence, l’honneur et… l’humour. Et que nous n’hésiterons pas à tirer ! Avec ces armes là !

Je n’ai personnellement rien contre le sens de l’humour. D’ailleurs, certains de mes amis très proches en sont dotés ! Je ne dissimulerai pas que, moi-même, dans certaines circonstances extrêmes…

Quant à l’intelligence, pourquoi non ? Avec mesure, toutefois…

…Et sans croire, comme le plus allumé des guerriers Mau-Mau, que la chose vous immunise contre les balles (même celles en caoutchouc).

Là, c’est vous qui jouez avec les amulettes, les enfants !

Mais laissons là nos francs tireurs d’opérette, pour nous intéresser à des révolutionnaires d’une autre envergure intellectuelle. Je veux parler d’Éric Hazan, « fondateur des Éditions La Fabrique », grand artisan de l’éradication de la lutte des classes de l’analyse historique[5] et porte-voix éditorial du parti des indigènes de la république (PIR), et de Julien Coupat, ici-même cordialement mis en boîte, mais qui préfère se définir comme « mis en examen pour terrorisme ».

Autre envergure disais-je : tribune publiée dans Libération — depuis un petit souci de communication, Tarnac snobe impitoyablement Le Monde —, citations de Kafka et Baudelaire… on sent tout de suite que les deux signataires n’ont ni les mêmes valeurs ni le même carnet d’adresse que nos « FTP ». C’est leur côté « Bordeau Chesnel ».

Le texte s’intitule « Pour un processus destituant : invitation au voyage ».

Je soupçonne une assez plate dialectique négative avec des « processus constituant » peut-être empruntés aux débris de l’autonomie universitaire italienne. Tout cela excède mes propres capacités d’intelligence ; je ne m’y attarde pas. Il s’agit, de surcroît, davantage d’un signe de reconnaissance, d’une signalétique idéologique, que d’un argument réfutable.

Je reproduis la conclusion du texte, non sans remarquer d’abord que le programme qu’elle énonce se coule tout naturellement dans le calendrier électoral (« nous avons un an et demi ») avec lequel il est supposé rompre :

Ce que nous préparons, ce n’est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible.

Que de douceur décidément, en ce drôle d’hiver sans palais à prendre…

« Attentive, douce et méthodique ».

Certes, il s’agit d’une « destruction », on ne nous le cèle pas. Tout de même, voilà qui m’évoque irrésistiblement le travail de l’infirmière.

Chacun ses fantasmes, me dira-t-on ! Encore entre-t-il dans celui-ci, croyez-m’en, davantage de l’habitude du patient que de la fantaisie de l’érotomane.

Il est vrai, c’est un autre de mes défauts, que je ne suis guère globe-trotteur. Voilà peut-être qui me retient de me sentir concerné par la joyeuse invite de nos randonneurs : Allons !

Pardonnez — ou non — une trivialité qui confine à la grossièreté : aller où ? avec qui ? et pour quoi faire ?

Et surtout, me demandais-je, avec quoi dans nos besaces, chers camarades ?

Des pistolets à bouchon, de la guimauve et des alexandrins… ?

Au fait, peut-être avons-nous besoin aussi de tout cela. Et si je pensais sérieusement qu’il fût possible de construire un monde où ces ustensiles constitueront tout le nécessaire du voyageur, et de la voyageuse, sans jamais avoir à se servir d’une arme automatique, je le dirais ici avec plaisir et soulagement. Mais je n’en crois rien.

Tant pis pour qui s’autorisera de ce billet pour voir en moi le double inversé du kamikaze :

Jusqu’à preuve du contraire, je tiens qu’il est déraisonnable d’abandonner la métaphysique (sans dieu) aux fanatiques, la haine aux ignorants, et le maniement des armes de guerre à nos ennemis mortels.

Le Diable sait pourtant que j’aime voyager léger…

[2] Pour un exemple récent, voyez les dégueulasseries de la pitoyable Cosse sur la violence de classe à Air France.

[3] Je souligne. C. G.

[4] Il s’agit du ca-pi-ta-lisme, caractérisé par l’exploitation du travail humain.

[5] Voir son histoire de la Révolution française.

 

 

* Inutile de m’ensevelir sous les courriels. Je n’ignore pas que la formule latine originale — mais dont on ignore l’origine — est « Si vis pacem para bellum » (Si tu veux la paix prépare la guerre). Peut-être ignorez-vous que Parabellum est aussi le nom d’un revolver (le Luger allemand; voir illustration ci-contre). On peut bien choisir son arme, non ?

Les tractations politiques, finalement, sont venues et autres textes

 Posted by on 10 février 2016 at 10 h 33 min  Actualité nationale, Luttes sociales  Commentaires fermés sur Les tractations politiques, finalement, sont venues et autres textes
Fév 102016
 

Indymedia Nantes:

Bien sûr, il n y aura aucune remise en question de la part de « ceux qui sont les seuls à penser la révolution ».

Car, au mieux, à bavarder avec des personnes que l’on a pu considérer un temps comme des compagnons, on aura droit à l’éternel « ce sont des individus qui ont agi de la sorte, pour moi, ce sont des camarades, cela ne signifie pas que l’on partage toujours les mêmes positions ». On se dédouane, on refuse de prendre parti contre celles et ceux qui justement, le revendiquent, ce parti de merde. Il y a un corps qui se forme : tu es dedans ou à l’extérieur, tu suis la ligne ou pas. Gare à celui ou celle qui fera un pas de travers, la vindicte des politiciens plus aguerris risque de s’abattre sur elleux. Excusez-nous de vivre, de mettre en pratique certaines théories parfois assez intéressantes quant à « des formes de vie désirables ».

Au pire, on gerbera après avoir entendu la stratégie politicienne foireuse des plus convaincu.e.s. Non, vraiment, c’est magique. L’Acipa est en train de devenir révolutionnaire. Il n’y a plus de doute. De la même manière, on entend des discours qui inquiètent fondamentalement la République, dans la bouche de certains dirigeants d’Europe Ecologie les Verts. Je pense pas que ça fonctionne ainsi. Les membres du Parti sont en train de se faire absorber par les réformistes. L’Acipa a clairement revu son attitude belliqueuse à la baisse depuis le rendu du procès. Tout le monde est lucide (sauf vous ?) sur le fait que les seul.e.s qui font le beurre en ce moment sont les personnes qui luttent contre l’aéroport. Illes récoltent les bénéfices du grabuge contre les menaces qui planent sur la Zad, mais restent des interlocuteurs tout à fait présentables vis à vis du pouvoir. Jamais, ô grand jamais, ne se mettre en danger, ne se sentir solidaire de celles et ceux qui éprouvent de la rage, qui ne s’inséreront jamais dans cette société pourrie. On en attend pas beaucoup plus des réformistes, à vrai dire.

En revanche, quand ce sont des personnes qui tentent, selon certaines légendes ancestrales, de « répandre l’anarchie », qui viennent sermonner ou tabasser des individu.e.s qui sabotent un bus de l’armée, ou brisent une vitrine de banque, c’est un peu plus gênant. Oui, ce sont des attitudes de flics, il n’y a pas d’autres mots. Si d’aucun.e.s espèrent encore trouver au fond de chacun.e de vous une braise de révolutionnaire, je pense au contraire que vous n’êtes pas mes alliés. Bien évidemment, vous pourrez écrire une nouvelle page de victimisation chaque fois que vous vous ferez traiter comme vous le méritez, que vos magouilles n’aboutiront pas : « vous n’imaginez quand même pas que l’on a des arrières-pensées quand on cherche par tous les moyens possibles et imaginables de manipuler une assemblée générale au sein d’un camp dans lequel nous avons débarqué à 200 sans rien respecter ». Allez, à d’autres… Mais nous sommes nombreux.se.s à prendre la mesure. Notre défiance grandit.

Bordel, vous avez réfléchi à ce que signifie dresser une liste des gens susceptibles de se rendre à un Carnaval ? Politiquement, et peut-être philosophiquement ? Ça vous fait pas trop mal ? Non, encore une fois, vous êtes probablement un cran au-dessus. La fin justifie les moyens, n’est-ce pas ?

Je suppose que l’on aura aussi droit au couplet sur la jalousie, sur la frustration. À cela, je ne répondrai pas. Ou si, brièvement : vos théories ont le mérite d’exister [sic], mais elles ne s’appliquent à rien. Vous écrivez sur du grand vide, et tombez de haut quand il s’agit de se confronter à la vie, et non plus à une grande mascarade construite par une ministre de l’intérieur mégalomane.

Et, pour des raisons de confidentialité évidentes, je ne peux me permettre de faire une liste de toutes les trahisons vécues, que l’on a parfois lues comme des erreurs, des accidents. À un moment donné, il est nécessaire de se méfier de celles et ceux qui les commettent.

Petit questionnaire à choix multiples :

Qui a dit « c’est complètement contre-productif de casser une banque » ?
un flic
un membre du front de gauche après 3 verres de rouge et deux sandwiches merguez
un ami à nous

Qui a dit « il ne faut surtout pas qu’ils soient au courant de la présence des gendarmes mobiles de l’autre côté, ils vont se déchaîner « ?
un flic
un membre du front de gauche après 3 verres de rouge et deux sandwiches merguez
un ami à nous

Qui a hué des copines qui faisaient part de l’absence totale de solidarité par rapport aux dominations de genre, dans un camp où il avait débarqué en se comportant comme à Narbonne Plage ?
un flic
un membre du front de gauche après 3 verres de rouge et deux sandwiches merguez
un ami à nous

Qui a dit : « et vous, vous faites parti de quel groupe, de quelle ville » au moment de débarquer en manif ?
un flic
un membre du front de gauche après 3 verres de rouge et deux sandwiches merguez
un ami à nous

Brèves du désordre :

À nos faux amis

Indy Nantes, 9 février 2016

Samedi 6 février était organisé à Rennes un Karnaval contre l’état d’urgence et pour la victoire de la ZAD. L’appel, autonome et signé par le comité ZAD de Rennes, a attiré un bon millier de personnes venant de toute la fRance et au-delà. Après un bon gueuleton concocté par une cantine végane - à côté de la « cantine des Q de plomb » qui n’a rien trouvé de plus malin que de servir du cadavre de poule en le faisant passer pour un aliment et en annonçant fièrement avoir « égorgé les poulets eux-même » -, la manifestation a décollé vers 15h de la place du Parlement.

Le cortège, bigarré et festif, s’est élancé au rythme des nombreux pétards et fumigènes qui annoncaient la couleur de la manifestation. Rapidement, les vitrines des banques, compagnies d’assurance et agences immobilières sont attaquées à coups de marteaux, d’extincteurs et recouvertes de peinture. La relativement faible présence policière a permis aux manifestant·e·s de continuer à déambuler jusqu’à la place Charles de Gaulle, en continuant à égayer les rues. À partir de là, scindée en différents cortèges, la manifestation s’est prolongée dans plusieurs directions, poursuivie par les flics qui ont tiré des balles en caoutchouc sur les manifestant·e·s, de dos la plupart du temps. C’est dans ce contexte de dispersion qu’ont eu lieu les quelques interpellations, censées calmer les hiérarchies policières et politiques et donner une illusion de maîtrise à la fameuse opinion publique. Probablement une façon pour eux de ne pas perdre la face.

Mais derrière la joie qui nous a animé lorsque les vitrines tombaient se cache une amertume certaine, et de la colère contre des organisateurs du karnaval qui veulent se poser en leaders de révolté·e·s qui n’entendent pas se faire dicter des ordres de la sorte. Le fait que leurs injonctions n’aient pas été respectées ne doit pourtant pas nous empêcher de dénoncer des méthodes odieuses et politiciennes.

La veille de la manifestation, des organisateurs et organisatrices ont, de leur propre aveu, dressé la liste (!) des « groupes venant de loin » susceptibles d’avoir envie d’exprimer leur rage contre ce monde et son aéroport de manière conséquente. Ils et elles ont ensuite expliqué avec autoritarisme le « mot d’ordre » qui les arrangeaient bien, de la farine et de la peinture, mais pas de casse ni de projectiles. Le déroulement de la manifestation a heureusement montré tout le mépris dont leurs directives ont fait l’objet.

La joyeuse balade en ville s’est déroulée quasiment sans heurts au sein du cortège, malgré la « frustration » qu’avaient ses organisateurs de voir le peu de respect que nous avions pour leurs ordres. Malheureusement pour elleux, nous ne sommes ni dociles ni obéissant·e·s. Quelques citoyen·ne·s ont certes exprimé leur désaccord avec les personnes qui cassaient des vitrines, en les accusant, aveuglé·e·s par le discours de l’ordre, de travailler pour les flics (!), d’être contre productifs (encore heureux !), ou que ça ne servaient à rien. Nous briserons des vitrines tant qu’ils briseront nos vies, et manifestement il n’était pas nécessaire d’être masqué·e pour être de cet avis : ces quelques citoyen·ne·s militant·e·s ont souvent été rabroué·e·s par des manifestant·e·s solidaires « les banques te volent tous les jours, c’est la moindre des choses ce qu’ils font ! ». La faible présence policière a permis à quelques révolté·e·s, au-delà des sourires connivents et des éclats de joie au son des vitrines brisées, d’exprimer en actes leur haine de l’État et de ses larbins ; entre ceux qui nous empruntaient nos aérosols pour s’essayer à certaines pratiques et celles qui, encouragées par l’ambiance festive, se mettaient à lancer des projectiles sur les banques et les flics, les complicités ont été nombreuses au sein de la manifestation.

Si certains radicaux se font fort de proclamer sur le papier la nécessité de ne rien négocier avec le pouvoir, ils sont bien capables de « composer » avec des organisations par intérêt politicien. Leur théorie étonnante se résume ainsi : « si nous descendons d’un cran notre radicalité, cela permettra à des paysans, des citoyens, des organisations, de se radicaliser, et progressivement de massifier un « mouvement » qui en aurait besoin ». Alors que les exemples abondent qui décrivent exactement l’inverse de cette assertion, ils et elles sont prêt·e·s à mettre la pression sur des compagnon·ne·s pour ne pas perdre la face auprès des autres orgas de la manifestation. En effet, ils et elles s’étaient engagées auprès de celles-ci qu’il n’y ait pas de casse pendant la promenade, et ielles entendaient bien faire respecter cette loi. La question est de savoir avec qui nous voulons nous associer, et pourquoi certain·e·s privilégient la composition avec des organisation institutionnelles aux complicités spontanées qui émergent toujours des situations où certaines limites sont franchies dans le non-respect de l’ordre et des lois.
Faut-il le répéter, le fameux « contexte local » qu’on serait censé·e connaître avant d’agir est malheureusement le même où que nous allions ; de Rennes à Gaza et de Milan à Athènes, les flics, les juges et les prisons défendent l’État et le capital et nous n’accepterons pas de composer avec celleux qui s’empresseront de nous tirer dessus lorsque les luttes spécifiques qui les intéressent seront « gagnées », c’est-à-dire absorbées et récupérées. Combien seront-ielles, à EELV, à l’ACIPA et ailleurs, à défendre la ZAD lorsque le projet d’aéroport sera abandonné ? Combien reprendront à leur compte le discours du kyste à éradiquer ?

Vers la fin de la manifestation, un des disciples d’un comité pas suffisamment invisible s’en est pris violemment à un anonyme qui s’attaquait à une banque, n’hésitant pas à user de ses poings pour taire l’affront que lui et ses associé·e·s étaient en train d’essuyer depuis le début de la manif. Il fut heureusement rapidement maîtrisé. Après cette manifestation, des compagnon·ne·s ont été approchés par certain·e·s tenant·e·s de cette ligne politique incompréhensible. Après les menaces vinrent les appels à la délation, « qui a cassé les banques ? On veut juste savoir qui c’est, pour leur parler ». On ne peut qu’opposer le silence à d’aussi viles tentatives et leurs logiques policières.

Comment en sont-ils arrivés à une telle arrogance qu’ils ont prétendu pouvoir empêcher des manifestant·e·s d’exprimer leur rage sans concession contre le pouvoir et la normalité ? Au point de proférer des menaces avant et après la manifestation, mais aussi d’aller jusqu’à user de la violence pour défendre les intérêts de leurs accords politiciens ?

Nous ne nous laisserons pas impressionner par leurs manœuvres et nous continuerons à porter en actes un discours et des pratiques sans concession avec la démocratie et ses soldats.

À nos faux amis : notre détermination est intacte. Pas de compromis avec le pouvoir et ses cautions protestataires.


Vive le Kassnaval

Indy Nantes, 9 février 2016

Plusieurs textes témoignent déjà du déroulé de la manif-Karnaval de Rennes du 6 février. Je voudrais ici parler de quelques choses bien plus choquantes que des tags et des vitrines cassées : la façon dont une partie de ses organisateur-rices ont pensé la gestion de la manif-karnaval en amont, la façon dont elle a été gérée pendant son déroulement, puis après.

En amont certain-e-s organisateur-rices ont dressé « des listes » des différents groupes de personnes susceptibles de créer un désordre « symboliquement supérieur » à celui autorisé par les organisateur-rices de l’évènement. Et de décider de s’entretenir avec ces groupes avant le jour J de manière à prévenir leurs actes vandales non souhaités pour cette occasion. Et bien sûr puisqu’ils-elles connaissent tous-tes les personnes visées par ce listing, elles seront toutes prévenues et donc s’il y a un débordement ils sauront à qui s’adresser, et de partir à la chasse aux traîtres-ses !

En effet il a été décidé que serait toléré les pétards, la peinture (extincteurs, tags, œufs, etc…), les départs d’incendie (au moins) pour brûler les chars et autres marionnettes, mais pas la casse, ah non ! Surtout pas. Et voilà la cause du gazage, des charges de flics, des flash-balls puis de la panique générale. Si on avait simplement repeint la ville, envoyé des pétards et autres boules de pétanques en direction des flics, tout se serait passé comme prévu, on aurait pu faire nos jeux, brûler nos chars et ce dans l’ambiance festive attendue et surtout décidée. Voilà le discours hypocrite de la part de personnes simplement incapables de tout prévoir dans une manif (et heureusement) où bien évidemment les individus n’ont pas tous-tes les mêmes pratiques (et heureusement).

Et vient un autre reproche, ou plutôt une autre façon de le formuler : La cause de ce désordre est dûe au fait que les « casseurs » n’aient pas su entendre qu’il fallait un moment de retour au calme après le passage place de la République. Voilà la réalité : Des gens jettent de la peinture, cassent des vitrines puis se font hurler dessus, qu’ils sont cons, qu’ils n’ont rien compris, qu’ils sont en train de détruire des mois d’effort à créer des liens avec des gens moins radicaux qu’il faudrait amener à se radicaliser progressivement, par des jets de peintures puis… Mais revoir ma « radicalité » ou mon degré de pratique à la baisse pour permettre à des personnes de elles se radicaliser, ça ne me parle pas, et même plus que ça, je suis persuadée que ça ne marche pas. Il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles, des personnes à éduquer, vraiment ça me sort par les yeux. Des personnes qui cassent se prennent des coups par certain-es des organisateur-rices.

Après sera posé la question de quand même est-ce que les casseurs ne sont pas venus à leur manif seulement pour casser, sans réflexion derrière ? Que pourtant ils-elles ne sont pas comme la CGT, qu’il n’y a pas de raison de tout casser pendant la leur ? Que des personnes ont osé les traîter de démocrates pendant la manif lorsqu’ils-elles hurlaient/frappaient sur les gens pour stopper la casse. Je ne crois pas qu’il y ait besoin d’argumenter pour soulever l’absurdité de ces propos. Et de nous dire que bien sûr ils-elles sont pour la casse, que même c’aurait été possible plus tard dans la manif (ah ?), question de TEMPORALITÉ. C’est ça, je n’ai pas su saisir l’instant, je n’étais pas dans la bonne temporalité, au temps pour moi.

Ce qui ressort de tout ça, c’est simplement que chacun-e a des pratiques qui lui sont propres, qu’il est impossible de contrôler des personnes et que d’autant plus lors d’une manifestation comme celle-ci il est impossible de promettre qu’il n’y ait aucun débordement et que l’erreur prémière est là. C’est extrêmement prétentieux de penser pouvoir empêcher cela en listant tous les groupes et en les prévenant de ne pas le faire. Comme s’ils-elles détenaient une sorte de parole divine. Annoncer un carnaval festif, sans protection particulière pour les participant-es ne serait-ce que pour les gaz, où les gens ne risquent rien, c’est mentir à partir du moment où il est prévu de repeindre la ville. Un extincteur de peinture suffit à provoquer une charge et un gazage. La question n’est pas dans l’élément déclencheur (peinture, casse, projectiles sur les GM, baston organisateur/casseur ?).

Le réel problème c’est de promettre une chose impossible, de reprocher à des personnes d’en mettre d’autres pas assez protégées en danger en cassant des banques alors que dans tous les cas les flics auraient eu ces réactions-là. De penser connaître tous les groupes susceptibles de venir et d’être capable de s’entretenir avec tous en amont, ce qui ne fut évidemment pas le cas, de n’avoir aucune transparence au niveau du déroulé de la manif en pensant détenir une sorte de parole divine, qui ne pourrait être désobéie, tout en gardant un maximum d’information pour soi, et enfin penser que ces groupes-là leur portent assez d’intérêt pour venir « saboter » leur manif parce qu’ils ne sont pas amis. Ahah, que d’égo.

Mine de rien, on s’est bien amusé, la plupart des gens au sein du Karnaval étaient solidaires des actions, ont rit, applaudit. Les flics ont été dépassé, une partie du centre de la ville à été repeint et cassé et ce dans la bonne humeur ! Les manifestant-es n’ont pas été mis-es en danger. Néanmoins finir le Karnaval sur la place Charles de Gaulle n’était pas une bonne idée, et la dispersion a été désordonnée et trop rapide.

On rira encore,
Vive la ZAD,
Vive la Casse,
Nik Tout.

 

L’éclatement des anarchistes

 Posted by on 7 février 2016 at 15 h 05 min  Anarchisme  Commentaires fermés sur L’éclatement des anarchistes
Fév 072016
 

Sans partager l’ensemble des analyses et positions, des réflexions intéressantes dans cet article.

Un de sous la cendre

Le Libertaire :

L’éclatement des anarchistes.

Nous pourrions dire par provocation que les groupes anarchistes de manière congénitale se scindent, se dispersent, se concurrencent et s’éparpillent à qui mieux mieux depuis plus d’un siècle. C’est le péché originel de l’anarchisme français.

Les groupes libertaires passent leur temps à s’autodétruire plutôt qu’à organiser une réponse appropriée à la lutte contre le capitalisme y compris celui d’État et le pouvoir en place. C’est le constat que l’on est en droit d’affirmer, une sorte de droit d’inventaire avec le recul du temps. Insuffisance numérique, manque de cohésion, manque de continuité, petites coteries éphémères, systèmes claniques, schémas d’organisation anachroniques, contradictions récurrentes, multiplicité de tendances, sous tendances anarchistes toutes dans le vrai plus vrai que nature… on constate que l’anarchisme moderne se dégage mal des réflexes autoritaires ce qui obère notre capacité à travailler ensemble et nous rend inaudible vis-à-vis de l’extérieur.

L’anarchisme s’enferme dans sa tour d’ivoire, dans sa bulle, sans pouvoir vérifier ses bagages intellectuels et pratiques dans une juste confrontation avec les autres. Comme nous ne participons pas aux joutes électorales, nous sommes éclipsés du débat politique d’autant que nous avons abandonné les campagnes abstentionnistes.

Seules survivances du glorieux passé anarchiste : une posture dans un genre de vie non conformiste, l’éventuelle appartenance à un syndicat à direction anarcho-syndicaliste ou l’aspect précurseur dans certains domaines culturels contemporains.

Les médias anarchistes demeurent confidentiels et peinent à briser le mur du silence pour peser sur l’actualité. Les libertaires ont bien du mal à donner du sens commun entre leurs différentes chapelles d’appartenance.

Si nous nous référons toujours à la Fédération Jurassienne et à la Commune, nous sommes à la traîne pour interpréter les données scientifiques, sociologiques, économiques… pour comprendre notre monde d’aujourd’hui ce qui relègue l’anarchisme aux rêves en dehors de toute réalité actuelle. Les anarchistes ont de plus en plus de mal à engendrer des fragments de résistance et soutenir une culture réfractaire originelle. Nos vœux sont pieux.

A périodicités régulières, des appels à l’unité émergent le temps de quelques centaines de signatures sachant in fine que les organisations les plus structurées essaieront de capter l’initiative. Pourtant la recherche de l’unité passerait plutôt par une recherche de fondements, de positions d’esprit et de lignes de cohésion.

Nous devrions accepter que des transversales s’établissent entre des itinéraires différents. Dans nos milieux où il y a davantage de richesse d’individus que de masses, une pensée bakouniniste centrée sur la liberté invite irréductiblement à la pluralité.

Le mouvement libertaire n’est plus une force d’attraction, on pourrait même dire qu’il devient un repoussoir tellement son militantisme semble dépassé, sectaire et en dehors du temps.

Plusieurs militants ne sont intéressés que par une posture révolutionnaire, une radicalité de propos ou d’actions ponctuelles à moins que ce ne soit l’ébauche d’une alternative non globalisante d’un genre de vie ou plutôt d’un style de vie différent.

L’anarchisme, il faut s’y faire, ne représentera jamais en France une organisation où il ne reste qu’à attendre que les masses nous rejoignent et s’y engouffrent. Nous ne sommes pas les guides éclairés du prolétariat même si nous pouvons donner des pistes. A contrario, vouloir garder le temple des pères fondateurs de l’anarchisme est voué de même à l’échec : le fait de conserver des idées telles des dogmes nous enferment d’autant que les coteries libertaires anesthésiées ne sont en rien en prise avec le quotidien, l’actualité et la vie concrète.

A regarder de plus près, nos anciens étaient certainement plus modernes que nous autres prétendument leurs continuateurs cars ils étaient en prise avec la réalité. Ils connectaient les connaissances, les idées de leur temps et les directions pour mettre en application leurs réflexions. Ces dernières ne compartimentaient pas les recherches mais les globalisaient. Dans une publication comme Les Temps Nouveaux par exemple, une large place était laissée aux informations internationales, ce qui permettaient un brassage d’informations et de même un foisonnement d’idées.

Léo Ferré pourrait mettre en vers nos mots usés. Le pire est parfois d’employer les mots des autres, pas ceux des pauvres gens mais des penseurs marxistes par exemple, ce qui nous enferme de fait dans l’idéologie de ces derniers.

Il nous faut alors revisiter notre outillage intellectuel visant à l’appréhension d’une réalité globale.

Parfois, il nous arrive de participer à l’effervescence sociale de manière visible mais peu de temps après le soufflé redescend et nous renvoie aux calendes grecques d’une hypothétique révolution.

Dans un esprit de synthèse, il serait intéressant d’analyser et répertorier ce qu’il y a de commun entre une grève générale, une grève perlée, la vie en squat, la réalisation d’ auto-réductions ou de boycottages, la défense de ZAD, la Commune, le communisme libertaire mis en pratique lors de la Révolution espagnole, les œuvres de Proudhon, les articles de Bakounine, l’individualisme d’Armand ou Lorulot, Occupy Wall street, toutes ces parcelles d’anarchie visibles et vivantes. Ces événements passés et réalisés ne seront utiles que lorsque des idées neuves et des mises en pratiques cohérentes de celles-ci seront impulsées.

Ce nouveau modus vivendi anarchiste s’interpénètrera pour mieux asphyxier les idées de la Haute bourgeoisie sinon c’est le contraire qui se produira ; c’est d’ailleurs elle qui gagne présentement.

Aujourd’hui les secteurs primaires et secondaires au niveau économique deviennent la portion congrue des travailleurs, pourtant c’est dans ces secteurs en perte de vitesse que les luttes les plus intéressantes se déroulent de nos jours : Amap, ZAD, occupations d’usine, séquestration de patrons…

D’autres compagnons s’illustrent dans les luttes culturelles dont celles des intermittents du spectacle. Pourquoi ? Parce que culture et pouvoir étatique sont antinomiques. Plus une mairie réactionnaire, de gauche comme de droite, ou l’État lui-même se renforcent plus la culture se noie et l’activité culturelle régresse. Une culture vivante ne peut se réaliser qu’avec des comportements vivants des différents acteurs du secteur. La contre-culture, la sensibilité collective, l’underground, renforcent la position libertaire comprise comme émanation d’une force d’opposition et alternative.

L’imagerie d’Épinal de l’anarchiste qui vit en vase clos n’est pas dénué de tout fondement. Le problème de la consanguinité intellectuelle c’est qu’elle n’irrigue plus une pensée vivante, contemporaine ce qui cantonne la pensée libertaire au vestiaire des vieilles idées, des vieilleries et des antiquités philosophiques.

Si l’anarchisme ne sort pas de son confinement, il relèvera du délit d’initiés valable uniquement au premier cercle des intéressés. Faire sens commun relève du défi à relever pour les libertaires afin non pas d’établir un catalogue de bonnes recettes mais des propositions pour influer sur le réel et le transformer pour l’intérêt général notamment en faveur des plus démunis. Au travers de cette transformation transparaît la lutte contre toutes les aliénations et les oppressions car rien pour nous autres n’est au-dessus de la liberté, sachant que cette dernière ne peut être obtenue que par l’égalité économique et sociale. Refus de toute domination, de toute soumission à l’ordre établi, des préjugés…guide notre ligne de conduite individuelle car nous sommes des révoltés de toutes les heures, les amants passionnés de la culture de soi-même et qu’il est toujours utile et nécessaire d’être indigné par les injustices du quotidien.

Paradoxe de l’anarchisme français : et si l’éclatement des groupes libertaires était signe de bonne santé et un gage de pérennité de la pensée anarchiste ?

Ne peut-on envisager un pacte de bonne conduite entre noyaux ou cercles libertaires au sein d’une même commune, d’une même région, d’un même pays ?

Nous fonctionnons par affinité et quand l’affinité cesse, il est temps de se séparer sans pour autant ne plus travailler ensemble, c’est sans doute cela le fédéralisme libertaire. Une multiplicité de journaux papier ou sur le net ne peut nuire à la propagation de l’idéal libertaire. La fondation de centres de recherches, de librairies, coopératives, de médias et lieux alternatifs ne peut que nous conforter dans nos démarches. La parution des Temps Nouveaux, du libertaire et de l’Anarchie avant 1914, sans compter une foultitude d’hebdomadaires et mensuels locaux ou régionaux en France, n’a jamais entravé le recrutement de sympathisants libertaires, bien au contraire cette multiplicité a servi de stimulant. De même de nos jours, la parution d’articles, de journaux quotidiens, hebdo, mensuels…sur le net ne peut qu’enrichir notre lectorat en nombre et en qualité.

C’est pourquoi, nous constatons aujourd’hui, qu’il vaut mieux diversifier l’offre de publications libertaires plutôt que de centrer et concentrer toutes les publications aux mains de détenteurs d’un journal appartenant à une même organisation.

La volonté de rupture, de critique est consubstantielle de la pensée anarchiste. Afin d’éviter la sclérose du mouvement, nous ne pouvons qu’appuyer la fondation de groupes affinitaires dans toutes les communes de France afin de mailler le territoire, de créer plusieurs journaux et revues, des lieux de vie, et d’échanger les expériences, les apports de recherches des uns et des autres afin de former des individus aptes à se gouverner eux-mêmes, en paix et en s’entraidant.

Semons et essaimons, retrouvons l’oreille du monde du travail, soyons les précurseurs de nouvelles conquêtes sociales et sociétales, vivons du mieux possible notre vie en n’oubliant pas pour autant ceux qui nous entourent. Voilà quelques prémices à la convergence des libertaires plutôt qu’une unité organique factice et bien mal nommée.

prolongation de l’état d’urgence pour 3 mois de plus

 Posted by on 4 février 2016 at 12 h 03 min  Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire  Commentaires fermés sur prolongation de l’état d’urgence pour 3 mois de plus
Fév 042016
 
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Brèves du désordre:

agences de presse - 03/02/2016 à 12:55

Le conseil des ministres a demandé la prolongation pour trois mois de l’état d’urgence au-delà du 26 février, dans un contexte de menaces terroristes qualifiées de fortes par le gouvernement.

Le texte sera examiné en séance publique par les sénateurs mardi prochain, puis par les députés le 16 février.

Déjà prolongé une fois

Décrété par François Hollande dans la foulée des attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, l’état d’urgence a été prolongé une première fois de trois mois. Ce dispositif, prévu à l’origine par une loi de 1955, permet notamment de mener des perquisitions administratives ou de prononcer des assignations à résidence sans accord préalable d’un juge, des mesures jugées dangereuses pour les associations de défense des droits de l’homme…


NouvelObs, 03/02/16 à 15:54

3.289 perquisitions administratives ont été menées depuis le 14 novembre, lendemain des attentats de Paris, selon le compte-rendu du conseil des ministres de ce mercredi.

Ces perquisitions « ont permis la saisie de 560 armes, dont 42 armes de guerre », précise le compte-rendu, ainsi qu’ »au placement en garde-à-vue de 341 personne set [à] l’ouverture de 571 procédures judiciaire ».

Sur les 407 assignations à résidence prononcées, 303 « sont toujours en vigueur » [pour rappel, les assignations administratives sont délivrées par le préfet et valables jusqu’à la fin hypothétique de l’état d’urgence].


Prolongation de l’état d’urgence : Les assignations à résidence seront rééxaminées

20Minutes, 03.02.2016 à 17:10

La question a été tranchée en Conseil des ministres mercredi…

Que deviendront les 382 personnes assignées à résidence (au 29 janvier 2016) dans le cadre du prolongement de l’état d’urgence pour une durée de trois mois ? La question a été tranchée en Conseil des ministres mercredi, puisqu’un accord a été trouvé pour que chaque cas d’assignation soit réexaminé. Le compte rendu de la réunion ministérielle précise ainsi que « conformément à la jurisprudence du Conseil constitutionnel, l’ensemble des mesures d’assignation à résidence feront l’objet d’un réexamen à l’occasion de cette prolongation. »

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

 Posted by on 4 février 2016 at 11 h 53 min  Contre les religions  Commentaires fermés sur « Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)
Fév 042016
 

Base de données anarchistes:

« Toutes les religions se valent dans l’égarement » : Hommage à Al Maari (973-1057)

jeudi 4 février 2016

En février 2013 mourrait une deuxième fois, quelques 956 ans plus tard et dans sa ville natale et mortelle de Maarat al-Nou’man, le grand poète syrien « islamophobe », « judéophobe », « christianophobe » et « autoritarophobe », Abu-l-Ala al-Maari, décapité par les cannibales sociaux de Jabhat al-Nosra (Al-Qaeda -le Grand Frère du terrorisme djihadiste- en Syrie). Mais ce n’est rien comparé à tous les corps faits de chairs et de sang passés sous la lame, les bombes, les balles, le viol, la torture et la faim. De Paris à Alep, de Daesh à Al-Qaeda, de Riyad à Téhéran. En l’an mil comme en 2016, on ne s’agenouillera pas, ni nous ne nous prosternerons devant les prescriptions nommées Dieu.
Solidarité avec les incroyants du monde entier - la religion des pauvres, c’est le sabotage.
Voici donc quelques vers d’un subversif d’autrefoi, Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

Religion

« Les hommes sont poèmes récités par leur destin
Parmi eux le vers libre et le vers enchaîné, »

Réveillez-vous, réveillez-vous, ô égarés !
Vos religions sont subterfuges des Anciens.
Ils disent que le Temps mourra bientôt,
Que les jours sont à bout de souffle.
Ils ont menti – ils ignorent son échéance.
N’écoutez pas ces champions de fourberie.

Les gens voudraient qu’un imam se lève
Et prenne la parole devant une foule muette.
Illusion trompeuse – il n’est d’imam que la raison,
Notre guide de jour comme de nuit.

Peut-être dans les temples se trouvent-ils des gens
qui procurent la terreur à l’aide de versets,
Comme d’autres dans les tavernes
Procurent le plaisir.

Les lois divines ont semé parmi nous la rancune
Et nous ont apporté toutes sortes de malheurs,

Les corps vont à la poussière.
Aucun savant ne sait où va l’âme.

Malgré moi, je suis sorti en ce bas monde,
Et mon voyage est pour un monde ailleurs.
Cela malgré moi aussi, et Dieu m’en est témoin !
Suis-je prédestiné, entre ces deux mondes,
A accomplir une tâche,
Ou suis-je libre de mes choix ?

Raison - demeures laissées à l’abandon
Ignorance - solides demeures habitées.

La religion - commerce de morts.
Pour cette raison, c’est un objet invendable
parmi les vivants.

L’ égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
Malheur à lui ! Quel homme n’a pas connu l’impiété ?

Le Livre est devenu trompettes des égarés,
Et les versets, mélodies.
Ils en ont joué, puis, dans leur infamie,
Les ont agitées comme des épées
Sur l’homme paisible qui veille
Au clair de lune.

Je ne blâme pas l’athée ?
Mais plutôt celui qui, craignant l’enfer,
Persiste dans sa furie.

La raison ne peut que s’étonner des lois,
Qu’elles soient païennes, musulmanes,
juives ou chrétiennes.

Vos temples et vos bordels se valent.
Loin de moi, Ô genre humain !
Puissé-je rester sous terre et ne pas me lever
Quand Dieu vous appellera à la résurrection !

Quant à la certitude, elle n’existe pas.
L’apogée de mes efforts se trouve
Dans l’intuition et les pressentiments.

J’ai poussé loin mes recherches
Et mes investigations.
J’affirme, malgré cela,
Que je suis perdu et ignorant.

Le mensonge a détruit
Les habitants de la terre.
Leurs descendants se sont groupés en sectes
Qui ne peuvent fraterniser.
Si l’inimitié n’avait été dans leur nature,
Dès l’origine,
Mosquée, église et synagogue
N’auraient fait qu’une.

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois …
A toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elles est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?

Autres pensées

Les hommes sont paroles du temps,
Il est inévitable qu’elles subissent
modification et changement

Les destins m’ont dépassé sur la route et s’en sont allés.
Me voici éternel, à en lasser l’éternité.

Dans l’exil et l’éloignement,
L’homme est à l’image d’une étincelle
Se séparant de son feu.
Si elle tombe sur une terre lisse,
Elle te montrera son extinction.
Si elle rencontre des brindilles,
Tu verras son embrasement.

O homme, tu es pareil à la fourmi
Levée de bon matin pour chercher
Un grain de blé à traîner.

Le temps est un oiseau qui prend l’espace -
Attrape-le ! Toute la sagesse tiendra dans ta main.

c’est au milieu de la foule
Que je m’ensauvage -
Ma solitude n’est autre
Que livre de mon humanité.

Ces nuits nous emportent
Comme vaisseaux au large
Naviguant sans amarres.

Comme si la tristesse n’était que cendres
Répandues sur ton front,
Mais c’est ton cœur qui brûle.

La pensée est une corde.
Si on en saisit un bout,
Ce même bout sera relié
Aux pléiades.

La pensée voit que la lumière
Est créée dans l’éternité
Et que l’essence du temps n’est autre
Que son obscurité.

Des gens prétendent diriger leurs semblables,
Cette direction, pour moi, est tyrannie.

Pareils vos mosquées et bordels
Gens infréquentables !
Ni bonne plante, ni palmier
Ni gommier vous êtes
Mais épine que nul ne cueille
Nuisible, délétère.

Ho ! imbéciles, réveillez-vous ! Les sites que tu crois sacrés
ne sont qu’impostures inventées par les anciens
Avides de pouvoir, qui vécurent dans la luxure
Et moururent dans la bassesse et leur loi n’est que poussière.

Les gens viennent des contrées les plus lointaines
pour jeter des cailloux (à Satan) et pour baiser la Pière Noire.
Combien étranges sont les choses qu’ils disent !
Est-ce que l’humanité tout entière devient aveugle à la vérité ?

Parmi les ruines croulantes de la religion
L’éclaireur sur son chameau joua de la flûte
Et appela les siens : « Restons ici !
La pâture regorge de mauvaises herbes. »

Les musulmans trébuchent, les chrétiens sont égarés
Les juifs sont dévoyés, les mages sont dans l’erreur.
Nous les mortels nous répartissons en deux catégories
Les crapules initiées et les dévots stupides.

Le mensonge à tant corrompu le monde
Que jamais nulle dispute n’aura divisé de vrais amis
Comme les sectes l’ont fait
Mais la haine étant dans la nature humaine
Les églises et les mosquées se sont élevées côte à côte.

Abu-l-Ala al-Maari (973-1057).

Maarat al-Nou’man, dans la province d’Idlib en Syrie, début février 2013.

 

Rencontre anti-carcérale à Caen

 Posted by on 3 février 2016 at 11 h 55 min  Actualité locale, Flicage / Répression / Carcéral / Sécuritaire, Informations locales et vie des collectifs locaux.  Commentaires fermés sur Rencontre anti-carcérale à Caen
Fév 032016
 

Dans le cadre du séminaire Pratiques et pensées de l’émancipation, deux personnes du journal anticarcéral L’Envolée viendront causer de la prison mercredi 10 février à 16h à la mrsh (salle des actes, campus 1).
L’Envolée est un journal qui parait quatre fois par an. Il publie les lettres de prisonniers que nous recevons, des compte rendus de procès auxquels nous assistons, et des analyses sur la société et ses lois.

Le journal prolonge le travail mené par des émissions de radio indépendantes qui maintiennent un lien entre l’intérieur et l’extérieur des prisons, en dehors du contrôle de l’administration pénitentiaire.

Le journal est réalisé par des ex-prisonniers ou des proches de prisonniers qui pensent qu’il est primordial de publier des textes venus des prisons et des textes contre les prisons. Les prisonniers décrivent leur quotidien, dénoncent leurs conditions de détention, se battent contre l’enfermement. Ils le feront toujours mieux que tous ceux qui veulent parler à leur place (journalistes, sociologues, experts, militants).

Une parole de prisonnier qui sort et attaque l’administration pénitentiaire ou la justice, qui plus est quand cette parole est collective, constitue un acte politique qui dérange l’ordre des choses. L’Envolée se veut porte voix des prisonniers et prisonnières qui luttent contre le sort qui leur est fait ; mais nous ne sommes ni les porte parole, ni un syndicat de prisonniers. Cela ne nous empêche pas, bien sur, de soutenir et d’aider des prisonniers qui sont proches de nous ou qui nous demandent d’être solidaires.

Nous espérons toujours que les mots inspirent des luttes contre la justice et l’enfermement. Pour nous, la liberté est un rapport entre les gens qui se battent ensemble pour la gagner.

Le journal s’inscrit dans l’histoire de la critique sociale abordée sous l’angle du droit et de la justice. La prison est le ciment nécessaire à l’Etat pour permettre au capitalisme de se développer. Prisons et Justice servent principalement à enfermer la misère. L’enfermement carcéral joue un rôle social de repoussoir : il produit une peur nécessaire au maintien de cette société.

Ainsi la prison sert aussi à enfermer dehors. Les familles et les proches de prisonniers et de prisonnières le savent bien.

Ce journal survit maintenant depuis plus de 12 ans malgré les censures de l’administration pénitentiaire, malgré les poursuites récurrentes pour diffamation, malgré nos faibles moyens. Nous ne comptons que sur l’argent des abonnements et des évènements que nous organisons pour financer la sortie régulière du journal. Donc n’hésitez pas à écrire, à vous abonnez et à abonner des prisonniers en faisant parvenir leur numéro d’écrou (l’abonnement est gratuit pour les prisonniers).

Si vous souhaitez écrire à un prisonnier ou une prisonnière dont vous aurez lu un courrier dans le journal ou sur ce site, nous pouvons vous faire parvenir son numéro d’écrou – si la personne nous a donné son accord pour le faire.

A bas les prisons, toutes les prisons… soyons solidaires des enfermés qui refusent de se résigner, solidaires des familles et des amis qui se démènent tous les jours pour ne pas lâcher face à une administration oppressante.